‹ Traité d'hygiène publique et privée v. 2 (volume 3)Chapitre 50 sur 111 · III. — Température · texte numérisé non relu

III. — Température

La sensation de la chaleur est relative, et l'intensité de la cause qui la fait naître varie suivant la constitution, l'âge, le sexe, l'habitude, et surtout, comme nous le verrons plus tard, suivant la climats. Dans le nôtre, en général, l'air fait sur nos organes l'impression d'un corps chaud , dès qu'il approche de 25 degrés centigrades (1); cette température paraîtrait froide à l'indigène dt Sénégal, tandis que nous la trouverions trop élevée, si nous j remontions sans gradation du 6* ou du 8* degré au-dessous di zéro. Les phénomènes que la chaleur ou l'absence de la chaleur c'est-à-dire le froid, dispensée en différentes proportions, détermiw dans l'organisme humain, ne peuvent être compris sans la connais sance des actions par lesquelles il se maintient dans une température à peu près uniforme au milieu des fluctuations de l'almos phère, par toutes saisons et par toutes latitudes. Comment l'homm résiste- t-il à la loi qui établit entre les corps inégalement chaufll un échange proportionnel dont le résultat est l'équilibre ou l'éga lité de température? Comment réussit-il tantôt à conserver un chaleur supérieure à l'atmosphère, tantôt à maintenir sa tempéra ture au-dessous de celle du milieu ambiant? Propriété merveille» dont on a voulu faire une fonction spéciale sous le nom de caloricUe* et qui est le résultat complexe de plusieurs actes physiologiques c physiques ; question qui domine l'étude des rapports physiques d l'homme avec le monde extérieur, et dont la solution peut seul nous rendre compte de l'action des saisons et des climats.

La respiration est considérée comme la source principale de I chaleur animale : cette théorie s'appuie sur les recherches d Crawfort, Lavoisier, Delaplace, Dulong , Despretz, Edwards, eU Dans l'impossibilité d'en consigner ici les résultats, rappelons sev lement que les nombreuses expériences de W. Edwards sur ce suji ont montré, entre l'étendue des mouvements respiratoires et cil

(I) Réaumur a remarqué que tous les changement* tbermométriques de d» degrés affectent ta sensibilité de nos organes : « Cinq degrés du tbennomèl * produisent eiaetemeni, sur la sensibilité générale de la peau, le même d » qu'un ion sur la sensibilité spéciale de l'ouï»». » (Mémoires de VAcadtnm 4 *ciences% 1758, p. 387.) L'expérience de tous les Jours justifie l'exactitude i celte observation, qui peut servir ainsi à graduer nos sensations sur l'écbette I thermomètre.

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cnlitobes, la consommation de l'oxygène et le développement de h chaleur animale, une liaison si constante, si étroite , qu'on est conduit à subordonner les deux derniers phénomènes au premier. La physiologie comparée semble confirmer largement cette conclusion : si les oiseaux ont une température plus élevée que les mammifères, ils l'emportent aussi sur eux par l'amplitude de leur appareil respiratoire. Le poumon des reptiles présente moins de surface cellulaire que celui des animaux à sang chaud ; l'hibernation, qui ralentit l'activité respiratoire, entraine aussi un abaissenent de la température du corps, etc. Une autre preuve presque ralgaire, et sur laquelle sont fondées des applications d'hygiène, c'est qu'on absorbe plus d'oxygène et l'on dégage plus d'acide carionique en hiver qu'en été, la calorification devant être plus énergique pendant la saison froide. Les recherches de M. Despretz, répétées deux cents fois, ont démontré que, dans aucun cas, la respiration ne produit moins de 7/10* ni plus de 9/tO* de la chaleur totale émise par l'animal dans un espace de deux heures, et ce chiffre a constamment été plus élevé pour les herbivores que pour les carnivores. Quant à la différence de chaleur (de 1 à 3 dixièmes) que n'explique point la respiration, H. Despretz la croit produite par l'assimilation, par le mouvement du sang, parle frottement des diverses parties. A ces conclusions si péremptoires de la chimie, deux autres chimistes, MM. Regnault et Reiset répondent : 1* que c'est par une coïncidence fortuite que les quantités de chaleur dégagées par un animal se sont trouvées, dans les expériences de Lavoisier, Dulong et de M. Despretz, à peu près égales à celles que donneraient, en brûlant, le carbone contenu dans l'acide car* booique produit et l'hydrogène ; 2* que l'on dose celui-ci au moyen d'une hypothèse gratuite, en admettant que la portion d'oxygène consommée et non retrouvée dans l'acide carbonique a servi à le transformer en eau. MM. Regnault et Reiset critiquent les données numériques de ces expériences, où les quantités d'acide carbonique ont été trouvées trop petites ; ils ont d'ailleurs trouvé souvent plus d'oxygène dans l'acide carbonique dégagé qu'ils n'en ont fourni à la respiration : résultat qui, à lui seul, démontre l'inexactitude des recherches précitées. Et cependant nul doute que la chaleur animale ne soit produite entièrement par les réactions chimiques qui s'opèrent dans l'économie ; mais le phénomène leur parait trop complexe pour pouvoir être calculé d'après la quantité d'oxygène consommée. On ne peut apprécier la chaleur qui se dégage des

combustions respiratoires comme celle que produiraient! en le brûlant, le carbone et l'hydrogène, supposés libres; d'ailleurs, les substances qui se brûlent par la respiration ne se détruisent pu complètement ; une partie se convertit en d'autres substances qui jouent des rôles spéciaux dans l'organisme, ou qui s'échappent, dans les excrétions, sous forme de produits très oxydés (urée, acide urique). Or, dans toutes ces transformations et dans les assimilations qui s'effectuent dans les organes, il y a dégagement ou absorption de chaleur; mais comment soumettre au calcul une telle complexité de phénomènes(l) ? Cette réserve, digne de remarque chez un expérimentateur aussi éminent que M. Regnault, marque la limita delà science et de l'hypothèse: de quel côté se tient Liebig, lorsqu'il place la source de la chaleur animale dans l'action réciproque des principes alimentaires et de l'oxygène transporté dans l'organisme par l'ellet de la circulation? « Peu importent, dit-il, les formes que prennent peu a peu les aliments sous l'influence des organes; peu importent leurs transformations directes; en définitive, leur carbone se trouve toujours transformé eu acide carbonique, leur hydrogène en eau ; lazote et le charbon non brûlé sont évacués par les urines et les excréments solides (:>;. » Ce qui est incontestable, c'est qu'une source puissante de chaleur existe dans la respiration; l'étude de cette fonction dans toute la série animale, dans toutes les périodes de révolution organique, dans les conditions physiologiques les plus variées, démontre qu'elle se proportionne constamment à la nécessité d'équilibrer la production de chaleur avec le degré d'énergie i\rs nuises ultérieures de refroidissement. Une savante et lucide exégèse de tous les faits et de toutes les expériences relatifs à celte question qui domine la physiologie et l'hygiène, a conduit ty. Gavanvt a ers deux conclusion : l" l'action de combustion lente, exercée mm* Ils matériaux du sang pur l'oxygène que les surfaces respiratoires puisent incessamment dans le milieu ambiant et déversent dans l'erouoinie, est la véritable et unique source de la chaleur produite par les animaux ; 2° entre les animaux a température constante et les animaux a température variable, la différence provient uniquement de la quantité d'oxygène absorbé et de l'intensité des combustions respiratoires (3).

