‹ Traité d'hygiène publique et privée. v. 2 (volume 2)Chapitre 47 sur 107 · DES SEXES · texte numérisé non relu

DES SEXES

§ t. — FéeoiMlIté.

Quelles sont les causes qui interviennent dans la détermination sexuelle des produits de la conception ? Parmi celles que l'on a invoquées (dispositions anatomiques, force relative des deux époux, climat, etc.), une seule nous paraît digne de mention, savoir : l'âge relatif des parents. Hofaker a déduit de l'état civil de 2000 enfants nés à Tubingue les rapports suivants :

Père plus jeune que la mère 293 filles, 270 garçons =100

— du même âge qu'elle 70 78 =100

— plus âgé (l'un à trois ans 163 190 =: 100

— plus âgé de trois a six ans 229 237 =100

— plus âgé de six à neuf ans 85 106 =100

— plus âgé de neuf à douce ans 112 161 c= 100

90,6 93,3 116,6 103,3 124,7 lâ3,7

D'où il résulterait qu'à égalité d'âge des deux parents, ou quand la mère est plus âgée, il naît moins de garçons que de filles ; mais plus l'âge du père l'emporte sur celui de la mère, plus le nombre proportionnel des garçons augmente. Sadier, en compulsant des registres de naissance des pairs d'Angleterre, est arrivé aux mêmes conclusions; il a- trouvé de plus que les veufs ont plus de tendance! produire des naissances féminines. Voici les résultats obtenus à Calais, de i835àl852,parledocteurBonlenger(nais8ances légitimes).

328 hES SEXES. [HTGlI^lfE

Père plus kgA Père et mère Père moins âgé ToUl

que la mère. da même ftge. que U mère. des naissances.

Garçons 1510 1171 437 3118 (^^^^

Filles 1 373 1 085 430 2 888 ( '^ ""'*

Rapport sexuel . 109,98 107^92 101,63 107,97

La prédominance masculine est la plus forte possible, comme on le voit, dans les unions où le père est plus âgé que la mère ; à égalité d'âge des parents, elle se rapproche de la moyenne, et elle lui est notablement inférieure quand le père est moins âgé. Legoyt^ en opérant sur un total de 52 311 naissances, est arrivé au même résultat pour Paris en 1856 et 1855. S'il est définitivement démontré un jour que Tâge est le r^ulateur qui fixe la grandeur du rapport entre les naissances des deux sexes, qui ne saisit l'importance toute sociale des indications qui en découleront?

En général, on compte 106 à 106 naissances masculines pour 100 naissances féminines; parmi les 14 500 000 enfants venus au monde de 1817 à 1831, la proportion sexuelle a été de 100 : 106,38 (1). Pendant une période de 36 ans, comprise entre 1817 et 1852, il est né en France 17 951 000 garçons, et 16920 868 filles; le rapport du premier nombre au second est à trèspeu près égal à 17/16; les naissances uioyennes annuelles des garçons excèdent donc d'un seizième celles des filles. La période de 25 ans comprise entre 1817 et 1661 avait donné les mêmes résultats (2). En 1853, le rapport des garçx)ns aux filles, dans les naissances en France, est monté à 106,08; en 1856. il est descendu à 105.38; en 1861, à 106,98; en 1862, à 105,53; en 1863, à 106,93; enfin, en 1866, à 105,60. — Frappé de la prépondérance masculine dans les mort-nés et de la mortalité prématurée des garçons pendant toute la durée de Tenfance, Legoyt admet que ces causes tendent à établir entre les deux sexes une égalité qu'ils n'avaient pas à la naissance (3). Pour les enfants naturels, le rapport des naissances masculines aux naissances féminines diffère peu de celui de 26 à 25. Si minime qu'elle soit, cette différence intéresse le médecin et l'hygiéniste. Tient-elle à ce que les rapprochements complets sont plus rares dans les unions illégitimes et à la proportion plus grande de premiers-nés parmi les enfants naturels? Cette dernière condition semblerait plutôt motiver une augmentation de naissances masculines, car, d'après une statistique de 1832 à 1852 faite à Calais par le docteur Bonlenger et insérée dans la Statistique officielle de France pour 1856, la prédominance des garçons est beaucoup plus marquée dans les enfants nés de mères primipares que dans les autres. Il naît un peu moins de garçons dans les villes, surtout dans les cités populeuses, que dans les campagnes. Girou de Buzareingues a noté qu'il naît moins de garçons dans nos départe*

(1) Qiiel0let, op» cit., t. L p. 41.

