‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 85 sur 196 · IV. Maladies parasitaires · texte numérisé non relu

IV. Maladies parasitaires

( Gale, i Teigne, l Muguet.

; Prurigo senilis.

(Prurigo pubis.

Mentagre.

Herpès circiné.

\ Herpès tonsurant.

Celte diversité d’origine des maladies contagieuses explique leur degré de

(1) Bouchut, Mémoire sur les maladies conlagieuses (Gaz. méd. de Paris, ISéS, p. 406); et Pathologie générale, 2“ édition. Paris, 1859, p. 225.

(2) Auzias-Turenne paraît avoir réussi, depuis la publication de ce tableau, à inoculer le pus syphilitique à quelques espèces animales, notamment aux singes.

(3) Cette contagion a été démontrée par Delafond et Bourguignon (Comptes rendus des séances et Mémoires de la Société biologique, février 1856, et Comptes rendus de P Académie des sciences éa li février 1856). Des hommes devenus galeux en soignant des lions affectés de cette maladie, leur ont offert des parasites identiques avec ceux qu’ils avaient trouvés sur ces animaux ; l’acare qui jiroduit la gale du chat n’cii diffère que par le volume. Plus récemment, de nombreux cas de contagion psorique du cheval a l’homme, notamment chez huit élèves de l’École d’Alfort, ont mis hors de doute

350 ■ DES MÜÜIFICATKURS. — CIRCUMFUSA, [hïcièke'

fréquence dans certaines professions : la pustule maligne, qui provient des> maladies charbonneuses du gros bétail, se montre surtout chez les bergers, lesbouviers, les mégissiers, les équarrisseurs, les vétérinaires, les Iwuchers, les matelassiers, etc.; la morve et le farcin chez les palefreniers, charretiers, co-' chers, cavaliers, équarrisseurs, vétérinaires et chez les médecins; tandis que les affections à contagion halitueuse ou miasmatique, telles que le typhus, la dysenterie, la diphthérite, la pourriture, etc., sévissent dans les hôpitaux, dans les camps mal entretenus, dans les agglomérations d’hommes malades ou cachectiques, etc.

L’organisme présente à l’absorption des contages une large surface par les voies respiratoires, par la muqueuse buccale, etc. Le derme dénudé (inoculation, morsure) leur est une voie non moins sûre. En est-il de même de la surface digestive? L’usage alimentaire des chairs ou du lait d’animaux morts de maladie contagieuse peut-il introduire dans l’économie vivante le germe de la même affection? Cette question se présentera plus loin (voy. Police bromatologique,VmüàGs). Contentons-nous de répéter ici, avec A. Tardieu (1), qu’il n’existe pas un seul fait avéré, un seul exemple positif d’un pareil mode de transmission dans les maladies virulentes. Delafond (d’Alfort) nous a dit qu’il n’y avait lieu d’exclure de l’alimentation publique que les viandes provenant d’animaux morts d’affections charbonneuses. L’opinion de notre regrettable ami E. Renault, inspecteur général des écoles vétérinaires, est encore plus absolue eu celte matière.

Le principe contagieux conserve son activité jusqu’après la mort de l’individu chez lequel il s’est produit sous l’influence d’un travail pathologique. Deux 'fossoyeurs ayant exhumé le cadavre d’un homme mort de variole depuis dix ans, furent attaqués de cette maladie, qui prit chez eux un caractère de malignité (2). Du virus de vipère, conservé pendant trois ans dans des vessies, et

la transmission de la gale des herbivores à l’homme, avec cette particularité que le cheval est sujet â deux espèces de gale, avec des phénomènes et des acares différents ; une seule de ces deux espèces se transmet à l’homme, et l’acare qui la produit est identique avec celui de l’homme. Au reste, en consignant ici la classification de Bouchut, nous avons fait nos réserves et complété le cadre des maladies i^arasitaires ; à côté de l’acarus de la gale, il faut mentionner le trichophyton de Vherpes tonniiriius, Ÿmdium albicans du muguet, d’autres parasites ectozoaires, tels que différentes espèces de pediculus, etc. On comprend toutefois le rapprocbeineut que beaucoup d’auteurs ont fait entre les affections contagieuses et les maladies parasitaires : entre le germe ou ferment des uns et l’être microscopique qui produit les autres, quelle différence y a-t-il? Celles-ci ne sont-elles pas comme une image grossière et mie forme palpable d’un mécanisme de propagation morbide dont les effets diffèrent, suivant qu’il agit du dehors au dedans, de la circonférence au centre ou en sens inverse? Dans le premier cas, souffrance locale, périphérique, et à la longue, troubles réactionnels et cachexies ; dans le second, souffrance profonde,interne, troubles aigus et déterminations secondaires sur les tégumeute.

(1) A. Tardieu, Uiüionn. d' hygiène, publique et de salubrité, 2' édit., U I, p. h'I'i.

(2) Ozanani, Epidémies, 2' édition, U 1, p. 65.

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apporté lie l’Inde à Brescliet, lit périr presque inslanlanémeul des pigeons auxquels on l’iuocula délayé dans un peu d’eau avec la pointe d’une lancette (1). Le garçon d’anipliithéàtre qui a procédé, dans l’hôpital de la marine française de Théràpia, près Constantinople, à l’ouverture du corps du maréchal Saint- Arnaud, mort du choléra en Crimée, a succombé, presque immédiatement après cette autopsie, à une attaque de choléra foudroyant. Il est vrai, m’a dit Fauvel, qui assista à cette autopsie, qu’il y avait des cholériques dans l’hôpital. Ces faits sont authentiques ; ils démontrent la persistance d’action de certains principes morbifiques, sans qu’il soit possible d’en fixer la durée. Les exagérations de la peur, la crédulité des médecins eux-mêmes ont accumulé les fables sur ce sujet: à Livourne, d’après Estienne, une momie ayant été débarrassée de ses euveloppes, la peste fit périr celui qui avait pratiqué cette opé- . ration ; si l’on en croyait Diemerbroek, la peste aurait été transmise par le contact du pied avec de la paille de pestiféré qui avait été exposée aux influences . de l’air libre pendant un automne et un hiver. Le doute est ici plus que licite;

I mais reste un fait démontré, dont l’hygiène publique est tenue de faire état, c’est la survivance, si l’on peut ainsi dire, des principes contagieux aux corps

^ dans lesquels ils ont pris naissance par une élaboration spécifique ; de telle b sorte que la vérité médicale manque au proverbe : « Morte la bête, mort le i venin. » L’ellicacité des inoculations faites avec le vaccin conservé pendant

II plusieurs années devrait faire réfléchir les sceptiques de parti pris. Qui osera démentir les faits rapportés par Pringle et témoignant de la transmission du

; typhus, après plusieurs mois, par des objets de literie?

Les objets matériels susceptibles de s’imprégner des principes contagieux et \ de les transmettre à de grandes distances ont été diversement classés, et ont servi à dresser une échelle d’aggravation dans les mesures sanitaires. Dans : l’ancien système, ils ont été le motif ou le prétexte d’accrbités quarantenaires |i et d’exploitations intéressées ; on les accusait de transporter au loin le germe ■ de maladies pestilentielles, dont le caractère contagieux n’était nullement démontré. Les travaux préparatoires et les recherches auxquels s’est livré Méfier pour l’organisation de la conférence sanitaire internationale (1852) l’ont conduit à cette conclusion que, pas une seule fois, les maladies pestilentielles ' dont il lui a été possible de préciser l’origine n’ont été importées par des marchandises (|)este de Marseille, 1720, pestes de Malte, de Corfou, de Noia, dans les Deox-Siciles). A quelles dispendieuses mesures de sanification n’a-t-onpas soumis pendant longlem|.Kj les cotons? Or, les cotons n’ont jamais servi de véhicule aux maladies contagieuses; ils n’ont jamais communiqué rien de morbide aux portefaix occupés à porter, à ouvrir les balles. Le verre, en tant que vase hermétiquement fermé, rangé autrefois parmi les subsl inces non susceptibles, conserve parfaitement les virus inoculables. Dans la conférence

(1) Seslier, Ües causes spécifiques des maladies (Thèse de coticours pour ragrégalion. ' Paris, 1838, p. 15).

