‹ Traité d'hygiène publique et privée v. 2 (volume 3)Chapitre 7 sur 111 · DÉFINITION DE L'HYGIÈNE · texte numérisé non relu

DÉFINITION DE L'HYGIÈNE

Le mot hygiène dérive de vyuwv, uyitla, santé, dont la racine est «yifc, sain. Dans son acception étymologique, ce mot désigne cette partie de la médecine qui fait connaître les conditions de la santé et les moyens de la conserver ; aussi l'hygiène est-elle généralement définie : l'Art de conserver la santé. Pour que cette définition fût juste, il faudrait la modifier en disant : l'Art de conserver à chacun sa santé; car la santé n'est point une généralité; elle exprime une manière d'être qui varie suivant les sujets, et dans le même sujet, suivant une foule de circonstances qui agissent sur loi, sans que les oscillations fonctionnelles qui en résultent déterminent un état de maladie. Pour l'hygiéniste, comme pour le clinicien, il n'y a que des individualités ; dans l'art de maintenir la santé, comme dans l'art qui a pour objet de la rétablir, le problème est individuel. Les types généraux auxquels s'élève la science sont le produit d'une opération de la raison , non le fait de la nature ; l'hygiène permet sans doute, comme la pathologie dans une autre sphère d'observation, de noter les similitudes et de composer, par le rapprochement des phénomènes communs à plusieurs individus, des catégories de santé ; mais, quoique la nature procède avec une grande simplicité d'éléments, tel est le mystère de ses arrangements et de ses combinaisons, qu'elle donne naissance aux produits les plus variés. La chimie nous montre qu'avec soixante-douze parties

l'outrage de M. Loode; la troisième édition (Paris, 1847, 2 vol. in-8.) publiée après la première de notre traité, offre, avec une grande richesse de faits et de matériaux, l'empreinte d'un jugement aussi libéral qu'élevé. M. Loode appartient à cette race d'esprits qui ne s'arrêtent point quand la science marche.

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de carbone provenant de la réduction de l'acide carbonique, les plantes peuvent former, en s'assimilaut diverses portions d'eau, de la cellulose, de l'amidon, de la dextrine, du sucre de canne, du sucre de lait, du sucre de raisin (1). La diversité infinie des tempéraments et des constitutions correspond chez l'homme à cette variété de produits organiques que les plantes élaborent avec an radical, le carbone et de l'eau. Un petit nombre de systèmes généraux , mêlés en proportion différente dans la trame de nos tissus, ou, si l'on aime mieux, les conditions primordiales de l'innerva* tion et du sang engendrent les nuances de l'organisation humaine, nuances si multiples, parfois si tranchées, souvent si réfractaires à l'analyse du physiologiste ; non-seulement les différences individuelles éclatent dans l'ensemble, mais elles se prononcent encore dans les principaux appareils de l'économie, influencés dans leur jeu par des conditions dynamiques ou matérielles qu'il est rationnel de supposer, quand le scalpel ne réussit point à les démontrer: le pouls ne présente t- il pas dans la série des individus des caractères particuliers et en harmonie avec la santé de chacun ? Les digestions diffèrent autant que les physionomies ; quelque organe que l'on considère comparativement chez un grand nombre de personnes, on constate une foule de dissonances fonctionnelles. Las causes extérieures ne contribuent pas moins à diversifier le rhythme physiologique des hommes que les conditions originaires de leur structure. Aussi, dans l'impossibilité de produire une formule absolue de la santé, nous aimons mieux dire de l'hygièue qu'elle détermine, pour l'homme physique, intellectuel et moral, la mesure et le genre d'activité nécessaires au maintien et au perfectionnement de sa santé, ou seulement compatibles avec un état de santé relative. Commescience, l'hygiène a pour terme de ses recherches, d'une part l'organisme, de l'autre les modificateurs tant externes qu'internes, tant psychiques que matériels, et pour résultat la vérification du rapport de ces deux termes entre eux, c'est-à-dire les lois de la réaction organique. Comme art, elle tend à régulariser cette réaction. D'où il suit que l'hygiène, stable dans ses principes, varie dans les applications ; telle est aussi la médecine pratique qui, en présence d'états morbides de filiation identique, doit approprier la médication à chaque cas en particulier. Nous sentons tellement la nécessité d'adapter à chaque individualité les prescriptions de l'hy-

(t) Essai de statique chimique, etc., par Pumai. Paris, 1812, p. 50.

