‹ Traité d'hygiène publique et privée. v. 2 (volume 2)Chapitre 48 sur 107 · POPULATION · texte numérisé non relu

POPULATION

On a dit que la population croîtrait suivant une progression géométrique en l'absence de tout obstacle à son développement; mais que, dans les circonstances les plus iavorables, les moyens de subsistance ne peuvent jamais augmenter que selon une progression arithmétique. Ce qui s'opposerait donc au progrès de la population, ce serait le manque de l'aliment Quand elle est parvenue dans son accroissement au niveau de ses moyens de subsistance, il faut qu'elle s'arrête, ou, si elle dépasse cette limite fatale, un excès de mortalité l'y ramène. Doctrine désolante, qui, très-heureusement, ne se vérifie point dans les iiaiits sociaux. D'abord, sons l'empire d'un état social qui ne change point, au milieu des obstacles de toute espèce qui agissent d'une manière uniforme, la population n*augmente pas d'une manière indéfinie (Quetelei); ses oscillations ne sont en rapport qu'avec le climat et la quantité essentiellement variable des subsistances; ensuite, comme il est donné à l'homme de forcer la production du sol et d'élever la somme de ses moyens de subsistance, il fournit par son activité et son intelligence une latitude proportionnelle h rexiensiou de son espèce. Il suit de là que, si tous les pays de l'Europe présentaieni les mêmes circonstances physiques, leur population spécifique donnerait la mesure de leur production et de leur industrie; mais sans faire abstraction des conditions du sol, de l'atmosphère, du climat, de rex|)osition, etc. , qui détruisent en partie ce rapport, la densité humaine est une valeur physiologique et historique du premier ordre; elle résume non-seulement tous les éléments actuels d'un pays, mais encore les influences qui ont agi snr lui dans les siècles ttlérieurs. Le nombre d'habitants par lieue carrée dans les principales con- Mes est donc une donnée importante pour l'hygiène publique.

(t) AnnuMn du Bmtmt d$t UmgUmde* de iSAA. » IM.. pour 1856, p. 196.

POPDUTION, Population abiolue et relative det prineipaux Était du globe.

EOBOPE.

Nom! det paji. ii% hiUunU. pu kilomMn u

France (1S61) 37 383 238 69,0

Anglelam el MalW (1861) 29 300 000 82,0

Irlondï «eulB (1861) 5 793 000 «M

Belgique (1862) 4 836 566 164,0

Hollande (IBliS) 3 867 886 U1,0

Autriche (1857) 35 300 000 54,0

Compoite de :

PotseuiDO* d'Italie (Lombardo-Vinttie) . . 3 390 000 , 91,0

PoBieiiioni polonaiMs 4 480 000 50,0

Posieiiioai de Hoagrie (Twujlnnie,

Croatie) 15 000 000 43,0

PoMeMiooi de Bobême 4 705 500 90,0

hHMHioiu d'£uu allemudi 8 544 500 58,0

Pruwe (1861) 18 600 000 66,0

BtTièce 4 689 850 «1,0

Sue 2225240 149,0

HenoTre ' 1 888 000 50,0

AllemtKne sinirale 45 402 000 75,0

IUlie (1861) 21 777 000 85,0

Sicile Mule 3 392000 87.0

GtaU Bomain» (1861) 700 000 60,0

SuiiJtr <1 se I ) 3 510 000 62,0

E^tapw (1 860) 15 673 000 31,0

Porlunl (1861) 3 700 000 31,0

Grtee (1861) 1 097 000 33.0

Ile* lonienoea. 238 500 07.0

Rui*ia d'Europe 60 959 500 11,0

Polugne rtise 4 840 500 38,0

Banemark (1860) 1 600 000 42,0

Ul-inde fi 860 67 000 0,6

Suède (1803) 4 022 509 9,0

Suède leule 3 534 500 19.0

Uponio tuidoiM 488 000 2,0

«ortéfD (1884) 1 680 OOO 5,5

Turquie d'Europe 15 800 000! 30.0

MoldiTie, Vilachie 4 200 000 33,0

Ami.

