DES TEMPÉRAMENTS OU PRÉDOMINANCES DU SYSTÈME NERVEUX
§ 1. — Données générales.
L'idée des tempéraments est aussi ancienne que la médecine; diversement formulée, elle se retrouve dans toutes ses doctrines, elle domine la pratique de toutes les époques : il n'y a que la vérité qui survive à l'épreuve du temps, et nous ne voulons d'autre témoignage en faveur de la doctrine des tempéraments que cet accord universel des esprits. La verve d'innovation qui s'est emparée delà médecine contemporaine n'a point respecté toutefois cette doctrine antique et salutaire; nous dirons quel ordre d'idées elle s'est efforcée d'y substituer. Mais avant de nous replier sur notre siècle, remarquons bien l'unanimité de nos prédécesseurs sur ce point essentiel
(1) Revcillé-Parise, Principe général et inductions pratiques relalive7nent à la convalescence (Éludes de rhomme dans l'étal de santé et de maladie, Paris, 1845, t. I, p. 193'.
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de l'histoire physique de notre espèce. Les ubsecvaleurs de l'antiquité se sont aperçus do bonne heure « (jue l'action des corps extérieurs ne modifie (pje jusipi'à un certain point les dispositions organiques, et que, soit dans la structure intime des parties, soit dans leur manière de recevoir les impressions, il y a des dispositions fixes qui semblent essentielles à l'existence même des individus, et que nulle habitude ne peut changer (1). » Seidement, et d'après la conception dogmatique en vigueur, ce grand fait a été combiné avec des hypothèses, traduit par des axiomes plus ou moins erronés. Il en est ainsi de toutes les vérités d'observation ; la lumière qu'elles projettent se réfracte dans le milieu de chaque génération, se réfléchit sous un angle variable dans les intelligences. Encore, s'il faut opter entre les erreurs qui se sont groupées autour de l'idée vraie des tempéraments, préférons-nous peut-être les plus anciennes aux modernes. Il y a certainement moins de vraisemblance, moins de signification pratique dans la théorie de Stahl, qui fait dépendre les tempéraments de la proportion entre la consistance des fluides et le diamètre des vaisseaux, ou dans celle de Haller, qui les explique par deux abstractions, force et irritabilité, que dans la doctrine de Galien, doctrine si sévèrement jugée par ceux qui assignent les anciens à la barre de la science actuelle, au lieu de franchir l'intervalle pour les considérer en quelque sorte dans leur propre horizon. Le tempérament bilieux, ou chaud et sec, le tempérament piluiteux ou froid et humide , le tempérament sanguin ou chaud et humide, etc., ne sont-ils qu'une invention ? Remplacez les mots chaud et froid par la dichotomie de l'irritabilité et de l'abirritalion à laquelle ils correspondent historiquement; aux qualifications de sec et humide, rattachez, par i)ne interprétation sincère de la pensée de Galien, les phénomènes de sécrétion plus ou moins active des surfaces tégumentaires : cela fait, au lieu d'hypothèses, vous reconnaissez dans les tempéraments admis par le médecin de Pergame des types d'organisation qui se sont fréquemment présentés à votre observation. Il n'y a pas moins de sens dans les liaisons qu'il établit entre eux et les âges, les saisons, les climats : n'est-ce point dans les climats chauds que se rencontrent en grand nombre les individus à prédominance du système hépatique? L'organe sécréteur de la bile n'est-il point
(1) Cabanis, Rapports du physique et du moral, huitième édition, avec des noies par L. Peisse. Paris, 18i3, in-8, p. 261.
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; influencé spécialtMïienl par la saison des chaleurs? Son maxinnum d'activité et de susceptibilité ne coïncide t-il point avec l'âge adulte? Voilà certes des rapproclienienls ()lus féconds, plus sûrs pour la pratique quj les suppositions de Stalil et de Haller, L'histoire théorique des tempéraments est celle de la médecine; l'humorisme, le mécaniclsmc, le solidisme, s'en emparent chacun à son tour. Les progrès de l'anatomie générale suggèrent à Hallé une définition qui
: exprime avec plus de rigueur et de netteté l'idée émise par Bordeu.
I Celui-ci avait dit que chaque sujet a ses organes prédominants, et
I qu'en les réduisant à certaines classes, on trouverait peut-être ce que l'on cherche tant sur les tempéraments. Hallé les envisage comme des différences individuelles de l'homme, consistant dansi la disproportion de volume et d'activité que présentent certaines parties du corps, pnrties capables de modifier sensiblement toute l'économie; il est le premier qui distingue les tempéraments généraux des tempéraments partiels, fondant les premiers sur la prédominance relative des systèmes sanguin et lymphatique, sur les diverses modifications du système nerveux, sur le développement du système musculaire; caractérisant les autres par l'état des systèmes généraux dans les diverses régions du corps ou par le mode d'action de cerlains organes. Cabanis, sans rien ajouter à la doctrine générale des tempéraments, fait ressortir par une analyse profonde leurs relations avec les idées, les penchants et les habitude?. Rappellerons-nous la classification des tempéraments admise par Cullen, et que lui-même reconnaît peu propre à guider le praticien ; celle de Broussais, laquelle, mélange d'éléments physiologiques etmorbides, nousparaîtpeudignedu géiiiesi lucidede ce grand homme? A mesure que la médecine s'affermit dans la direction positive que lui impriment les études anatomiques et anatomopathologiques, elle cherche aussi à préciser la notion des tempéraments, à en déterminer avec plus de sévérité les conditions matérielles. M. Bégin (1) a, sans contredit, le plus contribué, après Hallé, à l'élaboration des saines idées qui régnent aujourd'hui dans cette partie de la science, et beaucoup d'écrivains les ont mises à profil sans en nommer l'auteur. Ainsi la question des tempéraments présente, comme toutes les grandes questions de la médecine, un fond inaltéiable de vérité sous la discordance des interprétations,
(1) Traite de physiologie pathologique. Paris, 1828, 2 volumes iii-8. — Prin^ cipes généraux de physiologie palhologique, 1821.
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et celles-ci, dérivées des conceplions systématiques qui se succèdent, subsistent mêlées d'hypothèses et d'erreurs, jusqu'à ce que la science soit ramenée à l'organisme et s'y fixe comme dans son domaine nécessaire. Toutefois, dans ce retour à la considération absoluede l'organisme, la doctrine des tempéraments subit l'attaque de la phrénologie ; non que cette école repousse le fait des diversités individuelles d'organisation; non qu'elle nie le rapport presque constant entre les penchants, les facultés, les mouvements et certaines conditions de structure individuelle, mais c'est dans l'encéphale que résident ces conditions; les autres organes n'ont aucune part dans la manière dont se produisent les phénomènes intellectuels et moraux. Quoi de commun, s'écrie-t-on, entre la couleur des cheveux et les passions ou les idées d'un homme? « Le cerveau, dit Georget (1), est le seul organe qui puisse, par sa puissante influence, par ses rapports avec toutes les parties du corps, modifier par son action les dispositions de l'organisme, donner naissance à de nouvelles combinaisons organiques, à des ensembles de phénomènes enchaînés les uns aux autres; et ce qu'il y a de positivement vrai dans la doctrine des tempéraments s'explique parfaitement bien dans ce sens. » Mais le cerveau ne participe-t-il point, comme tous les autres organes, à des conditions générales de structure et de nutrition? Et ne faut-il point rechercher dans celles-ci la cause de son mode physiologique comme celle de l'activité des autres organes ou appareils? Est-il indifférent à la manifestation des actes intellectuels et moraux que le cerveau reçoive l'incitation d'un sang riche et lancé avec force, ou d'un sang appauvri et porté jusqu'à lui par une circulation languissante? Il y a donc pour l'explication des différences individuelles un élément général, antérieur pour ainsi dire à l'action du cerveau : c'est la nature du fluide nourricier; cet élément est accusé par l'état de tous les organes, aussi bien que par celui de l'encéphale. Il n'est donc pas absurde de les étudier dans leur aspect extérieur, dans leur proportion relative, dans leur modalité fonctionnelle, pour arriver à l'appréciation synthétique des tempéraments.
Les partisans les plus exclusifs des opinions de Gall ne peuvent nier d'ailleurs la solidarité des viscères, et par suite la prédominance qu'ils acquièrent l'un sur l'autre, prédominance dont le cerveau lui-même subit la loi ; seulement ils la considèrent comme consé-
(1) Physiologie du système nerveux. Paris, 1821, I. I, p 201.
