Infection, contagion, endémie, épidé.mie
1° Infection. — Ce mot exprime le mode de propagation de certaines maladies dont la cause est l’action exercée sur l’homme par un air contaminé. L’infection suppose : 1“ un foyer d’émanations délétères; 2® le rôle intermédiaire de l’air qui leur sert de véhicule; 3“ chez ceux qui en sont pathologiquement affectés, une aptitude spéciale à en subir l’influence (réceptivité). Le principe infectieux a été appelé effluve quand les marais sont le foyer qui le dégage, miasme quand il s’échappe de l’organisme vivant, sain ou malade, ou d’une substance animale en putréfaction. Fréd. Hoffmann désignait l’agent infectieux par le mot fcTment, qu’un chimiste contemporain, Dumas, emploie dans le même sens. L’infection engendre les épidémies ; elle ne caractérise que le mode de pénétration dans l’organisme d’un principe morbifique; celui-ci peut être ou n’être pas contagieux; dans des cas particuliers, l’infection reconnaît pour cause l’introduction dans l’économie vivante d’un liquide, d’une matière alimentaire altérée, la pénétration d’un principe septique dans les voies circulatoires. Les maladies purement infectieuses ont leur point de départ dans l’existence de foyers miasmatiques; elles présentent des manifestations variées sous l’influence d’un même foyer d’infection ; elles ne régénèrent pas dans l’organisme le principe qui les a produites. Indiquons rapidement les sources de l’infection et les principales maladies qui se rattachent à chacune d’elles.
A. Matières végétales en macération (voy. tome P*", Eaux stagnantes). Les résultats de l’intoxication marécageuse sont les fièvres intermittentes, rémittentes, subcontinues, c’est-à-dire à stades fébriles si rapprochés que l’apyrexie s’efface; pseudo-continues ou pyrexies, qui, dès leur invasion ou vers leurs dernières périodes, revêtent la forme continue; la dysenterie, qui règne dans les pays à marais, concurremment avec les fièvres intermittentes, bien qu’elle règne aussi endémiqucmcnl dans des localités non palustres ou moins impaludées, comme à Alger, à Biskara, à Laghouat, à Constantinople; en gé-
ATMOSPHÈRE. — ÉPIDÉMIOLOGIE.
Ul
iiérni, celle dernière maladie m’a loujours paru liée plus h l’influence propre de la lalitude qu’à celle des émanalions marécageuses.
B. Afatiè'es animales en putréfaction ; principes toxiques fournis par le corps de l’homme ou des animaux vivanls et malades. Ces deux causes agissenl séparément ou se confondent pour la production des mêmes effets. Les exemples abondent de l’influence pernicieuse des exhalaisons qui se dégagent de la matière animale morte et altérée par la fermentation putride : des diarrhées, des dysenteries, des fièvres malignes ont frappé un grand nombre de personnes lors de l’exhumation des cadavres enterrés dans le cimetière des fniiocents. Vaidy, cité par Desgenettes, rapporte qu’en 1796, près de Nuremberg, des hommes chargés quelques jours après une bataille d’ensevelir les cadavres de soldats morts, furent atteints de fièvres graves. Les fossoyeurs sont exposés aux mêmes dangers s’ils procèdent sans précaution à l’exhumation de cadavres enterrés depuis longtemps. De Lassone (1) a mentionné avec détail une épidémie de fièvres malignes qui sévit en 1749 dans la maison de l’Enfant- Jésus ; elle cessa dès qu’on eut couvert de chaux et d’une grande quantité de terre le fossé voisin de l’établissement, où l’on avait enterré, à peu de profondeur, un grand nombre de vaches. Forestus, Ambroise Paré, Maret, Ramazzini, Fourcroy, Requin, Chevallier, Guérard, etc. , rapportent des faits tiui établissent l’action funeste des émanations cadavériques. Dans la discussion que souleva cette question en 1828 à l’Académie de médecine, Chomel, Bricheteau, .Moreau, ont appuyé cette opinion, qui fut combattue, ou du moins frappée d’un doute, par Villerrné, Andral et Bailly. Warren (2), en Amérique, et Parent- Duchâtelet ont exagéré, on peut le dire, la doctrine de l’innocuité des exhalaisons putrides. Ce n’est point que les faits contradictoires fassent défaut : si l’ou ne peut arguer sérieusement de la santé des houchers et des charcutiers, celle des ouvriers est digne de remarque dans les raffineries de sucre où l’on emploie du sang de boeuf, dans les tanneries, les mégisseries, les boyauderies, dans les