DÉGÉNÉRATION
I'UBLIOUE]
lion pour Paris, .1. iVIarshall pour Londres, Caspcr pour Berlin, Odier pour Genève, Schubler pour Stuügard et le 'Wurtemberg, Cb. Bœrsch pour Strasbourg, etc.
La statistique comparée des divers États de l’Europe a suggéré, à quelques médecins en France, de patriotiques inquiétudes qui ont retenti dans l’Académie de médecine (1) ; une décadence générale de la population serait l’inévitable conséquence des exigences croissantes du recrutement de l’armée, l’élément viril de la reproduction étant appauvri dans sa qualité et dans sa quantité, et l’on a été jusqu’à douter de l’avenir de notre puissance militaire. Léon Le Fort a insisté avec le plus de force et de précision sur le point faible de notre situation comparée à celle des autres États de l’Europe, et qui est la diminution progressive de la natalité; elle ressort de la comparaison statistique de la période décennale de 1821 à 1830, avec les périodes quinquennales suivantes, sur lesquelles nous possédons des documents officiels. Au lieu de compter comme alors une naissance sur 32 habitants, nous n’en comptons plus que 1 sur 37. Ce déficit, peu important en apparence^ se représente, en trente-quatre ans, par un total d’environ 4 millions d’enfants. Comparée aux nations étrangères, la France occupe le dernier degré sur l’échelle de la fécondité nationale, et c’est par 3 ou 400 000 naissances de moins qu’elle solde le déficit annuel de sa natalité (2).
Naissances (non compris les mort-nés) (3).
États. Années.
France 1861
Grèce 1861
Belgique 1856
Hanovre 1858
Suède 1860
Bavière 1861
Angleterre et pays de Galles. 1860
Danemark 1860
Pays-Bas 1860
Norwége 1860
Portugal 1861
Wurtemberg 1861
Prusse 1861
Autriche 1857
Espagne 1861
Saxe-Royale 1861
Russie 1858
Total
Habitants
des naissances.
pour la naissance.
D’un autre tableau que nous empruntons à L. Le Fort, il résulte que, d'après
(1) Bulletin de l'Académie impériale de médecine, 1867, t. XXXll.
(2) Léon Le Fort, Gaz. hebdom. de méd. et de chirurg. Paris, 1867, p. A66, 513 et
(3) Bulletin de la Commission centrale de statistique. Bruxelles, t. X, p. xxxiv, cité par Le Fort.
314 DES RACES. [hygiène
le mouvement actuel de la population en Europe, son doublement s’effectuerait dans les périodes suivantes :
Angleterre, en
Autriche
Belgique
France
Prusse
Saxe
52 ans.
Hollande, en Danemark. .
Suède
Bavière ....
Wurtemberg.
Espagne . .
92 ans.
Et cependant, L. Le Fort le reconnaît, la mortalité depuis 1821 suit en France une marche très-heureusement décroissante, comme le prouve ce tableau :
Périodes.
Population moyenne.
Nomln'es moyens des décès pour toute la population.
Nombres moyens des décès
pour 10 000 habi'nnls.
Sur l’échelle de la mortalité européenne, la France occupe à peu près le milieu :
Mortalité générale.
Mortalité
Pftys. Périodes. sur lOOOU Imbituuts,
Norwége 1851-1860 171
Suède 1856-1860 209
Angleterre 1851-1860 209
Danemark 1855-1859 214
Belgique 1851-1860 225
Hanovre 1854-1858 226
France 1857-1860 231
Pays-Bas 1850-1859 247
Prusse 1859-1860 261
Autriche 1849-1857 275
Espagne 1858-1861 . 275
Saxe-Royale 1859-1861 277
Davière 1851-1860 281
Cette situation serait meilleure, n’élait la faible proportion des naissances, qui assigne le dernier rang à notre pays, et infirme son chiffre mortuaire, les enfants de moinsd’un an ayant 18 décès sur 100, et ceux plus âgés n’atteignant pas 2 morts pour 100 de un à vingt ans.
