‹ Traité d'hygiène publique et privée. v. 2 (volume 2)Chapitre 88 sur 107 · PROFESSION MILITAIRE · texte numérisé non relu

PROFESSION MILITAIRE

partir de 17 ans^ ils ne lèsent plus qu*à 18 ans accomplis; on a vonlu par là sans doute donner accès à ceux dont la Tocation militaire est bien décidée, mais ce n'est ni l'âge des résolutions réfléchies, ni celui où le corps peut impunément supporter le métier pénible des armes; la faculté de refuser ceux qui n'auraient pas l'aptitude physique diminue les inconvénients de cette limite encore trop basse. Après 30 ans, les habitudes sont trop invétérées, l'économie se plie mal aux exigences d'une vie nouvelle, et nul n'est admis, au delà de cet âge, à contracter un engagement, s'il n'a déjà servi dans l'armée.

Au reste, la valeur physiologique de l'âge n'est pas la même dans tonte l'étendue d'un vaste pays tel que la France, et varie surtout suivant les localités agricoles et industrielles; si Ton tient à conserver une règle uniforme, au moins faut-il ne pas diriger immédiatement en campagne, en Afrique oa sur les grandes villes de rintérieur, des recrues de 20 ans qui ont besoin d'être formées dans les dépôts des régiments.

B. Formation des listes de tirage, — Tout individu qui, an 1*' janvier, est entré dans sa vingt et unième année^ est inscrit sur les listes de recmlement de son canton. Le dépouillement du registre des naissances correspondant à l'année de la conscription assure l'exactitude de ces listes, sur lesquelles figure tout individu dont le décès, à cette époque, n'a pas été établi. C'est une occasion précieuse pour l'hygiéniste d'étudier le mouvement de la population^ et de connaître les déchets qu'elle a subis dans ce long ititervalle.

La seule cause d'erreur est l'inscription, sur le registre de naissances, des étrangers qui ne reparaissent pas sur les listes de tirage ; ce nombre est d'ailleurs très-peu élevé :

Nnmbre (!•• narrons nés l'n

1840 à%9 ^là

SnnriTanU à 90 ani Proportion

tnseriU des surTiTants

■tir 1m listel lur

Cluse de de tirage». 1000 naÏManoes,

Il y a donc 820 000 à 325 000 jeunes gens annuellement inscrits pour former la classe recrutable. Ce chiffre est notablement supérieur à celui des périodes précédentes qtii ne dépassait pas 300 000 ou 305 000 ; même en retranchant les hommes fournis par les trois départements annexés depuis 1860, on trouve un chiffre de 3Û 000« supérieur de 10 000 à la moyenne des quinie années qui précèdent

De plus, la proportion des survivants s'est beaucoup améliorée^ comme la prouve le tableau suivant établi par Legoyt» déduction Âiite des étrangers i

PUPUQUBj l'KOKKSSlON MILITAIRE. 781

par la voie du recrutement. J)*autres se persuadent que les exercices réglés, la discipline et la vie de régiment sont favorables au développement des constitutions chétives, et ces opinions erronées se transforment presque toujours, comme toutes les idées préconçues, en convictions énergiques Lorsque le médecin assiste un conseil où ces convictions prévalent, il sent bientôt qu'il heurte le sentiment général, que c'est par une sorte de déférence que Ton confirme ses jugements, quand on les confirme, et il peut se trouver entraîné, par un esprit de conciliation et de convenance, à des concessions que son instina médical et sa conscience désavouent ( Yaliin).

La ligne de conduite à suivre en matière de recrutement est délicate ; deux écueils à éviter : si Ton accepte trop facilement ceux qui se présentent, on affaiblit Tarmée ; si, par une sévérité exagérée, on n'admet que les individus d'une constitution, d'une vigueur exceptionnelles, on fait tomber sur un petit nombre, d'une manière fatale, un tribut que la loi, en principe, a réparti sur tous. On arrive par là à ce résultat, de faire dans la population deux parts : l'une, composée des sujets Infirmes, débiles ou équivoques, à qui serait confié la prospérité, la fécondité du pays ; l'autre, la plus belle, la plus saine, la plus forte, l'armée, chargée de la défense d'une nation qui n'excitera désormais la convoitise de personnr.