. I ) A n miles de * h im ie vl île /*/* ;/ « m/ u *■ . ) Ni ris . I N 4 î ) , l . XXVI. '2) Lichig, * huiiir orijaniijuv f'/i/f/i'/urc u /<i phyyinltujie, **tt\, 1812, |>. l'O. ■1; lk' la i htilfitr iwmluile jhir lr\ ontiiwtt.1 . P;ui>, IN.Vi, p. ."i|ii.

CIBCUIIfPÇt. — AflIp^PHÈHE. 37d

température du qprps humain peut être évaluée à 37 degrés ides. M. Mçbig l'estime à 39°, 5 centigrades pour les adultes, \M degrés pour les enfants dont la respiration est plus active. Iltvy réva|ye à 98 degrés F. = 37°,22 centigrades. M. Despretz pré pour la température moyenne de neuf hommes âgés de «PS, ZH\\U centigrades; pour celle de quatre hommes âgés Wfte-huit aw, 3 7°, 13 centigrades ; enfin, pour celle de quatre gpqsdç dix-huit ans. 36«,99 centigrades. Suivant J. Davy, ir des diverses races d'hommes, toutes choses égales d'ail oe présente point de différences sensibles; mais la chaleur ifÇ pouvant élever la température propre, de l'homme, celle- 'tçqrplt par fractions de degré du pôle à i'équateur. En expérjit la cfraleiir des Européens à leur passage sous la ligne, il a l?iu que, dès leur arrivée près de I'équateur, elle avait gagné li-degré, et qu'à la hauteur de 12 degrés de latitude sud, elle augmenté d'environ 1",1 centigrade (1) Il y a plus, les diffé- ^parties du corps n'accusent point le même degré d'échauffé- ||. D'abord, le sang artériel est plus chaud que le sang veineux r|}n et l'autre le sont d'autant plus qu'on les examine plus près fgBur; aîji§i le sang de la carotide a 0°,15 de plus que celui de crurale ; le sang de la veine jugulaire a 0°,30 de plus que ■laide la veine crurale. Contrairement aux observations de J. Davy, Utessur des agneaux morts d'hémorrhagie, Cl. Bernard etWal- Min [2) ont constaté à l'aide de thermomètres métastatiques à ■ercure assez petits pour pénétrer directement dans les vaisseaux la l'animal vivant sans arrêter la circulation et assez sensibles pour Saduîre a l'oeil nu un vingtième de degré, que le sang du ventricule Irait du cœur chez les animaux vivants est plus chaud que celui la ventricule gauche; les viscères rapprochés du cœur sont presque ïU même température que lui ; mais, dans les parties éloignées du liaphragme, la chaleur décroît sensiblement. La température des nembres est moins élevée que celle du tronc; les parties superficielles sont moins chaudes que les parties profondes. Hunter a trouvé ribe différence de 1 à 2 degrés de l'orifice de l'urètre à sa profondeur. M. Becquerel et Breschet ont obtenu pour la chaleur moyenne des muscles, chez trois jeunes gens âgés de vingt ans, + 36°,77 centi-

|t) Annales de physique et de chimie, t. III, année 1816. (t) Voyez Gavarrrl, De la chaleur produite par les animaux vivants, etc., Utt, p. 108 el suiv.

grades; le tissu musculaire leur a offert jusqu'à + 1\25 el même 2*, 25 centigrades de plus que le tissu cellulaire sous- cutané. Ils ont observé qu'une immersion de quinze minutes dans un bain à + 49 degrés centigrades élève la température des muscles d'un cinquième à deux tiers de degré. Tous ces faits démontrent : l*que le corps humain tend à l'équilibre de température avec les corps extérieurs; 2° que cette tendance se manifeste plus dans les tissus périphériques que dans les tissus profonds. S'ils laissent voir que la chaleur humaine oscille dans des limites restreintes, ils prouvent qu'elle n'est pas aussi stable que les physiologistes l'ont avancé, et, en définitive, la fixité réelle de température n'appartient qu'aux organes centraux. Entre les autres parties du corps il existe une fluctuation continuelle de température, nécessitée parles mouvements qu'elles exécutent et par l'impression des agents atmosphériques.

Il importe de préciser dans quelles limites l'homme peut résister avantageusement à l'action de la chaleur et du froid ; elles doivent varier suivant les mêmes conditions qui influent sur l'énergie delà respiration, source principale de la calorification. Or nous avons vu (Ages, Sexes) que l'intensité de la respiration exprimée par la quantité d'acide carbonique qui sort des voies aériennes est subordonnée à l'âge, au sexe, à la constitution.

Résistance a la chaleur.

Les faits ont depuis longtemps démenti la célèbre proposition de Boeerhave : « Observatio docet nullum animal quod puimotut habet , passe in aère vivere , cujtts eadem est temperies eum m*gaine suo. » Les expériences ont pour ainsi dire forcé la démonstration du contraire ; on a vu des individus supporter dans des ctuves sèches, pendant un certain nombre de minutes, une température de 60, 80, 100 et 115 degrés centigrades. On connaît l'histoire de ces servantes d'un boulanger, qui pouvaient séjourner sans incommodité, pendant près de douze minutes, dans un four chauffé au point nécessaire pour la cuisson du pain (1). Duhamel et Tîllet eurent peine, en la racontant, à en accréditer la réalité; depuis, cette expérience a été répétée publiquement à Londres par Pordyceet Blagden (1775), à Liverpool par Dobson, et à Paris par

(1) Mémoires de l'Académie de* sciences, 1764.

