INFLUENCE DES PROFESSIONS SUR LA DURÉE DE LA VIE
, , ( vapeurs minérales et végétales, ôtent.
Atmosphère { ‘ ’
^ I poussières diverses, ôtent
„ J • I active, ajoute
Genre de vie 1 , , , .
I sédentaire, ôte
Accidents et morts violentes
Aisance ajoute
Défaut d’aisance ôte
Les remarquables études de statistique qu’a publiées Marc d’Espine (2) élèvent encore la valeur de cette dernière influence. « Lorsqu’on parvient, dit-il, à séparer les familles aisées d’une population pour considérer isolément la marche de leur mortalité, et la comparer ensuite à celle de la population entière, on trouve que le chiffre de la vie probable s’élève d’au moins dix ans, celui delà vie moyenne d’autant; tandis que la mortalité annuelle, ou le chiffre mortuaire, peut s’abaisser d’environ 1 pour 100 habitants. » — La misère
(1) Annales d'hygiène, l'** série, t. XIV, p. 93.
(2) Marc d’Espine, Influenee de Vaisanee cl de la misère sur la mortalité {Annales d'hygiène, t. XXXVII et t. XXXVIII).
publique] influence DES PROFESSIONS SUR LA DUREÉ DE LA VIE.
clctennine des effets inverses, en proportion même de son intensité. Elle est donc destructive de la vie humaine, comme l’aisance est préservatrice; et rien n’est plus démontré que ces deux actions opposées. Telle est leur énergie qu’elles masquent celles des autres causes qui interviennent dans la mortalité des masses ; observation qui, suivant la remarque de Marc d’Espine, s’applique surtout à l’étude hygiénique des professions. Elle explique les divergences des résultats obtenus par les auteurs qui, préoccupés plus spécialement de l’influence des professions, ont perdu de vue l’élément perturbateur du degré d’aisance. En suivant d’autres voies d’investigation, Thouvenin (1) est arrivé à des conclusions analogues : « Excepté les opérations du battage du coton à la baguette, du dévidage et du cardage des cocons, de la céruse, et le danger résultant de l’introduction des machines, l’industrie, en général, n’exerce pas directement l’influence fâcheuse sur la santé des ouvriers. » Il trouve les causes de leur détérioration et de leur mortalité dans les conditions de leur naissance, dans le vice de leurs habitations ; dans leurs prédispositions héréditaires aux affections dartreuses, vénériennes, tuberculeuses ; dans l’excès d’un travail prématuré; dans l’insuffisance ou la mauvaise qualité des aliments; dans le déréglement des mœurs à l’âge où le développement physique n’est point achevé ; enfin, dans l’ivrognerie. Cette énumération étiologique se résume, en majeure partie, dans la question d’aisance, sans en excepter certaines dispositions morbides héréditaires ; car les recherches de Marc d’Espine ont prouvé que l’affection tuberculeuse occasionne 68 décès pour 1000 chez les riches, et 233 pour 1000 chez les pauvres. Il y a d’ailleurs longtemps que Villermé a démontré que la vie se mesure à l’aisance (2). Dans le 2'' arrondissement de Paris, où les logements non imposés forment les 0,07, la mortalité est de 1 sur 62 habitants ; elle est de 1 sur ù3 dans le 12® arrondissement, où les 0,38 des logements sont exempts de contribution locative. Benoiston en France, Casper à Berlin, Morgan en Angleterre, sont arrivés, par des voies différentes, à la confirmation du même fait. Des chiflVes, soigneusement compulsés par le professeur de Berlin, font voir que les chances de vie et de longévité sont deux fois plus considérables pour le riche que pour le pauvre, puisqu’à l’âge de soixante-dix ans, il reste de deux nombres initialement égaux, deux fois plus de riches que de pauvres, cju’il en reste trois fois plus des premiers à quatre-vingt-cinq ans, et presque quatre fois plus à quatre-vingt-dix ans.
Les données précédentes conduisent à cet important corollaire d’hygiène publique, savoir : que les modificateurs spécifiques des professions, si l’on en excepte quelques-uns tels que le mercure, la céruse, la poussière siliceuse,
(1) Thouvenin, De l'influence que l'industrie exerce sur la santé des poqmlations , etc. {Annales d'hygiène, t. XXXVII, p. 110).
(2) Villermé, Annales d’hygiène, 1830, l. III, p. 294 cl Mémoires de l’Académie de médecine de Paris, 1828, 1. 1, p. 51 ;i 99.
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n’iiUcrvicnneiil point en première ligne dans la mortalité des ouvriers ; aucune d’elles n’est absolument insalubre, ou du moins leur degré d’insalubrité ne l’emporte pas sur d’autres inlluences dont il est possible d’assurer le bienfait aux ouvriers. Déjà la somme des assainissements elTectués est grande; l’introduction des maebines a supprimé les plus rudes labeurs; les ateliers, les manufactures s’améliorent; mais c’est du patronage bienveillant et éclairé des chefs que dépend la régénération sociale des classes ouvrières : « C’est par lui surtout qu’il serait possible et de procurer aux classes laborieuses la somme des biens qui devrait leur revenir ici-bas, et d’assurer aux maîtres tous leurs avantages, de calmer le malaise qui travaille la .société, de la préserver des désordres, des malbeu rs peut-être qui la menacent (1). »
Au-dessus de tous les détails d’assainissement d’industries et de fabriques, au-dessus des applications spéciales suivant les métiers, il se présente donc une question qui est la même pour tous les groupes de la population ouvrière, la question de l’aisance et de la misère ; c’est là l’élément prépondérant de leur statistique vitale : l’aisance est le correctif des attitudes vicieuses, des travaux excessifs, des poussières et des émanations qui souillent l’atmosphère des usines et manufactures, etc. Aisance et vitalité sont donc des expressions en quelque sorte synonymes (2).
31ais quelle est la mesure de l’aisance qui produit ces effets salutaires! La détermination de cette valeur hygiénique importe à la société tout entière : « Une grande abondance de biens, dit Quetelet (3), n’est qu’un moyen facile pour satisfaire ses passions et se livrer à des excès de tout genre. « D’après Marc d’Espine (è), le superflu et le luxe n’ajoutent rien aux chances biotiques; leur influence sur la durée de la vie est nulle, ou tout au moins elle n’est pas plus efficace que l’aisance. L’état le plus favorable pour une population est celui qui assure la satisfaction de ses besoins réels, sans l’entraîner hors des limites de la tempérance, et c’est en général ce qui se rencontre plutôt dans les pays agricoles que dans les cantons industriels. Néanmoins ceux-ci peuvent y atteindre par une meilleure organisation de l’industrie, par la stabilité des salaires, par la limitation du travail quotidien, et surtout par l’économie, la prévoyance, la régularité de la vie dans l’atelier et sous le toit domestique. En d’autres termes, la moralité est aussi un élément de longévité (5).
(U Yillermé, Tableau de V état physique et moral des ouvriers, 1840, t. II, p. 373. — Nous renvoyons aux pages prophétiques où l’illustre statisticien formule les résultats (le son observation et des conseils aux maîtres et aux ouvriers.
(2) llibliothèque universelle, 1845.
(3) Op. cil., t, II, p. 211.
(4) Loc. cit.
(5) Nous ne voulons point terminer sans remercier un jeune et distingué collaborateur, M. l’agrégé Boisseau, du concours dévoué qu’il nous a donné en plusieurs parties de cette édition.
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