clos d’équarrissage; on signale avec raison le bon état des égoutiers,des vidangeurs, des garçons d’amphithéâtre; en 1814, après la bataille de Paris, 4000 chevaux dépouillés restèrent quinze jours sur le terrain par une température moyenne de plus de -f- 15® c. ; ceux qui furent chargés de les réunir en tas pour les brûler ne furent point incommodés. On ajoute â ces faits d’autres faits qui ont une signification purement individuelle : celui d’Antoine Dubois enlevant impunément des cadavres pendant la nuit, au cimetière, pour approvisionner son amphithéâtre, ayant sous son lit des pièces anatomiques eu macération, celui de quelques naturalistes disséquant de gros animaux dans un local mal ventilé du Muséum (3). AVarren et P. Duchâtelet n’ont pas assez tenu compte des conditions suivantes: 1® Il ne suffit pas que l’agent toxique
(1) De Lassone, Mémoires de la Société royale de médecine, année 177G, t. I.
(2) Warren, .tourna / des progrès. Paris, 1830, t. IX, p. 06.
^3) Fleury, toc. ci!., t, I, p. 227.
3û2 des modificateurs. — CIRCUMFÜSA. [hygièke
soit répandu dans l’almosphère, il faut que l’organisme soit apte à en recevoir l’impression. 2“ L’habitude peut neutraliser plus ou moins complètement les propriétés toxiques de certaines émanations ; les étudiants en médecine s’acclimatent aux salles de dissection ; les tanneurs, les boyautiers à leurs ateliers, etc. 3“ La force de constitution et le régime aident à cette résistance et la font durer; généralement, les égoutiers, les vidangeurs, etc., sont des hommes robustes; ces professions éloignent les individus faibles ; le taux de leur salaire leur permet une alimentation substantielle. Mais, la condition la plus essentielle, c’est le travail h l’air libre ou dans une atmosphère à peu près close; toutes les professions qu’on a alléguées en faveur de l’innocuité des odeurs putrides s'exercent à l’air libre ou dans des locaux ventilés. Qui donc soutiendrait que l’on peut respirer impunément dans un caveau, dans une fosse d’aisances? Enfermez donc les peaussiers, les tanneurs dans le méphitisme de leurs ateliers hermétiquement fermés ! Nous ne prétendons même pas que, déversées incessamment dans l’atmosphère de nos banlieues, les émanations des voiries n’exercent aucun effet fâcheux sur la santé des populations. A cet égard, les recherches statistiques manqueront toujours de précision : ces populations ne sont pas immobiles; la direction variable des vents interrompt l’espèce d’expérience qu’elles subissent; leurs vicissitudes sanitaires ne sont pas observées avec assez de suite, etc., mais la dissipation des miasmes à l’air libre sera toujours la meilleure prophylaxie de l’infection. 5“ Les ouvriers à professions méphitiques ont, en outre, leurs repos, leurs jours fériés, pendant lesquels ils s’éloignent des lieux d’infection ; le tanneur, le fossoyeur, n’habitent pas jour et nuit dans le cimetière, dans l’atelier; or, les causes morbifiques dont l’action est fréquemment interrompue, n’émettent point tout leur effet; celui-ci se borne à des troubles passagers, à des atteintes superficielles qui bientôt ne se renouvellent plus. La continuité, ou du moins une certaine durée d’action de ces mômes causes, produira des désastres. Établissez un campement d’armée au voisinage des cimetières d’ambulances où les inhumations ont été superficielles ; maintenez pendant deux ans la môme armée dans ce campement, sur un terrain parsemé de cadavres d’animaux mal enfouis, à l’usage des eaux qui filtrent à travers un sol riche en débris de putréfaction humaine, et vous verrez surgir le typhus de Crimée. En février 1855, l’ambulance de la 1" division du premier corps eut une violente invasion de typhus : trois médecins succombèrent en peu de jours sur six; deux autres furent frappés, ainsi que le général de la division, campé à proximité (1). Des cadavres mal enterrés au voisinage de l’ambulance, telle fut la cause du mal, signalée par enquête; l’ambulance fut déplacée et le typhus ne s’y développa plus sur place. Nous trouvons, du reste, ici, l’appui de Parent-DuchAtelct lui-même, qui a fait une distinction pratique entre les émanations des bassins à matières fécales et celles des chantiers d’équarrissage : « Si les monceaux de matières animales en putré-
(1) Le général de division Bouat.
