TP
OICUMFUSA. — DIS CLDIAT8. 567
et les sécrétions des membranes muqueuses ; quoique mi de la température n'excède pas 8 à 12 degrés, l'habid'one chaleur presque uniforme pendant le reste de l'année l'indigène à ressentir l'effet des brusques perturbations de me et du printemps; à la Martinique, suivant l'observation Ml. Rufz (1), deux degrés de refroidissement agissent sur le corps int et plus peut-être que dix en Europe, parce qu'ils suppriment iteeiransptration plus abondante; les corps s'échautfent facilement, i'iôot l'action des vents, ils se refroidissent aussi promptement : c'est pourquoi les refroidissements sont plus redoutés qu'en Europe, et flanelle y est plus usitée que dans les pays septentrionaux. Au le, pendant la saison la plus chaude, lorsque de violents avaient pour effet, vers la 6n du jour, d'abaisser le thermoî&ètre de 33 ou 3& à 26 ou 27 degrés, M. J. Rochard voyait se déclarer brusquement parmi l'équipage de son navire une véritable épidémie de bronchite (2). Aussi voit- on éclater alors les bronchites, les pleurésies, les pneumonies , les angines, les rhuma- 4ismes; c'est aussi l'époque des fièvres éruptives, des douleurs iHrralgiques, des convulsions et du tétanos. Les indigènes et les cfciolessont plus exposés aux phlegmasies des voies aériennes que Jes nouveaux-venus ; fréquemment elles entraînent la tuberculisafkrà pulmonaire, qui marche alors avec une effrayante rapidité. Les iboft des poumons ne sont pas très rares, notamment au Bengale (Twioing). La phthisie pulmonaire est-elle plus rare dans les climats éhaàdsque dans les autres climats? Cette question rentre essenî tfeHemeitt dans l'hygiène; car s'il est établi que les pays chauds f ont la propriété d'empêcher ou d'arrêter le développement des ^ tubercules, la prophylaxie de cette cruelle maladie se trouvera frite. On s'est beaucoup occupé, dans ces derniers temps, de la ^ ïôlation de cet important problème : l'Académie de médecine en a Kit la base d'un programme d'études, lequel ne sera peut- être "" jamais rempli (3). Un fait généralement admis, c'est la fréquence île la phthisie chez les indigènes des zones tropicales, blancs, mulâtres et surtout nègres. Or, les statistiques sanitaires des armées anglaises, publiées sous les auspices du gouvernement anglais, par
(1) Boft et de Luppé , Mémoire sur la maison des aliénés de Saint-Pierre- Martinique (Annales d'hygiène et de médecine légale, janvier 1856, p. 1 81).
(2) Jiiles Rochard, Do V influence de la navigation et des pays chauds sur la marche de la phthisie (Mèm. de VAcad. de méd.t t. XX, p. 108).
(3) Voyez Bulletm fa VAcaa\ rivale deméticine. Paris, 1836, t.l, p. 43 et 312.
568 HYUIÈKK PRIVÉE.
MM. Tulloch et par M. Wilson (1), n'indiquent pas de différence en faveur des Européens : aux Antilles, les troupes noires comptent 9/5 phthisiques sur un effectif de 1000 hommes; les troupes européennes 9 5; à Tile Maurice, les troupes noires ont 8/5 phthisiques sur 1000; les Européens 7/7 ; à la Jamaïque et à Sainte-Hélène, l'avantage reste aux noirs, qui y présentent 10,3 et 2 sur 1000, tandis que les Européens fournissent la proportion de 13 sur 1000 pour la Jamaïque, et de lx pour l'île de Sainte- Hélène. En prenant pour base de ses calculs, non l'effectif des hommes, mais le nombre des malades et des morts, Johnson était arrivé à d'autres résultats : il avait trouvé, dans les Antilles, pour les blancs, 1 phthisique sur 1 53 malades, et 1 décès par phthisie sur 14 ; pour les noirs, 1 phthisique sur 66 malades, et 1 décès par phthisie sur 4. Alt Martinique, M. Rufz (2) acompte 1 phthisique sur 16 malades; dans le nombre des phthisiques, il a observé peu de soldats et beaucoup de mulâtresses, dont le genre de vie est fort désordonné; mais sa statistique ne repose que sur un total de 1956 malades. D'après M. Segond, les affections de poitrine se développent à Sinnamari dans la proportion de 1 sur 7 individus, et à Cayenne, de 1 sur 6. La phthisie se montre rare au Sénégal, et chez les indigènes, et chez les Européens; mais cette appréciation admise par M. Thévenot.est combattue par MM. Raoul et Fonssagrives, professeurs de médecinede la marine, quiont aussi pratiqué au Sénégal (3). M Journée a noté, pour Livoume, 1 phthisique sur UU malades; pour Florence, 1 sur 28; pour Rome, 1 sur 20; pour Naples, 1 sur 6: cette dernière proportion parait trop forte pour le climat de Naples; aussi a-t-elle été contestée, M. de Renzi fait observer que les étrangers, qui affluent dans cette ville, contribuent à y élever le chiffre des tuberculeux ; encore ne le portent-ils qu'à 1 sur 12 malades ; d'où l'avantage du séjour de Naples sur celui de Paris, où, suivant cet écrivain, il te rencontre 1 phthisique sur h malades. Enfin, notre regrettable ami Cas. Broussais, qui a réuni ces documents dans un mémoire lu à l'Académie de médecine (6 avril 1843). a fait le dépouillement (\es résultats numériques obtenus dans les différents services de la médecine militaire en Afrique: la statis-
(I) Voyez Gazelle médicale du 9 septembre 1843. 2) Mémoires de V Académie royale de médecine. Paris, 18i3, t. X. (3; J. R<xbird, Mémoires de l'Académie de médecine. Paris, 1856, t. XX, p. 109; — KonfMgrlve», Trailé d'hygiène navale. Pari*, 18,*6. (4) Bulletin de V Académie royale de médecine, t. Ut, p. 542.