La caractéristique de notre décadence serait donc l’affaiblissement de notre natalité, dû au retard des mariages en France (voy. plus loin, IUariage], et l’augmentation des contingents annuels du recrutement.
publique] nÉGÉNÉRATION. 315
Voici inaiiilcnant les arguments en sens opposé :
1“ Le décroissement des exemptions pour insuffisance de taille et celui des exemptions pour inürmités marchent parallèlement,
2“ La taille moyenne n’a pas cessé de s’accroître en France, a® L’aptitude militaire suit la progression ci-après dans divers États de l’Europe (1) :
Aptes
sur 1000 examinés .
Saxe 259
Prusse 283
Autriche A97
Danemark 522
États Sardes 598
Belgique 630
France 682
Pour trouver 1000 soldats, il faut passer eti revue les effectifs suivants :
Français 1466
Belges 1587
Sardes 1672
Danois 1915
Autrichiens 2013
Prussiens 3533
Saxons 3861
La France est donc à la tête des nations en Europe, sous le rapport de l’aptitude militaire.
Ix” Les recherches de Bertillon, d’une méthode toujours si exacte et si démonstrative, ont établi (période de 1850 à 1861) que la France se maintient aussi au premier rang pour la qualité de sa population ; ainsi elle possède le minimum d'impubères, c’est-à-dire de non-valeurs^ le maximum d’adultes et de vieillards, c’est-à-dire de valeurs actives et de force morale (2) :
Enfants de 0 d 14 ans (impubères).
France 257
Belgique 284
Bavière 284
Wurtemberg 299
France (avant 1789) 300
ÉUls-Romains (anciens) 305
•''■'ys-Bas 310
Suède 313
Hanovre 316
Autriche 321
Saxe 322
Norwégc 330
Éspagne 331
Irlande 331
Angleterre et Écosse 332
Busse 348
( Blancs 377
États-Unis. . ? De couleur, libres. 338
( Esclaves 424
(1) Mémoires delà Société d' anthropologie, t. Il, p. 258. Paris, 1865.
(2) Bertillon, Ües diverses manières de mesurer la durée de la vie humaine (Journal 'le la Société de statistique, mars 1866).
DES UACES, [hygiène-,
Adultes de 14 « 60 ans {mortalité moyenne = environ 0,012) sur 1000 habitants. ,
France
France ancienne (vers 1780). ...... 634
Belgique 628
Autriche (empire) 626
Lombardie 624
Suède 616
Piémont 615
Espagne .... 613
États-Romains (anciens) 611
Pays-Bas •... 610
Saxe 609-
Hanovre 004 •
Irlande 598'
Prusse 595'
Angleterf-e 594
Norwége 580
f Blancs 579
États-Unis.. < De couleur, libres... 007
( Esclaves 541.
Enfin, suivant l’expression de Bertillon, c’est encore la France qui consene le mieux ses vieillards (mortalité de 0,07 k 0,08 au delà de 60 ans), et si ce n’est pas une force, c’est au moins une gloire, et, j’ajoute, une valeur d’expérience et de sagesse pratique :
Vieillards de 60 ans et au delà sur 1000 vivants.
France (en 1861)
Norwége
Piémont
France (avant 1789)
Belgique
Espagne . . .
États-Romains
Lombardie .
Suède
Prusse ....
Pays-Bas
Angleterre ;
Autriche. .
[ Blancs
■; De couleur, libres.. .
I Esclaves
Irlande
États-Unis. .
Ainsi on trouve en France 108 vieillards contre 53 en Autriche, et 35 dans la population esclave des États-Unis. Ces tableaux prouvent aussi que la mortalité générale de deux pays ne donne point la mesure exacte de la vitalité de leurs peuples ; elle se règle sur la force respective des groupes d’âges dans l’ensemble ■ de chaque population. En présence de ces résultats, laquestion de dégénérescence semble résolue, sans qu’il convienne de dédaigner les avertissements judicieux des médecins qui signalent, comme L. Le Fort, les côtés faibles de la situation présente de la France et des causes inaperçues d’amoindrissement éventuel.