352 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [uvGiÉhE

internationale, il ne s’est trouvé personne pour défendre la classification suran- i; née des marchandises en susceptibles et en non susceptibles. Le règlement ■! interprétatif de la convention sanitaire du 3 février 1852 s’est borné à les > i ranger en trois classes pour le cas où le navire arrive en patente brute ou aurait i ti eu, pendant la traversée, des morts ou des malades suspects: 1“ Quarantaine obligatoire avec purifications : les hardes et effets à usage, les drilles et les • chiffons, les cuirs et peaux, les plumes, crins et débris d’animaux en général, enfin la laine et les matières de soie; 2“ Quarantaine facultative: coton, lin ; et chanvre; 3® Exempts de mesures quarantenaires : toutes les marchandises i et objets quelconques qui ne rentrent pas dans les deux premières classes. En patente brute de peste, les marchandises de première classe sont toujours dé- • barquées au lazaret et soumises aux purifications. Même en patente nette, les cuirs, les crins, les chiffons et les drilles pourront encourir des mesures sani- ; taires dont l’autorité déterminera la nature et la durée; il en est de même des marchandises et des objets altérés ou décomposés, que l’autorité aura le droit de faire jeter à la mer ou détruire par le feu. Il était difficile de faire plus pour l’intérêt sérieux de la sécurité publique, et moins pour les appréhensions tra- >. ditionnelles des populations du littoral. L’avantage de la nouvelle classification est la précision et une juste appréciation des chances réelles de contamination.

A ceux qui y verraient encore trop de difficultés et de déti iment pour le commerce, on pourra demander, avec Riberi, si, par hasard, le commerce n’a que des droits et pas de devoirs à remplir (1).

La distance à laquelle les principes contagieux peuvent agir par l’intermédiaire de l’air, dépend de la température, de l’hygrométrie, du repos ou de la ventilation de l’air. Dans l’Orient, durant le règne de la peste, les Européens se préservent par la réclusion; les couvents y jouissent d’une immunité qu’ils doivent à l’élévation de leurs murs et à l’interruption des rapports extérieurs. Desgenettes va jusqu’à dire qu’un fossé de quelques pieds entre un pestiféré et un homme sain met ce dernier à l’abri de la contagion. On objectera que l’isolement ne préserve que de l’influence des malades, non de celle de la cause épidémique générale; mais ici la cause réside dans un principe contagieux, transportable à de grandes distances : contre elle, contre les foyers qu’elle engendre, et dont l’influence peut subsister même après l’enlèvement des pestiférés (2) : l’isolement est un moyeu de prophylaxie certaine (3). La transmission de la peste ne paraît s’effectuer efficacement que par les miasmes qu’exhalent les pestiférés. L’inoculation de leur sang, du pus de leurs bubons, de la sérosité des phlyctènes de ces bubons, n’a donné que des résultats équivoques; mais les faits ont démontré la transmissibilité de la

(1) Riberi, Rdazione fatta al senato del regno sardo at progetto di legge per la sanzione delta eonvenzionc sanilaria internazionale.

(2) Rapport à VAeadémie sur la peste et les quarantaines, par le docteur Prus, accompagné de pièces et documents, etc. Paris, 1846, p. 203, conclusion xxx.

(3) Ibid., conclusions xxiv.

piibliüIeJ ArMOSPllKKIi. — Kl'lltKMlOLülill':.

peste par le seul contact des malades, par l’usage de leurs hardes et vêtements, par les marchandises provenant d’un pays infecté. La peste peut se propager hors des foyers épidémiques l'aiv chargé des émanations des malades; delà, formation de nouveaux foyers, comme, par exemple, à bord des navires, susceptibles à leur tour d’être transportés à de grandes dislances, mais moins redoutables pour les pays qu’ils atteignent s’ils n’y rencontrent dans le climat et dans l’atmosphère un ensemble de conditions favorables à leur activité.

Le typhus, en tant que maladie contagieuse, n’a pas non plus une sphère d’activité très-étendue; il a frappé en Crimée et à Constantinople (1856) les médecins, les infirmiers, les aumôniers, les sœurs de charité, c’est-à-dire, ceux qui passaient une partie de leurs journées au contact des typhiques; il a épargné les fonctionnaires administratifs qui sont appliqués à des travaux de contrôle ou de comptabilité en dehors des salles de malades, ou qui n’y fout que des apparitions intermittentes. Les foyers secondaires de typhus qui se sont développés à Constantinople par suite des évacuations de Crimée n’ont acquis une si grande intensité qu’en raison de l’encombrement; il s’en est formé d’autres, plus restreints, h bord de quelcpies navires qui ont transporté des troupes en France : mais, suivant la prévision formulée dans le rapport à l’Académie sur la peste et les quarantaines, ils se sont atténués dans l’atmosphère maritime, et les cas pi esque rares, environ deux cents, fournis par les premiers 50 000 hommes ramenés d’Orient en France, n’ont pas manifesté de tendance à se propager, soit que la maladie, si loin de son foyer d’origine, eût perdu de sa force expansive, soit que le climat de la France et d’autres conditions hygiéniques fussent un obstacle suffisant h son développement.

Le mode de propagation de l’épidémie cholérique, qui, en 1865, fit invasion en Europe par la mer Rouge, à la suite des pèlerins revenant de la Mecque, est venu compléter d’une manière saisissante pour tous la démonstration déjà faite pour Fauvel et moi, lors de la guerre d’Orient, de la transmissibilité de cette maladie et de ses multiples importations. La conférence sani taire internationale, réunie à Constantinople en 1866, a nettement établi, avec j des preuves irrécusables, que le choléra est transmissible, et qu’il s’étend au I loin uniquement par importation humaine : deux résultats d’observation qui ! nous ont frappé, Fauvel et moi, dès 185/i, et que nous avons fait valoir ensem- ! ble, mais sans succès, à Varna, auprès du maréchal de Saint-Arnaud, pour obtenir des mesures de quarantaine contre les arrivages directs de Gallipoli ;

1 ces mesures réclamées par notre ministre à Constantinople, l’éminent Bene- : delti, auraient peut-être prévenu la double catastrophe cholérique de Varna et de la Dobrudja, comme elles ont prévenu en 1868 la réapparition du choléra parmi les pèlerins revenant de la Mecque, comme en la même année la quarantaine établie à El-Ksour, à 28 kilomètres au sud de Batna (province de Constanline), a préservé cette ville de la terrible épidémie de Biskara, malgré l’émigration de la garnison de cette place et sa traînée de décès cholériques jusqu’aux camps sanitaires improvisés en forme de lazarets autour du c ravan-

M. LÉVY, Hygiène, 5® ÉDIT. U — 23

354 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hyoiéne

sérnil tic Ksour) (1); elle a démonlré, en outre, que l’importation et la tran.sinissioii peuvent s’eiïeclucr, plus ou moins loin d’un foyer cholérique, non-seulement par l’homme lui-môme atteint de choléra confirmé, ou simplement de diarrhée cholérique, mais encore par des effets h usage, provenant d’un lieu infecté, surtout si ces effets ou autres objets susceptibles d’imprégnation étaient restés enfermés à l’abri du contact de l’air libre (2). C’est l’air ambiant, surtout l’air confiné, qui paraît être le principal véhicule du germe cholérique. Le choléra rentrerait donc dans la catégorie des maladies contagieuses qui se transmettent par infection; mais le miasme cholérique répandu dans l’atmosphère vague, y perd rapidement ses propriétés morbifiques, au point qu’il est sans exemple que la maladie ait été portée à de grandes distances, d’un lieu sur un autre, par le seul intermède de l’air : de là l’utilité de mesures de quarantaine Contre le choléra. Quant à la durée de l’incubation du choléra, il résulte des recherches de la conférence de Constantinople (Fauvel, op. cit., p. 25) que dans la généralité des cas, cette durée ne dépasse pas une semaine, si l’on a soin de ne pas comprendre dans la période d’incubation la diarrhée dite prémonitoire, qui n’est qu’une phase de la maladie même.

Le système sanitaire des nations, fondé sur la doctrine de la Contagion, implique deux notions essentielles, celle de toutes les maladies qui présentent positivement ce caractère, et celle de la durée possible de leur incubation. Malheureusement cette dernière notion manque encore de précision.

La rage s’est développée huit mois après la morsure (Fracastor), onze mois (Mead), etc. Dans la peste de Nimègue, Diemerbroek a noté, à côté des incubations de quelques jours, d’autres faits qui en portent la durée à deux ou trois semaines et même à quelques mois (3). D’après Prus, il paraît certain que loin des contrées où la peste est endémique, en dehors de ses foyers épidémiques et de ses foyers d’infection, elle n’a jamais fait explosion chez les individus suspects après un isolement de huit jours (ù). Les maladies d’origine Infectieuse offrent des variations non moins étendues dans la durée de leur période d’incubation; des militaires qui ont contracté en Afrique le germe des fièvres intermittentes n’en réalisent les accès qu’après leur arrivée en France. Sur Ikk cholériques traités en 185ù dans un hôpital sous tentes, près Varna

(1) E. I. Dukerley, Notice sur les mesures de préservation prisés à Batna (Algérie) pendant le choléra de 1867, etc, Paris, 1868.