CI1CIMKUS4. — DBS CLIMATS. 569
ique médicale de quatorze principaux poinls d'occupation dans les trovinces d'Alger, de Bone, d'Oran et de Constantine donne 1 déès par plilhtsie sur 100 morts, et 1 cas dephthisie sur 561 maades : or les recherches de M. Benoiston de Chftteauneuf (1), conirroées par celles que C. Broussais a faites au Val-de-Gràce, et qui portent sur une période de 12 ans, prouvent qu'en France l'armée sompte 1 décès par phthisie sur 13,6 morts. Deux objections se irêsentent ici, que G. Broussais a prévues, mais auxquelles il n'a pas accordé assez d'importance : 1° les soldats qui sont envoyés en Afrique sont des hommes de choix ; les infirmes, les valétudinaires, les cacochymes, sont laissés aux dépôts, qui restent en France; 2* les dysenteries, les fièvres pernicieuses, emportent avant le temps les sujets qui auraient pu succomber plus tard à la phthisie pulmonaire : il n'y a donc ici que l'échange d'un genre de mortalité contre un autre ; la préservation, si elleestréelle pourla phthisie, n'est point démontrée, et reste sans influence sur le chiffre de la mortalité, :'est-à-dire sur les chances de vie. D'un autre côté, toutes ces re- :berches s'appuient sur le chiffre des malades, chiffre très variable, Bt dans lequel entrent des unités factices, le même sujet comptant lutaut de fois qu'il est entré à l'hôpital : ainsi 1000 soldats européens ont donné, dans les Antilles anglaises, .1903 malades; tandisque le même nombre de soldats de race africaine n'y a fourni que 820 malades. Les calculs de Johnson, Benoiston, C Broussais, etc., reposent donc sur des éléments non comparables : pour être justes, ils devraient se baser sur le chiffre des hommes présents, sur l'effectif des troupes. En suivant cette marche dans les relevés qu'il a faits sur les documents anglais, M. Genest (2) a démontré : 1° que la phthisie atteint dans les Antilles le même nombre de soldats européens et africains, 1 sur 82, mais qu'elle tue 1 sur 155 des premiers, et 1 sur 111 des autres; 2e que cette maladie, par la presque uniformité de son chiffre, qui varie seulement de 6à9 ou 10 sur 1000, s'attache à l'homme avec une opiniâtreté presque égale sur tous les points où l'on peut l'observer en société. En effet, sur 1000 hommes la phthisie atteint en :
Angleterre 6,5
Gibraltar 6,6
Ile* Ioniennes 5
Malle 6
1 K Canada 6,5
Bermudes 8,8
Nouvelle-Ecosse 7
(1) Annales d'hygiène publique, V9 série, t. X, p. 239.
(2) Gazette médicale du 9 septembre 1843.
570 HYGIÈNB PRIVÉE.
. .... (Européens.... 9.5
Anl,llM I Noirs.. 9,6
v v. j Européens. ... 13
Jamaïque ....} No.rg^ 10 3
Cap... • 5,5
Sainie-Hélène. ! 5"JJ*f"; \\[ *t
„ .. (Européen*.... 7,7 Ile Maurice... [^^ %>fi
Ces données numériques sont loin de confirmer l'opinion qui attribue aux climats chauds une influence favorable sur la disposition tuberculeuse ; elles montrent la phthisie sévissant avec une intensité presque égale sur des points très différents du globe ; mais les tableaux dressés par M. Genest, à l'aide des documents anglais, indiquent un fait qui n'a pas attiré son attention : c'est que partout le nombre des officiers atteints de phthisie est très inférieur à celui des soldats; on sait aussi que partout les soldats commettent les mêmes excès, violent avec une égale insouciance les règles de l'hygiène, et comme les statistiques anglaises portent exclusivement sur l'armée, la proportion presque uniforme des cas de phthisie se rattache peut-être au genre de vie plus qu'à toute autre cause. La question de l'influence du climat resterait donc intacte, par cela même qu'elle est ici dominée par celle du régime : or les médecins qui ont allégué l'action favorable des pays chauds n'ont pas prétendu sans doute qu'elle ne puisse être balancée, annihilée par l'effet d'autres circonstances.
Les conditions d'une statistique péremptoire pour la solution du problème sont nombreuses et difficiles à remplir; celles qui ont été faites ne permettent que des probabilités assez vagues. Il ne suffit pas de vérifier par l'arithmétique la proportion des victimes que fait la phthisie parmi les troupes en garnison dans les pays chauds : ces pays, que l'on confond sous une seule dénomination, diffèrent souvent par la nature du sol et par les fluctuations de leur météorologie; la spécialité du régime et de la profession ne restreint pas moins la portée des résultats numériques ; ailleurs, la statistique est altérée par l'immigration des phthisiques voyageurs. En observant avec soin deux groupes d'individus malades, ou prédisposés au même degré, etqui placés, l'un sous un climat de France ou d'Angleterre, l'autre sous un climat équatorial, suivraient exactement les règles d'une hygiène appropriée à leur situation, on serait conduit à des conclusions plus sûres que par la manipulation de grands nombres, composés d'unités hétérogènes. Là où il est si chanceux de compter, il faut se borner à l'observation. La plupart des médecins qui ont pratiqué dans les climats iutertropiruux eu ont constaté le maléfice pour les personnes affectées de phthisie
CIRCUMFDSA. — DBS CLIMATS. 571
naissante, ou simplement prédisposées à cette maladie. Les troupes anglaises stationnées dans l'île Maurice, comptent 1 phthisique sur 160 hommes (Mac-Tulloch) ; Twining assure que la phthisie est plus rapidement fatale au Bengale qu'en Angleterre. Un tel ensemble d'opinions ne devait pas être dédaigné, alors qu'il n'avait pas encore la sanction des données numériques.
Récemment les recherches de H. J. Rochard sont venues démontrer que sous la zone torride, la tuberculisation pulmonaire marche ivec plus de rapidité qu'en Europe, et que l'immigration est fatale lux tuberculeux de cette dernière provenance; elles confirment les observations de beaucoup de médecins éminents de notre marine, tels que MM. Cornuel (Guadeloupe), Dutroulau (Martinique), Segond et Laure (Cayênne), Lepetit (Bourbon), Collas (Inde), etc. ; elles s'accordent aussi avec les résultats obtenus par Wilson et par les médecins anglais qui ont écrit sur les maladies des pays équatoriaux; tous s'accordent à signaler, chez les nouveaux venus aux Indes occidentales, l'aggravation rapide désaffections tuberculeuses dont ils apportaient le germe; chez les Anglais delà Jamaïque, Fergusson a noté la marche aiguë de la phthisie; la grande chaleur, dit Clark, parait agir puissamment comme cause prédisposante sur les affections tuberculeuses. M. Rochard a établi, à l'aide de documents officiels qui embrassent une période de vingt-six années aux Antilles, que la phthisie fait deux fois plus de ravages dans l'infanterie de marine aux colonies que dans l'infanterie de ligne en France ; la première compte 1 phthisique sur 30, &2 décès, le second sur 13, 6. La phthisie marche plus vite qu'en Europe au Sénégal, à Bourbon; elle est très commune à Taïti, aux Marquises, dans toute l'Océanie; tous les rapports des chirurgiens de marine qui ont observé dans les lies de la Société, sont unanimes sur la fréquence de la phthisie tant parmi les indigènes que parmi les Européens. M. Segond l'a trouvée aussi meurtrière au Brésil qu'en Europe, et il estime à. 1/5* de la population le nombre des victimes qu'elle Tait annuellement dans les villes maritimes, « II résulte, en somme, de tout cet examen, qu'en mettant de côté les contrées peu fréquentées par les Européens et à l'égard desquelles nous ne possédons pas de renseignements suffisants, les pays situés sous la zone torride peuvent être divisés en deux classes : les uns, comme le Sénégal, l'Inde, Madagascar, etc., sont d'une telle insalubrité qu'il n'est pas permis de songer k y envoyer des malades ; les autres, qui par la douceur de leur climat, le peu de gravité des affections endé-
