‹ Traité d'hygiène publique et privée v. 2 (volume 3)Chapitre 22 sur 111 · DIS AGES · texte numérisé non relu

DIS AGES

q»fH a réellement besoin de leter, car il ne faut jamais lui premier le sein dans le but unique d'apaiser ses cris, comme le font Il plupart des jeunes mères. Il ne Faut pas croire, en effet, que le ai soit toujours l'expression d'une souffrance ou d'un besoin réel ; Henfont crie comme nous parlons... Le cri de la faim s'accom- Mgne, en général, d'une agi talion assez vive des membres supé- ; l'enfant tourne la tête à droite et à gauche, ouvre la bouche pour chercher le sein de la nourrice, saisit avidement le toot du doigt ou un corps quelconque souple et arrondi qu'on phoe entre ses lèvres, et exerce immédiatement sur lui des efforts lépéfés de succion. • La ration de lait est en rapport avec les xsoins de la nutrition et du développement ; de récentes expériences de H. Natalis Guillot tendent à préciser ce rapport : suivant lui, nn enfant robuste exige 1000 grammes de bon lait par jour pendant le premier mois, et plus de 2 kilogrammes ensuite ; son leeroîsseraent régulier dans la période diurne est de plus de M grammes : « Tous les enfants sains gagnent un poids régulier, ai quelque sorte normal, tous les jours ; les enfauts malades perdait irrégulièrement, mais perdent toujours jusqu'à la mort, sourent même avant que personne ait pu distinguer un état maladif (1). » La maladie, une indisposition même légère suffit pour iéterminer, en quelques jours, des pertes considérables (500 grammes en cinq jours), mais qui sont rapidement compensées après le rétablissement de la santé.

Vers rage de sept mois, crise de la première dentition, plus no moins aigué et turbulente, suivant que les époques d'éruption sont séparées par des intervalles plus ou moins longs qu'on appelle époques de repos. La durée d'une période d'éruption dépend la nombre de dents qui, par leur sortie simultanée, constituent chaque groupe; elle est de huit jours en moyenne pour le premier groupe, et peut durer plus de six semaines pour le troisième. Quelquefois le travail odonlogénique n'offre aucune intermittence. En généra], les mauvaises conditions hygiéniques où sont placés les enfants leur préparent des dentitions difficiles ; un bon lait, les vêtements convenables, des soins de propreté, écartent ou atténuent les troubles qui les accompagnent ; la constitution et l'hérédité interviennent pour une part dans leur production, car il est certain que beaucoup d'enfants, entourés d'un luxe de soins

{%) Arch. génér. d$méd.t novembre «853, p. 620.

et de précautions, n'échappent point à cette tourmente. La première règle est de combattre la tendance aux fluxions, aux hypérémies vers l'extrémité céphalique : couvrir modérément le corps, moins encore la tète ; éviter toute constriction sur le tronc , au cou ; entretenir la liberté du ventre , empêcher l'éréthisme nerveux par des bains tièdes, etc. Les hochets ont aussi leur utilité ; les enfants les portent instinctivement à la bouche, les pressent contre les gencives ; à défaut de ces objets plus ou moins durs (or, ivoire, cristal, racine de guimauve), ils mordillent leurs doigts. J.-J. Rousseau, Gardien, Billard, prétendent que les hochets durs rendent les gencives calleuses et la sortie des dents plus difficile ; Kosen, Antoine Petit, leur prêtent des propriétés contraires. Guersant reconnaît qu'ils servent à aplatir le bord tranchant des mâchoires, à seconder lecarleraent des deux tables entre lesquelles se développent les alvéoles,

La seconde dentition. exige moins de sollicitude de la part de l'hygiéniste, si ce n'est pour la régularité et la beauté des dents (voy. Exweta, hygièrte de la bouche). On observe rarement le gonflement inflammatoire des gencives, des aphthes, des angines, presque jamais des convulsions ; Guersant a vu des accès épileptiformes coïncider avec l'éruption des premières molaires.

On trouvera plus loin (Imminence morbide) l'indication des états morbides qui menacent la puberté, comme les autres époques importantes de la vie. Les impulsions et les déviations du sens gênésique sont le principal danger de cet âge (voy. Habitudes morbides).

L'âge de retour a, suivant nous, un caractère certain dans la décadence rapide des organes et des fonctions de la reproduction ; de là son hygiène, sans négliger les autres indications qui résultent des habitudes contractées, de l'imminence morbide (vov. chap. vi et vihî. Les limites de cette période, variables suivant les individualités, sont généralement comprises entre quarante-six et soixante ans ; elle commence plus tôt pour la femme. M. Flourens la recule davantage ; après avoir signalé, comme un complément du développement en longueur et en grosseur, uu travail intérieur, profond, qui agit dans le tissu le plus intime de nos parties et qui rend toutes ces parties plus achevées, plus fermes, les fonctions plus assurées, l'organisme entier plus complet, il ajoute : « Ce dernier travail, que j'appelle travail d'invigoration, se lait de quarante à quarante-cinq ans ; et, une fois fait, il se maintient ensuite plus