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giène, que nous rappellerions volontiers, à ce point de vue, la clinique de l'homme sain. La clinique et l'hygiène sont tout entières dans l'observation ; l'une et l'autre échappent, par la multiplicité de leurs éléments, au cadre d'une exposition didactique. Celui qui a traité un grand nombre de malades et tenu compte, dans ses appréciations synthétiques, de tous les faits qu'ils ont déroulés à ses yeux, de toutes les nuances différentielles qu'ils ont manifestées, soit dans la succession des phénomènes, soit dans les effets des médications, celui-là peut aborder le lit de la souffrance avec l'espoir de la soulager ou de la guérir. Celui qui a exploré avec sagacité les conditions dans lesquelles un grand nombre de personnes maintiennent et améliorent leur santé, noté la limite des ébranlements qu'elles peuvent subir sans dommage, étudié les antécédents qui pèsent sur l'avenir physiologique des familles, et la manière dont chacun de leurs membres se comporte sous l'atteinte des mêmes modificateurs, celui-là mérite de recevoir la mission de veiller à leur conservation. Il ne faut donc pas qu'un livre du genre de celui-ci promette aux lecteurs ce qu'ils ne doivent point chercher dans un livre, à savoir, le tact des individualités, aussi précieux pour l'hygiéniste que pour le praticien ; l'exercice de l'art, l'eiamen des types infinis de l'organisation humaine, l'étude prolongée des mômes individus, peuvent seuls le procurer. Ou le voit, l'hygiène privée offre plus d'une analogie, plus d'un rapport avec la médecine pratique, et si elle suppose la notion des qualités physiques et chimiques des modificateurs, elle exige hieu plus encore une connaissance approfondie de l'organisme sain et malade. La maladie est l'épreuve des constitutions ; elle fait ressortir des différences individuelles qui sont restées latentes jusqu'alors ; elle exagère les idiosyncranes; elle classe en quelque sorte les organes et les viscères dans un ordre hiérarchique de dépendance par l'énergie relative des irradiations sympathiques qu'elle provoque en eux. C'est dans la maladie que l'homme fournit la mesure de sa virtualité organique. Hippocrate avait compris combien les circonstances de la maladie peuvent éclairer en quelque sorte le mécanisme des sautés individuelles, et réciproquement, combien les lumières fournies par l'observation de l'homme sain facilitent la solution du problème pathologique ; les gradations d'un état u l'autre sont d'ailleurs si fugitives, qu'il est souvent impossible de déterminer où commence la médecine, où l'hygiène finit; celle-ci exige donc, dans l'enseignement dont elle est l'objet; un parallèle constant entre deux

termes opposés, dont l'un est la santé avec ses conditions et ses garanties, l'autre la maladie avec ses causes, ses effets et ses remèdes. L'hygiéniste doit être praticien, placé sur un théâtre clinique; car l'histoire de la maladie éclaire celle de la santé; l'une et Vautre sont les deux revers de l'humaine médaille et l'expliquent. On conclura encore de ce qui précède qu'un livre d'hygiène privée ne peut fournir, comme un traité clinique, qu'une somme d'indications : énumérer les agents qui ont prise sur l'organisme, spécifier leur nature et leur composition, les étudier au contact de nos organes, caractériser la réaction que ceux-ci leur opposent, établir une mesure d'emploi pour chaque modificateur, voilà la série obligée de nos recherches. Avant de les entreprendre, nous devons insister sur un certain nombre de conditions individuelles subjectives, qui modifient l'influence des agents extérieurs. Mais, en dehors de ces conditions, combien de variétés individuelles se produiront à l'œil de nos lecteurs, dans le cours de leur pratique, dont Us ne trouveront pas le signalement en ces pages ! Telle est l'insuffisance prévue de notre ouvrage ; telle est aussi l'insuffisance souvent éprouvée des ouvrages de médecine pratique, d'où ne s'échappe que la clarté précaire d'une expérience personnelle. Nous avons ici, non à pressentir tous les cas hygiéniques qui peuvent s'offrira l'observation des lecteurs, mais à leur mettre en main les moyens de les analyser et de les diriger.

L'hygiène publique, qui fait l'objet de la deuxième partie de ce livre, n'est que l'extension de l'hygiène individuelle; elle n'en diffère que par l'échelle de ses applications : l'une parle à l'individu, l'autre s'adresse à la société. Mais cette dernière s'appuie sur la statistique médicale. Science née d'hier, comme la statistique médicale elle-même, elle n besoin de faits généraux, de chiffres authentiques, de données positives, qui, rapprochés, groupés, fécondés par l'intelligence, conduisent à la découverte des lois régulatrices de la société. L'hygiène privée s'enferme dans l'organisme, interroge chacune de ses parties placées sous l'atteinte des modificateurs ; l'hygiène sociale embrasse une classe d'hommes, une population, une nation, l'humanité entière. Elle ne s'accommode point des approximations dont l'autre est souvent réduite à se contenter; en étudiant toutes les influences matérielles, intellectuelles ou morales qui travaillent le corps social, elle se propose de les diriger, non-seulement dans l'intérêt de la conservation commune, mais encore dans le but d'améliorer notre espèce dans

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