‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 34 sur 196 · DES SENS · texte numérisé non relu

DES SENS

La sensibilité qui se manifeste dans un mode unique et général sur les degrés infimes de l’échelle zoologique, se spécialise chez les êtres supérieurs dans des appareils isolés qui sont des modifications de l’appareil tégumentaire, et pour ainsi dire des départements de la sensibilité générale. L’homme présente au plus haut degré la séparation complète des facultés sensorielles et des organes par qui elles s’exercent; ceux-ci reçoivent chacun deux sortes de nerfs dont l’un préside à l’acte sensorial et l’autre aux phénomènes de sensibilité générale. Mais, si nette et tranchée que soit chez l’homme la détermination organique de chaque mode, de sensibilité, n’oublions pas que ces appareils ne sont que des instruments adaptés à telle ou telle portion du cerveau, appropriés par leur forme à l’activité spécifique de cette partie et communiquant i avec lui par des nerfs intermédiaires; ils sont des instruments destinés ù : recueillir à la périphérie du corps les diverses impressions, et ils corresponi dent à autant de foyers perceptifs dont la science n’a pas encore fixé le siège I dans l’encéphale. S’il n’est point démontré que la mutilation ou la soustrac- ! tion des lobes cérébraux entraîne nécessairement la perte des perceptions senso- 1 riales brutes, on ne peut refuserai; cerveau une fonction de perfectionnement, I d’élaboration essentielle. C’est dans cet organe (1) que les sensations doivent I arriver pour produire tout leur effet, pour être appréciées à leur juste valeur.

C’est là, comme dit Cuvier, que toutes les sensations prennent une forme disi tinctc, en y laissant des traces cl des souvenirs durables, qui deviennent les

(t) Longet, TruU(‘ de phijsiohqk, '1850, t. Il, p. 3/i8.

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DES MODIFICATEURS. — PERCEPTA. [hygiène

matériaux de nos jiigemenls et de nos déterminations. La connaissance exacte du mécanisme de la sensation permet à l’iiygiéniste d’en régler les éléments. Toute sensation suppose trois termes, un objet extérieur, le moi ou la conscience, et des intermédiaires organiques. En présence de l’objet extérieur, une impression est produite sur les organes; les nerfs de ces organes la reçoivent et la transmettent au cerveau. Là, pour nous servir du beau langage de Royer-Collard (1), quelque chose s’éveille, qui saisit cette appréhension de lui par lui, qui constitue ce qu’on appelle la conscience ou le moi. Ainsi donc, pour qu’il y ait impression, il faut qu’un excitant agisse sur la surface vivante; la sensation s’accomplit quand la modification produite dans la partie excitée se continue par les nerfs jusqu’au cerveau, où l’âme la perçoit et la réfléchit. D’où il suit que l’hygiène des sens est complexe : impression, transmission, perception, il faut qu’elle assure l’intégrité de ces trois actes; elle ne s’arrête pas aux organes des sens et à leurs rapports avec un ordre spécial de modificateurs, elle s’étend au cerveau, dont les sens ne sont que les serviteurs. L’éducation cérébrale et le perfectionnement des sens doivent marcher de front, et l’une importe plus que l’autre : le véritable artiste sait parfois tirer parti d’instruments médiocres; mais que serviraient les instruments les plus parfaits aux mains d’un ignorant ou d’un incapable? Les sens, au nombre de cinq, conspirent tous à la conservation de l’individu : mais l’un, plus général, est d’une égale importance pour la vie organique et pour la vie de relation : c’est le tact, dont les autres sens ne sont en quelque sorte que des formes spéciales

et appropriées à un ordre distinct de modificateurs. Nous en parlerons d’abord. Deux autres, appelés par Buisson sens de la nutrition, variétés circonscrites du tact, plus exquis chez l’animal que chez l’homme, sont les explorateurs de l’air et des aliments (goût et odorat) ; enfin la vue et l’ouïe, situées plus supérieurement, et fonctionnant à l’aide d’un mécanisme plus complexe, transmettent à 1 ame les signes de la pensée, et mettent l’homme en communion intime avec ses semblables ; on les a appelés sens sociaux. Les sens s’entr aident, s associent pour le complément des notions nécessaires à l’esprit, se suppléent en cas d imperfection ou de perte de l’im d’entre eux, mais cet appui mutuel ne s applique qu’à leurs fonctions médiates. L’acte immédiat, spécial, de chaque sens, ne peut Être rempli par un autre : le toucher seul reconnaît la température des corps, l’odorat seul leur odeur, la vue seule leur couleui, etc. , mais la vue apprécie leur figure aussi bien que le toucher; oc mat ait jugei souvent de leur distance comme la vue ou l’ouïe, etc. Dans a ( irection lygiénique des sens, il ne faut point perdre de vue : 1“ leurs connexions intimes avec l’état de l’encéphale; 2» leur solidarité de structure et c e onction avec la complexion et la santé générale des sujets. Les influences qui moc I lent a constitution impriment aussi leur cachet aux appareils sensoriaux : les ophthalmies scrofuleuses, les otites catarriiales, l’ozcne syphili-

(1) II. Royer-Collaid, Réponse d Gerdp [Gazette médicale du 3 juillet 1842).

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