‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 13 sur 196 · V. — Excrétion urinaire · texte numérisé non relu

V. — Excrétion urinaire

Les anciens distinguaient les urines excrétées aux différentes époques de la journée . 1° les urines des boissons, c’est-à-dire celles qui étaient rendues après 1 ingestion d une certaine quantité de liquide, plus claires, plus limpides,

(1) Il faut seiappeler toutefois que les enfants, peu de jours après leur naissance, présentent naturellement dans leurs fèces de la caséine coagulée et des globules de matière grasse sans cholestérine ; celles d’un enhmt de six jours, nourri par sa mère, ont donné pour 100 de rés:du sec.

Matières grasses

Matière colorante de la bile et graisse ! . ! i . ! 16

Albumine ou caséine coaeulée 4 q

Perte et eau ,,

lüO

(Dumas, C/dmie, etc., t. Vlll, p. 617.)

EXCRÉTION URINAIRE

moins denses ; 2“ les urines de la digestion ou du chyle, rendues deux ou trois heures après les repas, moins abondantes, mais plus denses et plus colorées ; 3° les urines du matin ou du sang, véritablement dépuratrices du fluide nourricier, plus foncées, plus denses, plus acides que les précédentes. Considérée dans ses relations avec les autres actes de l’organisme, la sécrétion rénale a pour but de maintenir constamment le sang au même degré de concentration, et d’éliminer l’urée ou l’acide urique provenant des métamorphoses de nos tissus ou des aliments pris en excès; en outre, Turine charrie tous les sels inorganiques solubles dont l’organisme a soin de se débarrasser. La respiration expulse, sous forme d’acide carbonique et d’eau, l’hydrogène et le carbone des tissus devenus impropres à la vie, et comburés par l’oxygène du sang artériel ; la sécrétion urinaire rejette l’azote provenant de la même combustion qui s’ac complit dans les capillaires. Le rapport qui lie ces deux fonctions ressort du tableau suivant, dressé d’après des observations faites sur des individus choisis à peu près du même âge :

Urine

excréliio en 24 beiu’es.

Enfants de huit ans 13,5

Hommes 28,1

Femmes 19,1

Vieillards 8,1

(iavbone

bi'nlé par heure.

5 gram.

Les analyses ci-après font ressortir la composition de l’urine normale.

Eau

Matières solides

Urée

Acide urique

Acide lactique \

Lactates i

Extrait aqueux '

Extrait alcoolique ]

Chlorure de sodium

Chlorure d’ammonium

Sulfates alcalins

Phosphate de soude

Phosphate double d’ammoniaque

Phosphates de chaux et de magnésie. . . .

Mucus

Silice

Berzelins. C. G. LehmauD.

0/Jiü

Lionel S. Beale (1) cite avec iniérêt l’analyse de l’urine normale par ^V. A. Miller, de King’s College :

(1) l.ionel S. Beale, Dn l’unne, des dépôts urinaires et des calculs. Paris, 1865, trad par Aug, Ollivinret G. Bergeron, p. 159.

DES MODIFICATEURS. — EXCRETA.

[hygiène

Densité

Eau

Matières solides ....

Matières

organiques, 29,79.

Matières salines fixes, 13,35.

Urée

Acide urique

Extrait alcoolique. . . .

Extrait aqueux

Mucus

Chlorure de sodium. .

Acide phosphorique. .

Acide sulfurique . . . .

Chaux

Magnésie

Potasse

Soude

Le professeur Coulier m’a communiqué deux analyses d’urine normale qui mettent en lumière l’influence des conditions hygiéniques :

1“ Homme de trente-six ans, un peu lymphatique, bien nourri, de santé excellente :

Quantité d’urine émise en un jour 1360 grammes.

Densité 1022

Urée pour 1000 33 grammes.

Total de l’urée émise par jour 446'', 88

2“ Homme de cinquante ans, portier-consigne, médiocrement nourri, santé fatiguée :

Densité 1018

Urée pour 1000 18

Ces dosages ont été faits avec soin, à l’aide de l’appareil de Millon dont on a vérifié l’exactitude en dosant des solutions titrées d’urée.

Josel, cité par S. Beale, évalue comme il suit les cjuantités d’urine et de ses principaux éléments constituants excrétés en vingt-r[uatre heures à l’état de santé :

Quantité moyenne d’urine excrétée en 24 heures . Densité moyenne

1640 à 1740 gr.

Quantité moyenne d’urée. . .

— de chlorure

— d’acide libre ....

d’acide phosphorique . .

— d’acide sulfurioue . . .

