‹ Traité d'hygiène publique et privée. v. 2 (volume 2)Chapitre 91 sur 107 · RU · texte numérisé non relu

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Choucroute 20 — ) . .

ouoseiUeconnte. 10 - j pour chaque repas du soir.

De plus, le décret du 21 juillet 1860 accorde aux gens de la machine et aux soutiers, lorsque la machine fonctionne plus de douze heures consécutives, une seconde ration de biscuit (550 grammes) ou de pain frais (750 gr.) et de vin (46 centil.}. Cette allocation est réduite de moitié quand la machine fonctionne pendant douze heures seulement ou moins de douze heures. Biscuit sec, sonore, et que Ton trempe avant de le consommer ; salaisons de bonne qualité, conserves de bœuf, viande fraîche, aliments divers, légumes comprimés, dont la conservation, due au procédé Appert et à l'industrie de Chollet-Masson, est une ressource pour les malades et les convalescents; substances fraîches autant que Ton pourra s'en procurer ; condiments alliacés, acres et aromatiques; café, vin, malt et bière, que plusieurs navigateurs considèrent comme des antiscorbutiqiies ; lime-jutce, qui jouit an plus haut degré de cette propriété, et qui devrait entrer dans les distributions quotidiennes, à partir d'un certain nombre de jours de mer ; choucroute, comme ressource de variété et de salutaire stimulation ; tabac, enfin, dont la privation est presque insupportable à beaucoup de marins : tels sont les éléments du régime qui leur convient, et qui, secondé par d'autres mesures d'une hygiène éclairée, préserve aujourd'hui les équipages du scorbut On a accusé les salaisous de produire cette maladie, mais Gook a conservé ses gens en bonne santé, malgré l'usage de ce genre d'aliments. Lind a même recommandé l'eau de mer comme antiscorbutique. Malgré ces données, l'usage prolongé et exclusif des viandes salées ne nous paraît pas étranger an développement du scorbut ; seulement, nous considérons cette maladie comme le résultat de causes multiples : uniformité du régime, défaut de nourriture végétale, dépression morale, sans omettre l'humidité froide, l'air stagnant et la privation de lumière, car il existe une identité parfaite entre cette affection des marins et le scorbut qu'on observe dans les prisons, les casemates, les villes assiégées. Le tarif alimentaire, pour les malades en mer, est empreint de libéralité.

La rapidité des traversées et la fréquence des relâches qui résultent de l'emploi de la vapeur comme moteurs marins ont rendu de plus en plus général l'approvisionnement en légumes frais et en bestiaux vivants. Il y a tout bénéfice pour l'État, et surtout pour la santé des équipages, à substituer la viande fraîche aux salaisons et aux conserves, quelle que soit la supériorité de leur préparation. Malheureusement, les limites de l'emplacement qui peut être accordé aux bestiaux, la difficulté de les maintenir en bonne santé et de leur doimer une nourriture saine, restreignent beaucoup cette excellente mesure. Grâce aux porfcctionnements des fours, les équipages ont au moins chaque jour un repas de pain frais à la mer, et souvent davantage.

POBUOOl] PâOPKSSlON NAVALE. 861

pour la santé des marins. Ces dangers augmentaient surtout dans les régions équatoriales^ lorsque la quantité d*eau ingérée devenait chaque jour plus grande en raison de Téiévation de la température, et que l'anémie, la cachexie palustre, contrihuaient à débiliter l'organisme. En effet, la nature des tuyaux métalliques, an début uniquement formés de plomb dans certaines parties^ ou étamés k un titre très-iulérieur dans le reste de leur étendue, en cédant à l'eau des quantités notables de sels de plomb, donnait lieu souvent à toute la série des accidents de l'intoxication saturnine. C*est à partir de la généralisation des cuisines distillatoires à bord des bâtiments de guerre et du commerce que se multiplièrent ces épidémies de co/t^ti« ièc^ qui donnèrent lieu à une foule de travaux de la part des médecins de la marine, et déterminèrent pendant plusieurs années une controverse très-animée. Les belles et persévérantes recherches de A. Lefèvre, directeur du senrice de santé de la marine à Rrest, mirent hors de doute le rftie étfokgique des divers composés du plomb, dans la produclioD de ces coliqoes regardées, pendant longtemps, comme une névrose spéciale relevant umquement des influences climaiériques des pays cbaudsw A l'instigatioade ce savant hygiéniste, une série de mesures adoptées par l'autorité vint mettre on terme à ces graves épidémies, et prémunir les équipages contre les dangers de ce métal insidieux (1).

Après des essais nombreux, tentés dans le but d'obtenir l'eau douce à l'aide d'un condensateur adapté aux machines motrices, l'appareil de l'ingénieur Perroy a été généraleroeiit adopté. L'eau, dans ce système plus ou moins modifié depuis le premier essai, sort aérée de l'appareil, ei n'a plus ce goût empyreomatiqne qui rendait les eaox distillées si désagréables.

k"" Vêiememi. — Le marin a besoin de vêtements de laine qu'il doit changer dès qu'ils sont homido; une demi-bèoose de toile cvée, reconmandée par FouUioy et Laurendn, le garantirait contre la pfaueel les embruns. ▲ part cette lacune, le règlement a pounru aux besoins du matelot. L'eau de mer imprègne les tissus d'une humidité teaace el couMue poisseuse; l'eau douce est donc indispensable au lavage du Hnge et des vêtements, maïs sa rareté ne permettait guère les deux lessives prescrites par semaine avant l'emploi de la chaudière distîMatoire à bord des naviren. Ordinairemeftt le linge est lavé d'abord à l'eau de mer, puis rincé daus l'eau douce. Il Caai désigner un réceptacle pour le linge sale que les nnrins entassent dans leurs sacs; leurs personnes mêmes doivent être sommes à des inapectioiis journalières de propreté qui porteront sur leur tête, leur bouche, leurs oMins et leurs pieds. La brosse h dents doit entrer dans le mobilier régletB^Q^^^ ^ marin comme

