RAPPORT DES CAUSES MORALES AVEC LA POPULATION
§ I. — réconUîté.
Nous avons vu que les unions contraires à la morale produisent plus de nouveau-nés qui subissent une mortalité plus forte ; les rapprochements trop précoces donnent lien aux mêmes résultats. Toutes les habitudes
698 DES MODIFICATEURS. — PERCEPTA. [hygiène
qui énervent diminuent le nombre des conceptions ; l’ivrognerie affaiblit la faculté de procréation et dénature en quelque sorte scs produits (voy. p.681); chez les femmes, elle est une cause d’avortement {ibid.). Toutefois, la diminution de la fécondité peut être un effet calculé des habitudes d’ordre et de prévoyance. Dans les classes supérieures de la société, les mariages produisent moins, parce que les parents songent îi perpétuer dans leur famille certaines conditions d’aisance, d’éducation et de prééminence sociale ; mais alors la vie moyenne s’allonge, et cette donnée sert à fixer la véritable valeur de l’abaissement du chiffre des naissances. La coïncidence d’une fécondité luxuriante et d’une excessive mortalité est presque toujours le signe de la pauvreté d’un peuple ou de sa démoralisation ; sir Francis d’Ivernoisa observé au Mexique, dans la province de Guanaxato, le triste ensemble de ces phénomènes qui n’y dérive point de la misère, puisque le bananier prodigue à cette population une nourriture facile ; il est dû à des causes morales dont cet écrivain a tracé un hideux tableau (1830). Remarquons, en passant, que l’époque du maximum des conceptions est aussi celle où l’on compte le plus de viols et d’attentats à la pudeur. Dans les pays où l’industrie et l’agriculture prospèrent sous la protection d’institutions libérales, la population s’accroît sans détriment ni risque pour ses moyens de subsistance: tels sont les États- Unis. A l’époque de la Révolution, la suppression de la dîme, des impôts sur le vin et sur le sel, des redevances féodales, des maîtrises et des jurandes, etc., amena une aisance inaccoutumée parmi les petits ouvriers, les petits cultivateurs, c’est-à-dire dans la classe la plus nombreuse de la nation. La conséquence de ce changement, observe Villermé, fut une augmentation du nombre des naissances. La guerre et la paix, qui sont en quelque sorte contenues dans les institutions politiques, déterminent, l’une un abaissement, l’autre un retour ascensionnel dans le chiffre des naissances. La multiplication del’e.spèce est le vœu de la religion, qui a fait de la fécondité un signe de bénédiction céleste et de prospérité ; mais le vœu a été formulé par les législateurs sacrés à des époques et dans des pays où l’homme ne suffisait pointa l’espace, où les ressources d’alimentation abondaient sous sa main ; il est vrai que toutes les fois qu’une nation se relève d’une déchéance passagère ou sort d’une crise énergique, elle donne un plus grand nombre de naissances ; mais la fécondité est alors l’effet, non la cause d’un état meilleur ; de valeur absolue elle n’en a point. Dans la plupart des pays catholiques, le carême, tel qu’on l’observe, et surtout tel qu’on l’ob.servait autrefois, diminue le nombre des conceptions, au moins pendant qu’il dure (Villermé). On peut croire que l’anéanlissement des grandes corporations religieuses, la suppression d’un grand nombre de fêles anciennement consacrées par l’Église, une observation moins rigoureuse du carême, et d’autres circonstances de ce genre, ont modifié de nos jours quelques-uns des éléments secondaires do la fécondité.
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