‹ Traité d'hygiène publique et privée v. 2 (volume 3)Chapitre 28 sur 111 · DIT. — I · texte numérisé non relu

DIT. — I

Corse. Il u'est effort supérieur à leur puissance, il n'est accoutumance trop laborieuse pour elles. Le génie des femmes, c'est la patience; elles s'habituent à souffrir, à dissimuler; leurs passions s'abritent sous le masque d'un calme obligé, leur finesse revêt des airs de candeur, et comme l'existence que leur fait la société est un mensonge de tous les jours, elles suppléent, par l'étendue de leurs aptitudes, à l'inégalité de leur position. — C'est dans les climats tempérés que l'organisation humaine se montre le plus accessible aux habitudes nouvelles; c'est aussi là qu'elle est susceptible d'aequérir sa perfection : l'empire des lois physiques se révèle jusque dans la polarisation des lumières morales et intellectuelles. Dans las régions septentrionales, la rigidité que produit le froid semble se communiquer au système nerveux ; sous l'influence des chaleurs excessives et permanentes, l'homme apparaît mobile, fantasque, énervé, dominé par les institutions. Tandis qu'en France la facilité avec laquelle se modifient les esprits engendre la fièvre d'innovation, l'immobilité semble la loi morale de ces immenses populations jetées sous le soleil des Indes et de la Chine.

Comment l'habitude agit-elle sur les différentes fonctions de l'économie? Bichat en a nié l'influence sur les fonctions de la vie organique ; mais cette opinion est réfutée par le fait. Les retours périodiques de la faim, son intensité, sa durée, les appétences gastriques, le travail de la digestion proprement dit, tous ces phénomènes, et jusqu'à l'excrétion qui les termine , sont soumis à l'empire de l'habitude. On s'exerce à surmonter la faim, à supporter l'abstinence : les physiologistes ont enregistré des exemples célèbres de privation alimentaire; la soif même peut être combattue. L'habitude crée, sous le rapport de l'alimentation, un nombre infini de différences individuelles (1) ; elle fait à chacun son régime; elle explique les bizarreries des goûts, les antipathies, les excentricités gastronomiques. Le sauvage de l'Océanie qui mange du poisson cru avec ses écailles, l'Italien qui use de Tassa fœtida comme assaisonnement, le Lapon qui se nourrit de la chair de ses rennes, le Tartare qui boit le lait des juments, le chasseur qui trouve le gibier d'autant meilleur qu'il est voisin de la putréfaction, ont disposé leurs viscères à

(f ) « Voyez quels sont les sujets auxquels il faut des aliments uoe fois ou • deoi, en plus ou moins grande quantité, et par petites portions. Accorde» » ici quelque chose à l'habitude, à la saison, au pays, i l'âge. » (Hipp., Aphor., i7,seef.I.)

0B l'iasitudi. fft)

de nourri tare, dont lu seule idée révolte l'estomac délicat d« citadin efféminé; mais ces effets de Uiabitude, il faut le dire, n'appartiennent pas eicIusiTement au système nerveux de la vie ptastiqM ; là section on la ligature du pneumogastrique les rendrait kapoaaibloa (i). Quel qu'en soit le siège, le praticien est obligé d'en compte; sevrer brusquement des alcooliques un homme qui hit depuis longtemps et avec une certaine impunité un usage î, serait d'une hygiène absurde, et c'est une remarque sonvérifiée, que les grands mangeurs sont promptement débilitée par la réduction considérable de leur nourriture. L'absorption est medea fonctions qui paraissent entièrement soustraites à la volonté, ■aie elle ne l'est point à l'influence de l'habitude. Beaucoup de médecins, et nous en connaissons, ont parfaitement supporté, pendant leur scolarité anatomique, le séjour de l'amphithéâtre ; livrés à la pratique, al une autopaie les rappelle dans l'atmosphère des cadavres, ils en absorbent les miasmes, éprouvent divers symptômes, tria qw diarrhée, éructations par l'anus, dont l'odeur est exacte ment celle de l'amphithéâtre ou du corps qui a été ouvert. Ces accideots, dont le plus ordinaire est la diarrhée, se déclarent vite, et il snfllt souvent, pour en être atteint, d'avoir respiré un quart d'heure rairehirgéd'éroanations putrides. Maissi, au lieu de faire de rares apparitions à l'amphithéâtre, on y revient plusieurs jours de suite, et que Ton s'y arrête plusieurs heures par jour, on cesse d'en être incommodé; évidemment, l'absorption des miasmes s'est alors ralentie, en même temps que le tégument interne y devient moins impressionnable, à moins que l'on n'attribue cette impunité à un effet de saturation Quant à la respiration, ipsa neceuitas novi aeris per com$uettêdinem dimimitur, a dit Ha lier ; on finit par familiariser ses poumons avec un air vicié. Sanctorius rapporte qu'un prison-

(l)La théorie des mouvements réflexes, telle que l'ont établie les travaai ds J. ntûller et de Hsrthsll Htll, eiplique le mécanisme des habitudes qui s'appli* foeot eut organes dépendants à It fois de* nerfs ganglionnaires et des nerfs raenidieas. L'influence de It volonté ne se prononce qu'à la suite d'une impression stssitive ou centripète plus ou moins prolongée; l'habitude intervient dans la durée de la résistance volontaire à cette impression : quand l'accumulation de Purifie agit sur les nerfs sensiiifs de la vessie (filets des nerfs sacrés), et consécutivement sur la moelle épinière, it nous est donné de suspendre quelque temps Faction des nerfs moteurs, comme d'autres fois la volonté force les contractions de la vessie sans le concours synergique du diaphragme et &^$ muscles de l'abdomen, (llaller, àVamief de phytiologto, t. Il, p. 638.)

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nier qui avait passé vingt ans dans l'atmosphère infecte d'un cachot ne put supporter l'air pur du dehors, et que la santé ne lui revint que par sa réintégration dans le même cachot. Les organes de la circulation s'é moussent aux stimulations répétées. L'ingestion du café est suivie, chez beaucoup de personnes, de palpitations et d'accélération du pouls; mais ces phénomènes diminuent et cessent par l'eflet d'un usage fréquent. Les sécrétions sont aussi modifiées par l'habitude : telle est celle du lait, du sperme, etc. Les succions fréquentes du nourrisson activent la lactation ; la continence réduit la fabrication du sperme; l'exercice des organes de la reproduction entretient, peut même accroître leur puissance. Nous examine* rons plus bas les résultats que produit l'abus ou l'excès des fonctions génératrices.

Les actes fonctionnels qui font commercer l'homme avec le monde ambiant sont les plus susceptibles de varier par l'empire de l'habitude, et nous devons indiquer ici brièvement les changements qu'elle introduit dans l'exercice des sens et dans l'action du cerveau considérée en elle-même ou dans les différents actes dont il est le régulateur.