(1) A. LeSèm, Heehfrrhes »ur les causes dk fa cohqwe vèche obmrtée mr k$ mnires ffé gtterrr finança is^ particuHèremenf tênns fe» réfioms éqmmèoriain H tmr its ffen pr^mrr h dèsehpfemewt. Farit, 1850. — ftp temphi <àm€m$mt%€t disti/latoires dans la marine. Nécessité d'établir une iurveiliance hygiénique sur la instruction et tur le fonctionnement dt ces offoreils. Parif^ 1862.

publique] profession NAVALE. 863

dispose à la révolte. Au reste^ le marin est an être à pari; rude, mais cordial et franc ; dépourvu de respect humain, mais plein d*une religion naïve qui s'exalte jusqu'à la superstition; prodigue de sa vie sur mer dans les périls et à terre dans les excès ; dédaigneux des vanités luxueuses du citadin; fier d'une profession qu'il ennoblit par un dévouement de tous les jours : tel est l'homme de mer que sa force de réaction préserve souvent des épidémies, meurtrières pour les soldats et pour les passagers. L'ivrognerie est le vice dominant des marins; on a remarqué que les matelots bretons et normands sont surtout entraînés à ce vice, tandis que les méridionaux le sont aux excès génésiques. Un Rapport de Reynaud sur les maladies vénériennes au port de Brest établit qu'en 1852 et en 1853, un effectif moyen de 16/il hommes des équipages de ligne a fourni ^^3 vénériens par an ou 26,9 pour 100; la contagion syphilitique a donc atteint plus du quart des marins présents. En 1853, sur l(i2 901 journées d'hôpital, 63 386 appartiennent aux maladies véuériennes. L'onanisme est commun parmi les mousses. La séquestration maritime produit encore d'autres aberrations qui nécessitent la morale vigilance des chefs ; aux marins comme à certains livres il faut appliquer le critérium d'Horace : tibi plura nitent,, .

6'' Mortalité. — Les matelots comme les soldats ont fourni de mémorables exemples de longévité; mais ces faits n'ont pas de signiGcation générale. Quant à la mortalité, on la voit diminuer à mesure que l'on se rapproche de Tépoque actuelle, et varier dans un rapport étroit avec les mesures d'hygiène. Ainsi de llVert (151^8) compte dans la mer du Sud une mortalité moyenne annuelle de 69,1 sur 100; celle de la flotte de l'amiral Lancaster (1610), due au scorbut, monteà :i3,0 sur 100 ; la même maladie frappe la flotte de l'amiral Auson d'une mortalité moyenne annuelle de 96 sur 100, tandis que Gook ne perd eu 1772 que 1,2, et en 1778 que 1,3. Le nombre moyen des décès annuels a été, dans les expéditions du capitaine Parry, de 0,7 en 1819, de 2,1 en 1821, et de 0,5 en 182/i. L*enquête prescrite par les lords de l'amirauté, sur la mortalité et les maladies dans la marine anglaise de 1830 à 1837 (1), a fourni des résultats d'un haut intérêt. Déduction faite des accidents, l'influence des climats se montre comme il suit :

SUtioDs maritime*. I^éeès sur 1000 iadiTiJuf.

Amérique du Sud • 7,7 \

Indes occidentales et Amérique du Nord 18,1 j

Méditerranée I Moyenne générale des

Indes orientales 15,1 \ décès sur iOGO :

Cap et côte occidentale d'Afrique 22,5 I 11 ,8.

Angleterrre (service intérieur) 8,8 |

— (services divers) 10,3 /

Des documents plus récents, il ressort que la moyenne de mortalité s'est encore abaissée (2).

(1) (iazette médicale, i%ht, p. 379 et sui¥.

(2) Statùtical Report of the Healtk ofthe Naoy, for the year 1865. Londoa, 1868.

^6A DES PROFESSIONS KM PARTIGDLIER. [mxQttm

SUtions OMritiiBe». l^écè* sur iOOO indiTidns.

Angleterre (home station and Channel Fleef) 7,1

Méditerranée 8,2

Indes occidentales et Ainériqoe do Hord i 2,5

Côte S.-E. d'Amérique ^Brésil, U Plata) 11,4

Station du Pacifique 7,2

Gôte occidentale d'Afrique (flètre jaune) 48,2

Cap de Bonne-Eepéraace et Inéee eriestate». • . • 15,0

Station de la Chine 23,2

— de TAustralie i 0,7

Missiom diferses 7,0

En 1865, sur un eOectif de 51 210 hommes, il y a eu 580 décès, dont &16 par suite de maladies et 16^ par accidents ou blessures. La moyenne des maladies a donc été de 11,3 pour 1000, ce qui donnait, sur Tannée 186^, noc amélioration de 2,7 pour 1000. La moyenne de mortalité par maladie a été de 8,1 pour 1000.

Ce chiffre n'est pas supérieur à celui de la mortab'té de toute ia population d'Angleterre; il est au contraire inférieur à celui des classes ouvrières prises au même^âgc dans les villes; et si l'on songe qu'une portion de reflectif de ia marine est employée sur les rives pestilenlielles des Indes ei de TAfriqne occidentales, ou est tenté d'accorder une certaine vertu de préservation à Tair maritime, à l'économie générale des vaisseaux de guerre et à la direction du régime. Il y a 30 et 60 ans, le chiffre moyen des décès annuels de ia marine anglaise était, non de 8,1, mais de 91 et même de 125 sur 1000. Boudin a essayé de démontrer, à Taide d'une statistique qoi comprend une période de trois années et les résultats fournis par les marins stationnés dans la .Méditerranée et en Espagne, que la mortalité de l'armée de terre remporte sur ceDe de Tarmée de mer; mais 1^* les éléments d'une statistique purement maritime de mortalité manquent encore (1); 2^ quelques statistiques maritimes isolées ont dû peser trop dans ces calculs : ainsi, la mortalité au Sénégal et sur la côte d'Afrique est de 61,7 pour 1000 pour les troupes (Godineau, Boudin}, et de 22,5 (Wilson) onde 25,8 (Raoul) pour les équipages stationnés dans ces parages; y les divergences statistiques des anieurs quant aux décès d'une même colonie autorisent au moins le doute sur la valeur de leurs énonciatioos : ainsi, à la Jamaï(|uc, les troupes perdent annuellement 29,7 d'après Mac- Tulloch, et 91,0 suivant ilfarshall; à Ceyian, ^1 ,2 d'après le premier, et 18»3 suivant le second. Que si des recherches ultérieares et pkis conH>Uaes v Béni à confirmer a«x marins cet avantage sur l'armée de terre, mms Vi rons pins parficntièrement aux garanties de leur mode de recrofement par Tinscription, à la régolarilé plus grande de leurs travau ei de lear régiaw, k l'action plus constante et plus étroite de leur» cbefo Mérafthiqtffs sur leur bien-être et sur leur Lygiène. £a temp» de gnerre, le marm a mm ki^emcflC et sa nourriture assurés à bord; point de bivouacs, point de campemeMUi, Mîai <le marches pénibles sous un lourd fardeau de munitions et d'équipenieot dans

