DE L’ATMOSPHÈRE
L’atmosphère exerce une inlluence très-étendue sur les populations: 1" par la périodicité de ses phénomènes; 'i® par les modifications qu’elle subit dans ses qualités météorologiques ou dans sa composition, par le véhicule qu’elle fournit aux éléments morbifères de toute nature, germes, sporules, ferments, contages, miasmes, etc. : d’où naissent les constitutions épidémiques, les maladies infectieuses et contagieuses. Le propre de ces affections étant de se pro pager à un grand nombre d’individus, on pourrait les désigner par l’expression générique d’épidémies, laquelle ne préjuge rien sur leur mode de production et d’extension.
M. LÉVY. Hygiène, 5“ édit.
DES MODIFICATEURS, — CIRCUMFUSA.
[UYClàME
§ 4. — l*t‘i‘iocllci(é atinoHpbériiiuc.
■1« Périodicité diurne. — D’après les observations d’Osiander, Quelelei, Bueck, etc. , le plus grand nombre des naissances s’elTecluenl pendant la nuit (1) et dans la matinée; et, par une autre coïncidence, c’est le plus grand nombre d’accouchements heureux qui ont lieu à ces époques. La presque majorité des décès survient après minuit et de grand matin, par conséquent à l’épotiue des crises et du plus grand nombre des naissances. — 2“ Périodicité mensuelle et annuelle. Le soleil, par ses diverses positions relativement à la terre, exerce une inlluence marquée sur la distribution par mois des conceptions, et par suite des naissances. En 182ïi, Quetelet avait constaté pour la Belgique que le nombre des naissances atteint son maximum en février et son minimum en juillet, ce qui suppose le maximum des conceptions au mois de mai, alors qu’après la période d’hivernation, la force vitale reprend toute son activité. Depuis, Villermé a mis hors de doute le rapport qui existe entre les conceptions et la révolution annuelle de la terre autour du soleil. Cette révolution agit surtout par les grandes variations de température qu’elle détermine et par certaines constitutions météorologiques; aussi les époques du maximum et du minimum des conceptions avancent dans les pays chauds et retardent dans les pays froids. La succession inverse des saisons dans l’hémi- ^ sphère austral ne change rien à cette loi ; à Buenos-Ayres, les plus grands nombres mensuels des naissances tombent en juillet, août et septembre, c’està-dire en hiver, et leurs moindres nombres en janvier et mai, c’est-à-dire en été. Les habitudes des peuples et la civilisation ne vont pas jusqu’à contrebalancer ces inlluences périodiques que l’homme subit aussi bien que les animaux et les plantes : toutefois elles sont moins prononcées dans les villes que dans les campagnes, où l’on possède moins de moyens de se garantir contre la température des saisons. Les oscillations de la mortalité sont également liées à celles du thermomètre : d’après la statistique de la plupart des contrées de l’Europe, le maximum des décès se présente assez régulièrement à la lin de l’hiver, et le minimum vers le milieu de l’été. L’élévation de la chaleur durant les mois d’été met la vie en danger, tandis qu’elle lui est favorable pendant les mois d’hiver. Quelques causes altèrent ces résultats : tels sont les épidémies, les travaux d’assainissement, l’âge. Les épidémies nées de la disette exercent leurs principaux ravages aux époques annuelles où les aliments sont le plus rares, le plus difficiles à se procurer, où les maladies, qui, pour un grand nombre d’hommes, dépendent des conditions pénibles de la vie, sont le pins multipliées ou le plus aggravées; l’abondance qui suit la moisson les éteint. Les épidémies non liées aux disettes coïncident d’ordinaire, au moins dans nos climats, avec les chaleurs de l’été ou avec la |)remièrc moitié de l’automne (Villermé, Friedlander). La civilisation déplace les termes maximum et inini-
(1) Burdach, Traité de physiolofjic. Paris, 1839, t. V, p. 245.