La loi de 1832 est à la fois plus juste et plus libérale ; elle prévoit des dispenses et des exemptions nombreuses, et parmi ces dernières, les infirmités qui rendent impropt^s au service. Mais, au point de vue médical, suffit-il de n'être pas infirme pour être déclaré propre au service militaire 7 Le conseil de santé énumère et étudie, dans une savante instruction^ toutes les infirmités, maladies, vices de conformation qui confèrent le droit à l'exemption ; ce qu'il est impossible d'inscrire dans un r^lement, de fixer par une formule, c'est le degré de force, de développement, de résistance que doit présenter la constitution. Il ne suffit pas que l'individu examiné ne soit actuellement atteint d'aucune infirmité, il faut encore qu'il paraisse capable de supporter le surcroît de fatigue qu'impose la vie militaire. Puisque la mortalité de l'armée est plus élevée que celle de la population qui lui fournit des hommes de choix, puisque chaque année cette armée a besoin de s'épurer par de nombreuses réformes, y faire entrer des individus débiles, sans résistance, c'est dépasser son devoir, c'est, dit Bégin, leur imposer plus que n'a voulu la loi, car on les soumet i un danger manifeste de mort, tandis qu*elle a entendu n'exiger d'eux que le sacrifice d'une partie de leur temps.

Ces principes généraux sont ceux qui dirigent le médecin militaire devant les conseils de révision, et s'il est d'instinct porté à fermer l'entrée de l'armée aux sujets douteux, la tendance contraire des membres civils du conseil doit dissiper toute crainte de voir la population dépouillée chaque année de ses meilleurs éléments.

2® Répartition du contingent, — L'une des opérations les plus importantes du recrutement consiste à répartir, entre les départements et les cantons,

PUIUQOB] PROFESSION MIUTAUUS. 783

Le nombre de jeiuMB geat qui a*oot pu 6ire fourniB a été eu

Avec le contingent habituel de 100 000 hommes, ces chiffres subissent chaque année une amélioration progressive ; mais quand le contingent s'élève à IdOOOO tiommesy le déficit devient énorme :

Clisse de 1853 8029

Ce qui semble prouver que la population de la France n'est pas capable de supporter des levées qui dépassent 100 000 hommes. Toutefois, il faut peutêtre moins se préoccuper du chiiEre total du déficit que du nombre de départements et des cantons où le déficit a lieu ; un seul homme qui manque dans une localité implique qu*on a enlevé tous ceux (sauf les exemptions légales) qui étaient sains et valides. Quel fléau serait la conscription pour la France, si, dans un déficit de 3102 hommes, chacun des 2938 cantons était représenté par un individu I

£n 1832^ quand on appliqua pour la première fois cette belle loi du 21 mars qui subsiste encore presque entière aujourd'hui^ les préfets furent consultés individuellement pour savoir quel mode de répartition du contingent leur semblait préférable. Un petit nombre, huit seulement il est vrai, répondirent qu'il leur semblait juste de prendre pour base a le nombre des jeunes gens que les conseils de révision auraient reconnus être propres au service et n'avoir droit à aucune exemption » (1). Ce principe n*a pas prévalu, et cependant c'est le seul qui soit conforme à la justice et aux intérêts du pays ; à différentes reprises, le corps médical en a demandé l'application, et la discussion de 1866, à TÂcadémie de médecine, a fourni à Broca et à Bergeron l'occasion de renouveler ces vœux (2).

Tous les jeunes gens inscrits, sans exception, devraient subir, sous l'oeil du médecin, une visite corporeDe qui constaterait leur état physique, au point de vue de la taille, des infirmités, etc. On tauriit ainsi exactement le nombre des individus aptes au service militaire, pour toute la France ; dans chaque canton le nombre d'hommes à fournir serait partout le tiers, la moitié ou une fraction quelconque du chiffre des hommes valides de la localité; les exemptions légales, les déductions, etc.^ n'en auraient pas moins leur cours.

On a proposé, comme atténuation à cette mesure radicale, de répartir le contingent d'après l'aptitude militaire moyenne du canton : cette aptitude se calcule en rapportant le nombre des exemptions pour défaut dé taille et infir-

(1) Compte rendu au recrutement. Hn», mars 1835, p. 9.

(2) Buiietin de C Académie impériaie de médecme^ 1866-1867, 1. Ulll.