publique] profession navale. 865

les contrées insalubres, point de corvées journalières pour les vivres, le combustible, elc. Non que les périls et les privations manquent aux marins; mais dans certaines limites, ils trouvent en s'embarquant, ils conservent sous la main une somme de ressources et de bien-être que l'administration la plus active et la plus prévoyante ne peut toujours assurer au soldat en campagne.

Un mot, en terminant^ sur les hôpitaux maritimes de France et sur l'hôpital à bord des bâtiments.

Hôpitaux maritimes. — La marine a de magniGques hôpitaux dans les ports militaires ; ceux de Brest, de Rochefort (situé hors de la ville), de Toulon (Saint-Maudrier, situé à l'entrée de la rade), sont des constructions monumentales dont l'étendue permet une trop grande réunion de malades, mais où l'hygiène la plus attentive veille au bien-être des malades. Ces étaUissb ments servent en même temps d'écoles à la médecine navale, et fonctionnent sous le contrôle et avec les garanties de la compétence scientiûque la plus éprouvée. A diverses époques^ des navires ont été transformés en hôpitaux flottants et ont rendu de grands services, soit pour le transport des malades, soit pour leur traitement dans l'atmosphère maritime et loin des foyers d'intoxication miasmatique qui infestent les côtes de l'Afrique méridionale, on d'autres stations des tropiques. Thévenot, au Sénégal, a signalé l'utilité de cette pratique, depuis longtemps adoptée par les Anglais. En Orient, j'ai sollicité, dès les premiers temps (185^), l'installation spéciale de quelques frégates pour le service des évacuations par mer. Inutile de détailler ici les conditions de cet emménagement, qui nécessite la suppression de tout appareil militaire. Quelque précaution que l'on emploie, la navigation est péniUe aux fiévreux, hasardeuse aux blessés, et cette considération d'humanité doit décider l'affectation, à cet usage, de navires d'une grande vitesse. En Orient, les blesséa et les opérés que l'on renvoyait en France étaient embarqués comme passagers de Z'' classe; j'ai demandé et obtenu, pour ceux qui avaient trop à souffrir de celte répartition, des places de 2** classe à bord des bateaux à vapcur« L'encombrement, si dangereux pour les passagers valides, l'est bien plus encore pour les malades. Il était excessif à bord de la plupart des bâtiments qui ont desservi, par mer, nos diverses stations en Orient, pendant la dernière campagne ; celui qui m'a porté à Constantinople dépassait, de 250 hommes, relTcctifde sa contenance réglementaire. C'est ainsi que la frégate la Caiypso, qui a transporté, de Sébastopol à ConsUutinople, plus de 3000 blessés, s'est convertie en un foyer de typhus. Fonssagrives voudrait que le chiffre des passagers fût fixé, pour les grands navires, au quart de leur équipage et au sixième pour les petits (1); malheureusement, les situations que la guerre engendre et multiplie, forcent souvent l'administration de passer outre aux prescriptions de ce genre ; surchargée d'attributions et de devoirs, elle ne peut veiller avec la même précision à toutes les parties de tous les senices.

(I) Fontsagrites, Traité et hygiène navale. Paris, iS56, p. 208, u. LtvT. Hygiène, 5« tan. u. — 55

PDBUQUK] PROFESSION NAVALE. M7

pénètrent par pinsiears ouvertures, placées à Textrémité avant, ou sur le pont. Aucun bruit ne vient plus gêner les malades, l'isolement est aussi complet que possible et le transport des blessés est rendu trës-fiicile (1 ).

Les dimensions des hôpitaux des bâtiments cuirassés varient de 90 à 120 mètres cubes. Ces capacités répondent aux plus siricts besoins du service ordinaire, mais non aux prévisions épidémiques qti*ii n'est pas possible de faire entrer dans le devis d'une construction nautique.

En temps de guerre, « les di£Bcultés ne sont pas les mêmes dans la marine et dans l'armée; elles consistent surtout, après une bataille, dans le nombre des blessés, l'étendue du terrain qu'ils recouvrent et l'insufiisance des moyens de transport; c'est l'entassement, au contraire, qui entrave le service chirurgical après on combat sur mer. La position du matelot est meilleure que celle du soldat. Il n'a pas à craindre de rester en arrière et de tomber aux mains de l'ennemi, il n'a pas à subir de longues heures d'angoisse en attendant qu'on puisse venir à son secours, il est toujours sûr d'un abri, et, quelque meurtrière que soit la lutte, le nombre des chirurgiens et les ressources du bord suffisent pour faire face à tontes les éventualités ; mais ces conditions, favorables à rindividn, sont un embarras pour le service... Dans cet étroit espace oà sont entassés tant d'hommes et de matériel, le défout d'espace est une difficulté permanente. L'action du combat, les dégâts causés par le feu de l'ennemi^ amènent toujours un certain désordre que la présence des blessés vient augmenter encore. Il faut les faire disparaître le plus promptement possible du pont et des batteries qu'ils encombrent (2). » Nous renvoyons aux excellentes instructions du chirurgien distingué de la flotte, auquel nous empruntons ce passage, pour tout ce qui concerne les voies et les moyens de transport des blessés dans la cale ou le faux-pont, l'emplacement nécessaire aux opérations et aux premiers pansements, le local où des matelas seront disposés pour eux. Jules Rochard a tracé à ses confrères la marche à suivre dans les circonstances de guerre, avec l'autorité de l'expérience et du sens organisateur. Ce que coûtent les batailles navales, notre histoire le raconte; après le désastre de Trafalgar, il ne restait qu'une poignée d'hommes sur la plupart de nos vaisseaux pris par les Anglais; snr 700 matelots qui formaient son équipage, le Fougueux en avait perdu 600; V Intrépide VS9\X 308 hommes hors de combat; le Redoutable, avant de tomber, sons la forme d'un débris, aux mains de^^ Anglais, compuii , sur 660 hommes d'équipage, 300 morts, 222 blessés, 10 aspirants tués et tout son état-major blessé. En général, les vaisseaux les plus engagés dans les luttes des guerres maritimes y laissent le tiers ou la moitié de leurs équipages, et plus. Voilà les chances de la guerre navale, quand elle se faisait à la voile et avec l'artillerie des temps passés: que seront-elles, avec le