CUCaM FUS A. — ATMOSPHÈRE. 581

MM. Berger et Del a roche. D'un autre côté, le thermomètre a atteint ftPondichéry 6ft\7 cent., à Madras, 40 degrés, au cap de Bonne- Eipérance A3 degrés, à Paris môme 38*, 6, etc. (1), températures supérieures à celle de l'homme, et qui néanmoins ont été supporta: comment? — par la vaporisation de l'eau provenant tout à la fois du poumon et de toute la surface cutanée; c'est ici la simple application de cette loi de la physique qui ne permet à l'eau de passer à l'état de vapeur qu'en absorbant une quantité considérable de calorique, et l'uniformité de la chaleur animale s'entretient par les variations continuelles dans la quantité de vapeur aqueuse qui se forme dans les poumons et à la surface de la peau. C'est ce qui résulte des expériences deW. Edwards, qui a vu la faculté productrice de la chaleur augmenter pendant l'hiver et diminuer durant la saison chaude. Franklin, l'un des premiers, appliqua cette loi à l'économie animale; il y fut conduit un jour par l'observation de la chaleur de son propre corps qui marquait 35°, 50, le thermomètre étant à 37',70. Les expériences deMM . Berger et Delaroche ont montré jusqu'à l'évidence que l'évaporation pulmonaire et cutanée est la seule cause qui détermine le refroidissement des animaux exposés à une forte température ; qu'en supprimant ce phénomène tout physique, on s'oppose au refroidissement, et l'on voit les animaux acquérir une température égaleou supérieure à celle du milieu environnant jusqu'à la limite compatible avec la vie. La transpiration pulmonaire et la transpiration cutanée sont donc les régulateurs de la température du corps humain ; la perte qui s'opère journellement par ces deux voies est évaluée à 15 onces pour la première et à 30 onces pour la seconde (Lavoisier et Séguin}; il doit en résulter pour l'économie une énorme déperdition de calorique, les 15 onces de vapeur exhalées par le poumon et par la peau renfermant, en effet, à l'état latent, une proportion de chaleur capable d'élever de 814 degrés et demi un poids égal d'eau à zéro (2). Que

(I) Annuaire du bureau des longitudes, 1825.

(S) La quanUté d'eau évaporée par un homme dans les vingt-quatre heures, par les effets réuni* de la transpiration cutanée et de la transpiration pu I molaire peut s'élever, d'après les expériences de Séguin , jusqu'à 800 et même 1000 grammes environ. Les évaluations récentes de M. Dumas l'ont conduit à iea sombres qui diffèrent peu des précédents. Ces 800 grammes de vapeur aqueuse peuvent saturer un volume d'air sec d'environ 60 mètres cubes pour la Itsapérature de 15 degrés, et de 80 mètres cubes pour la température de

382 HVfcfÉNË PRlVÊt.

Ton juge, d'après ces données, de la soustraction de calorique que subit le corps humain dans les abondantes transpirations provoquées par Tété ou habituelles dans les climats chauds. La perspiration pulmonaire augmente d'autant plus que la différence entre la température de l'air inspiré et celle de l'air expiré est plils graude; elle est, au contraire, en proportion inverse de la quantité de vapeur dissoute dans l'air, et comme l'hiver réunit au plus haut degré les deux conditions de sécheresse et de froid, c'est aussi dans cette saison qu'elle Atteint sou maximum. Toutefois l'influence de l'état atmosphérique de l'air diminue en raison de la température qu'il acquiert en jrènétraut dans le poumon. La quantité de vapeur qui s'exhale est encore proportionnelle, d'Une part à la température de cet organe, qui est à peu près constante, d'autre part A l'étendue de l'espace dans lequel il peut se développer ; or cet espace est déterminé par les volumes d'air inspiré : il faut donc ajouter que la transpiration pulmonaire est proportionnelle aux phénomènes dits mécaniques de la respiration. Enfin, indépendamment de la réfrigération qui s'effectue par lu double vaporisation périphérique, l'homme émet du calorique par rayonnertient et par conductibilité, mais seulement dans un milieu dont la température est inférieure à la sienne. En somme, dans l'acte de refroidissement continu par lequel l'organisme lutte contre les fortes chaleurs de l'air, la peau joue le rAlc le plus efficace, et la résistance sera d'autant mieux soutenue que l'air sera plus sec et plus agité, la ventilation ayant pour effet d'apporter au contact de la peftii des volumes d'air nouveau et non encore saturé d'humidité; aussi supportonsnous, au soleil et r»n plein air, une température qui nous paraîtrait accablante dans une atmosphère humide et sans mouvement.

Résistance ai* froid.

L'homme résiste à des froids extraordinaires. Del Me a vu «en i 738, à Kiren^a, en Sibérie, les hommes et quelques animaux supporter un froid de — 70 degrés de son thermomètre ( •= w degré* 4/3 centigrades). Dans leurs expéditions aux régions polaires, les

10 degrés centigrades. Si l'air émit déjà à demi sature, il faudrait un volume double, lui! 120 mètres cube* à + 10 degrés centigrades, cl 160 i + r, degris centigrades. [Recherches sur la nnninmthm de I air cun/inf , par K. If Ma ne. Annales de physique et de chimie, t. Vv 1842, p. 228.)

CIRCDIfTOSA. — ATMOSPHÈRE. 388

capitaines Ross et Parrj ont endura des froids de &2 et de 47 degrés centigrades ; mais, sous l'action de ces températures extrêmes, le mouvement est nécessaire à l'homme pour l'entretien de la vie; dins l'inertie, il ne tarderait pas à céder au sommeil, sommeil irrélistible et fatal dont s'endormirent à jamais deux mille soldats de Charles XII dans l'hiver de 1709 et tant de nos braves compatriotes dans la campagne néfaste de Russie. C'est aussi dans les attitudes peu mobiles et dans l'inertie des gardes de tranchées, ou pendant la naît, sous l'abri incomplet des tentes portatives, que plus de 6000 cas de congélation partielle se sont produits dans notre armée de Grimée pendant l'hiver de 1854-55. La faculté que possède l'homme d'endurer le froid est eu rapport avec son pouvoir caloriiqne.; celui-ci augmente avec l'intensité des causes qui tendent à refroidit le Corps, et comme la source principale de la chaleur humaine est dans la respiration, il faut que cette fonction s'active et s'exagère : c'est ce qui a lieu. En hiver et dans les climats froids, la consommation d'oxygène s'accroît, comme le prouve l'augmentation de l'acide carbonique qui se dégage des voies pulmonaires, bdiSSrence est de 1/5 environ (1) , d'un autre côté, une grande eanse de réfrigération a cessé ou diminué, la peau ne produit plus de sueur. Il est d'ailleurs remarquable que les animaux à sang chaud, non hibernants, se refroidissent moins, ou, ce qui revient sa même» développent plus de chaleur eu hiver qu'en été; des aniaiaiu soumis pendant l'été à un froid artificiel, perdent 3 à 6 degrés centigrades. La même expérience faite pendant l'hiver abaisse à peine leur température de U dixièmes de degré (Edwards , op. cit.). Cette force de résistance ne se manifeste point d'emblée, car l'application brusque et subite d'un froid intense réduit plutôt qu'elle s'augmente notre pouvoir de calorification ; aussi sommes- nous plus sensibles aux premiers froids, notre économie ne développant que graduellement sa puissance de réaction contre leur atteinte. L'habitude exerce encore ici son influence ; les plus faibles al ter natives de température affectent ceux qui s'enferment dans des appartements trop chauffés et qui s'enveloppent de vêtements épais. Mais c'ett surtout l'âge et le caractère général de l'organisation qui font varier la faculté de résister au froid ; elle est moindre chez les sujets nerveux, lymphatiques, et par conséquent chez la femme, eu qui

(i) Annales de chimie et de physùiue, février 1819 ; Statique chimique du evrj* humai*, par Barrai, page 170.