DBS AGIS. 119

ou moins jusqu'à soixante-cinq ou soixante-dix ans (1). L'illustre physiologiste ne peut avoir en vue qu'une classe de privilégiés, car il y en a dans l'ordre physiologique. A mesure que le sens génital s'émousse, les jouissances de la table augmentent ; la pléthore des gourmands à cheveux gris, avec les siestes et l'inertie musculaire, amène l'obésité, l'imminence apoplectique, la goutte, la gravelle, les hémorrhoîdes, etc. La sobriété, les exercices du corps, les frictions sèches et quelques pratiques hydrothérapiques (voy. 2* section, chap. m, art. 2, Ablutions, etc.) destinées à exciter la circulation capillaire générale, contribueront efficacement à entretenir le jeu régulier des grandes fonctions de l'économie. La faculté procréatrice se conserve plus longtemps chez l'homme que chez la femme ; son déclin s'annonce par la corrugation moins prononcée du scrotum, par l'atrophie des testicules, par la diminution de quantité, d'odeur et de consistance du sperme qui n'offre plus au microscope qu'un petit nombre de spermatozoaires languissants par la faiblesse et la fugacité des érections. Qu'on évite alors les stimulants artificiels ; le libertinage est, pour l'homme sur le retour et pour le vieillard, une cause d'épuisement rapide. Il n'y a pas de règle absolue à leur imposer, si ce n'est celle d'une réserve strictement calculée d'après les besoins réels et l'état général, deux conditions dont l'une peut toujours être appréciée par les médecins et l'autre par le sujet lui-môme, s'il est exempt de passions tardives et d'illusions ridicules.

Notre plan ne comportant pas une série de monographies hygiéniques, nous avons spécifié, dans chacun des chapitres qui se rapportent soit à l'individualité, sujet de l'hygiène, soit aux divers modificateurs, le détail des prescriptions qui en découlent pour les vieillards, comme pour les autres âges, comme pour les sexes, les tempéraments, etc., et nous avons rejeté, dans la deuxième partie de ce livre (Hygiène publique t les données qui les intéressent collectivement [enfants trouvés, crèches, salles d'asile, refuges pour les vieillards, etc.). La vieillesse confirmée, c'est la détérioration progressive des diverses fonctions de l'organisme, c'est l'usure plus ou moins accélérée de la force vitale, se traduisant sommairement par deux phénomènes : la prédominance du mouvement de décomposition sur le mouvement de composition interstitielle, et la vascularité décroissante des tissus par l'oblitération des vaisseaux capil-

l) De la longévité humaine, etc., 2* édit. Pari*, 1835, p. 52.

laires, par les dépôts cartilagineux et osseux sous la membrane interne des artères moyennes, des gros vaisseaux et du cœur. Il s'agit ici, non de perfectionner, mais de conserver ; non de régulariser l'activité fonctionnelle, mais de la prolonger. La première condition est d'écarter les causes de déchet, de surcroit dans la dépense organique, d'affaiblissement du système nerveux, toujours voisin de l'adynamie : les grands travaux de l'esprit, les fatigues du corps, les veilles, les émotions, ne sont plus de saison. S'il faut épargner au vieillard les influences excessives qui ('épuiseraient prompte ment il n'importe pas moins de lui dispenser une juste mesure de stimulation, de maintenir chez lui l'énergie de l'influx nerveux par une alimentation substantielle et par l'emploi des moyens propres à favoriser la circulation. Éviter le froid, l'humidité, les variations de température, est pour lui une impérieuse nécessité. Emphysème pulmonaire, congestions sanguines passives, h y posta ses pulmonaires, catarrhes chroniques avec surabondance de mucosités, pneumonie, dyspnée, asthme, œdème et gangrène du poumon, tel est le cortège des maladies qui le menacent du côté de la respiration, sans compter les morts subites observées par Prus et rattachées par lui à l'emphysème pulmonaire ; presque toujours atteint de catarrhe bronchique, il doit redouter encore toutes les causes propres à faire passer cette affection au type aigu, tout ce qui peut provoquer des quintes de toux, une accélération des mouvements respiratoires, etc. Nous maintenons donc pour lui les conseils que nous avons formulés ailleurs (voy. Vêtements) et qu'un écrivain a taxés d'exagération, parce qu'il y a des vieillards ingambes, actifs, qui ne portent qu'un vêtement. Ajoutons, avec Keveillé-Parise, « qu'un vieillard peut être causeur, mais les efforts de poitrine et de parole qu'exigent l'acteur, le professeur, l'orateur, lui sont interdits ; bien plus encore ceux de chanteur. » Ce spirituel et judicieux médecin en qui nous regrettons un ami, résume en ces règles i hygiène du vieillard : savoir être vieux, se bien connaître soimême, disposer convenablement la vie habituelle, combattre toute maladie dès son origine. Avec ces quatre règles et les conseils pratiques qui en découlent, « on ne vivra pas plus que sa vie, mais on vivra toute sa vie, c'est-à-dire tout ce que permet d'espérer la constitution particulière de chaque individu, combinée avec les lois générales de la constitution de l'espèce (1). »

(1) Reveillé -Parisc, Traité de la vieillesse hygiénique, médical et philosophique. Pari», 1853, p. 278. — Floureus, loc. cil., p. 77.

MB SUIS. 121

Page 1