DE L'HABITUDE
S 1. - De rfeafeUnde «ans réiat de tante.
La périodicité est la loi du système nerveux : elle en régit les manifestations physiologiques, elle détermine l'allure de ses maladies. C'est en vertu de cette loi que l'encéphale tend à répéter les modifications qu'il a subies, à redemander aux objets extérieurs les impressions qu'ils lui ont transmises par les sens, à rappeler les sensations éprouvées, à ramener les mouvements dans la direction qoi leur a été communiquée. Et comme il est dans l'essence de l'excitabilité nerveuse de s'accroître par l'exercice, plus le même acte ou la même sensation se renouvelle, plus l'économie en sollicite les retours et rapproche les intervalles qui les séparent : de là l'habitude. L'impulsion initiale que le système nerveux reçoit des influences du dehors ou de la spontanéité morale peut se comparer au mouvement que l'on imprime au pendule. Celui-ci décrit une série d'oscillations dont le nombre, la vitesse et l'amplitude sont en raison directe du mouvement qu'il a reçu, en raison inverse des frottements qu'il subit et de la densité du milieu dans lequel il se meut. Les éléments d'organisation individuelle, le degré de souplesse physiologique, la limitation réciproque des fonctions et d'autres conditions sont au système nerveux ce que la densité du milieu et la quantité des frottements sont au pendule; mais avec cette différence que la volonté réitère au système nerveux ou lui continue l'impulsion primitive dans la mesure nécessaire pour vaincre tout obstacle: et c'est ainsi que s'introduisent dans l'organisme les habitudes les plus opposées à son état normal, c'est ainsi que la nature semble s'absorber dans l'habitude. A ce point qu'un philosophe (Fontenelle), en entendant parler de celle-ci comme
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d'une seconde natqre, a pu demander, avec une apparence 4ê raison, où donc étail la première.
Les impressions du monde extérieur et les sensations interne sont les deux sources de l'habitude ; les influences qui effleurent l'organisme ou qui ne lui impriment qu'une secousse passagfet ne changent en rien l'ordre naturel des besoins, la régularité dfj fonctions; mais si la modification que produit en nous lagert externe ou l'irradiation viscérale se répète ou se prolonge, db rompt l'équilibre physiologique, elle crée une aptitude nouvelle, elle sollicite une série particulière d'actes organiques; unehabi- | tude s'est établie, et désormais elle entre comme élément ném- J saire dans l'harmonie des (onctions, elle change la proportion d'ac» i tivité générale de l'économie. Que le phénomène se passe dans 11 « sphère d'innervation cérébrale ou qu'il porte exclusivement sv j l'un des actes de la vie plastique, il ne peut s'accomplir que f* j l'intermède de la substance nerveuse : considérée dans son pc0H ' cipe, l'habitude n'est donc que la sensibilité modifiée; constdfrb comme phénomène, elle consiste dans une disposition nouvelle acquise à l'organisme par la continuité des mêmes impressions, p* la répétition fréquente des mêmes actes.