I cutive à l'affaiblissement du cerveau : à leurs yeux, la prédominance I d'un autre organe est le signe de la déchéance cérébrale : « Dans I beaucoup de cas (Georget, loc. cit.) de prédominance d'action d'un ( système ou d'un autre, de l'estomac ou des muscles, et par suite ! d'un affaiblissement dans l'exercice intellectuel, il faut se donner i de garde de prendre celte prédominance pour une véritable cause , de la faiblesse cérébrale, car c'est ordinairement celle-ci qui a pro- ! voqué celle-là ; c'est parce que le cerveau n'était point stimulé par I de grandes passions, disposé à des affections vives et continues, à des travaux de l'esprit, à des méditations profondes, qu'il a laissé ( prendre de l'activité à ses propres dépens à l'estomac et aux mus- I des. » Voilà donc Georget lui-même admettant les prédominances organiques, c'est-à-dire le principe des tempéraments et'des idiosyncrasies, sauf à les envisager comme une usurpation morbide sur l'encéphale, ce qui n'est point justifié par l'observation ; car l'énergie fonctionnelle de l'estomac n'exclut point la puissance intellectuelle; de plus, l'observation nous montre que ces dispositions viscérales sont le produit de l'organisation primitive des sujets, quoiqu'elles puissent s'acquérir par l'habitude ou succéder à des accidents morbides.
Loin de nous de diminuer le rôle du cerveau dans la production des penchants, des passions, des facultés intellectuelles et morales; mais les dispositions organiques qui constituent les tempéraments subsistent comme foyers de réaction ; elles influencent la manifestation des actes encéphaliques ; elles peuvent être cause de leur dépression, de leur exaltation ou de leur aberration ; la mesure d'activité cérébrale est subordonnée aux conditions spéciales du tempérament, qui s'exprime par l'encéphale comme par les autres organes.
Dans un mémoire lu à l'Académie de médecine, H. Royer- Collard (1) s'est appliqué à son tour à faire ressortir ce qu'il y a de vague et d'indéterminé dans les notions généralement répandues sur les tempéraments. Des critiques qu'il a formulées, les unes ne s'adressent plus à l'époque actuelle , les autres retombent sur la constitution même de la science médicale. Quand il se donne le plaisir de combattre le tempérament bilieux, le génital, le musculaire, il oublie que iM. Bégiri a déjà fait justice de ces créations, et que les caractères qui leur sont attribués composent une idiosyn-
(1) Mémoires de l'Académie de médwine. Paris, 1843, t. X, p. 13S.
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crasie, non un tempérament. Lorsqu'il demninle ce qu'on enteinJ par vitesse de la circulation, abondance du sang, vigueur et volume du cœur et des gros vaisseaux, etc., il n'énonce rien contre la réalité du tempérament sanguin ; il accuse l'insullisance des données anatomo-physiologi(|ues, et nous reconnaissons avec lui que l'hygiène gagnerait en précision si les nombreux problèmos de l'organisation recevaient une solution exacte. Non, nous ne possédons pas des renseignements mathématiques sur les conditions matérielles du tempérament sanguin, du tempérament lympiiatique ; et cependant ces formes, ces variétés de la santé, suivant l'heureuse expression de Royer-Collard, existent; lui-même les reconnaît, mais il se propose de leur assigner des caractères plus positifs en s'appuya'nt sur les plus récents travaux de la chimie. Impatient de réfléchir sur la doctrine des tempéraments, l'esprit de cette époque, il invoque les révélations du microscope; il se complaît dans les inductions fournies par les découvertes électro-chimiques et dynamiques sur le rôle dn fluide nerveux ; mais ce fluide est-il autre chose qu'une hypothèse? A-t-il démontré le rôle de cette matière grasse que MM. Schuitze, Slokes, de Dublin, et Thackrah, ont cm trouver dans le sang de la veine porte , graisse du sang veineux abdominal qui, dit Royer-Collard, peut prédominer chez certains individus et modifier la constitution générale du sang? Les explications chimico-physiologiques qu'il propose tendent à fournir la raison intime des tempéraments, mais n'aident point à les faire reconnaître; les signes extérieurs se rapportent à l'aspect et à la proportion des systèmes, des oi-ganes, et c'est dans ceux ci, en définitive, que se passent les phénomènes intimes auxquels Royer- Collanl rattache les variétés de la santé. Acceptons comme démontrés tous les faits dont il s'étaie, quoique la plupart de ces faits aient" à compter avec les découvertes ultérieures de la chimie; ils ne peuvent offrir des indications d'emblée, telles qu'il les faut au praticien. Que l'on se mette en quêie de science rigoureuse, mais sans tourner le dos à la pratique; analyser le sang et voire même le fluide nerveux, pour arriver à la notion du tempérament, c'est une œuvre impossible au lit des malades. La médecine pratique a besoin de se régler sur la simple observation, et c'est parce que les conditions profondes des différences individuelles !ie se dénotent point au simple coup d'œil du praticien qu'il est obligé de s'en tenir aux caractères extérieurs, apparents, sauf à les grouper, à les comparer; il trouve dans cette méthode un guide qui, sans avoir
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la sûreté du microscope, sustente ses recherches, facilite ses pres- ; criptions. L'observation répétée, contrôlée mille t'ois et de siècle en siècle, même quand elle ne porte que sur un ensemble de faits extérieurs et pour ainsi dire sur la surface de l'homme, peut avoir autant d'importance pratique que les conjectures de la chimie 1 rnoderne sur la présence de tous les produits excrétés dans le sang et sur le rôle effectif des appareils d'élimination (1).
La définition la plus satisfaisante des tempéraments est encore celle de Hallé, qui les considère « comme des différences entre les hommes, constantes, compatibles avec la conservation de la santé et de la vie, dues à une diversité de proportion et d'activité entre les diverses parties du corps, et assez importantes pour modifier l'économie. » Cette définition énonce un fait et l'explique. Le fait, c'est l'existence de types généraux d'organisation auxquels l'anaj lyse et l'observation permettent de rallier les variétés individuelles de notre espèce; l'explication consiste à faire dépendre ces types du rapport qui existe entre les différentes parties du corps. Le fait est admis, l'explication est contestée. Royer-Collard {op. cit.) ne hasarde point une nouveauté quand il exprime avec force, de la définition de Hallé, ce corollaire, à savoir, que le tempérament est un étJit universel de l'économie. Avant lui, M. Bégin (-2) avait appelé tempérament ia variété organique la plus générale, et idiosyncrasie celle qui est plus restreinte, et pour ainsi dire individuelle. Mais tandis que pour cet écrivain le tempérament est un état constitutionnel dont l'existence se fait sentir sur tous les points de la machine animale, parce qu'il dépend de la prédominance de développement et d'action de l'un des systèmes qui pénètrent dans tous les tissus, Royer-Collard, s'appuyant sur le même rapport logique, mais l'envisageant sous un point de vue physiologique différent, croit devoir étudier les caractères des tempéraments dans les diverses manifestations que nous offrent le sang et 1 action nerveuse : « La santé, quelque forme qu'elle ait revêtue, ne peut être conçue que dans son unité, ne peut être saisie que dans les prin-
(1) Muller, se bornant à des vues psychologiques, définit les tempéraments (< des modes permanents de conflit entre l'âme et l'organisme, » et il les fait dépendre de la relation qui existe entre les penchants et la structure excitable du corps.. .. {Manuel de physiologie, traduction de Jourdan, 2' édition, Paris, 1851 t. II, p. o36.) ' *
(2) Physiol. pathol, t. I, p. 44.
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cipes mêmes qui animent à la fois toutes les parties ensemble de la machine organisée. Cependant ((nels sont ces principes? Il y en a deux : l'un est le sang , Iluide inilrilif; l'autre est l'action nerveuse, qu'on peut appeler (luide nerveux ou incitateur, par comparaison avec celte autre influence qui se déploie dans tous les corps de la nature, et qu'on désigne sous le nom de Iluide électrique. « Burdacli a appelé le sang le centre de la vie végétative, Haller avait déjà dit du tempérament : Mixtura quœdam mrvornni et sanguinis; et la doctrine physiologique et paihogénique que nous avons entendu développer autrefois par un maître regretté, feu Lobstein, reposait exclusivement sur le rôle réciproque des fluides nerveux et sanguin. Est-ce à dire que dans l'exploration des tempéraments on doive négliger les indices fournis par l'habitude extérieure, par la comparaison des organes entre eux, par les nuances de leur jeu fonctionnel, par l'examen de leur tissu, etc.? Nullement : la vérité sur les tempéraments ne se trouvera que dans la réunion des notions obtenues par l'une et par l'autre méthode d'investigation.