572 HYUIÈNB PRIVfil.
miqucs, semblent appeler la confiance, sont précisément les points du monde pour lesquels la phthisie semble avoir le plus de prédilection, où elle marche le plus vite. Les îles de la Société, de Maurice et de Bourbon sont dans ce cas. I^e Brésil et les Antilles participent de cotte double condition : ils sont insalubres et la phthisie les ravage (1) ». Il ne faut donc pas attribuer à des régions nombreuses et diverses, parce qu'elles font partie d'un vaste système de climats chauds, un avantage qui semble dépendre, non-seulement de la latitude, mais des conditions topographiques.
C'est pour avoir méconnu l'influence décisive des localités que tant de phthisiques ont subi la fatigue d'inutiles migrations, et sont allés chercher la mort là où ils espéraient trouver la guérisoo, ou du moins la prolongation de leurs jours. On voit déjà que le séjour de la plupart des localités comprises dans la zone équatoriale leur doit être sévèrement interdit. Les praticiens savent l'influence fâcheuse des mouvements fébriles chez les sujets prédisposés aux tubercules ; ils savent aussi que toutes les causes qui se traduisent parla débilitation organique, impriment un fatal essor à leur évolution ; or, les deux grands auxiliaires de la phthisie sont en permanence dans les contrées intertropicales; aussi, rien de moins rare, à la côte occidentale d'Afrique, dans l'Inde, à Madagascar, que de la voir achever, par des atteintes accélérées, les constitutions usées par les récidives fébriles, par des hépatites, des dysenteries, des coliques nerveuses, etc. C'est donc hors de la zone tropicale qu'il faut chercher aux phthisiques un refuge. L'exploration de localités de la climatologie tempérée a été faite à ce point de vue par M. Carrière et plus récemment par M. J. Rochard ; nous renvoyons à leurs ouvrages; disons seulement que si le voyage en Italie réussit rarement aux poitrines compromises, c'est que l'Italie est une agrégation de localités qui diffèrent singulièrement parleurs phénomènes atmosphériques : le tout est de choisir à propos sa ré* sidence. Une courte distance, suivant l'observation d'Hippocrate, change souvent le mérite des localités. Nice ne justifie point la vogue que lui fait la routine ; Florence doit être évitée par les phthisiques ; à quelques lieues de là, Pise leur offre une température douce, sans brusques perturbations. Gènes et Naples leur sont funestes. Home, que l'on avait vantée aux phthisiques, est dépossédée de son prestige par les recherches statistiques de M. Félix Jac-
(I) J. Rochtfd, Mémoires de l'Académie de médecine, t. XX, p. 140.
tf
aacewmL — dis climats. 575
midi de la France leur ouvre peu de retraites abritées : il méditerranéen est en général à redouter par la frémiatra). La ville d'Hyères préservée du vent du nord, réputation qui parait méritée, d'après l'excellente topo* M. Barth (2).
S S. — B» climat* AroM*.
imats de ce nom s'étendent du 55* degré de latitude vers le Comprennent le nord de l'Ecosse, le Danemark, la Suède, la Finlande, la Russie, la Sibérie, la Laponie, l'Islande, I, le Kamtschatka, la Nouvelle-Zemble, le pays des celai des Esquimaux, le Spitzberg, etc. Le point le plus r, non encore déterminé dans l'hémisphère austral, I, dans rhémisphère boréal, à 10 degrés du pôle terrestre, ait nord du détroit de Behring, qui (sépare l'Asie de >, k 80 degrés de latitude et à 170 degrés de longitude f Paris. La température de ce point est de — 23 degrés ; la do pôle nord n'est que de — 16 degrés. Entre les latitudes degrés, la température moyenne du printemps est de celle de l'automne — 12 degrés, celle de l'hiver i, celle de l'été + 2°,2. Ces résultats ont été calculés par \ d'après les observations journalières des capitaines Ross, Parry et Back. Neuf ans d'observations thermométriques pour Tornéa, situé au-dessus du 66e parallèle, sur le i Bothnie, — 12%2 en hiver, — 1%2 au printemps, — F «fitomne, et 14 degrés en été. Inkoutsk, en Sibérie, par Jb de latitude, à 8 ou 900 mètres au-dessus du niveau delà £ en est fort éloignée, présente, d'après un relevé de dix pbon: — 14 degrés en hiver, 6 degrés au printemps, 16 degrés Vy V,5 en automne, et — 0*,38 dans l'année. Quoique Htord, l'Islande doit à sa position insulaire une température Surplus égale et plus douce; car elle est, en moyenne, rfa en hiver, de 4 degrés au printemps, de 14 degrés en jjfdegrés en automne, de 5*, 5 dans l'année. Mais les résultats (Métriques ne suffisent pas pour caractériser la marche des
mette médicale de Parie, 1854, p. 438.
eêim de médecine. Paris, 1841, t. XIII, p. 161. — E. Carrière, Le
' rJtalfo, etc. Paria, 1849, p. 548 et suiv.
