Age
La nourriture du nouveau-né est dans le sein de sa mère. Nous placerons ici les règles relatives à l'allaitement.
1° Allaitement maternel. L'allaitement est une fonction qui, nonseulement répond aux besoins du nouveau-né, mais qui entre dans les conditions d'équilibre physiologique de la mère; il régu-
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larise les phénomènes de l'élat puerpéral, tempérant ou supprinnant la fièvre de lait, neutralisant la disposition aux hémorrhagies utérines quand elle existe, consommant les matériaux de la pléthore qui succède à la parlurilion, et éloignant ainsi les chances de métrite, de péritonite, etc. ; il diminue l'abondance des sueurs puerpérales, prévient les éruptions qu'elles amènent, les rhumatismes, les lochies excessives ou de longue durée, les maux de tête suivis de la chute des cheveux, les engorgements et les nodosités des seins. La sécrétion du laitôte à l'utérus le poids de sa turgescence sanguine, et lui ménage le retour graduel à son état ordinaire; elle a donc, à son début, le caractère d'une évacuation critique, et chez beaucoup de femmes elle prolonge pendant toute sa durée le bienfait d'une salutaire dérivation. L'entant trouve dans le lait de sa mère la nourriture la mieux appropriée à ses organes, et, dans sa sollicitude de tous ses instants, une sorte d'incubation qui mitigé ses premiers contacts avec les influences de la vie extra-utérine. Les avantages de l'allaitement maternel dépendent de certaines conditions; il importe d'abord qu'il ait lieu par une détermination volontaire et spontanée^de la mère, non par contrainte ou par condescendance à la mode ou au désir de l'entourage ; il faut ensuite que la mère trouve en elle le calme, le sang-froid, la patience, sans lesquels elle ne peut entreprendre cette tâche. L'état moral modifie le lait, et celui-ci réagit sur le système nerveux du nouveau -né. Combien de convulsions, de diarrhées, d épilepsies infantiles n'ont d'autres causes que les émotions de la nourrice? Entre tant de faits que citent les auteurs, le suivant nous a surtout frappe. Une accouchée, allaitant son enfant, voit entrer un officier de police, et, épouvantée par la nouvelle qu'il lui communique, elle retire mort de son sein le petit être qui, peu d'instants auparavant, jouissait de la meilleure santé (1). N'en déplaise à Jean- Jacques, bien des femmes sont forcées de renoncer au doux office de l'allaitement, les unes par l'excitabilité de leur système nerveux, les autres par les défauts de leur constitution physique: tels sont l'altération des facultés intellectuelles, un tempérament trop lymphatique, les traces d'affections dartreuses, la prédisposition à la phthisie pulmonaire, des irrégularités habituelles dans les fonctions digestives, l'excessive maigreur, la débilité congénitale ou acquise
(1) Hayn, dans Burdacli, Traité de physiologie, traduit de l'allemand par A,'i.-L. Jourdan, t. IV, p. 384.
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delà constitution, etc. Que l'on ne s'exagère pas néanmoins les condilionsde force et d'embonpoint nécessaires au rôlede nourrice : ilconvieudrait à peu de mères, s'il exigeait une organisation très robuste. Heureusement beaucoup de femmes, d'une force moyenne, le soutiennent à merveille, malgré les oscillations que la vie sociale et les exigences de certaines positions ne manquent pas d'imprimer fréquemment à la santé. On voit même que l'allaitement réussit à des femmes chélives et maigres; non-seulement elles supportent cette dépense de force et de substance, mais encore l'exaltation de la plasticité, favorisée par la suppression des menstrues, tourne s» protit de leur propre nutrition. Quand il survient des phénomènes de consomption, cet effet est dû, moins à l'abondance delà sécrétion laiteuse qu'à l'existence antérieure d'un état morbide. Or, c'est là, c'est dans les prédispositions morbides, héréditaires ou non, que réside la contre-indication essentielle à l'allaitement. Quelques circonstances accidentelles s'y opposent parfois, la mauvaise conformation et les gerçures du mamelon, à moins que l'on n'y puisse remédier par des bouts de sein, le développement excessif du mamelon, etc. Les bouts de seins doivent proéminer assez pour être facilement saisis par la bouche de reniant; trop gros, ils ont moins d'inconvénient que trop petits; dans ce dernier cas, ils gênent la succion, la bouche de l'enfant s'y applique moins exactement. La forme des mamelles n'est pas sans quelque importance ; étalées sur la poitrine, elles