Soit que nous prenions pour base de classification des tempéraments les systèmes généraux qui pénètrent dans tous les organes, les vivifient et les mettent en jeu; soit que nous ayons égard seulement aux résultats qu'a produits jusqu'à présent l'étude du sang et de l'innervation, nous sommes conduits à adopter les trois tempéraments établis par M. Bégin, à savoir : le sanguin, le lymphatique et le nerveux. Ceux qui penchent au solidisme y reconnaîtront la prédominance de l'un des trois systèmes que désignent ces mots, et qui laissent voir dans tous les organes, dans tous les tissus, les traces de leur développement relatif. Dans un autre ordre d'idées qui gravitent vers un humorisme scientifique, les tempéraments nerveux et sanguins conservent leur vérité; le lymphatique perdra de l'exactitude anatomique de sa dénomination, sans correspondre exactement, comme le veut Royer-Collard, à cet état général de l'économie, qui est l'extrême opposé de la pléthore.
Ces trois états méritent seuls d'être appelés tempéraments, parce que seuls ils exercent sur l'organisme une influence immédiate et pour ainsi dire souveraine; leur signe commun est de modifier toutes les parties du corps; la direction qu'ils impriment aux actes organiques ressort dans la maladie comme dans la santé. Ce n'est point que d'autres organes ou des a|)pareils d'organes ne puissent réagir sur l'ensemble de l'économie, soit par les résultats de leurs
fonctions, soit par l'ébranlement des sympathies, et généraliser ainsi leur influence, comme les tempéraments que nous avons admis; mais ce sont des prédominances consécutives, engendrées le plus souvent par une série de modifications morbides. Que le foie cesse d'extraire du sang les matériaux de la bile en quantité proportionnelle aux besoins de l'organisme, il en résultera dans le sang une exubérance d'éléments hydrogénés et carbonés, de matières grasses, colorantes, etc., que la sécrétion biliaire a pour objet d'éliminer ; de là des phénomènes généraux qui feront croire à l'existence du tempérament bilieux. Il y a plus : ces phénomènes peuvent avoir pour cause une lésion étrangère au foie et au fluide qu'il sécrète; car les matières éliminées par ce viscère le sont aussi par le rein, par la peau, par les poumons sous forme d'acide carbonique et d'eau. Que ce travail d'élimination soit entravé, on verra surabonder dans le sang l'hydrogène et le carbone ; et, comme le dit fort bien Royer-Collard , par la prédominance du sang veineux sur l'artériel, par le ralentissement de la circulation veineuse abdominale, par l'état congeslionnel de tout l'appareil où s'accomplit celte circulation , on verra se développer les conditions assignées au prétendu tempérament bilieux , .et plus récemment avec une ingénieuse sagacité, au tempérament mélancolique des anciens (1). De même encore, quand l'appareil génital vientà influencer d'une manièie permanente l'ensemble de l'économie, c'est abuser des mots que d'imposer à cet état vraiment morbide la qualification de tempérament génital; dans une médiocre mesure, cet état constitue tout au plus une idiosyncrasie ; à un degré plus énergique, il y a surexcitation morbide d'une fonction, surexcitation qui éradie de l'encéphale ou des organes mêmes cliargés de cette fonction.
Deux rem.arques essentielles trouvent ici leur place : 1° Le tempérament se combine dans le même sujet avec une ou plusieurs idio-syncrasies; c'est-à-dire qu'en même temps que l'état général de l'économie se caractérise par l'énergie de l'innervation ou par la surabondance des fluides blancs, un ou plusieurs viscères ont acquis une susceptibilité qui , sans atteindre aux limites de la maladie, augmente leur sphère de réaction sympathique. 2° Les tempéraments eux-mêmes se croisent, se mélangent en proportions varia-
(1) Reveillé-Parise, Mém. sur l'exist. et la cause org. des tempér. mélancol (Éludes de l'homme sain et „,alad..). - Michéa, Études sur le lempérament mélancolique (voy. le journal France médicale, 1" juillet 1855).
(iO iiYoïiiNi': PiuviiE.
bles, el (loniionl tiaissaiiciî à ce (|ue l'on a appelô les tempérameiils Jiiixlos. C'est ainsi qu'une grande sensibilité nerveuse se rencontic parfois chez un individu dont le sang est riciie en fibrine et en globules. La complication des tempéraments et des idiosynciasies , jointe aux éléments variables que l'âge, les habitudes et l'hérédité importent dans l'économie, telle est la ciel' des individualités, telle est la pierre d'achoppement de la pratique. C'est parce que ces éléments se fondent en quelque sorte dans la trame organique et s'associent de mille manières, que les variétés de l'organisation humaine échappent à l'énumération : nous avons moins à les décrire qu'à fournir au lecteur une méthode pour les analyser.
Les tempéraments sont, ou la donnée primordiale de l'organisation, ou le résultat des influences qui ont longtemps et profondément agi sur elle ; de là leur distinction en tempéraments congénitaux et en tempéram-enls acquis. L'âge suffit pour amener des mutations générales dans l'économie : c'est ce que la doctrine galénique exprime poétiquement par la correspondance qu'elle établit entre les tempéraments , les âges , les saisons et les climats. Mais indépendamment de ces métamorphoses que subit l'homme par l'action lente des années, les modificateurs hygiéniques, comme le mode d'alimentation, le genre d'exercice, la profession , les mœurs, etc., impriment aux actes de l'organisme des oscillations telles, qu'il en résulte un déplacement de forces et de sympathies; des viscères primitivement faibles acquièrent une prépondérance presque absolue : chez l'homme adonné aux travaux intellectuels, l'encéphale; chez le gastronome, l'estomac ; chez la femme qui brise les liens d'une pudeur imposée, l'utérus. Le sang, longtemps pauvre en globules et en fibrine , s'enrichit de ce double élément par le bienfait d'un régime substantiel ; l'action oxydante de la lumière rendra couleur et ton à la peau pâlie par un séjour prolongé dans l'obscurité, réduira la graisse qui s'est accumulée sous la peau dans les mêmes conditions, etc. Il est donc donné à l'art, par une sage dispensation des agents hygiéniques, de créer des idiosyncrasies et presque des tempéraments, d'atténuer ou de renforcer ceux qui existent : là gît l'importance, là gît le pouvoir de l'hygiène. Mais la nature y a posé des bornes ; les marques originaires qu'elle imprime à ses œuvres ne s'eflaceiit pas entièrement sous le doigt des hommes. Les tempéraments ne se prêtent point à des métamorphoses aussi radicides que semblent le croire certains auteurs. Nous ne dirons pas avec Royer-Collard, que le tempérament est une chose essen-
DKS TEMPÉIVAMENTS. ()7
tiellemeiit variablo : i! ne l'est que dans une liinile tlélerniinée (1), et, quels que soient les changements auxquels l'art sait forcer l'organisme, le tempérament primitif y perce encore et tend incessamment à reprendre son empire. Â-t-on jamais converti parfaitement un tempérament lymphatique en sanguin? La femme nerveuse désapprend-elle entièrement les émois et les turbulences de son électrique sensibilité? Par un ,autre effet de la stabilité des conditions originaires, de belles et vigoureuses constitutions ont pu traverser toutes les épreuves de l'existence et faire admirer encore, après tant d'atteintes, les nobles linéaments d'une organisation d'élite.
§ 2. — Du teiiipéraïueut sanguin.
M, Bégin résume ainsi les traits saillants de cette variété organique : « 1° Activité très grande de l'hématose ; 2° développement et énergie considérables du poumon et du cœur; 3" abondance et richesse des réseaux capillaires rouges dans toutes les parties du corps; [x° disposition remarquable aux inflammations ainsi qu'aux hémorrhagies, et facilité à réparer les pertes sanguines; 5° mobilité et impressionnabilité du système sar)guin (2). w On peut épiloguer sur quelques termes de cette description : demander, par exemple, ce que l'on entend par abondance de sang ; contester l'augmentation de volume du cœur, etc. Mais j'affirme qu'il n'est pas un praticien qui n'ait rencontré chez maints sujets un ensemble de particularités, un aspect général, une modalité réactionnellequi les rattachent à ce type physiologique. Ces individus se font remarquer ordinairement par l'animation de leur teint, par le développement du système musculaire, par la fermeté du tissu cellulaire,
(1) Ces lignes étaient écrites depuis longtemps quand nous avons lu, dans un ouvrage qui a paru depuis, cette confirmation de notre idée : « La véritable pléthore (et c'est à cet élal que l'auteur ramène le tempérameut sanguin) est plus souvent constitutionnelle qu'elle n'est acquise ; on ne la crée pas toujours à
volonté par une nourriture très substantielle La pléthore semble dépendre
d'une constitution primordiale du sang qu'il ne nous est pas donné de produire aussi facilement que nous produisons l'anérnie ; ce qui veut dire, en d'autres termes, qu'il est beaucoup plus en notre pouvoir d'appauvrir le sang que d'en accroître la richesse. » (Andral, Essai d'hématologie 'pathologique^ 1843, p. 41.) Cette conclusion pose les bornes de l'hygiène organo-plastiquc de M. Royer- Collard. {Note de la 1" édition.)
