VIE PROBABLE ET MORTALITÉ
PIIBMQUE]
.Uisqii’à l’àgc de cinq ans, Farr a établi, en 1866, que sur 100 enfants, la mortalité est en
Norvège, de
Prusse, de
Danemark
liollande
Suède
Autriche
Angleterre
Espagne
Belgique
Russie
France
Italie
Le docteur Farr remarque qu’en Angleterre, parmi les pairs et les membres
(lu clergé, la mortalité des enfants jusqu’à cinq ans n’est que de 10 pour 100 ; cil Écos.se, elle est moindre qu’en Angleterre. C’est la Norvège, malgré la rigueur de son climat, qui en perd le moins, résultat attribué par les médecins de cette contrée à l’allaitement maternel pendant la première année, et à la prédominance du laitage dans le régime des enfants pendant les années suivantes, la Norvège ayant, pour une population de 1 800 000 habitants, 800 000 têtes de bétail.
Le minimum de la mortalité générale se produit de 12 à 15 ans; à 15 ans dans la population rurale, à 13 ans dans les villes, à 12 ans dans le département de la Seine. La mortalité va ensuite eu augmentant, et atteint un premier maximum entre 20 et 25 ans. — Ce maximum, qui comprend l’âge des passions et aussi la mortalité militaire, est naturellement plus prononcé clans les villes que dans les campagnes, et à Paris plus que partout ailleurs. On doit ajouter que les cinq années suivantes (de 25 à 30 ans) donnent lieu, dans la capitale, à une mortalité exceptionnelle, qui peut s’expliquer par le grand nombre d’adultes de cet âge que comprend sa population llottante. — Entre 30 et ^lO ans, il y a un temps d’arrêt, suivi d’un accroissement de mortalité assez faible jusqu’à 50 ans; mais à partir de cette limite, et surtout après la soixantième année, les décès se multiplient : 1 personne environ sur 10000 dépa.ssc la centième année dans les départements autres que la Seine.
Parmi les circonstances qui concourent à cette effrayante mortalité, doit-on compter la suppression des tours et la mesure prise par le gouvernement depuis 183fi, et qui consiste à envoyer les enfants trouvés d’un arrondissement ou d’un département dans un autre? Nous empruntons à de 'NVatteville (1) (pielques éclaircissements sur ce sujet si grave pour l’hygiène publique. Le décret du 19 janvier 1811 a fait ouvrir dans 77 départements 250 hospices dépositaires avec tour, et 6 sans tour; 9 départements ont créé 17 hospices dépositaires sans tour. Or, les 9 départements privés de tour ont compté 1 abandon sur 121 naissances; et les 9 départements pourvus du plus grand nombre de tours, 1 abandon sur àO naissances. Depuis 183^, on a supprimé en France 185 tours et 132 hospices dépositaires; en 18Z|9, il n’y restait plus
(I) ne Watteville, Hnppnrt sur lu sifual/on mlminislralivi’, morale et financière du serrirp ih’.t cu/'ants Iruurés en France. Paris, '1840.
326 DES AGES. [h-ïgiékï r
que 65 hospices dépositaires avec tour, dont ZiO surveillés et 25 non surveillés, et .
76 hospices dépositaires sans tour. Or, tandis qu’en 18.33 il y avait un enfant trouvé i sur 248 habitants, on n’en constatait plus en 1845 que 1 sur 353. Les di- • ; verses localités présentent entre elles, sous ce rapport, des différences qui .i accusent d’autres causes que le maintien ou la suppression des tours :
IlabitautE. Naissances.