(1) Quémar (G.). Étude sur lex conditions hygiéniques des bâtiments cuirassés (Àrek, de medec, ««t., t. V, p. 462),

(2) Jules Rochard, Du service chirurgical de la flotte en temps de guerre, mémoir de 101 pages annexé au Traité de chirurgie navaie, pir kn Louis Sanrel, Hri», 1861*

868 DES PROFESSIOWS EN PARTICVUER. [iTCicn

secours de la vapeur, qui affranchit la marche des navires de toutes les influences extérieures, avec le choc de Téperon qui arme les navires cuira<«és, les Monitors, et avec les perfectionnements qa*a reços le tir des canons sons le triple rapport de la puissance destructive, de la précision et de la portée!

Les influences générales de cette profession sont celles de Fatr libre (voy. L L page 6H), des habitations nurales, des marab, des fumiers (voy. t. Il,, p. 669). Les seuls fumiers d*étable représentent une valeur annuelle de 500 millions (1), que l'on se représente la surface totale devaporation miasmatique développée par cette cause; d'autres, plus spéciales, dérivent dn genre des travaux : élève des bestiaux et vie pastorale, laboure et grande culture, vignobles, pêcheries, exploitation des marais, défrichements, jardinage et travaux légers de la campagne. Les eflets que subit Thomme livré à ces différentes occupations se rapportent à Tattitude plus ou moins vicieuse du corps, à la durée journalière du travail, à Tintensité deseiïorts proportioinielleroeiiti la force de complexion et à la nourriture, à la nature du sol qu*il remue et dont les émanations l'enveloppent, à l'action des qualités météorologiques de l'air, à la spécialité des cultures, etc. Il est inutile de revenir sur ces divers ordres de modificateurs précédemment étudiés. L'habitant des cam|>agne$ vil plus frugalement que celui des villes; il mange moins de viande, mais plus de pain et de laitage; son vêtement est plus grossier, son logement moins cher; son chauflage consiste souvent en bois sec, bruyère ou chaume qu*il fait ramasser par les siens. On a calculé la dépense nécessaire d'une famille composée du chef, de sa femme et de trois enfants ou de deux enfants et d'un vieillard. Pour l'ouvrier des villes, elle monte à 860 fr. par an ; pour celui des campagnes, à 620 fr. (Bigot de Morogue, Villeneuve-Bargemont, de Gérando). Que si l'ouvrier des campagnes gagne en outre le prix de ses outils, il se trouve audessus du besoin ; que si une diminution du prix des grains lui permet, comme à l'ouvrier des villes, d'économiser de 35 à 40 fr., son aisance est proportionnellement plus grande, puisque son revenu s'est accru d'un vingtième audessus de ses besoins habituels; remarquez encore qu'il gagne plus sûrement 620 fr. que l'ouvrier des villes 860 fr. , l'industrie étant sujette à chômages et les produits des fabriques étant d'un débit moins cerUin que ceux des exploitations agricoles. Nous avons signalé (L I, p. 15U) la composition du régime de beaucoup de populations agricoles : il varie beaucoup d'une contrée à l'autre. D'après Combes, il se compose en BreUgnc de bouillies, crêpes et galettes de sarrasin, de pain de froment, de seigle ou d'orge, de pommes de terre, de beurre, de lait, et une fois par semaine de viande de bceuf ou de porc salé. Dans la Haute-Garonne, il consiste en légumes, en salé, on pain de froment et en bouillie de mais. Dans le Nord le paysan déjeune avec du lait, (I) De Porcade, Moniteur du 8 avril 1868.

^imuQUC] PROFESSION AGRICOLE. 869

du pain et du beurre, dine avec la soupe au lard et de légumes, goûte avec du paiu et du beurre, et soupe avec une bouillie ou une salade. Dans le déparlement de risère, soupe aux légumes, lait, fromage, pommes de terre frites ou assaisonnées, œufs, salade ;deux fois par semaine, du salé. Dans le Tarn, pain de blé ou de seigle, rarement du millet; millas grillé quelquefois ; farine de sarrasin, pommes de terre, soupe à la viande de porc ou d'oies salés, etc. Dans les Landes, pain noir mal pétri, fait avec la farine de seigle et de maïs, sardines de Gallice, soupe de légumes et de lard rance. bouillie de maïs ou de millet appelée escauton, etc. A certaines époques de Tannée, la nourriture devient plus abondante et plus azotée à la campagne pour aider aux travaux extraordinaires que nécessitent la fauchaison, la moisson, les vendanges, le battage des grains, les labourages d'automne et les semailles. G*est alors qu*un peu de vin s'ajoute au repas, luxe à peu près inconnu il y a 150 ans dans les campagnes, ainsi que nous l'apprend Vauban. Quelque imparfait qu'il soit encore, le régime de nos paysans est en voie d'amélioration. Ou temps de Vauban le commun peuple ne mangeait pas de viande trois fois en un an; dans la plupart des fermes, on en mange aujourd'hui deux fois par semaine^ à la vérité dans une proportion insuffisante; le pain de froment, autrefois presque inusité dans les campagnes, n'y est plus rare ; le pain d'orge et d'avoine non blutée a fait place généralement à celui de froment et de seigle ou d'orge; l'introduction de la pomme de terre n'a pas seulement amélioré la nourriture féculente des paysans, mais elle leur facilite l'élève des porcs; le beurre et le lait, qui se vendaient presque exclusivement dans les villes, se consomment en partie dans les campagnes (Bouchardat), etc.