ont en général une sécrétion moins active que les seins hémisphériques et surtout piriformes ou coniques comme les mamelles des chèvres. M. Donné a remarqué que les gerçures ou crevasses qui se manifestent dès les premiers temps coexistent avec un lait plus ou moins pauvre, peu abondant, sortant avec peine et toujours mêlé de matières muqueuses. Le retour prématuré des menstrues n'est point un motif absolu de cesser l'allaitement. Il y a des femmes qui supportent cette perte de quelques jours sans détriment pour la lactation ; et quant à l'influence qu'elle exerce sur la nature du lait, on n'en peut juger que d'après l'état de l'enfant. J'ai remaniué chez l'un des miens une coïncidence exacte de coliques, de diarrhée, d'irritabilité nerveuse, avec le retour menstruel de sa nourrice. Ces phénomènes se dissipaient au bout de trois à quatre jours sans laisser aucune trace. D'après M. Raciborski, les époques menstruelles ne font éprouver au lait d'autre altération qu'une légère dimimition dans les proportions de la crème, et les nourrices menstruées peuvent élever des nourrissons très bien por-
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tants, à moins qu'elles ne soient très impressionnables et qu'on n'ait à redouter chez elles les effets de la surexcitation nerveuse qui accompagne souvent les époques cataméniales II est d'observation néanmoins que les nourrices primipares et mensiruées sont exposées à perdre leur lait vers le troisième ou quatrième mois, et la prudence prescrit de ne pas s'adresser à cette catégorie de nourrices. Une grossesse nouvelle déterminedes phénomènes de concentration trop énergiques sur un organe important pour ne pas modifier la lactation dans sa nature ou dans sa quantité. Aussi doit-elle être le signal de la cessation de l'allaitement, à moinsque l'évidente santé de la mère et du nourrisson ne démontre l'innocuité de ce cumul fonctionnel.
2° Allaitement par les nourrices. Les conditions du choix d'une nourrice se rapportent à sa personne et au lait qu'elle sécrète : reste ensuite à régler son régime. Ce que nous avons dit de la constitution de la mère s'applique à celle de la nourrice, avec celte remarque que mieux vaut à l'enfant le sein d'une mère de force moyenne que celui d'une mercenaire robuste. Sous le rapport des qualités physiques, il faut donc être plus exigeant envers celle-ci qu'envers celle là. M. Devergie a constaté qu'il n'existe aucun rapport entre les qualités du lait et la couleur des cheveux et la largeur de la poitrine. La nourrice sera d'ailleurs visitée avant son admission ; cet examen portera sur toute sa personne et sera complété par l'emploi du spéculum ; la sécurité des parents, le salut de l'enfant sont à ce prix; aucun scrupule, aucune résistance ne doit arrêter le médecin. Sans une exploration à fond, les maladies contagieuses pénétreront dans les familles les plus pures par la porte de l'allaitement. Bien des exemples funestes appuient ce conseil, dont l'exécution n'a rien de contraire à la pudeur ni aux convenances, si la nourrice en est prévenue. On prend en général des nourrices de quatre à six mois; elles ont alorj sevré sans danger leur propre enfant et réparé la fatigue des couches. Au delà de dix mois à un an d'âge, le lait n'est plus approprié aux besoins du nouveau-né, et l'on risque d'en voir tarir la sécrétion. Des exceptions heureuses se montrent assez souvent ; mais il n'y a lieu d'y compter. On préfère les nourrices non primipares ; elles ont l'expérience des soins que réclame le premier âge ; leur mesure de lactation est connue, et l'état d'un premier nourrisson permet d'apprécier les vertus de leur lait. Les filles deux fois mères sont à rejeter; leur pente au libertinage est trop manifeste. En général, les nourrices mariées offrent plus de garanties d'ordre, de conduite et de tranquillité
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d'esprit. Au delà de trente-cinq ans, les bonnes nourrices sont rares, surtout en ville. La bonne humeur, l'enjouement, la sérénité du visage doivent être recherchés en elles. Joignons-y un certain degré d'intelligence, quoique le lait ne soit point le véhicule de l'esprit ; mais destiné à l'accroissement de tous les organes, resterat-il sans influence sur la constitution et le jeu de l'encéphale? Désormeaux ne pensait pas ainsi, et nous admettons rinlluence générale de la nourriture sur le moral et l'intellect. Le lait doit être de bonne qualité, riche en éléments nutritifs, pur dans sa composition, et suffisamment abondant. L'analyse