FORCE MUSCULAIRE
La puissance d’action du système musculaire est un des éléments de la force organique (voy. t. I, p. 196) ; mais, outre que l’on n’a pas comparé sous ce rapport beaucoup de races entre elles, on trouve encore ici une complication ■ d’inlluences qui embarrasse le jugement. S’il est certain que chaque race doit • à sa constitution propre une mesure déterminée de puissance musculaire, celle-ci varie néanmoins en raison du régime, du climat et du degré de civilisation. Les nations qui vivent d’aliments empruntés au règne végétal et en quantité à peine suffisante, déploient moins de vigueur que celles qui sont mieux nourries, et il semble que les proportions de leurs membres soient diffé- f rentes (Pricliard) : les Hindous ont les bras et les jambes proportionnellement . ; plus longs et moins musculeux que les Européens, Les sabres de soldats in- i diens, apportés en Angleterre, avaient la poignée trop petite pour des mains i anglaises. Coulomb a remarqué que la quantité moyenne d’action musculaire i varie suivant le climat: « ,J’ai fait exécuter de grands travaux à la Martinique ■ j par des troupes; le thermomètre y était rarement au-de.ssous de 20 degrés; j’ai fait exécuter en France les mêmes genres de travaux par ces mêmes •'! troupes, et je puis assurer que, sous le 12' degré de latitude, où les hommes • . sont presque toujours inondés de leur transpiration, ils ne sont pas capables de i la moitié d’action journalière qu’ils peuvent fournir dans nos -climats (1). « On se représente les sauvages avec les attributs de la force physique, et l’on ' accuse la civilisation d’énerver le corps par les passions qu’elle entretient ou i fait naître : c’est là une double erreur qui ressort des expériences de Pérou sur la force musculaire des naturels de Timor, de la Nouvelle-Hollande et de ' la terre de üiémen. Les individus les plus robustes de cette dernière île n’ont pu faire avancer l’aiguille du dynamomètre de Régnier au delà du 60' degré; le terme moyen des observations a été de 50'‘“,6. Les matelots de l’équipage l’ont toujours emporté dans ces épreuves sur les insulaires. Quatorze sauvages • de la Nouvelle-Hollande n’ont donné en moyenne, pour force de pression, que 51 kilogrammes; le plus fort atteignit 62, 10“ plus faible ne put dépasser àO. Comparez ces résultats avec ceux qui sont consignés dans le tableau, pages 196 et 197 du tome I": la difl’érence est énorme. Les .Malais de l’île de Timor, un peu plus civilisés que. les précédents, ont fourni à Pérou une moyenne de 50'“', 7 pour la force manuelle, et de 11,6 myriagrainmes pour la force rénale. D’après Mackenzie, Lewis et Clark, les indigènes de l’Amérique oITrent la même infériorité de force phjsique. Vohiey observe <pie, dans les combats de troupe à troupe ou d’homme à homme, les Virginiens et les Kentuckiens ont
(J) Coulomb, Mémoires du l’Institut, première classe, l. H, p. -V29.
publique] type pathologique DES RACES. 299
loujoure l’avantage sur les Américains sauvages. Les races sauvages ont donc moins de force musculaire que les races civilisées. Mais, nous le répétons, si arofonde que soit la triple action du climat, du régime et de la civilisation, :haque race possède, avec des conditions dilTérentes de conformation, une mesure différente de force intrinsèque. Dans toutes les autres races comparées 1 la race européenne, les membres présentent une plus grande courbure des )S longs et des formes moins parfaites. Chez les nègres, les os des jambes sont léjetés en dehors, le tibia et le péroné plus convexes en avant, les mollets plus aauis, les pieds très-plats (Sœmmerring), etc. Ces détails de structure rentrent lans l’influence de l’hérédité; ils ont un rapport manifeste avec la vigueur et la aerfeciion des mouvements; dans la race gît donc la donnée primordiale de la force musculaire.
Les expériences réunies de Régnier, Ransonnet et Péron se résument dans e tableau suivant :
observateurs.
Régnier. .
Ransonnet Péron ...
rOHCE
Imlirldus observés. Mauuellu. Rénale.
Icil. Moyennes.
Français (25 à 30 ans) 50,0 13,0
■ — (25 à A5 ans) A6,3 lé, 2
Indigènes de la Nouvelle-Hollande. . 51,8 lé, 8
Malais de l’île de Timor 58,7 16,2
D’après Freycinet, on devrait lire, pour la force rénale indiquée par Pérou :