IV. — Eaux stagnantes
On peut assimiler l'action des marais aux effets d'une intoxication spéciale, comme l'a fait Audouard. Nous renvoyons, pour l'étude détaillée des états morbides qui en sont le produit, aux monographies et notamment à l'excellent article de Fournier- Pescay et Bégiu, lequel, publié en 1818 (2), présente la substance de la plupart des idées et développements qu'a reçus de nos jours la question de la pathologie paludique. Dans celte étude, il faut le dire, on s'est préoccupé trop généralement de l'intermittence, et même de l'état fébrile ou pvrétique. Pour beaucoup de médecins, la fièvre intermittente proprement dite est encore l'expression complète de l'action des marais ; la rémittence et la subconiinuité sont considérées comme une aggravation accidentelle du type primitif et universel, qui est l'intermittence. Cette manière d'envisager les effets des eaux stagnantes a faussé parfois la pratique médicale des pays chauds et consolidé l'erreur parle langage traditionnel de la science. Il convient de faire entrer dans un seul groupe nosologique toutes les maladies engendrées par les marais, quels que soient d'ailleurs leur type et leur forme : ainsi se trouveront rapprochées pour leur traitement, comme elles le sont par leur origine, les fièvres intermittentes, rémittentes, subintrantes, larvées, perni-
(I) Annales <T hygiène publique, 1830, t. III, p. 245.
(9) Dictionnaire des sciences médicales, art. Maia», l. XXX, p. 516 et wiv.
CIRCUMFUSA. — DES BAUX. 477
cieuses, certaines fièvres continues des pays chauds, etc.; sans oublier toutefois, que même dans les pays chauds, on rencontre des fièvres continues de leur nature, intermittentes par accident, et qui procèdent d'une éiiologie mixte. Torti rappelle fréquemment le passage de l'intermittence, non-seulement au type rémittent, mais à la continuité (I); Monro (2) fait remarquer que la fièvre rémittente, quand elle devient mortelle, se change pour l'ordinaire en fièvre continue. J. Clark (3) a signalé judicieusement le rapport de Tintermittence et de la continuité des fièvres avec l'intensité de la cause morbifique. a Les maladies observées dans les contrées marécageuses, disent Foumieret Bégin, peuvent être rangées sous deux divisions : les unes sont exemptes de réaction fébrile, les autres sont caractérisées par l'état de lièvre. Parmi les premières se rangent quelques diarrhées, des dysenteries et dans plusieurs cas le choléra-morbus ; les fièvres intermittentes et rémittentes simples ou pernicieuses et les fièvres dites ataxiques continues sont les plus remarquables parmi les secondes. » Bailly remarquait, en 1825 (4), que si l'intermittence constituait à elle seule le fond de la maladie, l'expérience n'aurait jamais donné aux médecins qui pratiquent
(I) Cas. Broussais fait remarquer avec raison que toute fièvre rémittente a l'apparence de la continuité et pourrait recevoir la qualification de pseudoconimme, traduction hybride de spuria continent (Torli) ; après avoir étudié en Afrique les rémittentes soua toutes leurs formes, il déclare qu'il n'y a lieu d'installer dans la pyrétologie paludique une troisième catégorie de fièvres sous le non de pseudo-continues. « Toutes les fois qu'une maladie, par son origine, son
• aspect ou sa marche, tenait à l'influence eudémo-épidémique, elle offrait quel-
• qu'un des symptômes que nous avons dit appartenir a Tordre des inicrmit-
• tentes, quelque chose de paroxystique qui nous mettait sur la voie, malgré
• l'apparence de continuité. Si nous avions voulu former de ces sortes d'affec- » lions une troisième catégorie, la seconde aurait disparu ; il n'y aurait plus eu » de flèvn rémittente. » {Sotiee sur le climat et les maladies de l'Algérie, etc., Isemil de mémoires de médecine militaire, t. LX, p. 86.) Qui donc, ayant connu le talent d'observation et l'impartialité de notre regrettable ami , n'attacherait une valeur réelle aux remarques qu'il a consignées dans cette notice, prodrome d'eue publication plus étendue dont il avait recueilli les matériaux ; il est mort avant d'avoir pu les rédiger Semini ftebïUor quam mihi.
(S) Médecine dî armée, traduction de Le Bègue de Presle. Paris, 1769, t. II,
p. 3ÎO.
(3) Obi. on theDiseases in long Voyages to hot Countries. London, 1773.
(4) Traité anatomo-i>athologique des fièvres intermittentes simples et pernicieuses. Paris, 1825, in-8.
&7ë tfYOlÈNB PRIVÉI.
dans les pays marécageux l'idée qu'une maladie dont les symptômes sont continus, peut cependant avoir le fond des fièvre* à quinqtdna, et il aime mieux donner cette dénomination que celle d'intermittente à une affection qui peut ne pas l'être. Gaspard Roux (1) ne distingue pas dans la pratique les fièvres intermittentes, rémittentes et continues. Les affections qui résultent de l'intoxication des marais diffèrent, non-seulement par le mode de succession de leurs symptômes, mais encore par leur physionomie propre et par l'en* semble de leurs phénomènes. Qui ne sait sous quelles formes variées se produisent les fièvres des pays chauds et marécageux, formes qu'il nous arrive parfois d'observer sporadiquement dans nos climats pendant la saison des fortes chaleurs 1 De là, les fièvres dysentériquo, tétanique, cholérique, comateuse, algide,délirante,eU. On peut voir dans les épidémies d'Hippocrate, que les résultats de l'intoxication des marais n'ont jamais varié; et M. Littré, quis rétabli les descriptions hippocratiques dans leur véritable signification, après avoir démontré l'identité des fièvres que les observateurs modernes constatent aujourd'hui dans la Grèce avec celles qui ont été décrites par le médecin de Cos, s'écrie avec raison : « La Grèce antique et la Grèce moderne sont, à vingt-deux siècles de distance, affligées par les munies fièvres; et cela prouve que la conditions climatologiques n'y ont pas essentiellement changé; car l'homme, qui en est un des réactifs les plus sensibles, y donne aujourd'hui, comme alors, la môme réaction (2). » Eu parcourant les ouvrages des éptdémistcs qui ont observé dans les pays à marais, on rencontre une foule de cas qui, par leurs symptômes, se rapprochent, les uns delà fièvre jaune, les autres du choléra, d'autres encore de la peste. Dans les fièvres qui attaquèrent les troupes françaiseseo Morée, G. Roux observa souvent la douleur à l'hypochondre droit et la coloration ictnrique. En août et septembre 1854, nous avons observé dans le littoral de la Bulgarie un grand nombre de caa aualoguesqui auraient pu en imposer pour des typhus ictérodes saus h» succès significatif de la médication quinique. Notre ami, M. Fauve!, a vu céder au même moyen des affections qu'il a observées àSilistrie et àChoumla, et qu'au premier abord il prenait lui-même pour des typhus ictérodes. La fièvre jaune, dit M. Monfalcon (page 330}, est l'extrême degré des fièvres pernicieuses ; elle naît des mêmes modi-
lt) HùUÀre médicale de l armée française en Muret, 1829. I?) Œuvres dliipptK raie, trid. par E. Uttré. I. Il, p :»63.
m «aux. hl9
lursut affecte les méiue*. organes. La nevra jaune, dit tiilbartfl),
| autre chose qui1 le maximum de* fièvres rémittent» bilieuses,
•'totratoent que successivement dans te* fonctions, lesdésor-
li uni produite tous ensemble par la fièvre jaune. Charria
ré h vie | lu démonstration de l'identité de nature de la
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m ■ proximité des plages marécageuses et de l'embouchure
es; <m l'a observée particulièrement à Pensaoola, à la
a Havane, sur les rives de Rio -Morte, à Carthagène,
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".i-.iiix stagnantes ; il est certain que, précédée presque tou-
mpagnée de lièvres intermittentes, elle apparaît aux.
Ci époques que celles-ci, et se développe sous les mêmes con-
Utet tandis qu'elle moissonne les Européens transplantés,
■ intermittentes se montrent parmi les indigènes comme
«ion atténuée de la môme cause ; M. Rufz a vu la fièvre
trdn type continu au type rémittent et intermittent dana
nie qui régna à la Martinique de 1830 à lêftO ; enfin , ce
lava l'assimilation de celle maladie terrible à celle que pro-
a émanations des marais, c'est qu'il suffit, suivant l'obser-
9)à» M.deHuniboidt, de passer quelque temps aux environs de
k-Crue pour en contracter le garnie, tant l'influence des eaux
pentes, combinée avec celle d'un climat de feu, s'y fait sentir
ante énergie, La pesta doit-elle être rattachée éga-
i éliologie, à la famille des maladies de marais I
i le Nil inonde l'Egypte, elle disparaît comme par enchante-
. de même qu'on voit cesser les fièvres intermittentes par la
rsioa des marais ; mais lorsque la retraite des eaux laisse les
is couverts d'un limon fangeux, les émanations qui s'en élè-
; ne lardeut point à ramener le fléau ; le peu de profondeur des
ajUuret, attaquées par les infiltrations du fleuve débordé, ajoute
I intensité. D'après l'observation de M. l'ugnet (3), l'appari-
l la peste coïncide toujours avec l'époque où la vase du Nil
(1) HUtotrt médicale de Varmée al Saint- Dommamé. Par», sa XI. £, HvlUlin de ï Académie royale ût niédeam*. Paris, IBIS, 1. Vil, ». 10*6 Nsafv.