(2) Le choléra, étiologie et prophylaxie, origine, endémicité, transmissibilité, propagation, mesures d'hygiène, mesures de quarantaine et mesures spéciales à prendre en Orient pour prévenir de nouvelles invasions du choléra en Europe. Exposé des travaux do la Conférence sanitaire internationale de Constantinople, piis en ordre et précédé d’une introduction par A. Fauvel. Paris, 1868. 1 vol. in-8, avec une carte coloriée indiquant la marche du choléra en 1866.

(3) Diemerbroek, De peste, lib. 1, cap. x.

(4) Rapport à l'Académie sur la peste, etc., passim.

ATMOSPHÈRE. — ÉPIDÉMIOLOGIE.

publique]

(hôpital (lu Monaslère, ii“ l), 170 avaient la diarrhée prémonitoire depuis plus de quinze jours quand elle s’est caractérisée en choléra. Combien de circonstances peuvent accélérer ou retarder l’explosion ! En première ligne, les conditions hygiéniques, la saison, le climat, l’ilge, etc. Les pustules vaccinales apparaissent en été plus tôt qu’en hiver. Le législateur a dû s’arrêter è des limitations à peu près justiliées par une longue expérience. La convention sanitaire du 27 mai 1853 a üxé la durée de la quarantaine pour la peste à dix jours minimum, à quinze jours maximum, pour la fièvre jaune de trois à quinze jours, pour le choléra à cinq jours. La corvette la Recherche, partie de Brest pour la Martinique, arrive le 25 août 1855 à Cayenne, où régnait la lièvre jaune, y séjourne dix-sept jours, s’en éloigne le 11 septembre sans malade, arrive le 18 du même mois au fort de France (Martinique), où il n’existait pas trace de fièvre jaune; le 22, c’est-à-dire onze jours après le départ de Cayenne, le premier cas de cette affection survient à bord, et sur un effectif de 2û hommes d’équipage et de 66 passagers, on compte kk malades et 15 décès dans la traversée de la Martinique en France. Parmi ces hh cas, 28 appartiennent franchement à la lièvre jaune. Vers la fin de septembre 185ô, j’ai vu arriver h Varna, après une traversée de soixante à soixante-dix jours, des artilleurs embarqués avec du matériel de leur arme à bord de bateaux voiliers; partis de Marseille où régnait le choléra, plusieurs d’entre eux ont succombé en débarquant h cette maladie alors entièrement éteinte à Varna. Les exemples d’incubation prolongée sont nombreux, et h quelque limite que s’arrête la fixation de quarantaine, elle sera toujours arbitraire. La conciliation des intérêts de la navigation et du commerce avec ceux de la préservation publique est une œuvre délicate; des deux côtés, l’exagération semble inévitable : le scepticisme des anticontagionnistes accommode lesuns, le faux terrorisme des intendances sanitaires exploite les autres.

3“ Endémies. • — Les endémies sont l’expression pathologique des localités; et il devrait en être question à ce mot; mais comme l’atmosphère est l’agent direct ou le véhicule du principe de beaucoup d’endémies, et qu’il est utile de les comparer aux épidémies, nous en parlerons ici. Les causes des endémies varient et souvent échappent à l’analyse; mais les maladies qu’elles produisent ont un caractère commun, savoir, d’appartenir en propre à certains pays et d’y être permanentes, quoique plus actives parfois à certaines époques de l’année. Les épidémies, au contraire, régnent passagèrement et se généralisent davantage. Les premières naissent pour la plupart de conditions météorologiques et cosmiques que l’on peut apprécier jusqu’à un certain point; les autres sc développent sous l’empire de modifications presque toujours inconnues de l’air. Cette distinction entre les deux groupes de maladies précitées e.si consacrée par les anciens et les modernes (Hippocrate, Galien, Van Swieten. Fodéré, etc.), et nous l’admettons. Toutefois des endémies, circonscrites à leur naissance, telles que la peste, la fièvre jaune, peuvent s’étendre sous forme épidémique , leur diffusion s’expliquant par leur transmissibilité.

DliS MODlKICATKliUS. — Cll'.CUMt'TSA,

[llYClLNr,

Plus on scrutera avec précision les faits qui caraclérisent le développenieiu de certaines maladies hors et loin de leurs foyers d’origine, plus on suivra de près l’itinéraire de leurs migrations , plus on acquerra la certitude qu’ils s’expliquent par l’importation. D’autres affections, qualifiées d’endémies, ne sont dues réellement qu’à l’insuffisance ou à la privation prolongée de certains agents hygiéniques. Le scorbut, par exemple, ii 'est pas plus endémique en Norvège qu’à bord des navires où il se développe par le manque de vivres frais, et avec le concours secondaire du froid et de l’humidité. S’il ne s’est pas produit, en 17ù6, sur le vaisseau le Salisburj/, privé pendant trois mois de vivres frais ; si Lind et son collègue àlurray l’ont toujours vu coïncider avec les temps humides et froids, une expérience récente, ajoutée à tant d’autres, à bord du vaisseau le Castiglione (1866-ü 867), et dont tous les détails convergent à la démonstration de l’étiologie vraie du scorbut, nous le montre naissant par -f 18® à 12"c. , entre le canal de la Floride et les Açores, chez l’équipage privé depuis trois mois de végétaux frais, épargnant les passagers militaires de notre armée du ^lexique, qui n’avaient pas subi cette privation, disparaissant parle bienfait d’un ravitaillement opportun, etc. (1).

Les auteurs qui se sont occupés des endémies (Finke, Schnurrer,Virey, etc.), les ont classées par ordre géographique; mais leurs tableaux comprennent des maladies qui ne sont point le résultat constant des influences ocales, et il nous sera difficile d’éviter entièrement le même inconvénient dans l’énumératiou ci-dessous, qui renferme des renseignements nécessaires à l’hygiène publique.

A. Europe. — Norvège, Suède, Finlande, Russie, Danemark, Poméranie, Courlande : scorbut, pneumonie, rhumatisme, phlegmasies catarrhales; l’ophthalmie règne en Laponie, le noma (espèce de gangrène scorbutique) en Suède (2), le raddesyge (espèce de syphilis) eu Suède et en Norvège; le ginklose, ou tétanos des nouveau-nés, en Islande; les fièvres pernicieuses avec pourpre et miliaire en Hongrie; la plique (trichoma) dans la Pologne, la Lithuanie, la Transylvanie, la Hongrie; le spleen (hypocliondrie), la fièvre intermittente, le diabète, l’albuminurie, la dysenterie, en Angleterre; en Hollande, outre les maladies des pays froids et humides qui y sévissent comme en Angleterre, les aphlhes, les tubercules pulmonaires, le scorbut, la scrofule, la suelte miliaire, etc. Dans notre France, la suette (département de Seine-et- Oise, de l’Oise, la Picardie); le goitre (Ariége, Hautes-Pyrénées, Hautes- Alpes, Puy-de-Dôme, Vosges); l’ichthyose, les dartres (côtes de la Bretagne, Champagne); la gangrène sèche avec nécrose (Orléanais, Sologne); la pustule maligne (Bourgogne) ; les convulsions du pays d’Auge (Normandie) ; le malvat, éruption carbonculcuse (Languedoc); la diplîthéritc (Touraine); les fièvres de marais (voy. tome I"). Dans le Piémont, les mêmes fièvres, dues aux rizières, avec ou sans éruptions miliaires et pétéchiales. Dans la Suisse, le Valais, la

(1) Arch. de méd. navale, 1868, t. IX, p. 295, mémoire du docteur A. Leon.

(2) Le noma paraît avoir régné épidémiquement en Hollande, où it a été appeté cancer aquatique (lVnftT/cn«/,e/ ) par van de Woord (1662). (Voyez la tiièse de Jules lourdes, Site le noma OHuphacèle de la honehe. Strasbourg, 1848.)

publiûue] atmosphère. — ÉPIDÉMIOLOGIE. 357

haute et la basse Maurienne, crétinisme, goitre, scrofule, rachitisme. Le tarentulisme s’observe dans la Fouille, la Calabre et l’Abruzze; la pellagre dans le bas ÎMilanais, le Pavesan, le Lodesan et le Navarrois. La fégra ou fégarite, qui règne en Espagne et en Portugal, consiste dans des ulcères de mauvais caractère et siégeant dans la hanche. Madrid est en proie à une colique qui porte son nom.