1° Sensations. Ce que nous allons dire des effets de l'habitude sur es organes des sens concerne en réalité le cerveau, siège et centre unique de toute sensation dont les appareils extérieurs, œil, oreille, peau, etc., sont les conducteurs. C'est le cerveau qui perçoit et juge l'impression reçue par les extrémités nerveuses ; mais comme il rapporte les sensations aux organes qui ont été stimulés d'abord, comme il existe une liaison étroite entre les conditions de l'organe conducteur et la perfection ou la nature des sensations, il est toujours rationnel d'étudier celles-ci d'après leur siège apparent. Les organes de l'odorat peuvent s'accoutumer à l'impression d'odeurs plus ou moins fortes, plus ou moins agréables. Il en. est de même des organes de gustation : le marin provençal mange avec plaisir le piment qui produit une sensation de brûlure sur la muqueuse buccale et pharyngienne d'une personne accoutumée à un régime doux. Les canonniers, les forgerons, endurent le bruit des explosions ou des percussions métalliques, qui feraient perdre l'ouïe au délicat dilettante de nos salons. Le tact, le toucher sont gouvernés par l'habitude et développés comme sur une échelle musicale de nuances ; dirigés par un ingénieux enseignement, ils deviennent pour une classe nombreuse d'infortunés les succédanés de l'oreille et des yeux, le mobile de la culture humaine.

DE l'habitude. 165

Mais il s'agit moins de constater la puissance de l'habitude sur les appareils sensitifs que d'apprécier la nature de ses résultats ; or, tantôt l'habitude aiguise l'activité des sens, tantôt elle l'affaiblit et l'annule. Pourque l'organe sensitif se perfectionne, l'impression qu'il reçoit doit être d'une intensité moyenne, et, en se répétant, elle ne doit point excéder les limites physiologiques de force et de durée assi • gnées à l'exercice de chaque sens. L'habitude détériore au contraire et va jusqu'à anéantir la sensation, quand les excitations dirigées sur l'organe qui en est l'instrument pèchent par excès de faiblesse, d énergie ou de durée : il y a alors excès ou abus. Ces effets inverses de l'habitude expliquent les oppositions d'activité sensoriale: ainsi l'amaurose reconnaît souvent pour cause l'action d'une lumière trop vive; la myopie est une infirmité )des villes où la vue s'exerce de trop près sur les objets. Tandis que la vigie postée dans les hunes signale l'apparition lointaine d'un navire et que l'officier de quart la vérifie presque aussitôt par le télescope, le passager, novice explorateur de l'horizon maritime, braque en vain l'instrument sur le point désigne; ses yeux n'y découvrent encore que mer et solitude. Les peaux- rouges de l'Amérique se couchent à plat ventre sur le sol, et, l'oreille attentive, perçoivent des bruits de pas à des distances considérables; la fréquence des ébranle* ments sonores affaiblit au contraire !a puissance auditive du manœuvre et ne lui permet point d'analyser avec justesse la succession mesurée des sons. Le tact s'émousse par les frottements ou le maniement des objets grossiers. Comparez la peau fine, translucide et satinée de la petite maîtresse aux callosités de la main plébéienne: la différence des habitudes a produit celle des conditions organiques. C'est l'habitude qui rend savoureux au palais de l'ouvrier le pain noir qu'il arrose de sa sueur ; c'est elle qui, nivelant fortune et misère, affadit les mets les plus recherchés sous la dent des Lucullus, et fait qu'entre deux festins le convive blasé hume avec délices la vapeur de la soupe aux choux du portier. Les dégustateurs de profession ont acquis une telle sagacité de palais, qu'ils reconnaissent le terroir de chaque vin de Bourgogne et lui assignent sa côte et sa date de récolte; les ivrognes confondent tous les crus. — Un autre effet de l'habitude est de restreindre l'exercice des sens dans le mode qu'ils ont acquis: ainsi l'usage prononcé des épices rend insipide tout autre aliment ; ainsi les yeux dont la sensibilité s'est étendue jusqu'à percevoir les objets dans l'ombre ou dans un demi-jour, se ferment à l'éclat du plein jour

et réclament désormais, pour condition de leur fonction, la lueur d'un milieu crépusculaire. C'est donc à tort que Bichat a dit que l'habitude émousse le sentiment et perfectionne le jugement : des sens détériorés préparent mal les décisions de l'esprit; des impressions réglées dans leur mesure et dans leurs retours aiguisent la sensation.

Les impressions que les surfaces sensibles transmettent au cerveau aboutissent, par la réaction de ce viscère, au plaisir ou à la douleur, deux phénomènes que l'habitude modifie puissamment; elle les atténue et finit par nous en ôler la conscience: une belle partition nous ravit à une première audition et plus encore à quelques auditions subséquentes qui nous permettent d'en mieux saisir les détails el l'ensemble ; mais à force de l'entendre, il vient un moment où nos oreilles ne sont plus frappées que par une succession de notes et de thèmes dont notre âme ne sait plus s'émouvoir. Une première tentative de cathétérisme provoque une vive souffrance, parfois la fièvre; après plusieurs introductions, la sonde est reçue sans douleur et devient familière au canal de l'urèthre. Faut-il en conclure que notre organisation conduit à l'indifférence et ne peut aviver sa sensibilité que par le changement? Bichat a jeté de sa plume cette désolante proposition ; mais peut-être n'avait-il pas aperçu tous les éléments de l'habitude? Dans l'action des corps extérieurs sur nos surfaces de perception, il faut distinguer: 1° l'effet de leur contact; 2° le rapport qui s'établit ensuite entre l'organe impressionné et la cause impressionnante, rapport qui tantôt dépend des conditions individuelles de la vie plastique, tantôt se décide par la réaction cérébrale. L'habitude affaiblit progressivement el finit par anéantir la sensation qui résulte du contact, source des plaisirs immédiats, instantanés, éphémères; elle fortifie au contraire le rapport qui s'établit entre l'organe et l'agent extérieur, ou l'ordre d'idées, de souvenirs que représente cet agent ; et ce rapport d'harmonie vitale est la source des jouissances durables, inaltérées par le temps. Le premier aspect d'une localité où nous arrivons nous frappe d'une manière agréable et nous dispose à y séjourner, voilà l'effet du premier contact de l'objet avec nos surfaces de perception; au bout de quelque temps, cet effet diminue; la vue journalière des mômes cités, des mêmes édifices, du même horizon, leur ôte tout intérêt: l'habitude a fait son office. Mais si les teintes du paysage ont pâli à nos yeux, si les groupes et la forme des constructions ont perdu leur attrait, une secrète liaison s'est établie entre ces lieux el nos be-