38d HTG1ÈNB PRIVÉE.

se réunissent d'ordinaire les traits de ces deui tempéraments. Quant à l'âge, d'abord la chaleur des animaux nouveau-nés est généralement moins élevée que celle des adultes ; ce fait a été démontré par les recherches de W . Edwards (1 ) et de M. Despretz (2); trois enfants mâles, examinés par ce dernier, n'accusèrent au thermomètre que 35°, 06 centigrades. Ensuite W. Edwards a vu que les animaux nouveau-nés (chiens, chats, lapins), exposés à un air peu froid, perdent successivement 10, 15, 20 degrés de chaleur, et finissent par équilibrer peu à peu leur température avec celle du milieu ambiant. Toutefois, le fœtus humain, parvenu à terme, jouit déjà, quoique à un moindre degré que l'adulte, de la faculté d'entretenir une température propre. Dans la période de déclin, la chaleur du corps baisse et peut tomber de plusieurs degrés au* dessous de celle de l'âge adulte; suivant W. Edwards, elle est de 35 à 36 degrés centigrades chez les vieillards de soixante ans et de 34 à 35 degrés chez les octogénaires. John Davy, tout en admettant que l'âge très avancé diminue la force de résistance au froid, tire de huit expériences faites sur des vieillards (3) la conclusion que, chez eux, la température des parties profondément situées (base de la langue) est plutôt supérieure qu'inférieure à celle de l'âge moyen (3 6°, 6 centigrades). Ce phénomène, selon lui, tiendrait à ce que U majeure partie des aliments que les vieillards ingèrent sert à h consommation respiratoire, la plus faible portion étant employée! subvenir aux pertes qu'éprouve le corps. Quand la faiblesse, an lieu d'être le résultat de l'âge, provient du manque d'alimentation, elle détermine aussi, d'après Hunter, un abaissement de la température animale, fait confirmé par les recherches de Chossat (voyei tome II, /nanitiation). Toutefois, la résistance de l'homme au froid aurait des limites restreintes sans le secours des vêtements. Rétamant les recherches de Lavoisier, de Boussingault et de Barrai, et s'aidant des travaux de Favre et de Silbermann pour évaluer en nombres précis les chaleurs de.combustion du carbone et de l'hydrogène et la chaleur latente de la vapeur d'eau, H. Gavarret est arrivé à démontrer (loc. cit. , p. 51&) que, sous le climat de Paris, l'homme, entre trente et quarante ans, par kilogramme et par heure, produit en moyenne 2,300 calories, et perd, par l'évaporation pulmonaire

(I) Influence des agents physiques, etc., p. 235. (21 Annales de physique et de chimie, t. XXVI, 1824. 3) Annales d$ chimie et de physique, 1845, t. XI! [, 3° lérie, p. 181.

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idw, 0.Ù37 ; il ne peut éjpnc, es. re»ità, déposer que do H calories par kilogrammes et par heure, dans l'état de repos, iswoir suffi aux besoins de l'évaporation pulmonaire et cutanée. le Ule quantité de chaleur, a peine suffisante pour élever de '■i la température de son corps, ne lui permettrait pas de la lenir invariable, de ■ ■■ >nij snser incessamment les effets réfri- Uii [lu rayonnement et du contact incessant des gaz atmosphé- Hilans les contrées même tempérées de l'Europe où la tempéra moyenne de l'année est de 30 à S0 degrés inférieure à celle ki corps. Force lui eut de chercher dans les vêtements l'abri K h nature a procuré aux animaux sous leur fourrure d'autant ib qu'ils habitent des climats froids. Sans la ressource des K l'homme ne pourrait ni vivre ni se développer librement lace du globe.

A nous reste à étudierl'intlueiicedela température atmosphérique r l'économie ; le froid et la chaleur ne paraissent pas agir autreil sur elle que l'air sec, chaud ou froid; pour éviter les répéti- ;, nous exposerons donc ici les effets de l'atmosphère considérée a conditions, rappelant toutefois les modifications que l'état iheresse de l'air imprime à la transpiration : a En appliquant tomme les résultats des expériences faites kur les vertébrés, nons «que les états relatifs de sécheresse de l'air, comparés à l'hu- :é extrême, augmentent considérablement la transpiration dans l certaines limites de température... Des degrés de sécheresse iérée peuvent rendre les pertes de poids par la transpiration six K-pl fois plus grandes que dans les cas d'humidité extrême, et s aller beaucoup au delà. » (Edwards, page 32/i.) Il est inutile ieter sur l'impossibilité d'établir d'une manière absolue l'ince des différents degrés de température atmosphérique sur le «humain; nous avons déjà signalé les principales circonstances la font varier, telles que ge, l'habitude, la force de conslitun ; il y faut ajouter les différences de vêtement, le degré de té , mais cette hilluence change surtout suivant qu'on la subit r libre, en se livrant à l'exercice, et protégé par de bons vêtements, ou que l'on s'y expose immobile, à l'ombre, peu habillé ou même sans habits. Dans ce dernier état, on ne supporterait pas très longtemps une température de + 16 degrés centigrades, tandis que osas le premier, l'homme sain se trouve entre chaleur et froid à la limite de 15 à lu degrés centigrades. Pour préciser les effets des divers degrés de chaleur et de froid, H. (ierdy » eu recours aux 3'rtoiT. — i. S*

bains, et il a reconnu que la température indifférente au contact de la peau y flotte entre 30 et 36 degrés centigrades. Mais ces expériences sont indirectes quant à l'action de l'air, et nous devons rechercher ici les effets de la chaleur, non dans un milieu spécial, mais dans les conditions les plus ordinaires de la vie qui sont exprimées par le mouvement à l'air libre avec les moyens vulgaires de résistance que nous possédons contre l'atteinte des températures prononcées (1).

Action de l'air sbc bt chaud.

L'air sec et chaud détermine à la fois en nous des phénomènes physiques et vitaux : les premiers consistent dans l'expansion des fluides et dans la dilatation des solides; les autres se rapportent pour la plupart à la manière dont le cerveau est affecté par la chaleur. Ces deux ordres de phénomènes se mêlent.