La faculté d'acquérir des dispositions nouvelles ou de fqçqpDer celles qui existent est la base de la perfectibilité humaiue, le moW« de l'éducation, la condition première de l'efficacité d'une direction hygiénique. Avec l'habitude ou a presque toujours confondu l'aboi, c'est-à-dire l'usage anormal des choses (abuêus), et l'excès, o*es(-i~ dire l'usage disproportionné des choses: de là les déclamations du philosophes et de quelques hygiénistes contre les effets de l'accootumance; delà le conseil de se défendre de toute habitude (RosUo), comme si la faculté d'eu contracter ne correspondait pas directement aux fins conservatrices de la nature. Tout être doit à ion organisation une somme déterminée de besoins, d'instincts, de propensions, d'aptitudes qui s éveillent progressivement et concourent d'une part à l'entretien de sa vie individuelle, d'autre part à la propagation de l'espèce. Hais ces puissances de sa nature, il ne peut les exercer, les déployer à son gré; il rencontre dans le milieu qu'il habite, dans les circonstances éventuelles de la vie, dans les vicissitudrs prévues de l'âge, etc., une foule d'obstacles et d'influences qui l'obligent à se modifier : aussi la nature a-t-elle accordé au plus grand nombre des actes organiques une certaine latitude, aux lois conservatrices de l'économie une certaine élasti-
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fc lettre vivante pomme à Intelligence une souplesse propor- | U verfatiiité dq monde extérieur et à l'exigence des JCntre rorgapjsqtioo animale et le milieu dans lequel [4**tinée à vivre, le lieu est l'habitude; elle est comme la îqdif iduefle des besoins et des dispositions propres à la des ftrts d'un même rang ; c'est par elle que toute m m& ai) équilibre avec 1'uqivers : dans sa portée réelle, 1? rapport de U vie individuelle avec I* vie générale. l'flçiWiiwiMon ae complique, plus elle a besoin de flexibilité M'fdapter aux copditfous dH dehors. C'est par la puissance de que l'bQfnme discipline ses organes à l'action de tous les <|m régions les plus différentes ; c'est par l'habitude qu'il |i» nécessités des situations les plus variées. La coutume, ^ figue, force à tout coup les règles de la nature ; mais s'est-il que serait l'homme asservi aux règles de la nature, ou U première d'entrq elles ne l'oblige- t-el le pas à vivre en so- Qfc |f coutume est le fondement de l'association humaine, et ]f| mœurs, les usages, les convenances, toutes les garanties îl^la vie ffHpmime, sont des concessions obtenues par l'habitude jWJt farce qqi suppose encore l'habitude, sur les instincts, ils, les dispositions natives de chacun au profit de tous. U manière dont les habitudes se développent, il importe If considérer le rôle de l'encéphale. Toute impression nouvelle prol'attention; mais quand elle se répète ou se prolonge avec lité et dans une mesure d'intensité médiocre, le cerveau d'en être stimulé, et l'habitude qui en est résultée s'exerce presque sans conscience comme les fonctious de la vie [M. C'est ainsi que nous finissons par nous uccoutumer aux qui nous importunaient le plus, et notre attention n'est plus que par la cessation de ces mêmes bruits. Mais le résultat de Njafaétude est différent, quand l'attention se fixe sur les impressions tf lue rend plus profondes, plus durables ; le centre encéphalique y 4i|itavec une énergie soutenue; les sensations qu'il éprouve, les actes frïl détermine, se perfectionnent par leur répétition même, et il s'éta- BH ainii dans l'économie un nouveau mode de sensibilité et d'activité, un nouvel ordre de besoins : c'est l'habitude aidée par l'atten- Ijp* qui perfectionne les actes sensitifs, locomoteurs et intellectuels. (I est des circonstances qui favorisent le développement des habitudes: le tempérament nerveux s'y prèle singulièrement, mais s'en dépouille avec autant de facilité qu'il les adopte ; la vivacité des
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impressions, l'inconstance des déterminations qu'elles entratttaat l'ardeur de l'imagination, ne permettent guère aux sujets nerfW de modifier d'une manière durable leur allure physiologique ou as raie ; ils trouvent danslasouplesse deleur organisation des ressoum contre les nécessités: ils passent de la souffrance au plaisir, iflf sommeil aux veilles prolongées, de l'abondance aux privations ;É sont prompts à l'excès, à l'abus, mais ils sont peu capables d'seéMl tumance et de stabilité. Les tempéraments influent non-seulemlty sur le degré d'aptitude à contracter des dispositions nouvelles, nÀl sur la nature de ces dispositions elles-mêmes: ainsi la faiblesse É leur système musculaire et la mobilité de leur innervation éloignai les personnes nerveuses des habitudes qui exigent de la forcé et il la persévérance. Les lymphatiques, par un instinct de leur orgol sation précaire, se complaisent aux actes uniformes et régulMrijj l'esprit de méthode les caractérise jusque dans les moindres détriËj et l'inertie de leurs organes de locomotion les incline aux habitai! calmes et passives. Les gros mangeurs, les buveurs intrépides sppril tiennent, pour la plupart, au tempérament sanguin avec idioqtf crasie musculaire ; prodigues de leur force, ils éprouvent le bessil d'une ample réparation, et se montrent réfractaires aux habita^ de mesure et de frugalité. — L'enfance et l'adolescence sont lesdsèj époques de la vie les plus favorables à l'établissement des habitodÉt
Adeè in teneris assuescere multnm est. (Virgile.)