oi l'habitude. t67

soins» noe goûts, notre rhythme moral ; leur horizon est devenu celui de noire pensée, il encadre notre vie. Ce n'est plus l'émoi de l'arrivée, l'impression fraîche et vive du premier jour ; mais nous sentons qu'il y tarait pour nous souffrance à nous en éloigner: voilà le rapport qui se développe entre le sujet et l'objet. Il a commencé dans l'or» gane impressionné d'abord, il a fini par se généraliser, par engager tout notre être; loin de le détruire, l'habitude le consolide, le rend plus impérieux, et le plaisir qu'il donne est de ceux que le temps respecte. On comprend encore de cette manière, dans une sphère inférieure de sensations, l'influence de l'habitude sur les effets do tabac. Elle émousse la sensation qui résulte de son contact avec lu muqueuse nasale; mais elle renforce la relation qui s'établit entre elle et l'excitant fonctionnel qui n'excite plus, relation que le cerveau généralise, et qui engendre, si l'on peut ainsi dire, des plaisirs de réflexion. Le marin qui commence à se relever d'une maladie grave demande du tabac, quoiqu'il soit émousse à l'action de cette substance par l'abus qu'il en fait sous toutes les formes, ei cette sollicitation du malade^est cousidérée avec raison comme un indice heureux pour le pronostic. La privation du tabac est de toutes les privations celle que les détenus supportent le plus difficilement ; une révolte a eu lieu dans la prison d'Épinal aux cris : Du tabac ou la mort! (Janvier 1843. )

Nous laissons aux philosophes, aux moralistes le soin d'étudier l'action de l'habitude sur les affections de l'àme et sur les opérations de l'entendement; disons seulement que l'habitude, tour à tour auxiliaire et antagoniste de la volonté, réussit presque à lui subordonner jusqu'à un certain point les actes de la vie plastique ou à l'annuler dans ceux de la vie de relation. L'acteur qui Test appliqué àdébiter avec des intonations variées une tirade tragique, à produire le simulacre des passions attachées à son rôle, le joue à chaque représentation avec moins de sentiment; à la trentième, sa verve n'est plus que routine, et, l'esprit distrait, il remplit son office théâtral comme il digère, comme il respire, eu l'absence de la volonté. Au contraire, comme nous lavons vu, la volonté peut intervenir dans les fonctions organiques et influer sur la durée de i'éla* boralion digestive, sur la fréquence ou le rareté des excrétions diverses.

2° Locomotion. L'habitude d'un exercice modéré donne à l'action musculaire plus de force, plus de précision, plus d'étendue et de, célérité; cette augmentation de force est toujours en rapport avec

un accroissement de nutrition qui s'opère dans le système musculaire. L'inaction réduit le volume musculaire, et quand elle devient habituelle, non-seulement la nutrition des organes du mouvement est diminuée, mais encore le tissu des muscles perd de sa consistance, de 6a Fermeté, de sa faculté contractile. Ces résultats contraires s'observent tantôt d'une manière générale, comme chez l'ouvrier ai chez l'homme de cabinet, tantôt sur le même individu, devenu puissant par quelques muscles plus particulièrement exercés, faible dans le reste de son appareil de locomotion. Ces inégalités de forces dans les différents muscles, dans les différentes parties du corps, sont généralement provoquées par l'exercice des professions mécaniques; la mémo cause rend les attitudes plus ou moins faciles et supportables. Il suffit, pour comprendre ces faits, de rappeler es que l'activité pi us sou tenue, plus variée de certaines parties du corps permet de flexions et d'audace musculaire aux danseurs de ballet et de corde, aux portefaix, etc. Le boulanger doit à l'habitude de soulever et de projeter de grandes masses l'énergie de ses membres tboraciques; le tailleur s'accoutume au croisement permanent de ses jambes, position si pénible pour qui n'y a point rompu ses membres inférieurs. L'habitude des efforts considérables, des contractions énergiques, rend moins apte aux mouvements déliés, et diminue la grâce des allures; la démarche de certaines professions est caractéristique. Toutefois l'habitude de déployer une certaine force n'exclut ni la dextérité ni la justesse des mouvements, quand ils s'appliquent à leur objet ordinaire: tel joueur de billard excelle sur ses rivaux, quoiqu'il se serve d'une queue pesante; il perd au contraire sa supériorité, quand il y substitue une queue plus légère.

3° Expressions, Le geste ou la coordination des contractions musculaires du visage avec celles des membres et du tronc dans le but d'exprimer un état déterminé de l'âme, acquiert une grande perfection par le bénéfice de l'habitude ; la mimique est fondée sur cette aptitude dont les orateurs, les tragédiens, les diplomates, etc., nous offrent des exemples si divers.

La voix se fortifie par l'habitude et acquiert plus d'étendue: les cricurs publics, les militaires instructeurs, tous ceux qui parlent en public nous en fournissent la preuve. Le timbre de la voix se modifie moins aisément ; quoique dépendant de la forme des voies aériennes, des membranes et de leurs résonnances, il est en rapport, d'une part avec la constitution générale, d'autre part avec le milieu dans lequel se développent et s'exercent les organes delà phonation.

M L'iABlTUDI. U9

La parole oo la voix articulée, grâce à l'habitude d'une déclamation ■fthodiqne. devient plut nette, plus distincte, plus mordante, plus t; ion volume et sa portée augmentent également : l'expé- Démosthènea été sou vent répétée avec succès, et plus d'un • réussi à changer l'action vicieuse des organes phonateurs par la persévérance d'une discipline spéciale. L'orthophonie, ou tel de Tedreaaor les défectuosités de la parole, ne consiste guère, iflfts la plupart des cas, que dans la transmutation des habitudes faeedonnellea.

4P Sommeil et veille. L'heure et la durée du sommeil, ainsi que hi conditions qui le favorisent, se laissent régler par l'habitude ; ila éloigne oïl rapproche les retours du besoin de dormir, elle le pour ainsi dire à heure fixe: il suffit, en effet, de se livrer au ni plusieurs fois de suite à la même heure pour que l'on con- «Teo sentir les atteintes à point nommé. Il est remarquable faala volonté prolonge son empire à travers le sommeil et détermine l'heure du réveil avec une sorte de précision. Quoiqu'une certaine assoie de repos soit indispensable au système nerveux, il se prête par degrés à l'exigence de l'habitude qui rend parfois si inégaux les intervalles de repos et d'activité : l'un se plonge dans un sommeil de dis h douse heures, et si quelque circonstance l'a abrégé d'une hsere, il se lève avec un sentiment de lassitude ; l'autre répare en quatre heures les déperditions nerveuses et prolonge impunément m Teilles. Les usages d'un certain inonde font du jour la nuit et de la noît le jour; des professions pénibles nécessitent aussi cette inversion ; mais l'homme du monde, comme le plébéien condamné ni nocturne labeur, expie tôt ou tard, par le dérangement de la anté, cette infraction aux règles de la nature. Enfin l'habitude fait k chacun son lit : aux efféminés leur moelleuse couche d'édredons, k l'homme de travail le plan moins élastique du crin, au soldat la planche inclinée qu'on appelle lit de camp, au matelot le hamac lottant, au lazzarone les larges dalles de la place ou le seuil d'un portique ; et dans ces conditions si différentes, le bienfait est égal pour tous : peut-être même le grabat du pauvre a-t-il connu notas d'angoisses et d'insomnies que la couche des grands et des riches.