chimique peut seule faire connaître les proportions de beurre, de matière caséeuse, de sucre, etc., que ce liquide contient; mais les applications domestiques n'exigent pas une base aussi rigoureuse, ni ne comportent une recherche aussi longue et difficile. Le microscope, qui est un procédé d'exploration prompt, facile et sûr, suffit pour éclairer le médecin sur le choix d'un lait; lui seul permet d'ailleurs de constater les altérations morbides du lait, sa contamination par des substances muqueuses, purulentes, sanguinolentes, etc. Le nombre des globules exprime assez bien la richesse, c'est-à-dire la puissance nutritive du lait, le caséum et le sucre étant en proportion de la quantité des globules laiteux qui représentent la partie grasse ou butyreuse. La quantité de crème qui se sépare par le repos, et qui est constituée par la réunion des globules, est encore un moyen suffisant pour évaluer la richesse du lait. On peut mesurer l'épaisseur de la couche crémeuse en recueillant le lait dans les tubes éprouvettes de M. Doimé, divisés en 100 parties. Le lait de femme de bonne nature manjue 3 de crème, celui d'ânesse 1 à 2, celui de vache, très riche, 10 à 15 A la mesure de la couche crémeuse, Quevenne (1) a joint l'appréciation de la pesanteur spécifique du lait ; et ce double contrôle s'exerce à l'aide d'un instrument qu'il a imaginé sous le nom de lacto-densimètre. Mais cette méthode ne permet pas de reconnaître les sophistications par l'eau (2), et elle a l'inconvénient de durer douze heures environ , alors que l'économie domestique exige le plus souvent des vérifications instantanées. C'est ce que l'on obtient au moyen du lactoscope de M. Donné. Cet instrument indique le degré de richesse et de pauvreté naturelle ou factice du lait, par le degré d'opacité au-
(1) Annales d'hygiène, 1841, t. XXVI, p. 5 et 237.
(2) A. Donné, Çou^s de microscopie. Paris, 1844:, p. 379.
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quel répond la proportion de crème. Nous renvoyons à l'ouvrage cité de M. Donné pour la description de l'instrument , le mode du maniement et les résultats étalons qu'il donne pour les dilïérents laits. Le bon état du propre enfant de la nourrice dispense de toutes les investigations précitées, si l'on a acquis la double certitude qu'elle ne présente pas un entant d'emprunt, comfne cela arrive parfois, et que l'allaitement n'a pas été secondé par une nourriture accessoire. Le lait pauvre agit sur l'enfant nouveau-né, comme l'alimentation insuffisante sur les adultes; la diarrhée, les vomissements, parfois le raui^uet, toujours le dépérissement , voilà ses effets. Quand la richesse du lait est disproportionnée avec les besoins et les forces digestives de l'enfant, on observe des digestions pénibles, de l'engourdissement , de l'agitation, des vomissements et des coliques ; en un mot, chaque repas de l'enfant au sein d'une nourrice dont le lait est trop substantiel donne lieu aux accidents d'une mauvaise digestion. On sent combien il importe de distinguer ces deux causes de malaise et de langueur qui peuvent frapper les enfants à la mamelle ; c'est M. Donné qui les a signalées judicieusement à l'attention des praticiens. Il est plus facile de corriger l'excès de globules que leur rareté ; il suffit d'éloigner les repas de l'enfant, afin que le lait séjourne plus longtemps dans le sein. Cette circonstance a pour effet de le rendre plus clair et plus séreux, contrairement à ce qui se passe pour toutes les autres sécrétions du corps (Péligot). — Peut-on déterminer l'abondance du lait? Le volume et la dureté des seins ne prouvent qu'une chose, l'affluence actuelle du lait, mais ne fout rien préjuger sur la marche habituelle delà lactation. Il y a d'excellentes nourrices dont le sein ne fournit, par pressioji, qu'une médiocre quantité de lait, mais chez qui la sécrétion s'active par la succion de l'enfant et s'opère en quelque sorte au fur et à mesure de ses besoins. Pour juger une nourrice sous ce rapport, il faut la voir à l'œuvre, constater l'élat des seins avant et après l'allaitement, le degré de satiété de l'enfant après chaque repas, etc. M. Devergie (1) distingue trois espèces de lait , suivant qu'il contient de gros globules, des globules très petits ou en poussière, et des globules moyens. Le volume et le nombre des globules expriment le pouvoir nutritif du lait ; l'un est souvent, mais non toujours, en rapport avec l'autre ; le lait à gros globules
(1) Sur la valeur de rexamen microscopique du lait {Mémoires de de médecine, t. X, p. 206).