;3j Massif» mt ta fèvmd* omhww caractère du Levant et dm ÀnUiim, 180*.
680 BYG1KNB PIIVÉI.
est mise en contact avec l'air et le calorique, et la gmilé del demie se proportionne à l'étendue de l'inondation : ainsi die plus sur les côtes que dans le reste de la basse Egypte, al diminue en progressant vers le Delta ou haute Egypte , qv offre plus de traces. Le choléra est, aux plaines du Bengale dées par le Gange, ce que la peste est aux bords du Nil etli jaune à ceux du Mississipi , c'est-à-dire une forme d'intox1 spécifique ; hors des régions tropicales ou voit éclater sf quement, sous cette forme redoutable, l'affection des man accès cholériques algides sont fréquents en Algérie (4).
Ce n'est point ici le lieu de rappeler les épidémies qui : développées sous l'influence des émanations marécageuses ont été observées par Ramazzini, Lanzoui, Lancisi, Flacci, 8 Dekkers, leBoë, Blane, Pringle, etc. Les marais ont fait pé d'hommes qu'aucun autre fléau ; ils ont détruit plus d'une dépeuplé plus d'un pays, effacé du sol et presque de la n des hommes plus d'une ville jadis florissante. Des épidéfl crites par François le Boë, la seconde (1669-4670) enleva I tiers de la population de Leyde; en 1762, 30 000 nègres et i ropéens succombèrent, au Bengale, à l'atteinte pernicie marais (Lind); en 4741, 12000 Anglais, sous le commande l'amiral Vernon , furent réduits au tiers par la même Pringle raconte que, pendant l'année 1747, en Zélande, les anglaises eurent tellement à souffrir des fièvres de marais de corps avaient conservé cent hommes valides ; à la fi campagne, le Royal ne comptait que quatre hommes qui se toujours bien portés. L'Ile de Walcheren fut deux fois fun 4806 et eu 1809, aux troupes anglaises et françaises (Bli millou); en dernier lieu, les deux tiers des deux armées fu: hors de combat par les fièvres. De semblables désastres fréquemment renouvelés en Afrique ; eu 1837, une compi 4 l*de ligne, stationnée à Bouffaric, et composée alors de 82 fa passa tout entière à l'hôpital, excepté un sous-officier et qui la commandait, et qui est mon frère. Coutanceau . l'épidémie de fièvres intermittentes qui ravagea Bordeaux € lors des travaux de dessèchement du marais de la Chartre cinq mois, 42 000 personnes en furent atteintes et 3000 i bèreut. Les marais du Brouage ont affligé de vingt épidé
(I) Mémoires de médecine, chirurgie et pharmacie militaires, t. XXXI
CIRCUMrU&A. — DIS BAUX. &79
ticateurset affecte les mémea.organes. La fièvre jaune, ditUilbert(l), D'eel autre chose que le maximum des fièvres rémittentes bilieuses, qui u'entralnent que successivement dans les fonctions, les désordres qui sont produits tous ensemble par la fièvre jaune. Chervin a consacré sa vie à la démonstration de l'identité de nature de la fièvre jaune et des fièvres paludiques; et dans son rapport sur le mémoire de H. Rufx (2), il Ta renouvelée avec une force de cou* viciioD irréfutable. Il est certain que la fièvre jaune sévit avec prédilection à proximité des plages marécageuses et de l'embouchure des fleuves; on Ta observée particulièrement à Pensacola, à la Vera Crui, à la Havane, sur les rives de Rio -Morte, à Carthagène, à Saint-Pierre de la Martinique et dans toutes les localités désolées par des eaux stagnantes ; il est certain que, précédée presque toujours ou accompagnée de lièvres intermittentes, elle apparaît aux mêmes époques que celles-ci, et se développe sous les mêmes conditions; et tandis qu'elle moissonne les Européens transplantés, les fièvres intermittentes se montrent parmi les indigènes comme une expression atténuée de la môme cause ; M. Rufz a vu la fièvre jaune passer du type continu au type rémittent et intermittent dans l'épidémie qui régna à la Martinique de 1839 à 18A0; enfin, ce qui achève l'assimilation de celte maladie terrible à celle que produisent les émanations des murais, c'est qu'il suffit, suivant l'observation de M. deHumboldt, de passer quelque temps aux environs de la Vera-Cruz pour en contracter le germe, tant l'influence des eaux stagnantes, combinée avec celle d'un climat de feu, s'y fait sentir avec une pénétrante énergie. La peste doit-elle être rattachée également, par sou étiologie, à la famille des maladies de marais? quand le Nil inonde l'Egypte, elle disparaît comme par enebantewmt9 de même qu'on voit cesser les fièvres intermittentes par la submersion des marais; mais lorsque la retraite des eaux laisse les terrains couverts d'un limon fangeux, les émanations qui s'en élèvent ne tardent point à ramener le fléau ; le peu de profondeur des sépultures, attaquées par les infiltrations du fleuve débordé, ajoute à sou intensité. D'après l'observation de M. Pugnet (3), l'apparition de la peste coïncide toujours avec I époque où la vase du Nil
(I) Histoire médicale de r armée de Saint-Domingue. Paris, an XI.
i,8) Bulletin de l' Académie royale de médecine. Paris, 1842, l. Vil, p. 1045
el suit.
Jit Mémoire sur les fièvres de mauvais caractère du Levant et de* Antilles, IS04.
M2 HYGIÈNK PHIVÉK.
« Les habiUDtsdu Phase, dit le maître immortel deCot, 4*1
ne noug Usions pas de citer, occupent une ooutrée ntréta
chaude, humide et boisée ; les pluies y sont, dans toutes lest
aussi fortes que fréquentes. Ils passent leur vie dans lea a
leurs habitations de bois et de roseam sont construites au
des eaux ; ils ne marchent que dans la ville et dens le marc
vert aux étrangers; mais ils se transportent dans des p
faites d'un seul tronc d'arbre, montant et descendant las a
qui sont nombreux. Ils font usage d'eaux chaudes, sta§
corrompues parla chaleur du soleil et alimentées par las pi
o'eat pour cela que les habitants du Phase diffèrent des
hommes ; ils sont en effet d'une haute taille et d'un embopj
excessif, qu'on ne leur voit ni articulation ni veine ; leur col
est aussi jaune que celle des ictériques; leur voix est plua n
partout ailleurs... . ils sont peu propres à supporter lea i
corporelles » (loc. cit.% page 61); et en parlant des eau* d
les : a Ceux qui en font usage ont toujours la rate volum.ii;
dure, le ventre resserré, émacié et chaud, les épaules et le
cules décharnées. Les femmes sont sujettes aux œdèmes i
leucopblogmasie ; elles conçoivent difficilement, et leur açfl
mefit est laborieux. Lies nouveau-nés sont gros et bouri
mais pendant la nourriture, ils maigrissent et deviennent cb
de sorte que la longévité est impossible avec de pareilles oc
lions; la vieillesse arrive avant le temps (page 29]. » Ce lai
conservé sa vérité; seulement, les localités eu modifient qi
traits. Ce qui contribue le plus à nuancer la physionomie U
spéciale de$ populations établies sur les bords des marais,
degré de chaleur inhérent aux climats; mais si elles repréa
suivant les lieux, des individualités distinctes dont les carte!