B. Asie. — D’après Pallas, l’hystérie, l’hypochondrie, la folie sont trèsfréquentes dans les régions les plus septentrionales de l’Asie. Les maladies du foie et du système nerveux, les dysenteries, le choléra, les ophthalmies sont endémiques dans l’Asie centrale ; le vomissement bilieux règne à Goa, le flux dysentérique sur la côte du Malabar, du Coromandel, à Java; la calenture sous la zode torride, la colique nerveuse et la lèpre au Japon et à la Chine; le béribéri dans l’Inde, l’éléphantiasis chez le Chingulais.

C. Afrique. — Les endémies de l’Égypte sont la peste, la lèpre, l’ophthalniie, les dartres, le scorbut, la scrofule, le tétanos. La filaire est celle de Médine; le dragonneau celle des îles du golfe Persique, sur les bords de la mer Rouge et chez les peuples répandus sur un sol argileux et imprégné d’eau de mer (Kæmpfer, Smyttam, Anderson). En Algérie régnent les fièvres palustres, la dysenterie, l’hépatite; la dysenterie domine plus à Oran que dans d’autres régions de nos possessions africaines; le ténia est très-fréquent à Batna et à Sétif; le bouton de Biskara, affection tuberculeuse et ulcéreuse de la peau, n’est pas sans rapport avec celui d’Alep ; j’en ai vu trois cas à Biskara môme (octobre 1851). A Maroc, en Guinée et dans le Sennaar, on mentionne le tétanos et les névroses; à Loango et à Benguela, une espèce de tarentulisme, la jaunisse et les cachexies bilieuses; l’éléphantiasis à l’île Bourbon, l’hématurie à l’île de France.

D. Amérique. — Le nord de ce continent répète la plupart des endémies du nord de l’Europe (scorbut, rhumatismes, gangrènes, affections cutanées, etc.). Dans les États-Unis, fièvres intermittentes, dysenterie, etc. Dans le Mexique, lièvre jaune; au Pérou, syphilis et maladies de la peau; aux Antilles, fièvre jaune et dysenterie; à Cayenne, fièvres intermittentes, pian, ring worm, tétanos; à Surinam, coliques analogues à celles des côtes de Malabar; au Brésil, chique ou maladie produite parun insecte qui pénètre dans les chairs {pulexpene(rans).

Nous n’avons signalé que les endémies les plus saillantes du globe, car elles sont extrêmement nombreuses dans le sens trop étendu de ce mot; et surtout elles sont loin d’avoir été suffisamment scrutées dans leurs analogies ou leurs dissemblances. On a confondu les affections qui semblent être un produit de localité avec la pathologie plus générale des climats, les résultats temporaires de l’infection ou de l’extension épidémique et même avec ceux d’une contagion spécifique ! Le pian, le sibbens, le raddesyge, ne sont-ils pas des formes de la syphilis? La lèpre squameuse, qui s’est propagée dans toutes les îles de l’Océanie, accuse en partie la même origine (1). Quoi qu’il en soit, les (1) Lcssoii, )'niin/ft; itr /(I Coi/iril/ej 1822 à 1825.

368 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFÜSA. [hïciène

endémies étant déterminées par la spécialité d’un ou de plusieurs modificateurs hygiéniques (air, sol, nourriture, etc.), on doit les retrouver partout où la même cause ou le môme ensemble de causes agit d’une manière prononcée : c’est ce que l’observation confirme. Le mal de ventre sec du Malabar, la colique du Poitou, celle des Asturies, de Madrid, de Surinam, le béribéri, etc., ayant pour caractères communs la brusquerie de l’invasion, des accidents convulsifs, etc., appartiennent aux localités élevées ou voisines des montagnes neigeuses, exposées à de grands refroidissements périodiques de l’atmosphère, si les coliques sèches ne sont tout simplement, en des lieux divers et très-éloignés les uns des autres, l’expression d’une cause partout la même, l’intoxication saturnine. Rayer (1) a rapproché le mal de la rosa des Asturies et la pellagre de la Lombardie. Le goitre, que l’on croyait confiné dans les vallées subalpines, a été observé par de Humboldt dans quelques cantons du Mexique; on le voit à Java, à Sumatra, sur les bords du Niger, etc. On trouve le crétinisme dans la Carinthie, la Tartarie cbinoise, à Staunton, dans les parties montueuses de la Gbine. La scrofule existe dans les contrées les plus chaudes comme dans les pays les plus froids, ce qui implique pour elle un autre agent pathogénique que les qualités de l’air. La plique appelée polonaise se rencontre en Suisse, dans la Prusse, dans la Tartarie, dans la Hongrie, dans la Transylvanie, etc. Les fièvres paludiques sont semées sur le globe comme la cause qui es engendre.

Nous reproduisons, au terme de cette revue écourtée, les judicieuses réflexions de J. Rochard : » Les affections qu’on n’observe que dans un pays ou dans une localité, sont très-peu nombreuses; elles n’ont pas d’influence marquée sur le mouvement de la population et ne constituent guère que des curiosités pathologiques. Les fléaux nomades qui passent sur les nations comme des ouragans, se jouent des limites géographiques qu’on a la prétention de leur assigner. Les grandes maladies, celles qui déciment l’espèce humaine, sont essentiellement cosmopolites. Les différences climatériques ne portent que sur leur degré de fréquence et de gravité, sur la prédominance de tel ou tel groupe de symptômes, sur les conditions particulières des organismes qu’elles affectent et sur les indications spéciales qui peuvent en re.s, sortir (2). »

La prophylaxie hygiénique des endémies ne peut reposer que sur la connaissance exacte des influences qui les font naître ; malheureusement leur étiologie est peu avancée, remplie d’obscurités et de controverses : là même où le rapport de causalité que l’on recherche se prononce jusqu’à l’évidence, on ignore, et l’on ne découvrira peut-être jamais certains éléments nécessaires à la solution du problème. Nous savons bien que la composition géologique des terrains, leur exposition, la quantité et le mode de distribution des eaux qui les arrosent, la nature des végétaux qui y croissent, jouent un rôle dans la production de certaines maladies; mais, pour expliquer ce rôle, que se

(1) Rayer, Traité des maladies de la peau, Paris, 1835, t. III, p.864 et 889.

(2) Jules Rochard, Arch. de niéd. navale, 1868, t. IX, p. 306.

J.ÜBLIOÜE] ATMOSPHÈRE. — ÉPIDÉMIOLOGIE, 359

I présente-t-il? Des hypoihcses. Quelques auteurs attribuent au lait lé8 maladies lyuipliatiques et le rachitisme qu’ils prétendent être commun chejj les pcnples pasteurs des montagnes; et les expériences do Jules Guérin et Trousseau ont démontré que le lait guérit les ruphitiqucs. Quelle endémie est plus étroite-» ment liée avec les conditions de localité que le goitre, et combien il importe 1 rait à l’iiygièno publique de préciser l’origine de cette alTeclion ou plutôt de I cet état général dont le goitre est le prodrome ou l’accompagnement, et qui a * pour terme le crétinisme ? On l’a attribué à l’atmosphère mal renouvelée des vallées obscures, sinueuses, humides, où on l’observe particulièrement; mais ' on le retrouve dans des pays plats, tels que la Lombardie, le Milanais, le \ Soissonnais, etc., dans les plaines élevées de la Colombie, où il se propage de ( plus en plus (Roulin). Il serait banal d’en accuser la mauvaise alimentation ou I les excès de liqueurs, La constitution du sol, d’après Mac-Cleland, médecin I de l’armée anglaise aux Indes, donnerait la clef de l’énigme : ce voyageur, qui a visité de village en village la population goitreuse d’une province indienne dite Kemaou, a vu que partout, dans le fond des vallées comme au sommet des montagnes, le goitre coïncide avec le terrain calcaire et qu’il disparait là où les sources d’eau s’échappent d’un sol argileux ou de roches siliceuses, quels que soient d’ailleurs le niveau des localités au-dessus de la mer et l’état de stagnation de l’air ou des eaux. D’autres, au contraire, admettent une zone orographique dans laquelle se renferme l’endémie du crétinisme : dans les Alpes Noriques, celui-ci stationne entre 139A et 36Ü0 pieds au-dessus du ni-, veau normal, et le docteur Berchtold guérit, dit-on, des enfants crétins en les élevant simplement sur l’Ademberg, au-dessus de cette limite. Bouchardat (1) rattache le développement du goitre à l’usage des eaux calcaires, particulièrement à l’action du sulfate de chaux; il remarque que toutes les eaux qui donnent le goitre, sont séléniteuses; ce qui n’empêche pas le docteur Roescli (2) de restreindre de beaucoup l’importance que d’autres accordent à la présence de la chaux carbonalée dans l’eau, tout en rappelant que l’opinion la plus générale impute aux eaux séléniteuses le développement du goitre. L’analyse chimique qui démontre une grande quantité de carbonate calcique dans les eaux d’Aosie, retire ce sel aussi abondamment des eaux de Cormajor, où ne s’étend point le crétinisme (3). Les eaux minéralisées par les sels calcaires sont répandues sur toute la surface du globe, et cependant le goitre et le crétinisme sont confinés dans un petit nombre de localités (à). Boussingault (5) a cherché

(1) Bouchardat, De l’influence de la qualité des eaux sur la production du qoUre et du crétinisme {Hulletin de l'Académie de médecine, t. XVI, p. /i36 et suiv.).