Les manifestations de la vie universelle sont en rapport avec la quantité de calorique répandue dans l'air; elles obéisseut à une impulsion centrifuge ou centripète, suivant que la température du milieu général est ou très élevée, ou très basse. L'homme subit cette alternative : sous l'influence d'un air chaud et sec, les organes périphériques s'exaltent, les organes centraux s'affaiblissent. La peau subit les modifications les plus promptes et les plus directes : colorée, gonflée par l'afflux des fluides, elle sécrète avec abondance; la sueur qui l'arrose représente l'excédant du liquide qui ne peut s'évaporer à cause de la saturation de l'air ambiant; le mouvement augmente cette exhalation, et, par une température excessive, le repos ne l'arrête point. Par compensation, les urines sont rares, les surfaces muqueuses se dessèchent. La respiration consomme moins d'oxygène et dégage moins d'acide carbonique; la quantité de charbon brûlé dans la respiration est en raison inverse de l'élévation de la température. 11 est important de remarquer que si la respiration

(Il A Par», le terme moyen de la température seusiblc correspond à 10 ou tri degrés ; entre ces deux limites thermomélriques, dans une atmosphère calme, pour un exercice modéré, nous n'éprouvons à l'ombre ni froid nî chaud. Audessus et au-dessous de 1 0 à 15 degrés, la température se décide : la chaleur, encore modérée de 1 5 à 23 degrés, devient forte de 23 à 38, excessive ta delà de 38 degrés. Le froid, déjà sensible de -f 10 à 5 degrés, nous parait rude de + 3 à — 3 degrés, rigoureux de — 3 à — 8 degrés, excessif de — 9 degré», — 10 degrés et tu delà.

CIRCUMFOSA. — ATMOSPHÈRE. 387

devient anxieuse dans une étuve chauffée à + 60% elle reste facile et régulière lorsque l'étuve, en forme de boîte ou de siège à sudation, Arrête au col et laisse la tête en contact avec l'air libre et frais. Un «tri appareil d'élimination participe à l'exagération fonctionnelle yét la peau : c'est le foie, dont le fluide abonde dans le tube digestif, "fenêtre dans la masse sanguine, et va nuancer la teinte cutanée ; c'est qu'il supplée avec la peau à l'insuffisance de la respiration pour la décarbonisation du sang ; organe d'hématose, il contribue à donner au fluide nourricière composition qui le rend apte à réparer et stimuler toutes les parties du corps. Le pouvoir calorifique perd de •on énergie; car, ainsi que nous l'avons répété d'après W. Edwards, . an égal degré de réfrigération artificielle enlève aux animaux à sang chaud six fois plus de calorique eu été qu'en hiver ; mais en même temps l'organisme devient plus perméable au calorique du dehors, et c'est ce qui explique pourquoi J. Davy a vu la température humaine s'élever de 0°,5 à 1 degré centigrade entre les tropiques, en descendant d'une contrée montagneuse froide dans un pays bas et chaud. Les mêmes oscillations se produisent sous l'influence de l'air pris à divers degrés de température dans les appartements des pays que nous habitons (1). L'élévation de la température extérieure tend à élever la température de la surface de notre corps et des parties qui l'avoisinent dans un rapport plus considérable que celle des organes profonds, tandis que sous l'action du froid atmosphérique, la température de ceux ci tend à s'élever, et celle des parties périphériques subit des réductions irrégulières. Sous l'influence d'une température très élevée, les mouvements respiratoires s'accélèrent, parce qu'ils importent dans les poumons, sous un volume donné d'air, une moindre proportion d'oxygène; la circulation acquiert une vitesse proportionnelle à celle des mouvements respirateurs ; pour s'en assurer, il suffit d'explorer le pouls dans un appartement chauffé et à l'air froid ; est-il habituellement plus fréquent dans la saison chaude et dans les pays chauds ? L'opinion de quelques médecins qui ont visité l'Inde et l'Afrique ne s'accorde point avec l'assertion de Bernier, qui prétend qu'au Mogol le pouls marque ordinairement 100 pulsations par minute; mais les expériences de M. Poiseuille ont démontré que la vitesse de la circulation capillaire est éminemment influencée par la température et s'accroît avec elle; ce phénomène est dû à la diminution d'épaisseur, par

(I1' Annales de chimie et de physique, t. XIII, V série, p. 185.

l'élévation de la température, de la couche immobile de sérum qui adhère aux parois vasculaires en vertu de leur affinité pour ce liquida La réduction de la sécrétion salivpire rend la bouche visqueuse; l'appétit baisse, les digestions languissent, la constipation est habituelle; la soif, exaspérée par les incessantes déperditions de la peau, exige l'ingestion de boissons aqueuses qu'une absorption rapide fait passer dans le sang et qui se dissipent presque aussitôt en sueurs. Sous l'influence de l'excitation trop grande du système nerveux, la nutrition s'accomplit mal ; le-tissu graisseux disparaît en partie par résorption, les formes se réduisent: Tété fait maigrir, comme on dit vulgairement. Sous une température non excessive, les personnes molles, d'une complexiou humide, profitent de l'air sec et chaud , elles éprouvent de l'appétit, digèrent mieux, conservent de l'embonpoint : il semble que la chaleur atmosphérique élève la vitalité de leurs appareils organiques au degré nécessaire pour en régulariser le jeu.

L'état pléthorique qui survient chez certains individus vers la fin de l'hiver, sous l'influence des premières chaleurs, ou que détermine brusquement l'exposition à une température élevée, trouve son explication dans la dilatabilité plus grande des fluides par le calorique ; mais nous ne rapporterons pas entièrement à cette cause physique les accidents que peuvent éprouver les gens exposés à un soleil ardent, accidents caractérisés par une grande anxiété, par une gène considérable de la respiration, par des alourdissements, par une céphalalgie intense. On a vu, en Afrique, des soldats parcourant une longue route sous les rayons d'un ciel brûlant être pris subitement de délire avec tendance au suicide ou tomber sans vie; les suicides sont très fréquents en Afrique pendant les chaleurs (1). Les cas de mort subite ne sont pas rares parmi les moissonneurs, au milieu des champs où ils travaillent sous un soleil ardent. Ces terribles ellets de la température et de la lumière ont été attribués à l'asphyxie; ils proviennent d'une congestion cérébrale a\ec état seiiii-asphyxique.qui s'est opérée plus ou moins rapidement, et dont les premiers symptômes sont dune observation commune en été; mais cette congestion a pour élément un sang modifié dans sa composition. Uuelle est, en elfet, l'action des chaleurs sur le système nerveux, et, par suite, sur le système musculaire? La tête s'appesantit; 1 intelligence est comme opprimée, incapable d'une conten-

(1) Mémoire» de médecine et ér chirurgie militons, i. LU, p. 119.