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peut coïncider avec tous les tempéraments, mais s'allie plus souvent au tempérament sanguin lympliati-pie. On le trouve que quetois (a fois sur 17) chez des nourrices grêles, maigres, a clavicules saillantes. Le lait à globules en poussière appartient presque constamment à des constitutions faibles, et ne permet guère de compter sur un accroissement ultérieur de richesse. Les nourrices dont le lait tient le milieu entre les deux espèces précédentes sont les plus communes. Sur 59 nourrices, M. Devergie n'en a trouvé que 13 dont le lait n'ait pas augmenté de richesse par le seul fait de la reprise de l'allaitement. Les seins de moyenne grosseur fournissent le lait le plus riche ; viennent ensuite les seins très gros, puis les seins très petits. L'âge du lait n'augmente ni le volume ni le nombre des globules. En somme, il trace le portrait suivant de la nourrice à choisir : Vingt-cinq àtrenteans,constitution forte, poitrinelarge, tempérament sanguin lymphatique, cheveux bruns, dents blanches, non martelées et saines; lèvres et teint colorés, seins piriformes à mamelons nettement dessinés, sans veines trop dilatées ; les seins arrondis, bombés, à grosses veines, à aréoles très larges, sont très inférieurs aux précédents. Le lait tiré dans une cuiller doit être blanc, à léger refletbleuâtre, d'une saveur sucrée; il ne doit pas être trop épais. Le microscope fera connaître s'il est plus ou moins riche en globules, si les globules sont plus ou moins gros, enfin s'il a subi quelque altération. — Le lait des nourrices peut être altéré par le mélange du coloslrum ou par celui du pus. Le colostrum contient des globules laiteux plus ou moins bien formés, liés entre eux par petites masses au moyen d'une substance muqueuse et de particules d'une nature spéciale que M. Donné a décrites sous le nom decor/jwscules granuleux. Ce premier lait préexiste à l'accouchement; il ne change pas à cette époque, mais il augmente jusqu'à distendre les seins. Après la fièvre de lait et après plusieurs succions, il perd sa couleur jaune et sa consistance visqueuse pour devenir un véritable lait. Au bout de six à huit jours, il n'offre plus de corps granuleux ; leur persistance en très petite quantité, même au delà de trois semaines, ne lui communique rien de morbide; mais quand ils s'y montrent indéfiniment et en abondance, le lait n'a point sa pureté normale; il est altéré. Cet état du lait, que le microscope seul décèle, est permanent chez les .nourrices mal constituées, et se produit chez les bonnes nourrices sous l'inlluence d'une maladie générale ou locale; l'enfant subit alors les effets d'une mauvaise alimentatiou : diarrhée, maigreur, etc. Les abcès du sein qui s'ou-
vrent dans les vaisseaux laclilères altèrent ce Iluide parle mélange du pus; quelquefois la suppuration estsituéesur un point assez profond de la glande rnaiïiniaire pour que le pus passe inaperçu dansle lait. Dansées cas, lessuccionsde reniant ne peuvent qu'aggraver la maladiedu sein, bien loin de contribuer à son dégorgement, comme le vulgaire se l'imagine. Kn outre, un pareil lait ne peut qu'être nuisible. Les globules du pus, frangés, granuleux, légèrement opaques, insolubles dans l'éiher et l'alcool, se dissolvent dans l ammoniaque, qui n'attaque pas les globules de lait, à contours nets, transparents au centre et solubles comme les matières grasses dans l'alcool et l'éther. — Nous indiquons plus bas (sexe) le régime alimentaire qui convient aux nourrices; il faut y joindre un exercice modéré, surtout l'exposition à l'air libre; le bain d'air presque continu leur est aussi nécessaire qu'à l'enfant nouveau-né ; que leurs chambres soient vastes et aérées ; qu'elles ne soient point reléguées pendant la nuit entre le lit de la mère et le berceau de l'enfant, dans le méphitisme d'un local élr.iit et hermétiquement fermé. Elles doivent redouter les vicissitudes trop aiguës de la température, surtout l'impression du froid; dans les arrangements de leur toilette, elles éviteront les compressions sur le sein. Point d'émotions, point de lectures ni de spectacles qui agitent l'âme. Si les relations sexuelles ne peuvent être refusées aux nourrices mariées, qu'elles se gardent d'allaiter avant l'apaisement des troubles que le coït détermine.