PüBi.i«tE] ATMOSPHÈRE. — PÉRIODICITÉ ATMOSPHÉRIQUE.
imiiii de la mortalité, en détruisant les causes locales qui engendrent les maladies épidémiques : les améliorations opérées depuis la fin du règne de Louis XIV dans l’état sanitaire de Paris et dans la condition de ses habitants ont eu pour effet de réduire progressivement la fréquence et l’intensité des épidémies qui jadis dé.solaient si souvent la capitale, et de reporterai! printemps le maximum des décès, qui tombait au xviii“ siècle en automne, tandis que le minimum, qui coïncidait avec le début de l’été, s’observe maintenant un peu plus tard. Ces changements, Villermé a reconnu qu’ils tiennent, non à un surcroît de mortalité pendant la saison qui en offre aujourd’hui le maxi- : muni, mais à une diminution de décès durant la saison qui autrefois en compi tait le plus. Sous le rapport de l’âge, la plus grande mortalité dans la première année qui suit la naissance, s’observe pendant l’hiver, diminue au printemps, augmente un peu pendant les chaleurs de l’été et baisse de nouveau jusqu’aux approches de l’hiver : ainsi, une température douce est celle qui convient le mieux à la première enfance ; l’excès de chaleur et surtout l’excès de froid lui sont funestes. Après la première année, on n’observe plus qu’un seul maximum après l’hiver, et un seul minimum en été. De huit à douze ans, les deux i termes avancent dans l’ordre des mois, le maximum se présentant en mai, le 1 minimum en octobre. Après la puberté, le maximum rétrograde jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans, et vient se fixer en février, invariablement jusqu’aux âges i les plus reculés; le minimum ne quitte plus le mois d’octobre, et il s’en éta- 1 blit un second au mois de juillet; entre ces deux minima, septembre présente 1 un maximum secondaire peu prononcé (Quetelet, Lombard, Villermé, i Edwards, etc.). D’où l’on voit qu’après l’achèvement de la croissance (après vingt-cinq ans), l’homme et la femme courent le plus de chances de mort . après les chaleurs de l’été, et surtout après les rigueurs de l’hiver. A aucun . âge l’influence des saisons sur la mortalité ne se manifeste plus activement I que dans la vieillesse; à aucun âge elle n’est moindre qu’entre vingt et vingt- I cinq ans, période de force et de plénitude vitales. En reprenant ces recherches, Moser est arrivé à une conclusion judicieuse : les registres mortuaires ' de Kœnigsberg lui ont montré le mois de février comme le plus dangereux I pour les jeunes enfants et pour les adultes qui ont passé leur quarantième ■ année; mars et avril comme les mois les plus funestes pour les Ages intermé- I diaires. Ces différences n’étonnent point, si l’on réfléchit que l’influence de la température snr la vie ne réalise tout son effet qu’après un certain laps de temps : la durée du retard exprime des inégalités de résistance vitale aux différents âges. Or, il résulte des nombres mêmes de Quetelet, envisagés sous ce point de vue, que la plus grande mortalité tombe en janvier de 0 à 2 ans, en mais de 2 à 3 aas, en avril de 3 à 12 ans, en mai de 12 à 16 ans; c’està-dire que, plus la force vitale se développe, plus le maximum de la mortalité recule dans l’année. Les phénomènes de la vie morale et intellectuelle ne se dérobent pas entièrement à l’action de la jiériodicité annuelle. Esquirol a constaté que la manie est plus fréquente en été, la monomanie et la démence plus
DES MODIFICATEUnS, — GlKCÜMFllSA.
[hygiène
uniformément répaïuUies dans les dilïércnls mois de l’année : ce sont les mois de juin, de juillet, d’août, époque des plus grandes chaleurs, qui présentent le plus grand nombre de suicides. 33 032 suicides, classés par Petit {Thèse) suivant les saisons où ils ont eu lieu, se répartissent comme il suit :
6415 en hiver. I 10156 en été.
9418 au printemps. | 7036 en automne.
Quetelet a trouvé qu’en hiver il se commet plus de crimes contre les propriétés, et en été plus de crimes contre les personnes : résultats qui s’expliquent en partie par l’augmentation de la misère et des besoins en hiver, par l’exaltation cérébrale et les rapports plus multipliés entre les hommes durant l’été.
§ — Ûitldciulologic.