CIRCUMrOSA. — ATMOSPHÈRE. 369

lioa de quelque durée; les réponses sont lentes; il y a répugnance au mouvement, propension au sommeil, faiblesse musculaire extrême. Quelquefois, il est vrai, la chaleur excite le cerveau et cause l'insomnie, comme on l'observe pendant les plus chaudes nuits d'été. Dans l'un et l'autre cas, le cerveau commence à s'hypérémier soits l'influence des impressions qui lui sont transmises pat* les extrémités nerveuses cutanées. Attribuer l'affaiblissement de Vinnervation cérébrale à l'excessive déperdition qui s'opère par la perspiration cutanée, c'est s'arrêter à une cause partielle, secondaire ; sans doute les sueurs débilitent ; mais n'a-t-on pas exagéré les conséquences de cette perte, puisqu'on peut tirer plusieurs livres de sang sans jeter l'organisme dans une égale prostration ? D'ailleurs le repos, qui réduit à peu de chose la transpiration de la peau, ne garantit pas contre l'abattement que la chaleur occasionne. Chez les animaux qui ont succombé sous l'influence d'une température trop élevée, Hagendie a constaté par l'analyse du sang une diminution notable de quantité et de consistance de la fibrine, l'infiltration sanguine du foie, des reins, des poumons, des taches ecchymotiques qui dénotent l'altération du sang, toujours diftluent et noir. En franchissant (1851)-le col de Sfa entre l'oasis d'Outaya et Biskara, par une température de 68", j'ai éprouvé les troubles caractéristiques de l'bypérémie encéphalique, due à l'irradiation solaire prolongée; mais ce qui prouve en même temps la spécialité de leur cause matérielle, c'est le soulagement immédiat que m'a procuré l'ingestion d'une petite quantité d'eau légèrement alcoolisée.

Quoique notre espèce ait le privilège d'une fécondité constante, l'activité des organes génitaux ne paratt pas soustraite entièrement aux influences périodiques qui agissent irrésistiblement sur les plantes et sur les animaux ; l'époque de la floraison pour les unes et de l'accouplement pour les autres est marquée par le retour d'une température douce; l'homme participe alors à la turgescence vitale de tous les êtres, et sa force créatrice se subordonne en partie, comme celle de la nature, à la marche du soleil : le plus grand nombre des naissances arrive au mois de février, ce qui reporte au mois de mai le maximum des conceptions. Mais si une chaleur tempérée favorise l'exercice des fonctions génitales, en est-il de même des températures élevées? et tandis qu'elles énervent les facultés intellectuelles et brisent le ressort musculaire, suscitent-elles d'une manière insolite le goût des jouissances vénériennes et la puissance de le satisfaire ? On invoque la précocité méridionale et les lascivités

de l'Orient : cette question est complexe ; sans nier que l'excitatka de la peau par le soleil se propage sympathiquement au sens génital, il faut reconnaître que le mode de civilisation intervient ici plu encore que le climat : c'est une observation déjà faite par Hippocrtta que l'omnipotence du climat fléchit sous l'influence des mœurs etj des institutions. — Au demeurant, les effets de la chaleur atmosphère que varient suivant son degré thermométrique : entre 15 et 25 degrés + centigrades environ, elle stimule modérément; entre 25 et 30 degrés, elle débilite ; au delà de 40 degrés, elle exerce une action, délétère sur la composition du sang, dont elle diminue la fibrine et la plasticité, et elle produit dans le système nerveux des troubles qui traduisent une surexcitation bientôt suivie de collapsus.

Action de l'air sec et froid.

La sensation du froid est négative ; clic indique que nous sommes en présence de corps moins échauffés que nous, et que l'équilibre du calorique s'établit à nos dépens. La limite thermométrique où cette sensation nous saisit n'a rien de fixe : dans nos climats, on réprouve en général quand la température descend à 6 degrés centigrades ;ls sensation de froid augmente à mesure que la colonne thermométrr que se contracte jusqu'à — 6 et — 7 degrés centigrades, moyenne de nos froids d'hiver, quoiqu'elle soit descendue jusqu'à — 12 et

— 15 degrés et au delà. L'intensité de la sensation du froid dépend principalement des caractères de la transition qui s'est opérée d'une température à l'autre. Les mois d'avril et d'octobre présentent en nos climats la même moyenne thermométrique; cependant, au sortir de l'hiver, nous trouvons la température d'avril très douce, tandis qu'après les chaleurs d'août et de septembre le mois d'octobre nous paraît plus que frais. Dans le fort de l'été, nous sommes très sensibles à l'abaissement de température qui succède à une pluie d'orage; dans le Midi, les belles soirées d'été produisent une impression de froid après les ardeurs de la journée. On s'explique ainsi comment le capitaine Ross et les gens de son équipage ont pu ressentir une agréable impression de chaleur par une température de

— 24 à — 29 degrés centigrades, le thermomètre étant remonté brusquement à ce degré de — Ul° centigrades qu'il avait indiqués la veille. Il ne peut être question ici que des degrés inférieurs au terme de la glace fondante; car au-dessus de zéro il existe encore dans

CIRCUMrUSA. — ATMOSPHÈRE. 391

l'air une trop grande proportion de vapeur aqueuse pour que la constitution atmosphérique soit au froid sec.

L'action du froid sec sur l'économie diffère suivant deux ordres de causes, dont les unes sont extérieures et les autres propres au sujet qui y est soumis. Ces dernières sont la constitution, le tempérament, l'âge, le sexe, l'état moral, le régime, le repos ou le mouvement. Les constitutions fortes, caractérisées par la prédominance du système sanguin, par la fermeté des chairs, par la coloration delà peau, par la souplesse des mouvements et la gaieté de l'esprit, résistent beaucoup mieux à l'influence du froid que les individus dont les tissus sont pâles et flasques, l'aspect lymphatique, les allureslentes, l'humeur mélancolique. Cette observation, faite par J.-D Larrey (1), a été confirmée plus récemment par le capitaine Ross dans son voyage au pôle : a J'ai remarqué, dit l'illustre chirurgien en chef de la grande armée, que les sujets bruns et d'un tempérament biliososaoguin, presque tous des contrées méridionales de l'Europe, résistaient plus que les sujets blonds, d'un tempérament phlegmalique et presque tous du nord, aux effets de ces froids rigoureux, ce qui est contraire à l'opinion généralement reçue... Ainsi nous avons vu les Hollandais du 3* régiment des grenadiers de la garde, composé de 1,787 hommes, périr presque tous sans exception, car il n'en était rentré en France, deux années après, que 41, tandis que les deux autres régiments de grenadiers, composés d'hommes presque tous nés dans les provinces méridionales de la France, ont conservé une assez grande partie de leurs soldats. » Les médecins restés à Wilna ont assurée J.-D. Larrey que le froid avait tué plus d'individus de la coalition que de Français, quoique les premiers eussent plus de moyens de protection contre cette influence funeste que nos malheureux compatriotes, dépouillés par les Cosaques et forcés souvent de passer d'un Heu à un autre dans un état de nudité plus ou moins complète ; mais le courage et l'industrie leur tenaient lieu d'autres ressources. Les Français, les Portugais, les Espagnols et les Italiens, sont encore ceux qui supportèrent le mieux les vicissitudes du froid et du feu des bivouacs, ainsi que la transition des frontières de la vieille Prusse tfu fond de la Sibérie : nouvel argument, ajoute J.-D. Larrey (page 136), contre l'assertion de l'auteur de V Esprit des lois, nouvelle preuve que les habitants de ces contrées méridionales ont plus d'énergie et de moyens de résistance à l'action du froid que