(2) Op. cit., t. I, p. 66.
HYCIKNR PRIVÉE.
qui n'est janitiis assez al)oii(ianl pour effacer eiilièrement les (ovino.i résultant dos saillies musculaires. Ces premiers caractères s'explicpjent assez bien par la composition du sang des |)ersonnes ainsi constituées, ainsi que nous le verrons plus bas. Mais il ne faut point croire cependant que ceux-là seuls participent au tempérament sanguin, qui présentent une coloration vive de la peau; il est des personnes qui, malgré la pâleur de leur surlace cutanée, possèdent, si l'on peut ainsi s'exprimer, les attributs internes du tempérament sanguin, c'est-à-dire une notable énergie de l'iiémalose, la plénitude sanguine, un grand développement des systèmes ca|)illaires profonds, des muscles vigoureux et prononcés, etc.
Beaucoup de sujets h tempérament sanguin acquièrent un développement très considérable de tout le système musculaire: c'est cette particularité, portée à son maximum, que l'on a désignée d'une manière inexacte par le tempérament athlétique, qui n'est pas plus une variété spéciale de la santé que ne le serait le volume des différentes pièces du système osseux, La nutrition exagérée des muscles n'est à nos yeux qu'un épiphénomène du tempérament sanguin : non que la fibrine, cet élément du tissu musculaire, soit en excès dans le sang des individus ainsi constitués, c'est une erreur répétée par plusieurs écrivains, et dont la chimie a fait justice; mais un exercice plus fréquent, plus énergique du svstème musculaite a dirigé sur lui le mouvement nutritif. La nature ne se borne pas à couvrir la dépense; presque toujours la réparation excède le but, et quand au type des athlètes, que les statuaires anciens nous représentent avec la tête très petite et le front écrasé, tandis que le tronc et les membres sont recouverts de muscles énormes, il justifie la loi des compensations fonctionnelles: l'atrophie encéphalique, lu stupidité proverbiale de ces tristes héros était la conséquence de l'activité exubérante et continue des organes de locomotion. Toutefois les physiologistes ont grossi le portrait: un certain développement du système n)usculaire ne réduit point nécessairement l'activité du système nerveux (1). La prédominance d'une seule fonction n'entraîne point l'affaiblissement des autres; les facultés intellectuelles et morales peuvent jeter un vif éclat dans une organisation puissante en même temps par l'éner-
(1) BtifTon, le maréchal de Saxe, Mirabeau, et dan.s l'anliquité, Plaloi),aux larges (épaules, sont des exciiiplos de la puissance intellccUicIie unie à la force du sysU''mo niusi uiaire.
DES TEWPÉKAMENTS. 69
gio musculaire. Tel est, en effet, le privilège de l'écoiiomio, qur! plusieurs systèmes d'organes peuvent se perfectionner simultanément : l'exercice exclusif et permanent d'un système unique, d'un appareil unique, détermine seul des contrastes absolus entre les fonctions.
Le caractère général du tempérament sanguin, c'est l'aisance avec laquelle s'exécutent tous les actes organiques; la respiration c^l large et profonde, la sanguification active, la digestion facile, l'assimilation prompte ci facile, l'innervation bien ordonnée, les mouvements libres et réguliers (1): il n'est point de variété organique où l'on observe plus d'harmonie dans les fonctions, une proportion plus juste dans le développement des parties, dans l'en- I semble de l'économie un cachet plus heureux de force et de santé. - Le moral se ressent nécessairement de ces conditions physiques: la gaieté de l'esprit, la vivacité de la pensée, la mobilité de l'imagination, le courage et l'inconstance, plus de pétulance que de profondeur, tel est l'apanage de ces organisations brillantes.
L'énergie de l'hématose et de la circulation chez les sujets munis de ce tempérament conduit naturellement à supposer chez eux un volume plus grand des poumons et du cœur; au.ssi M. Rostan a-t-il décrit le tempérament sanguin sous le litre de constitution organique où dominent les appareils circulatoire et respiratoire, faisant d'ailleuis, suivant nous, une confusion de mots et d'idées dans l'emploi indistinct des termes constitution et tempérament. L'ampleur de la poitrine semble confirmer cette supposition ; mais pour qu'elle acquît la valeur d'un fait démontré, il faud. ait coiniaîlre: 1° le rapport des dimensions du cœur et des poumons avec la taille des sujets; 2" le rapport i\ .^s diamètres thoraciques avec la taille; o" enfin, le volume que peut atteindre le cœur sans qu'il en résulte un état pathologique. Ces domiées nous manquent, malgré les dernières recherches qui ont été faites sur ce sujet (Bizot, Mémoires de la Société médic. d'observ.) ; mais en nous rappelant que l'énergie et la perfection du jeu d'un organe dépendent moins encore de son volume que de son rapport régulier avec les centres nerveux, et de certaines conditions intimes jusqu'à présent inexplorables à nos moyens d'analyse, il nous sera facile d'admettre que l'existence du tempérament sanguin n'est pas liée nécessairement au dévelop-
(1) Les recherches de Matteucci ont fait voir que l'intensit('! des courants iMoc- Iriqucs musculaires est en rapport avec la circulation et n'est pas subordonnée à l'action du système nerveux.
70 llYOliiNE PUIVÉE.
pemont des appareils de l'iiémalose et de la circulation: les faits conlii'ment colle indiiclioii. Le tempérament sanguin est un de ceux qui s'observent le plus fréquemment chez les jeunes militaires soumis à nos soins; un grand nombre d'entre eux, explorés minutieusement par voie de percussion et d'ausculalion, ne nous ont ollert aucun indice qui permît de supposer chez eux un plus grand volume du cœur. Il en est de même des poumons, dont le volume est lidèlement accusé, en général, par les proportions de la cage tboracique; souvent ils apparaissent volumineux chez des individus qui portent les stigmates du lymphatisme: tels sont ces soldats à haute stature et à large poitrine, recrutés dans la basse. Alsace ou parmi la population étiolée qui habite les caves des principales villes du département du Nord, tandis que des sujets manifestement sanguins se distinguent par l'iiarmonie des formes plus que par l'exagération de certaines parties. Cependant on est frappé souvent, au premier aspect des malades à tempérament sanguin que l'on découvre dans leur lit, de l'ampleur et de la longueur du thorax, de la co.Tvexité de sa région antérieure, de la prédominance évidente de cette cavité splanchnique sur l'abdomen, qui est court et effacé, etc. ; la force musculaire des extrémités s'accorde avec ce développement de la poitrine. Volumineux ou non, le cœur prédomine par sa susceptibilité; ses relations synipathiques sont plus prononcées, plus étendues; il est solidaire de toutes les impressions qui aboutissent aux surfaces sensibles de l'économie; il oscille rapidement sous l'impulsion de toutes les causes physiques et morales : de là l'accélération instantanée du pouls sous le doigt qui l'explore; de là ces rougeurs du visage, aussi promptes que l'émotion qui les provoque ; de là cette versatilité des phénomènes réactionnels qu'une circulation trè? active promène de viscère en viscère, etc. Il est impossiblede méconnaître ici l'intluence do. l'innervation, qui entre ainsi comme élément dans le tempérament sanguin, car la vie n'est autre chose, en son essence, que la réaction incessante de la matière nerveuse sur le sang, et du sang sur la matière nerveuse: « De môme que le sang est le centre de la vie végétative, de même le système nerveux est le centre de la vie animale. Le fluide excitateur dont il est la source, et qu'il distribue de toutes parts dans les organes, s'attache en quelque sorte à chaque fibrille, se combine avec chaque molécule vivante, comme la chaleur latente avec les corps li(iuides ou gjizeux, comme l'élcctricitcavec les animaux. » (H. Roycr Collard. op. cit. )
DES TEMPÉIIAMENTS.