En traitant des localités au point de vue de l'hygiène publique, nous avons signalé les diiïérences de maladies, de naissances et de décès que l'on observe entre les villes et les campagnes. Charpentier (de Valenciennes) a fait ressortir dans les hameaux et les villages les effets plus meurtriers des épidémies que les villes y propagent Gendron a insisté sur la contagion plus évidente de quelques petites épidémies dans les campagnes. La disposition vicieuse des malsons, l'encombrement qui y existe, le manque de soins éclairés, la privation ou le retard d'une direction médicale^ etc. , expliquent ces différences. Les causes de mort ne sont pas même enregistrées ; les inhumations sont autorisées sur les déclarations de décès faites par des personnes étrangères à la médecine.

Sous le rapport psychologique, les agriculteurs nous montrent l'influence torpide que les travaux continus exercent sur l'intelligence ; dispersés pour leurs travaux au milieu des champs, l'isolement les porte à l'égoisme, h la méfiance, à la susceptibilité; penchés vers le sol comme leurs bêles de labour, se redressent-ils vers le ciel, c'est pour l'interroger sur le sort de leur moisson; l'idée de la propriété les absorbe, et s'ils ignorent les grandes passions de la ciié, ils sont dévorés par l'orgueil, par le sentiment de la vengeance, par l'envie des biens d'autrui ; ik prisent leurs enfants pour le secours qu'ils en tirent

mUQDt] PROFESSIONS A TEMPÉRATURE ÉLEVÉE. 874

miner les lésions oculaires qui les atteignent La température du foyer et la distance à laquelle sont placés les ouvriers influent sur l'intensité decesalté*» rations. Les forgenrsde canons et de baïonnettes, les marqueteurs et les raffi» neurs, travaillent au blanc soudant, les forgeurs de garniture et de platine an rouge blanc, les forgeurs de lames de sabre au rouge rme, les irerapeurs de Tarme à feu au rouge cerise, les trcmpeurs de Tarme blanche au rouge cerise foncé. De tous ces ouvriers, les trempeurs de Tanne à feu sont les plus rapprochés du foyer; aussi ne travaillent-ils en moyenne que deux heures par jour. Les forgeurs de lames de sabre ne soutiennent leur métier pendant longues années (trente ans et plus) qu'en se restreignant à trois heures de travail par jour. Pour la rapidité et la gravité du développement des lésions oculaires, ces diverses spécialités se groupent sur Téchello suivante : forgeurs de canons et de baïonnettes, forgeurs de platine et trempeurs de l'arme à feu, puis trempeurs de l'arme blanche ; en dernière ligue, les forgeurs de lames de sabre et les monteurs de sabre. Chez 25 de ces ouvriers, la vue a été habituellement trouble, 15 étaient devenus presbytes, 2 voyaient plus clair d'un œil; tous offraient un changement de coloration dans le fond de l'œil qui^ nu lieu de sa teinte noire, avait un aspect nébuleux ou même blanchâtre. Chez id, au lieu de trois images dont on constate l'existence au fond de Tœil, quand ses mem* branes ont toute leur apparence et leur poli, on n'observait que la grande image; chez les 11 autres, on voyait les deux images droites. Sur U9 cannonniers ou forgeurs qui, placés à 60 centimètres du foyer, roulent une lame de fer rougie au feu sur une broche froide, 25 jeunes ou débutant dans leur profession n'ont fourni qu'un seul cas de maladie oculaire; des 2U autres, plus anciens, 15 souffraient de l'action du calorique rayonnant et des paillettes de fer incandescent qui leur jaillissent aux yeux ; leur pupille était habituellement n^trécie ; chez 6, la vue était notablement altérée; le fond de Tœil était terne, d'une nuance de pellicule d'oignon, ou même d'un aspea blanchâtre; lap^b^- — tie avec affaiblissement de la vue exislaU çbe^ Av ijos ^ôii dëu^^^^ quaient chf!2 6 qui sviifienl la vue titîaW^^

yeux à (awd blancoâirè que te image, présoiiïption d'opacité de tou^

rappareilcristailinien; 1 était atteint de cataracte double.

Fabriques de chaux, — Les fabriques de chaux entraînent avec elles cec^ tains inconvénients qui les ont fait ranger dans la deuxième ou la troisièri^, classe des établissements insalubres, suivant que le travail y est continu intermittent Les ouvriers sont exposés à la fois à l'action d'une haute tem| rature, de vapeurs et de poussières irritantes. Chevallier (IJ a constaté les iours à chaux chauffés au charbon de terre ou au coke exerc^înt influence nuisible sur les récoltes voisines des fabriques, et en particulier la vigne, les fruits et les prairies. La condensation des vapeurs provenant d<

(1) A. Cbevallier^ Sur les dangers et mccmvénients que présentent les fimrs à {Annales ffhyffiAne, 1862, 2* série, t. XVIII, p. 3A5).

publique] PKOKESSIONS HYGROMÉTRIQUES. 87»

» personnes qui^ à priori, auraient dû éprouver de ce nouveau genre de loco- ]> motion, les effets les plus désastreux. »

Nous ne croyons pas devoir nons montrer aussi optimiste. D'après des observations qui nous sont personnelles, il est peu de mécaniciens qui, au bout de dix ans de service, n'accusent un certain degré de parésie des membres inférieurs.