PPBLIOUe] atmosphère. — ÉPIDÉMIOLOGIE. 3â3
faction répandent sur le lieu même une odeur bien plus repoussante que les matières fécales, cette odeur putride se dissémine et se fond, pour ainsi dire, pins facilement dans l’air que celle qui provient des matières fécales réunies en très-grandes quantités. Ainsi rôdeur particulière h ces dernières matières sera encore reconnaissable è plusieurs kilomètres de distance, tandis que l’odeur des premières cessera d’être sensible h quelques centaines de pas; c’est, du reste, ce qui s’exjdique aisément par l’ammoniaque que les matières fécales fournissent en bien plus grande quantité que les autres matières animales. On sait, en eiïet, que l’ammoniaque est, en quelque sorte, le véhicule des odeurs, qu’elle les développe et leur donne, pour ainsi dire, des ailes. » Il suit de là que les émanations cadavériques n’agissent qu’à une certaine distance, tandis que la sphère d’action des émanations fécales est beaucoup plus étendue ; c’est ce que l’expérience médicale des camps vérifie souvent: on sait combien les latrines y sont mal installées, peu surveillées: aussi, pas de camp sans dysenterie, même en France, même à Versailles (1). 6“ Cette observation conduit à prendre en considération les différences dans la nature des matières puirescibles et dans le mode de décomposition auquel elles sont soumises; elles se rangent naturellement en deux catégories : la première, comprenant les substances organisées, azotées, sulfurées et phosphorées, c’est-à-dire la plupart des produits animaux et une partie des produits végétaux ; la seconde, les substances organiques peu azotées, et, par conséquent, la majeure partie des végétaux. Les matières de la première catégorie sont très-aptes à la fermentation putride, et ce phénomène intervient avec énergie dans la putréfaction, qui donne des produits en partie alcalins et d’autant plus fétides qu’il entre plus de soufre et de phosphore dans leur composition. Les matières de la seconde catégorie fermentent plus difficilement, et la fermentation n’a qu’un faible rôle dans l’acte de leur putréfaction, dont les produits sont plutôt acides et beaucoup moins infects. Girardin {Traité de chimie) a groupé dans le tableau suivant ces deux séries de résultats fournis par la putréfaction :
Catégorie.
Matières facilement putrescibles.
Gaz acide carbonique.
— hydrogène carboné.
— azote, beaucoup.
— hydrogène sulluré.
— hydrogène phosphoré.
Ammoniaque.
Eau.
Acide acétique.
Résidu terreux peu considérable, composé de sels, de charbon, d’huile et d’ammoniaque.
2® Catégorie.
Matières difficilement putrescibles.
Gaz acide carbonique.
— hydrogène carboné.
— Azote, traces.
Eau.
Acide acétique.
Substance tiuileuse.
Résidu noir dans lequel le charbon prédomine.
Il est difficile d’assigner à ces produits leur part de nocuité; l’acide sulfby (1) Camp de Satory.
Gi/i DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygiène
clrique et l’iiydrogène phosphoré, qui se dégagent surtout pendant la première période de la putréfaction de l'abdomen des animaux, constituent un méphitisme dont personne ne nie le danger; mais, outre les gaz asphyxiants et toxiques qui se dégagent par la putréfaction des matières organiques des deux règnes, il y a le miasme animal et le miasme végétal. Celui-ci donne lieu à la production des fièvres palustres, celui-là à celle des fièvres malignes, putrides, typhiques; deux groupes d’états morbides qui se mêlent parfois, surtout aux armées, mais qui, observés séparément, révèlent une essence différente et tendent, l’un à la dissolution du sang par la diminution de la fibrine et les hémorrhagies, l’autre à l’hydrémie par le déchet de l’élément globulaire et de l’albumine.