Àiia Mineure 10 700 000 20,0

Arménie, Kurdiitan 1 700 000 1 5,7

Sjrie 2 800 000 7,6

Arabie (He<Uu) 800 000 1,6

Pem, AbhanUtu, BtionehinUii. 13 000 000 8,4

H1.1.I0.HUQ (eiopiri^ aotlaii) 135835000 56.0

Riau iimlée*. 45 000 000 40,0

Cejlan 1 920 000 30,0

EmpiieBinuB de Sian, d'Anuin 30000000 12,0

China SOOOOOOOOÎ 104,0

Japon BOOOOOOOt 80,0

SlMrie 8400000 0,6

Turkeitu 6000000! 4,0

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lu pTipobtina s'accrait par TeicédaDl des DaisaDoes sur In décès. 1' Le rapfifirt d«s décè» aoi oaûiaiices a dinuoué; loojoiin variable, puisqu'il est ay»uj««Ki 2k des caov» trés-difcnes, il s*€Sl rapproché de sa valeor nioveaoe : il peut en diflerer aojoord*boi toit ea plos, soit en moins, de la quiniième partie de cette f aleor, tandis qne, fers la fin da xvu* siècle, il n'était point rare qoe b diSrrcnce fût d*on quart, d*un tiers, et elle pouvait être de moitié (1;. 2* Les diUérences dans les quantités annuelles des décès ont graduellement diminué dans les temps antérieurs et juMiu'à nos jours, du moins loff^ qn*0tt eiamine ces diflérences par périodes décennales : c*est ce qu'ont vérifié Foorier pour Paris, Marshall pour Londres, CIl Boersch pour Strasbourg. 3* Le rapport des décès à b population s*est graduellement abaiidé dans toute l'Europe : toutes les statistiques administrent la preuve de ce fait. Moreau de Jonncs a trouvé les résultats suivants : Paris, aunée 1650, 1 décès sur 25 habitanU; année 1829, 1 sur 32; Londres, année 1690, 1 sur 2&; aunée 1828, i sur 55; Genève, année 1560, 1 sur 18; année 1821, 1 sur kZ, V Quant •n mariages, ib ne présenlent pas de rapport constant avec les nai&ances ; ■nais ib Mint généralement en raison direae de b morulité (Casper, ^^ Boench). Cette observation s*applique an temps comme à l'espace ; elle rtsion de b comparaison des périodes d*aimées et de ceUe de différents pa>s;

'J) i.-B, Jm. FMrier, hfxKtrcheM èiaii^tîqtfe* »ur Parù^ rtc, t. Il, p* 25.

Pi'BUOOB] POPULATION. 333

en d'autres termes : a Quand la mortalité diminue, que les moyens de subsistance deviennent moins abondants, ou que la main-d'œuvre est plus chère, l'homme a besoin de plus de forces et d'énergie pour pourvoir à ses propres besoins, et se hâte moins de contracter mariage. C'est en ce sens qu'il est vrai de dire que les limites de la production sont les limites naturelles de la population. Quand, au contraire, la mortalité est plus considérable, et que des décès plus nombreux ont laissé plus de places vides dans la société, une tendance naturelle et puissante pousse l'homme à remplir ces lacunes faites par la mort, et le nombre des mariages augmente de nouveau (1). » En présence de cette loi d'économie divine qui se dégage des chiffres de la statistique comparée, il devient inutile d'inscrire dans la législation positive la prudence dans les mariages, recommandée par Malthns, et la liberté des mariages se passe des restrictions proposées par Dnchâtel (2) et quelques autres économistes. Les mariages ayant diminué, non pas de nombre, mais seulement de fécondité, nous voyons, dans ce double fait, l'accomplissement spontané du vœu des écrivains de cette école. Et les sociétés, les classes sociales qui atteignent un haut degré de prospérité, se passent du précepte de circonspection en matière pareille; l'esprit d'ordre et de prévision qui leur est propre, y pourvoit; « Toute mesure, a dit Malthus, qui tend à diminuer fa mortalité par l'amélioration du sort des hommes, tend par cela même à restreindre la natalité. • — Thompson (3) a dit excellemment: « Si, en augmentant les moyens d'existence du pauvre, vous le retirez de la misère, vous le guérirez par ce fait du défaut de l'imprévoyance. Plus il aura à perdre, plus il craindra de perdre. Il est admis aujourd'hui qu'un haut degré de bien-être est l'obstacle le plus eflBcace aux mariages imprévoyants. » Et Stuart Mill {k): « H n'y a pas de doute que la même prudence qui nous fait éviter les causes de maladie, nous incite à nous garantir de la principale cause de la pauvreté (une fécondité excessive). Les moyens de subsistance et de travail, en Angleterre, n'ont jamais plus augmenté que dans ces trente dernières années, et cependant, chaque recensement met en lumière un accroissement décroissant de population. » — La misère seule, ajoute Legoyt, auquel nous empruntons ces citations, est imprévoyante, parce qu'elle n'a rien à perdre; aussi la plus grande fécondité est-elle le partage des classes les moins heureuses, des quartiers encombrés par les classes ouvrières, des départements les moins aisés ou surchargés de populations ouvrières; toutes les recherches de statistique s'accordent sur ce point. La restriction spontanée de la fécondité dans les classes élevées, riches, aisées, témoigne chez les parents, non d'un calcul égoïste^ mais d'une tendresse

(1) Chtriet Boerseh, Thèse sur la mortalité à Strasbourg^ iS36, p. 185.