Un certain nombre de professions entraînent le séjour habituel dans Teau ou dans un air chargé de vapeur aqueuse : telles sont celles de pécheui*s, laveurs de cendres, tanneurs, blanchisseurs, bateliers, lavandières, porteurs d'eau, baigneurs ou plutôt guides des baigneurs à la mer, débardeurs ou déchireursde bateaux et de train, regratteurs ou ravageurs qui lavent les sables des rivières pour en extraire les particules métalliques entraînées par les égouts^ etc. L'observation ayant démontré que les climats froids et humides sont ceux où la phthisie exerce le plus de ravages, on pouvait croire que ces professions augmentent le nombre des phthisiques ; Benoiston est arrivé à cette conclusion pour les blanchisseuses de Paris; Lombard, au contraire, a trouvé à Genève ces professions au-dessous de la mortalité moyenne par phthisie. D'après Hanover de Ck>penhague (foc. cit.), les ouvriers habituellement exposés à l'air humide, ou qui manient des matériaux humides, sont racement phthisiques (tonneliers, teinturiers, tanneurs, cordiers, ouvriers en tabac). Uneopi* nion ancienne, partagée par Ramazzini, Richeraud, etc., a accrédité la fréquence des ulcères atoniques chez les individus qui ont les jambes immergées dans l'eau froide. Parent- Duchâtelet n'a constaté qu'un seul cas d'ulcère atonique sur 670 débardeurs; un grand nombre d'entre eux portent de larges cicatrices provenant d'anciennes blessures, et qui n'ont aucune tendance à se rouvrir; en revanche, ils sont tributaires d'une maladie spéciale qu'ils appellent grenouille^ et qui consiste dans un ramollissement avec asure et gerçure de la peau ; les extrémités supérieures en sont moins souvent le siège que les inférieures; il affecte surtout le talon et les espaces interdigitaux; la peau est profondément fendillée, usée, mâchée, en lambeaux, et le fond des crevasses, rouge, pulpeux et très-sensible, ressemble à une plaie récente : suf)portable dans l'eau, la douleur qu'elles occasionnent devient cuisante à l'air. Cette lésion, que le repos seul guérit, atteint plus de la moitié des ouvriei*s, presque toujours les mômes, et se développe sous l'influence de toutes les causes débilitantes, particulièrement par la chaleur de l'eau ; aussi est -elle plus rare en hiver qu'en été, et dans les eaux courantes que dans les canaux ou bassins à eaux immobiles ; pour s'en préserver, les ouvriers saupoudrent leurs souliers de tan, ou se lavent matin et soir avec une forte décoction d'hièble, ou simplement avec du vinaigre. Ramazzini et Pâtissier attribuent encore aux ouvriers qui travaillent dans l'humidité, des catarrhes, des fluxions de poitrine, des coliques, des rhumatismes, des ûèvreB intermittentes ; aun

WVLlim] PROFESSIONS HYGROBtr^RIQUES. 875

entrent à jenn. La réaction s*opère chez eox à la fin da joar et pendant tonte la nnît, à la fa?enr de la température du lit; ils la passent à transpirer. Ce phénomène est commun à tous les guides ; la sueur de nuit est assez abondante pour les forcer de changer de chemise ; elle ne les débilite pas, ils la considèrent comme favorable à leur santé : « c'est ce qui nous sauve », me disait l'un d'eux. La sécrétion arinaire est notablement augmentée pendant la durée de leur séjour dans l'eau. Point de congestion vers la tête, point de céphalalgie ni de vertiges ; point d'éruptions, d'ulcères ni de varices. L'oedème des pieds et du bas des jambes se montre assez souvent chez eux, mais à titre de sym* ptôme passager ; ils l'attribuent plus à la station prolongée qu'à l'action de l'eau. Les affections rhumatismales sont, avec cet œdème, les seules qu'ils accusent ; elles atteignent surtout les membres inférieurs ; mais pour leur explication étiologique, il faut tenir compte, non-seulement da froid hamide qni impressionne les baigneurs, mais encore de la violence et de la continuité de leurs exercices musculaires. Ce qui achève d'ailleurs de prouver leur bonne santé habituelle, c'est qu'en hiver ils se livrent à d'autres métiers pénibles, pêcheur, copdenr, etc. Sur 2k baigneurs attachés à l'établissement de Dieppe, il n'a faUu^ en dix-huit ans, renouveler que le tiers ; dans cette même période de temps* ils ont donné 3 décès dont 1 par anévrysme, 1 par delirium tremens^ i à la suite d'une suette miliaire quia régné épidémiquement. L'un de ces baigneurs compte trente-cinq ans de service, l'autre trente ans, etc. (i).

L'hygiène des ouvriers qui travaillent dans Thumidité se résume dans l'usage des vêtements de laine et de toile cirée, et d'une nourriture fortifiante. Quant aux établissements où s'exercent les professions, comme les lavoirs, les buanderies, etc. , ils exigent une ventilation suffisante pour enlever la buée qui, dans les temps froids et humides, devient une cause d'insalubrité et d'incom» modité, un sol imperméable à l'eau et assez incliné pour en empêcher la stagnation, des murs qui résistent aux infiltrations et à l'action destructive de l'humidité. Les eaux qui s'éconlent de ces ateliers ne doivent pas séjoin-ner sur la voie publique; elles produiraient en été une odeur infecte, eu hiver une accumulation de glaces, en tout temps la dégradation du pavage. lii oà des égouts existent, il faut exiger que les eaux s'y déversent au moyen de conduites souterraines ; là où ils manquent, que les ruisseaux soient bien pavés et aient une pente suffisante. Il ne faut pas considérer comme des eaux simples et propres à laver les ruisseaux, celles qui proviennent des blanchisseries et des lavoirs publics ; chargées de savon et de matières animales, elles fermentent et donnent naissance à de l'ammoniaque, à de l'hydrogène sulfuré ou à du sulfhydrate d'ammoniaque qui, dans leur courant gazeux, entraînent en dissolution des miasmes putrides d'une odeur très-méphitique. I..es eaux contenant des principes acides, alcalins ou autres, peuvent détériorer les

(1) Michel Lévy, Sur les effets de Cimmertùm prolongée dans feau de mer {Annalee dkyg. et de méd. Ugale, 2« lérie, 1861, t. XV, p. 241).

poujoob] professions qui MÉLKNT a L'AIR DES MATIÈRES ANIMALES. 877

fraîches, diffusion des prodaits qui s*ea dégagent par volatilisation, régime fortifîant, etc. : quoi d*étonnant à les Toir en rubiconde santé? Que l'on examine, d'après les points de ? ue précités, les différentes professions nommées plus haut; presque toutes trourent, ou dans la dissémination des miasmes» on dans des conditions spéciales, on dans l'aisance des ou?riers, l'explication de leur innocuité. Il n'en est pas de même pour les fossoyeurs qui exhument des débris de cadavres ; aussi conrent-ils alors des dai^ers que l'on n'écarte d'eux qu'à force de précautions (voy. page 657 ). Les fosses d'aisances, les égouts qui n'ont pas été curés depuis longtemps, s'éloignent aussi des conditions d'innocuité, et c'est ce que personne ne nie, pas même Parent-Duchâtelet (voy. page 638). Nous avons indiqué les règles d'hygiène applicables aux amphithéâtres, aux lieux d'équarrissage (page 656), aux fosses d'aisances, aux vidangeurs et égoutiers. Les émanations animales ont-elles un pouvoir de préservation contre la phthisie ? On connaît l'ancien usage de loger les phthisiqnes au-dessus des étaUes. Lombard a trouvé que les ouvriers entourés d'émanation animales sont environ deux lois moins sujets que les autres à contracter la phthisie pulmonaire.

