DES MODIFICATEURS. — API'LICATA
[IIYUIÉNE
raiion à le proscrire. La physiologie est venue de nos jours en aide aux pariisans du corset, par une théorie de la respiration féminine qui, suivant Beau et Maissiat (voy. tome I, page 106), ’aiïecte le type coslo-supérieur, c’est-àdire s’effectue principalement par les côtes supérieures et surtout par la première, portées en haut et en avant. Bérard (1) fait consister essentiellement ce. type respiratoire en un mouvement de totalité du thorax de bas en haut; le sternum, la clavicule et la première côte se soulèvent; il y a, de j)lus, un mouvement de rotation très-marquée dans les côtes qui suivent la première; mais ce mouvement qui se propage, va s’affaiblissant de la partie supérieure à la partie inférieure de la poitrine. Telle est la respiration normale des femmes; les actrices, en l’exagérant sur la scène dans les moments d’émotion factice, la rendent visible à tous les yeux : on l’observe chez la jeune fille encore inexperte du corset. Haller après Boerhaave a noté une différence dans la manière de respirer entre les enfants des deux sexes avant l’âge d’un an. Aussi Bérard admet-il que le corset qui serre seulement le bas de la poitrine se concilie avec le plan primitif de l’organisation et des fonctions de la femme. D’autre part, l’état social condamne les femmes à la vie sédentaire, et affaiblit tout • leur système musculaire par défaut d’exercice; de là une sensation de fatigue qu’elles éprouvent promptement dans la position assise ou debout; elles y obvient par l’usage du corset, qui sert, non à redresser la colonne vertébrale, mais à fournir un point d’appui au tronc penché en avant ; l’état de demi-flexion eu avant leur est habituel dans leurs occupations sédentaires, et, sans la résistance du corset, elle serait exagérée par le poids de la tête, des seins et de tous les viscères abdominaux et thoraciques. Le corset, c’est-à-dire une ceinture d’un tissu élastique à grandes dimensions, sans baleines, sans lames métalliques, médiocrement serrée à la base du thorax, peut donc convenir aux femmes dont les glandes mammaires sont très-déveioppées et les muscles dépourvus de contractilité, tandis que nous considérons comme de funestes machines à pression ces corsets-cuirasses (Reveillé- Parise) qui étreignent impitoyablement la poitrine dans leur réseau de fer. En Orient, les femmes, si remarquables par le développement régulier des seins, se contentent de les soutenir par quelques tours de large bauefe à la base du thorax. Chez les jeunes filles impubères, le corset comprime, déplace, infléchit les os, déforme le squelette, et nuit au développement régulier des viscères dont les surfaces osseuses ne sont que le moule. Les médecins qui font des recherches sur les cadavres des femmes, notamment ceux de la Salpêtrière, remarquent les déformations les plus étranges de la hase du thorax, résultat de l’usage prématuré du corset.
La plus ordinaire consiste a faire de la base de la poitrine le sommet du cône que représente sa cage osseuse, et comme le corset s’oppose aux ondulations incessantes des deux cavités splanchniques, il en résulte qu’il entrave simultanément trois fonctions essentielles : respiration, circulation et digestion.
't) Rûrard, Cours de jihijsiolofjie, 1851, l, lit, p. 258.
DES Vlîl'EMENTS.
Aussi favorisc-l-il les stases sanguines dans les poumons, l’iiémoplysie, l’hyper- I iropliiedu cœur, qui lutte contre un obstacle permanent au cours du sang; les irrégularités de la digestion, qui exige le concours de l’action musculaire de l’estomac. D’après l’observation de Ferrus, le corset tend à refouler contre le diaphragme les organes contenus dans la poitrine, de telle sorte que le foie déborde souvent de plusieurs pouces les dernières cotes, ddnt on retrouve l’empreinte sur sa face supérieure. Sœmmerring a vu un estomac presque partagé en deux loges par la compression excessive et prolongée d’un corset armé d’un buse d’acier. Chez les jeunes fdles qui se sont procuré une taille mince par l’abus prolongé des corsets, l’estomac, comprimé latéralement et en avant, se change en un canal, à peine moins étroit que l’intestin, et, dirigé verticalement, il plonge par son extrémité pylorique dans la partie supérieure du bassin ; il en résulte qu’il admet peu d’aliments à la fois, et que leur digestion et leur cbylification deviennent pénibles, incomplètes, à cause des changements des rapports normaux de ce viscère avec le duodénum : de là des dyspepsies, les troubles digestifs variés dont souffrent ces victimes de la mode. Du moins, au prix de tant de périls et de maux, le corset baleiné ou métallique conserve-t-il h la gorge’sa fraîcheur et sa fermeté ? Non ; il l’amollit, il la plisse, il la détend; parfois il empêche le développement des mamelons et occasionne l’induration des glandes mammaires. Il faut donc en défendre sévèrement l’usage aux Jeunes filles impubères, et, pour les en dispenser dans la suite, favoriser le développement de leur système musculaire par l’exercice,
; la gymnastique, les bains froids. Les femmes à formes non exubérantes doivent I s’en abstenir toujours; celles qui sont dans des conditions inverses ne l’em- I ploieront qu’avec les modifications précitées. Pendant la grossesse, les femmes ' doivent éviter toute pression sur quelque partie du corps que ce soit; l’ascension de l’utérus repousse déjà les organes abdominaux vers le diaphragme, dont ils gênent l’abaissement; une constriction circulaire du thorax réduirait 1 ampliation horizontale de cette cavité, et susciterait le danger quotidien des . congestions vers les poumons, vers le tête, etc. , en même temps qu’elle pourrait déterminer l’affaissement des mamelles ou leur engorgement inflamma- ' toire, et compromettre, avec la lactation, la santé ultérieure de la mère et de ! 1 enfant. I.es corsets avec buse descendent sur le ventre et nuisent, soit au ! développement, soit a la direction de rutérus : ils sont une cause d’avortement.