VSà DES PROFESSIONS EN PARTICULIER. [hi«éme

mités à celui des iudlYidus examinés par les coiiseîb de rAfision. Mais en 1865, comme chaque année, parmi 198916 hommes soi-disant examinés, ûgurent Ixi 013 (fils de veuves, frères de militaires, etc.)* qui n*ont paru ni sous la toise, ni devant le médecin, sur lesquels le Conseil a statué, mais qu'il n*a pas examinés au point de vue physique ; leur présence dans le groupe des examinés entache d'erreurs tous les calculs généraux et particuliers et permettrait difficilement de construire des tableaux exacts de l'aptitude militaire.

Contre l'obligation imposée à tous les jeunes gens de 20 ans de se soumettre à un examen corporel, on a invoqué l'argument odiosa simt restringenda: mais il n'y a rien d'odieux ni d'excessif i appliquera tous une formalité qui atteint déjà le plus grand nombre, qui est acceptée partout sans répugnance, parce qu'elle s'accomplit avec la convenance et la discrétion que lui garantit la composition môme du conseil C'est d'ailleurs la seule occasion offerte à la statistique de bire connaître la constitution physique de la population, c'est-à-dire l'élément principal de la richesse d'un pays, et l'extension qu'ont prise en France depuis quelques années les études démographiques prouve qu'on en comprend l'utilité et l'importance. La mesure que nous préconisons servirait à la fois la justice, les intérêts généraux du pays, et surtout ceux des cantons déshérités, qu'on met aujourd'hui dans l'impossibilité de sortir de leur infériorité et de leur misère. Le seul obstacle à son adoption, c'est la plus longue durée des opérations du recrutement : mais qui donc pourrait mettre en balance les convenances de quelques-uns avec les intérêts et la prospérité de tous?

3^ De V aptitude militaire— A. Taille. — Au premier rang des conditions d'aptitudes requises pour le service militaire, se place une élévation déterminée de la taille. Presque toutes les nations, anciennes et modernes, ont reconnu la nécessité d'adopter une taille minimum, partant de cette opinion, vraie do moins en partie, qu'au delà d'une certaine stature l'homme n'a pas la force et la vigueur compatibles avec le métier des armes (1). De documents souvent inexacts, contradictoires, et dont le contrôle est laborieux, E. Yallin a tiré le tableau suivant :

Taille minimum du temps de'Marius (S) i"^721

Humains { Loi de Yalentinien du 25 ayril 367 I 705

Loi du temps de Vèfèce (390) 1 646

2 décembre 1691. Bliirimumderinltnterie. JTemp-depaix.. 1 705

I Tempt ui* guerre 1 w # o

27 novembre 1765. Minimum des milices 1 62â

25 mars 1776. Minimum de rinfinterie 1 651

22 juillet 1792. — — 1 624

Fi'oncc . • < 8 fructidor an vui 1 544

11 mars 1818 1 570

11 décembre 1830 I 54

1 1 mars 1832 1 56

1" février 1868 1 55

(1) Voy. plus haut : Baces, Tati/es»

.2) Bardin, DKaoHHaife tic tarméf, t. IV, p. 5001.

PUttJQOK] PROFESSION MILITAIRE. 785

Belgique (Le tirage se fait de 19 à 20 ans) 1 56

Autriche (1) 1 58

Prussem j Ariaierie 1 594

Frusse \,A) I intonterie 1 620

Bavière (Depuis 1853) 1 555

Italie 1 56

Angleterre (3). .

Cipaj/es 1 55

Etais-Unis i Ayent la guerre 1 65

(TAmé^ique. . . . { De mars 1863 à septembre 186i^ (à) 1 60

Tooloir faire de la taille la mesare exacte de la force humaiae est une erreur que démontrent à la fois Tanatomie^ la physiologie, la pratique de Tarmée, comme Texpérience la plus Yulgaire ; c'est un élément d'appréciation qui ne prend toute sa valeur que lorsqu'on y joint la considération de l'âge, du poids du corps, de la circonférence de la poitrine, du développement musculaire, de la race, etc. L'observation raisonnée a fait abandonner de plus en plus, dans les différentes armées de l'Europe, l'engouement pour les hautes tailles excité au dernier siècle par les géants de Frédéric-Guillaume, et depuis plusieurs années, les nations de l'Europe dont la taille moyenne est notablement élevée ont abaissé successivement le minimum exigé pour le service. Il y a d'ailleurs une différence très-grande à établir entre les pays où la conscription est obligatoire, t^ ceux où le recrutement procède par enrôlement à prix d'argent ; dans ce dernier cas, la fixation trop élevée de la taille n'a qu'un intérêt médiocre ; dans l'autre, un minimum mal établi répartit inégalement la charge du service sur les différents groupes de la population.