peuvent se fondre dans une description générale, elles ont i
commun que partout l'ensemble des phénomènes propres
cune d'elles se résume dans une détérioration profonde de l\
Uiie, dans la décadence prématurée des facultés physiques, is
tuelles et morales. Les habitants de la basse Bresse sont de
Stature, souvent affectés de déformations, soit du tronc, se
membres; une peau fine et blafarde, des formes molles et sa
|iefs musculaires; des tissus sans vigueur et sans élasticité, abi
de fluides aqueux, et qui gardent l'empreinte du doigt q
presse, des cheveux plats et une teinte claire, une barberai
œil terne et dont le regard tombe avec tristesse, une expn
cucuvrimA. — usa eaux. Itf
fiiaiueetd'epalbie, lo cou maigre et allongé, la poitrine resta, I* ventre gros et saillant, le pouls mou et petit, une peau Mfl sôolte, ou couverte d'une transpiration habituelle qui défc oas démarche lente et pénible, une voix gutturale et rauque, Ht les sons sont paresseusement articulés ; tels se présentent à m de l'âge las habitants d'une partie du département de l'Ain. pfepu berceau par unecause d'insalubrité qu'ils endurent avec ffgigngtion inerte, ils n'ont connu ni l'enjouement de l'en- S ni l'alacrité de la jeunesse ; valétudinaires jusqu'à la tombe, Mur .tus s'ouvre de bonne heure, ils restent étrangers aui pas- ' généreuses, aux jouissances vives comme aui douleurs ai- 4t l'âme ; également incapables de regrets et d'espérances, i|g déshérités de la nature qui ne leur a donné qu'un air dé* I *| des alimenta sans force, il faudrait lea plaindre entre tous, iVtifflt eonsoienoe de leur misère. Les habitants de la Sologne | If plaine du Fores se rapprochent des Bressans : même retard \ l# développement même caducité avant l'âge, même indofc mftP9 débilité radicale, même hébétude du cœur et de l'in- HQoe ; â leur maigreur, à leur teint plombé, jaunâtre ou verijMNidant l'automne, on dirait des squelettes ambulante ;vieux |Hlllt9 ans, décrépits à cinquante, ils parviennent rarement à ^fWtième année; ohes eux nulle sensibilité, et, comme dit Mi on ne rit pointeur le berceau de celui qui naît, on ne |P point sur le cercueil de celui qui meurt. L'habitant de la HP apporte en naissant le stigmate de la cachexie de aea pie : % A peine a- l-il quitté le sein de su nourrice, qu'il mai- - up0 couleur jaune teint ta peau et ses yeux, ses viscères s'en» pnt, il fueurt souvent avant d'avoir atteint sa septième année. DfraMcbi oe terme, il ne vit pas, il végète ; il reste cacochyme, notifié, hydropique, sujet à des fièvres putrides, malignes, â fifrvre* d'automne interminables, à de» hémorrhagies passives des ulcères aux jambes qui guérissent fort diflicileiiient § ifUoou, pagtl 119). Sa vie est une longue agonie; dès sa [tjftroe ou trentième année, il penche vers le déclin; ses facultés tyyradeiit, et communément lu mort vient fermer à cinquante cette carrière de souffrances. Au centre des marais Pontius, le A#c|e différait peu avant les travaux exécutés par ordre du pape ?f et depuis, il s'est médiocrement amélioré. Dans nospoaaeÉ s d'Afrique, l'action lente des miasmes conduit quelquefois les ades, sans accident notable et par une pente insensible, à U
484 HYGtfcNB PRIVÉE.
cachexie et au marasme, qui, dans les circonstances ordiuairea, clôturent une longue série de récidives pyrétiques. Cet état est caractérisé par l'affaiblissement général, la pâleur cutanée, l'infiltration et l'épancheraent séreux dans les cavités des viscères et les lames du tissu cellulaire, et l'appauvrissement marqué du sang; la peau est terreuse, écailleuse; le moindre mouvement épuise les forces cl détermine des suffocations, les facultés sont engourdies, les sens obtus, l'appétit seul persiste. La cachexie dite africaine, décrite par le docteur Craigie (1), et qui décime la race noire dans les Indes occidentales, principalement dans l'Amérique du Sud, at-elle quelque parenté avec celle que l'inOuence des marais occasionne dans les contrées extra- tropicales? L'analogie de causes, de symptômes et d'altérations anatomiques porte à croire que cette affection est, aux nègres des régions équatoriales, ce que la traîne est aux riverains des marais de la Bresse et de la Sologne. La cachexie africaine survient après plusieurs rechutes de fièvre, elle se caractérise par un état de langueur qui dégénère en insensibilité complète, par l'appauvrissement du sang, par la décoloration des lèvres, de la paume des mains et de la plante des pieds, par l'empâtement des tissus cutanés, particulièrement de la face et des extrémités ; à une époque avancée, l'appétit se déprave , les fonctions digestives se troublent, la diarrhée s'établit, le foie et la rate se tu* méfient, ainsi que les glandes lymphatiques; plus tard encore, les malades rejettent les aliments inaltérés peu d'heures après leur iugestion, etc. La cachexie africaine sévit parmi les nègres esclaves ou libres qui travaillent sur les plantations, c'est-à-dire qui remuent une terre riche en débris organiques, à la surface de laquelle naissent et périssent de nombreux produits, et que l'on voit tour à tour convertie en limon par des pluies diluviales et desséchée par les chaleurs.
Tels sont les effets aigus et lents de l'intoxication des marais. Dans quelles bornes se manifestent-ils î L'expérience a -t- elle permis de circonscrire avec quelque précision la sphère d'activité des eaux stagnantes? Le dégagement des effluves peut avoir lieu dans un air calme ou mobile : dans le premier cas, et pour les pays tempérés, on évalue, en général, à 400 ou 500 mètres cubes le diamètre vertical, et à 300 mètres le rayon horizontal de la splière dans laquelle ils se propagent ; mais une pareille détermination ne
II) G+M.m4é., 1836, p. 280.]
CIRCUMrUfcÀ — DBS EAUX. 685
peut avoir rien de rigoureux; les variations hygrométriques et barométriques de l'air influent nécessairement sur l'extension des miasmes; elle est surtout subordonnée à la température qui diffère suivant les saisons et les climats. Comment assigner, d'ailleurs, à l'action des marais des limites presque mathématiques, quand on n'a pour les fixer que les réactions variables de l'organisme ! Tel s'exposera impunément à des distances que tel autre ne pourra franchir sans accuser par une perturbation fonctionnelle le voisinage d'une eau stagnante ; l'air, faiblement vicié au delà de 300 ou 400 mètres, ne pourra rien sur des corps robustes ou acclimatés, tandis qu'il produira chez des individus nouveaux venus ou affaiblis des maladies dont le caractère et l'allure ne permettront aucun doute sur leur étiologie. On ne peut énoncer ici que deux propositions constamment vérifiées par le fait: 1° l'intensité de l'infection miasmatique est en raison inverse de la dislance du foyer ; 2° excepté les circonstances où les mouvements de l'air ambiant chassent les mûismes dans une direction déterminée, leur pesanteur spécifique les entraîne vers le sol ; le danger est donc d'autant plus grand que l'on séjourne dans des couches d'air inférieures : c'est là, au rapport de Rigaud de l'Isle, ce qui rend les gorges d'Ardée inhabitables ; c'est là ce qui justifie le conseil hygiénique de ne se coucher jamais à terre au voisinage des eaux dormantes ; dans les contrées marécageuses, ceux qui vivent dans les endroits bas, encaissés, dépourvus de ventilation, sont plus maltraités que les habitants des coteaux et des lieux élevés. Cette observation s'applique aussi à toutes les villes qui se composent d'une partie basse et d'une partie située sur une hauteur ; le chiffre de la mortalité est constamment moindre dans la partie élevée de Genève ; nous avons constamment observé moins de fièvres dans les citadelles de Bastia, de Corte, de Calvi, de Navarin, dont la position est élevée, que dans les quartiers bas de ces villes. Dans certains quartiers de Rome, la fièvre atteint inévitablement les habitants de la partie inférieure des maisons ; on s'y soustrait en montant d'un étage. En arrivant en Corse, ou est frappé de voir les classes les plus aisées de la population se loger de préférence dans les étages les plus élevés : mais en se familiarisant avec la pathogénie de ce pays, on ne tarde point à sanctionner cet usage. La même sagesse a voulu qu'en Afrique les pièces situées au rez-de-chaussée fussent généralement couvertes en magasins. Faut-il s'étonner si les épizooties les plus funestes et les plus nombreuses ont paru dans les pays marécageux,
pendant les chaleurs de l'été, après des brouillards épais, ou dans le voisinage de mares dont les eaux étaient croupissantes (1) ? Plongés dans les couches infimes de l'atmosphère, où s'accumulent les particules miasinu tiques, les animaux les absorbent plus abondamment par les voies respiratoires; elles pénètrent encore en eux avec les substances dont ils se nourrissent dans les champs, et qui en sont imprégnées, Et comme la gravité des maladies est en raison directe de la quantité de matière miasmatique qui s'insinue dans l'organisme, ou comprend que les animaux qui en absorbent beau • coup, et dont le tégument, recouvert de plumes, de laine ou de poils, n'élimine point le poison, présentent, comme expression d'une plus grande intensité de cause, le type continu de l'affection endémique; dès lors il devient inutile d'agiter la question de savoir si les animaux sont susceptibles de contracter la fièvre intermittente. Le professeur Metaxa, de Rome, n'accorde cette propriété qu'au cheval ; M. Bailly croit les animaux peu sujets k la fièvre d'accès; M. Dupuy, au contraire, a vu périr un grand nombre de bétes après avoir pâturé dans des marais. Cetle discussion peut se traduire autrement : les animaux qui offrent une maladie dans sa forme la plus grave peuvent-ils l'éprouver à un moin* dre degré quand la cause agit elle-même avec moins de force? On le voit encore ici : bien poser la question, c'est souvent la résoudre.
