‹ Traité d'hygiène publique et privée. v. 2 (volume 2)Chapitre 66 sur 107 · PDBUQUI] ABONDANCE ET DISETTE · texte numérisé non relu

PDBUQUI] ABONDANCE ET DISETTE

face, il faut que ses membres ou son chef redoublent de labeur, prolongent leurs journées aux dépens du repos de la nuit. Une plus grande déperdition de forces appelle les maladies et augmente les chances de mortalité.

Aujourd'hui, le prix des grains est descendu au rang des causes secondaires qui agissent sur les populations ; les mauvaises récoltes, renchérissement des céréales, compromettent moins leur sort La mortalité ne cesse pas de se subordonner au prix du blé, et dans Tannée où la cherté survient et dans celle qui la suit ; mais, taudis qu'au temps de Messance la différence des décès entre les années de cherté et les années de bas prix était considérable, elle a subi de nos jours une réduction successive, et à partir de 1810, elle n*est plus pour la France, prise en masse, que d'uDC minime proportion : elle était autrefois pour Paris de 15 pour 100 ; elle est maintenant de 8 pour 100. Un renchérissement même considérable, une disette ne réagit plus sur la mortalité avec autant d'énergie qu'aux époques plus reculées; ainsi 1816 et 1817, deux années calamiteuses, où le froment atteignit dans le nord-est de la France le maximum de son prix connu, ont donné pour toute la France un chiffre de décès non excessif, quoique supérieur à la moyenne annuelle. £n comparant le prix des grains aux trois termes de la population (mariages, nais* sauces, décès) de 1817 jusqu'à 1832, Ch. Dupin a constaté l'atténuation de la valeur de ce signe; même conclusion de Ch. Boerschpour Strasbourg (/oc. cit, p. 195). Et comme cette amélioration sociale s'est réalisée progressivement, elle doit dépendre d'un ensemble de causes stables qui ont agi dans la même mesure. En première ligne se présente le changement de notre orga* nisation légale. Autrefois, les disettes partielles étaient entretenues en France par les inégalités du prix des grains de province à province, et par les prohibitions qui entravaient le commerce des céréales. La législation actuelle, en supprimant l'échelle mobile et en restituant à l'initiative individuelle toute sa latitude d'opérations, contribuera à prévenir renchérissement qui ruine les pauvres, sans amener l'avilissement des prix qui ruine les cultivateurs. Le taux moyen a oscillé longtemps en France entre 17 fr. et 20 fr. l'hectolitre; au-dessus de cette limite, les classes et les contrées industrielles entrent en souffrance ; au-dessous, le dommage commence pour les classes et les contrées agricoles. (]e sont surtout les progrès de l'agriculture qui ont contribué à neutraliser l'effet dépopulateur du prix des grains ; on cultive une plus grande étendue de terres, et on la cultive mieux, la quantité de blé et d'autres produits obtenus par hectare va toujours en augmentant. La production du froment a doublé en France depuis 1760; de 1815 à 1835, les produits en grains ont augmenté de 72 millions d'hectolitres. La progression a)ntlnue jusqu'à nos jours: en 1836, la France a récolté 63 583 725 d'hectolitres de blé; en 1858, environ 110 millions (1). Sur les 137 millions d'hectolitres de froment que produisent l'Espagne, la Belgique, la Prusse, la Pologne, la

(1) Voyei Maurice Block, StnIUtùjue dfi hi Franco, Paris, 1860, t. 11, p. 36.

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Ce dernier chiffre, dit Haossmann (1), représente évidemmeot hnsiiffisance totale et réelle des récoltes en blé-froment, pendant la longue suite d'années dont il récapitule les entrées et les sorties ; il révèle en moyenne une insuffisance annuelle de 731 839 hectolitres, et vient infirmer la conclusion de Mêlier, rapportée plus haut, à savoir : que la France produit au delà de ses besoins. 11 y a plus : la législation n'atteignait pas le but modérateur qu'elle s'était proposé; si elle conservait an pays les excédants des années d'abondance, le tribut annuel qu'il paye à l'étranger se réduirait an prix de 230 000 hectolitres, complément nécessaire de nos récoltes. Mais, depuis quelques années, les exportations ont tellement augmenté après les bonnes récoltes, qui abaissent notablement le prix des blés, qu'elles ont enlevé à la France la presque totalité de ses excédants des années fécondes ; celles-ci se groupent et s'enchaînent, comme les années infructueuses, par séries périodiques de cinq à six années qui alternent Or, la période fructnense de 1868 à 1852 [cinq années) a donné lien à un mouvement d'exportation de 16 122 177 hectolitres, tandis que la période fructueuse précédente {six ans), de 1833 à 1838, n*i fait sortir de France que 1 &75 966 hectolitres, et la période antérieure (six ans), de 1822 à 1827, que 1 238 521 hectolitres^ c'est-à-dire moins de 1/10 du chiffre atteint de 1868 à 1852. Aussi, dès la première année médiocre qui survient, en 1853, faut-il redemander à l'étranger nos blés exportés : ce besoin d'exportation se continue depuis 1853 jusqn'àce jour (12 août 1856)^ et en ce moment, l'étranger nous a rendu la totalité de 1 675 966 hectolitres qu'il nous avait enlevés à bas prix, et 2 millions d'hectolitres au delà (note manuscrite de Haussmann) :