Uaciborski s est assuré que la mauvaise conformation des mamelons, rarement ; congénitale, moins commune chez les femmes de la campagne que chez celles I de la ville qui obéissent .servilement aux exigences de la mode, est due le plus ' j souvent aux pressions du corset; chez les jeunes filles qui n’en ont pas encore j subi les effets, ces organes sont plus ou moins proéminents et bien dispo.sés poui I allaitement. Le corset prive donc beaucoup de mères du plaisir d’allailer, ou les expose, dans l’exercice de cette fonction, à de cruelles sonITrances ? pai siiite de la déformation des mamelons (1). Les jarretières même sont alors
(•’ (1) r.iiciborski, De hi puherU cl de V âge critique chez la femme, IS'i'i, p. 18A.
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de trop; à leur compression s’ajoute celle que l’utérus exerce sur l’origine des vaisseaux cruraux pour produire l’œdème et les varices des jamb(is. La femme enceinte a besoin de vêtements amples, flottants et chauds. Nourrice, elle doit soutenir le volume et le poids de ses seins distendus par le lait, sans les comprimer; entretenir la chaleur sur sa poitrine à l’aide de vêtements chauds dont les'Ouvertures permettent un facile accès à l’enfant; pendant la période critique, elle épargnera à, ses organes, et particulièrement à ses seins, toute pression, tout froissement, quoiqu’elle soit le plus souvent alors obligée de les soutenir.
3“ Convalescence, imminence morbide. — Le convalescent partage avec l’enfant la mobilité du pouvoir calorifique; le froid le pénètre rapidement, mais il se réchauffe moins vite que l’enfant. Aussi doit-il se couvrir avec soin et abriter plus particulièrement l’organe qui a été malade : on sait combien les | convalescents des phlegmasies abdominales redoutent l’impression du froid sur le ventre, avec quelle facilité s’infiltre par cette cause la peau des ci-devant scarlatineux, etc. Souvent il y a lieu d’entretenir une douce révulsion cutanée. Pour tous les cas, soit qu’il s’agisse de stimuler directement la peau, ou de , mettre enjeu sa solidarité avec d’autres organes, ou de seconder la calorification, la flanelle est un précieux modificateur qui satisfait à ces indications ; elle est surtout utile quand il existe quelque prédisposition du côté des voies respiratoires : une chemise, un caleçon et un gilet de laine sont l’équivalent d’une friction molle et continue sur toute l’étendue de la peau ; ils circonscrivent en même temps autour du corps une atmosphère et, si l’on peut ainsi dire, un climat particulier, seule ressource de ceux qui n’ont pas les moyens d’émigrer dans les pays chauds. La demeure privée et les vêtements sont les seuls moyens qui puissent suppléer à l’absence d’un climat convenable. Mais pourquoi affubler de flanelle tant de vivaces organisations qui n’en ont aucun besoin, et dont on émousse par cet abus la sensibilité cutanée? Pourquoi détruire, dans l’état de parfaite santé, les ressources de la maladie? Permis aux gens nerveux de garantir leur chétive machine sous des vêtements de laine ; encore feront-ils mieux de s’en passer et d’exercer la réaction de la peau par l’emploi gradué des lotions et des affusions d’eau froide. Quant aux . lymphatiques, qui pullulent partout sous la triste imminence des tubercules, du carreau, des scrofules, etc., la flanelle leur donne chaleur et sécheresse;: ' elle stimule directement leurs tissus dans la saison où ils sont privés de la sti-mulatlon plus salutaire d’un air riche de rayons calorifiques et lumineux; mais* il est au moins inutile d& couvrir de laine les sujets sanguins et colorés, lesrobustes constitutions, qui s’accommodent mieux d’étoffes fraîches et conduc- |i trices. j