DES ÉDIFICES PUBLICS. — HOPITAUX. ET HOSPICES
Cordoiie posséda un splendide hôpital. Ces fondations se multiplièrent par suite des croisades, des pesles qui sillonnèrent l’Europe, et des maladies qui, rapportées d’Orient ou nées des moeurs du temps, furent confondues sous le nom de lèpre ; le plus grand nombre des hôpitaux datent du xv“ siècle.
) Ou trouve eu France trois catégories d’établissements hospitaliers : 1“ hôpi- I taux, spécialement affectés au traitement des malades; 2“ hospices, où sont reçus les vieillards, les infirmes, les incurables, les orphelins et les enfants 1 trouvés; 3“ hôpitaux-hospices, où ces services sont réunis, et qui appartiennent t surtout aux villes à population restreinte. Le nombre de ces établissements ' n’a guère varié en France pendant vingt-cinq ans. En 1837, il s’élevait à 1327,
. et en 1853, à 1324, savoir : 385 hospices, 289 hôpitaux, 650 hôpitaux- I hospices. En ne comptant que les hôpitaux et les hôpitaux-hospices seuls affectés au traitement des malades, on avait, en 1851, une proportion de I 1 établissement pour 34 573 habitants. Les ressources des établissements |{: hospitaliers en France n’ont pas cessé de s’accroître ; elles étaient, en 1833, ^de 51 222 079 francs; eu 18ô3, de 62 597 820 fr. ; en 1853, de : 85 699 327 fr. ; ce qui donne pour chacun d’eux une recette moyenne de 6ù 700 fr. Les administrations hospitalières les plus riches de France étaient, en 1847, les suivantes :
Paris 12 G90 82A fr.
Lyon 2 279 991
Rouen 1 136 908
Marseillle 1 069 258
Nantes 959 049
Bordeaux 843 5:17 fr
Strasbourg 738 196
Lille 678 014
Orléans 600 819
Toulouse 574 622
On y comptait :
Aumôniers 733
Religieuses 7 622
Infirmiers 1961
Infirmières 2 183
Servants divers 4 762
Médecins
Chirurgiens
Élèves internes
Pharmaciens
Sages-femmes
De Watteville, à qui nous empruntons ces chiffres, insiste sur le nombre excessif des religieuses et desservantes; il mentionne des établissements qui comptent plus de religieuses que de malades.
Le nombre des malades traités a suivi une progression croissante, comme on le voit par les proportions suivantes :
Années.
Individus traités.
Rapport sur 10 000 liabitants.
Jusqu’en 1852, le rapport des individus traités au chiffre total de la
popu-
522 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFÜSA. [uygiÈne
laLioii a été on moyenne de 15,92 pour 1000. La proportion des hommes ' admis dans les hôpitaux dépasse conslamineiU de beaucoup celle des femmes; , dans les hospices, elles sont h peu près égales.
Voici sur l’existence hospitalière on France quelques autres données statistiques que nous empruntons en partie à notre savant collaborateur Brochin (1). En 1717, d’après un recensement fait en 1791, la France comptait 2185 ' hôpitaux et hospices, dotés d’un revenu d’environ ôO millions par an et pouvant abriter à peu près 105 000 malades ou infirmes, sans compter un grand nombre de fondations privées d’assistance charitable et 33 dépôts de mendicité hébergeant 6650 pauvres des deux sexes et de tout âge produisant en moyenne par leur travail une somme annuelle de 13 livres. Il n’existe aujourd’hui en France que 1540 établissements hospitaliers (1864, Brochin); en 1861, ce chillre était de 1405 (statistique officielle), savoir :
Hôpitaux 392
Hôpitaux-hospices 7A9
Hospices 203
Établissements en construction ou distribuant des secours à domicile. 61
Total 1 405
Soit un établissement pour 56 590 habitants.
Ceux où l’on traite des malades (les deux premières catégories) sont au nombre de 1141 = 1 sur 32 738 habitants; on y rencontre 6 classes d’individus : 1“ les militaires malades, moyennant un prix de journée dans des salles séparées; 2“ les indigents malades des deux sexes et de tout âge ; 3“ les vieillards et les infirmes des deux sexes, incapables de subvenir à leurs besoins; 4“ les orphelins des deux sexes (par fondation) ; 5° les enfants trouvés ; 6° les aliénés, eu attendant leur translation dans un asile, ou môme en traitement, moyennant un prix de journée fixé par les préfets. Les 1405 hôpitaux et hospices de France disposent pour ce multiple service de 135 065 lits, dont 70 717 assignés aux malades (1 lit pour 529 habitants, = 1 lit annuellement pour 6 malades) ; 50 772 lits pour les infirmes, vieillards ou incurables (1 lit pour 736 habitants et pour 1, 3 indigents entretenus).