saisons dans les régions polaires. Le printemps s1 annonce par la chute des neiges molles et floconneuses, suivies de pluies aboudantes, par des vents d'ouest ou du sud. Bientôt les glaces éclatent, se détachent des côtes ; les vents, les courants les entraînent, et h débâcle s'opère au milieu d'épaisses vapeurs qui obscurcissent l'atmosphère. La température s'élève de mai jusqu'en juillet, époque où l'on observe quelques rares orages. L'été réel ne dépasse point cette période: sa chaleur moyenne est de2°,2, et s» chaleur extrême arrive à 15", 6; les causes qui réduisent le bienfait de cette saison sont l'obliquité des rayons solaires, la froidure des vents qui soufflent des pôles, et l'évaporatiou incessante de la masse pélagique. Dès le mois d'août, après quelques pluies, tombent les premières neiges ; le thermomètre descend rapidement, et en novembre, l'accumulation des glaces dans les passes et les détroits oppose de nouveau un obstacle insurmontable à la navigation : alors s'appesantit sur ces régions le rude hiver qui les caractérise et dont les météorologistes du dernier siècle ont encore exagéré la rigueur. Avec des instruments mieux construits, et par une observation plus exacte, on a constaté de nos jours qu'aux latitudes de 70 à 78 degrés, la température moyenne de l'année est de — 7*, 2 et de — 8°, 3: mais le maximum du froid atteint jusqu'à 57 degrés (Scoresby). Ces froids extrêmes se font sentir en janvier et eu février, époque où l'hiver polaire est à *on apogée : alors la neige couvre au loin la terre et la mer; une vapeur glaciale s'en dégage et se mêle à l'air; lesolrii, caché sous l'horizon, ne se révèle pendant sa déclinaison australe que par un crépuscule dont l'effet calorifique est nul. Des aurores boréales viennent suppléer à son absence par leur magique illumination ; mais leurs clartés sans chaleur ne sauraient miliger l'aprete de eet hiver.
Dans les climats froids, les différences diurnes de la température sont peu marquées; mais les variations annuelles s'exercent sur une grande échelle. Le capitaine Franklin (1820) a observé un minimum de — 50 degrés et un maximum de + 3! degrés, ce qui dtiniii! une différence île SI degrés. Les tem|>ératures moyennes derroisMMit d'autant plus qu'on se rapproche plus des pôles : ainsi, du ;V>' de latitude au 7.V. elles s'abaissent de 13 degrés à l.V, ."> ther* momeihques, tandis que pour un égal nombre de degrés de latitude vers la ligne, de zéro à 20 degrés, la différence n'est que de U\h j /r,8. Le baromètre suit une marche diamétralement opposée à celle (ju'il affecte dans les zones tropicales. Au delà du 60 degré de Uli-
CIRCDMFUSA. — DKS CLIMATS. 575
ode, plus de variations périodiques ; mais ses variations générales ugmentent avec la latitude. A 25 degrés du pôle, elles vont jusu'à 60 millimètres. Excepté les aurores boréales, les phénomènes leclriques s'efiacent dans les climats froids. Les vents soufflent fdinairement du nord-est et du sud-ouest; les vents d'est et du ord sont chargés de frimas qu'ils entraînent des pôles. Dans uelques localités, notamment au Spitzberg, ainsi que l'a reconnu expédition scientifique de 1838-1839, les vents du sud sont plus roidsen hiver que les vents du nord: au reste, les vents y sautent msquementd'un point de l'horizon à l'autre. Par l'impulsion qu'ils ommuniquent à l'atmosphère, ils renforcent la sensation du froid, n renouvelant rapidement l'air qui est en contact avec les organes ; t, parleurs irrégularités, ils produisent fréquemment des tempêtes [ai se propagent au loin. La quantité d'eau météorique, qui, de i0 latitude à 30 degrés, s'élève à 826 centimètres, ne dépasse point • centimètres entre 60 et 90 degrés de latitude. Plus on se reproche du pôle, plus ordinairement cette eau tombe à l'état solide IMS forme de neige compacte, cristallisée en hiver, molle et humecute au printemps. Souvent cette neige est colorée en rouge par 'wredo nivealis; la grêle est due dans ces climats à la congélation les gouttes de pluie, et sa chute n'est pas accompagnée, comme [ans les zones tempérées, de phénomènes électriques. Enfin la «peur d'eau, soit qu'elle se forme sur les lieux, soit qu'elle proienne de points éloignés des glaces, donne lieu à ces brumes qui paississent l'atmosphère des régions polaires.
Le caractère général des climats polaires est ^déterminé par la lurée et par l'intensité de l'hiver: il commence dès le mois d'ocobre, décline de mars en avril, et souvent se prolonge encore sur s mois de mai; les trois autres saisons ensemble s'écoulent en joelques semaines: l'été, neutralisé par les gelées nocturnes et par i médiocrité de sa moyenne thermométrique ; l'automne et le prinemps, remarquables par leur humidité, qui aiguise la froidure trustante de l'air. La nature exprime, par les qualités de ses proluits, la puissance du froid permanent : la vigne ne franchit pas le •0* degré de latitude; les peupliers s'arrêtent au 60*. les chênes a 62*, les pins et les sapins au 67e ; l'orge et l'avoine sont les eoles graminées que l'on rencontre encore sous le 70e parallèle. tans le domaine des frimas et des glaces, en Laponie, au Spitzwrg, dans le Groenland, à l'île Melville, comme sur les cimes des klpes et des Pyrénées, on ne trouve guère que des cryptogames,
une flore chétive et rare, qui se compose surtout de glumacées, fougères et d'éricinées. En quelques semaines, la végétation court toutes ses phases. Les espèces animales qui appartiennent sol n'y présentent point cette stature imposante, cet éclat do qu'on admire dans les zones tropicales ; elles ont un aspect et structure caractéristiques ; celles qu'on y importe succombent dégénèrent. L'homme n'est pas moins modifié dans sa constitnti physique, dans sa fonctionnalité, dans ses manifestations morbides/ Toutefois, des différences profondes, dues au genre de vie et peu être à la diversité d'origine, séparent entre elles les populations Nord, sans que la prépondérance des agents climatologiques de se faire sentir. Les Lapons, les Esquimaux, les G rën landais la taille petite, la tête volumineuse, les pommettes saillantes, yeux écartés, le nez épaté, la bouche largement fendue, la enfumée, la barbe noire, les cheveux noirs, longs et roides. Au traire, les Norvégiens, les Suédois, les Danois, etc. , sont conndj par l'élévation de leur stature, la vigueur de leur constitution, M blancheur de leur teint, la coloration claire de leur système pileoxJ On sait que, par leur développement et par leur beauté, ces peuples étaient l'honneur do la race humaine dans l'ancien monde: mail ils habitent des contrées moins froides, et suivent un régime biai ditrérent de celui des populations plus rapprochées du pôle. Le Lapon, l'Esquimau, leSamoïède, quand il n'est point excité parla besoin, vit immobile, accroupi dans sa hutte échauffée à 30 M kO degrés, et dans laquelle l'air ni la lumière ne pénètrent point Au temps de ses excursions à travers glaces et neiges, il souffre la faim et la soif, endure des fatigues inouïes. Aux longs jours d'abitinence forcée succèdent les excès de nourriture grossière et de boissons irritantes ; le commerce de pelleterie auquel il se livre m sert presque qu'à satisfaire sa passion pour les alcooliques. Adéfari de ces liqueurs, il arrose, avec l'huile rance de baleine ou le lai! de jument fermenté, son festin de chair à moitié crue ou de poissoi pourri. Les alternatives d'abondance et de pénurie, de jeûnes é d'excès, de fatigues excessives et de stagnation, engendrent des maladies et usent les forces. L'intensité soutenue du froid, qui sert au delà du cercle polaire, retarde la croissance et diminue la taille; les végétaux eux-mêmes subissent cette influence : ils n'atteignent pas plus de six pieds; les plus grands, tels que les bouleaux, les aunes, le sapin et le mélèze, propres au sol de ces contrées, y rampent en arbrisseaux.