Quelles sont les conditions du sang dans le tempérament dont il s'agit? Comme il est impossible de les formuler avec rigueur et dans une limite déterminée, nous allons rappeler brièvement les données que fournit sur ce point la plus récente chimie. La moyenne de la composition normale du sang équivaut à 0,003 de fibrine, 0,127 de globules, 0,072 de matériaux organiques, et 0,790 d'eau. Ces rapports sont susceptibles de variations qui tantôt amènent un étal morbide, tantôt n'excèdent point la limite de la santé; mais cette limite est mobile ici comme dans le type fonctionnel des organes. Où commence la proportion pathologique des globules, de la fibrine? La science, quoique riche déjà en matériaux de cet ordre, ne peut encore résoudre ce problème avec certitude ; les recherches de MM. Andral et Gavarret permettent seulement d'établir d'une manière générale que la quantité de vigueur de l'individu s'exprime par la proportion des globules et de la matière colorante. Dans la pléthore, état caractérisé par l'énergie de l'assimilation , et qui n'outre-passe point la santé, un seul élément augmente dans le sang : ce sont les globules, et, avec eux, la matière colorante qui leur paraît inhérente; leur chiffre peut monter de 0,1 27 à O.lZiO, sans qu'il y ait maladie ; les autres principes du sang conservent à peu près leur proportion ordinaire. Il existe moins de globules chez la femme que chez l'homme, chez l'enfant que chez l'adulte. Avec l'anémie coïncide l'abaissement du nombre des globules, phénomène que l'on produit arliticiellement par une diète prolongée ou par des saignées répétées ; cet abaissement est quelquefois considérable : le nombre des globules peut se réduire de 0,127 à 0,100, à 0,090, à 0,080, et même à moins. Notons que l'élément globuleux, une fois diminué, se régénère très lentement chez les individus de faible complexion. Le principe du sang qui varie le moins, c'est la fibrine ; elle se maintient presque constamment dans sa proportion normale, et c'est à peine si elle subit une augmentation d'un demi-millième dans les cas de pléthore la mieux dessinée, pourvu que celle-ci ne dégénère point en maladie. Eu général, chez les sujets pléthoriques, mais bien portants, la fibrine n'augmente pas ; elle ne baisse pas non plus dans l'anémie ; son accroissement est considéré par M. Andral comme la preuve d'une disposition iiiflinnmatoire dans l'organisme. On est peu fixé sur les changements (juantitatifs (jue peuvent subir les élémenls constituants du sérum du sang dont l'eau est comptée, terme moyen, pour 0,790 sur 0,870, les matériaux organiques solides pour 0,072, et les ma-
72 HY(ilKNE IMUVÉE.
tériaux inorganiques pour 0,008 : la proportion d'eau est en raison inverse des parties solides, et réciproquement ; les matériaux organiques solides sont en rapport do quantité avec les globules , du moins pendant la santé ; ils diminuent seuls, sans changement dans la fibrine ni dans les globules, sous l'influence de certaines maladies, notamment de l'iilbuminurie ; des liétnorrliagies copieuses réduisent tous ces éléments à la fois, au profit do l'eau qui surabonde. Restent les matériaux inorganiques du sang : inhérent ou non à la matière colorante, le fer existe dans le fluide nutritif. Pour l'homme sain, M. Lecanu en évalue la quantité à 1/500" ; puisque ce métal est toujours uni aux globules, il doit nécessairement augmenter ou diminuer avec le cliifîre de ces derniers : cette induction se vérifie par les heureux effets des préparations ferrugineuses dans la chlorose. S'il est démontré que les sels de soude et de potasse concourent à conserver au sang sa liquidité, l'hygiéniste devra rechercher dans quelles proportions ils peuvent varier sous l'influence des aliments et des boissons, problème complexe et qui attend encore sa solution. Enfin est-il besoin de rappeler que les sels calcaires (phosphate et carbonate) sont sujets à varier dans le sang, suivant l'âge, le régime, l'imminence morbide, ou dans le cours de certaines affections (goutte, gravelle, affections calculeuses, etc.)? Mais ces différences de proportion relative ne sont pas encore déterminées, et l'indication qui en découle, pour l'hygiène comme pour la thérapeutique, manque d'une certitude rigoureuse (1). Un dernier sujet de recherches, réservé pour l'avenir, se trouve dans d'autres conditions du sang (jui, pour être moins matérielles, ne doivent pas moins influer sur le rôle immense, universel, qu'il remplit dans l'économie ; nous voulons parler de sa température, de son électricité, etc. Mais ce sont des desiderata, et nous sommes en quête de notions exactes.
Appliquons maintenant ces résultats de l'analyse au tempérament sanguin. Il est incontestable que les sujets qui en sont doués
(1) MM. Becquerel et Rodier {Gazelle médicale, novembre i 844) sont arrivés à d'autres résultats que MM. Andral etGavarrct. Sur 1000 grammes de sang, ils ont trouvé chez l'homme en santé :
Moyenne. Mnximum. Minimum.
Eau 779 800 760
Globules 141,1 131
Albumine 69,4 73 62
Fibrine 2,2 3,5 1,5
DES TEMPEUAMENTS.
présentent un accroissement des globules, accroissement qui varie de 0,127 à O.UO en raison de l'intensité du tempérament ; de la lacoloration de la peau et le ton animé des autres tissus, puisque la matière colorante accompagne les globules ; le fer inhérent à l'hématosine doit aussi augmenter de proportion. Que la fibrine augmente chez les individus sanguins, cela est douteux ; dans tous les cas, elle n'augmenterait pas de plus d'un demi-millième. Le sang contient moins d'eau, les éléments solides s'étant accrus; enfin, comme il offre une moindre fluidité, les sels de soude et de potasse y sont diminués. La cause organique du tempérament sanguin réside-t-elle dans les globules du sang, et dirons-nous, avec M. Fleury (1), que si le chiffre 127 représente la moyenne physiologique, le chiffre 135 correspond au maximum, c'est-à-dire au tempérament sanguin au delà duquel se manifeste la pléthore? 11 y aurait à prouver d'abord que tout individu dont le sang fournirait ce chiffre de globules à l'examen microscopique présente les conditions du tempérament sanguin, et réciproquement. Admettons celte donnée de la science contemporaine comme un signe important de plus du tempérament sanguin, non comme sa cause unique ; elle est plus sujette à varier sous l'influence de beaucoup d'agents passagers (diète, saignées, maladies aiguës), que le tempérament lui-même. Le fer, qui contribue à élever le chiffre des globules, ne transforme pas un lymphatique en sanguin.
Si le tempérament sanguin est l'expression la plus complète de la santé, s'il est le plus favorable au développement parfait des organes, à la régularité et à l'intégrité des fonctions, il offre aussi, dans la maladie, le plus de ressources au médecin. Chez ceux qui en sont doués, les maladies débutent franchement, prononcent mieux leurs symptômes, revêtent une forme plus aiguë, suivent une marche régulière, passent plus rarement à la chronicité, tendent spontanément à la résolution ; les déperditions sanguines que leur traitement nécessite sont plus vite réparées ; la convalescence est prompte.
S 3 — tempérament nerveux.
L'action nerveuse, dont l'essence nous sera longtemps un mystère, ne s'exerce pas chez tous les sujets dans une égale mesure et sous un mode uniforme. Les modilications iimombrables qu'elle subit se rattachent manifestement aux diversités des tempéra-
H) Cours d'hygiène, etc. Paris, 1854, t. Il, p. 337.
74 llYGliîNIÎ PUIVIÎH.
menis, quoiqu'elles se lient encore à d'autres circonslances, telles que l'ùge, le sexe, l'étal de santé ou de maladie. Placez plusieurs personnes du môme âge dans une atnios|)lièie d'une tetnpérature très basse, observez-les sous l'inlluence d'un temps orageux, dirigez simultanément sur elles des excitations morales du même genre, elles éprouveront des impressions différentes, elles réagiront avec une force inégale; et ces nuances de phénomènes réactionnels traduisent celles de leur structure nerveuse. Pour peu que l'on ait exercé son regard médical dans le monde ou sur le théâtre des hôpitaux, on a remarqué bientôt, entre les types variés d'organisation qui s'y pressent, des individus à taille médiocre, a visage expressif et mobile, a la fibre grêle et vibratile, aux proportions exiguës, au ton blafard ou terreux de la peau qui va parfois jusqu'à revêtir une teinte jaunâtre ; presque toujours leur œil est vif, leur front haut et tout leur crâne disproportionné par son volume avec l'étendue de la face. Si on les observe en action, leurs mouvements sont brusques, saccadés, d'une énergie qui contraste avec leur maigreur ou la mollesse du lissu musculaire; celte pétulance alterne avec une sorte d'indolence et d'affaissement. Si on les louche, leur peau ne procure pas au contact la sensation douce et halilueuse qui caractérise la chaleur cutanée du tempérament sanguin ; elle est d'une chaleur âcre et comme mordicante. A cet ensemble de traits extérieurs, comment méconnaître les exemplaires flagrants du tempérament nerveux? La supériorité que la substance nerveuse possède chez eux originairement, ou par acquisition progressive, s'imprime dans toute leur habitude, comme elle est scellée pour ainsi dire dans tous les actes intimes de leur économie. Elle entraîne presque inévitablement l'affaiblissement de la puissance musculaire, si celle-ci n'est frappée dès l'origine d'une débilité sans remède. Celte loi d'antagonisme entre l'activité musculaire et l'activité nerveuse engendre des effets multiples qui se rapportent les uns à la vie de relation, les autres à la vie organique; car tous les muscles, qu'ils dépendent ou non de la volonté, participent à la détérioration acquise ou primitive : par l'amincissement des plans musculeux du tube digestif, labeur pénible des digestions et moindre élaboration des matériaux alibiles; par cette même cause, jointe au défaut d'énergie du diaphragme et des muscles qui concourent à l'expulsion des fèces, constipation opiniâtre el flatuosités, double fléau des personnes nerveuses, particulicremenl quand les études littéraires cl scicntiii(iues les condamnent à ia vie seden-
DES TËMPÉKAMENTS. 75
taire. La coiitractilitédu cœur et des vaisseaux subit même dépression ; lancé avec moins de force, le san^' tend à congestionner les viscères, les organes profonds, tandis qu'il parvient difficilement à la périphérie et aux extrémités : d'où la pâleur des personnes nerveuses et l'incommode sensation de froid dont elles se plaignent incessamment aux mains et aux pieds ; la faiblesse de leurs muscles inspirateurs, les resserrements spasmodiques de la poitrine qu'elles ressentent fréquemment, doivent amener un ralentissement dans l'acte de l'hématose. On ne s'expliquerait pas autrement la pléthore veineuse qui survient chez beaucoup d'entre elles, pléthore veineuse qui délermine des hémoptysies, des dilatations anévrysmatiques, des engorgements des viscères abdominaux, et parfois une obésité (Napoléon), florissant mensonge de la vigueur. Dans ce cas, le sang est surchargé de matières hydro-carburées. Cependant il n'est pas très rare de voir le tempérament nerveux coïncider avec la prédominance des globules dans le sang, et, par conséquent, avec l'activité de la nutrition, qui ne s'exprime nullement parle genre d'embonpoint dont nous avons parlé.