Un des résultats les plus curieux des recherches anthropologiques entreprises dans ces dernières années et que nous avons déjà signalé, est la démonstration de ce fait, que c'est surtout la race qui, dans des pays différents ou dans un même pays, fait varier la taille des individus. Les travaux de Broca (5), Boudin (6), Perler (7), Dufou (8) et Sistach (9) ont fait voir que si, du dé-

(1) Ed. Favre, V Autriche et ses institut, milit., 1866, p. lOi^.

(2) Prager, Dos Preussische Milit. tned, Wesen, ld6d, p. 312.

(3) E. Parkes' Hygiène^ p. i^97. L'ordre général, n<* 806, ea date du 14 janvier 1862, fixe ainsi la taille et la circonférence du thorax des recrues :

Grosse cavalerie

Cavalerie légère •

Inliinterie (4 mars 1864)

Conducteurs d'artillerie

Train militaire

(4) Hammond's Hygiène^ p. 27. Plus tard, aucune limite de taille ne fut admise.

(5) Broca, Mim, Soc, anthrop, Paris, 1860-63, p. 1.

(6) Boudin, Études cthnoL {Mém, de méd. miltt 3* série, Paris, 1863, t. IX et X).

(7) Périer, BulleU Soc. dtanthrop., 186^^ t. II, p. 363.

(8) Dufau, Traité de statiitique, 1840.

(9) Sistach, Études statittiques (Mém, de méd. milit, ^ 3* série, 1861, p. 353). H. LÉVT. Hygiène, 5* édit. n. — 50

Minimuin de U taille.

Minimum

de ciroonférenee

thoracique.

^OBUora] PROFESSION HaiTAlRË* 787

une taille probable, calculée par Broca (1), de l'.ô&S; il fallut dix ans pour qu*elle remontât de 5 millimètres {i'^,6lil en 18û6] ; elle est aujourd'hui de 1",6^9. Ici reparaît sans doute le rôle de l'hérédité, car les individus éloignés de l'armée par leur petite stature et pour qui, alors, le mariage était facile, ont dû transmettre ce caractère à leur postérité.

Ce qui prouve bien que l'élévation de la taille est influencée moins par les conditions de l'hygiène que par celles de la race, c'est l'absence de concordance topographique que nous avons fait ressortir (voy. Baces^ Taille) entre les exemptions pour défaut de taille et les exemptions pour iuGrmités. On a donné de ce fait une démonstration par l'absurde, en employant le calcul des probabilités : si l'on groupe au hasard tous les départements, on n'obtient pas, pour les maxima de défaut de taille et les maxima d'infirmités, plus de concordance qu'il n'en existe dans la disposition géographique réelle. Ainsi le Puy-de-Dôme, qui est classé le septième pour les défiuts de taille, a le quatre-vingt-quatrième rang pour lés infirmités; au contraire, le Morbihan^ qui a le soixante-septième rang pour la taille, fournit le moins d'infirmes et occupe le numéro 1 .

La prédominance des grandes et des petites tailles, dans les divers départements, suivant la spécialité de la race, est rendue très •évidente par les cartes teintées, publiées dans ces dernières années. Déjà, en 1851, on avait remarqué la disproportion fâcheuse de U jusqu'à 28 pour 100 que présentaient, dans divers départements, les exemptions pour défaut de taille, et Yirey, membre de l'Académie de médecine et député de la Haute-Marne, demandait à la Chambre l'abaissement de la Uilleè l'°,55 pour toute la France, à l",5/li pour les départements de la Creuse, l'Allier, les Côtes-dn-Nord, le Finistère, la Dordogne, la Haute-Garonne, le Tarn, le Puy-de-Dôme, où la race est de petite stature Sa proposition fut rejetée, et la loi du 21 mars 1832, qui fixait la taille à 1",56, a prévalu jusqu'à ces derniers temps. Cette limite, en général convenable, laissait cependant le regret, surtout dans plusieurs départements, de voir des sujets robustes exemptés du service pour quelques millimètres de moins dans la hauteur du corps. L'article 13 de la loi du 1" février 18G8 accorde l'exemption à tous ceux qui n'auront pas la taille de l",55,et une loi postérieure (21 mars 1868) applique également ce minimum aux engagés volontaires et aux remplaçants: pendant la préparation de la loi nouvelle sur l'armée, la commission avait d'abord adopté la réduction à l",5/i, qui fut repoussée par le conseil d'État. £. Yallina été curieux de rechercher les modifications que ces diverses fixations ont apportées et pourraient apporter dans le mouvement de la population recrutable.