On a lecherché la proportion d’urine excrétée par rapport au poids du coqis en pienant le kilogi amine pour unité de poids. Beale attache une grande valeur aux résultats publiés par le R. S. Ilaughton :

Eau

Urée ]

Acide urique

Créaline ]

Créatinine

Pigment et matières extractives

Acide sulfurique

Acide phosphorique

Chlorures

EXCRÉTION URINAIRE

privée]

L’age influe notablement sur la composition des urines. Chez les enfants, la quantité d’urine émise proportionnellement au poids du corps est beaucoup plus considérable que chez l’adulte; mais la quantité de matières solides est bien moindre clicz eux, ainsi que chez le fœtus. Un échantillon d’urine fœtale n’a pas olîert d’urée au docteur Moore ; Beale en a trouvé dans l’urine d’un fœtus de sept mois qui contenait en même temps de nombreux moules de tubes urinifères, avec de l’épithélium libre, sans trace d’albumine. La proportion des matières solides se réduit à 6 pour 1000. De quatre à huit ans (Age moyen quatre ans deux mois, poids moyen 31 livres anglaises), la quantité et la composition de l’urine ressortissent comme il suit des analyses de Scherer, Bischoff, docteur Parkes, etc. ;

Pour chaque livre

En 24 heures. de poids du corps.

gr. gr.

Eau 603,76 F§xiij 196,96

Matières solides 26,56 0,822

Urée.. 10,74 0,342

Matières extractives 3,66 0,114

Sels fixes 11,16 ' 0,366

En considérant séparément l’urine des deux sexes, on trouve que celle de la femme contient plus d’eau (975 à 968) et moins de matériaux solides. Lecanu a établi les moyennes suivantes pour 1000 parties d’urine recueillie en vingt-quatre heures : eau, 973®'', 975 ; urée, 13®'',07/i; acide urique, ü®',410 ; sels fixes et indécomposés au feu, 103®'', 067.

L’homme adulte, d’une constitution ordinaire, se portant bien, mangeant modérément, buvant dans la mesure de sa soif et se livrant à un exercice modéré, rend, en vingt-quatre heures, de 900 à 1500 grammes d’urine jaune (1), parfois verdAtre ou safranée ; les variations de quantité portent sur l’eau de l’urine, peu ou point sur ses éléments chimiques. Cette urine est acide, transparente, contient une petite quantité de mucus, marque 1014 à 1024 à l’aréomètre; quand son eau diminue, elle dépose de l’acide urique sous forme d’une poussière jaunâtre ou grisâtre : ce double effet s’observe sous l’influence d’une alimentation azotée et excitante, d’un exercice musculaire forcé, d’une température élevée qui fait couler la sueur, parfois d’une cause morale telle qu’un accès de colère. L’eau de l’urine est toujours en proportion des boissons ingérées, et, en général, les urines sont d’autant plus copieuses et moins denses que les conditions où le sujet est placé sont jilus favorables h l’introduction de l’eau dans son corps. Les boissons alcoliques, prLses à dose faible, mais sufllsante pour stimuler l’économie, modifient l’urine comme les aliments azotés et stimulants : ingérées en quantité considérable

(1) La quantité d’urine sécrétée en vingt-quatre heures est évaluée à 1568 grammes par Haller, à 1280 par Rostock, A 1040 par Proust, à 1510 par Thomson, à 1257 par Rayer. Lecanu a trouvé, pour moyenne de quarante-huit expériences, 1268 grammes; mais il a remarqué que chez les uns la quantité d’urine sécrétée n’atteint jamais cotte limite, et que chez les autres elle la dépasse toujours.

2h DES MODIFICATEURS. — EXCRETA. [hygiène

jusqu’il production des divers degrés de l’ivresse, elles provoquent d’abord l’action du rein qui doit débarrasser le sang d’une addition normale d’eau ; puis, séparés de l’eau qui les tenait en dissolution, les principes excitants des boissons alcooliques agissent sur l’urine comme les aliments azotés et stimulants. Au reste, ce serait se tromper que d’admettre, avec Lecanu, que l’ingestion de quantités anormales d’eau a pour seul effet d’augmenter l’eau des urines, et que les reins agissent comme de simples filtres destinés à laisser passer l’eau en excès dans le sang ; Becquerel fils a démontré {loc. cit. , p. 177) qu’ils sécrètent en même tempe une quantité plus considérable d’éléments solides; Liebig (1) a constaté que les émissions fréquentes d’urine provoquées par l’ingestion successive d’une grande quantité d’eau finissent par entraîner une proportion saline un peu plus forte que celle de l’eau de puits. Ce résultat, que l’on pouvait présumer d’après ce qui se passe dans 1a polydypsie, semble confirmer l’opinion vulgaire qui attribue à l’usage immodéré des boissons aqueuses une influence débilitante sur l’organisme. La diète abaisse le chiffre des matières tenues en dissolution dans l’urine. Quant aux conséquences de l’alimentation, Chossat les a élucidées par la voie expérimentale : 1° Abstraction faite de la proportion variable d’eau que contiennent les urines rendues par un individu pendant un temps donné, la quantité des matières fixes qui s’y trouvent augmente, diminue ou reste stationnaire avec le poids des aliments de même nature, et varie avec les aliments de nature différente et en même quantité. 2° La nature et la quantité des aliments restant les mêmes pendant un certain temps, et, par conséquent, la somme d’urines solides restant aussi la môme durant ce même temps, la sécrétion de l’urine solide, quant au moment où elle s’effectue, éprouve des variations notables qui sont en rapport avec les moments de fatigue et de repos, et avec le temps écoulé depuis le repas. Suivant Dumas (2), ou a exagéré l’influence des aliments sur la sécrétion urinaire : ce n’est jias uniquement à leurs dépens que se produisent lurée et les autres matériaux organiques de l’iirinc; I abstinence n arrête point la formation de ces principes, qui proviennent alors des métamorphoses des tissus vivants. Toutefois, quand ralimcntation est excessive, une partie des matières azotées qu’elle introduit dans l’économie passe dans l’urine sous forme d'urée.