Deux circonstances sont considérées comme appartenant spécialement au tempérament nerveux : 1° le développement considérable de l'encéphale; 2" un surcroît d'activité des organes génitaux. Examinons ces deux points.
1° L'axe cérébro-spinal est certainement au tempérament nerveux ce que les organes de la respiration et de la circulation sont au sanguin ; nous dirons de l'un ce que nous avons dit des autres, à savoir, qu'il ne faut point chercher dafis le volume des organes la mesure exacte de leur activité. Le tempérament nerveux dépend, non des proportions exubérantes de telle ou telle partie du système dont il emprunte le nom, mais de la sensibilité générale des sujets; ils sont excitables dans toutes les parties de leur corps; leur cerveau est dominé par les irritations de leurs viscères presque autant que ceux-ci le sont par l'action cérébrale. Beaucoup de femmes dont le crâne est étroit présentent cette pétulance de mouvements, cette versatilité de sensations, cette disposition aux spasmes, aux convulsions, qui dénoncent un tempérament nerveux. Parce que cette forme de la santé accompagne ordinairement les intelligences supérieures, et semble dévolue en partage aux artistes, aux littérateurs, aux savants, aux poètes, on a conclu qu'elle se reconnaît à l'ampleur du front, au volume de l'encéphale; disons-le, ce tempérament ne suppose point nécessairement un si
UVUIÈNK l'UlVIiE.
beau priviléye : il sort parfois d'enveloppe à l'igiiorance ou h l'incapacité. Keinarquons loulelois qu'en général un certain développement de facultés intellectuelles, un certain degré de puissance morale se rencontre dans les sujets nerveux ; partant leur cerveau doit avoir un volume et un poids plus considérables. Énonçons la règle, sans nier les nombreuses exceptions qui la frappent : il y a pour riiomme un certain volume de la tète qui entre dans les conditions d'une bonne organisation ; et quoiqu'il n'existe pas de rapport fatal entre ce volume et la portée de l'inlelligence, il est d'observation que la plupart des hommes célèbres dans les sciences, les arts et les lettres, avaient un cerveau considérable par le poids et "par la circonférence. Le crâne de l'homme, dit un hygiéniste docte et spirituel, doit avoir dix-neuf à vingt-deux pouces de circonférence, celui d'un idiot n'est que de seize à dix-huit ponces (1). Selon Tiedemann , le poids du cerveau d'un homme fait varie entre trois livres deux onces et quatre livres six onces (livre de douze onces). Cet analomiste a toujours trouvé le cerveau des femmes plus léger que celui des hommes. Voici les moyennes de mesures obtenues sur des individus des deux sexes à intelligence normale, et dont l'âge pour les hommes se trouve entre trente et cinquante ans, pour les femmes entre vingt-cinq et cinquante :
Sur 22 hommes, taille l'",70i. Sur 18 femm.
Diamètre antéro-postérieur. .. . 186,8 174,5
Diamètre latéral 142,2 136,2
„, . , ( Courbe antéro-postérieurc. .. . 347,5 340,5
Plan vertical.... j Courbe latérale 356,7 340,5
. . . , ( Courbe antérieure .-01,8 288,2
Plan horizontal. . j ^^^^^^ postérieure 277,8 249,5
Quant au poids de l'encéphale , comparé chez quatre-vingtquatorze sujets des deux sexes, il a donné une moyenne sensiblement plus considérable chez les hommes ; le poids de l'encéphale est d'ailleurs en raison de la taille. M. Parchappe (2) a constaté que le volume de la tète est moins prononcé chez les idiots et les imbéciles de naissance que chez les individus à intelligence normalement développée; mais, parmi les imbéciles et les idiots, le degré d'intelligence n'est point proportionnel au volumede la lête. Leuret a trouvé, au contraire, chez les trois cinquièmes des idiots, la tète
(1) Physiologie et hygiène des hommes livrés aux travaux de l'esprit, etc., par Reveillé-Parise, 4* édition Paris, 18i3, t. I, p 289.
(2) Recherches sur l'encéphale, sa stniclare, ses fonctions et ses maladies. Premier mémoire. Paris, 1836, in-8.
DES TEMPKUAMF.NTS. 77 plus volumineuse que chez les hommes cloués d'une intelligence ordinaire ; mais l'ensemble de ses recherches conduit cependant à poser en loi que la circonférence normale du crâne est de 560 millimètres, et ne peut s'élever au delà de 625 ni descendre au-dessous de 5^1 ^1, sans en traîner l'idiotie. La mensuration du crâne chez I homme adulte a fourni à M. Lélut les chiffres moyens qui suivent :
Capacité générale du crâne, représentée par la somme de la circonférence longitudinale et des courbes longitudinale et transversale.. 1208°"°
Développement de la moitié antérieure du crâne 460
Diamètre anléro-postérieur 186
Diamètre transversal frontal 106
Diamètre transversal temporal 134
Diamètre transversal mastoïdien 113
Au demeurant, l'intelligence n'est pas absolument proportionnelle à la masse de l'encéphale entier : elle paraît être proportionnelle à la masse des hémisphères, surtout si l'on tient compte de l'étendue des surfaces dont le volume n'est qu'un élément et qu'influencent surtout le nombre et la profondeur des circonvolutions. Outre la quantité anatomique de la substance cérébrale, il y a à considérer ses conditions de texture ou sa qualité physiologique (1).
1° Ce n'est pas tant le surcroît d'activité des organes génitaux, comme on l'a écrit, que l'exaltation du désir vénérien, qui s'observe fréquemment chez les sujets nerveux : la distijiction est essentielle; et comme le tempérament génital des auteurs n'existe point, le saiyriasis ou la nymphomanie n'étant point de l'ordre physiologique, pas n'est besoin d'invoquer avec H. Royer-Collard un mode painiculier d'innervation pour en rendre compte. Quand M. Bégin (2) mentionne certains hommes dont l'organisation grêle et chétive s'alliait avec un système générateur tiùs développé, et (lui supportaient fort bien les excès, il constate une variété du tempérament nerveux que tout praticien a eu l'occasion d'observer, mais non le fait général de ce tempérament. L'intensité de l'appétit vénérien qui l'accompagne souvent rentre dans les consé-
(1) De môme, dit M. Bourgery, que dans l'homme, l'étendue et la variété de l'intelligence sont généralement en proportion de la quantité anatomique de la substance cérébrale, sauf les conditions physiologiques de la texture ; de même aussi, chez les animaux, la précision et la lucidité des instincts paraissent ea rapport avec la quantité de la matière cérébrale dans chacun d'eux, sauf également la question de qualité entre les individus d'une même espèce. [Comptes rendus de l'Académie des sciences, 23 septembre 18i4.)
^2) Op. cit., p. 69.