(2) nncbâtd. De la charité dans ses rapports avec l'état moral et le bien-^tre des classes inférieures de la société» Paris, 1829.

(3) ThomptoB, Ouer Population.

(4) Stutrt Mill, Princip. of politieal Ecot^my.

334 POPULATION. [nGiÈin

éclairée, puisqu'elle a pour objet d*a8sarer anx enfants nne somme de bienêtre nécessaire à lear conservation, le bienfait d'nne éducation conforme à de légitimes aspirations, la sécurité de Tarenir. L'égoisme consisterait à imiter le prolétaire^ à donner cours à ses appétits du moment, à se reproduire sans aucun souci du lendemain, « en remettant, comme dit Quetdet, à la Providence qui Ta nourri lui-même, la garde des nombreux et misérables enfants auxquels on donne le jour ». La statistique fournit la preuve des effets favorables de la circonspection naturelle des parents; le tableau ci-après (période de 185S-186&) fait ressortir que le plus grand nombre de survivants à 20 ans et la plus longue vie moyenne appartiennent aux départements qui ont la moindre fécondité :

Nombre

Limites des Tariatioas

Rapport moyen

dn rapport des sorrlTaats

dat

Vie

départements.

aux naissances.

sorriTants.

moyenne.

Fécondité

de 53 à 56,5

de 57,1 à 59,7

de 60,1 à 61,8

de 62 à 62,9

de 63,2 à 63,9

de 6a à 65,8

de 66 à 67,7

de 68,8 h 69,8

de 70,3 à 76,6

De ce qui précède^ on peut déduire que l'accroissement des populations ne s'effectue que dans une certaine mesure ; c'est en effet ce que Ton observe. Nous avons rapporté, plus haut, des chiffres qui précisent la marche de cet accroissement dans les principaux États et les périodes prévues du doublement de leurs populations actuelles ; nous faisons nos réserves sur de tels calculs qui ne reposent pas sur une période suflbante d'années; et, quant aux dangers du doublement, ils s'évanouissent devant les résultats de compensation providentielle qui se révèlent dans l'étude du mouvement de la population à travers le temps et l'espace, résultats dont le balancement des mariages avec h mortalité n'est pas le moins remarquable, et dont nous trouverons d'autres «lemples en recherchant l'influence des disettes et des épidémies, des émigra- IkNis, etc.

La fécondité seule n'est pas un gage de force, ni la mesure de civilisation, et le i9ul fait de l'accroissement d'une population n'indique point son degré d'aisanee. Il est nécessaire, dit Quetelet, de connaître non-seulement de combien d'individus une population se compose, mais encore de quelle manière chaque individu parvient à pourvoir à ses moyens d'existence: témoin l'Irlande, qui •*iccrolt aonueilemeat de 2,^5, et n'exigerait que 28 ans 6 mois pour doubler sa population. Un seul individu de telle nation consomme autant que trots individus de telle autre. 0e même un peuple peut gagner en lumières, en indus- Uie, en bien-être» sans que son mouvement annuel témoigne de ces progrès,

PUBUQDI] POPULATION. 335

la consommation de chaque indiîida augmentant en proportion. La qualité de raccroisseinent mérite donc d'être considérée autant que la quantité : s'il est dû à une exubérance de naissances coïncidant avec une forte mortalité des adultes, il n'a aucune valeur; au contraire, puisque la population perd des hommes qui produisent et qui contribuent au bien-être général, et ne gagne en échange que des enfants hors d'état de se rendre utiles.

Pendant une période de 25 ans, l'accroissement moyen annuel de la population en France a été de 161 738; la durée de la vie moyenne, qui était, avant la Révolution, de 28 ans 3/4 (Duvillard), est aujourd'hui de 37 ans, ce qui donne une augmentation de plus de 8 ans (1). La France est, de presque tous les pays de l'Europe^ celui qui, à naissances égales, compte le plus de survivants à chaque âge, qui a la plus longue vie moyenne (après la Norvège), et une des moindres mortalités (2). La comparaison de ces résultats fixe la valeur du premier. Tous les États de l'Europe ont marché dans cette double voie. Le sol n'a rien acquis en étendue^ mais la main de l'homme l'a remué avec plus de vigueur et d'industrie; les voies d'échange se sont multipliées; la production s'est élevée, avec elle les populations, et leur bien-être, et leur moyenne de vie. Telle est l'œuvre de la civilisation, qui est aux masses ce que le libre arbitre est à l'individu : pour les nations comme pour l'homme isolé, la vie est au prix du travail; leur activité a sa libre sphère comprise dans les desseins de la Providence.