3° Allaitement par les animaux. C'est la chèvre que l'on préfère pour cet usage, à cause de la grosseur et de la forme de ses trayons que la bouche de l'enfant saisit sans peine. On la dresse facilement à présenter sa mamelle à l'enfant, et elle paraît susceptible de s'attacher à lui. Le lait d'ànesse a plus d'analogie avec celui de la femme ; mais vu la difficulté d'appliquer l'enfant à la mamelle de cet animal, on réserve son lait pour la nourriture au biberon. Outre les précautions à prendre contre la pétulance et l'impatience de l'animal, il faut choisir urie chèvre jeune, d'un naturel doux et maniable, qui ait récemment mis bas, et qui ne soit pas à sa première portée! Dans ce dernier cas, le lait est peu abondant et tarit plus tôt; trop âgée,elle fournirait un lait sansqualité et en quantité médiocre. La couleur de l'animal paraît influer sur la nature du lait; celui des chèvres blanches n'a point d'odeur hircine. On a répété, sur les effets moraux du lait des animaux, les mêmes opinions que sur celui des femmes. Les enfants nourris du lait des vaches ne montrent,
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dit-on, ni la vivacité des mouvements, ni la gaieté d'esprit qu'on observerait cliez les enftints allaités par des chèvres. L'hygiène de l'animal modifie la nature de son lait, et que l'enfant reçoive ce liquide par voie de biberon, ou indirectement au sein de l'animal, il faut placer ce dernier dans les conditions les plus favorables à sa santé; qu'il paisse en plein air et en liberté; qu'il couche sur la paille renouvelée chaque jour, dans une étable bien aérée; l'usage des végétaux verts, en rendant son lait plus séreux, l'appropriera mieux aux organes du nouveau-né. Les carottes produisent le lait le plus léger et le plus digestible ; les betteraves donnent naissance au lait le plus riche et le plus nutritif: les autres substances et les fourrages produisent un laitd'une richesse intermédiaire. L'étrillage favorisera l'action perspiratoire de la peau. S'il ne nourrit qu'un enfant, on devra le soulager du superflu de son lait; qu'on lui épargne les mauvais traitements, que l'on s'abstienne de l'effrayer, de l'irriter; sinon, l'excrétion du lait deviendra difficile, ou ce liquide changera de qualité; pour le même motif, il ne devra pas supporter trop de fatigues. Une chèvre qui a déjà nourri un enfant convient le mieux pour un nouvel allaitement; et comme les animaux ont aussi leurs idiosyncrasies, il faut s'en tenir à celui dont le lait réussit.