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S a. — Des habitudes morbides.

Il est des maladies devenues habituelles et qui n'excluent p* un état de santé suffisant (1); il en est d'autres qui ont acquis droit de domicile dans l'économie et qu'il serait dangereux de guérir (2)» Nous les appelons habitudes morbides, parce qu'elles constituent dei dispositions acquises à l'organisme qui s'y accommode par uuesortq de tolérjnce ; invétérées par une longue suite d'années, supplémentaires d'une fonction qui s'est éteinte, ou qui est devenue insuffisante, elles peuvent devenir une condition nécessaire de l'équilibre fonctionnel et doivent alors être respectées. Examinez attentivement les hommes qui sont parvenus à leur période de décroissance : il s'en trouve peu que les maladies aient entièrement épargnés et qui ne gardent dans un recoin de leur économie quelque vestige de lésion antérieure. Les foyers morbides, quand ils ont duré ou quand ils ont eu une vive intensité, laissent ça et là une cendre mal éteiule d'où peut jaillir l'étincelle d'un nouvel incendie. Si la maladie n'a point passé sur les organes, le temps, l'inexorable temps détériore par degrés leur structure et leur jeu ; les tempéraments se dégradent, les prédominances organiques sont interverties, des actes physiologiques s'affaiblissent ou s'éteignent; dans cette tourmente de l'âge, un état morbide survient parfois comme par un effort désespéré de la nature conservatrice, et ce qui eût été danger à une autre époque de la vie devient ressource pour le moment présent.

Hais nous ne restreignons pas à ces deux groupes de maladies la dénomination d'habitudes morbides; les abus, les excès deviennent aussi des habitudes, c'est-à-dire des dispositions acquises à l'organisme par la répétition de l'acte ou par la continuité de la sensation qui donne lieu à l'excès, à l'abus : l'exercice régulier des organes génitaux est utile; leur exercice immodéré qui constitue l'excès, leur exercice dépravé qui constitue l'abus ou la masturbation, sont funestes et doivent être rangés parmi les habitudes morbides. Il faut donc entendre encore par ce mot certaines dispositions acquises

(1) « Ceux dont la maladie s'accorde avec leur constitution, leur âge, leur » habitude et avec la saison de l'année, sont moins en danger que ceux dont la i> maladie n'a aucune de ces convenances. » (Hipp., Aph., 34, sec t. II.)

(2) o Les habitudes anciennes, bien que mauvaises, troublent moins que les » choses inaccoutumées. » (Idem., Aph., 50.)

DIS HAfttTUPES tfOSNDIS. 17 1

Mi détriment d'un organe ou de l'organisme entier, et qui, par leui peniitanre, deviennent des causes infaillibles de maladie. On pourrait appeler habitude* morbides les maladies compatibles avec la UPléou dangereuses à guérir, et habitude* morbi figues les disposa* tes acquises qui, comme la nostalgie ou l'excès vénérien, aboutissant inévitablement à la maladie.

L FmcnoKS M la gènésation. — De Vabus des organes génitaux, m amnurèaiian. Relativement aux organes de la reproduction, rabes consiste dans leur action irrégulière, anormale, anticipée, etc., qui ne peut avoir pour résultat la propagation de l'espèce. Nous iflaprantons cette définition à Lallemand (1), dont les idées trou* tarant place ici, parce qu'elles nous ont paru fondées sur une txpérieoce aussi judicieuse qu'étendue. La masturbation, désignée sacore par l'expression historiquement inexacte d'onanisme et par l'expression incomplète de chéiromanie, a été l'objet d'une foule d'observations (Sydenham, Zimmermann, Boerhaave, Van-Swie* lea, ete») et de traités spéciaux dont le plus célèbre est dû à Tissot et le pies récent k Deslandes. Le premier, empreint d'exagération* a néansacins exercé sur beaucoup de jeunes lecteurs une salutaire intimidation.

Depuis que les testicules ont acquis tout leur développement jusqu'au moment de leur atrophie commençante par le progrès de l'âge, la sécrétion du sperme se continue avec des alternatives d'augmentation et de diminution, suivant l'excitation ou le repos des glandes ; il en résulte pour l'homme l'aptitude permanente à l'acte vénérien, aptitude qui n'est que périodique chez la plupart des animaux. La situation des parties génitales chez l'homme à l'extérieur et comme sous la main, leur déhiscence chez la femme, la conformation des membres supérieurs qui leur donne toute facilité d'attouchement, la connexion de la fonction génitale avec plusieurs actes de l'économie et un grand nombre d'états morbides,. (ont voir que l'organisation humaine porte malheureusement en elle-même le principe de ses égarements. Hais une autre cause de sollicitation organique, c'est la précocité de l'instinct génital, des idées et des sentiments dont il est le mobile. En général, l'impulsion d'un sexe vers l'autre coïncide avec l'aptitude physique; mais il. arrive aussi que l'instinct génital devance la puberté : il est aisé d'en surprendre les indices dans l'allure des enfants des deux sexes,

(1) Op. cit., t. I, p. 313.

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dans leur commerce réciproque. Les impressions qui frappent k plus tendre enfance deviennent souvent le point de départ d'an aberration clandestine; les observations abondent qui prouvait non-seulement le danger des excitations les plus fortuites, les phi ! insignifiantes en apparence, les moins susceptibles d'être prévues» , mais encore la prématurité de l'instinct vénérien, sévissant sur dei ; organes imparfaits. On se rappelle cette petite fille dont Parant Duchàtelet nous a laissé l'histoire (1) : âgée de quatre ans, élevée par une aïeule sévère et pleine de religion, elle avait contracté ai secret les habitudes les plus déréglées, et elle étonna ceux qui Tin- | terrogèrent par la cynique neïveté de sa corruption. — Des causes : extérieures, la plus fréquente est l'imprudence des parents, qui ee croient dispensés de surveiller leurs enfants jusqu'après l'évolution manifeste des organes génitaux : erreur fatale, car le berceau de nourrisson a ses périls et ses mystères de dépravation ! Lallemand raconte qu'une nourrice avait recours, pour calmer les cris de l'enfant qu'elle allaitait, à des attouchements, suivis de mouvements spasmodiques, puis d'un repos apparent ; les convulsions survinrent et furent attribuées par les parents aux vers, à la dentition» etc., jusqu'à ce que Lallemand s'avisât de la cause réelle, bientôt confirmée par les aveux de la nourrice : force fut de la renvoyer, car se vue seule rappelait à l'enfant les sensations dont il avait déjà contracté l'habitude. Deux faits analogues sont rapportés par Deslandes (2), et Halle en cilait aussi dans son cours d'hygiène. Que d'enfants pervertis dès l'âge de cinq et six ans par leurs bonnes, employés comme instruments d'une volupté hypocrite par dos êtres abjects. Les collèges, les pensionnats, les maisons d'éducation sont, on ne saurait le dissimuler, des foyers de contagion morale qui s'étendent aux nouveaux venus de tout âge, et si le vice endémique de ces établissements épargne un enfant, il ne tarde point à succomber aux sollicitations spontanées des organes génitaux qui s'éveillent et qui lui créent un sens nouveau. Nul précepte de pure morale, nulle instruction religieuse, nulle puissance ne peut empêcher chez le pubère la sécrétion de sperme et l'émoi mystérieux qu'elle détermine dans l'économie : dans cet état d'organisme, la provocation de l'exemple n'est même pas nécessaire pour entraîner h des pratiques