La densité humaine par kilomètre carré est purement mathématique ou idéale ; la distribution des habitants d'un pays ne se fait point avec cette régularité préméditée ; elle se subordonne à des influences complexes qui procèdent de la topographie, du régime hydrologique propre à chaque contrée, de la nature et des productions du sol, de la viabilité terrestre, fluviale et maritime, des entreprises de l'industrie, des échanges du commerce, etc. Au point de vue de l'hygiène, ces groupements nous intéressent surtout suivant qu'ils se dilatent et se disséminent dans la salubre étendue des campagnes, ou qu'ils se concentrent et s'accumulent dans les villes. La distinction de la population rurale et delà population urbaine est fondamentale en statistique, c'est-à-dire fertile en divergences et en contrastes biotiques; au-dessous de 10 000 âmes, les agglomérations humaines se rapprochent des conditions de la libre vie des champs et des montagnes. L'hygiène s'enquiert des données suivantes et les retient pour ses légitimes interprétations :

(1) statistique de la France pour 1854, p. XLli.

(2) I^egojt^ Du mouvement de la population en France (Moniteur du 3 février 1867).

SSt ICS HOMnCâlKBS. — OKCHFCSJL [noftn

ipkniqpe.

i' Pérkdiciié diun^. — D'après I» ofaHnatioas d'Oïiaoder. Qocleln, BiMck. €tc, le plots grand nombre des aaissaDces s'efiectneM peDdant la Doit [1> et dans la matinée; et, par one antre coïncidence, c^cst le ptns çrand nombre d'acxxNKkeawnts henmn qoi ont lien à ces époqnes. La presque majorité des déo^ nnient après minuit et de grand outin. par coaseqnent à l'époqoe des crises et dn pins grand nombre des naissancesL — 2' P*riKÂi' cité m^ntuelle ei annuelle. Le «oleil, par ses diTerscs positions rebtiiement à la terre, exerce nne influence marquée snr la distributioo par mob des conceptions, et par soile des naismices. En 182&, Qoetelet ai ait couialé pour la Belgiqtie que k nombre des naissances atteint son maTiinnm en ièmcr ei son minîmom en jnilet, ce qni suppose le maximum des conceptions an mois de mai, alors qu'après la période d'biremation, la force vitale reprend toute mm actifité. Oepds, Tillermé a mis hors de doute le rapport qoi existe entre les conceptions et h rérolntîon aiwneOede la terre autour dn soieîL Cette révofaition agit snitont par les grandes tariations de température qn*ele détermine et par certaines constitutions météorologiques; anssî les époques dn mnantfknm et dn minimum des conceptions aTancent dans les pa^s chaude et leianlent dans les pays froids. La siKccssion iuferse des saisons dans rbémiipbère aotral ne dttuge rien à cette lof : à fioenos-Ayres, les pins grands nombres minsneli des naisances tombent en juillet, août et septembre, c*eaft-direen bifer, et leurs moindres nombres en janfier et mai, c*e»t-4Hfire en éié. Les hahitffi^ des peuples et la civilisation ne font pas jusqu'à contrebabncer ces influences périodiques que Tbomme subit aos&i bien que les animaux et les plantes : toutefois elles sont moins prononcées dans les villes que dans les campagnes, où Ton possède moins de moyens de se garantir contre la température des saisons. Les osciflations de la mortalité sont ég^àieoient liées à celles du thermomètre : d'après la alaliatiqne de la plupart des contrées de TEurope, le maximum des décès se présente as^ez régulièrement \ la fin de llÛTer, et le minimum Ters le miien de Tété. L'élévatioo de la chaleur dorant les mois d*été met la vie en danger, tandis qu'elle lui e^t favorable pendant les mois d'hiver. Quelques causes altèrent ces résultats : tels soot les épidémies, ks travaux d'assainisseroeot, I a^e. Les épidémies nét-s de la disette exercent leets principwix rarages aux époques annuelles oà les aliments sont le phis rares, le plus ditEcilo ^ se procurer, où les maladies, qoi, pour uu grand nombre d^bommes, dépendent des conditions pénibles de la fie, sont le pins multipliées ou le pins aggravées; fabondance qui soit la moissou les éteint. Les épidémies non fiées aox disettes coïncident d'ordinaire, au moins dans nos cfimats, avec les chaleurs de Tété ou avec la première moitié de Fautomne (Yilermé, Ftiediander). La civilisation déplace les termes maximum et mini-

^i) Bvrdach, traité de phy$ioiogie. Pam, t839, t. f, p. 215.

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