(t; Mémoires et campagnes de chirurgie, t. IV, p. i 2b.

les peuples du nord. Quant à l'âge, nous avons déjà fait remarquer que le pouvoir calorifique est moindre chez les vieillards que chez les adultes ; néanmoins, si les adultes supportent mieux des températures très basses, les enfants se rétablissent plus complètement après avoir été refroidis, pourvu que la soustraction de calorique ne soit point portée trop loin. Le régime modifie puissamment les effets du froid. Tout le monde sait que les naturels des pays froids mangent beaucoup ; les Esquimaux, en butte à la température la plus rigoureuse, se font remarquer par la voracité de leur appétit, par l'énormité de leurs repas et l'énergie de leurs digestions. Le capitaine Ross a vu la santé de son équipage varier en proportion des provisions dont il pouvait disposer; aussi prescrit-il d'augmenter considérablement les rations de vivres pour les expéditions polaires, et de régler eu partie le choix des matelots sur la vivacité de leur appétit et l'étendue de leurs forces digestives. Dans la retraite de Russie, le froid faisait périr en plus grand nombre les personnes amaigries par l'abstinence et privées d'aliments nourissants (1). A défaut d'alimentation substantielle, un peu devin ou de café contribuait à soutenir les forces et calmait la soif et la faim ; c'est dans ces circonstances que Larrey, épuisé par trois jours de privation presque absolue et en proie aux tortures de la faim, confirma sur lui-même la vérité de l'aphorisme : Famem vint potio solvit (2). Mais l'abus des spiritueux est fatal; à Kowno, l'armée française perdit beaucoup de jeunes gens par l'ivresse (page 111). Le capitaine Ross attribue à son abstinence des liqueurs alcooliques, d'avoir échappé aux maux d'yeux qui affectèrent tous les hommes de son équipage. La neige et l'eau glacée, prises dans le but d'apaiser la soif ou la faim, hâtaient la mort chez nos soldats dans la retraite de Russie, en absorbant le peu de chaleur qui restait dans les viscères. Les chevaux mêmes, après avoir mangé de la neige, périssaient promptement; il fallait, pour les conserver, leur faire boire une petite quantité d'eau provenant de neige ou de glace fondue dans des vases au feu des bivouacs. Le danger du repos tient au ralentissement de la circulation du sang, véhicule de la chaleur animale : « Quiconque s'assied, s'endort ; et qui s'endort ne se réveille plus. » Cet avertissement laconique a été donné par Solander à ses compagnons de voyage. « L'exercice habituel, dit Lar-

(I) Larrey, fur. nl.% p. 133.

(2! Hippocrate, traduit par E. Litlrtf, t. IV, p. 477, aect. 2, Aphor. J|.

ij (pige 91;, prévenait l'engourdissement des membres, enlrete- ' k cslorifica tion et le jeu des organes, tandis que le froid, saisis- ■ :::■:;■. i. ! i is portés sur des chevaux ou dans des voitures, les je- ■ II if.r ;!.(!■ s limitât de torpeur et d'engourdissement paralytique ttporlail à s'approcher d'autant plus des feux des bivouacs, Km sentaient pas les effets de la chaleur sur les parties gelées; ii provoquait la-gangrène dont j'ai eu le bonheur de me r en marchant continuellement à pied, et en me privant eut du plaisir de me chauffer. » L'exercice doit être gênées les cavaliers, la congélation menace pieds et jambes; Ite piétons, mains et bras. Il est remarquable quêtant que Il innée avait été en marche, malgré l'excès du froid, les Met les privations, il ne s'était point déclaré de maladies ini; les soldats n'étaient obligés de s'arrêter en chemin que pour dations partielles; mais arrivés dans la vieille Prusse où »! eut quelques jours de repos, des aliments à discrétion et des " i, elle fut frappée par une épidémie que Larrey désigne Il le nom de méningite caturrkale de congélation (page 139), et qui, nue au troisième degré, devenait contagieuse, surtout quand K compliquait de gangrène des extrémités. \ les causes extérieures qui font varier l'action du froid sont, indômment de sn durée et de son intensité, la pureté de l'air, les ots d'air, l'élévation du sol. Plus l'air est transparent, plus le lement de la terre vers les espaces célestes s'opère avec éner- ■>; c'est pendant la nuit, le ciel étant pur et l'air peu agité, qu'il int son maximum; les corps placés a la surface de la terre périt par cette voie la chaleur qu'ils possèdent : aussi Larrey, chez ■ l'esprit d'observation suppléait souvent la science, a-t il noté I qu'hommes ei animaux succombaient en plus grand nombre pen- I la nuit au bivouac. Le capitaine Ross avait appris , par des ! observations réitérées, à redouter un ciel clair et brillant. L'expé- « populaire, précurseur des découvertes scientifiques, a signalé 4> toot temps la rigueur dea nuits d'hiver sereines et lumineuses par la scintillation stellaire ; ce n'est point que te rayonnement nocturne des corps soit plus considérable en hiver qu'en été ; les recherchai de Helloni (1) ont prouvé qu'un corps exposé pendant la nuit i l'action d'un ciel également pur et serein se refroidit toujours de U même quantité, quelle que soit la température de l'air ; mats celte

(1) Annain d» cftMf Md» pkyigm, février 1841, p. 100.

39& HYUIÈNI PRIVAI.

déperdition est plus sensible par les temps froids. Si les brouillards augmentent la conductibilité de l'atmosphère pour le calorique, ils s'opposent au rayonnement et à la transpiration du corps, ce qui dépasse la compensation. Les courants d'air augmentent le danger des basses températures ; Parry et ses compagnons n'ont pas souffert d'un froid de — 42 degrés, grâce à la tranquillité de l'air; le capitaine Ross et les gens de son équipage ont pu faire des excursions hors du navire par un froid calme de — 41 degrés, taudis qu'ils furent forcés de se renfermer par un froid de — 29 degrés accompagné d'une légère brise. Sur les hauteurs, les effets du froid redoublent, et c'est là que surviennent plus particulièrement certains accidents, tels que l'émission spontanée des urines, des hémorrhagies nasales, observées par Larrey sur les hauteurs de Hieneski, l'uu des points les plus élevés de la Russie.