(2) Roesch, Untersuchungen ueher den Krelinismus. Erlangen, 18i4,

(3) Leistungen in der medicinisclien Géographie von Heusinger, dans Jnhresbericht ûher die Fortschrille der gesammten Medicin, etc. Erlangen, 18/i8, t. Il, p. 19/i.

(4) Eug. Marchand, Des eaux potables en général considérées da is ttur constitution physique et chimique, et dans leurs rapports^ avec la physique du globe {Mémoires de l'Académie de. médecine^ 1855, t. XIX, p. 194).

(5) Boussingault, Annales de physique et de chimie, t. XLVIII,

360 des modificateurs. — CIRCUMFUSA. [hygiène

aussi la cause du goitre dans l’eau : celle qui le produit, suivant lui, n’est pas oxygénée ou l’est à peine. Cette théorie concilie assez bien les faits en apparence opposés. Dans les lieux très-élevés, où le goitre est endémique, la disparition ou la diminution notable de l’oxygène dans l’eau s’explique par le degré de la pression atmosphérique; ailleurs, comme dans le village de Mariquiia, l’élévation n’est que de quelques centaines de mètres au-dessus du niveau de la mer; mais à Mariquila l’eau des glaciers provient de la Cordillère centrale : si le goitre est répandu à Socorro (700 mètres de hauteur), c’est que l’eau de cet endroit contient par litre 16 cent, cubes d’acide carbonique et 12 d’air seulement; dans les contrées goitreuses, où l’on ne consomme ni eaux de neige, ni eaux calcaires, les eaux habituellement employées ont séjourné sur de la tourbe, des feuilles mortes, du bois pourri, etc. Or, toutes les matières organiques, Irès-avides d’oxygène, enlèvent ce principe à l’eau ; aussi les faits cités par Fodérô prouvent que le goitre est rare dans les lieux sillonnés par les cours d’eau rapides. Pourquoi les défrichements de la vallée d’Aoste (1792) ont-ils réduit le chiffre des goitreux ? C’est qu’ils ont amené la dessiccation des marais et permis l’arrivée des vents,

La théorie de Chatin s’empare des mêmes faits pour y attacher une signification différente, ainsi que nous le verrons tout à l’heure: elle survit à toutes celles qui ont pour base une donnée chimique ou géologique. Grange luimême, après avoir proclamé que le goitre et le crétinisme sont indépendants des latitudes, des hauteurs, des climats, des conditions d’habitation, de pauvreté, etc,, et se lient à la présence delà magnésie dans les eaux, en est venu à expliquer l’absence de ces infirmités au bord de la mer par l’existence de l’iode dans les aliments et les boissons que l’on y consomme. Marchand a démontré que les eaux de Saint-Valéry en Caux et celles du Havre, où le goitre n’existe pas, contiennent autant de magnésie que celles de la vallée de l’Isère, où cette affection est endémique ; celle-ci a régné endémiquement à Reims, où les rivières et les eaux de puits sont dépourvues de magnésie, tant que les habitants firent usage de ces dernières eaux. Dans beaucoup de cantons du Piémont, on boit les eaux de neige sans qu’il en résulte des goitres ; c’est que les eaux de cette provenance contiennent des traces d’iode. L’usage de ce médicament dissipe les gonflements de la glande thyroïde. L’iode se rencontre dans le vin, la bière, le cidre; les plantes terrestres en contiennent et l’enlèvent aux eaux qui les arrosent ou s’infiltrent autour de leurs racines. De là les différences de composition des sources : celles qui s’échappent d’un sol boisé manquent d’iode. On s’explique ainsi la diminution du nombre des goitreux par suite des défrichements dans certaines localités, notamment dans le Valais (Fodéré, Rambuteau) et à Sainte-Marie-aux-Mines (Freppel, cité par Marchand). Si le goitre et le crétinisme cessent à des altitudes plus ou moins considérables, à 1000 ou 1200 mètres au-de.ssus du niveau de la mer (Saussure, Ferrus), c’est que la végétation y perd de son énergie et n’enlève plus aux eaux tous leurs principes iodés. Des sources ([ui, à leur point d’émergence.

ATMOSPHÈRE. — ÉPIDÉMIOLOGIE.

pi^HLigUE]

abreuvent une population saine et vigoureuse, peuvent, après avoir parcouru quelques prairies, perdre de leur salubrité avec une partie de leur iode, et ([uand elles continuent de couler au contact des végétaux, elles achèvent de se dépouiller de cet élément précieux et tinissent par entretenir à l’état endémique, chez les populations qui les boivent, l’altération organique générale dont le goitre et le crétinisme sont les expressions. Dans les Alpes, Chalin a constaté que l’air et les eaux pluviales sont moins indurées qu’à Paris; dans les vallées goitreuses, il n’a plus trouvé d’iode dans les eaux de sources et de torrents qu’on y boit. Observateur exact, Ferrus, bien qu’opposé à celte doctrine étiologique, arrive involontairement à la confirmer : « Entre les villages d’Arien et d’Ayet (Pyrénées), il y a presque identité dans les conditions de l’air et dans celles des lieux ; elles ne dilîèrent que par un seul point : le village d’Arien est plus abrité que celui d’Ayet; en outre, les eaux qui servent dans chacune de ces localités aux usages de la vie, bien que provenant de la même source, affectent h certains égards des qualités bien différentes. A Ayet, les habitants recueillent les eaux et les utilisent à leur sortie même du sol; elles sont fraîches, limpides, sans saveur appréciable; les habitants d’Arien les reçoivent pour ainsi dire de seconde main : elles traversent des prairies pour leur arriver, et tout eu conservant une certaine transparence, elles perdent naturellement dans leur trajet de leur fraîcheur et de leur pureté (Chatin dirait leur iode). Des remarques analogues, ajoute Ferrus (1), peuvent aussi s’appliquer tant dans le Valais que sur les bords du Rhin, et dans la vallée de Rozières (.MeuiThe). a Les animaux ne sont pas exempts du goitre et du crétinisme, les bœufs, les moulons, les chèvres et surtout les chiens y sont sujets. Or, dans les Alpes, dans les Pyrénées, dans les Vosges , le goitre , endémique sur l’homme, ne se montre pas enzootique sur les animaux. A quoi les partisans (le l’iode répondent que ceux-ci se nourrissent de végétaux contenant des traces de ce principe, excepté le chien qui, plus rapproché de l’homme, participe à son mode d’alimentation ; aussi la race canine est-elle, après l’espèce humaine, la plus exposée à cette dégénérescence.

A côté de ces doctrines se place celle de Ferrus, qui rattache le crétinisme à un état morbide de l’encéphale; celle de Baillarger, qui y voit un arrêt de développement; celle du docteur Roesch, qui professe qu’il dérive de la génération et se transmet par hérédité ; suivant ce médecin, il Lient à la faiblesse des parents, h de mauvabses conditions durant le coït ou la grossesse, telles qu ivresse, chagrins, frayeurs, etc. (Voy. Limier, Nouveau Didionnaire de ^nedecine et de chirurgie pratiques. Paris, 1869, t. X, art. Crétinisme). bn général, les symptômes du crétinisme ne se manifestent qu’après la naissance, par un arrêt de développement du système nerveux; les influences auxiliaires sont : le défaut de soins des enfants, une mauvaise nourrilure, la malpropreté, de mauvais vêtements, des habitations insalubres.

(I) l'crriis, moire sur le fjoUre et le r.riUinisme (Ihtllelhi de l’Aeadémie de viMerine, '^■">,1. XVT,p. 233).