UtCUMFUSA. — DIS CLIMATS. 577
général, le tempérament sanguin est la forme d'organisation commune dans les climats froids ; il exprime l'activité de la itioq et de l'hématose, fonctions qui deviennent prépondélaous l'action d'une basse températureel sous une forte pression; deux circonstances augmentent l'exhalation d'acide carbonique les voies pulmonaires : de là la nécessité de consommer par les ita une plus forte proportion de carbone S'il est aisé, sous ir, de supporter une demi-diète et même la faim, la faim le froid, dans les climats voisins du pôle, épuiseraient prompteles forces de la via L'appétit glouton du Kamstchadale et de limau, la puissance de leur appareil digestif peuvent étonner qui ne réfléchit pas aux conditions différentes de la vie sous latitudes oppostes ; mais ce qui semblerait monstrueux dans le li de la France ou en Italie, est très physiologique en Laponie; de l'hygiène qu'il est vrai de dire: vérité en deçà desPyi, erreur au delà. La nature a pourvu, par ses dispositions, besoins inégaux de la consommation du carbone sur les points ils du globe; tandis que les fruits des pays méridionaux, pris rétat récent, n'en renferment pas plus de 12 pour 100, le lard et tuiles de poisson dont se repaît l'indigène des régions polaires contient de 66 à 80 pour 100 (1). Les repas copieux et répétés gens du Nord sont en rapport avec la quantité de carbone déparla respiration, avec le besoin d'une stimulation incessante, laquelle les organes s'engourdiraient par le froi 1. Les mouveita, les marches, les exercices violents qu'ils font, activent circulation. D'après ce que nous avons dit, leur pouvoir ifique doit augmenter avec l'intensité du froid : en effet, le rïtaine Parry a vu la température de plusieurs renards croître le froid; Cranz rapporte que les Groënlandais s'habillent léit, et sortent sans se couvrir la tête ni le cou ; il en est de le des Saraoïèdes, des Ostiakes, etc. ; le paysan de la Norwége livre aux travaux deschamps, la poitrine découverte, et pendant bfae le givre s'attache à ses cheveux, la sueur ruisselle sur sa peau. Jbee Esquimaux de l'Ile Helville supportent pendant l'hiver un froid .de — 25 degrés à— 32 degrés, et qui descend parfois jusqu'à ï— 46 degrés: leurs abris sont des huttes édifiées par assises avec £ee blocs de neige taillés et réunis en forme de dôme, dont le somnet est fermé par un fragment de glace diaphane. Les sécrétions
(I) Liebig, J*. et/., p. 19.
3« iDit. — i. 37
urinaire, graisseuse, pulmonaire, etc., sout d'autant plu dan tes que celle de la peau l'est moins; la nutrition s'ac avec énergie, et le système musculaire présente un grand cMRe?18^, pement; mais l'innervation languit. Ici encore des différe-#F^* Ç% prononcent entre les populations du Nord, suivant les r%9^^ '** plus ou moins adoucies du climat, suivant leur genre de^u, * national pèche, agriculture), et surtout suivant le degré dw^ ^ ment que la distance et l'excessive rigueur du froid eï\lre(mvé^\ ] autour d'elles. La civilisation modifie puissamment le rôle Auvjw\ tème nerveux. Pourquoi refuser (1) l'imagination et la sen&MAr à ces peuples lointains, qui ont leur poésie populaire, leurs légendei naïves, leurs shagas? Récemment les membres de l'expédiù» française au Spitzberg se sont délectés dans la complaisance hospitalière de leurs loyers, entourés d'affection et de piété. Dans tai zones un peu plus éloignées du pôle, dans la patrie de Linné et di Berzelius, l'homme se révèle dans toute la noblesse de ses attributs moraux, dans tout l'éclat de ses facultés intellectuelles.
Ainsi, chez les habitants des climats froids, la physiologie humaîM se résume dans la prédominance sanguine ; les organes qui préparent le sang et ceux qui l'élaborent y sont les plus vivants ; les fonctioM centrales ont le plus d'énergie; la vie s'accumule en quelque sorte > dans ses réceptacles internes. Cette modalité fonctionnelle, jointe ï à l'action persévérante du froid, explique la pathogénie de ces con* j trées; celle-ci se dénote presque exclusivement par la forme inflan- » matoire ; l'automne et le printemps, humides et froids, développent • en sous ordre une complication catarrhale; les courtes chaleurs de < l'été font taire lune et l'autre, et communiquent parfois à la constitution médicale les traits fugaces d'un état bilieux; mais, en définitive, les maladies hivernales l'emportent, et le caractère de l'imminence morbide reste plilegmasique pendant la presque totalité de l'année. Les zones polaires sont la terre classique des inflammations de poitrine: Wargeutin a calculé qu'en Suède le quart des décès est dû à cette catégorie d'affections (2). Les exceptions
(1) Guérard, Dictionnaire de médecine en 30 vol., 2* édition, l. VIII, p. 144.
;2) D'après les rapports statistiques sur les maladies de Tannée anglaise, la proportion annuelle des pleurésies et des pneumouies est pour 1 000 : de 45 à Gibraltar, de 34 à Malte, de 33 nui Iles Ioniennes, de 37 aux Bermudes, de 3.% à Brunswig; d'où il résulte que, dans ces colonies, la fréquence des affectif us aiguës de poitrine ne paraît liée ni au degré ni aux variations de la température.