4" Allaitement artificiel. Désastreux dans les hospices consacrés aux nouveau-nés, funeste dans les grandes villes, proscrit par la plupart des médecins et condamné par les résultats de la statistique, l'allaitement artificiel, s'il est dirigé avec une sollicitude de tous les instants et le concours de bormes conditions hygiéniques, peut réussir dans l'intérieur des familles, et particulièrement à la campagne; son succès est plus assuré s'il succède à un allaitement naturel de quelques semaines; mieux vaut aussi le faire alterner avec un allaitement môme précaire, (]ue de l'employer d'une manière exclusive. Le lait doitètre fourni parle même animal, nouvellement trait, non bouilli, mais chauffé au bain-marie à la température du lait de la femme. Quand le lait dont on se sert est beaucoup plus riche que ce dernier, comme le lait de vache, on l'atténue parle mélange d'un liquide aqueux, tel qu'une décoction légère d'orge, de gruau, d'avoine. D'autres préfèrent une décoction légère de mie de pain, parce que la fermentation a plus intimement combiné les principes de la farine. Désormeaux (1), préconisant pour les nou-
(1) Dictionnaire de me'decine, t. XXVIII.
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Tfeau-nés l'usage d'une nourriture aninialisée à un certain degré, d'après des analogies peu fondées avec d'autres espèces zoologiques, propose de couper le lait déjà trop peu arrànalisé des herbivores avec un liquide chargé de substances animales, par exemple, le bouillon de poulet. Cette manière de concevoir le régime du premier âge est parfaitement réfutée par les expériences que M. Donné a faites sur des chiens d'une même portée, de même force, et dont les uns, nourris avec du lait, se sont développés plus rapidement que les autres, nourris avec du bouillon. Notre (expérience nous porte à préférer tout simplement l'eau pour délayer le lait trop crémeux des vacheries ; il convient de sucrer, mais sans excès, celte boisson, dans laquelle on fait varier les proportions relatives des deux liquides suivant l'aptitude digestive de l'enfant, dans la mesure progressive de ses besoins d'assimilation; la seule règle est le tâtonnement; et c'est d'après les effets fidèlement observés que l'on pousse jour par jour ce régime. Plus tard, l'eau sera remplacée parles solutions amylacées, gommeuses, puis par le lait pur. On peut aussi, d'après le conseil de M. Donné, débuter par le lait de première traite, provenant de vaches alimentées avec des carottes : ce lait est le moins substantiel que l'on puisse obtenir. Dès le quatrième mois, chez les enfants nourris artiliciellemeut ; à partir du sixième chez ceux qui ont le sein d'une nourrice, on emploie des aliments mous, dont le meilleur est la panée ou panade faite avec de la mie de pain de froment séchée, réduite en farine grossière, et cuite ensuite dans l'eau jus(iu'à ne plus former qu'une gelée homogène que l'on passe au travers d'un tamis de soie et que l'on sucre légèrement; plus tard, on la prépare au lait, puis au bouillon de poulet, etc. La bouillie faite avec la farine de froment et le lait est encore un aliment très convenable au premier âge. Si elle a encouru le blâme de Rousseau, elle a pour elle l'autorité de Hallé et le suffrage de nos mères. C'est par l'artifice de ces gradations délicaies du régime que l'on peut corriger les inconvénients de l'allaitement au biberon ; il est nécessaire d'y joindre le bienfait d'un air pur et de tous les autres soins hygiéniques. Même avec cette combinaison de moyens, il ne deviendra jamais une méthode sûre d'éducation physique, ni surtout applicable à un grand nombre d'erd'ants réunis dans une même habitation. La possibilité du succès n'existe (jue pour des sujets isolés.