(1) Annales d'hygiène et de médecine légale, 1832, t. VII, p. 173. — Voyei aussi t. XXXVII, p. 436.

(2) De l'onanisme et des autres abus vénériens. Paris, 1835, in-8.

dégradantes le jeune élève, soustrait à la surveillance de ses parents et se dérobant sans peine à celle de ses maîtres.

La fonction de la génération ne dépend pas seulement des instrumenta qu'exige le commerce sexuel ; l'encéphale doit irradier sur ces parties ou recevoir les sensations qui en proviennent, et par là régler la série des actes dont elles sont chargées. Il est difficile, même en présence de faits nombreux qui plaident en faveur du cervelet, de lui accorder ce privilège fonctionnel. C'est à coup sûr l'une des localisations phrénologiques les moins aventurées : on cite des observations où une irritation plus ou moins ancienne ila cervelet a provoqué la masturbation, une convoitise erotique seulement intellectuelle et disproportionnée avec le développement des organes génitaux. Lallemand a retracé l'histoire curieuse d'un masturbateur qui se procurait des érections par la percussion de l'occiput. M. Gensoul, cité par M. Serres (Anatomie du cerveau, t. II, p. 608), a guéri un homme atteint de pollution opiniâtre par l'application de sangsues et de la glace pilée à la nuque. Toutefois, à côté des observations favorables à l'opinion qui fait du cervelet l'organe central de l'instinct de la propagation, il faut placer le faitbien authentique de la coïncidence de l'onanisme avec l'absence complète du cervelet (1); la statistique relatée par Burdach, où les phénomènes des organes génitaux se montrent dix-sept fois <ous la dépendance des lésions du cervelet, et trois cent trentedeux fois sous celle des lésions du cerveau, les observations négatives de M. Andral (2), celles de M. Lélut constatant que dès l'âge de quatre à cinq ans le cervelet a acquis la proportion prétendue pubère de son volume relativement à celui du cerveau (3), etc. Plusieurs dispositions congénitales deviennentdes causes occasionnelles du môme abus. L'accumulation de la matière sébacée entre le prépuce et le gland, l'àcreté putride de cette sécrétion, le phimosis naturel, la longueur ou l'exubérance du prépuce, une dartre préputiale alternant avec une dartre anale, ont donné lieu à des pollutions nocturnes, et, par suite, à la masturbation. La présence d'ascarides dans le rectum peut aussi provoquer a cet abus.

Nous renvoyons aux traités spéciaux qui ont été publiés sur ce triste sujet pour édifier le lecteur sur la singularité et la multi-

;l,Cniveilbier, Anatomie pathologique, 1834, livraisons XV et XVIII. i) Cliniq. méd., t. V, p. 135.

(3) Annaks médico-ptychol., 1843, t. II, p. 173.

iTA BYGIENB PII VII.

plicité des moyens par lesquels les victimes de la masturbation se procurent les sensations quelles appètent. Une position, un froissement, une attitude prise par hasard a souvent révélé à l'enfant, à l'adolescent un nouvel ordre d'impressions, et lui devient nn moyen de les obtenir à volonté. Qui n'a lu l'histoire de ees pâtres qui, pour ranimer l'hébétude croissante de leur sensibilité, et tirer encore des jouissances d'organes émoussés, en sont venus à l'emploi des ressources les plus monstrueuses? Signalons seulement l'erreur des auteurs qui ont parlé de masturbation sans émission séminale, grâce à la compression exercée sur les points les plus reculés de l'urèthre ; la compression faite au-devant des canaux éjacu la leurs a été même recommandée par beaucoup de médecins contre les pollutions ; or elle est inutile, quel qu'en soit le siège : a Quand il s'est trouvé assez d'espace au-devant des canaux éjaculateurs pour loger le sperme, il s'est écoulé en totalité dès que le canal est devenu libre ; quand la compression a été exercée immédiatement au-devant de l'orifice des canaux éjaculateurs « le sperme s'est trouvé refoulé du côté de la vessie; il y a pénétré, du moins en très grande partie : de sorte qu'il a été facile de croire que la perte séminale était empêchée ou beaucoup diminuée» es qui a t'ait naître une sécurité funeste (1). »

Les effets de ce vice sont relatifs à l'âge, au tempérament, aux divers organes de l'économie. Les enfants maigrissent, s'étiolent; ils deviennent hargneux, irritables; leur sommeil est court, agité, interrompu ; ils finissent par le marasme et la mort. Chez eux les accidents nerveux font explosion plus facilement que chez les adultes : telles sont les contractions spasmodiques, les convulsions partielles ou générales, l'éclampsie, l'épilepsie et une espèce de paralyse accompagnée de contraction des membres, bien étudiée par Guersaitt (2). Tous les effets de la masturbation avant la puberté se rapportent au système nerveux ; cette influence n'agit pas moins riiez les adultes, puisqu'ils éprouvent les mêmes sensations, mais il s'y ajoute une déperdition de sperme dont il faut tenir grand compte; et c'est a tort que beaucoup de médecins tout dépendre exclusivement de l'ébranlement nerveux les conséquences de la masturbation chez les adultes : toute |>erte exagérée de semence, même eu l'absence de toute sen-

.1: Lallriuaud, op. cit., 1. 1, p. 4SI. 2; Gaz. méd.9 février 1833.