(2) Annuaire du Rut^eau den longitudes pour 1 842, — Ihid. pour 1856, p. 192 et suiv.

(3) MoHvfm'M de ia pofmiation en France {Motêiteur du 16 avril 1867).

PUBUQim] MORTALITÉ. 329

inents voués au commerce et à l'industrie que dans nos départements agricoles. La race fait-elle aussi varier la proportion des naissances masculines et féminines ? Les relevés de la monarchie prussienne attribuent aux israéiites 113 naissances féminines pour 100 naissances masculines. Pour les israéiites de Livoume, Valentin fixe la proportion à 100 : 120, tandis qu'elle n'est que de 100 : 104 parmi les chrétiens de cette cité. C'est à tort que l'on a consisidéré la polygamie des Orientaux comme une cause d'accroissement des nais* sauces féminines.

A la naissance et pendant la première année de la vie, la mortalité est plus forte chez les hommes que chez les femmes, et cette différence se maintient pendant les dix premières années de la vie, quoique plus prononcée dans la première période ({uinquennale. Vers le temps de la puberté, c'est-à -dire de dix h quinze ans, la mortalité l'emporte parmi les femmes ; mais, de quinze à vingt ans, le rapport devient inverse : d'où l'on voit que les préparatifs de la puberté compromettent plus la vie des fenmies que l'établissement définitif de cette phase organique. Après l'âge de la puberté, la mortalité devient plus forte, et cette augmentation devient surtout très-sensible pour le sexe féminin jusqu'à l'âge de vingt ans; ces cinq ou six années constituent donc pour les femmes une période critique, et c'est la seule où leur mortalité l'emporte sur celle de l'autre sexe (1). » La grossesse, l'accouchement, l'allaitement, n'interviennent pas non plus d'une manière décisive dans la mortalité du sexe féminin ; mais celle-ci est généralement plus forte depuis la vingtième jusqu'à la trente-cinquième année. La ménopause est moins critique que l'on ne croit (voy. tome 1*', page 222) : ses préludes le sont peut-être plus que son établissement déûnitif, car, tandis que la mortalité des femmes s'élève de trente à quarante ans, elle est faible de quarante- cinq à cinquante-cinq ans, comparativement à celle des hommes. Parmi les individus qui franchissent la quatre* vingt-dixième année, on compte plus de femmes que d'hommes.

Le tableau ci -après résume, pour la période 1861 à 1864, la mortalité comparée des deux sexes en France, par âge et par état civil :

Sexe Sexe

mavrulin. fémiiiin.

EnfknU 2,90 3,05

Célibataires....'. 1,34 . 1,28

Mariés 1,72 1.54

Veufe 6,72 5,28

On le voit, au sexe féminin la plus faible mortalité. D'après Sassmilch, le nombre des veufs est à celui des veuves comme 100 à 150. La Statistique générale de la France pofir\S5i signale 836509 veub

(1) Ufoyt, Statiâtique de ia France, 1854, p. XLVi, et de 1861 à 1864.

880 POPUUTION. lireiiiiB

pour 1 687 583 venves; le nombre de celles-ci est donc plus que double de celui des veufs. Il est vrai que les hommes se marient à un âge plus avancé, qu'ils contractent un plus grand nombre d'unions en secondes noces, qu'ils exercent des professions plus pénibles et qui exposent davantage leur vie. Il faut surtout considérer que, les femmes se mariant en moyenne i vingt-quatre ans et demi, leur vie probable à partir de cette époque est encore de trenteneuf ans, tandis qu'à Fâge de vingt-huit ans où les hommes se marient, leur vie probable n'est plus que de trente-quatre ans (Legoyt). Mais, toutes ces causes mises en ligne, il reste encore à faire une part notable, dans ce résultat de la statistique, à la plus longue durée de la vie des femmes. En somme, les décès masculins l'emportent sur les décès féminins : pendant une période de vingt-cinq ans les premiers sont représentés en France par 61, les autres par 60 (1).

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