-78 llYliliiNli l'UlVKiî.
quences phytiiologiques du la piédoniiiiaiice cérébrale; le désir vénérien est une percepti(jn du cerveau, ul c'est dans ce viscère souverain qu'il faut chercher le principe des facultés intellectuelles et affectives, comme aussi la cause de leur exagération ou de leur perversion. Nous reviendrons sur cette liaison de phénomènes en traitant de l'idiusyncrasie génitale. Bornons-nous a énoncer ici celte vérité, que, parmi les individus qui joignent au tempérament nerveux l'excitabilité génitale, quelques-uns présentent, dans le développement de leurs organes reproducteurs, la raison palpable de ce phénomène; la plupart ne l'éprouvent que par une direction vicieuse de l'activité cérébrale exaltée.
Le tempéiament nerveux se caractérise par les faits suivants : 1° La mobilité des sensations et la susceptibilité de tout le système nerveux; 2° l'activité, et, pour ainsi dire, la turbulence des sympathies. Si l'appareil nerveux viscéral est excité, le cerveau répond aussitôt à la stimulation ; si le trait pai t de l'encéphale, toutes les forces sensitives s'émeuvent avec une électrique rapidité; il y a chez les personnes ainsi faites dispi oportion presque constante entre les sensations et la cause qui les produit : les impressions les plus fugitives déterminent en elles un long ébranlement ; tout leur est souffrance ou plaisir. 3" La force d'ensemble, la résistance organique contraste avec les apparences mesquines de l'extériorité. Les individus nerveux supportent souvent mieux fatigues et travaux, souffrances et privations, que les repré.sentants les plus fortement musclés du tempérament sanguin : dans les épidémies, dans les situations misérables que fait naître la guerre, dans les épreuves qui s'adressent à l'homme physique et moral, ils se comportent avec une énergie inespérée, et révèlent parfois les ressources de l'héroïsme. Les praticiens savent le prix de cette organisation qui, si elle ne se brise dans l'excès des sentiments tristes et nostalgiques , rebondit sous les coups de la maladie et conspire par l'effort soutenu de la volonté aux fins du traitement. W Le chiffre des globules est presque toujours inférieur au maximum physiologique; la circulation capillaire générale est moins active, moins régulière. 5° Le tempérament nerveux est un de ceux qui se rencontrent le plus fréquemment à l'état de pureté chez les hommes. 6° Lorsqu'il se trouve associé à un autre tempérament, il tend à prévaloir sur lui et finit par l'absorber. 7" Tandis que les autres tempéraments se modifient par le progrès de l'âge ou par un concours prolongé d'iiilluences hygiéniques, le nerveux paraît céder moins à l'action
(le ces causes ; il s'exagère au contraire à mesure que la vie se prolonge, parce qu'il csl dans la nature des phénomènes nerveux d'être périodi(iues, de tendre au rapprochement des périodes, et d'accroître leur intensité par la répétition.
Il nous resterait à esquisser les particularités intellectuelles et morales qui complètent la physionomie de ce tempérament; mais ce serait entrer en lutte avec les plumes qui ont traité ce sujet avec un éclat vraiment littéraire; l'induction du lecteur suppléera d'ailleurs à notre laconisme : nous le prévenons seulement que les tableaux éloquemment tracés parles auteurs ne traduisent pas toujours un rapport rigoureux entre le moral et les conditions du tempérament nerveux ; et quand ils passent en revue les célébrités les plus piquantes de cette variété organique, ils oublient trop les diversités d'organisation cérébrale, les effets de la culture humaine, la part des événements, le rayonnement de la société contemporaine à tous ces génies.
§ 4.. — Du tempérament lymphatique.
Cette forme d'organisation aurait sans doute soulevé moins de controverses, si la dénomination qui lui a été imposée eût exprimé plus exactement les éléments dont elle se compose; elle n'a point pour principe unique la prédominance de l'appareil lymphatique; encore moins doit-on l'attribuer, avec la plupart des auteurs, à l'inertie de cet appareil. L'atonie générale de tous les apj^areils (Rostan ) est un effet, non la cause de ce tempérament. Le nier avec Royer-CoUard, c'est fermer les yeux à l'évidence. Surabondance de fluides blancs , d'après Boerhaave, Fr, Hoffmann, Cullen, ou rapport inégal de développement et d'activité entre le système artériel et le système lymphatique (Hallé, Husson) , c'est la même définition en langage humoral ou solidiste. Après avoh' écarté la doctrine de la surabondance des fluides blancs, M. Fleury assigne pour caractères au tempérament lymphatique un sang pauvre en globules et un système capillaire peu développé, ou tout au moins, dont la contractilité propre est peu stimulée, de telle sorte qu'un grand nombre de vaisseaux, au lieu de recevoir des globules sanguins, ne laissent pénétrer que du sérum. Ces idées, qu'il présente comme nouvelles, répèlent, sous une forme différente, les conditions que l'observation de tous les temps a reconnues dans le tempérament lymphatique ; elles résument ce que nous avons dit à cet égard dans notre cinquième édition, et que nous allons repro-
10 IlYlilKNE PRIVKB.
duiro Ifixluollemoiil. Lo tempérament dit lymphati(iiie consiste dans la prédominance de développement, de vitalité et d'aclion de tous les tissus pénétrés par des li<juides non sanguins et de tous les organes qui l'orment ces liquides; les élaborations blanches (mucus, sérum, lymphe, etc.) l'emportent ici sur l'hématose. Il semble, eji effet, que dans les animaux supéiieurs il existe un antagonisme fonctionnel entre l'appareil sanguin et l'appareil lymphatique : celui qui l'emporte imprime son cachet à tous les organes, eu modifiant profondément les matériaux qu'ils s'assimilent. Cherchez les traces du système lymphatique dans les tissus d'un sujet dont le tempérament est très sanguin ; étouffé par les vaisseaux rouges, comme dit M. Bégin, c'est à peine s'il offre à l'observateur un très petit nombre de canaux perceptibles. Au contraire, les sujets lymphatiques ne présentent pas un développement du cœur et de l'arbre Vasculaire rouge en proportion avec leur stature et leur embonpoint : chez eux les parois des vaisseaux artériels sont moins denses, moins contractiles ; les tissus qui doivent être le plus abondamment pourvus de capillaires rouges, tels que les muscles, sont remarquables par leur pâleur et leur flaccidité. L'hématose, source première peut-être de cette série de modifications, ne s'accomplit pas avec la même énergie que chez les individus sanguins, ne réalise pas les mêmes produits. Dans le sang des sujets qui présentent les attributs extérieurs du tempérament lymphatique, le nombre des globules a notablement diminué : cette observation, faite par M. Lecanu, a été vérifiée depuis par beaucoup d'expérimentateurs. La matière colorante disparaît en partie avec les globules, avec elle le fer; l'eau augmente; la température et l'électricité du sang subissent certainement des changements analogues. Et comme le tempérament dont il s'agit est l'ordinaire apanage de l'enfance et du sexe féminin, on constate moins de globules, de fer, de matière colorante, et plus d'eau chez la femme que chez l'homme, chez l'enfant que chez l'adulte. Si maintenant on se rappelle que les injections les plus délicates ont démontré que les vaisseaux capillaires sanguins se continuent d'une part avec les artères et les veines d'autre part avec les vaisseaux exhalants, sécréteurs et excréteurs il est aisé de se rendre compte des caractères imprimés à l'économie entière par le sang, cet aliment direct des tissus, ainsi nue de la supériorité des élaborations blanches. Les ddîerentes sécrétions ont pour but de compléter loflice éliminateur de la respiration, par laquelle le sang noir se débarrasse de carbone et pro-
bablement d'hydrogène; les reins, le foie, la peau, sont chargés, comme le poumon, d'extraire du sang certains principes, et concourent à l'acte successif, mais général, d'épuration du fluide nourricier. Nous nous contentons d'indiquer ce rapport : c'est une lumière jetée sur les conditions d'ensemble du tempérament lymphatique ; il est évident que le sang, incomplètement épuré par la respiration, n'éprouve pas non plus, dans son passage par les appareils de sécrétion, les changements nécessaires à la bonne constitution du fluide nutritif.
La prédominance lymphatique accuse, avons-nous dit, non l'affaiblissement, mais le surcroît de vitalité de toutes les parties chargées de l'absorption et du transport des liquides non sanguins. On ne nie point que, dans ce tempérament, le système lymphatique est plus développé; que les maladies de ce système sont plus fréquentes : ces deux circonstances se concilient-elles avec l'idéed'une atonie, et n'est-ce point un axiome en physiologie pathologique, que les organes suractivés dans leurs fonctions sont aussi ceux qui acquièrent le plus de volume et le plus de susceptibilité morbide? On a voulu comparer aux veines variqueuses les vaisseaux lymphatiques gorgés de sucs blancs ; mais ces vaisseaux ne présentent point, chez les sujets dits lymphatiques, des dilatations partielles; ils sont uniformément développés, et nul fait n'est venu confirmer l'hypothèse d'un ralentissement dans la circulation de la lymphe. La manière dont le tempérament lymphatique a été envisagé par les hygiénistes les plus récents nous le donne plutôt comme un état morbide que comme une variété d'organisation régulière; ils ont décrit l'atonie de tout le système (Rostan), l'anémie, la cachexie scrofuleuse, non un état physiologique qui, malgré le relief d'un système général et la spécialité du sang, comporte l'intégrité durable des fonctions.