CmCUMFUSA. — DBS CLIMATS. 579
■0*^1 des localités: ainsi, d'après les noies que M. Gaimarda à l'Académie de médecine (1), l'Islande, quoique sous le parallèle que le Groenland et la Laponie suédoise, est partifctïieot exposée à des maladies calarrhales, l'humidité et les ^W^H mutations de l'air formant le fond de sa constitution mé- V^^ique. Indépendamment des maladies dont la succession •rttiérise Tannée médicale, on rencontre dans les climats septen- Immubx des affections qui leur sont propres, de môme que la zone -fcrridb joint à ses phases morbides générales la lèpre et l'éléphani-tbêk des Arabes, le pian, le scorbut si fréquent aux Antilles, le tu si meurtrier pour les enfants à Bourbon, à l'île de >, etc., les névroses telles que l'hystérie, l'hypochondrie, iiepsie, etc. Des causes analogues produisent, sous les climats pins opposés, les mêmes résultats : la réverbération solaire à la ferfacedes neiges, les vents de la mer Glaciale, lesablon des steppes mlevé dans l'air, déterminent dans le nord de l'Asie, de l'Ame- Éqpe et de l'Europe, des ophthalmies endémiques qui sont entrejjlaaea dans les climats équatoriaux par l'intensité de la lumière jlléchie, par les vents sablonneux du désert, etc. Les Lapons, aux pftBpières tuméfiées et ulcérées, marchent les yeux abrités par la fcain contre l'impression des rayons solaires ; l'amaurose et la ca- JMBde sont très répandues parmi eux. L epiderme, plus rétractile |he le derme, se fendille par l'action du froid ; les gerçures, accompagnées d'exhalation séro-sanguinolente, occasionnent des doueuisantes : les indigènes des régions polaires cherchent à s'en irver par des onctions huileuses dont les Africains et les Asiaiqae* font également usage pour réprimer les flux immodérés de feetir, sans obstruer les pores de la peau (Currie). On trouve encore lins l'archipel Feroë, et sur les cotes maritimes de la Suède, delà iorwége et du Danemarck, une espèce de lèpre tuberculeuse qui noasionne des destructions de tissu et des déformations hideuses. La Yariole exerce de fréquents ravages eu Pologne, au Kamlschatka, lana le Groenland : elle n'est pas moins commune parmi les Kirghk, les Bouriats et les Toungouses. L'affection scrofuleusecst très lépandue dans les différentes classes de la société, en Russie, en loède, dans le nord de l'Asie, et jusque chez les peuplades sauvages : elle s'y montre plus fréquente et plus grave depuis l'impor-
(i) Voyez Bulletin de V Académie de médecine. Paris, 1838, 1. 111, p. 316. — Pritcbard, Histoire naturelle de l'homme. Paris, 1843. t. Il, p. 278.
580 HYUltMK PRIVÉE.
talion de la syphilis. Celle-ci, moins intense el plus curable dans 1rs pays chauds, acquiert chez les peuples du Nord une violence cl une ténacité qui rendent souvent inutiles les efforts de Fart: cantonnée dans les familles, elle se perpétue par la génération, et en* gendre, par sa combinaison probable avec les scrofules, les masqua variés dune cachexie héréditaire. L'influence du régime et des ha* bitudes se mêle intimement avec les effets du climat pour la production des maladies, comme dans la détermination du type physiologique des masses: ainsi la plique, qui est endémique en Pologne, en Lithuanie, les épidémies scorbutiques qui régnent sur : les côtes de la Suède et de la Russie, accusent une étiologie com- j plexe. D'autres affections y existent à l'état permanent, sans relation j probable avec les conditions du climat; le pyrosis et les affections ] vermineuses qui attaquent les Lapons sont dus à la mauvaise alimentation, et des maladies gastriques se multiplient en Norwége \ toutes les fois que la disette remet en usage le pain d'écorce.
Les climats froids exercent-ils une action préservatrice 'contra ] certaines maladies, ou, du moins, en corrigent - ils la gravité? ; Nous avons dit que les fièvres paludiques s'atténuent dans leur expression symptomatique, et finissent par s'éteindre en rétrogia* dant vers les pôles. D'après Hildebrand, la propagation du typhus diminue sensiblement dans les climats froids, et finit même par y cesser tout à fait. Malgré l'entassement des Lapons, des Esquimaux, etc. , dans des huttes enfumées et sans aération, les voyageurs n'ont signalé chez eux aucune épidémie de typhus. L'hiver représentant lasommedes concluions propres aux climats froids, peut-on en iuduireque les maladies se distribuent dans les zones climatériques comme elles font entre les saisons? L'observation directe et locale ne peut être suppléée ici par l'analogie; néanmoins la plupart des médecins qui ont observé la fièvre typhoïde dans diverses contrées, ont remarqué qu'elle est plus commune pendant les chaleurs de Tété et dans les pays méridionaux (1). Les affections nerveuses sont plus fréquentes dans les climats chauds ; mais, nous l'avons dit, les influences de la civilisation effacent souvent celle du climat; elle multiplie les névroses dans les pays du Nord autant que dans les zones tempérées ; on trouve parmi les classes élevées de la Russie des organisations aussi impressionnables que celles des créoles ; le Danemarck est Tune des contrées de l'Europe où le suicide fait le
(t) Furget, loc. cit., p. 4M.
CllCUMFUSA. — DES CLIMATS. 581
phn de victimes. Enfin, il serait intéressant de connaître la pro- Ffvttonde phtbisiques que présentent les régions les plus septentriot, surtout celles où domine le froid sec ; mais Ie3 documents font début: celui dont nous avons extrait quelques données statistiques iàtirlapbtliisie(page569) fait voir qu'elle affecte les troupes en gardepuis vingt ans au Canada dans la même proportion que les tempes de Londres, de Malte, de Gibraltar, et dans une proportion ■oins forte que les troupes des Antilles, des Bennudes, etc. Si la Éatistique militaire pouvait suffire pour fixer les rapports de fréde la phlhisie dans les différents climats, nous serions tenté ;db répéter encore ici, avec H. Genest, que les faibles variations du driffiréde cette maladie (de 6 à 9-10 sur 1000) indiquent une cause Ijvjotin identique et produisant des effets à peu près analogues sur les points du globe habités par l'homme. Cette conclusion en soutient une autre, qui confirme une opinion de M. Louis: la phtliisie pulmonaire offrant à peu près le même chiffre et dans topays chauds et dans les pays froids, comme les phlegmasies des inss respiratoires régnent plus dans ceux-ci que dans ceux-là, on i saisit point le rapport de fréquence tant signalé entre les iiiflamlistions pulmonaires et la production du tubercule dans les pou- Ce raisonnement acquerrait force de loi, s'il était prouvé, le professait Laënnec, que la phthisie, très répandue dans («régions tempérées, telles que la France, le nord de l'Espagne, ds l'Italie et de la Grèce, se montre relativement plus rare dans las climats très froids et dans les climats très chauds.