Une ioule d'ouvriers vivent au milieu des poussières animales de toutes sortes : tels sont ceux qui travaillent la laine et la soie^ les chapeliers^ les couverturiers, les brossiers, les fourreurs, les matelassiers, les plumassiers, les cardeurs, etc. Parent-Duchâtdet, après avoir constaté le bon état de santé d'ouvriers vivant au sein de poussières épaisses d'origines diverses, pose en principe qu'elles peuvent ne nuire qu'aux individus en proie ou au moins prédisposés à la phthisie pulmonaire. Lombard place, au contraire, en seconde ligne des causes de phthisie, et immédiatement après les poussières fines et dures, les substances filamenteuses, comme celles qui servent au travail des cardeurs, des fileurs, des plumassiers et des brossiers ; toutefois les chiffres sur lesquels il a opéré sont trop limités.

Le battage à la main des laines teintes ou chaulées^ qui n'ont pas été bien lavées, et le peignage à sec des couvertw^es pour les garnir de poils à leur surface, sont des opérations qui, pénibles par les efforts de bras qu'elles nécessitent, donnent lieu à un dégagement de poussières capable d'occasionner des affections pulmonaires ou de les aggraver, et d'en hâter la terminaison funeste ; le battage des laines à la mécanique est exempt d'inconvénients. Nous renvoyons à l'ouvrage de Villermé pour les détails relatifs à la santé des ouvriers qui travaillent dans les manufactures de laine. Il n'a pas vu, comme le prétend Pâtissier, les ouvriers qui travaillent debout, être atteints de varices, d'ulcères aux jambes, ni les foulonniers sujets aux anévrysmes du cœur. Les peigneurs de laine éprouvent des maux de tête à cause du charbon de bois qu'ils brûlent dans leurs fourneaux ; on leur a conseillé de placer ces fourneaux sous une cheminée à tirage énergique ; dans le peignage à la mécanique, la vapeur d'eau remplace le charbon. Les laines d'Ai^eterre, lavées sur le dos même des moutons, n'ont pis cet inconvénient Le lavage des laines

rUiUQiil] PROFESSIONS QUI MÊLENT A L'AIR DES MATIÈRES ANIMALES. 879

au tremblement (1). Pendant l'opération de la foule les ouvriers sont forcés de se tenir les mains dans des eaux acides qui amènent des crevasses et des gerçures et d'un autre côté les émanations dés bains acides, en pénétrant dans les bronches, déterminent souvent des inflammations aiguës des organes thoraciqoes. En outre, quand les toisons ont été trempées dans la lie de vin, il s'élève des cuves des buées d'une odeur insupportable ; l'eau aiguisée d'acide sulfurique n'a pas cet inconvénient

Pour rendre cette profession moins insalubre, il faut recourir à une ventilation énergique des ateliers et employer pour arracher les poils la machine imaginée par Gbaumont et que l'on nomme essoreuse. Pappenheim voudrait que l'ou interdît l'emploi de l'acide arsénieux et que le brossage eût lien à l'air libre. La poussière noire qui se dégage à flots par le battage du feutre après sa teinture, est une autre cause d'incommodité qui jusliGe le classement des chapelleries dans la deuxième catégorie.

Soie. — Dans les manufactures de soie, deux opérations compromettent gravement la santé des ouvriers : le tirage des cocons et le cardage de la ûloselle ; de pauvres femmes, assises toute la journée dans la saison des plus fortes chaleurs, auprès d'un fourneau et d'une bassine d'eau bouillante, tirent la soie des cocons, au milieu des émanations infectes de la chrysalide ; et d'antres, plus misérables encore^ les aident, sous le nom de tourneuses, en faisant marchera bras leurs dévidoirs. Vincens et Baumes (1) les disent sujettes aux flèvres putrides, aux congestions pulmonaires, à l'hémoptysie, à une sorte de booffisure du visage, à l'enflure des jambes et des pieds, aux furoncles, à des tumeurs qui ressemblent à l'anthrax, etc. Le battage et le cardage des débris de cocons séchés au soleil (ûloselle ou frisons) soulèvent des poussières malsaines. Au rapport de Boileau de Castelnan et de tous les médecins du pays de Nîmes, les cardeuses de la filoselle sont pâles, ont les yeux rouges, une toux fréquente^ presque continuelle, eC sont attaquées d'ophthalmie chronique, d'hypertrophie du cœur, de phthisie pulmonaire ; les plus intrépides ne peuvent continuer ce métier au delà de quarante-huit à cinquante ans. Ces observations concordent avec celles de Vincens et Baumes et avec celles de Ramazzini, qui attribuait une dcrcté particulière aux cadavres des vers à soie. Pendant le dévidage, des cocons, le contact de l'eau bouillante où ils sont plongés détermine dans les derniers temps surtout un gonflement avec ramollissement de l'extrémité des doigts, et parfois des crevasses et des abcès. Sous le nom de mal de vers ou de mal de bassine, le docteur Potton, de Lyon (3), a décrit une éruption vésiculopustuleuse qui se montre à la naissance et dans l'intervalle des doigts on sur le dos et dans les plis de la main ; cette éruption dure cinq ou six jours quand

(1} André Chevalier^ I)e i* intoxication par remploi du nitrate acide de metxurechez iex rhaiteliers. — Thèse de Paris, 1860, n» 194.

(2) Vincens et Baumes, Topographie de Sbnes, 1802*

(3) Potion, Heeharches et observations sur te mat de ttrs on fpui/ de bassine^ qui attaque cxetumvement les fUeusss de coeoms de vers à soie. Lyon, 1862.

publique] professions QUI MÊLENT Â L'AIR DES MATIÈRES ANIMALES. 881

meot de la poussière ao moment de Touverture de la carotte, il faut humecter légèrement celle-ci airec de Teau on la soumettre à l'action de la irapeur. Il est indispensable aussi dans les ateliers de brosserie de prescrire une ventilation énergique (1).