Nous sommes donc loin d’admettre l’innocuité des émanations qui proviennent des matières animales en putréfaction , nous avons cherché à préciser quelques-unes des circonstances qui en atténuent, qui en paralysent l’influence. Encore moins penchons-nous à l’opinion étrange qui leur attribue une action favorable et prophylactique (Fleury, t. I, p. 230). Si un inspecteur de Bondy, Chevreux, revenu cachectique de la Sologne, s’est bien trouvé du séjour de la voirie (1), il y a, dans le résultat isolé de cette substitution du méphitisme animal au méphitisme palustre, une particularité intéressante, peut-être un enseignement pour la thérapeutique, mais non la justification d’une doctrine qui ramènerait au désordre et à l’incurie en matière d’hygiène publique.
L’encombrement n’est autre chose qu’une expérience d’infection; il produit la pourriture d’hôpital, le typhus des prisons, des vaisseaux, des hôpitaux. Dès que le nombre des maladies excède les proportions du cube atmosphérique d’un hôpital, on voit les malades se modifier gravement dans leur aspect et dans leur marche, des complications insolites surgir, telles que les gangrènes, les phlébites, les érysipèles, les accidents de résorption purulente. La viciation du sang se manifeste par les phénomènes de stupeur, d’ataxie, de prostration des forces, en un mot par l’état typhoïde qui marque d’un sceau commun les affections les plus diverses par leur siège et leur forme initiale. L’encombrement n’est pas étranger à l’extension de l’érysipèle, du croup, de la coqueluche, et surtout de l’ophthalmie chez les jeunes sujets admis à l’hôpital des Enfants. En 185Ô, l’hôpital de Péra , ouvert à Constantinople à nos blessés et à nos fiévreux de Crimée, avait été coté par l’intendance et porté à 1800 lits. Sa contenance salubre m’a paru être de 1000 à 1100 lits; toutes les fois que cette limite a été dépassée, les accidents de septicémie se sont multipliés dans les salles au point d’interdire aux chirurgiens la prati([ue des opérations toujours suivies de résultats funestes. La morve se développe particulièrement dans les écuries de faible capacité, humides et difficiles à aérer : peut-être l’infection où sont plongés les chevaux morveux suffit-elle pour communiquer à l’homme
(1) A. Tardieu, Voiries et cimetières (thèse de concours, 1852, p. 119). — Dictionnaire d’hugiène publique, 2“ édition, 18G2, t. tV, j). AGI, art. YoiniES.
ATMOSPHÈRE. — ÉPIDÉMIOLOGIE.
publique]
cette maladie terrible, quoiqu’elle se propage le plus souvent par contagion ou par inoculation.
L’atmosphère des grandes villes se rapproche des conditions de l’air confiné, par les émanations incessantes de toute espèce dont elle s’imprègne : la hauteur des édifices, l’étroitesse et la sinuosité des rues, l’existence des égouts, la dissipation quotidienne des excrcta d’une population immense, les résidus de vastes marchés, etc., que faut-il de plus pour déterminer une perpétuelle imminence d’épidémies miasmatiques? Pendant le choléra, les quartiers du centre de Paris, les rues étroites et abritées ont fourni une proportion démesurée de victimes. Glascow, malgré sa prospérité et la civilisation de ses habitants, subit le fléau de l’encombrement. Les statistiques de Rob Corvan nous montrent cette ville en proie à une mortalité croissante par fièvre typhoïde : eu 1835, 6180 attaqués, fil2 morts = 1 sur 15 de la population; en 1837,
. 21800 attaqués, 2180 morts = l surlO. Londres, ravagé par la peste en 1666, brûlé, puis rebâti, a vu remplacer ses cloaques par des rues larges et bien : alignées, et jouit aujourd’hui d’une sorte d’immunité relative contre les épidémies. Nous avons signalé plus haut l’amélioration de la santé publique à Paris. Faut-il s’étonner si les villes autrefois sales, basses, humides, tortueuses, étroites, ont été visitées par les maladies pestilentielles? Les constructions ■ élevées par les Européens sur les côtes des Antilles et des États-Unis n’ontelles pas contribué à donner un essor épidémique à la fièvre jaune, qui ne s’est montrée sous cette forme que deux siècles après leur établissement aux ' Antilles, et qui jusqu’alors s’était confondue à l’état sporadique avec les fièvres rémittentes du pays?