S s. — De» cIIomu tempérés.
Les climats tempérés régnent entre 30, 35 et 55 degrés de latitade australe ou boréale; l'Europe presque entière avec ses lies en bit partie; en Asie, ils embrassent les belles et vastes contrées qui is développent depuis la Méditerranée et la mer Noire, à l'ouest, jusqu'à l'empire du Japon et le grand Océan du sud, à Test; en Amérique, la Californie, une partie du Mexique et du Canada, les États-Unis, le Chili, la Patagonie. Les traits généraux de la zone tempérée sont les suivants: 1° Les saisons sont tranchées, le froid et la chaleur alternent annuellement, mais n'arrivent à leur apogée que par une gradation intermédiaire ; l'observation météorologique de vingt-six stations choisies dans la zone tempérée, dans des conditions différentes de hauteur, de proximité et d'exposition, a fourni
5B2 HYGIÈNE PRIViB.
pour température moyenne, en hiver, 3',3 ; en été, 19*,9 ; auprintemps, 10°,7; et en automne, 11°,8; — 2° quoique distinctes, h) saisons sont d'une grande variabilité, tandis que l'équateur et kl contrées circumpolaires se font remarquer par la stabilité de lam qualités thermométriques ; 3V les oscillations de la température qai marquent peu d'un jour à l'autre sous la zone torride et vers hl pôles, ne manquent ni de fréquence ni d'amplitude, de telle sorts que du matin au soir, d'une semaine à l'autre, de mois en mou, de saison à saison, les mutations de l'atmosphère font éprouver i nos organes des modifications variées qui tournent au profit ou m détriment de notre sauté. Il est rare que le thermomètre se maintienne pendant cinq ou six jours au même degré; les vicissitudes qu'il éprouve dans cet intervalle affectent souvent 10, 15ou20dtgrés; leur échelle totale, ne comprend pas moins de 30 à &0 degrés, tandis qu'à l'équateur les oscillations thermométriques ne dépassant point 8 ou 9 degrés.
Les époques annuelles où l'on observe principalement la versatilité, et, pour ainsi dire, le tumulte des phénomènes météorologiques, correspondent aux saisons intermédiaires. Vers l'équiuoit de mars, au moment où le soleil franchit la ligne équatoriale, h masse atmosphérique est ébranlée par des vents contraires, qni s'élancent à la fois de tous les points de l'horizon. Le baromètre et le thermomètre subissent de brusques variations ; les météores tqueux se répètent, alternent ou se mêlent avec ou sans le concours des vents; le soleil, quand il se montre, est limpide, et manifeste déjà une grande puissance de calorification ; mais soir et m Min, en plein jour, à l'ombre ou par un ciel couvert, on éprouve encore une vive sensation de froid, le sol émettant avec rapidité le peu de chaleur solaire qu'il a pu absorber jusqu'alors. Ausm la première moitié du printemps participe-t-elle aux qualités de l'hiver; la vents contribuent à refroidir l'atmosphère, même ceux du midi, qui se dépouillent de leur tiédeur en passant sur des pays en plein yégélation ; les dégels, la fonte des neiges, des ondées fréquentes l'évaporation de ces eaux météoriques, l'activité du rayonueroeii nocturne pendant des nuits encore longues et souvent transpt tentes, la vapeur apportée par les vents d'ouest, et qui, condensa par le froid des régions supérieures de l'air, retombe pendant h jour en pluies, neiges et grêles, et pendant la nuit en brouillards, rosées et gelées blanches, communiquent à la première période du printemps une constitution atmosphérique mobile, humid« et
oacuiirusA. — ws ai mâts. , 5U
L'accroissement progressif de la chaleur solaire améliore la de la seconde période sans lui ôter son caractère trie et de variabilité. L'été présente trois phases, dont la fe ressent de la turbulence météorologique qui appartient printemps; la seconde a pour condition l'élévation soutenue de température, la sécheresse de l'air et la pureté du ciel; la traiimène des perturbations électriques, fait marcher l'hygrovgrs l'humidité, détermine soir et matin un abaissement ï\e dans la température. Ces vicissitudes annoncent l'approche l'iquinoxe d'automne, qui renouvelle la lutte des vents coules alternatives de tempêtes et de calmes, le mélange des aqueux ; l'atmosphère, encore chaude et saturée d'eau, p déterrasse par des pluies, des brouillards et des rosées. Le [ipteropçet l'automne se ressemblent par le fond humide de leur titution atmosphérique, par le nombre et l'amplitude de leurs |i jfrialions ; mais, encadrés daus un ordre inverse entre l'hiver et l'automne est chaud au début et froid sur son déclin, tandis l£ printemps commence par le froid et finit par la chaleur. cette intervention des qualités thermométriques s'ajoute une [ition physique et morale, dont le médecin doit tenir compte; étfe inaugure le printemps par une sensation de renaissance fgg d'expansion vitale : l'automne jette sur l'horizon un voile jjEfUliMHW ^t çur l'âme une involontaire tristesse; la vie commence Astreindre le cercle de ses irradiations ; le corps éprouve comme „U frisson précurseur de la concentration hivernale. Pendant Thjver, l'atmosphère se régularise: des vents froids, des pluies H$pé(ées, des brouillards sans (in, une ascension diurne du therjppniètre faible et fugitive entre midi et deux heures, des nuits prolongées, des alternatives de neige, de pluies ou de gelées, suivant que le ciel se couvre ou s'éclaircit, telle est la marche de cette fpjfon; comme les autres, elle se nuance par son contact avec la constitution atmosphérique qui précède ou qui suit, humide et pédiocrenjent froide à sou début, d'un froid sec et cuisant à son |pogée, se fnitigeqnt de nouveau à son déclin qui prépare l'état hygrométrique et variable de la période initiale du printemps.