Battait, cause an affaiblissement funeste, et les pollutions diurnes, comme nous le verrons plus bas, quoique exemptes d'érections, peuvent conduire à la mort par leur fréquence et leur invétération. Ami, tontes les fois qu'on peut maîtriser l'enfant et la femme, le ■si s'arrête et le rétablissement est prompt, tandis que l'homme adolle, guéri de ses funestes habitudes, ramené à la vie la plus régulière, continue de dépérir s'il continue de perdre involontaire- BMnt la liqueur séminale dont il a trop fréquemment sollicité la sécrétion et l'éjaculation. C'est cette perte involontaire et souvent néoounue qui s'oppose au rétablissement de certains masturbaleurs corrigés; que si ces derniers demeurent affligés de pollutions diurnes, tandis que d'autres se rétablissent complètement, cela tient à ce que ceux-ci ont renoncé à leur mauvaise habitude par l'énergie soutenue de leur volonté, el ceux-là par impuismnee : les uns ont perdu leur virilité par l'abus, les autres l'ont sauvegardée par leur force de résolution. — Les tempéraments font varier les caractères et l'intensité des effets que produit l'abus génital; cependant il ne faut pas confondre avec leur influence la part qui revient à la puissance très inégale des organes génitaux. — Tous les organes ne se ressentent pas également des suites de la masturbation; les idiosyncrasies individuelles décident eu quelque sorte de la localisation des effets morbides : tantôt c'est la vue qui est menacée, tantôt les poumons; chez l'un altération des fonctions digestives, chez l'autre palpitations habituelles. Les effets les plus constants sont l'amaigrissement, la débilité musculaire, la décoloration générale, une impressionnabilité croissante à toutes les influences extérieures et internes, la dépression des facultés encéphaliques, particulièrement de la mémoire, la direction vicieuse des idées et la permanence des préoccupations qui se rattachent à la satisfaction d'un besoin rendu tyrannique : le trouble intellectuel peut aller jusqu'à la folie; la démenée, la mélancolie, le penchant au suicide sont rangés par Esquirol parmi lés suites de la masturbation, qui, selon le même observateur, détermine ces désordres plus souvent chez l'homme que chez la femme (1). Ce dernier fait nous frappe et milite, ce nous semble, eu faveur de l'opinion de Lallemand, qui attribue le plus grand nombre de ces effets, non à la masturbation souvent arrêtée depuis plusieurs années, non aux secousses imprimées à l'axe cérébro-spinal, mais aux déperditions séminales involontaires que ce vice a laissées à sa suite.

(1) Annales d'hygiène et de médecine légale, 1830, t. IV, p. 357.

Les masturbateurs se dénoncent par les traits de leur extériorité: leur visage est pâle et tiré ; leurs yeux sont entourés de cerclai violacés et comme enfoncés dans les orbites, leurs papilles habituellement dilatées ; une expression de honte, de tristesse et de défiance caractérise leur faciès. A peine émancipés de l'enfance, ib présentent les signes d'une puberté hâtive; plus tard, quand Ui persévèrent dans leurs pratiques, leurs organes génitaux sont flasques et flétris. Chez les jeunes filles, on observe parfois une ampleur considérable des lèvres, le volume du clitoris, un écoulement leocorrhéique, suite de leurs manœuvres furibondes. Les masturbateun s'isolent; dans la société des jeunes gens de leur âge, ils ont des échappées de cynisme, mais dans le monde leur attitude est morne et d'une timidité qui fait croire à l'innocence de leurs mœurs. Couchés, ils disparaissent sous les couvertures, feignent de dormir i l'approche d'un observateur; mais l'animation de leur face, la sueur qui baigne leur peau, le mouvement accéléré de leur respiration trahissent le flagrant délit dont les traces sont empreintes sur leur couche. L'aveu du vice complète parfois cette investigation; mais l'interrogatoire est délicat : il faut craindre de susciter à une âme candide l'idée d'un abus qu'elle ignore. Les adultes sont plus francs, et beaucoup de militaires, pressés par nous, ont déclaré leur aberration, eu ajoutant qu'ils en étaient guéris depuis longtemps, ce qui était loin d'être réel.

Par l'effet des masturbations de plus en plus réitérées, la liqueur séminale perd peu à peu sa consistance, sa couleur, son odeur et môme ses zoospermes (1) ; elle ressemble de plus en plus au mucus et au fluide prostatique ; quelquefois la liqueur éjaculée est sanguinolente ou mêlée de sang pur. Nous avons déjà signalé les accidents pathologiques qui surviennent chez les enfants; les adultes ont à redouter, par suite des abus prolongés de l'appareil génital, l'infécondité, l'impuissance, les lésions du cœur présagées longtemps à l'avance par les palpitations et des dyspnées passagères, la phthisie pulmonaire, d'où le préjugé médical de la salacitédes phthisiques; comme si une affection que favorisent toutes les causes débilitantes était de nature à surexciter la fonction reproductrice et ne résultait pas plutôt elle-même, d'une manière plus ou moins directe, de la débilitation profonde que subit l'organisme, et par la déperdition

(1) Sur les dégradations et déformations des spermatozoïdes chez les tabescenti et les onanistes, voyez thèse de M. Kaula, Paris, 1846, n* 112.

séminale habituelle, cl par la secousse nerveusede chaque émission volontaire du sperme ; des paralysies, des congestions cérébrales, un tremblement cho ré i forme, la carie vertébrale (Boyer), etc., peuvent aussi se développer sous l'influence prolongée de la masturbation ; elle produit encore, comme effets immédiats, des écoulements, des prostatites, des cystites plus ou moins aiguës, l'hématurie, des orchites qui passent pour spontanées. Nous avons quelquefois à traiter dans notre hôpital des orchites survenues chez déjeunes militaires tout à fait purs de syphilis, et qui affirment ne pouvoir assigner aucune cause à leur maladie; interrogés avec un intérêt confidentiel, hors la présence des élèves et des infirmiers, plusieurs nous ont avoué leur penchant à la masturbation. Nous avons soigné (janvier 1843) un soldat, âgé de vingt et un ans, affecté de prostatite ; il n'avait jamais eu d'uréthrite ni aucune autre affection syphilitique, et lui-même rapportait ce qu'il appelait sa gêne d'uriner aux manœuvres solitaires dont il avait l'habitude. Il faut reconnaître toutefois que le tableau tracé par Tissot et quelques autres des conséquences de la masturbation, est empreint d'exagération ; mais si elle ne réalise les maladies précitées que dans un petit nombre de cas où elle a été poussée à toute outrance, elle influe sur la marche des affections qui frappent les masturbateurs ; elle les aggrave, elle en prolonge la durée, elle leur imprime parfois une allure bizarre et y mêle des phénomènes nerveux. Les sujets usés par ce vice, dès qu'ils éprouvent une fièvre grave, sont voisins de l'ataxie, de l'adynamie ; les solutions franches font défaut chez eux et ils supportent mal un traitement énergique.