Le mécanisme de l'action du froid est éclairé par les belles expériences de M. Poiseuille (1); il a constaté que les vaisseaux sout enduits à l'intérieur d'une couche mince de liquide dont l'épaisseur augmente à mesure que la température s'abaisse; de telle sorte qu'il en résulte un obstacle toujours croissant à la progression des globules sanguins. On savait déjà que le cours des liquides se ralentit dans les tubes capillaires, sous l'influence de la diminution de la chaleur. Mais ou ne peut attribuer à ces causes physiques tous les effets produits par le froid ; M Guérard, auteur d'un excellent article sur ce sujet (2), est tombé dans l'exagération opposée à celle de Larrey et de Georget, qui rapportent presque tous les phénomènes, l'un aux propriétés sédatives du froid sur le cerveau, l'autre aux sensations perçues par ce viscère. Le froid agit tout à la fois d'une manière physique et vitale ; mais, suivant son intensité et les dispositions individuelles, il produira plus ou moins rapidement des phénomènes de l'une ou de l'autre espèce. Bernouilli dansIaNewa, et le prince Poniatowski dans la rivière de l'Klster, périrent de convulsions; de vives douleurs se font sentir parfois dans les membres engourdis par le froid ; nous les avons observées sous forme ép'uléniiquc à l'armée d'Orient (1854-1855) ; Georget a remarqué que le

(1) Kecherrhes sur les cames du mouvement du sang dans les vais$rau.r captilanes {Mémoires des savants étrangers à /' Acaitémie des sciences, t. VU, 183.% .— Kccherches expérimentales sur le mouvement des liquides dans les tubes de trh petits diamètre* {Savants étrangers à l'Académie de* sciences, i. IX, 1844 .

(2) Dictionnaire de médecine, — Annales d'hygiène, XXVII, p. 43.

aaamrauu — atmosphèik. U6

las variations brusques de la température agitent un d'aliénés (1) ; un médecin de l'hôpital de Wilna a rap- : beaucoup de noa compatriotes perdirent la raison dans la Rnsaie. Voilà des effets qui mettent en évidence Tinta froid sur le système nerveux. Les observations de pille rendent compte de la stase du sang à l'extérieur, et, de l'engorgement des vaisseaux dans les organes internes ; que le dernier phénomène n'est poiut consécutif au resdes vaisseaux périphériques ; quel que soit le degré indiîle thermomètre, il n'a jamais vu les vaisseaux capillaires ùMement de volume ; leur diamètre restait constant, des globules était dû à l'augmentation, par le froid, de de la couche immobile de sérum qui tapisse intérieurevaisseaux, et peut-être de l'atmosphère de sérum qui |ue globale ; les refoulements du sang sur les viscères les hypérémies pulmonaires et encéphaliques sont donc la de la gène croissante de la circulation périphérique, froid est intense, ce dernier effet est immédiat et la peau instantanément ; la circulation tend alors à s'arrêter et la m est imminente. La congestion suivie de stase parait d'abord sur le cerveau, quand la tête est dégarnie de chen'est point protégée par des bonnets fourrés (Larrey) ; mais te qu'elle porte simultanément sur les poumons et le les symptômes partent surtout de ce dernier viscère ; son tf affaiblit, les opérations intellectuelles s'embarrassent, la diminue, les sens se troublent, les mouvement devienplus en plus difficiles; dans cet état, quelques-uns de nos soldats de 1812 marchaient encore conduits par leurs ; mais bientôt, l'engourdissement cérébral faisant des .ils chancelaient comme des hommes ivres et finissaient par sur le sol dans un état d'insensibilité complète: « La mari interrompue et rapide des soldats réunis en masse obligeait ne pouvaient la soutenir à quitter le centre de la colonne jp porter sur les bords du chemin et le côtoyer; séparés de pionne serrée et abandonnés à eux-mêmes, ils perdaient P l'équilibre et tombaient dans les fossés remplis de neige, Ht pouvaient difficilement se relever; ils étaient frappés ausfan engourdissement. douloureux, passaient ensuite à un état

Dite physiologie du système nerveux. Paris, i821, 1. 1, p. 370.

page 434) : d'autres tombaient roide morts, comme par ou se précipitaient en délire au milieu des flamme* (De Ainsi succomba le pharmacien en chef de l'armée, M S affaibli par le froid et l'abstinence, reçut l'hospitalité chambre très chaude de l'hôpital de Kowno; au bout d Ik'tucs, ses membres qu'il ne sentait pas a. son arrivée, s rtBl, et bientôt après il expira, sans avoir pmfiM Ht ft dant la campagne d'Eylau, la température monta siib — 49 degrés centigrades à + 6 degrés, H DMMottp dt I qui avaient passé Impunément cinq jouis et une grande nuits dans la neige, furent atteints de douleurs vives dan d'engourdissement, de fourmillement, de phlyclénes, île elles plus maltraités furent ceux qui s'étaient exposé* à feu (1). Les mêmes faits se sont reproduits dans nuin Crimée.

Ce qui précède se rapporte à l'atteinte prolongéo <l porté a un degré rigoureux. S'il agit passagèrement, i d'intensité, Il excite les tissus d'une manière non équivi cette excitation, quoique en rapport avec la durée et l'ei réfrigération, dépend surtout do la réaction iodividurl un effet secondaire et peut s'exalter jusqu'à l'irritation ; ■ développer, sous différentes nuances, dans les organes n'ont pas subi l'action directe du froid, et en considérai! clrconslances où le froid peut Irriter l'organisme, on an les cas suivants : 4' il provooue une réaftlinn «veewrit

CfRCtUfrUgA. — ATMOSPHÈRE. 397

que détermine l'évaporation de la transpiration cutanée (Poiseuille) ; *• le froid auspend la fonction d'un organe sécréteur et détermine dîna un autre, par voie de solidarité fonctionnelle, une supersécrétion, ou bien à cet arrêt de sécrétion succède l'irritation d'un organe fréteur; 5° il peut supprimer un écoulement de sang physiologique ou morbide, mais devenu habituel et lié à un état du corps qui fait de sa brusque suppression un danger; 6° une irritation existant sur un point, le froid peut l'y faire cesser ; mais elle se reporte sur un autre organe, et constitue ce que l'école appelle une métastase. Cas différents modes d'action du froid, bien compris en partie par M. Rulh (1), résument l'imminence morbide qui en résulte. Quant i la fréquence hivernale des inflammations, si rares dans les saisons chaudes, on est porté à la rattacher, avec M. Poiseuille (2), aux difficultés plus grandes de la circulation capillaire sous l'influence d'une température basse.

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