I. — Peau
Elle est une des formes du système cutané dont les deux autres sont les membranes muqueuses et celles qui tapissent les cavités closes (1) s sa destination est multiple et entraine la complexité de sa structure. Elle couvre les organes sous^jacents d'un voile résistant, dense, extensible, graduellement rétractile, apte à glisser; elle les contient, les limite et les présente des atteintes des agents extérieurs : le feuillet épidermique et le chorion sont les instruments de celte protection. Par le corps papillaire dont les nerfis émanent exclusivement de l'axe cérébro-spinal, elle est le siège de la sensibilité générale, du toucher, c'est-à-dire du sens qui multiplie le plus nos rapports avec le monde extérieur et renouvelle sans cesse en nous le sentiment de notre propre existence ; la couche épidermique se moule sur les épanouissements nenroio-fasculaires qui constituent les papilles. Suivant que telle ou telle portion de sa snrfiice est plus spécialement affectée à l'exercice du tact 00 au simple office d'une protection mécanique, on voit changer aussi ses conditions d'épaisseur, de densité, de richesse vasculaire et nerveuse, de développement de papilles on de cryptes : plus épaisse au crftne qu'à la face, 10 dos qu'à la (ace antérieure du tronc, aux membres inférieurs qu'aux supérienrs ; très-forte et presque scléreuse aux talons et à la base des orteils, elle acquiert, au voisinage des orifices muqueux, une délicatesse si grande, que les deux moitiés do système cutané se confondont par des gradations presque insaÎMssables. Comme la membrane muqueuse, la peau sécrète, exhale et abuorbe ; ces dernières fonctions, qui seules ici nous intéres.sent, se lient, aussi bien que celles du tact, à l'existence d'un appareil complet de circulation, vaisseaux artériels, veineux et lymphatiques, dont les divisions peuvent être poursuivies jusque dans les couches superficielles du derme. Les excrétions cutanées sont les suivantes :
1* La transpiration dite insensible qui contribue si efficacement à la constance de la température animale (voy. tome I, p. 318). I^ sueur n'est que
(I) Yoyei Lacaurhie, Efiuies hi/th-ototNiifnes ft minoffrajthùftwK, i" luémoirp. Paris, 1844» p. ttS.
28 Dl^ MODIFICATEURS. — EXCRETA. [htgiêhe
l'excédant du fluide perspiratoire que Tair n*a pu dissoudre : c'est ainsi que les hommes ou les animaux, échauffés par la course, sont à la fois baignés de sueur et entourés d'une atmosphère vaporeuse ; c'est ainsi que par Tinterceplion de l'air, la sueur se produit sur la main plongée dans du mercure ou recouverte de tafletas ciré : elle n'est donc pour ainsi dire qu'un phénomène accidentel dû à un excès de sécrétion, ou au défaut d'évaporation par accès difficile de l'air, comme an creux des aisselles. Avec la sécrétion aqueuse de la peau augmente la proportion des matières solides qui s'en échappent ; la sueur se mélange, d'ailleurs, avec la matière sébacée ou smegma cutané; de là la différence de ses caractères d'avec ceux de la transpiration ordinaire. La sueur qui imprégnait un gilet de flanelle porté pendant soixante-dix jours a fourni à Thenard des chlorures potassique et sodique, de l'acide acétique, des traces de phosphates calcique et ferrique et de substance animale. Berzelins a trouvé dans la soeur du front de l'osmazôme, de la matière salivaire, de l'acide lactique, du chlorhydrate d'ammoniaque, et beaucoup de chlorure sodique. On doit i Favre (1) une analyse plus récente et plus complète de la sueur ;
Ponr iOOO parties.
Chlorure de sodium 22,30
Chlorure de potassium 2,43
Sulfates alcalins 0,i i
Albuminaies alcalins 0,05
Lactates alcalins 3,17
Sudorates alcalins 15,62
Urée 0,42
Matières grasses 0,13
Eau 9955,73
Elle peut, en outre, contenir des traces de phosphates alcalins, de phosphates alcalino-terreux et des débris d'épiderme. On voit que les recherches de Favre Tont conduit à découvrir dans la sueur l'existence de l'urée et d'un nouvel acide, qu'il a appelé sudorique, et qui n'est point sans analogie avec l'acide urique. Le parallèle suivant, établi par le même chimiste, montre dans l'urine et la sueur la prédominance du sel marin ; et entre ces deux produits d'excrétion une certaine analogie de nature, bien que les sulfates et les phosphates, abondants dans le premier, fasse presque défaut dans le second :
Sueur sur li litres. Urine sur 44 litres, gr. ifr.
Chlorures 34,639 57,018
Sulfates 0,160 21,769
Phosphates traces 5,381
Acides exprimés en sou<le réelle . . 4,83 2,494
Matières organiques 22,920 139,650
La nature du smegma qui se forme à la tête, aux aisselles, à la région pubienne, à la plante des pieds, communique, en se mêlant à la sueur de ces parties une odeur et une composition chimique différentes. La sueur des
(1) Favre, Comptes rendus de rAaulémie des sciences de Paris ^ novembre 1852, et Archiver générales de médecine, u* série, 1853, t. U, p. 1 cl suiv.