362 des modificateurs. — CIRCUMFUSA. [HYGitKt '

une éducation négligée, les maladies; la qualité de l’eau, et surtout la proportion de chaux carbonalée qu’elle contient, n’exerce que peu d’iiinueiice. ■ Lehert, qui a étudié le crétinisme dans les lieux où il est endémique, le fait consister essentiellement en un développement incomplet des centres nerveux, surtout de l’intelligence et des organes des sens, et il le sépare complètement des affections scrofuleuses et tuberculeuses, malgré l’opinion do Hufeland, qui a dit que dans le crétinisme l’bomme tout entier devient scrofule (1). Notre estime pour les belles et infatigables recherches de Chatiti ne nous empêche pas de conserver quelques doutes sur le rôle qu’il attribue à l’iode à dose homœopathique, et nous penchons h admettre, avec Baillarger et Roesch, sinon la série exacte des causes qu’ils invoquent, mais le principe de l’étiologie complexe du goitre et du crétinisme. Il existe probablement peu d’endémies caractérisées auxquelles ne s’applique cette manière de voir; dans les investigations dont elles sont l’objet, il faut interroger tous les ordres ■ de modificateurs qui atteignent les masses : parfois tel d’entre eux paraîtra prédominant; rarement l’action exclusive d’un seul rendra compte de la permanence ou du renouvellement périodique et circonscrit défaits pathologiques toujours les mêmes, et formant en quelque sorte l’un des traits de l’ identité » historique d’une population. ‘

k° Épidémies proprement dites. — Il y a dans ce mot toute une doctrine ■ médicale dont la tradition hippocratique a fourni la base, que Sydenham a achevé d’édifier, et qui repose sur l’autorité des plus éminents observateurs ■ des derniers siècles. Quand on considère en général le mouvement pathologique d’un pays, d’une cité, d’un grand hôpital, il se présente d’abord un : cerlain nombre de maladies qui se manifestent isolément et sans caractère' commun chez un petit nombre d'individus. Ces maladies ont reçu et conseiTé ■ depuis Sydenham le nom de maladies intercurrentes ou sporadiques. D’autres n’apparaissent qu’à de certaines époques et ont une durée variable, on les appelle maladies épidémiques; sous le nom de constitution épidémique, on' désigne l’espace de temps pendant lequel elles régnent, et sous celui de génie ■ épidémique, l’influence que cette constitution exerce sur la forme, la marche, la nature et la gravité des maladies qui se montrent alors. On distingue Irois sortes de constitutions épidémiques qui tiennent sous leur dépendance trois genres de maladies épidémiques.

a. Constitution stationnaire ou fixe. Elle est inflammatoire, bilieuse, nerveuse, catarrhale ou muqueuse (dite aussi rhumatique), enfin putride ou maligne, suivant l’aspect général des maladies régnantes et le caractère des réactions auxquelles elles donnent lieu, quels que soient d’ailleurs leur localisation et leurs éléments anatomiques. Pendant les années 1763, 1764 et 176,1, Lepecq de la Clôture a ob.servé une constitution catarrhale et rhumatismale

(1) Leberl, Traité pratique des maladies scrofuleuses, 1849, p. 91.

(2) Voyez Max Simon, Étude pratique sur le traitement des épidémies, nu xviii'’ siècle, etc. Paris, 1854.

publique] atmosphère. ÉPIDÉMIOLOGIE. 3G3

qui a imprimé son cachet h tontes les maladies (2). Ozanam a vu la constitution innammatoire se maintenir pendant plus de dix ans h Milan. D’après les épidémistcs, les constitutions stationnaires n’ont point leur origine dans les changemenis de saisons. Suivant Sydenham : A6 occulta potius et inexplicabili quadam alteratione in ipsis terrœ visceriôus pendent, unde aer ejusmodi effluviis contaminatur, quœ Immana corpora huic aut illi morbo addicunt determinantque.

b. Constitutions temporaires ou saisonnières actuelles : ou les appelle aussi constitutions médicales régnantes. Elles expriment la liaison qui existe entre les maladies et les phénomènes météorologiques propres à chaque saison ; elles n’influencent que les affections intercurrentes, tandis que la constitution fixe se réfléchit et sur les dernières et sur les saisonnières. Quand l’année est régulière, les quatre constitutions épidémiques qui correspondent aux saisons se déroulent nettement ; on dit alors qu’elles sont légitimes, parce qu’elles sont le produit des qualités météorologiques qui caractérisent les saisons normales d’un climat^ d’une localité donnée. Si l’année est irrégulière, c’est-àdire marquée par des combinaisons insolites des qualités météorologiques de l’air, elle offrira des perturbations parallèles dans les phases de sa pathologie (voy. 1. 1, p. 511). Huxham, Lepecq de la Clôture, Geoffroy, Raymond, etc., mentionnent de fréquents exemples de ces renversements de saisons, que Furster appelle les intempéries. Nous avons expliqué ailleurs (t. I, p. 508) ce que les épidémistes entendent par constitutions médicales mixtes, l’entredeux de Sydenham. La constitution propre à chaque saison résulte de celle de chaque jour; la somme des constitutions saisonnières détermine celle de l’année. La maladie qui a régné avec le plus d’intensité, de fréquence ou de durée, décide le caractère général de la constitution annuelle : on retrouve dans cette maladie les symptômes locaux propres à telles lésions organiques ou à tel trouble fonctionnel; mais, en même temps, le génie épidémique, c’est-àdire la cau.se inconnue qui modifie la maladie, lui impose un symptôme insolite qui prédomine, altère sa marche, augmente sa gravité par une complication constante et uniforme. Dans d’autres cas, la constitution médicale est masquée, et les maladies ordinaires n’ont d’autre lien commun qu’un élément intime et spécial qui sc dégage dans les expériments de la thérapeutique.

5® Epidémies accidentelles. — Elles sc développent brusquement, sans cause évidente: tantôt elles ne sont que l’extension d’une maladie sporadique et connue, tantôt elles réalisent une forme pathologique sans analogue parmi celles que l’on observe dans les contrées soumises à leurs ravages. Saisons, climats, barrières naturelles ou factices, différences d’âge, de sexe, de complexion, etc., rien ne les arrête, quoiqu’elles s’appcsanti.sscnt principalement sur les clas.scs abruties et misérables. Point de fixité ni dans leur durée ni dans leur itinéraire; foudroyantes au début, terribles dans leur stade ascendant, elles annoncent leur déclin par quelques oscillations dans le cliiHVe des invasions et des décès. Parfois elles interrompent subitement leur période de.scen-

DES MODIEICATEUllS. ~ CIRCUMFUSA.

3Ci

[UYGIÈNB

dante pour rétrograder et sévir avec une nouvelle furie (recrudescence) ; elles font taire les autres maladies ou en réduisent le nombre ; elles étouffent, dés leur apparition, une épidémie antérieure. Elles modifient la santé des individus aussi bien que la physionomie des maladies intercurrentes; enfin elles rencontrent, dans leurs divagations meurtrières, des races qui leur résistent. D’après Fabrice de Hilden, l’épidémie de Bâle n’attaquait que les nationaux. Degner rapporte que les Français et les Israélites échappèrent seuls à l’épidémie dysentérique de Nimègue. Souvent les épizooties coïncident avec les épidémies.

Considéré en lui-même, le mot épidémie exprime uniquement ce fait d’uiie maladie qui, sous l’influence d’une cause accidentelle, attaque en même temps et dans un même lieu un nombre relativement considérable d’individus. La cause d’une épidémie peut être une influence répandue dans l’atmosphère, et qui porte sur tout un pays ou sur une portion limitée de sa population : telle l’impaludation, passagèrement exagérée au point de transformer l’endémie en épidémie, l’influence catarrhale, qui produit les diverses éj)idémies de grippes, etc. — La cause d’une épidémie se représente encore par une influence plus ou moins généralisée qui résulte d’une disette, d’une alimentation insuffisante (typhus famélique) ou toxique (ergotisme, pellagre), de l’encombrement, etc. , en un mot, de conditions hygiéniques mauvaises et pesant sur un grand nombre d’individus. Il y a des épidémies dues à une -cause morale, à la propagation d’une maladie contagieuse au sein d’une population plus ou moins apte à la contracter, et le mot épidémicité n’indique que l’état d’expansion d’une maladie ou d’une influence morbifique qui sévit sur un grand nombre, sans impliquer nécessairement l’idée d’une influence extérieure portant généralement sur toute une population; elle peut être le résultat de l’importation et de la transmission d’un principe contagieux. C’est donc à tort que beaucoup de médecins, sans se rendre compte de la valeur du mot, invoquent l’épidémicité comme une cause occulte de maladies, qui les multiplie, qui leur donne un caractère spécial, une malignité plus marquée; elle est, non une cause, mais une résultante, elle n’exprime que le fait d’un grand nombre de. cas morbides de même nature, sévissant à la fois, et elle se peut rattacher à des causes très-diverses. — La question des maladies épidémiques touche naturellement à celle des constitutions médicales; celles-ci, toutefois, diffèrent des épidémies en ce qu’elles ne réalisent pas une maladie-type; elles influent seulement sur les éléments constitutifs des affections diverses simultanément régnantes et leur impriment un caractère commun.