Quand l'atmosphère est agitée, les émanations des marais peuvent être transportées à de grandes distances: elles suivent alors la direction du courant atmosphérique, et ne laissent dans tous les autres sens qu'une viciation légère de l'air ; ce courant dangereux se heurte, ae divise, s'arrête, se réfléchit sur les obstacles qu'il rencontre, tels que montagnes, coteaux, forêts, habitations : ceux-ci se chargent des miasmes dont il est le véhicule, dans les points où ils supportent l'effort du courant; alors se produit un effet généralement constaté : c'est l'insalubrité remarquable de la partie moyenne et intérieure de certaines collines, tandis que, entre les élévations et le marais, et plus près de ce dernier, le séjour est infiniment moins périlleux; c'est que la couche d'air dont le déplacement produit le vent n'est pas celle qui confine au sol, et les couches qui sont audessous ne se pénètrent, à certaines distances du foyer, que d'une minime proportion d'effluves. Des faits nombreux prouvent la disaé-
(t) /MiMMin 4m tc-mm mééieilm, t. XIII, p. S.
CTCUim*. -"■ MM 1ACJX. Mf
tNfc 4Étastoécpar le* vent* | trente personnes rie Remet k»ta pitonsMde vers l'embouchure da Tibre, le vfent du midi sur des marnis Infects, et vltigt-neuf d'entre Tirait prisés de fièvre tierce (Lancisi). Fodéré e été témoin de ries accidents dans lelfantouan, dans le Ferrerait, aux envi» delfontpellier. Au Indes occidentales, des vaisseau* mouillés toisée des rivages marécageux furent infectés de fièvres pat da veut Lancisi attribue l'insalubrité de Rome à la coupe qui l'abritait contre le vent qui souffle des marais Pon* MM, les fièvres de marais, après avoir désolé épidémie il la Heilande, passèrent la mer à la faveur des vents d'est* subitement invasion en Angleterre, où elles sévirrnt avec talde Werwieb* où la fièvre intermittente e*t excès* il rare, en reçut alors jusqu'à 800 cas; la seule oommunê m compta 2ô décès sur une population de SOO âmes. Il 4e ae rappeler l'effet propagateur des vents en présenoe des d'accès développées dans des Haut qui, par leur situation de tout foyer d'infection, sembleraient devoir en it affranchies. Il y a des localités en Corse qui* mal» éloigBement dea marais, sont visitées par les fièvres inter» l'influence de certains vents ; et Raymond Faore* d'imputer à la chaleur solaire la production des fièvres inter* il* qu'il a tenoontrées dans quelques parties de la Grèce loin dea marais, avait à prouver qu'elles n'étaient dues ni fafers locaux, ni au transport des émanations palustres par ^Thftéroaédiaire dea courante atmosphériques, ni à l'action des eaut pluvialea aur dés terrains desséchés d'une certaine nature. C'est que l'eau stagnante du lac d'Agnano dégage des effluves délé* il s'étendent jusqu'au couvent des Csrealdules, éloigné d'une et situé aur une haute montagne, et c'est ainsi que, malgré i'flbecaoe de tout marais, la motarin rogne avec une pernicieuse intensité» non- seulement dans les vallées basses des environs de Y*MMff*ft mai* encore sur le flanc des collines, et môme à une oeréiévetton; le terrain de ces localités est constitué en grande par dea marnes argileuses grises, altérées et imprégnées de gypec et de set marin, soulevées par des roches ignées qui formant lie «tmeedes mutai desséchés en été, ces terrains fermentent par l'a*** des eaux pluviales* tt dégagent tes miasmes fôbrifères, ce qui fait dire commnnément que la terre bout; Brocchi (1) et Savi
i) De T état physique du MXmuM Ht
688 HYGIÈNE PB1VÉI.
insistent sur la vérité de cette étiologie populaire des fièvres certaines contrées, bien confirmée par l'observation de nos cins d'Afrique. Suivant M. Carrière (1), la matière organique existe dans l'eau stagnante, à la surface du sol butnide et dans l'épaisseur de la litière végétale dont les champs se coui en automne, jouerait un rôle dans les conditions de composai de quelques-uns des vents qui prédominent sur la lisière occi taie de l'Italie ; là existent, à peu d'exceptions, des marécages d*i puissance nosogène plus considérable, qu'il impute à la pi dérance de la ventilation occidento-méridionale ; il y a préémîi miasmatique, dit -il, toutes les fois que le sol est exposé influences plus ou moins directes de cette ventilation ; ainsi s'expl querait la nocuité variable d'un môme bassin marécageux suh le repos ou la translation violente des masses aériennes ; et e\ aux vents qui soufflent sur certains marécages qu'est due I'inul de tous les travaux exécutés pour les assainir : la terre est soumor au bras de l'homme ; l'atmosphère est son maître.
La latitude et la hauteur modifient le rôle pathogénique dtf marais. On peut appliquer à ces deux conditions climatériquei 6T que Lancisi a dit de la saison des chaleurs: «Adaucto vero «rfta, febres continwc% atque etiam exitiales urgent. • Cet axiome est vrai, soit que l'accroissement de la chaleur dépende de la saison ou de II progression climatérique du pôle à l'équateur : les fièvres de maraii augmentent, en effet, de nombre et de gravité, du nord au midi, mais en suivant moins la direction des parallèles que celle des ligna isothermes: il en doit être ainsi, en raison des conditions dudéga- \ gement et de la dispersion des miasmes fébr itères; ceux-ci M j peuvent s'élever que par l'abaissement des eaux lacustres et marécageuses; la chnleur produit ce résultat en activant l'évaporatioa jusqu'à mettre la vase en contact avec l'air; elle a pour triple effet la fermentation vaseuse, la volatilisation de la matière qui constitue le miasme et la formation d'une certaine quantité de vapeur aqueuse, véhicule ordinaire du miasme. L'influence de la latitude se subordonne donc ici aux inflexions des lignes isothermes ; c'est pourquoi les fièvres intermittentes, rares à Saint-Pétersbourg, qui est cerné de marais et situé par le 59* degré de latitude N., ne se montrent plus en Asie vers le 57', tandis qu'elles régnent en Suède au delà du 63* de même latitude, et, d'après Mackensie, atteignent
(1) U climat de l'Italie, etc. Paris, 1849, p. 308.
CnCOMUftà. — DES BAUX. &89
ptaf àl'onest las Mes Shetland. U droite boréale dea se confond donc avec la ligne isotherme que «ne température moyenne annuelle de 5 degrés cenii~ «toc une moyenne de zéro en hiver et de 10 degrés en été. les limites extrêmes où leur règne expire, les fièvres paluln manifestent avec une fréquence et une intensité proporà la chaleur atmosphérique: c'est une règle qui, d'après et Bégin, souffre peu d'exceptions : elle ressort de l'histoire des différants pays de marais. En Hollande» les fièvres tes quartes, tierces ou quotidiennes attaquent un grand d'individus, mais leur marche est lente, et permet à l'art eombaltre presque à loisir. La forme dite pernicieuse est mre dans la basse Alsace, où les fièvres intermittentes abonannuellement. Passez en Hongrie, et vous verrez déjà ces revêtir fréquemment la forme rémittente, et se compliquer ptdmes de la dysenterie dite putride. Dans le voisinage des Pontins, à Rome, et dans les maremmes de la Toscane, tlenoe tend à s'effacer de plus en plus, les fièvres continues tes éclatent souvent avec l'appareil phénoménal de L'Espagne nous laisse voir, dans ses endémies, comme un du fléau qui désole les côtes de l'Afrique et de l'Amérique, ta de matières noires, couleur ictérique de la peau, violent, etc. Enfin, dans les contrées plus voisines de léquaqui aobissent, à certaines époques de l'année, le maximum dégagement miasmatique, sous la double influence de l'huité et de la chaleur excessives, c'est la fièvre jaune, c'est la lérie putride, c'est le choléra : masques effrayants qu'im- V i la même maladie un certain nombre de conditions les, inhérentes aux localités, mais dont la première est sans NlIBtadit l'exubérance du principe toxique des marais. Il n'échappera point aux observateurs que, dans cette progression des pays «opérés vers les zones brûlantes, les phases de la végétation 'dsrianoent à la fois plus puissantes et plus rapides, les races ani- — lu plus variées, et surtout la génération des insectes et des replias de toute espèce plus abondante. La circulation de la matière est plus rapide dans les régions tropicales: il en résulte que las foyers de fermentation organique y font plus multipliés, et o&pnintent peut-être à la nature de leurs matériaux une activité {tas délétère.
