‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 146 sur 196 · MORTALITÉ · texte numérisé non relu

MORTALITÉ

§ «. — Iflortniité.

Que la mortalité diffère entre deux peuples, dont l’un est industrieux et prévoyant, et l’autre plongé dans l’abrutissement et l’oisiveté, c’est ce que les faits démontrent en foule. Ouetelet a calculé qu’elle est trois fois plus forte dans la république de Guanaxato qu’en Angleterre. Si elle e,st bien plus faible dans les classes supérieures de la société que dans les ca.sses infimes, la cause n’eu gît pas seulement dans l’aisance des uns et dans les privations des autres ; elle se trouve aussi dans les habitudes de propreté, de tempérance, dans la nature des passions les plus fréquemment excitées, dans les variations plus ou moins brusques du mode d’existence. L’influence léthale des passions ne ressort-elle pas de l’excès de mortalité qui pèse sur l’homme entre vingt et trente ans, alors qu’il a terminé son évolution et se trouve muni de toute l’énergie nécessaire pour lutter contre les cau.ses de destruction ? L’intempérance désigne d’avance aux coups de toutes les épidémies meurtrières ; la terreur multiplie leurs victimes; mais l’exemple le plus frappant de ce que peuvent les causes morales sur la mortalité, c’est la proportion des décès des enfants légitimes et des enfants illégitimes (voy. p. A36) : non-seulement ces derniers fournissent le maximum de mort-nés, mais le funeste héritage du vice les poursuit au delà de leur naissance, et d’après Baumann, uii dixième d’entre eux seulement parvient à la maturité. Les recherches de Benoiston de Châleauneuf assignent la plus forte proportion d’enfants trouvés à Saint-Pétersbourg (A5 sur 100 nai.ssances), à llloscou (27, 9A) h Rome (27,90), à Lisbonne (26,28), à Madrid (25,58); Vienne, Paris, Bruxelles en ont moins. Les con- ' clusions que l’on pourrait tirer de ces données, au point de vue de la civili.sa- I tion, seraient peut-être hasardées ; mais l’influence de la misère et de la démoralisation des grandes villes se montre encore ici ; tandis que Paris compte annuellement 21 enfants trouvés pour 100 naissances, le reste de la France n’en produit que 3,52, disproportion qui se maintient forte même après toutes les déductions dont le chiffre 21 est passible. L’abaissement du chiiïre proportionnel des décès et la prolongation de la vie moyenne, démontrés par tous les statisticiens de l’Europe (voy. page 321), mettent en évidence l’efficacité de la civilisation ; as.sainissement des habitations privées et publiques, dessèchement des marais, extensions et améliorations de l’agriculture, subsistances mieux assurées et plus variées, rareté des famines, développement de l’industrie, échange des produits qu’elle donne chez les différentes nations, progrès des connaissances physiques et médicales, tout cet immense labeur qui résume les influences morales et inlellecliielles accroît l’aisance publique et multiplie les moyens de conservation. Les gouvernements arrêtent ou favorisent ce mouvement ascensionnel de l’espèce humaine, suivant qu’ils tendent au despotisme ou à la liberté. Quelle distance énorme entre les degrés de mortafité de l’esclave et du maître, malgré tous les excès que ce dernier commet !

700 DES MODIFICATEURS. — PERCEPTA. [hygiène

A New-York et à Philadelphie, il meurt 1 esclave sur 18, tandis que pour tous les habitants pris ensemble la mortalité n’est que de 1 sur 33 à 39 ! C’est aux gouvernements d’ailleurs qu’appartiennent la surveillance sanitaire des peuples, la mission de propager les moyens de préservation et de conservation, tels que la vaccine, les secours publics, etc. ; c’est sous leurs mains que sont placés les hôpitaux, les prisons, les établissements industriels, etc., et toutes les mesures qu’ils appliquent au détail comme à l’ensemble de ces institutions donnent lieu à des oscillations dans les chiffres moyens de la mortalité. La levée des milices et les guerres déciment la portion la plus saine et la plus précieuse de la population, celle qui, parvenue au terme de son développement physique, s’apprête à solder la dette qu’elle a contractée envers la société par les soins prodigués à son enfance. Enfin la religion imprime aux esprits, suivant la nature de ses dogmes et le caractère de ses interprètes, un rhythme paisible ou véhément qui tempère ou précipite les mouvements de la vie. Le baptême et la circoncision suscitent un danger aux nouveau-nés; le carême et les abstinences réduisent les forces reproductives ; les cérémonies religieuses et les apprêts de mort, appliqués aux malades, leur causent une émotion périlleuse, et ont tranché brusquement plus d’une espérance de guérison, etc.

ARTICLE IL

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