38 départements n’ont pas de tour. 1 enfant trouvé sur 372 1 exposé sur 47
34 — ont 1 tour 1 — sur 287 1 — sur 25
11 — ont 2 tours 1 — sur 307 1 — sur 34
3 — ont 3 tours 1 — sur 450 1 — sur 50
De Watteville signale, parmi ces causes, la mauvaise exécution du décret it
de 1811, relatif à la fourniture des vêtements et layettes : plus de la moitié i
des administrations des hospices dépositaires n’en donnent point aux pupilles; ;
il n’y a guère qu’une sur douze qui pourvoie d’une manière un peu conve- i
nable aux besoins des enfants trouvés. La tutelle de ceux-ci, confiée par la ^
loi aux commissaires administrateurs de ces hospices, n’est bien exercée que )
dans 20 départements : elle l’est à moitié dans 5, et complètement abandonnée J
dans 61... Joignons aux effets de cette fatale incurie ceux de l’allaitement au |
biberon et au petit pot, dans les établissements consacrés aux enfants trouvés. , j Déjà la seule mise en nourrice augmente la mortalité des enfants dans le rap- •
port de 1 à 3 (Sussmilch) : à Paris, sur 100 enfants nourris par leurs mères, ^
il en meurt 18 dans la première année, tandis qu’il en périt 29 sur 100 allaités j
par un sein étranger (Benoiston de Châteauneuf). L’allaitement artificiel ap- •
pliqué aux enfants trouvés et réunis dans le même hospice est si désastreux, |
qu’un écrivain courageux a proposé d’inscrire sur la porte de ces établisse- î
inents : « Ici on fait mourir les enfants aux frais du public. » Multiplier les |
maisons où les nouveau-nés feraient reçus sans distinction et sans limites, tel I
serait, pour un homme indifférent, le plus sûr moyen d’arrêter la population I
(Malthus). Friedlander rapporte, d’après sir John Baquare, que, de 1789 f
à d805, on a reçu à la maison de Dublin 12 786 enfants trouvés, dont il ne t
restait, cinq ans après, que 135.
En résumé, la mortalité est beaucoup plus considérable pendant la première i moitié de la vie que durant la seconde, et, dans la première moitié, la plus '< forte mortalité pèse sur le premier trimestre de la première année; elle diminue beaucoup plus pendant le second, moins pendant le troisième et se relève ; un peu dans le quatrième (1). La mortalité diminue ensuite pendant les premières années, et atteint son minimum, en France à 11 ans, dans les Pays-Bas i à 12, dans le Valais à 13 ; puis elle s’accroît de nouveau à la puberté. Depuis ' 1 invasion de la puberté jusqu’au commencement du grand âge, c’est-à-dire depuis 46 jusqu a 69 ans, la mortalité s’élève jusqu’à son second maximum, qui n égale pas le premier; c’est pendant les huit ou neuf premières années
(1) Quetelet, Struyk, Sussmilch, Annuaire du Bureau des longitudes, etc.
FÉCONDITÉ
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de cette seconde période (de 15 ou 16 ù 2» ans) que la mortalité s’accroît le plus rapidement. Dans la troisième période, qui comprend le grand üge, elle redescend à son second minimum. D’après les calculs immenses de Burdach, sur 1 million d’hommes il en meurt 459 271 pendant les seize premières années, 405 411 pendant les cinquante-trois annnées suivantes, et 135 318 pendant les quarante dernières années jusqu’au terme desquelles la vie peut s’étendre.
Il est remarquable que les révolutions d’âges n’exercent point d’induence . sensible sur la mortalité : à l’époque de la dentition elle est moins grande qu'auparavant, et, de la septième à la huitième année, c’est-à-dire lors de la > seconde dentition, elle baisse notablement; si elle augmente vers la puberté, c’est en proportion moindre qu’entre 20 et 30 ans; à l’âge où la faculté procréatrice s’éteint, la mortalité ne croît pas plus rapidement que dans les années précédentes et n’est pas plus forte que dans les années qui suivent. Ces résultats s’expliquent de deux manières : ou chaque âge a ses maladies propres qui excluent celles d’un autre âge et restreignent les effets des crises de l’évolution physiologique, ou ces crises atteignent la vie moins par leurs conséquences immédiates que par leurs vestiges, sources d’une mortalité qui se dissémine sur les années subséquentes et se dérobe dans la complexité des éléments statistiques.