5" Bégime de L'enfant. Tant que dure l'allaitement, on rapproche les repas, et d'autant plus que l'enfant est plus faible. En moyenne,
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le minimum des intervalles peut être fixé à une heure et demie, le maximum à trois heures, l'enfant buvant chaque fois jusqu'à satiété, à moins d'une contre-indication particulière. Il est utile de préluder, dès ces premiers temps, aune distribution régulière de la nourriture. L'allaitement devra se ralentir avec les progrès de l'âge, qui se mesure par semaines et par mois ; on en viendra à ne lui donner le sein que de trois heures en trois heures, s'il y trouve à chaque prise une ration suffisante de lait. Jusqu'à six mois, le lait de la nourrice sera son unique aliment ; tout au plus y joindra-t-on le lait des animaux, pur et coupé, comme il a été dit plus haut. La timbale d'argent est le moyen le plus simple pour faire boire les enfants. On a inventé beaucoup de biberons, dont le meilleur est dti à M. Charrière. Une alimentation prématurée est la source d'un grand nombre d'incommodités et de maladies. Disproportionnée avec les facultés digestives de l'enfant, elle occasionne des diarrhées, des indigestions, des empâlenienls abdominaux, des gourmes, des éruptions diverses ; c'est aussi là, comme l'a prouvé M. Jules Guérin, l'une des causes ordinaires du rachitisme, l'organisme ne pouvant élaborer convenablement les matériaux qu'il reçoit, ni pourvoir par leur moyen à sa nutrition dans le mode physiologique de cet âge, La nécessité de ménager la mère peut seule autoriser, dès le troisiènoe mois, l'emploi auxiliaire du lait des animaux et des bouillies. En général, il faut l'ajourner jusqu'au sixième mois. A cette époque, on débutera par une soucoupe (six cuillerées) de bouillie claire, faite avec la crème de riz, s'il y a tendance à la diarrhée; avec la fécule de pomme de terre dans le cas contraire; l'arrow-root est léger, la farine de froment très nutritive. On alterne ces fécules pour satisfaire au principe de la variété dans le régime; on épaissit progressivement les bouillies, on en augmente les doses tout en consultant tous les jours l'état général des enfants et celui de leur tube digestif; de ces fécules, on passe à la semoule claire et bien cuite, au vermicelle, au bouillon gras, enfin aux potages légers, faits avec les mêmes farines. Cependant on a exercé leur appareil de mastication par des croûtes de pain sec qu'ils ramollissent et sucent; cet exercice favorise l'évolution des dents parla compression des gencives, et les dispose à manger des substances solides. L'époque du sevrage est alors venue.
6° Du sevrage. Son opportunité correspond entre douze à dix-huit mois, plus vers ce dernier terme pour les enfants faibles ou suspects d'hérédité morbide. Mieux vaut l'avancer quand c'est la mère qui
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allaite ot que l'on a à craindre l'insulfisance de son lait; il faut épargner à l'enfant la coïncidence des douleurs de la première denlition et de la privation du sein. Trop longtemps continué, l'allaitement prolonge l'état de première enfance, ralentit le développement, s'oppose au progrès des forces. Un sevrage prématuré livre l'enfant au péril d'une alimentation disproportionnée avec ses facultés digestives, et le frustre, en cas de maladie ou d'incommodité, des ressources diététiques et médicinales qu'il trouve dans le sein de sa nourrice. Il n'est d'autre prép.-iration au sevrage que de le familiariser préalablement avec un autre genre de nourriture; or il est d'autant plus difficile d'habituer les enfants à manger que l'on en retarde davantage les premiers essais. Une certaine gradation doit être observée dans cette transition de régime; on sèvre d'abord de nuit, puis on diminue l'allaitement diurne pour terminer en quelques jours ; il n'y a aucun avantage à accorder à l'enfant une ou deux fois en vingt-quatre heures un lait qui se détériore par défaut de succions répétées. On préfère, pour le sevrage, le printemps et l'été; mais les enfantssains et bien constitués peuvent être sevrés en toute saison ; pour les dégoûter du sein, on peut enduire le mamelon de quelque substance d'une saveur désagréable. Après le sevrage, il convient d'acheminer graduellement l'enfant, pour l'ordre et la composition des repas, au régime ordinaire des ménages, dont on exclura constamment la charcuterie, les viandes fumées, les épices, le gibier faisandé, les pâtisseries, les vins forts, etc. Au lever, une soupe, soit au lait, soit au bouillon, avec du pain ou quelque fécule ; vers onze heures, un second déjeuner un peu plus substantiel et composé le plus souvent d'une soupe encore et d'un œuf à la coque ou d'un peu de viande; vers trois heures, un petit repas fait à la promenade, à l'air libre, avec du pain, des confitures, un peu de chocolat, etc. ; le soir, il dînera ou soupera avec de la soupe, de la viande, un légume de saison et quelque friandise pour dessert. Des aliments simples, doux, d'une préparation naturelle, mais assaisonnés d'un peu de sel ; des viandes bien cuites, sans être desséchées, en proportion médiocre et uniforme ; des heures bien réglées. La grande excitabilité des organes digestifs chez les enfants est cause que beaucoup de médecins préfèrent pour eux le régime végétal et les privent entièrement de vin. Cette conduite n'est pas applicable à tous les enfants; dans nos grandes villes et dans nos climats, on sent le besoin de leur donner une nourriture substantielle, et partout on doit repousser Terreur