• Dans eue même contrée, la succession des saisons répète jusqu'à
A90 HYCIENE PRIVÉE.
un certain point les effets de la progression climatérique du pAte à l'équateur; ainsi, dans les climats tempérés de l'Europe, l'hiver frappe les marais d'impuissance en les couvrant dune croûte de glace; alors leur voisinage est sans péril. Au printemps, noyés par les eaux qui proviennent des pluies abondantes on de la fonte des neiges, ils ne peuvent nuire que par l'humidité qu'ils communiquent à l'air. Mais par les fortes clin leurs de l'été, la plus grande partie de la masse liquide s'évapore, le fond vaseux est mis à nu ; les plantes, les insectes, les animaux aquatiques de toute espèce qui y pullulent, meurent et se putréfient ; les émanations qui s'échappent de ce foyer de décomposition plus ou moins étendu, se répandent dans l'atmosphère, et c'est ce moment, c'est à-dire la lin de l'été et le commencement de l'automne, que signale l'explosion des endémies propres aux pays marécageux de l'Europe. Dans nos possessions de l'Afrique, en Corse et en Italie, la période de salubrité atmosphérique s'étend du mois de janvier au mois de juin ; dans cet intervalle, on y observe les maladies propres aux pays tempéréset exempts de marais; pendant le reste de l'année, el surtout depuis juin jusqu'à la fin d'oetobre, on y voit les maladies s'aggraver en proportion de II température, passer de l'intermitlenre à la rémittence et à la continuité, et simuler les formes pathologiques qui appartiennent aux climats de l'Amérique et de l'Orient. La plus grande mortalité correspond d.*ns les pays marécageux à la période des chaleurs, et dans les loM.itésqui en sont dépourvues, aux mois les plus humidel et les plus f/oids de Tannée. Les nombreuses statistiques que nous avons faites de notre service au Val-de Grâce nous ont toutes fait voir que, du mois de mai au mois d'octobre, le chiffre des maladie! et de la mortalité se tient constamment en baisse, et se relève dans une proportion notable depuis novembre jusqu'à la lin de mars; le contraire a lieu, comme nous l'avons dit, dans nos possessions africaines et généralement dans les paya chauds.
L'élévation du sol agit, comme la latitude, sur le type, sur la l'orme «*t sur la fréquence des fièvres pa ludiques. Et de mémo que, dans les deux hémisphères, elles disparaissent au delà d'une certaine latitude, ainsi on les voit s'éteindre complètement à uns hauteur très considérable. La ville de Sezta, située à 306 mètres au-dessus du niveau de la mer, brave le voisinage des marais Pontins, et n'offre point de fièvres intermittentes : dans certaines régions marécageuses de l'Afrique, et sur des plages situées au niveau é$ la m*r, las flèvrts se développant an été sous la ty^e camimi ^uis
CtnCUMFUSA. — DIS EAUX. 494
• des hauteurs croissantes elles deviennent successivement rémittentes, puis intermittentes, quotidiennes, tierces, jusqu'à ce qu'elles cessent entièrement à une certaine limite. D'après M. Carrière ;1)9 !a limite où le mauvais air n'a plus de traces est entre 120 et 150 mètres de hauteur, et les Italiens indiquent, comme il suit, le série décroissante des effets de la malaria : aria pctsima, cnttiva, fsqstfta, jufficienU bwtia, fina ou ottima. L'influence de l'altitude ressort bien de la statistique du département de l'Ain; M. Bossi, ineien préfet de ce département, a constaté, pour les années 1805, MMM et 1804, la progression suivante de mortalité:
Daos les communes de la montagne I décès annuel mr 38,3 habitants.
— — de rivage — — 26,6 —
— — de la plaine emblayée. — — 24,6 —
— — d'étangs et de marais. — — 20,8 —
Toutefois des foyers marécageux se rencontrent jusque sur les plateaux et dans les anfractuosités des montagnes ; Hnmboldt en a vu dans les Landes; sur les sommets les plus élevés des Vosges existent de véritables marais sous forme de tourbières. En Afrique* IL F. Jaequot (2) a trouvé des nappes stagnantes dans les mon* tagnes, près d'Aïn-Te mouchent, etc. A défaut de marais, les concavités plus ou moins étendues que présentent les flancs des montagnes servent à recueillir les eaux pluviales, et les transforment en menus foyers d'intoxication.
Le fièvre jaune et la peste diminuent aussi de fréquence et d'intensité en s'élevant dans les couches supérieures de l'atmosphère ; à un niveau déterminé, elles expirent comme les lièvres de marais. D'après H. de Humboldt, la ferme de TEucéro, située à 928 mètres au-dessus du niveau de la mer, marque la limite verticale de la fièvre jaune sur les côtes de la Vera Oui. Une observation de Blane, rapportée par M. Boudin, prouve qu'a Sainte-Lucie les ravages de la fièvre jaune furent réduits de moitié à une hauteur de 277 mètres. Le docteur Brayer assure qu'un village bâti à cinq lieues de ConstantinoplH,sur la montagne d'Alem Daghe, à une hauteur d'environ 500 mètres au-dessus du niveau de la mer, n'a jamais été atteint par h peste. Dans la peste qui frappa notre armée d'Egypte, la citadelle
(1) U 0tf*NN <fe i'Aefte tous t$ rapport hygiénique « méékml. Paris, ISSt ,
fkM*.
fr) 1n>»iHi wy iài fièvrm à ftogsèf, Sis.» U4S, p. S*.
Mtt ITGltNK MtIVÉt.
du Caire fat épargnée; dans celle de 18 J*, elle jouit de la immunité (Ctot-Bey). Pariset, Bally et François, km de l'épidémie de fièvre jaune qui désola Barcelone, ont remarqué que la citadelle de cette ville jouissait d'un privilège analogue. La hauteur à laquelle commence l'immunité est déterminée par la loi de décroîsaemenl du calorique dans le sens vertical ; elle ne peut donc être la même pour les divers climats. Le fait mentionné par Blane sembla indiquer qu'aux Antilles la fièvre jaune ne dépasse point une élévatica de 550 mètres, tandis qu'aux environs de la Vera-Oox elle ne s'arrête qu'à 928 mètres. Une seule maladie du groupe nosologtqae des marais, le choléra indien, se joue de cette loi de propagation suivant la latitude et la hauteur; il a atteint le 65* degré de latitude boréale ; en 1822, il sévissait a Erzeroura, dont l'élévation, d'après la voyageur Brown, est égale à celle de l'hospice du mont Saint-Gothard, c'est-à-dire de 2128 mètres au-dessus du niveau des mers. L'époque de l'année qui favorise le plus l'action des marais est celle qui produit leur dessèchement : cette époque a lien nos climats, en juillet, août, septembre et octobre, surtout le midi, où ces mêmes mois deviennent alors ordinairement la temps de la plus forte mortalité, tandis qu'ils offrent très peu ds décès dans les cantons parfaitement salubres. Dans nos huit départements les plus marécageux, le maximum des décès occasionnés par les marais pèse sur le mois de septembre pour les jeunes enfanta, et pour la masse des individus qui ont touché au moins leur cinqirièatf année, sur celui d'octobre. L'époque du dessèchement des manis, et par conséquent celle des maladies et de la forte mortalité qa'elte déterminent, avance dans le midi de notre hémisphère, al retards dans le nord . Lorsque la marche des saisons se précipite ou ae troaie retardée, lorsque le dessèchement des marais se prolonge ou bisa est abrégé, les maladies ot la mortalité qu'elles produisent se déclarent plus tôt ou plus tard, et se continuent dans l'automoe longtemps après tes chaleurs, ou disparaissent pendant que celles-ci durent encore. Les années les plus malsaines sont, dans les localités sèches, celles qui sont pluvieuses, et dans les localités humides, celles qui se font remarquer par des chaleurs intenses ou par une sécheresse opiniâtre. Dans Us pays chauds, les premières ondées de l'hivernage, succédant à une longue sécheresse, font naître des maladies d'intoxication miasmatique, qui s'éloignent ensuite par la continuité et l'abondance des pluies. Dans les contrées équinoxales et dans les xooes méridionales de l'Europe l'influanea d*s
eu eu* ru » a. — des eaux. &9S
sévit le pins à l'époque de l'année où l'hygromètre indique pendant le jour le minimum d'humidité; dans les régions septentrionales, au contraire, c'est lorsque l'hygromètre marche de nouveau vers l'humidité. Quantaux phases nychthémères de l'activité des marais, on sait qu'elle atteint son maximum aux heures du soir, pendant la liait et le matin, c'est-à-dire à l'époque diurne du refroidissement et de la plus grande humidité de l'air ; tant que le soleil est au-dessus de l'horizon, leurs émanations sont moins à redouter ; au milieu du jour, en l'absence de tout brouillard, leur innocuité est à peu près complète (1).