C. Matières végétales et animales. F. Fuzier, après cinq années d’observation attentive à la Vera-Cruz, conclut que la fièvre jaune prend naissance et se développe par l’effet de la décomposition des matières organiques, et en particulier des résidus provenant de l’homme, quand ces matières ont éprouvé une fermentation spéciale par le concours d’une température au moins modérée, d’un état électrique considérable, d’une humidité provenant du mélange en certaines portions de vapeurs d’une atmosphère marine et d’une atmosphère terrestre; il n’admet pas le développement spontané de la fièvre jaune sur les navires ni loin de la mer. Pour Üutroulau, elle a ses foyers endémiques ou se manifeste accidentellement sur des points limités de certaines régions du globe, aux bords de la mer ou des fleuves où pénètre la mer; sa cause est primitivement une émanation du sol des localités maritimes, et se distingue des antres effluves telluriques, notamment de ceux du sol palustre qui s’y mêlent en maintes stations et pourraient .se confondre avec elle, par sa source limitée au voisinage de la mer, souvent en l’absence d’eau douce, par les conditions météorologiques nécessaires à son évolution, par les symptômes et les lésions qui l’accompagnent et par l’impuissance bien avérée de la médication qniniqne. La fièvre jaune est permanente sur les rivages du golfe du Mexique et des grandes Antilles, sur la côte occidentale d’Afrique à l’embou-
346 DES MODIFICATEURS. — ClRCüMFUSA. [mxiÊitEi
chiire de Gambie et de Sierra-Leone, d’où elle s’étend à notre colonie du Sénégal, aux îles du Cap-Vert; elle apparaît à des intervalles de plusieurs' années et sons forme épidémique dans nos petites Antilles ; elle a reparu dansi l’hémisphère sud, qu’elle avait abandonné depuis longtemps, et l’océan Pacifique, qui ne la connaissait pas encore il y a quinze ou vingt ans, vient de subir ses atteintes. En 1857, elle a envahi Lisbonne, indemne depuis 1731; en 1849, le Brésil; en 1850, Cayenne, etc. Elle a visité Cadix en 1730 et en 1800; Barcelone, en 1821; Gibraltar, en 1818; ses importations à Saint- Nazaire, en 1861 et à Swansea (Angleterre), en 1865, ont mis fin à tous les doutes concernant sa contagiosité.
2“ Contagion. — Tandis que les maladies infectieuses sont engendrées par un principe qui se dégage d’un foyer commun, et qu’en s’éloignant de ce dernier on se soustrait à leur atteinte, les maladies contagieuses se transmettent d’individu à individu, à de grandes distances, et par le contact immédiat ou médiat. Si l’on veut éviter les hypothèses et se borner à l’énonciation r sommaire des faits observés, on dira qu’il y a contagion lorsqu’un individu, . affecté d’une maladie, la communique à d’autres individus qui se trouvent i dans des conditions d’aptitude spéciale pour la recevoir, et qui, h leur tour, la propagent avec les mêmes caractères et dans les mêmes circonstances. An- , glada (1) a donc raison d’assigner à la contagion, pour condition essentielle, l’élaboration morbide d’un principe spécifique virtuellement doué du pouvoir > de transmettre l’affection qui l’a engendré.
Quel est le véhicule de la contagion, l’agent reproducteur de la maladie? Le définir, c’est en même temps indiquer ses divers modes de transmission; i il est deux sortes de contagium qui ne peuvent donner lieu au doute ni à l’équivoque : l’un n’est autre chose qu’un animalcule ou un végétal, le sar- i copte de la gale, le cryptogame de la teigne; l’autre est la matière inoculable ' de la variole, de la syphilis. Dans le premier cas, le contagium est un être ; animé que le microscope révèle à l’œil; dans le second, une matière non moins évidente dans son origine et dans ses effets. La contagion parasitaire et la contagion virulente révèlent sous une forme appréciable îi tous les ' regards, le mécanisme de la propagation morbide, mais celle-ci a d’autres modes encore. La rougeole, la scarlatine, la coqueluche, le typhus se communiquent par l’intermédiaire de l’air, par une émanation incoercible et spécifique des malades qui présentent ces affections : c’est la contagion halitueuse des uns, miasmatique des autres. Ici, comme dans les autres modes de contagion , l’agent morbifique provient d’un organisme malade, et, se communiquant à un ou h plusieurs individus prédisposés, en dehors de tout foyer d’infection, il donne lieu à une maladie indentique avec celle dont il est le produit.