Les tanneries^ mégisseries^ corroieries, sont des foyers d'émanations animales qu'on laisse multiplier dans les villes. Les peaui sont apportées fraîches on en vert, c'est-à-dire très-odorantes ; salées et séchées, elles subissent ensuite un traitement par la chaux ou par l'action de la vapeur, d'un courant d'eau chaude ou simplement celle de l'eau courante ; ces opérations qui facilitent le grattage des poils, constituent le travail de rivière. Les peaux ainsi préparées sont mises en couche avec du tan (écorce de chêne broyée) ou de l'alun ; c'est le tannage, suivi du séchage et du graissage à Taidedu suif fondu ou de l'huile de dégras. Les manipulations des corroyeurs et des maroquiniers, moins compliquées, sont l'humectation, le battage, le graissage et la teinture des cuirs. On voit que cette industrie produit une grande quantité de résidus organiques» s lides et liquides, très-putrescibles, et devenant presque toujours pour le voisinage une cause d'insalubrité par l'omission ou l'observance difficile des précautions nécessaires. Les citernes d'eaux sales, les pUins, les cuves, les fosses, doivent être étanchés; les cours et dépendances pavées de grès rejointoyé avec une pente suffisante pour l'écoulement des eaux dans la citerne ; les eaux grasses doivent s'écouler par des conduits souterrains on être transportées dans des tonneaux bien fermés jusqu'à un cours d'eau où l'on puisse les déverser. La bourre et la tannée ne doivent pas être conservées dans l'intérieur des usines. Les mégissiers sont exposés à deux maladies des doigts, décrites par Armieux (2) : la première, dite choléra des doigts^ consiste en une ecchymose de la partie interne des doigts, où la peau finit par s'ulcérer; de là, au contact de la chaux, des souffrances atroces; la seconde, nommée rossignol ^ plus douloureuse encore, consiste en un trou capillaire à l'extrémité des doigts» dû à l'amincissement de la peau corrodée par la chaux, et mettant l'air en contaa avec les papilles nerveuses. Des gants huilés préserveraient les ouvriers de ces deux altérations.

La pathologie des ouvriers peaussiers présente encore quelques particularités qui ont été très-bien étudiées par Beaugrand (3) et [par Pccholier et Saint-Pierre (t\). Ces deux derniers ont décrit une espèce de colique qui n'avait pas encore été signalée chez les tanneurs. Ces coliques attaquent surtout les débutants dans le travail de rivière; elles les surprennent au milieu de leurs

(1) M. Vernois, Note sur In préparation des soies de porcs et de sangliers, et sur les ateliers de brosserie (Ann. d'hyg,j 2* série, 1801, t. XVI, p. 289).

(2) Armieux^ Gazette des hôpiiaux, 3 MpCembre 1853.

(3) E. Beaugrand, Recherches sur les maladies des ouvriers qui préparent le» peaux en général {Ânn, d'hyg,^ 2« série, 1862^ t. XVIU, p. 241).

[à) Pécholier et Saint-Pierre, Montpsllier médical, 1864, t. XII, p. 301. M. LÉVT. Hygiène, 5* ÈDIT. U. — 56

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cinquaDte ans, sont aujourd'hui un éiéroent de traûc important et de fret des navires. Les matières sont macérées dans an lait de cbaoz, égoottées, desséthées, dénudées dans Teau bonillante, au bain-marie, jusqu'à ce que le liquide de la chaudière, soumis à un courant d'aîr froid, se prenne en gelée. Les os sont dégraissés et traités, soit par la chaleur dans une chaadière autodavCt soit par l'acide chlorhydrique. Les fabriques où Ton n'agit que sur des os sont rangées dans la troisième classe, les autres dans la première ; les eaux qui s'en écoulent sont chargées de matières animales, fermentescibles, et répandent une odeur infecte.

Les fonderies de suif^ de graisse^ incommodent par leurs vapeurs sébacîques, quel que soit le mode de fabrication. En plein air, une buée lourde et nauséabonde flotte sur les poêles et répand son méphitisme aux alentours des abattoirs, seules localités où la fonte des suib en branche est autorisée à Pari& En vase clos et avec le concours des acides qui identifient avec le suif les débris de chairs dont il est accompagné» il n'y a pas de résidu (creton), il y a moins d'odeur ; mais, d'après Bizet, cette odeur modifiée, moins choquante pour Todorat, acquiert un caractère de nocuité; elle occasionne aux ouvriers des douleurs thoraciques et un malaise qu'ils évitent en opérant la fonte des suifo dans les vases découverts. Le procédé de Darcet, consistant à introduire» par petits morceaux, le suif en branche dans une chaudière de cuivre rouge, •et de l'y chauffer eu contaa avec 1 d'acide sulfurique et 50 pour 100 d'eau, donne des produits plus blancs £t plus fermes, un creton plus facile à sécher, mais il ne supprime pas l'odeiur infecte, irritante et diffusible de cette fabrication.

Les générateurs à vapeur étant d'un usage presque général dans ces fabriques, comme dans celles de colle forte, on exige habituellement que les gai dégagés des matières en fabrication soient ramenés dans le foyer des fourneaux et brûlés avec les matières combustibles; ce qui procure le double avantage de détruire des émanations insalubres et d'utiliser des produits propres à ht combustion; mai» ce moyen crée un danger d'incendie par la communication du feu à la chaudière à travers les conduits.

L Emanations végétak$. — L'influence qu'exercent les émanations des végétaux vifantsa été signalée (l I", pi 626). Les agriculteurs, les jardiniers et les fleuristes, constamment entourés d'émanations végétales, sont loin d'en souffrir. Mais nous ne pensons pas qu'os pusse, avec Lombard, rapporter à cette cause le petit nombre de phthisiques parmi les professions agricoles. Nous ne reviendrons pas sur l'influence des émanations des végétaux qui se potréfient sur le sol ou dans l'eau. Nous avons étudié en détail les effets morbides que l'on rattache à cette dasse d'agents toxiques et les moyens de préservation qu'il convient de lew opposer.

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