La table de mortalité dressée au commencement de ce siècle par Duvillard.i avec les meilleurs documents de la seconde moitié du siècle passé (vers 1770 à 1780), montre sur 1000 naissances 583 survivants k 5 ans, et 502 k 20 ans.- Demontferrand, pour la période de 1817 k 1831, trouve un peu moins de 720 survivants k 5 ans, et 638 k 20 ans. Bertillon, pour la période de 18A0-1859,' trouve 723 survivants k 5 ans, et 6k 3 k 20 ans; k la vaccine seule n’est pas dû cet accroissement de vitalité. Bertillon juge que Duvillard en a parfaitement calculé la part, en prouvant que sans la variole il y aurait eu, de son temps, • 6kk survivants k l’âge do 5 ans au lieu de 583, et 567 k l’âge de 20 ans au lien de 502. — Ainsi, depuis la deuxième moitié du .xviiU siècle, la vitalité de nos enfants et de nos jeunes gens n’a pas cessé de s’accroître.
La table de mortalité de Duvillard ne donne que 28 ans 3/k pour la duree
publiqi'e] dégénération. 317
delà vio moyenne avniu la révolution de 93; en 1817, celle moyenne s’élait déjà élevée à 31,8 ans; elle est aujourd’hui de 37 ans (1): de telle soiTc que la longueur de la vie moyenne, calculée dans la première moitié du siècle dernier pour des tètes choisies parmi des rentiers dans l’aisance, est dès à présent surpassée par la longueur moyenne de la vie chez tous les Français iiulislincteinent, quelles que soient la faiblesse de leur constitution et la médiocrité de leur fortune (2). L’existence est donc plus assurée aujourd’hui, nonobstant les résultats plus ou moins satisfaisants du recrutement, et ce bienfait on le doit à l’extension des lumières, au développement de l’industrie, aux progrès de la médecine, à la vaccine, à l’adoption d’un genre de vie plus rationnel, etc., c’est-à-dire au progrès social.
Bertillon corrobore ces données par la mesure de la vie moyenne; mais il ne la calcule pas comme Legoyten divisant le nombre total des années et des mois vécus par le nombre des décédés; étant pris 1000 individus, soit à leur naissance, soit à tout autre âge, il distribue également entre eux les chances de vie et (le mort qui, de leur temps, incombent à chacun des âges qu’ils ont encore à parcourir; la part de vie qui revient ainsi aux uns et aux autres constitue leur vie moyenne ou ce qu’il appelle leur espérance mathématique de vie. Duvillard, vers 1775, la fixe rétrospectivement à 29 ans à la naissance, à 34 ans à partir de 20 ans (total, 54 ans). Pour la périodede 1817-31, Demontferrant trouve celte vie moyenne, à la naissance, de 38 ans, 33, et de 40 ans vers l’âge de 20 ans (40 ans à ajouter à 20). Enfin, de nos jours, Bertillon est arrivé à ces deux déterminations : 40 ans à la naissance, 40 ans et 3 mois à la vingtième année. Progrès modeste, mais réel et qui acquiert une valeur supérieure, si l’on réfléchit que Demontferrand a opéré sur une période de paix, de santé publique, de prospérité et à faibles contingents militaires, tandis que la période de 1840-1859, sur laquelle s’est exercé M. Bertillon, comprend trois épidémies de choléra, deux années de cherté (1846 et 1847), une révolution (1848) et ses suites, des guerres meurtrières, de forts contingents pour l’armée, etc. Il soupçonne d’ailleurs un peu d’exagération dans les calculs de Demontferrand, et l’imperfection des documents dont il s’est servi, de sorte que, tout pesé, il tiendrait pour un progrès réel le seul fait de la non-rétrogradation de la vie moyenne dans la période de 1840 à 1859. Or, elle révèle un progrès, et, si faible qu’il soit en raison des circonstances précitées, ce progrès témoigne d’une notable augmentation de vitalité. Nous qui connaissons cet esprit sévère, sa puissance d’exégèse et ses méthodes d’investigation positive, nous nous rassurons avec lui pour l’avenir de notre pays, sans fermer les yeux sur les faits sérieux et défavorables que Ilusson et Léon Le Fort ont mis en relief.
(1) Legoyt, Stalüdque de lu France, 2' série, 1857, t. IV (!'■' partie), p. xLVii.
(2) Bertillon, Comptes rendus du Congrès de Bordeaux, 18GG, p. GG3.
(3) Ch. Dupin, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 19 mars 1849.