IL — Rapports des épidémies avec l’iiygiène publique.

Ainsi que nous en avons prévenu le lecteur, nous prenons ici l’épidémie dans sa plus ample signification; après les distinctions établies plus haut, il nous est permis d’ajouter ((ue l’infection et la contagion n’indiquent que le mode d origine et de propagation de certaines maladies, r,elles-ci, suivant

AïMüSl'HÉKE. — ÉPIDÉMIOLOGIE.

PUr.LlüUK]

qu’elles se restreignent aux limites des localités ou qu’elles envaliissenl une plus vaste étendue, constituent des endémies ou des épidémies. Telle alîectiou est endémique dans certaines contrées, qui, à des époques connues, s’est répandue au loin : citons seulement les épidémies catarrhales qui, en 1729, 1732 et 1775, désolèrent toute l’Europe et une partie de l’Amérique; le choléra qui, endémique dans plusieurs localités de l’Inde, envahit successivement les contrées voisines et s’avança, par étapes maintenant connues, jusque dans l’Europe. Beaucoup d’endémies et d’épidémies n’ont aucun élément infectieux ni contagieux; mais il n’est pas moins vrai que ces éléments, soit isolément, soit ensemble, peuvent les compliquer: aussi Ozanam admet-il un groupe d’épidémies infectieuses et contagieuses.

1“ Les causes des épidémies par contage sont assez connues; les autres le sont moins; quelques circonstances secondaires qui se lient à leur étiologie n’échappent point à notre observation. La statistique a prouvé que c’est en été ou vers la fin de cette saison que se montrent principalement les épidémies de petite vérole, de rougeole, d’ophthalmies; que les phlegmasies et les catarrhes de l’appareil respiratoire sont rares pendant la saison chaude; que ces affections deviennent souvent épidémiques aux époques annuelles des plus brusques variations de température. Sur 179 épidémies diverses qui ont régné en France, Marchai (de Calvi) a trouvé en hiver 55; printemps, 30; été, 38; automne, 56 (1). Sur 56 épidémies de catarrhes pulmonaires qui ont régné en Europe, 22 régnèrent en hiver, 12 au printemps, 11 en automne, 5 en été, 2 pendant une année entière, 1 pendant l’hiver et le printemps, et 1 pendant l’hiver, l’automne et le printemps. Dans nos contrées, le développement épidémique des fièvres d’accès avance ou retarde comme le dessèchement des marais, de sorte que leur invasion dans certains cantons marécageux coïncide avec leur déclin dans d’autres localités. A mesure que l’on s’éloigne de l’équateur, la fièvre jaune ne sévit épidémiquement que durant l’été. Dans les Indes occidentales, les fièvres dites rémittentes, bilieuses, les dysenteries, les diarrhées deviennent épidémiques pendant la saison des pluies, les affections du foie durant la saison chaude, etc. Les localités et les climats interviennent puissamment dans la production des affections populaires, dont beaucoup ne s’observent que dans certaines limites géographiques.

L’altitude diminue l’intensité de la fièvre jaune, de la peste, et finit par les arrêter à une limite qui dépend des conditions thermomélriques : sur les côtes de la Vera-Cruz, cette limite existe à 928 mètres au-dessus du niveau de la mer; la citadelle du Caire n’a jamais été atteinte par la peste. Le typhus et le choléra n’ont point encore révélé la limite de leur propagation verticale. La fièvre jaune se manifeste: 1“ depuis Fernambouc (8“ de lat. austr.) jusqu’à Québec (A6” de latit. bor.), et s’étend ainsi sur 1500 lieues du sud au nord, sur 5/i degrés de latitude, dont 31 font partie de la zone torride, et 23 de la zone tempérée boréale; 2" depuis la Nouvelle-Orléans (92" longit. occid.) jus-

(I) Marclial (de Calvi), Thèse de concours. Paris, 1852.

DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA.

[HYGIENE

qu’à Livourne (8“ longil. orient.), envahissant 1600 lieues de l’ouest à l’est, et 100“ de longitude. Sur 196 épidémies de fièvre jaune, on a noté

106 de l’équat. à 30 degrés de lat. nord.

de

de

de

de

Les conditions qui font varier la fréquence de cette maladie influent également sur sa gravité: tandis qu’aux Antilles elle frappe la moitié ou les deux tiers delà population, et lue 2 ou 3 sur 5 malades, elle atteint, en Espagne, les 7/8‘® des habiiants, et fait périr le tiers ou le quart des malades. La peste, inconnue à l’hémisphère austral et dans l’Amérique, règne depuis le 29® degré de latitude boréale jusqu’au 42®, et, de l’ouest à l’est, du 35® au 21® degré de longitude; rarement elle franchit, en Egypte, Siout, dans la vallée du Kil; Godda, sur la mer Rouge ; en Asie, elle exerce surtout ses ravages sur la côte de Syrie et sur une partie de celle de l’Asie Mineure. Le typhus est moins circonscrit dans ses apparitions: on l’observe en Amérique, en Asie, comme en Europe ; il ne paraît respecter que les latitudes extrêmes. C’est entre le 43® et le 59® degré de latitude boréale qu’on observe les épidémies de suette iTiiliaire. Le choléra a sévi depuis le 21® degré de latitude australe jusqu’au 65® degré de latitude borlale, sans tenir aucun compte de la longitude. Les localités ont aussi leur privilège ou leur disgrâce en temps d’épidémie, sans qu’il soit possible d’expliquer ces aberrations de l’influence morbifique. Vcr^ sailles, Lyon ignorent presque le choléra ; Fleury signale l’immunité de Belle* Vue, près Meudon, en 1832 cl en 1849, alors que toutes les localités environnantes étaient rudement éprouvées. L’embouchure des fleuves est un lieu de prédilection pour quelques fléaux pestilentiels: est-ce un hasard qui fait naître la peste aux bouches du Nil, le choléra aux bouches du Gange, la fièvre jaune aux bouches du Mississipi? Ou Celte coïncidence n’accuse-t-elle pas l’action des détritus immenses que ces fleuves entraînent et dont les miasmes infectent les grandes villes situées à leurs embouchures? La stagnation des eaux, a dit avec raison Millot (1), et la densité de la population dans les lieux où celte stagnation se produit, voilà deux des véhicules les plus pernicieux.

Le mode d’alimentation ne reste pas étranger à la production de quelques maladies populaires plus ou moins èirconscrites : les aflections cutanées (lichen, lèpre, etc.), sont communes chez les populations qui vivent en grande partie du produit de leur pêche (côtes de la Norvvége, de l'Islande, de l’Écossc, de la Bretagne, aux Antilles, à Bahama, dans l’archipel Indien, etc.). L’usage du seigle ergoté et du blé gâté, dans les années pluvieuses, donne lieu h l’ergotisme convulsif ou gangréneux (2), à la dysenterie. De toutes les causes d’épidémies,

(1) Millot, Compte rendu de la 2® session du congrès international de statistique. Paris, mai 1856, p. 340.

(2) Voyez plus loin, Bromalologie publique, céréales.

publique] atmosphère. — ÉPIDÉMIOLOGIE. 367

les disettes, les famines sont celles qui ont fait le plus de mal. L’alimentation iiisullisante ou de mauvaise qualité, la misère, se traduisent par les mortalités épidémiques des diverses classes de la société ; le choléra lui-même, malgré tous les caprices qu’on lui suppose, obéit à ce régulateur ; le tableau suivant le démontre :

Arrondlssoments

de Paris, Rapport des indiçfeiits Rapport des diScès oholdriqües,

avant l’annexion. au nombre des habitants. à la population générale.

Douzième 1 sur 7 1 sur 48 habitants.

