II. — Sexe
Nous avons indiqué (p. 121) les différences que présente la femme sous le rapport de la digestion et du besoin d'alimentaiion ; elle a moins de puissance digeslive, exige moins de nourriture et une nourriture moins excitante. Faible, sédentaire, moins portée à l'intempérance, soustraite généralement aux travaux qui épuisent l'homme, elle recherche par instinct les aliments doux, sucrés, légers nutritifs sous un petit volume; mais tout eu lui interdisant l'usage des stimulants, faut-il avec Tourtellelui assigner le régime des enfants, la réduire à l'usage des viandes blanches et des végétaux (1)? une semblable diète aura-t-elle la propriété d'amortu- sa susceptibilité nerveuse, ou plutôt, dans un grand nombre de cas, n'aura-t-elle point pour effet de l'accroître? L'hygiène des lemmes est semée d'erreurs qui contribuent journellement a détériorer leur
(1) Tourtelle, Traité d'hygiène, édition Brichctcau, p. 305.
INGESTA. - DES ALIMENTS. f> ' l
santé. En général, les aliments très digestibles des deux règnes organiques leur conviennent : fécules, viandes rôties, etc., et la considéraiionde leurs tempéraments, deleurs dispositions héréditaires, de leurs maladies antérieures, doit l'emporter, dans l'ordonnance de leur régime, sur les indications qui découlent théoriquement du sexe ; leur nourriture doit varier surtout suivant les grandes époques de leur vie féminine: menstruation, grossesse, parturition, allaitement, âge de retour (voy. sect. I,chap. iv). Vers l'établissement de la nubilité, le régime ne doit être ni excitant ni débilitant, afin de ne pas supprimer l'effort hémorrhagique normal ni de l'accroître outre mesure ; il n'y a lieu de mentionner ici le genre de nourriture qui convient dans le cas de dysménorrhée, de règles hémorriiagiques, etc. L'état cholorotique, qui entrave chez tant de jeunes filles l'établissement de la menstruation, exige un régime corroborant. Une nourriture douce, humectante, peu substantielle, convient aux femmes qui touchent à 1 âge critique ; elle prévient les congestions sanguines qui menacent alors l'encéphale, les poumons, etc. Les femmes en apparence les plus exposées à ces accidents réussissent, à force de sobriété, à traverser sans maladie cette période trop redoutée. La grossesse n'oblige guère à modifier le régime alimentaire des femmes; la plupartne changent ni de goût ni d'habitudes; la pléthore qui survient après le quatrième mois doit les porter à choisir leurs aliments, suivant qu'elle a un caractère vraiment sthénique, ou que, ce qui est beaucoup plus fréquent, elle consiste réellement dans nn étal hydroémique avec diminution de globules ; plus tard, la compression de l'estomac ne leur permet d'ingéreràla fois, sans malaise, qu'un petit volume d'aliments, sauf à augmenter le nombre des repas. Les femmes nerveuses et chétives éprouvent, sous l'influence de la grossesse, une notable amélioration de l'appétit et consomment beaucoup plus au grand profit de leur nutrition. En général, la mesure du régime est fixée pour les femmes enceintes comme pour tout le monde par celle de l'appétit, sans égard à l'axiome banal qui leur prescrit de manger pour deux '; la suppression des menstrues compense en partie les frais de la nutrition du fœtus. Quand la faim est vorace, on la trompe par des repas plus fréquents, par des aliments à saveur douce et fade ; un dégoût sans cause morbide cédera à des boissons un peu stimulantes, à une nourriture plus sapide. Toutefois beaucoup de femmes se décolorent et maigrissent pendant les premiers mois de la gestation ; le nombre de leurs globules diminue dans le sang, à mesure qu'elles fournissent
872 UYUIÈNE PRIVÉE.
de leur propre substance à l'évolution organique de l'embryon ; des troubles dynamicjues en rapport avec l'anémie se manifestent. Trop souvent, ignorance ou routine, on les soumet alors à des saignées qui augmentent l'épuisement et favorisent le développement des accidents nerveux, tandis qu'il est nécessaire de renforcer l'alimentation, et d'y ajouter le vin, la bière, le houblon, les ferrugineux, les amers, etc., afin de les aider à subvenir à l'accroissement du produit nouveau qui vit en elles et à leurs dépens. Quant aux appétences insolites, on s'en exagère l'importance, et c'est peut-être ce qui les rend plus fréquentes; mieux vaut leur résister que de les satisfaire aux dépens de la santé : le charbon, le plâtre, le vinaigre, etc., ont été l'objet de ces désirs étranges; il faut refuser de pareilles substances ou ne les donner qu'à dose minime et avec des correctifs convenables. Pendant la grossesse la femme doit s'abstenir de liqueurs spiritueuses qui, nuisibles à sa propre santé, sont un véritable poison pour l'enfant qu'elle porte dans son sein. En couches et avant que la révolution laiteuse soit opérée, la i'emme ne doit recevoir que d'un à trois bouillons par jour si elle ne nourrit point, quelques potages dans le cas contraire. C'est ici que se montre à un iiaut degré la puissance de l'habitude. On voit des paysannes qui, deux jours après l'enfantement, reprennent, avec leurs travaux, le régime grossier et nourrissant auquel elles sont accoutumées ; sans doute cette conduite fait des victnnes, mais beaucoup ne s'en ressentent point. Une fois la sécrétion laiteuseétablie, on revient par degrés au gerue de vie ordinaire en passant de la soupe, des panades, des bouillons avec fécules, aux œufs à la coque, aux viandes blanches, aux poissons frits, aux côtelettes, etc., de telle sorte qu'au bout de dix à douze jours l'accouchée n'ait plus besoin de direction spéciale dans son régime : même gradation pour les boissons. Nourrit-elle, tout aliment auquel son estomac est habitué lui convient : « Tout se réduit, pour les nourrices comme pour tout le monde, à bien digérer ce qu'on mange, et à ne pas manger avec excès (1). » Les mets qui font la base de la vie ordinaire, qui sont consacrés par un long et général usage, sont ceux qui conviennent le mieux aux nourrices, avec la précaution de varier leur régime et de leur refuser les viandes fumées, salées, la charcuterie, des quantités trop forles de substances
(1) A. Donné, Conseils aux mères sur l'aÙaitement et sur la manière d'élever les enfants nouveau-nés. Paris, 1846, p. 1?i7,
INGESTA. — DES ALIMENTS. 873
végétales crues et le vin en excès. Aucun alimentn'a la propriété d'augmenter lasécrétion du lait; cest une faute que d'éloigner trop les nourrices campagnardes de leurs habitudes alimentaires et de leur servir des mets choisis dans l'intention de donner à leur lait toute l'abondance et la richesse possibles ; les mets apprêtés et les friandises leur conviennent moins que leur soupe accoutumée, faite avec la viande et les légumes, abondante en pain, en pommes de terre, en carottes. Que l'on évite de leur donner des choux, des épinards, des bettes ou poirée blanche à cause de leur qualité laxative; de l'ail, de l'oignon, du poireau, de l'échalote, etc., à cause du principe volatil âcre que recèlent ces plantes alliacées et qui se communique au lait; sauf ces exceptions et quelques autres, la nourriture commune est la meilleure pour les nourrices ; on y ajoutera pour boisson le vin coupé d'eau. Les alcooliques passent dans le lait et peuvent occasionner aux nourrissons des accidents d'empoisonnement tels que coliques, convulsions, ivresse et même la mort.