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DU TACT ET DU TOUCHER

privée]

tique, les aberrations hystériques du goût, expriment, avec le grossissement de l’état pathologique, les résultats de causes qui se combinent en quelque sorte avec la trame vivante, et qui, transmises par génération, rongent silencieusement la santé des familles.

I § 1. — IMi tact ot 4lii loiiclici*.

c Le tact est le sens à l’aide duquel nous apprécions les qualités les plus géné-

î raies des corps ambiants, telles que leur température, leur forme, leur soli-

I dité, leur fluidité, etc. Il a pour siège la peau, limite extrême de l’organisme, et l’appareil spécial par lequel il s’exerce se trouve épanoui en avant de la membrane fibreuse tégumentaire (derme) qu’il traverse par les filets qui le rattachent au réseau nerveux; en d’autres termes, le corps papillaire, instrument du tact, détermine sous la couche épidermique notre ligne de contact la plus immédiate avec le monde extérieur. Les phénomènes tactiles se produisent sur tous les points de notre périphérie, et même à la surface de certaines membranes muqueuses (muqueuse des voies génito-urinaires, de la partie inférieure du tube digestif; muqueuse labiale, linguale, palatine, etc.); mais nulle part ils ne s’accomplissent avec plus de précision et d’aisance qu’à la surface de la main, qui, par ses brisures, par ses prolongements articulés et mobiles, par ses pulpes souples, résistantes, à zones papillaires concentriques qui coiffent ses extrémités phalangiennes, peut se déployer, se recourber, se concentrer, se mouler sur les objets extérieurs, etc. Aussi a-t-on dit que la main est l’organe du tact actif ou toucher, et la peau celui du tact passif. Cette distinction est juste en elle-même, car le loucher est toujours volontaire et l’impression tactile peut ne point l’être ; mais elle est mal exprimée, car toute sensation est accompa’gnée de perception, et toute perception est active. Les indications hygiéniques qui se rapportent à ce sens se déduisent du rôle que jouent les diverses parties constituantes de la peau dans le phénomène du tact, qui se décompose en sensation de contact, de pression ou de résistance et de température. L’impression tactile a lieu évidemment dans l’élément sensible ou nerveux de la peau, c’està-dire dans les papilles ou houppes nerveuses qui, placées sur la face externe du derme et protégées par la couche épidermique, semblent projetées en avant comme des vigies placées entre le corps et le monde extérieur, en même temps ([ue par leur division filamenteuse elles multiplient la surface de la matière nerveuse qui les constitue : « Si l’on refuse aux liges papillaires le sens tactile, dit avec raison G. Breschet, nous ne pensons pas qu’on parvienne à désigner dans la peau une autre partie qui puisse être considérée comme l’organe de cette fonction. » Le derme ou chorion sert de base à l’appareil tactile : couche solide et élastique tout à la fois, il permet aux corps extérieurs de s’appliquer sur les papilles sans les léser ou les paralyser par l’effet de leur pression. La souplesse du derme est augmcniôe par une couche sous-jacente de tissu graisseux qui, par une disposition admirable, affecte dans la pulpe des doigts la

^36 DES MODIFICATEURS. — PERCEl’TA. [hygiène

forme d’nii vériiable coussinet ; un réseau vasculaire dont les papilles sont pourvues produit l’état senii-éreclile de la peau dans l’exercice du toucher. L’épiderme s’interpose entre les papilles et les agents extérieurs, augmente on diminue l’intensité de leur conflit, en raison de son épaisseur, de son degré de sécheresse et d’hygrométrie; il fournit des prolongements tubuleux qui reçoivent les tiges capillaires des papilles. Les poils contribuent à l’atténuation des contacts, les ongles à l’exactitude de l’application des doigts, les glandes sébacées à la souplesse de la peau.

L’entretien et le perfectionnement de la fonction tactile exigent donc le soin de toutes les parties de la peau.

1“ L’action intime des tiges papillaires, la mise en jeu de leur impressionnabilité sont liées certainement, comme l’action nerveuse de tous les organes, à la stimulation initiale du sang; il faut que ce fluide leur parvienne avec certaines conditions de quantité et de qualité. La première indication est de favoriser dans une mesure convenable la circulation capillaire du sang dans la peau, de s’opposer aux causes qui peuvent amener l’anémie de cette enveloppe (usage constant des gants), ou y déterminer une augmentation morbide de l’activité circulatoire, des rougeurs, des stases sanguines, des inflammations (pression du vêtement à l’épaule, au poignet, etc.) : ces causes donnent lieu souvent à une exaltation de la sensibilité générale, tout en empêchant l’exercice du tact. Tel est reflet des engelures, d’un panaris qui s’accompagne de fortes douleurs et rend le doigt impropre au toucher.