Pendant trente-six ans qu'a été imposée la limite de 1",56, il y a eu, annuellement, de 10 000 à 15 000 hommes exemptés pour insuflhance de taille ; a proportion de ces exemptions a diminué progressivement, de tdle

(1) Broca, BuiM. de VAcad, impér, de méd,, 1866-07, t. XXXll, p. 59.

publique] profession MILITAIRE. 789

eu peut-être 3000 que leur médiocre stature n*eût pas exclus de l'armée; mais sur ce nombre, 1500 ou 1800 auraient été déclarés, par leurs infirmités ou leur faiblesse de constitution, incapables de servir; enfin, en abaissant la taille jusqu'à i"", 5^, à grand'peine gagnait-on 1000 hommes ayant désormais la taille, sur lesquels 200 seulement n'étaient pas incapables de porter les armes, et encore provenant presque tous de certains départements, le Finistère, les Gôtes-du-Nord, la Gorrèze, la Haute-Vienne, où la race celtique s*est conservée pure. Ce qui s*est passé de 1829 à 1832 en est une preuve éclatante (1). La réduction de 1°*,57 à l^^.SG fit gagner, disons-nous, 5192 hommes; mais quand, après avoir été abaissée à l^^yS^, la taille fut ramenée à 1"*,56, cette élévation de 2 centimètres ne fit perdre que 2616 (2), soit 1307 par centimètre, sur lesquels un très-grand nombre sans doute auraient été exemptés pour infirmités ou constitution insuffisante.

Il est donc peu regrettable^ en somme, qu*on se soit arrêté à la fixation de l'°,55. S*il est vrai que les modifications nouvelles de l'armement ne nécessitent plus une taille élevée, il y avait cependant peu d'avantages à introduire dans l'armée un nombre extrêmement restreint d'individus qui eussent pu être une cause d'embarras pour la tenue, l'équipement, etc. Tout ce qu'on pourrait demander, ce serait que la décision ne fût pas définitive pour ceux qui, à vingt et un ans, auraient quelques millimètres de moins que le minimum, et qu'à l'exemple de ce qui se passe chez d'autres nations que nous avons dtées, ces jeunes gens fussent obligés de se présenter chaque année jusqu'à vingt-quatre ans, par exemple, époque à laquelle ils seraient libérés complètement, si leur croissance, leur développement, leur vigueur laissaient encore à désirer.

Les hommes déclarés bons pour le service sont, d'après leur taille et certaines habitudes professionnelles, répartis dans les différents corps de l'armée. Le minimum de la taille pour l'admission dans les corps spéciaux, abaissé déjà de 1 centimètre en 1860, vient d'être encore réduit par un décret C'est une mesure excellente, qui permettra de choisir, dans le groupe très-nombreux des tailles moyennes, des hommes vraiment vigoureux, à large poitrine, indispensables pour le recrutement de certains corps, des cuirassiers par exemple.

(1) Compte rendu du recrutement, mars 1835, p. 21.

(2) Le Compte rendu dit 161A, p. 23. C'est une erreur évidente, puisque avec le minimum de i^fià, il y avait 12 711 exemptions pour défaut de taille, et 15 325 avec le maximum 1"',56. (Rectification de Vallin.)

POBUQDl] PROFESSION MILITAIRE. 791

On peut, avec ces ^^léinents, calculer la taille moyenne de l'arniée : le$ 8tati5tiqaps officielles du recrutement donnent les résultats suivants :

Taille mnvenne d'après Ip« Comptes rendus Taille prol>able

da rerrutement. liaprèt Broca.

Broca (1) a critiqué les chiffres du recrutement, au point de foe rton-^ulemcnt des erreurs de calculs, mais encore de la base sur laquelle ils reposent En effet, quelques individus de taille eiceptionnelle, quelques géants, peuvent modiGer la moyenne d*une année, sans que la taille du plus grand nombre se soit réellement améliorée. Il a calculé ce qu'il appelle la taille prohable; tous les hommes du contingent étant supposés rangés sur une ligne dans Tordre de leur stature, la taille probable sera celte de Tindivido placé exactement au point moyen ou central de cette ligne. Les deux tableaux, par leur rapprochement, rendent la différence plus sensible ; ils font voir, le deniier surtout, que la taille n*a pas sensiblement changé depuis vingt-cinq ans, ce qui met à néant les craintes imaginaires qui s'étaient élevées à cet égard depuis plusieurs années. (Voy. Races, Taille, Df^ générai ion.)

Ces chiffres sont snpérieursà ceux de la population masculine de 20-21 ans, puisque celle-ci comprend non-seulement les jeunes gens admis par la révision, mais encore ceux qui ont été exemptés pour défaut de taille. De plus, ik ne donnent que la taille moyenne ou probable des soldats de vingt et nn ans, au moment de leur incorporation ; puisque la croissance se continue jusqu'à trente ans, la taille moyenne de l'armée, qui comprend des hommes de tout âge, serait notablement plus élevée.

B. Infirmités. — En parcourant les Comptes rendus du recrutement, on est surpris du nombre considérable d'individus exemptés pour infirmités: leur nombre varie de 50 000 à 60 000 par an. Ces causes d'exemption ne sont pas toutes d'égale importance; il en est qui compromettent peu les chances de vie, qui rendent simplement inaptes au service : mutilation des doigts, perte d'un œil, cicatrices adhérentes, varices volumineuses; d'autres sont des lésions graves, des maladies aiguës ou chroniques, des difformités sérieuses, et ce second groupe forme plus de la moitié du chiffre total. Une Instruction du Conseil de santé spécifie autant que possible les infirmités qui confèrent l'exemption, et Ton peut dire qu'elle a cherché à satisfaire, à concilier tous les intérêts et tous les droits. Ce qui préoccupe le phis les médecins devant

(1} Broca, BuIHùt ffc rAcndémie impériate de médecine^ 1866-67, t. XXXll, p. 581 .

FDBUQUe] profession MILITAIRE. 793

ficalioD scientifique. De son côté, un médecin militaire anglais, Marshall, a proposé de fixer un minimum de poids comme un minimum de taille, lequel d'ailleurs pourrait varier dans chaque pays, avec la race, la nationalité, etc. £n Angleterre, Parkes et Aitken ; en Bavière, Meyer (1), ont pris le poids de tous les hommes qui sont entrés dans Tarmée ; ils ont trouvé les poids moyens : de 58 kilogrammes (Âitken), 66 kil. (Meyer) : Parkes déclare qu'au-dessous de 52 kil., à dix-huit ans, personne ne devrait être accepté dans l'armée ; Hammoud fixe ce minimum à 56''>i,625. Marshall voulait jadis que le périmètre de la poitrine eût au moins 78^ milimètres, et en général un peu plus que la moitié de la hauteur du corps; le minimum réglementaire, dans l'armée anglaise, est aujourd'hui fixé à 83 cent , et varie pour chaque corps.

Il y a là des éléments d'appréciation dont la valeur relative n'est pas con« testable, dont la recherche n'est ni trop longue ni trop difficile, ai on la restreint uniquement aux cas douteux ; l'obstacle le plus grand à leur adoption réside dans cette répugnance générale pour toute innovation, dans cet esprit de routine auquel n'échappent point les conseils de révision, et que les efforts répétés des médecins réussiront peut-être à détruire.

Les règles générales et particulières pour l'examen des hommes en matière de recrutement, l'énumération de toutes les maladies ou infirmités qui entraînent l'exemption, sont longuement exposées dans l'Instruction du conseil de santé ; J. Périer (2) et A. Vincent (3) ont en outre publié sur ce sujet de judicieuses observations, inspirées par une longue expérience et un sentiment très-vif des devoirs et de la responsabilité du médecin.

Le nombre des exemptions pour infirmités varie notablement d'un dépar« tement à un autre, ou de province à province ; bien plus que la taille, la vigueur, l'intégrité des organes et des fonctions sont en rapport avec les influences hygiéniques, la richesse du sol, l'aisance générale, etc. Des cartes pleines d'intérêt ont été dressées à ce point de vue par Boudin, Sistach, pour ces dernières années : elles indiquent la fluctuation de l'aptitude militaire, d'une époque à l'autre, dans un même département ou dans un même canton, et y mesurent pour ainsi dire les progrès de la civilisation et de l'hygiène.