Les effets fébriles de l'impaludation ne se manifestent quelquefois que longtemps après l'introduction des miasmes dans l'économie. M. Ferrus (2) a cité un exemple remarquable de celte sorte d'incubation: beaucoup de militaires qui ont séjourné en Afrique ont eu leurs premiers accès de fièvre à leur retour en France; nous avons eu sous les yeux des faits de ce genre, notamment chez un chirurgien sous-aide. Les phénomènes d'intoxication antimoniale, si bien étudiés par M. Millon, expliqueraient d'une manière satisfaisante ces apparentes anomalies, ainsi que les rechutes à long intervalle en des pays salubres, s'il était permis de conclure d'un genre d'intoxication à un autre de nature très différente. La distribution du poison dans les divers organes ferait dépendre de leur degré de sensibilité et de leurs affinités sympathiques le mode et l'énergie de la réaction fébrile ; l'imprégnation toxique de tout l'organisme donnerait la clef des cachexies de marais. Les accès ou les rechutes tardives seraient l'expression des efforts d'élimination tardive de l'économie. N'a-t-on pas retrouvé l'émétique dans plusieurs organes et tissus de chiens tués trois mois et demi, quatre mois après l'ingestion de cette substance? L'apparente immunité serait-elle autre chose que la concentration des miasmes absorbés sor des parties moins réactionnaires, comme il advient de l'antimoine accumulé particulièrement dans le tissu cellulaire, le foie, les os des chiens, trois et quatre mois après la cessation du régime mtimonial? Enfin, le rôle de l'hérédité dans l'état cachectique des populations riveraines des marais est éclairé par la constatation d'une forte quantité d'antimoine dans le foie de petits chiens dont
(I) Villenné, De t influence des marais sur la vie (Annales et hygiène et demé-
légale, t. II, p. 345).
(S) Dictionnaire été sciences médicales, loc. cil.
4M HYGIÈNE PfclVSB.
la mère avait pris de l'émc tique quinze jours avant de mettre bu. L'action des marais diffère encore suivant leur nature ; lai marais d'eau salée, et ceux qui sont formés par un mélange permanent d'eaux douces et salées, paraissent plus nuisibles. Le mélange accidentel des eaux douces et des eaux salées donne lieu au dégagement le plus énergique d'elfluves : ainsi, l'étang nommé Poura qui reçoit pendant la saison des pluies les eaux de plusieurs ruisseaux, et celui d'Eugrenier, près de Ma r ligues (1), dont les eaux sont salées, communiquent ensemble par une galerie souterraine, les endémies les plus funestes se développent fréquemment dans les localités environnantes. M. Gaelano Giorgini a publié en 182» plusieurs faits relatifs à des localités d'Italie, et qui montrent les maladies endémiques s'aggravent ou diminuant suivant que le* marais d'eau douce communiquaient avec les eaux de la mer, ou en étaient séparées par des écluses. L'influence pernicieuse du mélange des eaux d'origine diverse n'avait point échappé à Hippocrate: «Las unes sont douces, les autres salées et alumineuses; d'autres proviennent de sources chaudes ; dans le mélange, leurs propriétés sont en lutte. » Ce passage contient la mention d'un fait perdu de vue et que Savi vient de restituer à l'histoire de l'iinpaludatioQ, à savoir, l'influence nocive du mélange des eaux minérales (sources chaudes) avec tes eaux marécageuses; le lac de Rimigliano, avant 1832, en olfruit un exemple: il recevait par la fossa calda les eaux minérales et thermales de Caldaua, contenant des bicarbonates et des chlorures calciques et magnétiques ; sur sou fond forint* d'uoe couche noire d origine marine végétait une seule plante, le Chant hinjÀda, et sa vase dégageait du gaz hydrogène sulfuré avec une matière organique. Les eaux minérales détournées et le lac épuisé par écoulement, une végétation florissante a rapidement couvert le sol de cet ancien marais (2) Les recherches du chimiste anglais Daniel sur les eaux de la cùte occidentale d'Afrique, celles de llaiïy cl Balai (I sur les eaux du port de Marseille (3yt et précédemment celles de M. Caveulou (G), prouvent que dans le mélange des eaux douce* et des eaux salées, la décomposition des sulfates par la matière organique donne lieu au dégagement de
(1) Osi à Martigtift qu'tipérimtntant lu surtfdanli du quinquina. Fodért fit mage des preparationi aneuioalcs prétouitles d'abord par Ko* 1er.
(2) Ânn. de chimie, 1841.
(3; Comptes rendus de V Académie des sciences, 1815, p. 99. v4 Considération* chimiques sur Ut $*m* iê Ml», tic., IIM.
CIRCUMFUSA. — DIS EAUX. 495
l'hydrogène sulfuré, lié sans doute à des émanations do nature organique. H. Môlier remarque à cette occasion (1) que beaucoup de marais ordinaires, renfermant aussi des sulfates, présentent au même degré que les marais mixtes ou saumàtres, la double condition à laquelle parait se lier la production des fièvres intermittentes, décomposition des sulfates et destruction de la matière organique: peut-être le danger ou l'innocuité des marais est-elle en proportion des éléments qu'ils fournissent à la production de ces deux séries de phénomènes combinés. Il est intéressant de rapprocher dçoes données les inductions que fournit la chimie actuelle sur la fermentation spontanée d'un liquide par l'addition d'un autre liquide (catalyse). II. Gaultier de Claubry, expérimentant sur les eaux d'une fécule rie, les a vues produire par leur mélange avec |es eaux et la vase de l'étang de la Briche, une décomposition putride extrêmement forte.
Lee maladies qui régnent autour des marais sont-elles dues aux ftnanations de la végétation spéciale qui s'y développe? Question posée eu 1832 par Savi (2), effleurée par M. Monfalcon (pages 71 0 105), renouvelée par H. Motard (3) et par M. Boudin. Suivant cet écrivain, la stagnation de l'eau et la matière végétale décomposée ne produisent le miasme que d'une manière médiate, en favorisant le développement d'une végétation spéciale dont les émanations seraient les causes directes et réelles de l'intoxication des marais. C'est à la diversité de cette végétation dans les différentes parties du monde qu'il est disposé à rapporter la diversité des manifestations pathologiques, poste, choléra, lièvre jaune. Il s'appuie sur l'opinion populaire qui attribue à la flouve {Anthoxanthum odorotum), plante très commune dans la basse Bresse, la production des fièvres intermittentes: cette plante fleurit pour la seconde fois su commencement de l'automne, et répand alors une odeur très infecte; quelques algues, dit encore M. Boudin, notamment le Char a vufg ari$y sembleraient douées de la propriété fébrifère ; même observation quant au rhizophoreetau calamus. Enfin il cite M. deHumboldt, qui voit une cause de la fièvre jaune dans la décomposition d'une grande quantité de fucus, d'ul ves et de méduses, mis à décou-
(1) Rapports sur les marais salants, dans Mémoires de l'Académie nationale de médecine. Paris, 1847, t. Xlll, p. 691.
(2) Recherches physiques et chimiques sur le Chara, 1832. 3)Op. rif.,t. I, p. 180.
A96 HYGIÈNE PRIVfck.
vert par la maré<< descendante. M. Boudin revendique ce fait pour son hypothèse, en écartant les effets de la putréfaction de ces substances. Cette manière de raisonner ne détruit point Ja signification qu'un observateur qui a nom de Humboldt attache au même fait, tel qu'il le présente lui-même; quanta l'action pathogéniquedecertaines algues, elle s'explique par la vase qui y adhère ou par leur putréfaction. Elle rappelle un fait intéressant observé en Algérie, savoir, la production de fièvres intermittentes parmi des militaires qui avaient couché dans une cabane improvisée avec des joncs encore souillés du limon des marais. Savi signale des localités, telles que le port de Vada, le Porto nuovo di Piombino, l'ancien port de Talamone, etc., où les fièvres intermittentes et pernicieuses se développent pur suite de la putréfaction des amas d'algues baignés par dos eaux douces en communication avec celles de la mer; il remarque, à cette occasion, que l'algue ne se putréfie point dans l'eau pure, la présence des sulfates dans l'eau étant nécessaire au dégagement de l'hydrogène sulfuré. Le préjugé relatif à laflouve est sans fondement : ainsi pensent des médecins qui ont vécu et observé dans la Bresse même, MM. Nepple et Monfalcon : cette gramiuée, une des plus répandues dans l'Europe, n'est accusée qu'en Bresse de propriétés malfaisantes. Toutefois nous reconnaissons avec tout le monde qu'il existe des principes toxiques tout formés dans un certain nombre de végétaux palustres, comme dans les renoncules, les ombellifères, les champignons, etc. Les effets spécifiques de ces plantes, et d'autres qui sont étrangères à la flore des marais, ne peuvent être niés, soit qu'ils résultent de l'absorption de particules vénéneuses, soit qu'ils aient lieu par impression nerveuse ; niais il y a loin de ces effets accidentels, instantanés, fugaces, aux manifestations morbides, périodiques ou continues, qui constituent les maladies des marais, et qui se déroulent sur la presque totalité du globe avec tant de constance et d'uniformité. Ce qui achève de ruiner l'hypothèse précitée, c'est la propriété qu'ont certains terrains desséchés de produire, sous l'action des eaux pluviales, des émanations fébriferes; c'est encore le fait si connu de la lente bonification des maremmes de Toscane ; ces terrains, même après l'écoulement de leurs eaux marécageuses et déjà recouverts par des atterrissements artificiels, restent encore un foyer d'insalubrité, jusqu'à ce que la couche saine superposée ait acquis asseï d'épaisseur et de compacité pour soustraire entièrement le terrain marécageux aux influences atmosphériques.