Enfin nous empruntons à Beale le tableau ci-contre (ju’il a établi avec les résultats d un grand nombre d observations pour donner une idée approximative de la quantité totale des divers principes constituants de rurine et de la proportion qui existe entre ceux-ci pour l’espace de temps de 2A heures ;

(1) Liebio;, Rtimnrqucs sur quelques-unes des causes du mouvement des fluides dans l'organisme animal {Annales de chimie et de physique, 1849, t. XXV, p. 115).

(2) Damas, Paris, 184C), p. 550.

Tableau de la quantité des principes constituants de l'urine excrétés en 24 heures et pour 1000 parties (Purine normale, avec la composition,

en centièmes, des matériaux solides et des résidus fixes.

privée]

EXCRÉTION URINAIRE

Les chiffres de la première colonne sont forcés et ne doivent pas être considérés comme représentant les quantités minimum compatibles avec la santé. ‘ Thudichum. t 1 Hallwachs. Les chiffres de cette colonne sont empruntés au docteur Parkes.

26 DES MODIFICATEURS, — EXCRETA. [hygiène

L’urine s’amasse dans la vessie; mais quand elle en a porté la distension à un certain degré, elle irrite les parois de ce réservoir dont les fibres musculaires se contractent, en même temps que par l’intermède de nerfs rachidiens qu’il reçoit, il réagit sur le cerveau et provoque secondairement la contraction des muscles abdominaux et du diaphragme. L’enfant à la mamelle urine peu à la fois, mais presque toujours huit à douze fois dans l’espace de vingtquatre heures et d’autant plus qu’il tette plus fréquemment. A mesure que l’accroissement s’effectue, l’éjection de l’urine devient moins fréquente ; et par la consolidation progressive des centres nerveux, la volonté parvient à régler jusqu’à un certain point le nombre et les époques des mictions. C’est vers la fin de la deuxième enfance que ce progrès s’obtient. Beaucoup d’enfants continuent d’uriner involontairement même au delà de cette période : la cause en gît le plus souvent dans l’imperfection des centres nerveux, dans les relations mal affermies de l’axe cérébro-spinal avec le système musculaire; aussi remarque-t-on chez les jeunes sujets atteints de cette infirmité, la pâleur et la flaccidité des tissus, l’atrophie de l’appareil musculaire, le manque de précision et de vigueur dans les contractions qu’on leur fait exécuter; souvent elle coïncide avec des phénomènes de chorée, d’anémie, d’épilepsie infantile : une nourriture fortifiante, la gymnastique, la cessation d’habitudes secrètes et nuisibles, une sorte d’appel fait aux contractions volontaires de la vessie et réitéré à des heures régulières, la puberté surtout, mettent fin à cette infirmité; si elle se prolonge en dépit de tous ces moyens, elle n’est plus une simple persistance de la phase puérile d’une fonction, mais le résultat d’une lésion pathologique. L’adulte lance avec force ses urines et débarrasse aisément sa vessie; les femmes éprouvent plus fréquemment le besoin de cette excrétion. Chez le vieillard, le réservoir urinaire a perdu de son ressort; la fréquente accumulation du liquide excrémentiliel en a déterminé l’ampliation; les muscles de la paroi abdominale et du diaphragme lui prêtent un concours moins efficace ; d’où la stagnation de l’urine dans la vessie, l’habituelle paresse de ce viscère qui ne se vide plus qu’incomplétement, la lenteur et les efforts de la miction, la fréquence des dépositions calculeuses et de tous les accidents qui s y rattachent. Le plus sûr moyen de prévenir en partie ou de retarder les tristes effets de 1 âge, c’est de soumettre de bonne heure la vessie à la discipline d une habitude régulière et constante, de satisfaire au besoin de 1 excrétion dès qu il se fait sentir, de ne point la fatiguer par le passage des pioduils d une sécrétion surabondante, de ne point l’irriter par l’augmentation habituelle des matières fixes de l’urine, suite d’un régime trop azoté et tiop excitant, etc. La fonction des reins et de la vessie se lie si étroitement a la dépuialion du fluide nourricier, que tout ce qui intéresse la composition du sang réagit de près ou de loin sur ces organes : leur hygiène commence pour ainsi dire à la bouche.

privée]

EXcr.ft'rioNS cutanées.

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