Alors la sensibilité est neuve ; la mollesse des tissus chez l'enfin^ surtout celle de la substance nerveuse, semble proportionnée à b multiplicité des acquisitions qu'il doit faire. C'est une cire flexihfc que façonne le doigt de l'artiste, et ici l'artiste, c'est la mère, c*$é le père : ils sont les instituteurs du berceau. Nous ne parlons passa» lement des sollicitations premières qui s'adressent à l'Ame, à lia*. telligence, mais les parents ont à régler le premier exercice de chsqM organe, à dispenser à chaque fonction sa mesure; ils ne sauraiasl trop se pénétrer de l'importance des premières habitudes qtfb inculquent à leurs enfants, soit qu'il s'agisse de l'allaitement, di sommeil, du vêtement, de la température ou des premières et délicates répressions d'une volonté au maillot. Nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer sur ce sujet nos lecteurs à l'excellent ouvrait du docteur Donné (1). Échappé des langes, l'enfant s'ouvre pir
(1) Conseils aux mères sur la manière d'élever les enfants nouveau-**. Paris, 1846, in-12.
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tous les pores à Is vie extérieure ; il veut tout voir, tout palper, tout sentir; il est avide d'impressions qui lui procurent la nature de son moi ; l'instinct d'imitation, qui a son maximum de puissance à cet âge, érige l'enfant à tout spectacle, à tout geste, et sa gracieuse gaucherie s'efforce de reproduire ce qu'il a vu. La force des exemples se fait sentir encore vivement à l'adolescent ; il se colore facilement de l'esprit de son entourage; ses habitudes sont modelées sur celles de ses amis. Combien donc il importe à l'avenir physique et moral de cette existence que ses premiers actes reçoivent une salubre direction, que le corps et l'esprit contractent des dispositions conformes aux lois de l'hygiène et de la raison ! — La virilité consolide les habitudes acquises et laisse peu de prise aux habitudes nouvelles; la vieillesse les repousse comme elle repousse toute innovation ; son regard, attaché sur le passé, ne se reporte qu'à regret sur les tableaux du jour : laudator temporis acti. Comment fléchir à d'autres usages, à d'autres idées cet organisme tout pétrifié, tout pénétré de sels terreux comme par une anticipation tumulaire? C'est encore de l'instinct de conservation que cette résistance nux nouveautés ; l'intégrité de l'organisme sénile est au prix des routiues acquises. Pour lui, de nouvel les habitudes seraient de violentes oscillations imprimées à sa manière d'être, et, pour lui, le temps est passé de l'innocuité de ces ébranlements : la santé du vieillard, c'est la fixité dans les acquisitions qu'il a faites, heureux si elles ne lui échappent trop vite I
On ne saurait refuser aux femmes une sensibilité plus vive, plus rapide, une flexibilité plus grande de tous les organes ; aussi saventelles changer plus facilement leur manière de vivre, s'assujettira un plus grand nombre d'habitudes; le servage des convenances sociales, si rigoureuses pour elles, ne leur pèse guère; elles se conforment avec autant de gràcequed'aisanceà toute taode et lui sacrifient les habitudes acquises pour en adopter d'autres. Qui supporte avec le plus de stoïcisme les revers de fortune et passe avec plus de sérénité des jouissances du luxe aux épreuves de la misère? La femme. Qui sait imposer silence à ses besoins pour assurer le bien-être de ce qu'elle aime? La femme. Qui sait vaincre le sommeil pour briller au bal ou pour nourrir, du travail de ses mains, une mère, un enfant? La femme. Elles sont faibles, mal pourvues de muscles, et quand la nécessité ou le despotisme marital a parlé, elles vont remuer le sol, ou suivre, ployant sous le fardeau, le cheval qui porte leur maître par monts et par vaux, comme nous l'avons vu en