DicrartKA. — dis eaux. M7
dfaouasion nous conduit à examiner la cause prochaine de délétère des marais. L'influence pernicieuse des marais est doute : « Avec des degrés plus ou moins grands et des diffé* dans l'intensité des effets, elle est la môme dans tous les n'a pas varié depuis les premiers documents que nous fourire (i). » Mais quelle en est la cause matérielle? Sans ides insectes et des animalcules invisibles, admis les uns par et Varrou, les autres par Lancisi, pour expliquer la prodes fièvres , il n'est possible de ne les attribuer ni à l'buni à la chaleur, isolées ou combinées. Au rapport de Lind Sinclair, Madère, les lies Canaries, les lies Saint-Antoine, ^Nicolas, contrées chaudes et humides, mais sans marais, sont lies du tribut des fièvres, et possèdent un climat sain ; il en même des Barbades, des Bermudes. L'Ecosse, surtout au voido lac Lomond, les lies Orcades, le Canada, pays humides et présentent des populations saines et de fréquents exemples ïvité. Le gai que l'on recueille sur les marais, quand il est Artificiellement, peut être respiré souvent dans des proporhfeoosidérables et pendant un temps fort long; rarement il dédes accidents, lesquels n'ont rien de commun avec les fièmarais (Orfila et Parent-Duchâtelet, loc. cit., page 303). Le jène sulfuré existe eu forte proportion dans les émana des Molfalares et des lagoni du Siennois et du Volterrano, et int elles ne déterminent point les maladies des Maremmes; innocuité de l'air des lagunes de Venise (Savi). Mais le gaz lis, nous l'avons dit, ne se produit pas isolément ; sa forsemble liée à la cause même de leur insalubrité : avec lui se it des émanations organiques qu'il entraîne, comme elles entraînées par la vapeur d'eau qui se forme simultanément à la des marais. Le gaz préparé dans les laboratoires ne lui est iPpas identique, et son innocuité ne prouve rien. Le principe Raccompagne s'échappe par la volatilisation des substances vé- |des et animales d'espèces particulières, lesquelles gisent en (^faction dans la vase des marais : ce principe, M. Boussinplt a pu le saisir dans l'air des plaines dangereuses de l'Améfw, et il en a démontré la nature organique. Sans doute l'analyse l ce chimiste, celle de Vauquelin, l'observation de Dupuytren et
(1) Orfila et Parent-Duchâtelet, Influence des fécuteries et de$ émanations ma- (Jitafot (Thyg et ée méd. légale. Paris, 1834, t. XI, p. 251 et soi?.) 3€ *mt. — i. 32
kW HYUIÈNB FHIVÉK.
Tlienard ne témoignent que d'une chose, de la présence d'un principe organique dans l'at oosphère de certains lieui;et il n1 résulte pas que cette matière soit positivement celle qui, par introduction dans l'organisme, y développe les phénomènes si singuliers des fièvres intermittentes. Mais l'induction est ici légitime: toutes les probabilités, tous les faits observés, une somme de coïncidences invariables, autorisent à considérer le principe organique qui s'exhale des eaux stagnantes comme le miasme fébrifare Ajoutons qu'en raison de la constitution même des marais et de la spécialité de leurs effets pathologiques, il est impossible de refuser aux émanations qui s'en élèvent un caractère spécifique.
Parmi les conditions individuelles, celles qui font le plus varier l'action aigué ou lente des marais, sont l'âge, l'état de faibleae primitive ou acquise, le régime, l'habitude. M. Villcrmé {toc. cil) a démontré, par des recherches statistiques, le fait ignoré jwqu'alors, savoir que les jeunes enfants succombent en énorme proportion par l'influence des marais. En comparant la mortalité dm enfants dans les cantons salubres et dans les huit département! les plus marécageux de la France, il est arrivé à la proportion * 1,000 : 1,566. Les enfants qui n'ont pas achevé leur premièw année fournissent moins de décès que les enfants nés depuis in an jusqu'à quatre, sans doute parce qu'ils sont tenus dans l'intérieur des maisons, et sont ainsi moins exposés aux émanation*. Après l'Age de dix ans, l'influence des marais est moins à redouter qu'avant; elle l'est moins encore depuis l'âge de quinze à dixhuit ans jusqu'à celui de vingt-cinq; depuis trente-cinq ou quarante ans jusqu'à cinquante ou cinquante-cinq, cette influence se prononce davantage, mais jamais autant que chez les jeûnai enfants. Ce sont les vieillards qui paraissent résister le plus à l'action nuisible des marais, peut-être aussi parce qu'ils sont sédentaires; en outre, ils ont acquis le bénéfice de l'habitude. L'air marécageux fait périr un grand nombre d'enfants, nonseulement par une sorte d inoculation de maladies spéciales, mais encore en aggravant les maladies ordinaires de cet âge ; il semble aussi que leur organisation délicate et spongieuse s'imprègne des moindres doses du principe toxiquedes maraÎ6, car leurs émanations affectent ces petits êtres à des distances où elles sout trop mélangées avec l'air salubre pour a^ir sur les adultes. Quoi qu'ii en soit, la diarrhée, la dysenterie, une affection gasiro intestinale aigué, et uu tout temps le carreau, sont les formes morbides que l'empoisou-
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iiemenl palustre revêt ou développe chez eux de préférence. D'après quelques médecins, il est très difficile de conserver des enfants en Afrique, et, en général, l'élève d s jeunes animaux y est soumise à de nombreuses difficultés. Les constitutions débiles, usées par les excès, par les souffrances physiques ou morales, résistent moins à l'action des eaux stagnantes; la nostalgie, l'épuisement consécutif aux privations, aux déplétious sanguines, aux fatigues de tous genres, etc., y prédisposent de môme. C'est surtout en temps de guerre que l'influence des marais est fatale aux troupes qui exécutent des marches de nuit, et qui ont une nourriture insuffisante, de mauvaise qualité, ou irrégulièrement distribuée. Nos médecins militaires en ont acquis l'expérience dans les campagnesde l'Empire, dans quelques localités de l'Algérie (Bone, Bougie), où les maladies décimèrent nos soldats, et plus récemment dans l'expédition rafale de la Dobrudsa. Grâce aux travaux d'assainissement exécutés en Afrique, et à une bonne organisation des services administratif, lq mortalité a diminué là,, comme elle diminuerait dans tous les pays marécageux , par de semblables améliorations, dont la plus essentielle doit consister dans une alimentation substantielle et tonique. Dans nos cantons les plus infestés par tes émanations palustres, on constate une grande différence, quanf *} la santé et à la longévité, entre les classes mal logées, mal nourrjes, mal vécues, et les classes favorisées par l'aisance; le seul usage d'yne boisson ferme niée suffit pour atténuer le danger de l'intoxication, miasmatique. ^e mérpe contraste se reproduit en Afrique et dans }çs colonies, entre les soldats et les officiers: dans les expéditions, au milieu des camps, les uns et les autres sont spumisai)* mêmes influences du sol et de l'atmosphère; mais le bien-être relatif fies placiers, comparé aux privations de la troupe, explique la disprpportion du tribut que ceux-ci paient aux maladies locales. Ep oqtre, les officiers commettent moins d'excès, et savent mieux se défendre des affections morales, qui détruisent toute force de réaction. Indépendamment du degré de résistance organique qui résulte 4p la constitution, du régime, etc., il est des dispositions individuelles qui ipodiflent les effets des miasmes rparécageqx.Lind rapporte, et ces cas sont nombreux, que plusieurs personnes ayqnt été soumises pendant le même espace de temps au souffle infect d'un marais, Tune est morte le premier jour comme par sidéral ion, l'autre, le seepud jpur, <)'ui) accès pernicieux ; quelques-unes ont donné des inquiétudes durant quatre à cinq jours ; d'autres u'ont
éprouvé qu'une fièvre simple ou un malaise passager. Enfin il est d'une observation constante que lesendémies des contrées insalubre! exercent moins de ravages sur les indigènes que sur les nouveaux venus; et tandis que ceux-ci meurent en grand nombre, les autres ne sont parfois atteints que légèrement. Ces différences sont dira à l'habitude : elle préserve rarement, mais elle amortit l'influence fébrifère. En Afrique, quand le dégagement des miasmes est encore faible, l'Arabe se porte bien, tandis que le Français nouvellement débarqué commence à fébriciter. Quand le dégagement s'active, tel fièvres pernicieuses régnent parmi nos troupes, et les fièvres intermittentes simples parmi les Arabes qui sont au service français. Toutefois il ne faudrait pas croire que les indigènes jouissent ans haut degré de cette immunité relative. Dans les saisons épidémiques, la fièvre envahit les tribus, des peuplades entières, et mal combattue, elle laisse sur elles, après d'interminables récidives, la trace certaine de ses ravages. On rencontre chez le pâtre de la Corse, sous la tente de l'Arabe, comme chez nos soldats, les grosses rates, les foies volumineux, diverses formes d'hydropisie, les lésions profondes des fonctions digestives, les diarrhées rebelles, le marasme qui en est la suite. Chargé du service sanitaire de la direction des affaires arabes à Alger, souvent appelé à pratiquer dans les tribus, M. Périer a vu des indigènes des deux sexes et de tout âge, affligés de cette cruelle série de symptômes, sans avoir jamais ingéré II moindre dose de quinine ; ce qui, soit dit en passant, juge les préventions encore populaires dans l'armée contre le précieux fébrifuge (1). Les personnes acclimatées aux marais doivent en craindre d'autant plus les effets que le climat qu'elles ont quitté diffère pins de celui qu'elles abordent. L'émigration d'un pays marécageux dans un autre plus méridional renforce l'imminence morbide. Déjà Lind avait remarqué qu'il est dangereux de quitter un canton marécageux de l'Europe pour le Sénégal ; et SI. Thévenot a vu les fièvres intermittentes contractées à Rochefort. se réveiller sur le sol d'Afrique et se compliquer rapidement d'affections graves, telles que dysenterie, hépatite. Nous avons observé les mêmes effets chez beaucoup de militaires pris en Algérie et débarqués à Varna en 1854. L'hygiène des contrées palustres se résume dans un grand devoir qui incombe aux gouvernements éclairés, celui de combattre, desup-
(1) De ïinfection paludéenne en Afrique (Journal de médecine de M. Bm, min 1844, p. 72).