Sur les 70 717 lits dévolus au service des malades, 48 196 sont gratuits, dont 21 715 pour les hommes, 20 790 pour les femmes et 5691 pour les enfants, et 22 521 payants, dont 5742 pour les militaires, et 16 779 pour les malades civils. Sur 100 lits on compte 68 gratuits et 32 payants.
Sur les lits attribués aux infirmes, vieillards et incurables (50 772), il y en a 29 007 pour les’femmes, 22 765 pour les hommes.
(1) Brochin, article Assistancr, Diction, encycf. des sciences mèdic., t. VI, 1867, p. 642.
pübUüL'e] des édifices PCDLIGS. — HOPITAUX ET HOSPICES, 523
Enfin, dans l’ensemble des élablissemcnts hospitaliers, 13 51k lits sont réservés aux enfants assistés.
Le nombre des malades traités dans tous ces hôpitaux et hospices a été, en 1860 (avant l’annexion des 3 nouveaux départements), de 41^ 407 ; en 1861, de 431 932, savoir :
- (Adultes... 252 350
Se.xe masculm. 24 361
Sexe féminin
Les deux sexes.
t Adultes ....
t Enfants ....
( Adultes. . .
‘ I Enfants . . .
Les hommes forment donc environ les 2/3 du chiffre total des malades trai- : tés; les enfants n’y entrent que pour 1/10.
L’effectif des vieillards, infirmes, incurables et enfants entretenus dans les 'hospices des 89 départements a été, en 1861 , de 66 852, savoir :
Sexe mosculin. Sexe téminin. Les deux sexes réunis.
Adultes 27 421 31 530 58 951
Enfants 3 818 4 083 7 901
Ici les femmes sont en plus grand nombre.
Le service des enfants assistés est onéreux pour les hospices et les départements. D’après une enquête commencée en 1860, des inspecteurs départementaux sont aujourd’hui chargés presque partout du soin de placer les pupilles de l’assistance et de suivre leurs intérêts, de les surveiller jusqu’à leur majorité. Les tours tendent à disparaître; au 31 décembre 1861, il n’en restait que 16, dont 9 ont dû être supprimés en 1862, remplacés, comme ailleurs, par des bureaux d’admission. Pour les 89 départements, il ne reste plus que 173 hospices admettant les enfants trouvés. En 1861, leur nombre total s’élevait en France à 130 843 (1 enfant assisté pour 286 habitants); en 1863, cette proportion était de 1 sur 277. Les 130 843 enfants assistés se divisent ainsi :
Enfants trouvés 52 120 Orphelins 12 026
Enfants abandonnés ou recueillis . 37 359 Enfants secourus à domicile ... 29 338
Le nombre des garçons et des filles est presque égal.
En résumé, en rapprochant ces données statistiques de colles qui sont dues aux recherches de Chamousset, Necker et Tenon sur l’assistance publique avant la révolution, on arrive à ces ré.sultats : 1“ en 1780, il existait 870 hôpitaux ou hospices ; il y en a maintenant 1405 ; 2“ ces établissements possédaient alors un revenu annuel de 20 millions ; leur dépense annuelle dépasse aujourd’hui 87 millions; 3” le nombre des secourus était en 1780 de 110 000 individus par an; les hôpitaux et hospices offrent aujourd’hui leurs res.soiirces et leurs soins à 498 784 indigents.