2® L’action régulière de l’appareil sécréteur de la peau lui fait en partie son degré de souplesse et d’élasticité; le ressort de ces différentes couches prévient les pressions immodérées des corps extérieurs sur les papilles, et par suite la contusion de ces houppes nerveuses. Nous ne reviendrons pas sur les moyens propres à favoriser la transpiration insensible et la sécrétion sébacée; rappelons seulement que les sueurs excessives produisent une sorte de macération de la peau, la rendent flasque, inerte, et par conséquent nuisent en même temps an sens tactile. Sous les tropiques, l’exhalation visqueuse dont la peau est constamment le siège finit par amortir sa trop vive sensibilité.

3® La protection de l’épiderme est nécessaire à son exercice en de certaines limites; quand cette couche inorganique offre trop de ténuité ou manque entièrement, la douleur est le seul résultat de l’impression des objets, et obscurcit en quelque façon la sensibilité spéciale du tact : les tiges papillaires, dénudées par la destruction de l’épiderme, s’endolorissent à l’excès et deviennent inhabiles au toucher; il perd transitoirement de sa finesse chez les convalescents de phlegmasies cutanées, dont l’épiderme devient sec, cassant, se gerce, se fendille, s’épaissit, etc. Pour que le tact ait la délicatesse et l’énergie convenables, il ne faut pas que la couche épidermique s’épaississe, comme il arrive par les frottements répétés : les callosités interceptent l’effet tactile des corps extérieurs et isolent les papilles nerveuses de la peau; dans les hypertrophies de l’épiderme, celui-ci foi ine plusieurs couches dont la plus profonde est collée à

l)U TACT KT DU TOUCHER.

la lace iiiierne dans les points qui correspondent aux papilles (Rayer) ; l’iclithyose, caractérisée par un développement morbide des papilles et un épaississement des couches épidermiques, réduit la fonction tactile à une sensation râpeuse de laine ou de peau de chagrin. Les soins de propreté, les lotions, Tusagc de quelques cosmétiques et des gants préviennent les accroissements de l’épiderme, quand ils ne sont pas la conséquence d’un état morbide local ou général, acquis ou héréditaire; l’abus des mêmes moyens entraîne parfois l’amincissement de cette enveloppe protectrice et l’étiolement de la peau.

U° Le tact réagit sur les autres fonctions ou facilite leur accomplissement, et veille comme les autres sens à la conservation de l’individu : l’impression de la température des corps extérieurs ne sert-elle pas de régulateur à l’énergie do la calorification, et par conséquent au mode de la plupart des autres fonctions? Nous avons vu un hémiplégique, chez lequel la sensibilité de la peau était abolie, se brûler la jambe au contact d’un poêle jusqu’à désorganisation du derme. Rullier cite un fait semblable. Les secours que le toucher fournit à l’intellect lui ont valu le nom de sens géoraétri((ue. Condlllac lui a décerné la prééminence sur les autres sens, prétendant que seul il donne la notion de l’existence des corps. Les sympathies spéciales de la peau avec quelques organes ajoutent h l’influence du tact : les vertus prolifiques du froc en sont un exemple; l’exquise finesse du tact, l’irritabilité excessive du derme, les démangeaisons que suscitent certaines éruptions, éveillent le désir génital et ont été pour plus d’un adolescent la cause initiale des abus solitaires. L’hygiène du tact intéresse donc les autres fonctions; et réciproquement le jeu normal de cellesci contribue à son intégrité. Les maladies des viscères avec détermination à la peau modifient secondairement sa tactiliiô ; il en est de même des affections fébriles qui la dessèchent, réchauirent, l’inondent de sueurs; des névroses qui la frappent d’anesthésie dans une certaine étendue (hystérie, catalepsie, etc.).

5® La culture et l’habitude donnent au toucher une délicatesse et une sagacité bien remarquables, notamment chez les aveugles-nés, qui lisent couramment avec les doigts; l’impression du relief des lettres les dispense de les voir.