Ainsi la source des contagions réside dans un malade, dans une réunion de
(1) Ch. Anglada, Traité de la contagion, etc. Montpellier, 1853, t. I, p. 14.
publiqüe] atmosphère. — ÉPIDÉMIOLOGIE. 347
malades en proie h la même affection ; elles sont mobiles et suivent les directions que prennent les malades; en frappant d’autres individus, elles reproduisent la maladie type dont elles procèdent; isolées, elles s’éteignent sur place. Les maladies infectieuses ont, au contraire, un foyer d’origine local, circonscrit; elles ne se développent que dans la sphère plus ou moins étendue de ce foyer; elles ne disparaissent que par la destruction de celui-ci; elles lie se réduisent pas à un type unique, invariable, spécial. Le viras variolique ne produit que la variole, le miasme scarlatineux ne propage que la scarlatine : les expressions pathologiques qui traduisent l’impaludation ont moins de constance, moins d’uniformité : tantôt aiguës, tantôt lentes, fièvre intermittente ou continue, dysenterie avec ou sans hépatite, cachexie séreuse, etc. Dans les salles encombrées des hôpitaux, on voit .survenir sous l’impression d’une même cause, l’infection, des érysipèles, des diphthérites, des accidents de pourriture et de' gangrène, des phénomènes typhoïdes, la diarrhée, etc.
Toutefois les distinctions entre l’infection et la contagion sont plus faciles à tracer dans un livre que dans la pratique, parce qu’à côté des maladies de contagion certaine et permanente, il eh est beaucoup qui ne revêtent ce caractère que d’une manière accidentelle, et sous l’empire de circonstances plus ou moins définies. Telle affection d’origine infectieuse, arrivée à un haut degré de gravité ou d’extension, manifeste des propriétés contagieuses qui ne lui sont pas habituelles; ainsi se comportent, dans leur marche ascendante, le typhus et la dysenterie des armées (1); Pringle a toujours vu celle-ci plus ou moins contagieuse dans les hôpitaux et dans les habitations pauvres ; 'Sarcome, Tissot, Zimmermann sont du même avis : Gendron (2), qui s’est appliqué judicieusement à l’analyse des épidémies des petites localités, a remarqué que, lorsque la dysenterie sévit aux environs de sa ville, elle a presque toujours été importée par des journaliers revenant de la Beauce, où ils ont fait la moisson. Demandez aux médecins de l’armée d’Orient et de la flotte si le typhus des camps, des hôpitaux de guerre et des vaisseaux, né de l’infection, ne développe pas un contagium halitueux : à Marseille et à Toulon, deux infirmiers attachés aux maga.sins des effets de l’hôpital ont succombé au typhus après avoir manié les effets qui provenaient des typhiques débarqués d’Orient. La fièvre puerpérale ne s’élève-t-elle pas dans quelques circonstances à la gravité d’un typhus éminemment contagieux. La contagion voyage avec l’ètre vivant qui en est pour ainsi dire le laboratoire; les maladies contagieuses ont la p7'opriété de se déplacer avec les musses, qui se comportent alors an quelque sorte comme des foyers mobiles : est-ce la couche d’air adhérente aux vêtements et aux effets d’équipement ou l’organisme lui-même qui sert de véhicule au miasme ? Les faits ne démontrent qu’une chose, mais
(1) Voyez Pringle, Maladies des armées {Eimjclopédie des sciences médicales, 1837, P- 183).
(2) ijcnAron, .Journal des connaissances médico-chirurgicales, t. II, 1835, p. 129.