Le fluide nerveux et le sang exercent l'un sur l'autre une influence réciproque dont dépendent la manifestation et la stabilité des phénomènes de la vie. Or le sang des lymphatiques diff"ère du sang des tempéraments étudiés plus haut; de plus, il est lancé avec moins de force; les fonctions cérébrales, ainsi que le prouvent les expériences des physiologistes et les phénomènes de l'asphyxie, ne s'exercent dans toute leur perfection que sous l'impulsion d'un sang bien élaboré par l'hématose. De là cette langueur qui frappe toutes les actions organiques des sujets exclusivement lymphatiques et qui n'épargne point leurs facultés intellectuelles; les expansions péri- 3* tniT. — 1. »
IIYOIHNR PRIVER.
phériquus dos cordons nerveux sont d'ailleurs comme noyées dans les tissus blancs qui abondent sous la peau : aussi sont-ils difficiles à él)ranler, rétVactaires aux excitations. Ces circonstances propres au système nerveux t'ont comprendre l'espèce d'inertie musculaire ou du moins l'affaiblissement de la contractilité chez les lymphatiques. Nous ne pouvons admettre avec M. Bégin que leurs muscles se détériorent par l'effet de la privation ou des qualités vicieuses de la fibrine, base de leur tissu; l'analyse chimique n'a point démontré ces qualités vicieuses de la fibrine extraite du sang des lymphatiques, et nous avons déjà dit que, de tous les éléments du sang, la fibrine est le moins sujet à varier dans ses proportions.
Quant à l'habitus extérieur des lymphatiques, est-il besoin d'en signaler les caractères, et qui ne les reconnaît d'emblée dans la foule des variétés individuelles? Une taille trop élevée ou trop petite, peu de proportion et d'harmonie dans les formes ; une grosse tête, de grosses articulations , des mains volumineuses, des pieds plats, des cheveux rouges, blonds ou d'un châtain clair qui tombent avant l'âge; la peau blanche, lisse et mince, sillonnée par des veines qui paraissent dilatées; un teint blafard, quelquefois d'un blanc mat; une puberté tardive, les organes génitaux peu développés; chez la femmtJ, une menstruation laborieuse, irrégulière, peu abondante; des chairs molles, froides, abreuvées de sérosité; les orifices rnuqueux peu colorés, les dents ordinairement endommagées, ou, si elles paraissent saines, d'un blanc bleuâtre; l'abondance des sécrétions cutanées et muqueuses; les joues souvent plaquées d'un rouge vineux ou ponctuées d'un rose pâle ; une allure lente, des réponses hésitantes, une voix peu sonore : tel est ce type malheureusement si commun dans un grand nombre de localités, type enté sans doute sur l'organisation humaine par le vice persévérant des influences extérieures ou par la solidarité ascendante de la corruption ; type inférieur qui dénonce une décadence, et la cause de cette décadence est dans les eaux, les airs et les lieux, plus souvent encore dans l'homme ou dans la société.
S 8. — Des tempéraments composés.
Les trois tempéraments que nous venons d'examiner se rencontrent à l'état de pureté plus souvent qu'on ne pense; le lymphatique el le nerveux surtout s'observent sans aucun mélange chez beaucoup de sujets du sextî féminin. Le premier semble constituer
le type d'organisation le plus général de ce sexe; le second, fortement exprimé dès l'origine, cède diflicilement aux influences par I lesquelles on s'efforce de le transformer ou de l'atténuer. L'évolution successive des fonctions départies aux femmes contribue à faire prévaloir en elles l'élément nerveux ; la société, à son tour, par le rôle qu'elle leur assigne et la direction qu'elle imprime à leurs facultés , devient la complice de leurs tendances organiques. Le I . tempérament nerveux, s'il n'est point la forme primitive de l'orga- ' iiisme, acquiert donc par degrés la prédominance qui nous vaut, dans les deux sexes, une élite brillante et passionnée dont la destinée est de souffrir et de s'illustrer.
Toutefois le cas le plus ordinaire est celui de l'association des tempéraments, soit qu'elle constitue le fait primordial de l'organisation, ou qu'au tempérament originaire s'en soit ajouté un autre par les effets d'une alimentation spéciale, des conditions climatériques, de l'habitation ou des causes morales. Mais acquis ou naturel, le tempérament mixte n'est point le produit d'un juste balancement d'activité entre deux systèmes généraux de l'économie, entre l'action nerveuse et le sang : le temperamentum temperatnm des anciens, modèle exquis de l'harmonie organique, est une création idéale, non la formule d'une information réelle. Il n'en est point des combinaisons de tempéraments comme de celles qui s'opèrent sous la loi des affinités chimiques : ils ne se neutralisent point; l'un d'entre eux conserve la supériorité sur l'autre. Là même oii les systèmes généraux paraissent se compenser dans leur développement et dans leur énergie fonctionnelle, l'inégalité existe; et si elle ne se dénoie pas d'abocd, un examen approfondi du sujet, l'épreuve de la maladie, ou toute autre circonstance qui met en émoi les sympathies organiques, la mettra en lumière. C'est ainsi que le tempérament nerveux n'exclut point une certaine activité des fonctions nutritives et l'accroissement des globules dans le sang. Mais ou ces derniers caractères dominent, ou l'incitation nerveuse prévaut : proportions inverses d'association organique qu'on énonce par les dénominations de tempéranaent nerveux-sanguin et sanguin-nerveux, terminant le mot complexe que l'on emploie par la désignation de l'élément organique le moins saillant (Béginj. Les formes complexes de la santé qui s'observent le plus fréquemment résultent de l'union du tempérament sanguin avec le lymphatique, de celle du tempérament lymphatique avec le nerveux et le sanguin. La première de ces associations constitue pour ainsi dire le
Ibml organujuft th; certaines populations : l'Alsace, la Normandie, en oiîrent de nonnbreux exemples; elle domine surtout dans le déparlement du Haut-Uliiu, moins marécageux, d'une exposition plus élevée, plus riche en vignobles que celui du Bas Khin. Le tempérament lymphatique-sanguin appartient aux classes aisées des départements du Nord, de la Belgique; il domine parmi les officiers de l'armée anglaise que nous avons vus en Orient, etc. L'élément lymphatique est le fondement de ces organisations ; mais une alimentation substantielle, abondante , secondée par d'autres conditions d'une hygiène favorable, a donné l'essor au système vasculaire rouge, et corrigé par l'élaboration d'un sang riche en globules le vice primitif de la trame organique. Certaines populations des montagnes (Dauphinois, Basques, etc.), dont on loue avec raison la souplesse, l'agilité, la taille heureusement proportionnée, se distinguent par l'énergie de l'innervation et l'excellente constitution de leur snng : variété la plus désirable du tempérament mixte. Chez eux la nutrition est contenue en de justes limites; les élaborations blanches sont peu abondantes, les mouvements vifs et rapides; l'action nerveuse, forte et soutenue, ne va point jusqu'à tyranniser la machine. 11 est une association de tempéraments qui semble une contradiction physiologique , elle est cependant assez ordinaire : nous voulons parler de la prédominance simultanée des systèmes lymphatique et nerveux. Ce sont les femmes principalement qui nous en présentent de fréquents échantillons. Q\n n'a vu dans le monde de ces femmes remarquées par leur fraîcheur, par leur embonpoint, et qui, sous la livrée de la mollesse et de l'apaihie, cachent une extrême susceptibilité du système nerveux, une nature capricieuse, sentimentale jusqu'au spasme, irritable jusqu'à la convulsion? Mais ce développement, qui leur advient de très bonne heure ou vei.s la trentième année, ne dure point ; il disparaît quelquefois d'une manière rapide et comme par une fonte, soit à la suite d'une couche ou par l'action d'une cause morale ; d'autres fois elles maigrissent graduellement, se sèchent vers l'époque delà suppression des menstrues, et rentrent dans les conditions du tempérament nerveux absolu.
Nous n'insisterons pas davantage sur le fait important de l'association des tempéraments; nous négligeons à dessein les peintures morales qu'y rattachent les auteurs. Cette association, tantôt ébauchée par la nature, tantôt amenée par l'éducation et le régime, est l'une des sources principales des différences individuelles de notre
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I espèce; elle donne, avec le fait des idiosyncrasies, la clef de plus I d'une solution importante pour la médecine pratique.