1 Les circonstances individuelles et extérieures agissent toutes d’après les modes • j indiqués ci-dessus : ainsi, chez le vieillard, le racornissement de la peau et sa ^ sécheresse s’opposent à l’exercice parfait du toucher; chez la femme et l’en-

I faut, conditions inverses, etc. Le vêtement agit de même, suivant les propriétés |l tactiles des parties qu’il laisse à découvert ou qu’il protège, etc. Les règles

II hygiéniques qui se rapportent au toucher se résument dans une juste mesure Il d’impressions et dans la variation moyenne de leur qualité thermométrique ;

I les mains calleuses ne sont pas plus dans les convenances physiologiques de I notre nature que la peau transparente, amincie, étiolée des héroïnes de bou- I doir : s’il faut éviter l’excès de chaleur rayonnante <pti combure la peau et

• l’excès du froid qui la congèle, il est nécessaire toutefois de l’habituer aux vicissitudes de température et d’hygrométrie.

des modificateurs. — PERCEPTA.

[hygiène

§ *. Ou KOÛt.

Ce sens a pour instrument la langue, pour auxiliaires le palais, les lèvres, les . joues, le voile du palais, les cryptes muqueux et les glandes salivaires qui humée- ' tent la bouche, etc. Toutes ces parties concourent au mécanisme de la gustation. Dans l’état de sécheresse de la cavité buccale, la saveur des corps solides I n’est point perçue; la trituration est nécessaire à d’autres corps pour développer leur sapidité; les liquides n’impressionnent le goût que par une espèce d’imbibitiou de toutes les parties précitées : s’ils passent trop rapidement, ils i n’alTectent pas ou presque point ce sens; il faut donc qu’ils coulent en nappe j dans la bouche avec une certaine lenteur et qu’ils y soient retenus quelque temps : mode de préhension qui constitue la succion ou l’infusion graduelle par gorgées successives. Quant au siège précis de l’impression gustative, j J. Guyot et Admyrault (1) l’ont restreint à la langue et à une petite étendue du voile du palais, correspondant à peu près au centre de sa face antérieure; avant eux, Vernière l’avait fixé dans la muqueuse qui recouvre les glandes sublinguales, la face inférieure, la pointe, les bords et la base de la langue, les piliers, les deux faces du voile du palais, les amygdales, et enfin le pharynx luimême. Longet a confirmé les résultats de Vernière; seulement il n’admet point la sensibilité gustative pour la muqueuse qui revêt la face supérieure du voile du palais, les glandes sublinguales et la face inférieure de la langue, et il l’accorde à la région supérieure et moyenne de la langue; ses expériences tendent à localiser la faculté gustative dans les points animés par les filets du glossopharyngien et du rameau lingual du trijumeau. D’après Lacauchie (2), la langue ne serait qu’un organe de toucher général, et le goût un effet combiné que produit l’action de la langue en se combinant d’une manière exceptionnelle avec celle de l’appareil olfactif. Cette manière de voir ne coïncide pas avec le résultat des expériences de Chevreul, qui, isolant l’impression du goût de l’impression olfactive, a par là même établi sinon l’indépendance, au moins la séparation de ces deux sens. Chevreul a partagé les corps en quatre classes, suivant l’impres- • sion qu’ils produisent dans la bouche : 1® corps qui n’agissent que sur le tact de la langue : cristal de roche, glace; 2® corps qui agissent sur le tact lingual et sur l’odorat : métaux odorants, tels que l’étain ; 3® corps qui impressionnent le tact de la langue et le goût : sucre candi, chlorure de sodium pur; U° corps qui modifient à la fois le tact de la langue, le goût et l’odorat : huiles volatiles, pastilles de menthe, de chocolat (3). Ainsi, loin que le goût soit un phénomène de tactilité générale, la langue est susceptible des deux genres d’impressions, les unes savoureuses, les autres purement tactiles, fait dont Vernière a achevé la démonstration.

(1) J. Guyot et Admyrault, Nouvelles expériences sur le sens du goût sur l'homme. Paris, 1830, in-8.

(2) Lacauchie, Études hydrotomiques et microgrnphiques. Paris, 18ââ, p. 70.

(3) Journal de physiologie de Magendie. Paris, 182A, t. IV, p. 127.

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