Avant l'âge où l'on peut s'adresser utilement à la volonté, l'hygiène se borne ici à !a surveillance la plus assidue, et sur l'enfant et sur son entourage, aux moyens de répression mécanique par les liens et les appareils; à l'âge où la conscience existe, il faut s'emparer de la volonté des sujets, et, par une impulsion héroïque, les amener à rompre la série de leurs fatales jouissances; on ne continuera pas moins de les surveiller avec une égale sollicitude de jour et de nuit ; on écartera de leur sphère toute séduction matérielle et morale, tout ce qui peut exciter les sens ou l'imagination (livres, tableaux, conversations ambiguës, aliments échauffants, etc.). Si une perte séminale involontaire ou tout autre accident se prolonge après la cessation de l'abus, il y a urgence d'y remédier. Après l'action morale, les meilleurs moyens de prévenir le retour à l'abus, c'est la variété des occupations et l'exercice musculaire porté jusqu'à 3e *niT. — i. 4 2

178 HYGIÈNE PRlVftt.

la fatigue. Une gymnastique bien dirigée peut à elle seule remplacer tous les autres agents préservatifs; malheureusement, dans not établissements d'instruction publique, le soin d'une fausse culture des esprits fait oublier les intérêts et les nécessités de l'organisation physique. Quand les forces doivent être relevées, mieux vsot recourir au régime lacté ou du moins à un régime doux, quoique substantiel, qu'à l'usage des amers, des ferrugineux, et surtout du vin, qu'Hippocrate défend aux individus tombés dans la consomption dorsale par excès vénérien : OwpjÇcwv àni-xtoQw. Enfin, il est des cas où le besoin génital, parlant haut et justifié par l'organisation, exige satisfaction, et pour prévenir des égarements, il faut lui payer le naturel tribut de l'union sexuelle.

2. Des excès vénériens. Avec Lallemand, nous entendons ici par excès l'usage poussé au delà des besoins réels, au delà de ce qu'exige la propagation de l'espèce; et quoique les effets de l'excès génital ressemblent beaucoup à ceux dé l'abus, il nous a parti utile d'en traiter séparément.

Où commence l'excès? où finit l'usage ? Nulle fixation n'est possible à cet égard ; de tous les organes, ceux de la reproduction présentent le plus d'inégalité, non-seulement d'un individu à un autre, mais dans le même individu pris aux différentes époques de la vie : le besoin, ce cri de l'organisme, semble indiquer la mesure de leur activité, mais non le besoin factice, provoqué par une passion, par une dartre préputiale, par une irritation du cervelet, de la moelle épinière ou des nerfs génitaux, par la présence d'ascarides dans le rectum, etc. C'est ici qu'il importe de faire la part de l'instinct géni lai plus ou moins développé, et de l'activité propre des organes de la reproduction ; la fréquence et la durée des érections ne sauraient toujours indiquer la limite du besoin, toute» les causes ci-dessus énumérées pouvant y donner lieu. Les phénomènes observés dans les différentes fonctions de l'économie ne permettent pas davantage d'évaluer la mesure du besoin génital; car l'atonie génitale, résultat d'une continence trop prolongée, et la pléthore spermatique font naître beaucoup de symptômes analogues* tels que malaise général, torpeur, somnolence, ou bien agitation, altération du caractère, dégoût de la vie, disposition au pleur, etc. Les effets immédiats du besoin satisfait font seuls reconnaître s'il était légitime o<f non, et présagent avec certitude les conséquences ultérieures qu'on doit attendre de nouveaux rapports sexuels. L'accomplissement régulier de toute fonction nécessaire à

DIS HABITUDES MO» S IDES. i7$

l'économie y laisse à sa suite un retentissement agréable. S'il en est ainsi de la satisfaction du besoin génital, si après l'acte consommé la tête est plus libre, l'esprit plus gai, le corps plus souple, plus vigoureux, la nature a été obéie dans sa juste exigence; mais le coït entraine -t-il un sentiment de tristesse et de satiété, l'affaissement des forces physiques et intellectuelles, une importune pesanteur des idées et des mouvements, il y a eu excès, et fût-il suivi d'érections nouvelles, le besoin n'y serait pour rien. Les cas intermédiaires entre ces extrêmes, dit Lallemand. constituent le train ordinaire de la vie, le coït n'est alors suivi d'aucun phénomène remarquable en bien ni en mal, et ce praticien en conclut que dans l'immense majorité des cas il est loin d'avoir sur l'économie l'influence nuisible qu'on lui attribue par une banale exagération. On objecte les accidents nerveux, épileptiformes, qui ont éclaté pendant ou après le contact sexuel ; sans doute les excès vénériens y disposent, mais souvent l'habitude des convulsions existait antérieurement au mariage, etc. Quant aux ruptures d'anévrysmes, aux apoplexies survenues dans la même circonstance, ces catastrophes ne se produisent-elles pas aussi par toute émotion qui accélère les contractions du cœur, par tout effort qui commande la suspension plus ou moins complète de la respiration?

L'espèce d'orgasme génital qui signale l'avènement à la puberté entraine souvent l'adolescent à des excès ; la plénitude de la virilité y sollicite de même : aussi les jeunes mariés pèchent-ils souvent parla. La prédominance du système lymphatique (1) y dispose moins, mais les rend aussi plus dangereux. L'excitabilité génitale attribuée au tempérament nerveux n'est souvent que l'exaltation du sens encéphalique qui correspond à la fonction ; la prépondérance de l'instinct génital sur les organes de la fonction est une cause d'excès d'autant plus funeste que la disproportion est plus grande entre le mobile cérébral et l'instrument fonctionnel : elle s'annonce souvent dès l'âge de cinq à dix ans et 6évit sur l'existence entière. Ceux que pousse celte fatale convoitise ont les idées incessamment tournées vers les objets qui peuvent la satisfaire; la fatigue, l'épuisement qu'ils éprouvent ne les arrêtent pas ; leur

(I ) « Chei les hommes (Scythes), le penchant au plaisir de Tamonr est moins » tir, à cause de l'humidité de la constitution, à cause du relâchement et de la • froideur du ventre. » (OBurre* complètes d'Hippocrnte, trad. Littré, De» aint H an (feu* Paris, «84*, t. H, ». 75.)

volonté vacillante ne sait pas s'attacher aux bonnes résolutions qui leur sont suggérées ; leur vie est une alternative de paroxysmes vénériens et de collapsus dont le terme est l'impuissance ou l'aliénation mentale. Le développement des organes sexuels, si variable suivant les individus, et souvent sans proportion avec l'ensemble de la constitution, ne devient une cause d'excès que lorsqu'il s'y joint une grande ardeur d'appétit vénérien, circonstance purement encéphalique. Nous n'oserions répéter avec Lallemand que la condition qui dispose le moins aux excès vénériens est celle dans laquelle les parties sexuelles prédominent sur l'organe encéphalique;' mais les exigences exclusivement physiques sont plus faciles à comprimer, à modérer; une fois satisfaites, elles font trêve à la pensée et ne lui suscitent point le tracas des préoccupations perpétuelles du plaisir ni la tourmente des machinations romanesques. Quant aux sexes, il est certain que la femme est plus exempte des effets de l'excès vénérien. Faut-il en conclure avec Deslandes que le coït lui cause moins de fatigue? Disons plutôt qu'elle sait mieux en désintéresser ses organes, à la faveur d'une facile et trompeuse passivité ; elle n'est pas d'ailleurs exposée à l'évacuation de sperme, cause principale de l'affaiblissement des hommes. L'excès porte, nonseulement sur le nombre des actes vénériens, mais sur le mode suivant lequel ils s'accomplissent : accompagnés d'un grand émoi, ils débilitent davantage, soit par la dépense nerveuse, soit parce que la vivacité des jouissances est en rapport avec le degré d'élaboration du sperme.