Quel est l’emplacement le mieux indiqué pour la construction des hôpitaux? ha statistique mortuaire de ceux qui existent au sein de nos cités populeuses
524 DES MÜDIFlCATEOnS. — CIRCUMEUSA. [hycièn; i
iDonirc assez le danger de cette situation. Tout hôpital entraîne une aggloiné- i ration ; celle-ci engendre i)iesque inévitablement, et à des degrés divers, l’in-; I fection nosocomiale avec ses conséquences bien connues, qui se résument dam f l’aggravation des maladies venues du dehors et le développement d’aiïections i spéciales, telles que les fièvres typhiques, les diphthérites, les hémorrhagies i la pourriture d’hôpital, les érysipèles, l’ulcération des plaies, etc. Ces acci-i' dents se manifesteront plus souvent et avec plus de gravités! l’hôpital est placé ; au milieu des agglomérations urbaines, dans des quartiers encombrés par uiu.i population pauvre, au voisinage d’établissements industriels (jui déversent des liquides putrescibles ou des émanations délétères, etc. Alors le méphitisme do l’air extérieur s’ajoute au méphitisme de l’atmosphère propre des salles. l‘i l’on s’étonne que la ventilation artificielle, c’est-à-dire l’introduction régulière , d’un air déjà vicié avant d’arriver aux malades, ne. réussisse point à les assainir! En hygiène, V diyi\omQ similia similibus ne trouve pas d’application. Oin objecte qu’à Londres certains hôpitaux, établis dans des rues étroites, ont uuot mortalité relativement bénigne (1). Mais l’inconvénient de leur position topographique est en partie compensé'par un libéral espacement des malades répartis dans de petites salles, par l’effet ventilateur de grandes cheminées à feu constant, par certains avantages de régime et autres ; ajoutons que ces établissements sont conçus sur une petite échelle et reçoivent peu de malades : ce sont les plus salubres. En principe, nous considérons le milieu dans lequel sont placés les hôpitaux et l’efficacité de leur aération, dans l’ample mesure des besoins des malades, comme les conditions régulatrices de leur salubrité; les détails d’installation, d’ameublement, de régime, etc., y concourent utilement, mais ne sauraient les remplacer. Dispensez largement toutes choses au malade ; si l’air est altéré ou insuffisant, ce qui revient au même, vous ne diminuerez pas en sa faveur les chances de mortalité attachées à l’hôpital qui l’abrite.
Les hôpitaux doivent donc s’élever loin des agglomérations d’hommes, dans la banlieue des villes, à mi-côte ou sur des ondulations de terrain qui les met' tent à l’abri des effluves des lieux bas et humides. Il ne sera pas difficile d’organiser le transport régulier des malades de la ville sur ces établissements. Depuis longues années, des fourgons d’ambulance transportent aux hôpitau> militaires de Paris les malades des casernes excentriques et des forts de le banlieue. Le déplacement des malades militaires en sens inverse, c’est-à-dirf des casernes intérieures de Paris sur des hôpitaux situés au delà des fortilica tions eût été une mesure plus conformes aux exigences de l’hygiène; mai: l’expérience conserve sa signification pour ce qui concerne la possibilité d’in transport journalier des malades dans la zone suburbaine. Il ne resterait dans le: villes que des dépôts de premier secours, quelques services isolés et restreint:
(1) Voyez Léon Le Fort, Gazette hebdomadaire, décembre 1861. — Paul Topinard Quelques aperçus sur la chirurgie anglaise. Thèse de doctorat do Paris, 1860.
i-uiaiûUE] 1)KS Éüll'lCES PUBLICS. — HOPITAUX UT HOSPICES.
de médecine et de chirurgie pour les cas d’urgence et les malades non transportables. Kn même temps, l’assistance à domicile, si morale parce qu’elle consolide la famille, si salutaire parce qu’elle assure aux malades les soins intimes et les soustrait aux explorations de la science et aux pressions indiscrètes du prosélytisme, se développerait dans les proportions voulues et sur la double base des secours médicaux et des prêts gratuils de linge, de mobilier, d’appareils, etc. Voilà les moyens d’amoindrir, de supprimer peut-être toute la pathologie nosocomiale qui s’ajoute à celle de la misère, des spécialités professionnelles et des excès. « Au milieu des sociétés demi-barbares du passé, quand l’hygiène publique et privée n’existait pas, un immense progrès s’est réalisé par la concentration des secours et des soins nécessaires aux malades dans l’enceinte hospitalière et sous les auspices de la religion. Aujourd’hui, et en présence des résultats statistiques qui se succèdent, ii’est-on pas autorisé à se demander si le progrès ne consistera pas, dans l’avenir, à disséminer l’action secourable et combinée de l’adminislralion et de la science, h ijidividualiser l’assistance, à prendre la famille pour point d’appui de son intervention (1)? »
Si le médecin ne peut obtenir l’édification de l’hôpital hors et loin des villes, il indiquera dans le quartier le moins populeux et le jdus élevé un emplacement libre et vaste, éloigné des usines, des fossés de remparts, des marais, des abattoirs, du bord des rivières, des cimetières, etc., c’est-à-dire un ensemble de conditions topographiques inverses de celles où nous voyons presque tous nos hôpitaux. Si l’on ne peut éviter la proximité des cours d’eau, il faut exhausser le sol au moyen de voûtes et établir un quai entre la rivière et l’hôpital.