Neuvième 1 — 5 1 — 69

Dixième 1 — 13 1 — 79

Septième 1 — 14 1 — 86

Huitième 1 — 21 1 — 92

Sixième 1 — 21 1 — 92

Cinquième 1 — 24 1 — 93

Quatrième 1 — 12 1 — 108

Onzième 1 — 17 1 — 123

Troisième 1 — t7 1 — 126

Premier 1 — 39 1 — 126

Deuxième 1 — 47 1 — 127

Sous l’empire des passions morales, des affections nerveuses ont pris naissance qui sont devenues épidémiques par imitation (1). Qui ne connaît, d’après Plutarque, la monomanie suicide des filles de Milet, renouvelée il y a peu d’années au bourg Saint-Pierre-Monjan, dans le Valais; l’épidémie choréique du moyen âge, etc. ?

Mais, parmi les épidémies les plus destructives du genre humain et qui ne sont point engendrées par les disettes, il en est dont l’étiologie reste couverte d’un voile impénétrable ; telles furent les deux grandes pestes des vi° et XIV" siècles, la peste de Provence de 1720. Il est dans la nature de ces terribles fléaux de faire explosion, d’atteindre leur summum d’intensité pendant toutes les saisons, de s’étendre à tous les climats, d’envahir et de ravager successivement de grandes surfaces du globe.

2“ La propagation des épidémies est difficile h prévoir, à déterminer ; les unes, endémo-épidémiques, ont une sphère d’activité connue, mais qu’elles peuvent franchir (dysenterie, lièvres intermittentes, fièvre jaune, peste); les autres ne prennent que très-exceptionnellement une extension qui les assimile aux grands fléaux de la pathologie populaire, et s’épuisent presque toujours dans la circonscription territoriale où elles ont pris naissance (coqueluche, croup, variole, rougeole, scarlatine, etc.); d’autres, enfin, d’une grande puissance d’expansion ou nées de foyers multiples identiques, envahissent rapidement fine contrée, se répandent au loin et parcourent quelquefois tout un continent et même une grande partie du globe. Les conditions qtii font varier la propagation des maladies épidémiques, nous échappent; il est constant que les

(1) P. Jolly, De l'imitation dans ses rapports avec la philosophie, la morale et la médecine. Paris, 1845, — L’auteur distingue judicieusement l’imitation instinctive et l’imitation intellective.

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progrès (le l’hygiène ont eu pour ciïel de reslreitulre celle de la peste el de la rendre plus rare dans les lieux mêmes d’où elle tire son origine. Sa dernière et lugubre apparition a été observée en 18Ù0 dans la Syrie et a coïncidé avec les calamités de la guerre entre la Turquie et l’Égypte. Combien il y avait de raisons pour en craindre les manifestations de 1854 à 1856, pendant les phases émouvantes de la dernière campagne d’Orient? Cependant aucune maladie ne s’est montrée qui eût quelque analogie avec elle, d’où il ne faut pas conclure à l’extinction définitive de ce fléau. La dernière épidémie du choléra en France n’a pas répété les ravages de celles de 1832 et de 18/i9. Il est oiseux d’étudier les rapports de l’itinéraire des épidémies avec la direction des vents. Nous n’en dirons pas autant de la nature du sol ni de la direction des cours d eau et de leurs bassins, qui règle en partie le mouvement des voyageurs et les échanges du commerce. C’est dans l’épidémie de 1 849 (|ue Fourcaull (1), le premier, rechercha l’influence du sol sur la propagation du choléra; n’attachant d’importance qu’à la formation géologique^ il signala comme favorables à son extension les terrains d’alluvion, le calcaire grossier, l’argile, le sol carbonifère, et la pierre de chaux magnésienne des Anglais; comme contraires à sa marche, les roches des terrains primitifs et de transition, les couches épaisses de sable, les agglomérations de silice et de craie; pour lui, l’humidité joue le rôle principal dans la transmission du choléra, à ce point qu’une grande quantité d’eau, imprégnant les roches calcaires, leur enlève leurs propriétés préservatrices. — Pettenkofer (2), explorant méthodiquement les conditions locales, est arrivé à ce que Griesinger appelle des lois :

l’état physique d’agrégation du sol, son état compacte ou poreux, a plus d’influence que sa nature géologique; le sous-sol des localités et des maisons contribue à l’arrêt ou au développement d’une épidémie, à la suite d’une importation du dehors. L’immunité appartient non-seulement aux calcaires primitifs et de transition, mais encore aux formations secondaires (calcaire jurassique), etc. , lorsqu’elles se présentent sous forme de roches. Le danger est dans la perméabilité du sous-sol aux liquides et à l’air : les terres végétales, les terrains de sable et de silice prompts à s’imbiber, beaucoup de sols argileux et gras, toujours entourés d’humidité, favorisent la propagation du choléra en s’imprégnant d’eau, d’évacuations cholériques qui se décomposent et n’génèrent le poison du choléra ; 2“ dans les localités à sous-sol compacte et imperméable, le choléra ne se développe pas épidémiquement; les cas qui s’y rencontrent sont d’importation. On trouvera, dans le livre de Griesinger (p. 431), édition française de 1868), l’explication des faits en apparence contraires à ce principe, des maisons bâties sur le granit pouvant s’infecter par l’accunuilalion des excréments cholériques dans les fosses d’aisances, par la présence de linges maculés, etc. 3“ Les terrains en forme d’excavation où les localités, les

(1) Fourcaull, Gaz. méd. de Paris, 1849, p. 338.

(2) Pettenkofer, dans Griesinger, Traité des maladies infecticu.ses; traduction française par G. l.eniattre. Paris, 1868.

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maisons sont (lomiiices dans leurs alentours par d’autres constructions, prédisposant à la |)ropagation du choléra, à cause du manque d’écoulement des liquides infectant le sol; il en est de même des maisons dont le sous-sol est l’aboutissant de liquides déversés d’en haut. L’immunité relative du Wurtemberg, du grand-duché de Bade, de Lyon, les dix épidémies meurtrières du choléra qui, de 1831 à 1835, ont donné 12 582 décès à Berlin (sable grossier et lin], confirment les vues de Pettenkofer.

Notre conviction csl que c’est dans les communications humaines qu’il faut principalement rechercher l’explication de la marche des épidémies contagieuses. « Les esprits superficiels, dit A. Tardieu (1), et, à plus forte raison, les esprits prévenus n’hésitent pas à imputer à l’importation les premiers cas qui se montrent dans une localité, alors que l’extension naturelle de l’épidémie en donne suffisamment la raison. » Nous sommes très-disposé à retourner cet argument contre ceux qui en font usage ; il substitue une hypothèse à la recherche des faits. L’épidémicité qui serait la cause de l’extension naturelle de l’épidémie, est-elle autre chose qu’une pétition de principes , tout au plus une supposition , probable quand la même maladie éclate simultanément sur des points très -éloignés, gratuite quand sa propagation est successive, et l’on sait aujourd’hui combien ce dernier mode d’extension peut devenir rapide par le moyeu de la vapeur sur terre et sur mer? Les esprits superficiels se complaisent dans l’invocation des banalités traditionnelles ; les hommes de laborieuse enquête s’attachent aux faits, entreprennent des vérifications difficiles. Parcourez les nombreuses relations d’épidémies adressées à l’Académie de médecine par une majorité de praticiens des petites villes et des campagnes : tous ceux qui ont eu, comme moi, à en opérer le dépouillement, sont frappés des indications précises qu’elles contiennent sur l’origine des premiers cas, sur leur multiplication, sur le passage de ces épidémies d’une localité à une autre. Le cadre plus vaste des grandes épidémies, leurs allures plus turbulentes, les apparentes irrégularités de leur marche, leurs oscillations de gravité, tout cela se laisse analyser moins aisément et déroute ou décourage l’investigation; cependant, observées à leur naissance, suivies dans leurs premiers pas, elles ne diffèrent pas toujours, quant à leur propagation, des épidémies plus restreintes. Il nous a été donné d’assister de près aux premiers développements du choléra qui a pesé pendant plus d’une année sur notre armée d’Orient, à la formation successive de ses foyers depuis Marseille jusque derrière Sébastopol, en passant par le Pirée, par les Dardanelles et par la côte de Bulgarie; nous avons compté les premiers cas de typhus à l’armée (février 1855) et nous en avons suivi l’évolution d’abord très-modérée, et, plus tard, si meurtrière. L’épidémicité n’avait là aucun rôle; l’importation et l’exportation ont fait le mal. Loin de nous de généraliser ces faits! Nous aurons exprimé toute notre pensée, et ce qu’elle a de réserve,

(1) A. Tardieu, Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité. Paris, 1852, t. I, p. A20.

M. LÉVY. Hygiène, 5' édit.

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