L'excès génital engendre les mômes effets que l'abus ; ils se résument dans l'affaiblissement général du physique et du moral. On sait aujourd'hui sous quelles formes variées se manifestent les résultats pathologiques de l'excès vénérien ; les dérangements progressifs de la santé échappent longtemps à l'attention de ceux qui les éprouvent, et peuvent en imposer au médecin pour des maladies très différentes : que de prétendues gastrites chroniques, que d'hypochondries, que d'affections commençantes du cœur ne reconnaissent d'autre cause que les jouissances immodérées de l'amour et les pertes séminales involontaires qui en sont la suite! L'affaiblissement général et progressif de tout le corps, des symptômes de congestion cérébrale, des paralysies attribuées à une lésion céphalospinale, proviennent souvent de la même cause. Les altérations, les plus graves de l'intelligence ont été observées chez des sujets livrés aux excès erotiques et faussement rattachées à une lésion de

HV IAMT0MS MOSBIDIS. 1B1

: beaucoup dé phthisies qai se développent avec une •cuite cbea des jeunes gens exempts de tonte influence hérentrent du» les eas de cette consomption dortale foOfac tinte), n admirablement décrite par Hippocrate, et qui, suivant ce observateur, affecte principalement les nouveaux mariés et libertins QuqéB&m A paktara vcoyafiouç xai ? i)oXotywuç) • Combien de poursuivies à coups de remèdes internes, d'antiphlogisde régime, etc., énigmes ardues et mobiles de la pratique cités, al dont la solution se trouve dans le mode d'exercice d'une secrète, dans des habitudes qu'il est si délicat d'interf Le parallèle de l'Orient polygame et sensuel, et de l'Occident et plus spiritualiste, présente en grand les effets difféque produit l'usage des organes génitaux ; c'est là comme une SÉpérieuce instituée sur les masses sous l'œil de l'histoire, et le mé- 4sdn y prise des enseignements aussi graves que le philosophe et fepoHtiqne : c D'un côté, polygamie, harems et sérails : d'où excès , mutilation barbare, sodomie révoltante, population mactive, indolente, vouée à l'ignorance, par conséquent à la k tous les despotismes. De l'autre côté, monogamie, austé- Ifté chrétienne, répartition plus égale du bonheur domestique, «ngmentatioo croissante des lumières, de la liberté, de l'égalité, êm bien-être ; multiplication rapide, population serrée, active, laborieuse, entreprenante, audacieuse, envahissante par impulsion et par nécessité (1). »

î. Des pollutions. L'une des habitudes de l'appareil génital qu'il est le plus difficile de combattre, c'est l'évacuation involontaire du sperme, évacuation qui s'effectue sans coït, sans attouchement, sans manœuvre masturba trice. On distingue les pollutions en diurnes et en nocturnes ; une division plus pratique serait celle des pollutions utiles et des pollutions nuisibles : les diurnes sont presque toujours de cette dernière espèce. M. Bégin (*2) établit encore une autre distinction qui porte sur l'intermittence et la continuité de l'excrétion séminale; continue, quoique insensible, elle constitue la spermatorrliée, qu'Arétée a Fait entrer le premier dans le cadre nosologique et qui y est restée presque sans vérification ultérieure, comme tant d'autres fantômes de l'imagination médicale. Les recherches si minutieusesauxquelles s'est livré Lalleroand l'ontconduit à nier l'écou-

(t) LsHemand, Op. cit., 1. 1, p. 646.

(S) M*. de méd. et de chirurgie pratiques, t. MU, p. 434.

182 HYGIÈNE PB1VÉB. .

lementcontinu et goutte à goutte du sperme, tout en reconnaissant que les écoulements chroniques del'urèthre se compliquent très fa* cilement de pertes séminales involontaires, mais comme toujours intermittentes et de quantité variable (1).

Pollutions nocturnes. Elles sont plus communes que les diurnes; mais nous ne pouvons admettre avec la plupart des auteurs qu'elles soient plus susceptibles de devenir habituelles, plus indépendantes de la volonté, plus difficiles à guérir. Tout au contraire, elles sont plus souvent excitées par des causes qui ressortent indirectement de la volonté, par des conditions passagères de l'organisme ; elles sont plus souvent critiques, c'est-à-dire salutaires, et c'est à tort qu'on les représente presque toutes comme accablantes, comme essentielles à réprimer. Dues à la pléthore sperraatique, elles font cesser les angoisses indéfinissables d'une continence forcée. Il y avait de l'inquiétude, du malaise, de l'impatience, de la disposition aui larmes, de lacéphalalgie avec fermentation des idées et vague émoi de l'âme, etc. ; survient une évacuation spontanée do sperme, et tous ces troubles s'évanouissent : une crise, une véritable crise a rétabli l'équilibre dans l'économie. Chez quelques jeunes gens, vers l'époque de la puberté, les pollutions se déclarent comme les premières règles chez la jeunefille, et elles préludent pendant quelques jours par des troubles généraux qui se dissipent après la première évacuation. Elles ont quelquefois jugé des maladies. P. Frank rapporte l'exemple d'un homme atteint de fièvre maligne, et qui dans la nuit où l'on craignait le plus pour ses jours eut trois pollutions copieuses qui jugèrent la maladie. Buffon cite un ecclésiastique qui devintfou par excès de continence et recouvra laraison après d'abondantes pollutions. — Presque toujours les pollutions utiles sont copieuses, puisqu'elles n'ont guère lieu que dans un état de pléthore spermatique insolite; quand elles sont critiques dans le cours d'une maladie, elles se répètent plusieurs fois dans une seule nuit : ainsi l'indiquent du moins les cas mentionnés par les auteurs (2). Cependant il faut se rappeler ici les inégalités de la fonction génitale suivant les individus.

Aussi longtemps qu'elles sont occasionnées par la plénitude des vésicules séminales, ces évacuationssont accompagnées desensations voluptueuses, précédées de rêves agréables ; mais cette exubérance

(l)flp. cU.,l. Il, p. 378.

(2) Voyez thèse de M. kaala,

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