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oo de restreindre aa moins la source première des endémies les désolait. Certaines précautions du régime, de vêtement, ûtation,etc., peuvent, comme ou Ta vu, en atténuer, en retarr, en éloigner les atteintes réitérées ; mais cette lutte est précaire, n'est permise qu'aux classes aisées , et tôt ou tard l'influence Celles s'exercent à vaincre, deviendra prépondérante. Obvier jpm alternatives d'inondation et de sécheresse des sols marécageux, jpéiuuir ta stagnation des eaux croupissantes, telle est l'indiption à remplir, et cette tâche, supérieure à tous les efforts infEviduels, sollicite l'intervention active de l'administration. La Connaissance de la nature du sol et du sous-sol, de la configura* Hftm du territoire, et de la provenance des eaux, sert à fixer le choix |ea moyens d'assainissement. Si l'eau n'existe qu'à la surface des lorrains, le nivellement du sous-sol, l'établissement de fossés, de ligules ou de canaux souterraius suffiront pour l'écouler. C'est ■psi qu'on était parvenu à assainir la plaine de la Sey bouse près m Bône qui n'est redevenue insalubre eu 1852 que par le défaut entretien des travaux précédemment exécutés pour l'écoulement focaux de cette rivière et de la Boudjima. Un canal de ceinture jp un canal central doit recevoir les eaux affluentes et les porter |ph dans des réservoirs établis sur des points plus bas, soit dans une rivière ou nn cours d'eau indépendant du marais et dans une situa- Mou également plus déclive que lui. Les terres provenant de ces 4ib!aU, seront relevéesen digue sur les bords du canal. Après a voir intercepté les cours d'eau qui auraient grossi le marais, il s'agit d'écoukr celui-ci dans le canal de ceinture ou dans le canal central pour le diriger vers une partie plus déclive du territoire; quelquefois il fait percer un obstacle qui arrête leur écoulement, tel que des atté* râsements qui se sont formés spontanément dans le cours d'eau naturel de la contrée. En Sologne le curage des cours d'eau a quelquefois produit cet assainissement. Les marécages si insalubres des «avirons de Carentan et d'Isigny (Basse-Normandie), sont dus en grande partie à la résistance qu'opposent au passage des eaux les amas de tangues et les plages sablonneuses qui les séparent de la ■er. Un système de rigoles et de fossés parallèles sert à conduire les eaux des marais dans des canaux secondaires ou dans le canal de ceinture, et delà dans des réservoirs particuliers, on a soin de planter d'arbres les bords de ces fossés, de ces rigoles, de ces canaux, pour dessécher et assainir le sol ; les osiers, les frênes, les utiles, les aunes conviennent à cet usage ; ils opposent récran de
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leurs expansions foliacées à la diffusion «les miasmes et par Vu*tricntion ou la multiplicité de leurs racines, ils consolident Içtiltt des canaux, etc. A défaut d'écoulement sur le sol, si la couche im- perméable <lu sous-sol n'a pas trop d'épaisseur, on peut la traverser et creuser des puisards qui seront, dans tous les cas, d'utiles auxiliaires pour le dessèchement.
Si les eaux stagnantes ne peuvent être dissipées ni à la surface du sol ni souterrainement, les Hollandais nous ont appris à recoîrir aux machines élévatoires, ils ont exécute fie vastes dessèchements à l'aide de moulins à vent ; le polder de Cohorn de 1,560 hectares, est encore soumis en ce moment à l'action épuisante de deux moulins à vent de 27 mètres d'envergure, faisant mouvoir deux visd'Archimède de 2 mètres de diamètre. La mécanique moderne fournit aux ingénieurs des machines hydrauliques dune grande puissance, les nnrias, les turbines, tes siphons, les machines à vapeur. L'épuisement du lac ou merde Harlem, commencé en 1 830, se poursuit à l'aide de trois machines à vapeur de la force de 600 chevaux; il est presque achevé et aura coûté 21 millions de Francs.
L'attérissement naturel qui se produit h l'embouchure desfleeves, a suggéré l'idée du colmatage, sorte d'alluvion artificielle amenant l'exhaussement des terrains bas et marécageux au movendes dépôts qui y laissent, après un séjour plus ou moins prolongé, des eaux bourbeuses détournées de leurs cours et retenues temporairement à leur surface. Ce procédé a réussi dans la Gironde, proposé par Lacuée à Napoléon pour l'assainissement des m a rem mes toscanes que l'on a vainement esayé de dessécher par l'évacuation des eaux, il est appliqué avec persévérance par le grand-duc actuel de Toscane; il consiste,*! dériver les eaux limoneuses de l'Ombron et de plusieurs torrents pour irriguer et colmater les marais près de le ville deGrossetto, et à diriger ensuite vers la mer les eauxdépouil lées de leurs matières terreuses. Dans une petite lie de la Camargue, on est parvenu à constituer aussi cette sorte de sol nouveau en y conduisant les eaux troubles du Rhône et en les écoulant après It déposition de leur limon.
Quand la disposition du sol en bassin ou d'autres conditions ik» permettent ni d'épuiser le marais ni de le colmater, et que son existence ne dépend pas de l'obstruction des cours d'eau réguliers du pays, il faut le maintenir en pleine eau et le noyer en pratiquant des ouroges et en établissant des berges et de* systèmes •d'empelleme ït appropriés.
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Des écluses bien disposées préviendront le mélange délétère des eaux salées et des eaux douces ; l'ingénieur Giorgini a démontré, par des applications dans les ruaremmes de Toscane , l'efficacité de cette mesure.
Si Ton ne peut ni dessécher ni tenir les marais en pleine eau, un autre ingénieur, M. de Bellegarde a établi par des faits empruntés à l'histoire et à l'observation que l'on peut arriver à préserver les habitations exposées aux émanations palustres, en coupant les vents par des rideaux d'arbres serrés et croisés dans les marais, par des plantations faisant obstacle aux vents régnants qui passent sur les marais.
Enfin n'oublions pas que dans les contrées à sol argilo siliceux et à sous-sol imperméable, dans la Sologne, la Dombes, la Gascogne, le déboisement a produit les landes, les bruyères, les marais, les étangs, causes permanentes d'insalubrité et de dépopulation. Le creusement de canaux, l'irrigation, le marnage, le boisement sorti les moyens formulés dans tous les projets d'amélioration de la Sologne ; ils ont réussi dans quelques parties de la Bresse et dans les polders de la Hollande, convertis en riches pâturages, en bonnes terres de labour. Ces résultats doivent encourager les entreprises de dessèchement, vainement prescrit par les ordonnances de Henri IV, de Louis XIV, par les lois de l'Assamblée constituante et de l'Empire.
Les ouvriers appliqués à ces travaux, ne les supporteront guère qu'au printemps et au commencement de l'été; eu hiver les eaux sont trop abondantes; on ne les occupera qu'une ou deux heures après le lever du soleil et jusqu'à une ou deux heures avant son coucher; ils auront besoin d'une nourriture tonique, devin, de café, de vêtements de laine; ils éviteront les excès; et dès la pie mière manifestation des accidents d'intoxication palustre, on devra les éloigner. Nos soldats ont souvent payé cher en Afrique les remuements intempestifs du sol.