348 DES MODIFICATKURS. — CIRCUMFUSA. [nïciÈNr ..
avec une évidence irrésistible, savoir, la translation du choléra, de la ménin- i gitc cérébro-spinale, du typhus, des fièvres éruptives, etc., par l’intermédiaire', i des troupes, parcourant de grandes étendues de territoire. Il me suffira de i rappeler qu’en juin 1854 le bateau l' Alexandre, ([ui m’a conduit en Orient, ■ ayant embarqué des militaires en étal d’incubation cholérique, porta ojtte maladie de Marseille où elle sévissait, au Pirée où il n’en existait pas un cas,' > à Gallipoli où on ne l’avait pas encore signalée, etc. Nous ne parlons pas de ' la |)ossibililé du développement spontané des afTeclions contagieuses, autre n problème, diversement résolu, de la palhogénie populaire; il ne répugne pas ; à Anglada, après avoir rattaché toute contagion à l’action d’un virus, d’un 1 germe élaboré par un organisme malade sur un organisme sain, d’admct- -i tre (1) que le germe préalable n’est pas absolument nécessaire pour la mani- v. fcstation d’une maladie contagieuse, et que celle-ci peut être le produit d’un i acte spontané de la nature vivante sans provocation virulente. La logique et ' l’observation exacte protestent contre tant de complaisance étiologique.
L’hygiène publique gagnerait en précision et en autorité à la Solution défi- ^ nilive de ces questions; mais, sous le bénéfice de certaines réserves, elle peut » assurer le terrain de ses préceptes. Là où l’infection et la contagion semblent i se confondre et mêler leurs effets, son rôle est tracé ; elle s’applique à détruire il les foyers infectieux; elle ne néglige point certaines mesures de séparation et d'isolement, réglant sa marche sur les résultats mêmes qu’elle obtient; c’est là une sorte d’analyse toute pratique et môme instinctive qui reflète quelque lu- i mière sur la nature des actions pathologiques qui sont intervenues. Le point i essentiel est de ne pas méconnaître à priori que l’air puisse se charger des I principes contagieux et les présenter, pour ainsi dire, à nos organes. On arrive < ainsi à grouper les maladies contagieuses en deux catégories: 1° celles qui sont i ^ exclusivement transmissibles par le contact direct et immédiat ou par inoculation : rage, syphilis, vaccine, pustule maligne, gale, teigne ; 2° celles qui, susceptibles ou non de se transmettre par ce premier mode, peuvent, en outre, se communiquer, sans contact direct, soit par une viciation spécifique de ■ l’atmosphère, soit par l’intermédiaire d’objets matériels contaminés: variole, morve, farcin, peste, typhus, choléra, scarlatine, rougeole, dysenterie épidémic[ue, cliphthérite, coqueluche, pourriture d’hôpital.
L’énergie de la contagion n’est pas la même dans les maladies qui en sont douées, abstraction faite d’ailleurs des conditions individuelles et dos circonstances extérieures qui peuvent la modifier; écartant les degrés variables de / l’aptitude individuelle et le caprice des prédispositions, des pathologistes se ■ sont exercés à dresser une sorte d’échelle d’intensité contagieuse des maladies, au prix de rapprochements bizarres; il nous paraît peu rationnel d’envisager les manifestations morbides à propagation contagieuse en dehors de leur cadre historique, en dehors du milieu où elles se réfractent; la contagion n’a
(1) Loc. cit., t. I, p. 118.
ATMOSPUÈllE. — ÉPIDÉMIOLOGIE.
PUBI.1QI’E]
lien d’absolu ni d’inévitable; elle peut n’accompagner une maladie qu’à une phase déterminée de son évolution. Les contagions les plus énergiques sont celles qui résultent du mode d’action le plus intime, de l’inoculation ou insertion sous-épidermique.
Parmi les principes contagieux, les uns émanent de notre espèce et se comnuiniquentde l’homme à l’homme; les autres sont le produit d’une élaboration morbide des animaux, qui peuvent, dans certaines circonstances, les propager à l’espèce humaine. Bouchot (1) a essayé de classer dans un tableau ces provenances et ces échanges de maladies virulentes; bien qu’il ne date que de quelques années, ce tableau exige déjà des rectifications: