CLAME
A prix d'argent
pour leur cumpt**
sur
on
sur
ou
100 h. d'effectif.
engagés rnlont.
100 h. d'effectif.
engagés volont.
l» Avf
mt la loi de la
dotation :
2® Sous Vempire de la loi :
iua
Nous n'en sommes plus évidemment aux mœurs de l'ancienne armée romaine, où pendant longtemps vicisse stipendium erat. Cette transformation tient-elle à Tappât d'une forte prime capable de retenir les militaires sous les drapeaux, plutôt qu'à l'accroissement du bien-être général, à son extension \ des classes où le travail individuel est rémunérateur; faut-il craindre de voir s'aiïaiblir par là le sentiment national; y a-t-il danger pour la sûreté du pays! Ces considérations, sans doute, ou d'autres, ont prévalu, et la loi du 1*' février 1868 a abrogé celle du 26 avril 1855. L'avenir décidera si le remplacement facultatif, auquel on revient, compensera les inconvénients et les avantages de cette loi de la dotation, qui a créé pour l'armée une sorte de caisse d'épargne et permis d'élever le maximum de la retraite de 200 à 365 francs.
E. Engagements volontaires. — L'année s'accroît encore par les engagements volontaires qui sont reçus à 18 ans accomplis, moyennant une taille de 1*^,55. Sous l'ancienne monarchie, avant la Révolution, c'était la ressource principale du recrutement des troupes : la violence, la surprise, la débauche jouaient le rôle principal dans ce racolage qui ne réussissait pas à remplir les vides des régiments. En 1791 et 1792, la patrie était en danger^ des bandes de volontaires coururent aux frontières; mais ce premier élan passé, il fallut recourir aux réquisitions permanentes, plus tard à la conscription, que la plupart des nations ont imitée de la France. Sous la Restauration, comme de nos jours, les engagements volontaires n'ont jamais été qu'un accessoire; de 1816 à 1819 leur nombre moyen annuel ne dépasse gu^re 3000, actuellement ib s'élèvent à 10 000 environ pour l'armée de terre :
nTBUQim] PROFESSION MaiTAmE. 799
être mis en activité, environ 30 000 par an (1); la seconde, ceux qui sont laissés disponibles dans leurs foyers (environ 35000), astreints seulement pendant 3 mois la première année, 2 mois la seconde, à quelques exercices dans les dépôts d'instruction (Circulaire du 10 janvier 1861).
La durée du service pour lt« jeunes soldats faisant partie de ces deux por<* tions de l'armée active est de cinq ans, à l'expiration desquels ils passent dans la réserve, où ils servent quatre ans; les hommes de la réserve ne peuvent être rappelés qu'en temps de guerre, dans des circonstances eiceptionnelles, après épuisement complet des classes précédentes et par décision spéciale du chef de l'Eut (loi du 1'' février 1868).
I^ garde nationale mobile^ comprenant tous les hommes valides de la classe qui, en raison de leur numéro de tirage, n'ont pas été compris dans le coo^ tingent, complète le système militaire de la France ; mab elle ne fait pas partie de l'armée et il n'en sera pas autrement question ici.
II. De r hygiène générak du soldat. — Désigné parle sort et reconnu apte au service, le conscrit quitte le foyer domestique, le lieu natal, et rejoint par étapes le corps auquel il est destiné : la rupture violente des habitudes antérieures et l'éloignement des afféaions de familles ajoutent leurs effets à ceux d'un changement subit de climat, aux fatigues d'une première pérégrinatioo. Il arrive : on l'habille, on le place dans les rangs, on le coudait à l'exerdce, on lui commande, on le rudoie, on le plaisante, on le punit. Au reste, ?oici quelles sont les conditions de son hygiène.
A. Alimentation, — Le pain, base de l'alimentation du soldat en France, est presque partout préparé, manutentionné par les soins de l'administration, et livré directement aux troupes à raison de 1 kil. par homme et par jour. Il est formé entièrement de farine de froment, et le blé qui sert à sa fabrication tient le milieu entre la preniière et la deuxième qualité (Ué marchand, blé ordinaire); le minimum du poids de l'hectolitre ne doit pas descendre au-dessous de 73 ou 7^ kil. pour les blé tendres, de 77 kil. pour les blés durs. Le blutage de la farine, fixé longlempsà 10 pour 100 d'extraction de son (1822), puis à 15 pour 100 (18^6), a été porté en 1853 à 20 pour 100 pour les blés tendres employés communément en France, à 22 pour 100 pour le pain d'hôpital, à 12 pour 100 pour les blés durs d'Algérie. Ckimme qualité et
(1) Voici quelle était au 1*' janvier 1867 la situalion du contiogeQt de 1865 :
Incorporés ~ 27,637
En sunit de départ, à l'hôpital, ete 94A
Dans leurs foyers comme soutient de Cunille 2,046
Disponibles dans leurs foyers 35,525
Rayés du contingent, inscrits par erreur, etc 310
Exonérés à prix d'argent (loi du 26 avril 1855) 22,776
Déduiis (engagea volontairat, ecoléaiastiquea, enteignement) 10,300
Frères de militaires rengagés (déduits) â09
Déficit des cantons 69
iOO,«00
PUBUQUI] PROFESSION MILITAIRE. 80i
garnisons, le taux parcimonieux de 250 gr. ; elle n'était pas moindre de 300 gr. par homme dans tout le ressort de mon arrondissement d'inspection médicale en 1865 et 1866. La viande est convertie en bouillon de soupe et en bœuf bouilli ; malgré les efforts individuels de certains régiments ei quelques améliorations réalisées, cette alimentation pêche par une monotonie qui amène trop souvent la satiété et le dégoût, prélude d'une mauvaise élaboration des organes digestifis et de troubles de la nutrition. L'instruction du conseil de santé du 5 mars 1850 insiste sur la nécessité de varier le régime, et indique des ressources qu'avec de la vigilance et de l'activité il serait souvent facile d'appliquer.
Une décision de décembre 1852 a rendu obligatoire l'usage des gamelles individuelles, mesure de décence, de propreté et d'importante prophylaxie contre les maladies contagieuses de la bouche, communes dans l'armée.
Quant aux boissons alcooliques, le soldat n'en reçoit point, si ce n'est dans des circonstances extraordinaires où l'on accorde à chaque homme un quart de litre de vin par distribution; pendant les chaleurs de l'été, il a droit à 1/52* de litre d'cau-de-vie à mélanger avec Teau potable dans la proportion d'une partie sur onze, mélange substitué avec raison à celui du vinaigre et de l'eau. Depuis quelques années, l'allocation d'une indemnité représentative au lieu de la prestation d'eau-de-vie en nature a fait adopter dans presque toutes les garnisons Tachât de sucre et de café ; on a réussi de la sorte à procurer aux soldats, par un industrieux emploi du café et de ses marcs, une soupe au café le matin avant l'exercice et une boisson aromatisée dans la journée.
En campagne, la composition de la ration est un peu différente .
Ration en temps de paix.
Pain 1 kil. (1)
Viande non désossée. . . . 250 g^am.
Légumes frais, environ . . 100 —
— secs, — . . 30 —
Sel 16 —
Vin (accidentellement). 25centiU
ou Eau-de-vie (d^) 3,2 —
Ration en campagne.
Biscuit 735
Viande fraîche 300
ou Bœuf salé 250
ou Lard 200
Riz ou Légumes secs. . . 30 et 60
Sel... i6
Sucre 21
Café 16
Vin 25cenUl., ou Eau-de-vie 6 centil.
gram.
et 60 —
Environ ... 1 kil. 400 gram.
Le pain ordinaire est remplacé par 735 grammes de biscuit, ou par du pain biscuité qui peut se conserver de vingt à quarante jours. La ration de viande fraîche est élevée à 300 grammes, quantité insuffisante en raison du surcroît d'efforts et de fatigues que nécessite la guerre, bien inférieure à celle des Américains (576 gr.), des Anglais en Crimée (683 gr.), des Russes (i!i50gr.). L*inlroductiun, incomplète encore, de la viande de cheval dans l'alimentation publique, permet d'espérer qu*on saura utiliser, en temps de guerre, cette
(1) Dont 250 grammes (pain de soupe) ne sont pas remis directement à l'homme. M. LÊVT, Hygiène, 5* torr. n. — 5i
PROFESSION IIILITAIRK.
ratuQtîB]
L*einploi da lime-juice^ adopté aujourd'hui dans toutes les marines de TEurope, serait aussi facile qu'opportun pour l*armée de terre dans des circonstances semblables^ et la distribution journalière de ce jus de citron aux soldais anglais explique en grande partie la rareté du scorbut dans leur armée.
Le café constitue une ressource précieuse préconisée déjà en Egypte par Desgenettes, et que l'expérience de nos guerres d'Algérie a rendue désonnait indispensable au soldat en expédition.
Le rapprochement des rations usitées dans les diverses armées permettra de les comparer et de juger ce qu*il est possible de faire, chez nous, dans la voie du progrès.
Armée belge,
En tanpi de pdx.
Pain dA munition 750 gram.
Piin de soupe 20 à 40 —
Viande de bœuf non* désossée. 250 —
Pommes de terre 1000 —
Sel 80 —
Beurre 20 —
Urd 10 —
Café, 1 ration pour le premier repas.
(Janssens^ Arch. méd, belges,
Armée italienne.
En campagne.
750 gram.
Pain
Viande de boraf non désossée.
Ris
Graisse
Sel
Sucre
GafS
Vin
(J. Molescbott, Gtbm. deUa H. Acad.
med, di Torino. 1866^ n* 18.)
15 ~ SSeentU.
ABHiX ANGLAISE.
i^ En garnison à F intérieur.
Viande 340 gram. ) UTréa
Pain
Pain
Pommes de terre Autres légumes . .
Café
Thé
Sel
Sucre
Lait
7 gram.
par Iflat
Aekatéa tnrla aolde.
(Ed. Parkes, A Manual of practical hygiène. 1866, p. 150).
2*^ Pendant la guerre de Crimée.
Pain 680i%00 «««"T.
ou Biscuit 483
Viande fraîche ou salée 483
Ris 56
Sucre 56
Café 28
ou Thé 7
Lime-juice 28
Sel 14
Poivre 7
Hhum
16 I Poor 0g j 8 hommes
14 eentfl.
3« Dans tlnde.
Pain 458 gnun.
Viande 458 —
Légumes 453 —
Ris.
Sucre. • .
Thé. . . .
ou Café.
Sel
Bois.. ..
(Report 0/ the Commissiez appointed to inquire into the reguiatûm a/fecting the sanitary condition of army, Parliamentary documents, 1858, p. 425).
PUBLIQUE] PROFESSION MILITAIHE. 805
ÀRMtE RUSSE EN CRIMÉE.
Pain noir àhZ gram. par jour.
Viande 453 — —
Kwass (sorte de bière) 1 lit. 25 centil. —
Choucroute. ... ... 1/2 litre par jour.
Orge 4/2 — —
Sel 22 gram. —
Raifort 2 gram. par jour.
Vinaigre 25 centil. —
Poivre 2 gram. —
[Report of the Commission^ etc,^ and £. Parkes, loc, cit,j p. 157.)
B. Logement. — En temps de paix, le soldat loge dans des casernes où les règlements actuels lui allouent an espace et an volume d*air tout à fait insuf* lisants, 12 mètres cubes dans les casernes d*infanterie, 14 dans celles de cavalerie ; à l'hôpital, 20 mètres cubes dans les salles de blessés ou de GévreuXt 18 mètres dans les salles de vénériens. Heureusement, dans la pratique, à rhôpital surtout, ces fixations sont le plus souvent dépassées. Les idées nouvelles sur la ventilation et le chauffage des édifices publics n*ont guère jas« qu*icî pénétré dans les habitations militaires. Dans beaucoup de villes, on remplace les anciennes constructions deVanban et les bâtiments mal appropriés par des casernes monumentales, où de grands progrès sans doute ont été réalisés ; mais on peut leur reprocher leur immense étendue, qui oblige parfois 1500 hommes à vivre sous le même toit, dans ce contact incessant qui favorise la propagation des maladies transmissibles. Trop souvent encore il y a à la fois encombrement, confinement et méphitisme. Les chambrées, où les lits sont accumulés et trop rapprochés^ servent dans le jour de salles de réunion pour les repas, les revues de détail, les exercices les jours de pluie, etc.; la nuit, elles servent de dortoirs. La ventilation y est naturelle, c'est-Shdire insuffisante ; en hiver, les chambres, chauffées au moyen d'un poêle, sont tenues hermétiquement closes pour empêcher la déperdition du calorique ; les latrines mal tenues, mal installées ou trop rapprochées, infectent souvent les salles ; chaque homme conserve près de lui les différentes pièces de son équipement^ parfois la sellerie ou le harnachement, ses chaussures, ses vêtements imprégnés d'émanations malfaisantes : pendant l'hiver, au milieu de la nuit» dans les casernes de cavalerie surtout, le méphitisme atteint d'ordinaire des proportions d'autant plus fortes que la propreté et les soins de la peau laissent plus à désirer.
En été, le soldat est conduit aux bains de mer ou de rivière, selon les localités; en hiver, on n'a pas encore réussi à lui ménager des bains chauds réguliers. Dans chaque caserne, l'infirmerie doit être pourvue de deux baignoires* pour les cas urgents, et pour le traitement antipsorique ; en outre, tout homme qui sort de l'hôpital doit prendre un bain de propreté avant de rentrer à son corps ; mais ces ressources sont restreintes et ne sont accessibles qu'à un petit nombre. Jkusêi certains régiments ont-ils essayé d'utiliser la chaleur perdue des fourneaux de cuisine pour avoir de l'eau chaude ou de la vapeur, et permettre le lavage successif de tous les hommes dans un endroit clos et
fOlum] PROFESSION mUTAIRE. 897
naox (Immenion répétée des pieds dans Teau très-froide, etc.) qui intéressent tous ceux qui ont pour mission d'assister des hommes en marche.
D. Équipement. — Les différentes pièces de Tuniforme et de l'équipement laissent encore à désirer au point de Tue de Thygiène : depuis plusieurs années^ c*est le sujet d'études, de recherches, de transformations, d'améliorations non encore terminées et qui mesurent l'importance qu'on y attache. Certaines parties, autquelles on tient par routine ou pour le coup d'œil, seront sans doute déGnitifement supprimées : les buffleteries, qui compriment la poitrine, et accumulent l'humidité dans les parties recouvertes ; la cuirasse, qui protège insuffisamment, échauffe, retient la transpiration, gêne les mou- Yements du thorax et du tronc, épuise les forces ; l'épaulette, gênante et peu utile ; le casque en métal à haut cimier, le bonnet à poil, qui constituent un fardeau et détruisent l'équilibre. Il faut avant tout au soldat un vêtement qui le préserve du froid et de la pluie, et qui lui laisse toute la liberté de ses allures ; il lui faut une tenue de guerre, non une tenue de parade. Aronssohn (i), après plusieurs années passées en expédition active au Mexique, a émis à ce sujet des idées et proposé des réformes dont plusieurs sont justes et praticables.
Certaines dispositions, en vigueur dans d'autres armées, pourraient être essayées chez nous avec avantage. Les Américains portent le chapeau de feutre bas et è larges bords, adopté par les chasseurs tyroliens d'Autriche et les bersagliers d'Italie; il préserve de la pluie, de la neige, du soleil, ménage la vue et facilite le tir; mais il est un peu lourd, et Hammond (2) déclare ^lui-même qu'il n'est pas supérieur au képi français. Les Anglais se louent beaucoup d'une nouvelle coiffure adoptée récemment, le glengan'y Scotch cap; c'est une sorte de bonnet écossais qui protège la nuque contre la pluie, les oreilles contre le froid, avec lequel le soldat peut se coucher, et qui constitue^ paraîtil, une coiffure élégante et nationale (3). L'armée des États-Unis emploie la couverture de caoutchouc fendue au milieu pour le passage de la tête, comme la couverture de laine de nos troupes en campagne, mais plus légère, moins encombrante, séchant facilement au vent Sous les larges plis de ce manteau flottant improvisé, elle protège de la pluie l'homme, ses armes, ses munitions, ses vivres, etc.; elle doit beaucoup moins empêcher l'évaporation de la transpiration que leur puncho, ou manteau de cheval en caoutchouc, et que tous les vêtements imperméables ajustés; étendue à terre comme couverture de couchage, elle préserve très-bien de l'huraidilé du sol.
Les Autrichiens ont adopté pour leur tenue la couleur blanche, qui est d'un bel effet; « on se tromperait, dit le colonel Favre (4), si on la croyait peu
(1) Aronstohn, Études (thtfç. milii. {Mémoires de médecine militaire^ 1867, t. XIX,
(2) Hammond, À trtatise on Hygiène, p. 91. (8) ParkM^ H^iene, p. 375.
(à) E. Firre, V Autriche et ses institutions miiitaires. Paris, 1868^ p. 125.
^UBUOirc] DES PROFESSIONS EN PARTICULIER. 809
Est de 20 kU. 092 gram.
En campagne, il faut y ajouter :
60 cartouches (1) 2 460 —
Une tente-abri . . 1 kil. 070 ^am. \
Un support 0 à70 — /
Trois piquets. ... 0 150 — > . . . . 3 790 —
Une couverture. . 1 600 — I
Un petit bidon.. 0 500 — 7
Ustensiles de campement en moyenne i 272 —
Vivres pour quatre jours sans viande 3 394 —
31 kil. 008 gram.
En supprimant certains objets qui font double emploi on sont moins utiles :
Un habit ou tunique
Une chemise
Une cravate „ . ., . « . ^^^
Deux paires de ganU \ ^ ^' *" gram.
Un mouchoir
Un martinet
on arrive à la charge de 28^»88(( ; quand il est nécessaire d'emporter des vivres pour huit jours, oh réussit, au moyen de certaines réductions habilement combinées, à limiter la charge totale à 30^,718.
En 1859, pendant la guerre dltalie, la charge réglementaire était en moyenne de 28^,732, sans compter les objets de toute sorte que chacun y ajoutait volontairement. Certains corps habitués à faire campagne, les zouaves, par exemple, sont renommés pour la compleiité, Thabile disposition de l'échafaudage qu'ils ajoutent k leurs sacs ; dms leiderDières expéditions en Afrique» ils ont fréquemment porté 32 et 35 kilogr. A coop sûr^ les hommes robustes sont seob capables de supporter, dans ces conditions, les marches prolongées, dans des chemins difficiles, sous h pluie, ou par un soleil brûlant Une pareille charge semble exagérée pour les hommes de petite taille qu'on a relégués tous dans l'infanterie, à qui en campagne on demande constamment des marches forcées, des mouvements rapides^ des ellbrts sans cesse renouvelés. C'est l'infanterie, cependant, qui ainsi chargée a traversé l'Europe en courant, et décidé le sort des grandes batailles accomplies dans ce siècle; il est vrai qu'après la victoire on ne comptait pas jadis le nombre de ceux qui avaient fléchi sous le poids d'un fardeau trop lourd, et qui, avant même d'avoir combattu» remplissaient les hôpitaux et les ambulances.
En Amérique, où le soldat porte avec lui une foule de choses utiles, le poids de l'équipement a été réduit de telle sorte que la charge du fantassin avec tiO cartouches, mais sans vivres, s'élève à 20^^,071, et à 2/i^,071 avec huit jours de vivres sans viande.
(1) Le fusil modèle Chassepot, dont l'armée est aujourd'hui pourvue^ pèse A^'l^Oôd, et avec la baïonnette 4^>1^654. La cartouche pèse 32 gr., la baUe seule 25 gr. ; 60 cartoucbet ne pèsent donc plut que ikii,920, et la charge se trouve rédvfta de 5A0 gr.
NBUtPi] PROFESSION mUTAIRS. 811
d*aii6 absolue nécessilé, tontes les sentineUesde tolémice oo mdme ceUes d*iioDDeor ; en 1852, Tordre était que le soldat n*eût jamais moiusde 3 nuits libres sur k ; cette sollicitude pour le repos nocturne de la troupe ne s'est pas ralentie, et le décret du 18 octobre 1863 sur le service des places de guerre eiige que le nombre d'hommes ï fournir par chaque corps soit réglé de manière à leur assurer au moins k nuits de repos sur 5, et le double aux hommes de la ca? alerie.
Les migrations de garnison se répètent à d'asseï courts intenralles pour l'inianterie de ligne, et multiplient pour elle, avec les fatigues d*uo voyage k pied, les dangers des changements de climat Les cbemios de fer prêtent aujourd'hui leur vitesse aux mouvements de la troupe ; mais ils Ufs possèdent pas un matériel approprié à ces transporta collectift et la rapidité du voyage ne compense pas toujours les inconvénients d'un encombrement momentané mab excessif. Les mouvements périodiques des troupes pourraient se combi* ner, à leur grand avantage, avec les divers climats de la France, de manière à leur procurer des compensations hygiéniques, une heureuse altemanoe d'impressions du dehors : quoi de plus rationnel que d'envoyer dans un pays de montagnes un régiment qui a vécu plusieurs années dans une région marécageuse, et d'éteindre ainsi les restes d'une intoxication palustre souvent mal dé6nie7
En temps de guerre, soumis à des influences que nous retrouverons en étudiant les maladies d'une armée en campagne, le soldat doit suflire à de nouveaux efforts : il franchit de grandes distances, passe dans des climats lointains, s'embarque pour des traversées plus ou moins longues sur des vaisseaux presque toujours encombrés, exécute des marches forcées, combat le jour, bivaque la nuit, campe sous la tente et dans les baraques qui l'abrktfit imparfaitement contre la pluie, le froid, la chaleur, endure la faim et la soif, subit dans les ambulances ou dans les hôpitaux temporaires l'influence délétère de l'encombrement, de telle sorte que les chances de mort lui viennent bien plus des conditions journalières de la vie en campagne que de l'ennemi qu'il est destiné à combattre.
IIL Mortalité et eaimes det malùiiêi dont V armée. — Quel est le résultat de cet ensemble de causes qui vient d'être passé en revue 7
L'étude hygiénique d'une profession repose sur deux notions fondamentales : la mortalité, la nature des maladies. Ce double critérium permet seul d'arriver à des résultats positifs; par le chiffre de la mortalité on mesure en bloc le degré de salubrité de la profession; par la connaissance des maladies qui fournissent cette morulité, on est conduit aux causes de ces maladies, c'està-dire à la prophylaxie, qui est le but suprême de l'hygiène.
Cet examen doit porter successivement sur l'armée en garnison, en temps de paix ; sur l'armée en campagne.
A. l"" Mortalité en temps de paix. »- Et d'abord, la vie mililaire occasidnne-t-elle une mortaUté égale à celle de la vie civile ! D'après b
publique] • PROFESSION MIUTAIRE. 813
occasionne à peine 9 décès, la vie militaire en occasionnerait 18, si les hommes n'étaient pas choisis et renouvelés d*ane façon incessante (1).
Cette mortalité considérable se répartit inégalement sur les éléments divers dont se compose Tarmée. Une loi qui date du 22 janvier 1851, mais qui n*a reçu son exécution qu'en 1862, ordonne la publication annuelle d'une statistique médicale de l'armée ; cet énorme travail, auquel s'attache désormais avec honneur le nom du docteur Ely, va nous fournir pour cette étude des indications d'autant plus précises que le zélé rédacteur a pris la peine d'établir, dans le document qui vient de paraître, la série des chiffres moyens pour la période quinquennale 1862-1866.
a. Influence de Vancienneté de service. — Le général Pelet avait depuis longtemps fait ressortir la diminution progressive de la mortalité, à mesure que le nombre des années de service augmente. La statistique officielle confirme par des chiffres précis ce fait important, qui se reproduit chaque année dans des proportions presque identiques :
Décès •ur iOOO houunes en i8(»-1866.
Moins de 1 an de service (2) 12^57
De 1 à 3 ans 13,16
De 3 à 5 ans 11,49
De 5 à 7 ans 8,49
De 7 à 10 ans 7,96
De 10 à 14 ans 8,30
Plus de 14 ans de service 9,95
Pour les hommes dans le premier conf é de 7 ans, la mortalité est de . . 11,42
Pour ceux du second, elle est de 8,1 3
Pour les vieux soldats, après deux congés, elle n'est que de 9,85
Pour les vétérans, elle s*élève jusqu'à 36 et au delà.
Cette diminution s'explique si l'on réfléchit que la composition de l'armée s'améliore, d'année en année, par l'élimination des non-valeurs et des valeurs douteuses que chaque classe y introduit; les réformes, les décès ont pour résultat l'épuration de chaque contingent, et dire qu'arrivé à sa septième année de service^ il ne perdra plus qu'un petit nombre d'hommes, c'est rappeler tout le déchet funèbre qu'il a dû fournir avant d'arriver à cette limite. Dans les armées étrangères, dans l'armée anglaise en particulier, il en est autrement : le nombre de décès augmente avec les années de service, aussi bien qu'il augmente avec l'âge dans la population civile.
(1) Pour que ee résultat fût déûnitivement acquis, il faudrait savoir quelle est la mortalité des classes ouvrières, vivant dans les villes et dont le bien-être est moyen, etc. — Voy. E. Vallin, De la salubrité de la profession militaire {Ann, ifhyg. et de méd. lég. Janvier 1869).
(2) Statistique mt'tl, de Vannée juindant Cannée 18C6, p. 46.
ruBUftOB] PROPESSIOM «UTAIIIK. 81»
néité, cette dépreesion morale propres à rhomme qai snbit la néceieicé du senrice, le sous-ofBder qai a déjk payé soa tribut aux maladies de raccUmatement et de la Jeunesse, présente une mortalité de 8,27 sur 1000, quand celle du simple soldat est de 10,88 (1866).
Les mêmes influences se font sentir dans les corps et règlent en quelque sorte leur ordre hiérarchique et leur mortalité. Voici les chiffres donnés par les dillërentes catégories^ pour la période 1862-1866 (1) :
Génie (troupet) 7,90 \
Garde impériale 8^S5 \
Oarritre 8,98 1 8
InCuiterie léfèra 9,05 1 '1 |
Corps spéciaux de la Tille 4e Parif 9^20 f aj
ArUUerie et train d'artillerie. 9,âl > * o
infanterie de ligne 10^10 ( "IS
Caviderie et remontât , , 10^25 \ S ^
Infirmiers 12,76 1 S
Train des équipages lâ,79 (9) I *
Vétérans..... 36,82 /
Il ikut en outre tenir compte des qualités physiques exigées pour l'admis* sion dans certains corps (inbnterie l^;ère, génie, sapeurs-^pompiets) ; de l'ancienneté de service (garde impériale): de l'état civil des hommes (les gardes de Paris sont presque tous mariés); du genre de vie : travail libre ou en plein air (ouvriers et troupes du génie), occupations dans des salles de malades (mfirmiers), etc.
Nous aurons plus loin à recourir k ces chifflres et à en invoquer le témoi* gnage.
2* Des maladies du soldat dans ses garnisons. — L'étude des maladies nous aidera mieux encore à comprendre les causes delà mortalité de l'armée. Si Ton recherche, dans la statistique médicale de chaque année, les aflectfcms qui ont occasionné le plus de décès, on est immédiatement frappé par deux chiffres très-forts, correspondant à la fièvre typhoïde et à la phthisie ; i part ces deux groupes, il ne reste que des chiffres peu élevés, {H'esque insignifiantSi sans doute parce qu'ils sont répartfe sur des espèces morbides parfois trèsvoisines, appartenant au même genre, mais désignées par des noms difiérents.
Laveran (3) a évité cet inconvénient, en groupant les maladies suivant leur nature et leur patbogénîe, afin de comparer leur fi^uence et les décès qu'elles entraînent dans les deux populations. A l'exemple des Anglais et des Allemands, il forme un groupe des maladies appelées xymotiques (de Cvpi, fer-
(1) SiatUtique offleieiie de tûrmk^ 1866^ p. 48.
(9) La moitié des koBsnasde ee aorps est enqployéa ea Algérie, eè la aMrtalIté BMyeona est de lâ,â7. ~ En 1866, sur 8898 koBBMt d'eibetif aBoyin, 8059 lionmee de ee corps servaient en Afrique.
(8) Uforan, HecA. simUsU sur k$ emmt de la mortalité de l'armée servant à fùué* rieur (Ann. d'kyg, pthl. et de méd. lég. 2« série, t. XUl).
PUBLIQUI] PROFESSION MILITAIRE. 817
aux militaires qui se rengagent. De même la revaccination, rendue, sur nos instances, obligatoire pour tous depuis le 31 décembre 1857, a diminué notablement les cas de variole et la mortalité qu*elle entraîne; tandis que dans une période précédente, on trouvait 39 décès par variole sur 1000 décès, il n*y en avait plus en 186û que 19, en 1865 et 1866 que 13 sur 1000, et Ton |)eut espérer que ce nombre diminuera encore quand les préjugés, la négligence ou la routine cesseront complètement de restreindre l'exécution des prescriptions réglementaires. Ma)gré cette amélioration relative, les maladies de ce git)upe sont à la fois plus fréquentes et plus graves, et contribuent pour une forte part à expliquer l'excès de nuHtalité de Tarmée.
Si, poursuivant cette étude, on réunit toutes les maladies locales, accidentelles, inflammatoires aiguës ou chroniques, qui semblent pouvoir se rattacher aux influences saisonnières, aux refroidissements, et en général aux agents extérieurs, on est étonné de trouver pour l'armée un chiffre très-rapproclié de celui qu'a donné Marcd'Espine pour le canton de Genève: ces maladies élèvent donc peu la mortalité directement et par elles-mêmes, mais leur nombre est très-grand, elles passent fréquemment à l'état chronique, débilitent la constitution, et favorisent l'édosion des maladies tuberculeuses. Dans cette recherche des causes de la mortalité, leur importance, pour être secondaire, n'en est pas moins très-réelle.
Tandis que dans la population civile, à l'âge de 20 à 30 ans, les maladies tuberculeuses occasionnent plus de i!iOO décès sur 1000, Laveran sur 1000 décès au Val-de-Grâce, en a trouvé 265 par affections de ce genre, soit tiO à 50 décès annueb par tuberculisation sur 10 000 hommes. Antérieurement, dans un mémoire couronné par le ministre de la guerre, Godelier(l), rapportant les décès par phthisie à la population militaire qui les avait fournis^ avait trouvé 52 décès sur 10 000 hommes ; ce chiffre lui semblait identique, ou un peu inférieur à celui de la classe civile correspondante ; il diffère singulièrement de celui de Benoiston de Châleauneuf, 16 décès sur 10 000 soldats, résuhat d'une erreur matérielle que Bertillon (2) a parfaitement démontrée. En faut-il conclure que la tuberculisation est moins commune, et sévit moins cruellement dans l'armée que dans le reste de la population? A priori, cela devrait être, puisque la révision a éliminé tous les sujets déjà phthisiques ou paraissant capables de le devenir; mais si, à ce chiffre des décès, on ajoute celui des réformes, et qu'on rapporte les pertes par maladies tuberculeuses à l'effectif de l'armée et non plus aux décès généraux, on arrive à 36 pertes sur 10 000 hommes, chiffre identique avec celui que Bertillon a trouvé pour cet âge dans les différents pays de l'Europe. Ainsi Tarmée, malgré le choix et l'épuration incessante des éléments qui la composent, paye un large tribut à la tuberculisation, et ce tribut augmente progressivement
(1) Godeller, Heeueiide Mém. de méd. miL^ t. LIX, p. i.
(2) BeriiUon, Ann. dhyg,^ 1862, t. XVIII, p. 131.
m LÉVT. Hyfiéiie, 5* ton. IL— 52
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les veilles fréquentes, elc. , c'est-à-dire une dépense de forces qui eicède souvent la mesure de la con>titution et celle de la réparation alimentaire. Et comme celle mortalité pèse davantage sur les premières années de Tincorporation, il faut admettre que la transition de la vie civile à Tétai militaire constitue, comme Tacclimatement, une sorte de crise physiologique et morale pour les générations qui, d*anni^e en année, se suivent scus les drapeaux. A la spontanéité de Tindividu, à la société naturelle de la famille, à la variété des travaux professionnels, succèdent la rigidité de la discipline, Tassociation •ctice et forcée de la caserne, l'immuable série des exercice et des corvées de garnison. L'organisme ne passe brusquement, ne s*adapte à de tels changements que par un effort énergique et profond. Depuis l'heure des premières contraintes, des premières bouffées de nostalgie, jusqu'au jour de nivellement complet et d'uniforme aspect de toutes les individualités humaines qu'un hasard a groupées sous le même numéro de régiment, il se passe en elles des troubles, des ébranlements, des souffrances qui peuvent se comparer Si la série des modiûcations imposées an colon, depuis son débarquement dans une contrée tropicale, jusqu'à l'époque où il ne se distingue presque plus des indigènes par les caractères de son extériorité. A coup sûr, la révolution organique et psychique qui s'opère dans les années d'acclimatement militaire n'est pas moins orageuse ni moins profonde que celle de l'adaptation graduelle à un milieu atmosphérique très-différent du milieu natal. Aussi les soldats ont-ils leur patliologie propre, soit qu'ils réalisent des états morbides qui, comme la méningite cérébro-spinale, les adénites cervicales, le gottre aigu, s'observent bien plus rarement et avec moins d'extension dans les classes civiles ; soit qu'ils fomentent sous forme d'épidémies permanentes et ambulantes des maladies qui, telles que la fièvre typhoïde la scarlatine et la rougeole, ne se développent qu'accidentellement dans certaines localités; soit que, le service de nuit troublant la pathfigénie régulière des saisons, ils présentent en été des affections rhumatismales et inflammatoires qui ne se montrent pas encore dans la populaticm civile. La plupart des recrues de provenance rurale se caractérisent, au |>hysique comme au moral, par des aptitudes qui les rappniclient de l'adolescence et même de la deuxième enfance; ils en ont les maladies : c'est une rentan|ue que je n'ai ces.^é de faire et de vérifier dans mes cliniques. Fièvres éniptives, stomatite ulcéro-membraneuse, gonflements glandulaires, tuberculisalion prédominante dans les ganglidus bronciiiqu(*s et dans le mésentère, phtliisies galopantes à furme typhoïde, méningites tuberculeuses, bronchites capillaires, etc., toutes ces affections, si fréquentes cheE les très-jeunes sujets, le sont aussi dans nos hôpitaux militaires. Certaines maladies. Ira unes légères, les autres graves, remarquables par leur fréf|iience, se lient étroitement aux conditions particulières de la vie du soldat ; les embarras gastriques, les troubles de la digestion se rattachent sans doute à la uionotonie du régime, au dégoût qu'elle amène; les diarrhées, si comnmues à l'époque des grtaies chaleurs et au commencement de Tau-
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celoi de rarmée française ; le total des journées de maladie, pour les vénériens, équivaut en France à trois jours de service de Tarniée entière, à sept jours en Angleterre: proportion énorme, qui entraîne des dépenses et une perte de force active considérables. Dans les garnisons où la prostitution est bien surveillée, où les dispensaires et les visites médicales fonctionnent régulièrement^ les maladies vénériennes décroissent d*une façon notable (1); on voit souvent leur nombre varier momentanément, dans une même localité, quand la visite des filles est conûée à un médecin peu rigoureux, qui ne se sert pas du spéculum, ou qui ne sait pas déjouer les supercheries des femmes infectées.
La gale, qui, autrefois, était extrêmement commune dans Tarmée, est devenue relativement rare depuis que, sur notre initiative, et dès 1852 (2), les hommes atteints ont été traités dans les infirmeries régimcntaires, par la méthode expédilive et par les frictions qu'Helmerich, chirurgien militaire de l'Empire, inaugurait avec succès, à l'hôpital de Grœuingcn, en 1812, et que Percy (3) faisait appliquer, en 1813, à l'hôpital militaire de Lourcine.
3® Excès alcooliques, — L'abus des liqueurs alcooliques, commun surtout chez les vieux soldats, n'occasionne que des indispositions légères, traitées à la chambre ou à l'infirmerie, et qui nécessitent rarement le séjour à l'hôpital. Gasté (/i), Ludger Lallemand et Perrin (5) ont insisté sur les accidents cérébraux, le délire violent et les accès convulsifs qui, dans les casernes, accompagnent parfois l'ivresse. Le court passage des soldats dans l'armée ne permet pas d'affirmer que la rareté relative de l'alcoolisme chronique donne la mesure de la tempérance des troupes ; cependant, on peut considérer comme mal fondée l'opinion qui attribuait une part sérieuse, dans la mortalité de l'armée, aux excès alcooliques. Ely a bien voulu extraire pour nous quelques indications de la statistique de l'armée: dans ces dernières années, sur 1000 entrées à l'hôpital, il n'y en a que 1,26 pour alcoolisme, ivresse, delirium treroens, etc.; et ces aiïections n'ont fourni que 0,043 décès sur 1000 hommes d'eiïectif : tous les malades, en outre, avaient plus de sept ans de service; sur 25, 19 servaient depuis plus de quatorze ans.
Dans l'armée anglaise, sur 1000 entrées à l'hôpital, en 1865, il y en a eu 10,36 pour ivresse, etc., et 0,11 décès sur 1000 hommes d'eiïectif, proportions bien supérieures à celles de notre armée. Dans ce nombre, sans doute,
(1) Jeanael, De la prostitution dans tes grandes villes au jix" siècle et de Cextindiou des maladies vénériennes, Paris, 1868.
(2) Michel Lévy, Rapport sur le traitement de la gale {Mém, tnéd, milit., 1852, l. IX, p. 327).
(3) Rapport au roinistre directeur de radminûtration de la guerre par le baron Percy, sur les t'vpériences qui ont eu lieu <i t hôpital de Lourcine, etc. Paris^ Impriin. impér., octobre 1813.
{^) Gasté, Mém. méd. milit., 1843, l. LIV, p. 220.
(5) L. Lallemand, Perrin et Duroy, Du râle de Palcoolisme dans torganume, Paris, 1860.
PROFESSION MIUTAIRE. »23
•ur
lOOOljMmuiPt.
an de service 0,31
l ans 0,30
I ans 0,41
' ans 0.53
I an» 0,77
I ans 0,80
ans de service 0,91
Moyenne 0,53
ne autrefois dans Tarmée, disparaît avec la facilité et uiiicalions, les progrès de la ci\ilisation et de Tiiistrucil les dr()arieinei)ts arriérés ou isolés, les pays de iiioni de fer n ont pas encore reliés aux grandes villes, fourtostalgicpies, qu'on s*enipresse de renvoyer en con};é de nesire dans leurs familles; aussi, on comprend à peine , iniis <iécès par nost.ilgie dans Tarmée. (^*esl cependant Is (il y a eu trois décès, suite de duels en 185(i) que nif attribuait, vn 18.S3, le&a^s de mortalité de l'armée, lion iK'uèlre dans les classes inférieures, le service mix>ur les c.'im|>a^n(\s une calamité inévitable, e.st consi-
un impôt, uni* obli^.ition prévue, que les uns acceptent, rai clnsstni au moyen d'un |)écule préparé de longue Miient, devant les conseils de ré^i.sion, ces grossières I de niiiladies, relatées par les anciens auteurs, et dont ounlliui in\raiseinblable. C'est plutôt après Tincorpo* X, |H)ur é\iter une condamnation à la suite d*un délit leur réforme, (ju'on voit les liommes simuler certaines
une persistance et une babileté qui rendent la fraude
} cas de simulation observés au Yal-de-Grâcc, la suririne. Tépiiepsie et les douleurs (jgurent en première it près des deux tiers. Depuis dix ans. ce nombre a plulé ; s'il est très-conmuin de voir des militaires exagérer élexter des inciis|M)sitions légères |N)ur écbap|)er li une leur séjour à Tbôpital ou |)our obtenir des congés de tlus qu'assez rarement le spectacle scandaleux de ces e longue main, soutenues avec |KTsévérance, véritable mianitédu niédecin, contre son désir d*é\iter l'injustice )ir de fai»e resp«»cter la discipline.
de la \ie, la manièn* d'être de l'armée dans si*s garnifait |M)ur la guerre, et les elTorts, les fatigues ()U*on lui l que par la néeessiié d'avoir des troupes exercées et pnt décisif.
822 DES PROFESSIONS EN PARTICDLIER. [■ygièns
ne sont |)as compris les cas de cirrhose du foie, d'aliénation mentale, de r.imollissemenl du cerveau, de paralysie générale, aflections communes chez les vieux soldats, et qui se rattaclunl souvent à l'alcoolisme chronique. L'irresponsabilité occasionnée par Tabus accidentel ou habituel des boissons, est trcssouvent invoquée dans les conseils de guerre. J. Arnould (1) a fait voir dans quelles limites très-restreintes cette excuse est admissible, et à l'aide de quels signes on peut établir la réalité d'un trouble pathologique de Tesprit.
U^ Du suicide^ de la nostalgie^ des simulations, — Les excès alcooliques ne sont pas sans doute étrangers à la production des suicides quon observe dans l'armée; cha(|ue année, on en a)mpte environ 180^ et Ton peut dire qu'après la fièvre typhoïde et la tuberculisation pulmonaire, il n'est guère de cause de mort qui contribue autant à élever la mortalité générale. Les suicides paraissent être plus fréquents dans l'armée que dans la population eiviie correspondante: pour la période 1856-1860, il n'y a eu en France que 0,171 suicides pour 1000 hommes, tandis que l'armée eu a fourni 0,530 sur 1000 en 1862-1866. Ce dernier chiffre pat ait ra peul-iHre moins élevé, si l'on songe que les militaires servent surtout dans les grandes villes, où le suicide est beaucoup plus commun : ainsi, dans le département de la Seine, en 1856-60, il y a eu 0,357 suicides sur 1000 habitants; et cette proportion |K)rle surtout sur les hommes, car pour 6000 suicides, il y en a plus de 3000 accomplis par ces derniers, moins de 1000 par les femmes. £n outre, les militaires sont célibataires, et cette catégorie est deux fois plus chargée que celle des geas mariés. Le désœuvrement habituel de l'esprit, l'absence d'intérêts et de préoccupations d'alfaires ou de famille, les déceptions, les chagrins d'amour, l'exagération du |)oint d'honneur «i la suite de punitions ou de délits parfois peu graves, peut-être le sacrifice de la vie mis au niveau d*nn devoir vulgaire (2), telles sont les causes habituelles de ces actes, accomplis le plus souvent au moyen d'armes à feu et dans l'excitation alcoolique. Il n'est pas rare, en campagne, de voir le découragement, l'excès du froid, de la chaleur, de la fatigue, multiplier les suicides; l'imitation exerce une influence incontestable, démontrée par des exemples que tout le monde connaît. Le suicide, tenté ou accompli par dégoîlt du service militaire, est une exception qui a |)eut-<Hre existé . mais qui ne se montre plus guère de nos jours ; en tout cas, il est curieux de constater que le suicide est beaucoup nmins fréquent chei ki jeunes recrues qui servent sans vocation et pour satisf«iire à la loi, ()ue chez les vieux soldats qui, tous, ont contracté des rengagements multiples, et pour qui la professi<in militaire est devenue une carrière. Voici les chiffres pour la p^'riiMle quinquennale 1862-1866(3):
(1) J. Amoald, Noie pour sen^tr n tfmfotre df In foU^ thms iurméf (i*fi:, m^ttnê'f fie Paru, 1863, p. 267, etc.).
(2) J. Périer, édition de Prin^, />« smnde tiant formée, 1863, p. 44 . (t) SimiiMiéfwe médknh de Var9née en 1866. p. 46.
PUBLIQUE] PROFESSION HIUTA1R£. 823
Uret?» |»ar xiiiride •ur 1000 hommes.
Moins de 1 an de service 0^31
De 4 à 3 ans 0,30
De 3 à 5 ans 0,41
De 5 à 7 ans 0,53
De 7 à 10 ans 0,77
Dp 10 a ià ans 0,80
Plus de 14 an» de service 0,91
Moyenne 0,53
\jà nostalgie, commune autrefois dans l*armée, disparaît avec la facilité et la fr^*(|U('nce des communications, les progrès de la civilisation et de rinstraction dans les campagnes: le.s départements arriérés ou isolés, les pays de montagnes que des dieniins de fer n*ont pas encore reliés aux grandes villes, fournissent seuls quelques nostalgi(|ues, qu'on s*empresse de renvoyer en congé de convalescence ou de semestre dans leurs familles; aussi, on comprend à peine qu*il y ait eu, en 1865, trois décès pr nostalgie dans Tarmée. C'est cependant à la nostalgie, aux duels (il y a eu trois décès, suite de duels en 186^) qae BeDoislou de Cliâteauiienralirihuait, en 18.(3, l'excès de mortalité de Tarniée. A mesure que Tinstruclion pénètre dans les classes inférieures, le service militaire, qui jadis éiait pour les campagnes une calamité inévitable, e^t considéré aujourd'hui connue un iin|)ôt, une oblig.ition prévue, que les uns acceptent, et dont les autres s'aiïrat dussent au moyen d'un pécule préparé de longue date. Aussi voit-on rarement, devant les conseils de révision, ces grossières tentatives de simulation de maladies, relatées par les anciens auteurs, et dont le récit nous parait aujourd'imi invraisemblable. C'est plutôt après l'incorporation, dans les hôpitaux, pour éviter une condamnation à la suite d'un délit grave, ou |)our obtenir leur réforme, qu'on voit les liommes simuler certaines aiïections, parfois avec une persistance et une babileté qui rendent la fraude diflicile à démas(|ner.
Dans un total de 289 cas de simulation observés au Yal-de-Grâce, la surdité, rincontinence d'urine, l'épilepsie et les douleurs Ggurent en premiiff ligne, et en représentent près des deux tiers. Depuis dix ans. ce nombre a platôt diminué qu'augmenté ; s'il est très-commun de voir des militaires exagérer une aiïection réelle, prétexter des indisp(xsitions légères pour échapper à une œrvée, pour prolonger leur séjour à l'hôpital ou pour obtenir des congés de (onvaiescence, on n'a plus qu'assez rarement le spectacle scandaleux de ces sinmiations préparées de longue main, soutenues avec persévérance, véritable (onspiration contre l'humanité du médecin, contre son désird'éviter l'injustice « u l'erreur, et son devoir de faire respecter la discipline.
Voilà les conditions de la vie, la manière d'être de l'armée dans ses garnisons ; mais le soldat est fait pour la guerre, et les efforts, les fatigues qu'on lui impose ne se justifient que par la nécessité d'avoir des troupes exercées et bien préparées au moment décisit
PROFESSION MILITAIRE. 82fi
pportés aux blessures, combien ont été occasionnés par des compliscorbut, de dysenterie, de choléra, et pourraient par conséquent shés au groupe des maladies! Si ceschiiïres expriment la vérité, nous . trouver la confirmation dans la statistique de Tarmée anglaise qui a à côté de nous, partageant nos dangers et nos chances de mort. L*arsrre envoyée en Orient par les Anglais était forte de 97 S6U hommes; rni 6602 décès sur le champ de bataille ou dans les hôpitaux à la ilesBurcs, et 16 298 décès dans les hôpitaux à la suite de maladies le rapport est de 10 décès par blessures sur 35 décès par maladies, très-peu de celui qu'on a trouvé pour la France. ; Trai de dire que le feu de Fennemi décime les troupes, on peut donc 06 la maladie ou les épidémies en font disparaître le quart, et plus. itioDS de la guerre modiûent ces proportions : à li>V'aterloo, où les e l'Europe jouaient la dernière partie de celte lutte qui durait depuis bADt, les morts par le feu de Tennemi montèrent au chiiïre énorme de 100 des troupes engagées, tandis que les décès par maladies furent lub pendant cette campagne de quelques jours. D'autrefois il suffît pidémie meurtrière, le typhus, le choléra ou Timpaludisme, viennent des troupes qui ont de rares occasions de combattre, pour qu*on Dôrtalité prendre brusquement des proportions effrayantes, comme lartin Ta observé dans Tlnde^ comme nous Tavons éprouvé pendant ères années de notre conquête de TAlgérie.
fectionnement des armes à feu n*a pas augmenté, comme on pourrait le nombre des morts sur le champ de bataille: le général Ambert (1), les pertes en hommes des grands combats livrés depuis le commenlu siècle, a fait voir qu'à Solférino et à Magenta, les Autrichiens, qui dt les coups de nos armes nouvelles, n'ont perdu que 8 hommes ), tandis qu'ils en ont perdu UU pour 100 à Austerlitz, et 1/i à •
iffres n'ont pas seulement un intérêt de curiosité, ils ont encore une utilité pratique. Un chef d'armée doit savoir combien il aura d'hommes service par les maladies, avant même d'avoir engagé l'action; quel il devra traîner à la suite de l'armée, qui embarrasseront sa marche, àudra préparer des abris, des lieux d'asile ou des moyens de rapatrieest d'après ces notions statistiques qu'on se règle pour demander des remplir les vides laissés dans les cadres et débarrasser l'armée de ses ents; sans ces notions, on ne peut se faire une idée exacte du nombre u*il faut disposer dans les hôpitaux, du personnel nécessaire de mêle chirurgiens, d*infirmiers; du matériel d'ambulance, del'approvimt en médicaments et en appareils ; des moyens de transport et du l'évacuation à établir, toutes choses qui, en principe, concernent l'ad-
léral Ambert, Maniieur universel, 26 septembre 1867.
826 DES PROFESSIONS £N PARTICULIER. [HTCitm
ininistratioD, mais auxquelles, dans la pratique, le luédecin prend une part décisive.
2* Causes des maladies en campagne. — Puisque Tœuvre médicale propremciU dite est d'un si grand poids en campagne, essayons de détoniiiner les causes du plus grand nombre des maladies et du plus grand nombre des décès: la notion éiiologique doit forcément conduire à la prophylaxie. Priiigic (1), dans un livre mémorable, écrit au lenden»ain d'une campagne qui eut successivement pour théâtre des pays divers, les Flandres, le Hainaut, la Zélande, les bords du Rhin, TÉcosse, etc., Priogle a rattaché toutes les maladits f)u'on observe en campagne aux influences suivantes: l*" le froid et le chaud ; "i'^Thumidité; 3° la pulridité de l'air; ^° les défauUi dans ler^ime; 5<^ Texc es du repos et du mouvement, du sommeil et des veilles. Nous croyons avec lui €]ue les causes des miladies, en campagne, résident dans les influences atmosplié* riques, Id méphilismedu sol, l'encimibremenl, les vices deralimentatiuD, les fatigues excessives, et aussi dans la dépression morale qu'amènent les revers ou les expéditions malheureuses.
a. Conditions atmosphériques. — Soumis aux dures nécessités de la guerre, forcé souvent de braver le froid, 'la pluie, la neige, couriiant parfois les habits mouillés, sur le sol humide, pendant les gardes rx)mme à la tranchée, le suidât subit au |)(us haut degré l'action des intempéries: affections calai rhaies et rhumatismales sous toutes leurs formes, accidents d'insolation, /i^^/ apo^tlexy^ fièvre ardente des pays secs et salubres, etc. £n hiver, les marches C(>rcées, les travaux de siège exécutés malgré la rigueur du froid, |)euvcnt amener des désistres que rappellent la retraite des Dix Mille, la bataille de Pultava eo 1709, le passage des Alpes en 179i, la retraite de Russie. Nous avons indiqué ailleurs (2) les conditions qui favorisent les congélatious générales ou partielles, les moyens de prévenir les accidents et de les combattre. Pendant la dernière campagne d'Orient, ces congélations ont atteint une fréquence extraordinaire: nos statistiques personnelles en portent le nombre à 6,000. Cheuu (3), dans son rapport, en a fionné le tableau suivant:
Pennionuéf. Snrlii» «ruéri!».
M«rU.
Congélations générales
— des bref • • .
— des mains
— des jambes
— des pieds
— des mains et des piedi.
— diverses
Totaux
Total cftifÉRAL. . .
(1) Pringle, nhsen'nft'ofix xur Ifs mntadies des nrméf^^ 2* partie, chap. n, p 39
(2) Tome l«% p. 319 et 325.
'3^ Chenu, fiappori .*Hr Iv iomyague (fOricHt. p. 512 9i t»7S,
POlUOin] PROFESSION MlLlTilRS. 827
Ce chiffre élevé 8*explique par l*aiïaiblissement général , les mauvaises conditions hygiéniques, le défaut de résistance des individus exposés à une température qui, dans le premier hiver, n*esl descendue qu'une fois à— 12''c., et, pendant le second hiver (1855-1856), a marqué plusieurs fois jusqu'à 22® c. au-dessous de zéro.
Devant ce triste résultat, on ne peut qu'applaudir à Texcellente mesure qui a consisté à délivrer aux troupes, en Crimée, des peaux de mouton pour les heures de faction, des bonnets, des chaussons et des ganis fourrés auxquels il faut ajouter, comme on a fait pour l'armée anglaise, des vôtemenls complets de flanelle directement appliqués sur la peau. En Crimée, les troupes anglaises ont fourni 2389 cas de congélation, dont 663 suivis de mort, et la divulgation de ces chiffres par le Army médical report a provoqué une ordonnance spéciale pour l'habillement des troupes dans les pays froids.
A part les congélations, les maladies causées |)ar les conditions atmosphériques sont en général assez bénignes ; elles entraînent une faible mortalité, mais elles enlèvent un grand nombre d'honnnesau service actif, qui pèse plus lourdement sur ceux qui restent : l'encombrement des hôpitaux par ces uuh lades favorise Téclosion des affections nosocomiales, dont eux-mêmes, pendant leur traitement, peuvent contracter le germe, et auxquelles parfois ils succombent. En outre, dans les salles, le sphacèle des parties congelées est une source de méphitisme qu'une ventilation permanente réussit seule à dissiper; dans le camp, les évacuations qu'amènent les diarrhées les plus simples ne tardent pas, par la négligence ou la faiblesse des hommes, à imprégner le sd, mênie au voisinage des tentes, et à produire une des causes les plus graves de l'insalubrité d'un camp permanent
b. Influences teiluriques. — La nécessité de suivre l'ennemi dans un pays malsain, l'impossibilité fréquente de choisir la position et le terrain, expliquent la fréquence des maladies d'origine tellurique dans une armée en campagne : en Algérie, la mortalité extraordinaire par les fièvres a fait niettre en doute la possibilité de la conquête et de la colonisation, jusqu'au moment où les belles études de Maillot nous eurent appris la nature de ces maladies et les moyens de les combattre. Les désastres de l'armée anglaise dans l'Ile de Walchereuen 1767, et la triste fin de l'expédition de Flessingne en 1809, ont montré que les fièvres pouvaient à elles seules, dans certains cas, terminer la guerre ou la rendre impossible. Le danger des expé<litions et des occupations prolongées dans les régions interlropicales, réside surtout dans les affections de ce groupe : intoxication palustre, fièvres graves ou pernicieuses, fièvre jaune, etc., auxquelles nos troupes ont payé un lourd tribut en Chine, en Cochinchine et au Mexique. Ce n'est pas ici le lieu d'indiquer les moyens hygiéniques propres à prévenir ou à combattre ces différentes maladies, mais c'est un devoir de rappeler les mesures adoptées pour notre armée du Mexique, contre la fièvre jaune : faire coïncider le débarquement et le rembarquement des troupes avec la saison de rémissioD épidémique, traverser rapidement les
pubuoue] profession MILITAIRE. 829
proposait en 183^, pour les ouvriers du canal des Landes de Bordeaux. L'installation de cabinets sur un bâti mobile, pouvant être roulé au-dessus d'une fosse nouvelle, ferait disparaître quelques-uns des inconvénients et des dangers d'une tranchée largement béante (1). Indépendamment du méphitisnie spécial qui, au bout d'un certain temps, s'élève de ces fosses ouvertes on comblées, il en est un autre qu'il est pres(|ue im|X)ssible d'éviter : dans un camp devant l'ennemi, les tranchées sont situées près du front de bandière, à une grande distance des tentes ; les jeunes soldats^ les autres aussi, n'osent souvent s'y aventurer la nuit, par paresse, par crainte du froid et des coups de fusil, par crainte aussi de chutes dans la fosse ; de plus, quand l'alimentation prolongée par le biscuit et la viande salée, quand des causes nombreuses ont produit la diarrhée, les hommes affaiblis ne peuvent gagner les tranchées, ils s'égarent entre les tentes, dans les rues du camp, ils s'arrêtent où ils se trouvent, et comme cela se reproduit chaque nuit et même chaque jour des milliers de fois, le sol est bientôt imprégné de matières qui fermentent, se décomposent et jouent un rôle important dans la production de ces dysenteries graves, véritablement infectieuses, presque constantes après quelques mois de séjour sur un même point.
Il en est de même des cimetières où sont parfois entassées à trop courte distance du camp des quantités considérables de victimes que le manque de temps et de bras, la nature du sol, la gelée, etc. , ont empêché d'enfouir suffisamment, surtout pendant le règne d'une épidémie, ou au lendemain des grandes batailles. Il faut ajouter les autres causes de souillure du sol, au voisinage des cuisines, des abattoirs, par l'enfouissement des réiiidus de toutes sortes, des débris et des cadavres d'animaux. L'incinération des fumiers, des immondices et des détritus divers, n'est souvent possible que dans de faibles limites. L'inhumation des cadavres ne devrait jamais avoir lieu sans une couche épaisse de chaux vive, qui détruit rapidement la matière organique, prévient ou arrête la fermentation putride; les liquides désinfectants, solutions de sulfate de fer, de chlorure de chaux, peut-être d'acide phénique et de ses com[X)sés, répandus à très-larges doses dans les foyers de méphitisme, sur l'emplacement des tranchées abandonnées, ou dans l'intérieur de celles qui sont en activité, constituent une ressource parfois insufiSsante, le plus souvent temporaire, mais qu'on n'a pas le droit de négliger quand il est impossible de déplacer les campements. L'installation, facile aujourd'hui, d'un système de drainage destiné à porter au loin les eaux d'inûltration qui ont traversé les cimetières ou les fosses, des plantations d'arbustes sur ces terrains ou au moins l'établissement d'une végétation vigoureuse par des semis de graines fourragères, voilà tout autant de moyens qui trouvent surtout leurs indications quand l'occupation prolongée des mêmes lieux est commandée par les nécessités stratégiques. Trop souvent leur action est insufiSsante ou leur application diflScile,
(1) A. Chevallier, f)e Cétablmement de latrines mobiles (Ann. cThyg. puhliq,, 1867, l. XXVII, p. 67.
gSé DES PROFK8SIOIC8 KR PARTICULIER. [i
et les principes miasmatiques qui se dégagent do soi ajoutent leur action à ceHe de rencombrement, pour aggraver ou faire naître les maladies typhiques. Ces deux influences se combinent parfob de telle sorte qu*il est difficile d*attribiier à chacune d'elles la part qui lui revient dans la production des maladies.
c. Encombrement et vie en commun» — Dans une guerre de siège, quand l'armée est forcée de prcndresesquarliersd'hiTer, les hommes, pour se mettre à l'ahri contre l'inclémence de l'air, se confinent nuit et jour, au nombre de quatone et plus, sous des tentes qu'on ferme avec soin, et dont on empêche la veniilaiion, pour éviter la déperdition du calorique; le tissu de la tente, la paille, les nattes ou les couvertures de couchage, le linge et les vétemeots, la poussière et la croûte superficielle do sol, s'imprègnent du produit des émanations humaines, et deviennent sans doute le siège de fermentations inconnues, qui se manifestent par une odeur spéciale et par leurs effets pathologiques. Les tentes, souvent doublées d'une seconde toile, reportent parfois sur une excavation de plus d'un mètre, pour donner de l'espace et un meilleur abri contre le froid. Ces demeures souterraines, coimues sous les noms de taupinières, étaient très-usitées en Crimée, où leur insalubrité est devenue flagrante. J'ai prévenu officiellement dès novembre 185^ qu'elles se convertiraient en nids à typhus. En effet, c'est sous les tentes hermétiquement closes, c'est dans ces ca\ités à parois saturées de matières organiques que le typhus a pris naissance; U, s'entassaient des hommes surmenés par des travaux ex ces5ifii, mal nourris, découragés, privés des soins les pins élémentaires de propreté, ne pouvant changer de linge, couverts bientôt de vermiue et des prodoîts d'excrétion qui formaient sur la peau une croûte épaisse et fétide. C'est dam ces conditions que s'est toujours développé le typhus, et rappeler les épidémies de Torgau, de Mayence, de Hlllna, de Saragosse, de Crimée, c'est rappeler les grands dé!»astres de nos guerres depuis le commencement du siècle. Eo Crimée, pendant toute la campagne, le nombre de typhiques, dons l'armée française, s'est élevé à 10 166, qui ont fourni /kS08 décès ; pendant les seoli mois de janvier, février, mars 1 856, l'armée, forte au plus de 1 60 000 hommes, a eu 8332 cas avec 3729 décès.
Dans la production du typhus, quelle part revient \ l'encombrement, an confinement proprement dit, quelle part au méphilisme de la décfmipnsitioQ animale? Questions obscures encore, qui semblent devoir être résolues dans le sens de la possibilité de l'action combinée des deux influences. Â ce dernier ()oint de vue, un fait observé en Crimée est du plus haut intérêt : une tente du Ul^ de ligne était un tel foyer de typhus, que presf|ue tous les soldats qui l'habitaient devenaient victimes de la maladie ; en fouillant le sol, on trouva sous la tente même les cadavres de plusieurs soldats anglais, enterré là après la bataille d'Inkennann, c'est-à-dire plus d'un an auparavant; cette cause enlevée, le ty|)hus ne se reproduisit pas (1).
(1) Uuesnoj, Mém, de méd. mtiit., iSb7, U XX, p. 241.
MmUQOE] PROFESSION MILITAIRC. ftSI
Dans tous ces cas, le déplacement général ou partiel du camp est la seule mesure efficace; aucun danger n*est comparable à Toccupation trop prolongée du même emplacement. D'une manière générale, on peut dire qu'au bout de six mois un camp a déjà cessé d'être salubre, qu'il est avantageux de l'abandonner, el que les travaux d'une installation nouvelle seront amplement compensés par l'excellent état de la santé des troupes. Les nécessités de la guerre rendent souvent cette mesure impraticable ; au moins, faut-il fréquemment faire abattre toutes les tentes, les exposer à l'air en les retournant, les ventiler largement et les battre ; s'il est possible, les remplacer par des tentes neuves, et dresser celles-ci h quelques mètres de l'ancien emplacement, que le vent, la pluie, le grand air, viendront peu à peu assainir et purifier.
Le creusement des taupinières doit Otre soigneusement interdit ; chaque jour, la partie inférieure des tentes, les portières opposées doivent être tenues relevées pendant plusieurs heures, pourvu que le temps le permette, et malgré la rigueur de la température; les hommes ont, pendant Thiver, une tendance détestable à tenir les tentes hermétiquement closes, même pendant leur absence, afin de conserver, pendant le jour, une partie de la chaleur accumulée pendant la nuit.
Les Anglais et les Américains attachent au blanchissage du linge et au lavage du corps, en campagne, une importance extrême, qui se justifie par l'excellence des résultats obtenus, et qui s'accuse par les soins et les détails de leurs installations ; c'est un exemple qui doit être suivi chez nous, où jusqu'à présent tout a été laissé à l'initiative individuelle, excitée seulement par les circulaires du médecin en chef ou les ordres généraux.
L'encombrement, le niéphiiisme animal se produisent non-seulement dans les camps, mais enœre dans les forteresses, les villes assiégées, dans les prisons et sur les navires; nous les trouverons tout à l'heure dans les hôpitaux: dans ces habitations closes, le plus souvent très-mal ventilées, les maladies typhiqiics revêtent les caractères d'épidémies désastreuses; les pontons, les casemates ou les prisons deviennent autant de foyers meurtriers pour ceux qui y |>éiKMrent, pour ceux surtout qui y sont enfermés. D'ailleurs, même dans un camp, répidémic ne tarde pas à devenir générale, le typhus \a saisir ses victimes dans la tranchée aussi bien que sous la tente; il se comporte dès lors comme la plupart des maladies infectio-contagieuses, chaque individu atteint devient un foyer d'infection |X)ur ceux qui vivent dans sa sphère de rayonnement, et, et inme les conditions de la vie sont communes et les contacts incessants, l'épidémie n'a plus de limites.
C'est sans doute 5 la même cause, c'est-à-dire à la promiscuité d*un grand nombre d'hommes agglomérés, qu'il faut attribuer l'intensité des ravages du choléra sur les armées en campagne. Sans parler des épidémies qui, de 177/1 à 1817, ont décimé ou détruit les armées anglaises pendant la soumission de l'Inde, dans le pays où le fléau est endémique, rappelons que c'est l'armée persane qui, pendant la guerre de 1825 à 1828, le transmit à là Russie; en
«n Ms MMrESàHffis es riracnjnL
ihZÎ^ c'est peadaot b go^^rre aifcc b fdogae q«e 1'
trercn Europe. Pendaat b guerre d'Oriet^ Tcfipéditiaa de la DnAi ttck* JL a biné le sovrewr d'une des pins terriUes ipidraifi de JMDabobMrYécs: do 21 ao 31 joiflct Ifô^ eadîxîoan,b 1de 10 590 bfjaiiiies, fioNnit earimi 2S00 dulcnfiMs, smt lesqoel» ^36 cèi, preMpie toos inçipts en qvatre JMos, dn 28 an 31 jniirî. Le des G» de choléra, pendant b gnerre de Crnnée, a Ht, povr Faimii francane, de 22 6H0 entrées et de 12 467 décès. Il no» semble dâ&râe de ne pv y f oir b preof e d*aoe iransmisnon de b mabdîe par b cMtinnîié des rcbtio», b coauDonaoté de b TÎe et b mnitiplirité des contacts. C'est dans ces cm sortoot qoe les déjectiofis alf ines, soupçonnée», à jnste titre, d'être kr fébicole do principe infectant, doifent être Tobfet d'nne nctire dans les hôpitaox, dans les ambobnces, dans les camps en-anémes, les fectant^ et les neotralisants doivent être employés arec pudasiun et Les résoliats arantagenx qo'oo a retirés, sur des iliéàtm plus restreints, ér remploi do soliate de fer et des substances analogues, mentent assarément ér fixer ratteotioD. Qoi pourrait dire que l'extension considérable da cboléra^ ci Bnlgarie et en Crimée, n'a pas été en partie brorisée par rjmprégnation, dan le sol des campements, des déjections cholériques? et pent-étre aoraît-nn ei moins de décès à déplorer, si foo eut connu les bits décooTerts, on pen pie Urd, par Scbmidt (de Dorpat , Thierscb et Pettenkofer. Tontes les rafles btgiéniques, rappelées à Toccasion de Tencombrement et du tyi^us, retrom ent ici leurs iodicatioas et doivent être rigooreoseinent appliquée;»; il bnc* en outre, soutenir les forces et la résistance des hommes par des distributions de calé, de fin, d*eao-de-vie, en élevant b ration de pain, de biscuit, de viande fraicbe, etc., comme noos n'avons cessé de le recommander pendant nolie inspection médicale ^ l'armée d'Orient La santé des troupes, en campagne, est en effet subordonnée, poor une forte part, k l'alimentation ; puisqoe b dé^ pense de forces, d'activité moscnlaire, puisque les btignes sont augmentées, il faut que la réparation suive on accroissement proportionnel, sinon l'oralnbme fléchit et succombe.
d. A lûfieniaUon. — Une des premières préoccupations de celui qni entreprend la guerre doit être d'assurer les moyens de nourrir une masse dlionmies, transportés bruscjucment dans on pays nouveau. Mille diflBcoltés déjouent les pré«ii»ioiis les plus .sagaces : on envahit nn pays fertile, on espère vivre à ses dépens, mais l'ennemi, en le quittant, a tout incendié; dans un pays pauvre, on compte sur des ravitaillements bien préparés, mais les convob ont été cou|)és ()ar lennemi ou n'ont pu marcher aussi vile que les troupes, arrêtés |)ar les mau\ais chemins, la neige, les rivières débordées, etc. Les premièfes gu(Trf*s de la Ilépubliquc, la campagne de Russie, ont fourni FesLpérience de tous c<rs dangers. Knfui, et surtout dans les expéditions lointaines, les
(I) CazaUs, Relation fie C épidémie cholérique dont la Dobruischa en jmliH H 'tout 1854 (Méfftoirr^ df. médec. militaire^ 2* série, U XV, p. i30ettA8).
pubuqite] profession MlUTAIRE. 838
ports étant coûteux et diCBciles, on a recours aux aliments de peu de volome, à ceux qui se conservent longtemps sans avarie, la viande et le poisson salés ou fumés, les légumes secs» le biscuit. A la suite de l'emploi prolongé, exclusif on malhabile de ce derqier, on voit souvent sunenir une diarrhée, bien connue dans les camps sous le nom de diarrhée du biscuit ; cet aliment agit alors» en efiet^ comme un corps étranger : il excite les mouvements péristaltiqnes et les sécrétions de llntestin, comme le pain de son ou la graine de moutarde blanche. Cette diarrhée qui, à la longue» peut devenir grave» contribue à Tinfection du camp : elle épuise les hommes, les met hors de service et les rend moins capables de résister aux fatigues et aux causes de maladies plus graves. Ce qui caractérise Talimentation usitée en campagne, c'est Tinsuffisance de la ration de viande, et surtout Tabsence d'albumine fraîche, animale aussi bien que végétale. Dans notre armée» la ration de viande (300 gr.) est notablement inférieure à celle des autres nations, qui accordent en général 500 grammes de viande fraîche par jour et par homme. L'influence bien connue d'une alimentation riche eu azote sur la somme de travail produit, fait comprendre la nécessité d'améliorer cette partie du régime en campagne. 0ans tous les cas où l'approvisionnement du bétail n'est pas impossible, la question de dépense ne doit jamais intervenir dans la fixation de la ration ; au point de vne de l'intérêt financier et brutal» il y a une économie évidente à conserver les hommes en santé, vigoureux, capables de supporter un service actif; songe-t-on assex aux dépenses de toutes sortes occasionnées par les 7 272 201 journées d'hôpital comptées en Orient, sur lesquelles 5 337 888 par maladies étrangères an feu de l'ennemi? L'humanité et l'intérêt ne peuvent- ils faire appliquer aux troupes ce que l'intérêt seul recommande pour la conser\'ation de la cavalerie. Une nation pratique par excellence, rAinérique, nous a domié, pour l'entretien des troupes, l'exemple d'une libéralité qui pourrait, par comparaison» sembler de la prodigalité: elle ne s'en est pas repentie.
Nous avons déjà dit l'espoir que Yallin fonde sur l'adoption, par le public» de la viande de cheval, pour améliorer le régime en campagne. Sans doute» avant longues années, cette ressource ne sera pas acceptée officiellement» peut-être même son introduction forcée dans la ration réglementaire aurait-elle pour efiet d'exagérer les répugnances plutôt que de propager son usage: l'initiative doit venir des troupes qui, à l'occasion, sauront ajouter ce supplément il leur ordinaire; l'esprit d'imitation, l'émulation, la rivalité aidant, il faudra que l'autorité intervienne pour régler la répartition; la catise de l'hippophagie dès lors sera gagnée, au grand profit de l'hygiène et de la santé générale.
Si l'on peut rattachera la quantité exiguë de l'aliment azoté par excellence la faiblesse générale des hommes, leur peu de résistance aux fatigues et à la maladie, etc. , il est moins facile d'attribuer à la même cause le scorlrat qui» avec le typhus, la dysenterie et parfois le choléra» constitue les quatre grands fléaux des armées en campagne.
En Orient» on a compté 23 250 scorbutiques traités aux ambulances oo bô- M. UvT. Hyffièiie» 5« tair. u. — 53
su DES PROFESSIONS EN PARTICULIER. [btcièbl
pitaux, qui n'ont fourni que 667 décès; d*où il ne faudrait pas conclure qu'il B*a occasionné qu'une mortalité aussi minime. Le scorbutique est sans résL>tance aux causes morbides qui Tentourent; très-souvent il contracte à Pbôpital les maladies qui y régnent, et qui, chei lui, prennent des formes et une gravité inusitées; les pneumonies deviennent bypostatiques« les dysenteries gangreneuses, et amènent des perforations ou des hémorrbagies; les typhiques. couverts de pétéchies, succombent à de vastes eschares de la peau ; les plaies prennent de mauvais caractères, les blessures n'arrivent pas à la cicatrisation et les tentatives de chirui^ie conservatrice sont ou inutiles ou désastreuses. Rarement le scorbut, par lui-même, entraîne la mort; il tue par ses complications, on mieux, par les maladies qu'il complique.
C'est surtout l'absence ou la rareté de vivres frais qui rend si commun le scorbut'en campagne; l'albumine fraîche, certains acides et certains sels organiques manquent à la fois dans la viande salée, dans le riz et les légumes secs qui composent le régime. Toutes les autres causes ne sont qu'adjuvantes et secondaires. Gela est si vrai que l'armée anglaise, vivant près de nous dans des conditions presque identiques, après avoir souffert du scorbut la première année où ses approvisionnements étaient mal réglés, n'en présenta plus, par la suite, que des cas extrêmement rares, lorsqu'elle fut abondamment fournie de vivres et de végétaux frais. Les pommes de terre, les oignons, le raifort, les raves, la choucroute^ les pommes, les citrons, certaines herbes propres k faire des salades récoltées sur les lieux^ comme le pissenlit au camp de Sébastopol, voilà les ressources nécessaires à une armée pendant l'hiver, et qui ne font bien souvent défaut que parce qu'on ne croit pas assez à leur absolue nécessité. Les légumes Chollet, pressés et desséchés artificiellement, ont rendu, pendant la guerre d'Orient, des services qu'on ne peut nier; mais leur valeur antiscxiT' butique n'est en rien comparable à celle des légumes sapides, aromatiques^ qui n'ont subi aucune transformation [)ar la dessiccation. Le haut prix des conserves Appert restreint leur usage pour les simples soldats; une seule exception doit être faite pour une substance de cet ordre, le jus de limon, iimejuîce^ ou lemmjuice, qui est devenu réglementaire dans toutes les marines de l'Europe, et qui jouit, au plus haut degré, des propriétés an tiscorhu tiques (voy. p. 859) : 30 grammes de ce liquide forment une ration journalière, d'un goAt agréable, d'un transport facile, d'une conservation très-longue, qu'il ait subi l'ébullition ou qu'on y ait ajouté une petite quantité d'alcool, avant de le tenir dans dos flacons parfaitement bouchés ou sous une couche d'huile, à l'abri du contact de l'air. Cette substance a contribué, pour une très -large part, à préserver du scorbut l'armée anglaise en Crimée, l'armée des États-Unis dans la dernière guerre, et désormais elle devra entrer dans la ration du soldat français, toutes les ibis que le scorbut sera k craindre.
Les boissons alcooliques i)euvent rendre de véritables services en campagne : à petites doses et étendues d'eau, elles ont souvent ranimé, en Afrique, l'énergie des lionnnes accablés par des marches prolongées au aoleil; la stimulation
PUBLIQUE] PROFESSION NIUTAIRE. 835
qu'elles procurent sert à combattre Tengoordissement produit par le froid, mais Tabns ici est redoutable : le danger auquel expose Tivresse est démontré par les observations de Larrey (1), à Wilna et à Kowno en 1812, confirmées par celles de Ross et de Parry an pôle nord.
En temps d'épidémies, ou quand les fatigues augmentent.ules distributions extraordinaires de ?in et d'eau-de-yie sont faites aux troupes; leyin est sans contredit préférable à Teau-de-vie et aux liqueurs alcooliques, quand il n'est pas plâtré et qu'il est riche en acide tartrique. Des visites régulières sont faites dans toutes les cantines, par une commission oà l'élément scientifique est suffisamment représenté ; certaines liqueurs, comme l'absinthe, sont le plus souvent prohibées, et l'on s'assure, par la dégustation ou l'analyse, de la bonne qualité du vin et de toutes les boissons mises en vente.
Nous avons déjà mentionné les avantages des distributions journalières de café : boisson stimulante, nourrissante k la fois; repas chaud et facile k préparer le matin au réveil, aux haltes dans le jour, ou le soir après l'action ; c'est une ressource dont l'approvisionnement ne présente aucune difficulté, dont le soldat supporterait très-mal la privation. En expédition, l'eau prise en boisson est d'une importance extrême. Larrey a fait voir quel danger courent les hommes qui, par les froids trè»-rigonreux, boivent l'eau de neige avant de lui avoir fait absorber, par réchauffement artificiel, tout son calorique de fusion; dans les pays chauds, dans le désert, etc., l'eau manque comptétemeut, ou bien est chargée de sels ou de madères organiques; l'établissement en quelques heures de puits artésiens, employé depuis plusieurs années dans les voyages d'exploration, rendu aujourd'hui plus facile encore par l'invention récente des puits instantanés, permet d'espérer que nos troupes en campagne souffriront plus rarement, désormais, le supplice de la soiL Quand l'eau des ruisseaux n'est pas limpide, quand on n'a pu empêcher qu'elle ne soit troublée par le piétinement des animaux qui s'y abreuvent, on peut la purifier assez rapidement au moyeu de filtres improvisés, ou par le repos avec une quantité très-faible d'alun ; la simple filtration à travers une couverture de laine, même sans addition de couches successives de cailloux, de sable et de charbon, a l'avantage de retenir les particules organiques les plus grosses, certains parasites, comme les sangsues filiformes d'Afrique, et peut-être diverses espèces d'entozoaircs, soit à l'état complet, soit à des phases peu avancées de leur développement.
Dans les contrées où les affections parasitaires des animaux qui servent de nourriture à l'homme sont communes, il faut inspecter au microscope la viande avant de la livrer aux troupes. Pendant l'expédition de Syrie, 1860-61, un grand nombre d'hommes du 5*, du 13* de ligne et du 16" bataillon de chasseurs, etc., ont contracté le ténia, et l'ont porté dans plusieurs garnisons à leur retour en France (2). En Algérie, dans certaines localités, à Bathna par
(1) Lairey, Mémoires et campagnes^ t. IV, p. 8.
(2) Mém. fU médee. miiU,, ISS), t. YII, p. 2il et 39il.
HiBUOirB] PROFESSION MILITAIHE. 897
L'hygiène a un rôle immense aux armées en campagne; elle peut lutter avec succès contre des causes énergiques d'affaiblissement et de destruction, si elle est admise dans les conseils du commandement, si elle est munie d'initiatÎTe et d'autorité. Un changement de campement, une meilleure répartition des denrées, l'emploi de certaines ressources locales, des dispositions opportunes au début d'une épidémie, la dissémination et la séparation des contingents affectés, de judicieux appels par la voie des ordres du jour au concours des officiers et au bon sens des soldats, une bonne organisation des hôpitaux et des ambulances, des évacuations et des dépôts de convalescents; la disposition prompte et sûre de tout le personnel appliqué au service de santé : il n'a fallu, il ne faudra parfois que telle ou telle de ces mesures, pour prévenir, pour atténuer un désastre, et leur ensemble est un moyen certain de réduire le déchet silencieux et journalier d'une armée. Il n'y a d'utile, de puissant en campagne, que l'hygiène; sans elle, la médecine n'est qu'une lugubre agitation ; sans elle^ le chirurgien voit échouer toute son industrie de méthodes et de procédés; sans elle^ l'administration s'ingénie vainement, et les ressources qu'elle accumule n'empêchent pas le développement des épidémies meurtrières.
Qu'on lise l'histoire médicale de la campagne d'Egypte, si admirable par ses résultats sanitaires dus à l'incessante intervention de Desgenetles et de Larrey (1), toujours encouragée et bien accueillie par un général en chef qui avait nom Bonaparte. Quel intérêt plus grand, d'ailleurs, que la conservation d'un effectif apte à combattre? Or, cette conservation des masses, ce problème de chaque jour a sa solution dans les prévisions lucides de l'hygiéniste, dans l'activité productive de l'administration, dans la sagesse du chef militaire qui provoque ce double concours, et s'mspire de l'un pour diriger l'autre.
3® Service sanitaire en campagne, — a. Ambulances, — C'est surtout pour l'organisation des ambulances, des hôpitaux, du transport des blessés, des évacuations, que cette association d'efforts et de compétences devient indispensable. A peine les premiers feux ont-ils été échangés, et déjà il y a des blessés qui doivent trouver des secours préparés à l'avance : ambulances de régiment, que le déplacement incessant des troupes engagées, le manque de sûreté^ réduisent souvent à l'inaaion : ambulances de brigade et de division, établies eu lieu sûr, derrière la ligne de combat, où l'on porte d'abord les blessés, où Ton fait les opérations les plus urgentes, les pansements indispen-
(1) La durée totale de la campagne d'Ê^ypte a été de plus detroisans et demi, pendant lesquels l'armée française, forte de SOOOO hommes^ n'a perdu par maladiet qne At57 liommes. Les pertes par le feu de l'ennemi et par les aecklenU ont été de 3758 hommes. Malgré les ravages de la peste et de la dysenterie^ le rapport des décès par accidenU de guvre aux décès par maladies a été :: 10:8,7 ; pendant la campagne d'Orient 1854-1856 ce rapport a été :; 10:37.
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Nous n'avons pas à tracer ici Témouvant tableau de l*ambulance fonction» nant le soir ou le lendemain d*un jour de bataille; c'est là qu'apparaît presque toujours l'insuflisance du personnel médical : /!i ou 5 médecins là où il en faudrait 20, 20 infirmiers où il eu faudrait 100. Se figure-t-on le terrible labeur de 3 ou U médecins, au milieu d'une ambulance qui vient de recevoir 500 ou 800 blessés, tous demandant un soulagement immédiat à leurs maux, une opération qui calme leurs souffrances, ou prolonge leur vie ; les opérations et les pansements se (but presque sans aides, parfois le soir ou la nuit à la clarté douteuse d'une lanterne; l'humanité^ le sentiment du devoir, font presque oublier la nécessité du repos, du sommeil, de la nourriture; il faut que le corps soit brisé par une incroyable fatigue, pour qu'on puisse dormir quelques heures pendant qu'autour de soi de longues files de blessés épient votre i^veil pour la réduction d'une fracture, l'amputation d'un membre broyé, l'examen ou le pansement d'une plaie pénétrante de la poitrine ou de Tabdomen. Pour ne durer que quelques jours, ces épreuves n'en sont pas moins rudes, elles laissent des impressions qu'on n'oublie jamais.
b. Hôpitaux temporaires, — Dans les hôpitaux temporaires de première ligne, la chirurgie est plus calme, plus reposée; le personnel, le matériel, laissent beaucoup moins à désirer; déjà commence à régner Tordre, la régularité, la répartition des fonctions et des services: l'ennemi à craindre, cVstl'emcombren)ent, l'infection, l'influence hosocomiale. Les ambulances du champ de bataille évacuent incessamment non-seulement leurs blessés, opérés ou non, mais encore les malades qui, même dans une campagne courte et relativement très-salubrc comme celle d'Italie, se montrent dans une proportion considérable; dans les hôpitaux avancés, on garde tous les hommes qui ne soot pas transportables, l'encombrement y est donc presque inévitable; il s'y joint le méphitisnie que dégagent les grands foyers de suppuration, fractures compliquées, amputation, gangrène, etc. L'érysipèle épidémique, la pourriture d'hôpital, l'infection putride, les diarrhées colliquatives, voilà le fléau des salles de chirurgie; dans les salles de médecine, la dysenterie, le typhus, parfois le scorbut, naissent ou se propagent, se compliquent l'un l'autre, et forment des foyei^ qui croissent chaque jour en intensité, on étendue, et bientôt dépassent les limites de l'hôpital. Nous ne voulons pas revenir ici sur les doctrines que nous avons cherché à faire prévaloir dans notre discours à l'Académie en 1862, dans l'article Ambulances du Dictionnaire encyclopédique, et dans les chapitres précédents do ce volume : nécessité absolue de l'aération permanente, de la dissémination, de ré))arpillement des blessés et des malades; immense supériorité des hôpitaux-bara(iucs et sous-tentes sur les bâtiments clos quelconques, casernes, églises, couvents, pinson moins appropriés à cette destination ; telle est l'expression d'une conviction puisée sur des théâtres divers, et que confirment les funestes résultats d'une pratique diflerenle ou opposée. Ces princiiH's uni fuit leur chemin chez les Anglais et jusqu'aux ÉUts-Unis, où peu à peu, sous l'inspiration du médecin en chef de Farmée, les édifices transikn^
purnoui] PROFESSION MILITAIRB. 8di
plus souvent être évacués loin do champ de bataille, là où il n*y a plus m encombrement ni méphitisme.
Pour les blessés, la diCBcnlté matérielle est plusgrande^ et Ton ne peut fixer de règle à cet égard. Les canaux, les rivières, les fleuves^ la mer, fournissent des ressources précieuses quand les navires sont bioi aménagés, quand la traversée est courte et qu*on n'entasse pas les malades; on voit parfois des épidémies graves se propager à bord, soit directement, soit par les principes contagieux provenant d'une évacuation précédente; les navires qui ont transporté les cholériques de la Dobrutscha à Varna en ont fourni de nombreux exemples* dont le plus connu est celui du Magellan^ rapporté par Marroin, médecin en chef de la flotte dans la mer Noire (1).
Les évacuations par les chemins de feront l'avantage d'une extrême vitesse, qui rachète les inconvénients d'une installation généralement très-insufBsante; pendant la guerre des États-Unis, on a construit de véritables wagons-ambulances, que tout le monde a pu examiner à l'Exposition universelle de 1867, et qui ne laissent presque rien à désirer au point de vue du comfort, de la sécurité, de la ventilation, etc. (2). Le plus souvent, c'est par les routes, par des chemins mal entretenus, dans des pays peu civilisés ou dans les montagnes, qu'il bot transporter les malades,, sur les caissons d'ambulance, les profonges ou les fourragères du train, les charrettes et les voitures de réquisition mal suspendues, sur les cacolets, sur des litières accrochées par paires aux bâts de vigoureux mulets.
d. Camps sanitaires, — Les évacués trouvent d'ordinaire, dans les hôpitaux de deuxième et troisième lignes, les conditions de bien-être et de salubrité qui existent à l'état normal en temps de paix. Là, cependant, ne se termine pas Tœuvre de l'hygiène militaire: quand une armée a été éprouvée par des épidémies meurtrières, il faut assurer la rentrée des troupes dans la mère patrie, sans qu'elles apportent avec elles le germe de maladies transmissibles ou pestilentielles. Sans remonter au delà de l'histoire moderne, depuis le typhus décrit par Sennert en 1566 sous le nom de morbus ungarieus, on peut dire qu'il n'y a pas eu de grande guerre en Europe qui n'ait introduit après elle, au retour des troupes, une maladie grave, inaccoutumée, épidé* mique: Tophthalmie militaire, le choléra, le typhus, etc. k la fin de la guerre de Grimée, celte question a préoccupé au plus haut point l'administration, le corps médical, le pays. Le Conseil de santé dte armées fut consulté sur les mesures à prendre ; je rédigeai et fis adopter par mes collègues une instruction qui proclamait la nécessité d'établir des camps sanitaires aux points de débarquement, sur le bord de la mer^ dans les Ues de Porquerolles, Sainte-Marguerite et Cavallaire ; de soumettre les hommes à des lavages complets du corps et (les vêtements, à une ventilation toute-puissante, pendant plusieurs jours,
(1) Marroin, Histoire médicale de la flotte française dans ta ffi«r Notre, pendant la guerre de Crimée. Paris, 1861, p. 18.
(2) Docteur Evans, Wagons et hôpitaux flottants, ambulances aux Ètals-Unit (Ann, dhyg. puhliq., 2« série, 1865, t. XXIV, p. 201).
PROFESSION MIUTAIIUL 8âS
^«nps de psix, dans i'armée, ces dépôts de coDTalesoeoCs soni rendus par la libéralité avec laquelle on accorde des congés de convalescence ^enx qui ont fait une maladie longue, ou qui ne sont pas capables de t€r de longtemps les fatigues du service.
r les troupes qui servent en Afrique, et, bors d*£urope, dans les contrées ines, certaines affections, qui ont une grande tendance à la chronicité V^ récidive, ne laissent aux malades de chances de salut que par le renvoi la mère patrie. Garder trop longtemps dans les bôpitaux, ou même dans Camps de convalescents, des malades atteints de dysenterie chronique, de xie palustre ou d*affections du foie^ c'est leur enlever tout espoir de gué* n, les rendre incapables de supporter les fatigues du rapatriement, les Mtv à une mort certaine. Ces évacuations, d'ailleurs, doivent être combinées ^^ telle sorte, qiie les malades ne passent pas sans transition d*nn climat presque ^^K»pical aux rigueurs de la saison froide ou d*une région septentrionale ; fiiire ^^ntrer d'Afrique en France, au mois de novembre ou de décembre, des €X)nvalescents de dysenterie avec on sans abcès du foie, les envoyer en convalescence dans les départements du nord ou de Test, c*est les exposer à un danger non moins grand que celui auquel on prétend les soustraire, et perdre le bénéfice d'un déplacement pénible pour le malade autant qu'onéreux pour l'État.
IV. De r armée ^ au point de vue des intérêts généraux du pays. — L'armée, que, jusqu'ici, nous avons étudiée dans ses rapports avec elle-même, doit être envisagée dans ses rapports avec la population générale, dont elle est une partie, et sur laquelle elle peut exercer une influence considérable: l'hygiène et la statistique ont donné à ce sujet une importance que des discussions (1) et des recherches tontes récentes ne permettent pas de méconnaître. On s'est demandé si Tobligation du célibat imposée pendant six ans à un grand nombre d'hommes dans la force de l'âge, ne pouvait pas restreindre le mouvement et l'accroissement de la population ; éloigner do mariage les hommes les plus grands, les plus robustes, les plus vaiides> n'est-ce pas faciliter les unions des hommes petits, débiles ou infirmes, qui transmettent à leurs descendants leur basse stature ou leur constitution défectueuse (1)? S'il est vrai que la loi actuelle n'impose le célibat que dans les six premières années de service, c'est-à-dire jusqu'à l'âge de vingt-sept ans, en réalité c'est beaucoup plus tard que les militaires se marient, parce qu'il leur faut d'abord se faire une nouvelle position, amasser un certain pécule, assurer l'existence du lendemain ; en outre, une forte partie de l'armée, presque tous ceux qui veulent y faire leur carrière, se vouent à un célibat volontaire ou ne se marient qu*à
(1) Discussion à l'Académie de médecine (BuUetin de P Académie de médecine, 1867, et au Corps législatif, 1867-68).* L. Le Fort, Gazette hebdom.^ 1867, p. 465 et leq.; et Revue des deux monde*, 1867, 3* volume, p. 462. — Legoyt, Étude statistique sur les armées contemporaines» Ptrii, 1864.
(2) Voy. plus haut, p. 313 et suiv.
Sàh DES PROFESSIONS EN PARTICULIER. [htgtéiic
l'époque où ils toaehent à la décrépitude. Ces argoments, on ne peut le nier, ont ane certaine valeur, et, s*il est vrai que l'accroissement annuel du nombre des naissances se ralentit en France depuis quelques années, il faut chercher la part qui revient, dans ce résultat, à notre organisation militaire.
£. Yallin est arrivé aux résultais suivants:
Au 1" janvier 1865 (1), 326 095 hommes avaient achevé leur vingtièoie année, et constituaient la classe fecrutable. En appliquant à toute la classe les proportions fournies par les 196 730 hommes que les conseils de révision ont dû examiner, et, en appréciant une à une les infirmités qui ont motivé les exemptions, nous trouvons que 36 000 hommes environ, soit plus du dixième, sont dans des conditions de santé et de colkstitution telles, que, pour eux, le mariage est impossible, inadmissible, ou fournira des produits dégénérés qui, certainement^ n'atteindront pas l'âge productif de la vie.
Restent 290 095 hommes vigoureux et valides, sur lesquels 9li 929, compris dans le contingent, sont liés réellement par le service, et voués par là au célibat temporaire. La classe, primitivement forte de 326095 hommes, se trouve ainsi réduite à 195 166 individus valides, ayant le droit de se marier, et même à 193 508 si l'on retranche 1658 élèves des grands séminaires (2). £o d'autres termes, le service militaire impose le célibat pendant six ans aux trente-trois centièmes ou au tiers des individus réellement aptes au mariage.
Le dernier recensement quinquennal établit, il est vrai, que Tâge moyen du mariage est pour les hommes : 28 ans dans les campagnes ; 28 ans 5 mois dans les villes ; 29 ans 8 mois dans le département de la Seine ; et Ton s'est trop pressé d'en tirer une conclusion victorieuse en feveur de Tinnocuité du service : dans les campagnes, si l'on ne se marie guère avant 28 ans, c*est peut-être parce que de 21 à 27 ans, un grand nombre de jeunes gens valides, le tiers au moins, fait partie de l'armée active ou de la réserve, et se voit contraint au célibat. Ce qu'il faudrait savoir, c'est l'âge moyen du mariage pour les hommes qui ne sont ni soldats ni infirmes, et nous n'avons pu, jusqu'à présent, recueillir les éléments d'une pareille statistique. Toutefois il est vraisemblable que l'obligation du service retarde, parfois très-longtemps, le mariage de beaucoup d'individus robustes, bien choisis, à Tâge de la fécondité la plus grande. Nous en avons une preuve dans ce qui s'est passé à l'époque de nos dernières guerres ; quand le contingent s'est élevé, le nombre des naissances et celui des mariages a diminué d'une façon très-notable (3). De 1851 à 1853, époque où le contingent annuel était de 80000 hommes, il y a eu 848953 mariages ; de 1854 à 1856, avec un contingent de 160 000 hommes,
(1) Compte rendu durecrutement pour tannée 1866, p. 36 ai 40.
(2) Dans Y Exposé des motifs du projet de loi sur rarmée, le général ÀUard arme, par une autre voie, i un chiiTre presque idenUque (Moniteur universel ^ 8 mars 1867).
(3) Lagneau, Gazetle hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 1867, p. 2A3, et Statistitfue de la France, t. XI, p. 14.
PDBUQOB] PROFESSION MlUTAlRt;. 845
il n*y a plus eu que 838 632 mariages, soit un déficit de 10 321 pour les trois années. ^
Il en est de même pour les naissances; en tenant compte de la durée de la gestation, dans la période triennale qui a suivi le début de la guerre, il y a eu 30 226 naissances de moins que dans la période triennale qui Ta précédée. En 1860, après la campagne d'Italie qui avait nécessité un contingent de 1^0000 hommes, il y eut 61 021 naissances de moins qu'en 1859, et pendant les années 1859 et 1860^ 2^ 906 mariages de moins que dans les années 1858 et 1861.
La mortalité considérable que nos troupes ont supportée en Grimée n'a pas été sans influence sur ce triste fait observé pour la première fois depuis 1817 : en 185^ et 1855, la population générale a diminué de plus de 60 000 et de 30 000 hommes, au lieu de suivre, comme chaque année une augmentation progressive de 150 000 hommes environ : le choléra, qui a sévi sur toute la France pendant cette période, a contribué pour une grande part à ce résultat, mais peut-on oublier que l'armée française a fourni en Grimée 95 615 décès par maladies ou par suite de blessures ?
Là ne s'arrête pas le compte des maux qu'on impute à la guerre et au service militaire en général ; on l'accuse d'amener la dépopulation des campagnes, de laisser improductifs dans les villes des bras que réclame l'agriculture, de créer par la vie de garnison des goûts de luxe et des besoins factices qui empêchent le soldat devenu libre de retourner au village, pour y labourer son champ et choisir une compagne. Ghaque contingent annuel se compose pour moitié d'individus enlevés aux travaux de la terre, sans comp* ter un très-grand nombre d'hommes exerçant, à la campagne, dans les villages, des professions autrement désignées. Les chiffres donnés par les comptes rendus du recrutement varient très-peu, à des périodes différentes :
Ouvriers en bois
Ouvriers en fer et autres métaux
Ouvriers en cuir
Ouvriers en pierres et mineurs
Employés aux travaux de la campagne
Écrivains et commis de bureau
Tailleurs d'habito
Bateliers et mariniers
Professions autres que celles spéciflées ci- dessus. Sans professions ou vivant de leurs revenus. . . .
PROPORTION SUR 100 DO CORTUIGIirr EFFBCTir.
La proportion considérable des conscrits venant de la campagne s'explique
PUBLIQOKJ PROFESSION MIUTAIRK. 8^7
17 d7ik ne sachant rien, ont appris à lire,
14 670 — — et à écrire,
10 573 — — — et à calculer.
12 773 sachant seulement lire et écrire ont appris à calculer.
Voilà doac plus de 5lx 000 hommes à qui le séjour dans Tarmée a procuré le bénéfice de TinstructioD primaire, qu'ils n'eussent pas acquise s'ils avaient été livrés à eux-mêmes, et le nombre n'est pas très-rare des militaires qui, arrivés au régiment dans un état d'ignorance absolue, parviennent à .acquérir une instruction assez complète pour atteindre les différents grades de la hiérarchie. L'admirable unité nationale des populations si diverses d'origine, de race, de langage, qui couvrent le sol de la France, ne procède-t-elle pas en partie de nos institutions militaires 7 Le Provençal, le Flamand, l'Alsacien, elc, versés dans les cadres du même régiment, s'identifient dans les mômes sentiments, dans les mômes habitudes; l'honneur est leur trait d'union.
A mesure que les hommes s'instruisent, ils s'améliorent, avons-nous dit ailleurs; la statistique judiciaire de l'armée fait voir que le nombre des condamnations prononcées par les conseils de guerre a diminué notablement depuis quinze ans ; les catégories les plus (iavorisées sont formées de militaires qui contractent un engagement après avoir fait un premier congé, et après avoir puisé, |)ar un long séjour dans l'armée, le sentiment de l'Iionneur^ l'es* prit de discipline et une instruction qui se complète avec le temps. A ce point de vue la loi de 1855 adonné, pendant douze ans, les meilleurs résultats, en faisant disparaître la classe des remplaçants qui fournissait le plus grand nombre de condamnations, et introduisait dans les corps un élément de scandale et de démoralisation.
L'armée, qui fournit encore aujourd'hui une plus forte mortalité que les classes civiles malgré le choix de ses éléments et ses épurations réitérées, l'armée pourrait devenir une florissante pépinière de nos populations, et servir puissanunent à leur régénération physique et morale ; mais il faudrait qoe l'on s'appliquât à fortifier, à perfectionner la constitution du jeune soldat avant de le soumettre aux épreuves du régime militaire.
Les Anglais soumettent à l'entraînement les individus qu'ils destinent à être coureurs, écuyers, boxeurs, plongeurs. Pourquoi ne ferait-on pas suivre au jeune soldat un système de préparations ayant pour objet de favoriser son complet développement, de consolider ses organes, d'assouplir ses ressorts, de lui donner en un mot ce qu'il n'a pas, la force, l'adresse, lagilité? Pourquoi jeter par monts et vaux, dès leur incorporation, des hommes trop faibles encore pour faire les frais de cette incessante série d'acclimatements, et qui auraient besoin d'une nourriture plus substantielle pour subvenir aux pertes de chaque jour et au travail de leur accroissement non terminé.
Il importe aussi de rendre les loisirs du soldat plus utiles à lui-même, à l'État et à l'armée, sans porter atteinte à son caractère national, ni à l'esprit militaire. Cette question a été traitée par fiégin^ dans un mémoire conronné par
Ml mls norwbiùës a paetmxuee. îstciAb
VAaàtaût de Cliâloiif-siir-MarBe (i). Les idées qui j soiil exprimées d'ooI rien perda deleor à-|iroposelde leur jostesK : 80000 hommes eoTiroo soac appdés tous les ai» sons les drapeanx* es même temps que d'andens soldats, en nombre proportioimé, qoittent le ter? ice. Un moof eraent si considérable, imprimé i b population d*un pays, peot devenir on danger poor le corps sodai, tant par l'état sanitaire des militaires libérés qne par lears mcnins et leur esprit; il peut aussi devenir un moyen d'amttoration pbynqoe et oiorale ponr cette mètne population, àbqœlle Tannée renverrait tous ans 50 ^ 80 000 sujets d*élite, ausN propres k fonder de vigoureuses funilles, qa*à répandie autour d*eoi les principes d'ordre, les 9061s de l'instruction et les germes d'un patriotisme édairé.
Rappelons que les routes, lesaquedncs, les temples, les tbéfttres, les cirques, dont on trouve encore les traces en Italie, dans les Gaules, en Asie, dais l'Afrique, ont été construits par les légions romaines qui employaient ^ ces nobles travaux les loisirs de la victoire; nos soldats ont imprimé comme elles, sur le sol de l'Afrique, les beureuses marques de leur passage : les travaux d'utilité publique, pourvu qu'ils n'exposent pas l'armée âi l'empoisonnement des marais ni à d'autres caoses de dépression vitale et d'inopportune morbidité, divertissent le soldat, améliorent son ordinaire, influent benreusement sur son homeor, fortifient sa santé, lui permettent quelques épargnes. Les régiments employés aux fortifications de Paris ont (ait des travaux meilleurs, plus rapides, à moins de frais que les ouvriers civils ; en même temps, grâce au surcroit d'aisance que leur a valu le prix de leur coopération, ils ont fiMinii moins de malades et moins de mortalité; de plus les épargnes prélevées sur le prix des journées disposent les hommes k l'économie, et leur préparent quelques ressources pour leur retour dans leurs familles.
C'est par ce concours de moyens que l'on peut faire de l'armée un instrument de civilisation et de refonte physique des classes détériorées ; ce résultat obtenu, le recrutement, au lieu d'être l'impOt du sang, en deviendra 1'; régénérateur.
I s. — Pisfff Mivitfe (2).
La profession de marin résume toutes les influences qui se rapportent à la mer (voy. t I, p. 376), à l'atmosphère maritime (t6., p. /i07), aux climats (f6., p. 682), à la navigation et au mal de mer (t If, pi 67^). U nous reste à examiner ici que les conditions spéciales de l'habitation des rins, leur recrutement, leur nourriture, leurp vêtements, leurs travaux, leur
(1) Bégin, Queis sont les moyens de rendre^ en temps de paix^ les loisirs du soUat français plus utiles à lui-même, à tEtat, à t armée. Paris, 1845, in-8.
(2) Tel est le progrès accompli pendant ces dernières années dans la cooitmctioii tt dans l'armement des navires, qat notre article sur la profession navale (4* édition) s'est trouré défectueux, arriéré. Nous devons à Le Roy de Mérieoiirt lesrectiflettions et le pléaient qu'il exigeait.
POUJQUi] PROFIMSKHK RÂITÂUC. j U9
régime moral, la durée rooyenùe de leur vie et leur mortalité* Si ùom flYona le devoir d'interroger sur tooa cea pointa l'expérience apéciale deâ tnédecioa de la marine qui ont enrichi la science d'importants ouvrages, il notis sera peN mis cependant de noua appuyer aar ka souvenirs d'un grand nombre de irsh versées qui ont marqué notre carrière de médecin militaire.
1"* Habitation». — L'hygiène météorologiqQe dea nafires, dit jtidldeffse* ment Forget, commence sur le chantier : elle exige le choix de bois de cod'* slruction parfaitement desséchés, l'exposition de la membrure H l'air avant l'application des bordages, des emméuagenienui qui iiadiftent la drcolaiiofl de l'air dans les profondeurs du bâtiment, des ouvertures, larges, multipliées, disposées de manière à fovoriser une rapide ventilation, etc.
Le bois et le fer sont les matières premières de rartbitectm'e natrtlqne \ le bois conserve sa préémioence pour la oonsCmclion des bttlments de corh bat, il n'enure guère moins de 6000 mètres cobês de bois dans la oonstroef hm d'une frégate cuirassée. Le chêne, le tcak, le hêtre, le frêne, sont d'nn boo emploi, surtout le teak et le chêne qniy pins dors, résisiem plus lofigteinpi aux causes d'altération ou de desimctioo^ CeDes^i sont la fermenfacîod oo pourriture, et l'action corrodante des animaux, tels que lesmoRMqiies appelés tubicolesy térédineSf tarets, pkokdaiteê. L'insalobrité des mrfireft coflstrtflls hâtivement avec des bois bomides on des vieux navires împrégoés d'ead est notoire; leur humidité constante est uot des casses qui Êivorlseoi le développe' ment du scorbut parmi les équipages. L'influence de la mauvaise qoaHfé êa bois sur l'état sanitaire des matelots est démontrée par les rapports de beaucoup de médecins de la marine, et Maissiat l'a lait ressortir ^fli son remÊr" quable rapport pour l'enquête parlementaire sur les divers services de la auh fine (31 octobre 18^9>
Les essences les plus estimées poor les consCractiofis navales ssM le cMiNr rouvre {Quercus roàur) de l'Europe méridionale, le cbêoe verv ^'Aaèrtqne, le chêne du Àord ou du Daotzickf ei le teak {Teetana fffWÊdii^ Omtcmi indica). Les bois doivent provenir d'arbres sains, d'âge moyen €1 ekampiitm^ c'est-à-dire ayant vécu isolément ou en sianpèes bonqneis ec mm êft kfttL Leur conservation est compromise par les ankMNix noisrMen q»l les rrageilt, et par la décomposition ou pourriture. Quand mi arbnr esi abario, i renferme dans s(*s ûhres et ses canaux capillaire» mue qvBRilicè consMêfflMe de Sève liquide, éminemment fermentescible, qu'il fiauAraiC pouvoir MKf passer k PétaC solide par un dessèchement prolongé. Aujourd'hui qu'il est impossible f aC" tendre la dessiccation à l'air Libre, on a recours è l'inaiiersion émm 4es fesses remplies d'eau douce, comme à Aocbeforl, on an nioinsd^eaa simnACre, comme à Toulon, Brest et Lorient. Par l'endesmoso, l'eau dbiios se substitue i rem séveuse. Alors la dessiccation à l'air libre esl bcatowp ptas prompte et pTos complète (1). Les procédés du docteur Boucherie, bien qu'ils n'aient po être
(i) Voy. de Lappareat, Du âépéhmtfmtM dm empâa au nanérti H dès moyens de Us prévenir. Paris, 1862«
M. LÉVT. Hygiène. 5* tUT. u. 54
publique] profession NAVALE. 851
quantité d'objets de toute nature qui doivent y trouver place. Celui que propro|iosa en 18û5 le commandant Lugeol avait réalisé un progrès notable. Malgré les dispositions ingénieuses de cet officier si distingué, les couches d*air de ses couloirs étaient immobiles, et une foule de causes venaient mettre obstacle au libre écoulement de l'eau vers le pied des pompes. La présence des machines à vapeur et de leurs soutes a forcément conduit h lui substituer un autre système. Le lest de fer, devenu inutile, a été supprimé ; on a rempli les vides des fonds du navire qui mettaient un si grand obstacle à la propreté; sur beaucoup de bâtiments on a établi une surface imperméable de béton qui empêche la pourriture du bois ; les matières grasses de la machine ont été recueillies dans des récipients ; enfin les cloisons pleines ont été remplacées par des cloisons à claire-voie. Jusque dans ces dernières années, la cale était lavée à grande eau au moyeu des robinets de cale, mais ce procédé avait Tinconvénient d'entretenir une humidité constante et une putréfaction permanente des débris organiques mélangés à Teaude mer introduite; les meilleurs désinfectants proposés, sulfate de fer, permanganate de potasse, ne sont que des palliatifs. Un système entièrement opposé, c'est-à-dire Fasséchement, est aujourd'hui officiellement prescrit à bord des bâtiments de guerre de la marine francai.se. Il a d'abord été appliqué sur le vaisseau le Jean-Bart, et se trouve minutieusement décrit dans le Rapport sur les Progrès de r hygiène navale de Le Roy de Méricourt (1). Cet éminent médecin de la marine, dans le but de rendre cet assainissement plus simple et plus parfait, a proposé (2) de ménager sous le chargement une chambre à air assez élevée pour permettre à un homme d'aller en rampant, d'un bout à l'autre du navire, en suivant la carlingue et en passant môme sous les caisses à eau. Mais à toutes ces améliorations, il faut ajouter pour atteindre le but, un puissant système de ventilation automatiqu^^qui fasse que le navire respire par lui-même comme un organisme vivant. Le docteur Edmund (3), de la marine royale anglaise, paraît avoir réscdp ce problème à l'aide d'un ensemble de tuyaux d'aspiration entrant dans la construction même du bâtiment, et communiquant, soit avec la cheminée de la machine, les cendriers des fourneaux ou la base des mats de fer creux (fig. 1, p. 852). Son système appliqué en Angleterre, a déjà rendu de grands services et ne tardera pas, avec certaines modifications^ à être généralement adopté.
Lorsqu'un navire a séjourné sur une rade exposée aux influences miasmatiques d'endémo-épidémies, telles que la fièvre jaune, le choléra ; lorsqu'une épidémie grave a sévi à bord, pendant la traversée, le déchargement de la cale et son assainissement offrent de grandes difficultés. Non-seulement, comme l'a
(i) Voy. Rapporl cité, p. 17.
(2) Voy. Notes sur t influence de la transformation des constructions navales mr la santé des équipages (Bulletin de F Académie impériale de médecine, 16 novembre 1866).
(3) Ârch, de médec nav,, i. VI^ p. 211.
Pm.l0im] PKOFESSION NATALE. ft5l
démontré l'incident de VArme-Marie à Saint-Nazaire (1), les hommes de l'équipage, les passagers, penfenl importer des maladies infectieuses, mais encore la cale, en raison de la stagnation de son atmosphère, snrtont à bord des bâtiments de commerce, dont les panneaux sont calfatés an départ, pent demeurer longtemps une source d'infection fort dangereuse pour les oufriers chargés de Tassainir. Après le déchargement dit sanitaire, fort long, fort coûteux, il ne restait, comme ressource ultime, que le saàordemmt, pratique aussi désastreuse pour les armateurs que défectueuse au point de fue sanitaire. Le procédé de carbonisation superûcielie du bois, par le gaz inflammable forcé, de Lapparent, dont nous af ons parié plus haut, offre un moyen rapide, sûr et peu coûteux, d'assainir, à fond, la coque la plus infectée. Pour mettre les hommes qui opèrent le déchargement à l'abri de tout danger, il suffit de les munir, pendant toute la durée du travail, de l'appareil respiratoire Rouquayrol on de l'appareil Galibert « En combinant ces applications récentes de la science, les navires, dit Le Roy de Méricourt, sortiraient aussi sains, et plus sains même, dans le présent et dans l'avenir, que lorsqu'ils ont été lancés (2). »
Le faux-pont reçoit directement les émanations de la cale. Les produits de la respiration et des deux perspirations de tant d'hommes réunis, l'évaporation des vêtements entassés mouillés, les lavages, les inondations accidentelles suites de grains^ de coups de mer, les miasmes qui se dégagent du magasin général, de la cambuse, la fumée des fanaux allumés pendant la nuit^ contribuent à le rendre presque inhabitable, si ce n'est pour les hommes acclimatés à ce méphitisme permanent. Pendant la nuit, les hamacs, serrés les uns contre les autres sont autant de cloaques flottants dont la vapeur chaude et infecte saisit l'odorat lorsqu'on passe près des écoutilles. C'est surtout sur les navires qui font le transport d'émigrants que ce méphitisme acquiert un degré qu'on ne saurait imaginer et qui, trop souvent, fait éclater le typhus et amène de véritables catastrophes (S).
Les navires de commerce qui ont an entrepont, et les navires de guerre de l'ancien système ont les murailles au-dessus de la flottaison, percées d'onver* tures dites hublots, s'ouvrant à volonté, garnies de verres lenticulaires qui s'opposent, quand elles sont fermées, à l'invasion de l'eau, sans intercepter la lumière. Malheureusement, ces ouvertures sont nécessairement closes au mo* ment où elles sont appelées à rendre le plus de service, c'est-Mire la nuit, et presque constamment pendant la nat igation, pour peu que la mer soit grosse. La présence des lames de fer qui forment la cuirasse des nouveaux bâtiments
(1) Môlier, Rapport «ur Vépidémie de fièvre jaune de Saint-Nazaire {Mémoirejt </« ^'Académie imjïériaie de médecine).
(2) Sote sur les perfsctionnemenis susceptibles d'être apportez aux procédés actueis ^e déchargement sanitaire et d'assainissement de la cale des navires contaminés^ in Bull, de VAcad. de méd,, séance du 10 janvier 1865.
(3) Foucaut, Im navigation transatlantique de nos jotirs {Archivei de médecine nn^ Wr, lB5«»t-^^ p. 340).
854 DES PROFESSIONS KN PARTICULIER. [mxcit%t
de combat a entraîné la suppression des hoblots, au grand détriment des conditions hygiéniques de ces types de constmction navale où tout est sacrifié à la puissance militaire. Beaucoup de bâtiments de commerce ont actuellement, sur l'a?ant, un spardeck^ sous lequel l'équipage trouve un logement ssdabre, facile il aérer, qui remplace avantageusement le local infect et obscur dans lequel les matelots sont encore trop souvent confinés.
Dans les batteries, on évite Tencorabrement qui générait les manœuvres ; ces compartiments du navire reçoivent laidement, par les sabords et les panneaux, Tair et U lumière; mais la nuit, on ferme ces ouvertures, et 1 infection du faux-pont s*y reproduit jusqu'à un certain d^ré. Les modiûcatioiis si profondes apportées dans l'artillerie des bâtiments de combat, eu diminuant le nombre des pièces dont le calibre est actuellement énorme, ont augmenté singulièrement l'espace libre ; pendant le jour, les batteries des frégates cuirassées sont, pour ainsi dire, aussi largement aérées que le pont lui-même, qui est, comme on le comprend sans peine, la région la plus salubre du na\ire.
En raison des immenses dimensions des cuirassés actuels et du nombre relativement restreint des hommes qui forment leurs équipages, comparés à ceux des anciens vaisseaux, l'emplacement appartenant, sur les premiers, â chaque homme, est double de ce qu'il était sur les seconds. Sur la frégate cuirassée la Provence, il est quadruple de ce qu'il est sur la Forte, ancienne frégate à voile de premier rang. Mais cette supériorité disparaît bientôt c|uand on envisage les bâtiments de flottille. Il existe actuellement telles canonnières à vapeur qui sont à peu près inhabitables, desA/anttors qui n'ont d'air que par un ventilateur mécanique (Onondaga) (1).
Si, pendant le jour, dans les circonstances ordinaires de la navigation, les parties habitées des constructions navales modernes laissent de moins en moins à désirer, il n'en est plus de même, la nuit et par les gros temps, alors qu*une grande partie des ouvertures sont closes. L'encombrement existe toujours alors à un degré plus ou moins sensible, suivant le type des navires, le nombre d'hommes, l'absence ou la présence de passagers, l'allure du bâtiment, suivant qu'il navigue à la voile ou h la vapeur. La présence des fourneaux allumés élève considérablement la tempéralune intérieure et augmente le méphitisme des parties profondes, surtout pendant la nuiL
Nous empruntons à un travail récent du docteur Quémar (1), sur rhygièuo des bâtiments cuirassés, un relevé thermométrique qui donne une idée trèsnette de la répartition de la chaleur suivant les étages du navire. Ces observations ont été recueillies en escadre, dans la Méditerranée, pendant la belle saison.
Feux éteints, au mouiUage, brise variable (deYaut Tunis).
Pont 22»,2 I Faux-pont 25®
Batterie 23» | Cale 24»,S
(1) Archivex flr méffei.ine navale, t. X, p* 26*7.
(2) An-hivex de mèdaine navale, t. V, p. 463.
POBLiauB] PROFESSION NAVALE. 855
Mêmes conditions (devant Toulon) mois de septembre:
Pont 16%7
Batterie i6»^9
Faux-pont 17%3
Calp 18%6
à chaudières aliuméeSy 42 heures de chauffe.
Pont 23<»,5
Faux-pont AR 21<>,5
Parquet de la machine 3â°
Cale AR 20<»,5
Batterie 22*
Faux-pont AY 2&°
Cale AY 24*,5
Chambre de chaulTe. . . 61^
8 chaudières allumées ^ 4 heures de chauffe.
Pont 27°
Parquet de la machine 35*>
Chambre de chauffe. . /|2*^ Soutes . . 37«
20 fourneaux allumés ^ 102 heures de chauffe (11 août 1865). Centre de la chaufferie 43<^
 bord des canonnières^ dans les pays chauds, la température de la chambre de chauffe monte jusqu'à 70 et 75 degrés.
De tous les agents atmosphériques, c'est l'humidité qui fait le plus de mal à la santé des équipages; elle est leur fléau dans les mers équatoriales où, presque toujours, Thygromètre marque environ 100 degrés, comme dans les navigations polaires ; elle augmente par la porosité du bois, par le défaut de précision dans les joints, par févaporation des caisses à eau, par les lavages, par l'exhalation pulmonaire et cutanée des hommes embarqués, etc. Les écrivains classiques de la pathok^ie navale, Rouppe, Lind, Poissonnier-Despérières, Keraudren, Raoul, Fonssagrives, Le Roy de Méricourt, etc. , s'accordent à attribuer à l'humidité une part étiologique majeure^ surtout dans la production du scorbut. On conseille, pour y remédier, le renouvellement fréquent de l'arrimage, la suppression des cloisons transversales du fRU-pont, la multiplication des écoutilles, les ventilations, la mise au sec des effets, l'assèchement des batteries par l'emploi des balais, des fauberls et des brisiers. Tous ces moyens ne peuvent remplacer un bon système de ventilation générale des navires; telle est la grande lacune, toujours subsistante^ dans leur hygiène. Là est aussi le remède de l'infection nautique due à l'encombrement des équipages et des passagers, à l'existence des foyers miasmatiques dans la cale; la putréfaction des rats, celle des cancrelats, qui se multiplient dans les bâtiments avec une incommode rapidité sous les tropiques, sont aussi des sources d'infection. Les maladies contagieuses, les épidémies, quand elles s'étendent aux navires ou s'y développent, y trouvent des causes nombreuses de renforcement et de maligne aggravation.
A tant de périls quotidiens, incessants, à cette humidité qui débilite profondément, à cette intarissable production des miasmes, à cette variété de méphitismes alternes ou combinés, opposerons-nous les prescriptions de détail et les expédients qu'une pratique parfois ingénieuse a suggérés dans les situations critiques en mer? Point n'est ici leur place, et la prophylaxie nautique nous semble se résumer tout entière dans la ventilation énergique et générale des navires. Nous ne pouvions discuter ici la valeur dus. ouvertures aèraloires.
Hhê DES PROPEMMS 01 rAtflCCUEB. (vrcitn
soit de œfnmoBÎCitkm exiérieorc (èumMÊm do poot wapènem, sabords, hablots, coroeaux des bouteilles, etc.), soit de coMmooicatioD iotérieore ^paooeatix des batteries, da fanx-poot et de la cale) ; leur atflité est certaine, leur iosoflbaDce oe l'est pif moins, parce qu'elles sont en partie boachées, oa parce que les circoosUnces de navi^tîoQ en nécesiitfnt la feriBetDre. Ventfler est donc la grande indication dliygiëne en mer.
La salubrité des naTires, abtraction faite do régime des équipages, dépend essentiellement de lear état hygrométrique, de leur degré d'encombrement, de leur aération et de l'accès plus ou moins facile qn'ib offrent \ l'irradiation solaire. Sous tous ces rapports, l'arcbitectore nautique a réalisé de grands progrès. D*on antre côté, les ordonnances, soit en diminuant l'effectif des équipages, soit en agrandissant les dimensions des bâtiments, ont succeasifement augmenté le cube d'eropbcement attribué ï chaque marin dans la capacité générale des logements k bord* Si l'on compare entre eux les bâtlmenu du commerce et ceux de l'État, on troufe que les premiers, quand ils sont de fort tonnage, l'emportent par leur salubrité sur les autres, et lenr sont InfÉriears quand ils sont de moindre importance. Las statistiques eomparatifet font ressortir, pour les navires à vapeur, une mortalité ph» considérable que pour les navires k voiles ; elles démontrent anssi leur réceptivité plus grande ponr les foyen éptdémiques (choléra, fièvre jaune, colique saturnine, eto. Lors de l'expédition du Mexique, les navires h vapeur et la frégate cnirassée la N(0nrumdie, en particulier, ont payé le plus lourd tribut au typhus anurif. Toutefois, grâce à la rapidité des traversées, grice surtout h la fréquence des relâches nécessitées par le besoin de renouveler le combustible, l'introduction de la vapeur, omme moteur marin, a diminué notablement la mortalité pendant les campagnes de mer. Ce progrès immense a permis d'entreprendre et de réaliser, sans pertes trop sensibles, des expéditions comme celle de Chine, entre autres, qui, ^vec des navires à voiles, eussent été ou chimériques ou suivies de désastres.
L'encombrement est inséparable de la vie nautique et augmente forcément à bord des bâtiments mixtes, c'est-â-dire ayant, outre la machine, une mâture puissante, comme on peut le voir par les fixations d'équipages, suivant le rsng du bâtiment:
Errecnrs des iociPàccs dis r4tiie8 de cohi4t actuels. VnUtenuT cuirofUt, , . Type Sol/érino 68A bomiiiefl, 2 batteries.
^,,^ fW^/ite#cwr«tèe....| Couronne.,.,: 600 -- 1 -
• "**■ CorvMte» eutrwméeif. . — Beihqumse 300 — i —
' '>-.-'"..>,« Il K!:';:::::t«»* *»• -lX"ï:rr
flartijji— mjTiib^ J -* Ànnoriqye. 332 hommes.
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Avitot , de 74 à 162 —
CmnmtUèym de 60 â 86 —
^DSuaotl FBOfBSSWll lUVAUL 857
2* HâctiUemmU êi ipieialUéê profetsùmnettêi à bord. — * Iniqv'an mttiea du XVII* siède» la marine se recrotait violeiniiieiit par la prêtée. Soi» CMbert ^1668) fut instituée Tinscription maritime qui, sanctionnée et réglée par les lois des 15 mai et 31 décembre 1790, 13 mai 1791 et 3 brumaire an IV, assure à la flotte son contingent de serviteurs appropriés par leurs aptitudes originaires et acquises. Elle constitue une sorte de contrat entre les matelots soumis aux levées^ depuis l'âge de 18 à 50 ans, et l'État, qui leur accorde en retour, avec le nionopole de l'exploitation de la mer, une faible pension de retraite. A cet effet, ils sont partagés en qnatre classes: célibataires, veufs sans enfants, hommes mariés sans enfants, pères de famille. Les levées comprennent, dans la proportion annuellement fixée, les hommes inscrits âgés de 20 à ^0 ans, qui n'ont pas encore servi l'État, et, à leur défaut, les marins qui comptent moins de quatre ansde service. La flotte reçoit aussi uncertain nombre de conscrits par la voie du recrutement militaire, et des engagés volontaires qui, &gés de plus de 16 ans, débutent comme apprentis -marins, et, plus jeunes, à titre de mousses. Les meiUeurs matelots sont ceux des classes ou de l'inscription ; nés sur les bords de la mer, ils se façonnent, dès le jeune Age» aux exigences de la navigation. Les enrôlés volontaires et les apprentis-merins, enlevés aux campagnes et aux villes de l'intérieur, se font moins aisément à la vie du bord et ne s'y attachent guère. Les remplaçants ûguraient, dans la marine, dans la proportion de 7 pour 100; vicieux à terre, ils étaient au moins rompus au service. Trois provenances principales, les Normands, les Bretons, les Provençaux, et trois catégories secondaires, les Saintongeois, les Gascons et les Basques, échelonnées sur le littoral maritime de la France, fournissent à sa flotte une admirable variété d'élémrats physiques et moraux.
L'état de marin comprend, ^ bord des navires, un grand nombre de professions: i^ les unes s'exercent à l'air libre, comme celles de gabier, de canotier, de timonier, de mousse; 2"" les autres s'exercent dans l'intérieur du navire, soit dans les lieux habitables (fourriers, maîtres, domestiques), soit dans la cale (caliers, cambusiers, magasiniers) ; 3® d'autres, enfin, exposent en même temps à l'action d'une température très-élevée: gens de la machine, cuisinier de l'équipage appelé coq^ cuisiniers, boulangers, forgerons. L'induction porte à croire, et l'observation établit que les professions du pont donnent le moins de malades et de morts; les professions d'intérieur en donnent notablement plus ; le maximum pèse sur les chauffeurs et les caliers. Les gabiers qui, presque toujours perchés dans la mâture, sont les montagnards de la marine, résistent le mieux à toutes les influences pathologiques ; il est vrai qne ce sont des hommes choisis et joignant à la vigueur et à la souplesse du corps un esprit franc, actif et résolu. Les statistiques, déjà si difficiles à établir pour l'armée de terre rencontrent, en ce qui concerne les marins, des difficultés insurmontables.
3® Régime alimentaire, — Les décisions les plus récentes du Ministre de la