Gomme résultat général, malgré la sévérité croissante des conseils de révision, le nombre des exemptions pour infirmités tend notablement à diminuer depuis trente ans. Sur 1000 hommes examinés, on en a exempté pour infirmités, en 1830, 319;— en 1860, 305 ; —en 1850, 296; — et en 1860, 266.

Ely (6), le savant rédacteur de la Statistique médicak de Varmée, propose

(1) Meyer, Rech, statistiq. sur la taille et le poids des conscrits en Bavière, aualyse in Ann, d*hyg. publiq. Paris, 1864, t. XXII, p. 177.

(2) J. Périer et Bost, Guide du recrutement milit. 1861.

(3) A. Vincent, Du choix du soldat {Mém. méd. milit., 1861, t. YI, p. 273).

(il) Ely, Du recrutement de V armée (Gazette hebdomad. de méd, et de cAir,, 1867, p. 289).

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tons déduits, c'est-à-dire considérés comme faisant partie da contingent, et y sont inscrits avant tous les autres : leur nombre annuel est de 11 000 environ.

Nous aurons Toccasion de préciser ces chiffres et d'utiliser ces données pour apprécier ] 'influence de l'armée sur le mouvement de la population et la prospérité du pays.

D. Du remplacement et de l'exonération militaire. — Tous les individus reconnus aptes par les conseils de révision ne font pas nécessairement partie de l'armée ; un grand nombre s'affranchissent à prix d'argent de l'obligation de servir, soit au moyen d'une prestation payée à l'État, c'est l'exonération proprement dite ; soit par un contrat de gré à gré avec un ëutre individu, c'est le remplacement Ubre. Le remplacement, quelle que soit sa forme, est contraire au principe de la loi qui fiit da service militaire une dette personnelle du citoyen envers le pays ; mais il est entré dans nos mœurs, il est même nécessaire avec la fixation actuelle de l'flge, le nombre d'années qu'il faut passer sous les drapeaux. Les efforts tentés récemment pour rendre le service obligatoire n'ont pas été plus heureux qu'au commencement du siècle, et l'on pourrait répéter aujourd'hui ce que disait le général Lacuée, déiendantla loi du 17 ventôse an YIII : • Continuer k exiger le service obligatoire, c'est, suivant » l'expression d'un illustre savant, s'exposer à coupor d'excellentes têtes ponr » avoir de mauvais bras. »

Il appartient au médecin de redoubler de sévérité dans l'examen des hommes qui se proposent comme remplaçants : qu'il n'oublie pas les enseignements de la statistique judiciaire de l'armée, où cette classe de soldats figure pour une si large part Habiles k dissimuler les causes d'exemption et de réforme jusqu'à leur admission définitive, ils s'empresseront de les faire valoir aussitôt qu'ils auront endossé l'unifornne. La débauche, les excès, l'indiscipline en jettent un grand nombre dans les hôpitaux et sur la sellette des conseils de guerre. Une fois incorporés dans les régiments, il est sage de ne pas les avilir à leurs propres yeux ptr un dédain systématique qui finirait par briser en eux les fibres détendues de l'honneur.

Ce qu'on appelle substitution n'est souvent qu'un remplacement déguisé, un marché d'argent conclu entre un conscrit et un jeune homme de la même classe affranchi par le sort : quand la substitution a lieu entre parents et tend à conserver à une famille soo appui naturel, die remplit le vcni de la loi, et elle doit être encouragée.

Les remplacements reçus chaque année s'élevaient autrefois à 12 000 ou 15000 hommes; aanellement. Us ne dépassent pas 8000 hommes, différence qui, nous allons le voir, est bien plus apparente que réelle.

Pour faire cesser les inconvénients du remplacement libre et les scandales des compagnies d'assurances» l'État, par la loi du 26 avril 1855, avait pris luimême à sa charge lout ce qui concerne le remplacement militaire. Les jeunes gêna compris dans le contingent ou incorporés obtenaient l'eionératioA do nmvice, au moyen d'one preslatioB versée à la Caisêt de /a doiaUom de tearmée^

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