La question des grands et des petits hôpitaux est depuis longtemps en litige; la bien poser, c’est la résoudre. Or quel médecin hésitera, s’il peut opter, entre une grande agglomération ou une petite agglomération de malades? Minima de malis. L’histoire des grandes agglomérations de malades est celle des épidémies les plus meurtrières, des catastrophes qui ont jalonné l’itinéraire des armées, des hécatombes de la contagion et de l’infection nosocomiales. Jamais on n’a réuni impunément des masses de malades dans les établissements même les plus salubres en apparence et les mieux installés. L’hôpital militaire de Péra, à Constantinople, en 185Z|. et 1855, coté à 2100 malades, à raison de 20 mètres cubes d’air par homme, devenait au delà de 800 à 900 malades un milieu funeste aux opérations. Celui de llami-Tchifllick, maintenu au même elfectif de malades, n’avait point de mortalité exceptionnelle ; porté, en 1856, à 1200 et même à lùOO lits, malgré les protestations des médecins, il s’est converti en un foyer de typhus. Il ne faut point perdre de vue que le seul séjour à l’hôpital a pour effet d’aggraver la forme et la marche des maladies : dans le cours de deux épidémies de fièvre typhoïde, en 18h2
(I) Michel Lévy, Discours sur la salubrüù des hôpitaux (BulleHn de l’Académie de médecine, 1862, t. XXVII, p. 593 et suiv.).
DES MODIFICATEURS
CmCUMFUSA.
[uycièn'
cl cil I8Z16, Laverai! a vu les cas Irailcs au camp conserver leur bcnignilct 1 laiulis (jue la plupart des malades transportés h l’iiôpilal y succombaient par li' ü fait d’une aggravation continue delà maladie (1). Pringle impute au séjour:, ;< riiôpilal la transformation de la fièvre rémittente d’automne en fièvre nosocoii^ liliale ; ce que nous appellerions, ajoute Laveran, le changement de la fièvre- ' typhoïde en typhus. Tout le monde s’accorde à reconnaître les conséquence, t funestes de l’encombrement ; mais où commence l’encombrement? Il a se? degrés, tous pernicieux dans une proportion inégale ; il existe de fait dès qui , l’air est vicié, et il l’est plus ou moins dans tous les liôpitaux, dans toutes le? réunions de malades. La viciation atmosphérique est en raison directe du nom '( bre des malades réunis dans la même enceinte : on n’a pas encore réussi à h,i prévenir absolument, ni par les plus larges fixations du cubage de l’air ni pai 1: le jeu des appareils ventilateurs ; d’où le précepte de préférer les petits hôpi- i] taux aux grands ; tout y gagne ; l’air en pureté, le malade en soins attentife, gestion en régularité, le contrôle en précision. Les grands hôpitaux sont IcV refuge des abus, fatiguent la surveillance de détail, énervent le dévouement, K accumulent l’insalubrité. On a objecté les chiffres mortuaires des grands et des petits hôpitaux de Paris ; vaine argutie de statistique ! Les uns et les autres-" sont également encombrés, également plongés dans le méphitisme de la capi-t taie. La comparaison de leurs résultats de traitement exige d’autres conditions; nous la désirons sur des bases rationnelles et authentiques, non pour Paris, ' mais entre les grands hôpitaux de nos grandes villes et les petits hôpitaux non < encombrés de nos petites villes. Ce qu’une observation de dix-huit ans m’a, appris à cet égard dans des séries d’inspection qui portaient sur un nombre considérable d’hôpitaux civils où sont traités les malades de nos garnisonsdépourvues d’hôpitaux militaires, ne me laisse aucun doute sur la supériorité' hygiéniques des petits établissements; moins ils contiennent de malades, plus ils sont salubres. Sans l’obstacle budgétaire des frais généraux, on ne saurait t trop restreindre l’effectif ou la contenance des hôpitaux. A 200 malades, ilsproduiront plus et mieux pour l’humanité et pour le succès de l’art qu’à 300 ' et AOO malades; ce dernier chiffre nous paraît une limite désirable, et nous tenons le chiffre de 600 lits pour un maximum qui ne devra pas être permanent ; au delà de ces fixations leur assainissement est un problème de tous les jours et la régularité de leurs services plus apparente que réelle. Vastes foj-ers d’élaboration morbifique, toujours menaçants' pour ceux qui y résident, ils engendrent des maladies spéciales, ils enveniment celles qui ont été apportées du dehors, ils alimentent une atmosphère toxique.
La figure des bâtiments influe sur leurs conditions hygiéniques. Antoine Petit voulait leur donner la forme d’une étoile à rayons convergents vers un dôme central; disposition favorable à la propagation du méphitisme dans tous
(1) Laveran, Des influences de^l’hupital sur la marche et la gravité des épidémies de rougeole [Gazette hebdomadaire, 1861).