Ces 1 475 944 hectolitres qu'il avait achetéi pour 212 930 000 fr.

Il nous les a revendus moyennaat 371 130 000

La perte sur cette quantité est donc de 158 200 000

L'insuffisance des récoltes ayant continué, il a faUu acheter encore en 1856 2 millions d'hectolitres qui^ à 34 fr. en moyenne^ ont coûté 68 000 000

Il a donc dû sortir de France jusqu'à ce jour (12 août 1856), pour cet intérêt, une somme en espèces, de 226 200 000

Les droits de sortie n'ont point ralenti le mouvement d'exportation après les années de récolte abondante, et n'ont élevé que de fort peu le prix minime d'achat des blés exportés ; rien de plus exact que l'appréciation que Haussmann applique à ces faits : 9 Vendre à vil prix ce qu'on sait d'avance devoir racheter plus tard au double et au triple, en un mot, manger son blé en

(1) Haussmann, Mémoire présenté à l'Académie des sciences sur on nouveau système de conservation des céréales, ete. Paris, 22 avril 1855.

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herbCf constitae précisément le genre d'opération qui fiait interdire tant de fils de famille. »

Il nons a para ntile d'opposer ces résultats d'une expérience récente et actuelle aux chiffres que nous avons eu à consigner dans les précédentes éditions de ce livre ; ils inspirent une juste réserve dans les prévisions d'hygiène publique qui naissent de la question des subsistances. D'une part, il ne faut pas oublier que, «au milieu de la sécurité la plus complète^ deux champignons nouveaux, ou du moins inaperçus jusqu'à ce jour, ont envahi l'un la vigne, l'autre la pomme de terre, et fait en quelques années le tour du globe, en détruisant quelquefois d'une manière complète ces plantes alimentaires. Un pareil fait, bien que peu probable pour le blé, est possible cependant et serait dans l'état actuel des choses le point de départ d'incalculables désastres (1). D'autre part, rinsuffisance annuelle de 730 000 hectolitres, qui ressort des données officielles, équivaut environ à 1 pour 100 de l'ensemble de la récoite ; le déficit annuel des pertes de grains par avarie, par le feu, par les insectes, peut être évalué à 6 pour 100 d'après Haussmann, qui relève l'exagération des écoaomistcs qui l'ont porté à 17 pour 100. D'où il suit que le meilleur préservatif des disettes de céréales consiste dans la consenation des excédants de bonnes récoltes par un moyen qui anéantit les effets des animaux rongeurs, des animaux parasites, des infiltrations d'eau, de l'humidité, etc., en uo mot toutes les causes d'altération et de destruction des grains : un pareil moyen devient un bienfait pour l'agriculture et pour le pays, s'il permet au producteur de garder sa récolte pour les années de pénurie et de lui donner, saai l'onéreuse surcharge de frais de déplacement, le caractère d'un gage certain, susceptible d'être offert aux capitalistes en nantissement d'avances ou de prêts. — Le tableau suivant, établi par Bouchardat (2), offre pour une période de 1x5 ans l'ensemble synoptique des données qui se rattachent au problème complexe de l'influence de la production et du prix du blé sur le mouvement de la population en France (voy. p. 587).

La consommation de la viande n'influe pas directement, comme celle du blé, sur le mouvement de la population : mais son usage contribue à développer la force organique, la résistance aux fatigues du travail ; et par conséquent, suivant que cette denrée entre plus ou moins dans le régime des classes populaires, celles-ci fourniront plus ou moins de malades et de décès. En outre l'usage du pain est on raison inverse de celui de la viande; l'extension de cette dernière nourriture équivaut à une augmentation du produit des récoltes en céréales. Loisel (3) s'est appliqué, dans la statistique alimentaire de Lille, à

(1) Coulier, article Blé, Dictionnaire enq/clop, des sciences méfi. Paris, 1868, t. ÏX, 2« partie.

(2) Bouchardat, Rapport sur les progrf^^t de V hygiène, 1867, Imprimerie impériale, p. 405.

(3) LK>isel, De In consommation de la viande de boucherie à Lille, 1851 et 1853.

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