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de cette austérité populaire qui recommande d'endurcir de bonne heure les enfants pour les disposer aux privations de la vie. Il est reconnu que, dans nos climats, la plupart des affections morbides (scrofule, tubercule, etc.) atteignent les individus frêles et chétifs» et la plus sûre prophylaxie consiste dans l'augmentation de la puissance de réaction organique par la grâce d'un bon régime. L'eau rougie légèrement sucrée convient aux enfants; en y trempant un peu de pain, on en fait une espèce de soupe proposée par M. Donné et qui leur réussit bien ; comme lui, nous admettons quelque peu le vin dans le régime de cet âge : « Je soutiens qu'il faut donner de préférence aux enfants du vin aussi coupé d'eau qu'il est possible (1). »
Quant aux précautions nécessaires à la nourrice ou à la mère pendant et après le sevrage, elles se réduisent à diminuer et même a supprimer les aliments durant un ou deux jours, à favoriser la transpiration cutanée par le séjour au lit et par des boissons chaudes, à dériver s'il y a lieu l'alflux sanguin qui s'opère vers les glandes mammaires, par l'administration répétée de quelques laxatifs (sdls neutres). Loin de réveiller artificiellement leur appétit qui diminue ordinairement après la cessation de la sécrétion laiteuse, il importe de restreindre quelque temps encore la mesure de leur alimentation et de les assujettir à un exercice musculaire suffisant, afin de prévenir la plélliore générale qui peut succéder a la suppression d'une fonction aussi importante que la lactation.
Vieillesse. Les vieillards recherchent les aliments d'une consistance médiocre, à cause de l'imperfection de leur mastication et du défaut d'insalivation convenablequi en résulte; ces deux causes s'ajoutent à l'afFaiblisseraent graduel de leur estomac et de leurs intestins pour leur rendre les digestions le plus souvent pénibles et lentes; aussi ont-ils besoin de substances éminemment digestibles. Leur appétit diminue avec le besoin de réparation ; beaucoup d'entre eux se contentent d'un seul repas par jour; encore ne consommentils qu'une portion des aliments qui constituaient autrefois leur ration. Cette tempérance est la condition de leur bien-être; convenable à tout âge, elle est pour eux une nécessité qu'ils ne peuvent enfreindre sans péril : on peut dire qu'ils ne sauraient trop réduire la quantité de leur nourriture, s'ils désirent conserver les attributs d'une vieillesse paisible et validé. Tous les exemples de longévité
(1) Hippocratc, OEuvres trad. par E. Littré : Des airs, des eaux et des lieux t. Il, p. 12 et suiv.
sont fournis par des vieillards qui ont apporta dans leur régime une stricte et invariable nnesure. Tous ne savent pas rompre en temps opportun avec les habitudes de bonne chère et les plaisirsdo table: la vivace intégrité du sens du goût, qui est l'un des rares privilèges de cet âge, les entraîne au delà des limites que leur impose la médiocrité de leurs besoins : leur palais parle plus haut que leur estomac, finclins à la gourmandise, ils s'exposent à tous les inconvénients de la surcharge gastrique; les éructations, les flatuosités, les diarrhées les fatiguent, et chaque indigestion les penche un peu plus vers leur ruine. Le régime de cette période de la vie n'admet rien qui soit de nature à précipiter les actes organiques, à exalter passagèrement les forces : il doit tendre à conserver, non à développer; il se composera de viandes peu riches en fibrine, légères, bien tendres, de pain bien fermenté et bien cuit, de végétaux nourrissants, de soupe, de panade (Lorry); point d'aliments farineux, visqueux, acides, salés, gras et pesants. Le principal repas sera pris vers le milieu du jour; celui du soir sera avancé et très léger : les assaisonnements énergiques seront exclus de l'un et de l'autre.^ Néanmoins, et surtout dans la vieillesse extrên)e, il est nécessaire de réveiller l'énergie des organes digestifs par quelques stimulants savoureux : il convient alors d'augmenter le nombre des repas en diminuant la quantité des aliments qui seront à la fois mous et fortifiants.