P$t-il besoin de dire que les saisons ne se comportent point d'une qnnière uniforme dans l'immense étendue de la zone tempérée? Elles ne se déroulent dans l'ordre précité que vers le centre de cette loue: vers les pôles, vers les tropiques, elles réfléchissent les effets d'une climatologie extrême. La zone tempérée déploie donc à sa
surface des climats moyens ou tempérés par excellence, et des climats qui portent, les uns une empreinte plus australe, les autres une empreinte plus boréale. H. Fuster (i) a calculé, d'après les valeurs thermométriques rassemblées par Humboldt, des résultats moyens de température qui permettent de spécifier avec quelque précision les catégories de climats comprises dans la zone tempérée. Entre les latitudes 55 à 65 degrés, l'hiver égale — 6 degrés, et l'été 15 degrés seulement; sous les parallèles de 22 à 36 degrés, la température arrive à 27 degrés en été, et ne descend pas en hiver au-dessous de 8 degrés ; d'où Ton voit que, sur la lisière boréale des climats tempérés, l'hiver est plus froid de 21 degrés, et la chaleur de l'été moins forte de moitié que vers leur limite australe : la différence porte non-seulement sur l'intensité de ces deux saisons, mais encore sur leur durée ; dans le* groupe boréal des climats tempérés, l'hiver occupe cinq à six mois, et l'été, qui commence en juillet, finit en août. Upsal et Stockholm ont des hivers rigoureux de cinq mois, des automnes et des printemps dont la température moyenne donne à peine 4 à 6 degrés, tandis qu'Alger présente encore 18 à 21°,6 du ltr janvier à la fin de mai; 29, 30 et 31 degrés pendant les quatre mois suivants,' et jusqu'à 2'i degrés en octobre. Enfin, au voisinage des tropiques, la Havane jouit en janvier d'une chaleur moyenne de 21 degrés, et n'a pas vu eu trois ans le thermomètre descendre au-dessous de 16\4. Ainsi, vers le nord, hivers longs et rudes, étés courts et peu chauds; vers le sud, hivers modérés, étés ardents; vers le centre, les saisons tendent à se faire équilibre ; sous les latitudes de 45 à 48 degrés, l'hiver et l'été ont chacun environ une durée trimestrielle: la température, calculée dans sept stations comprises entre ces deux parallèles, a donné de 1°,4 pour l'hiver, et de 19 degrés pour l'été. A l'extrémité polaire de la zone tempérée, l'automne et le printemps tiennent plus de l'hiver que de l'été, et les vicissitudes atmosphériques surviennent principalement en été et en automne; à l'extrémité tropicale, elles portent sur le printemps et sur l'hiver; le printemps et l'automne sont sous la domination de l'été. C'est dans les régions centrales de la zone tempérée, là où les influences équatoriales et les influences polaires se rencontrent et se pénètrent, que les quatre saisons tendent à une distribution égale, et réagissent franchement l'une sur l'autre.
I) Loc.cti., p. 502.
CIECOMFUSA. — DES CLIMATS. 585
Indépendamment des différences qu'offrent les saisons dans les trois systèmes climatériques de la zone tempérée, leur physionomie propre et la régularité de leur succession sont altérées par deux ordres de causes pertubatrices : les unes, fixes, ne sont autres que les conditions géologiques, telles que l'élévation ou l'abaissement du terrain, sa nature, sa configuration, son orientation, son étendue continentale ou le voisinage des mers; les autres, accidentelles, sont les intempéries qui impriment aux saisons une allure anormale et remplacent, par une combinaison inusitée des qualités atmosphériques, l'état météorologique qui constitue annuellement l'habitude d'un climat : il y a intempérie , dit M. Fusler , si l'hiver est moins froid qu'à l'ordinaire, à plus forte raison s'il est fort doux ou même chaud ; il y a intempérie, si le froid de la saison excède la mesure commune, s'il survient prématurément, s'il finit trop tard, si l'hiver pèche par manque d'uniformité, s'il a, par exemple, alternativement de fortes gelées et des dégels subits, etc. Les constitutions insolites de l'atmosphère se prolongent parfois pendant plusieurs années: le vulgaire dit alors que le climat est changé, quoiqu'il n'ait subi en réalité aucune modification directe dans ses éléments. Mais, de même que les circonstances de localités qui font dévier les lignes isothermes, ne peuvent rien contre la progression thermométrique de 10 en 10 degrés de latitude; ainsi les intempéries et les individualités géologiques s'effacent dans la considération des différences qui existent entre les extrêmes et entre les moyennes thermométriques, pour chaque saison, dans les divers climats: la différence des extrêmes va en augmentant rapidement de l'équateur au pôle ; même décroissance des moyennes, comme l'indique ce tableau :
■■■de*
Tcmpe'rulure
Température
termes de
moyenne de l'hiver.
moyenne de l'ele.
Différences.
Latitudes.
20 deg. cent.
15 deg. cent.
2? deg. cent.
12 deg. cent.
33 deg.
La simple inspection de ces résultats montre que plus on s'éloigne des tropiques, plus les variations de la température d'une saison à l'autre acquièrent d'amplitude; dans la portion australe de la zone tempérée, la température est à la fois et plus élevée et
CIRCUMFUSA. — DES CLIMATS. 587
aide leur spontanéité vitale. La conformation du sol en plaines, en montagnes, en vallées, en côtes fluviales et maritimes, etc., agit non-seulement sur la destination sociale de l'homme et sur son genre de vie, mais encore sur la modalité de ses fonctions et sur sa forme générala L'investigation de ces différences collectives des hommes, lesquelles ressorlent des localités et des climats, appartient à l'hygiène publique, et plus encore à l'histoire naturelle ; remarquons seulement que les modifications que subit l'organisation humaine dans l'étendue de la zone tempérée sont parallèles aux différences que le météorologie annuelle présente dans les stations très éloignées, mais comprises dans c< tte mémo zone. Là où celle-ci revêt une nuance équaloriale, le type général des masses rappelle celui des nations groupées entre les tropiques; et chez l'individu, la prédominance physiologique tend à s'établir vers la peau et le foie; l'état des forces se révèle par la brusque alternative de la jactance nerveuse et de l'épuisement. A l'extrémité boréale, la lenteur de la puberté permet à la taille de s'allonger; les cheveux, l'iris et la peau s'étiolent comme chez les peuples hyperboréens; chez l'individu, les appareils digestif et respiratoire se suractivent, tandis qu'une sorte d'hivernation commençante atteint les fonctions périphériques. Dans les climats moyens de notre zone, les tempéraments sont plus variés, plus mélangés; les appareils organiques tendent | se faire équilibre par leur proportion matérielle et leur jeu. Sans décerner, avec M. Motard, à ceux qui habitent ces régions tempéréefe par excellence, la plus heureuse harmonie dans le développement de leurs organes (tome I, pajje tl/i), on peut caractériser leur étal physiologique eu disant qu'il exprime une tendance à l'haraoonie, non par le balancement des fonctions, mais par la compensation totale de leurs excitations alternatives suivant les saisons. Ainsi, tandis qu'à Téquateur ou près des pôles, certains organes sont les centres permanents des mouvements vitaux, sous la zone tempérée l'été confère la prééminence à l'enveloppe cutanée et à l'appareil hépatique; l'hiver, aux instruments de l'hématose et de la chyliGcation ; l'automne et le printemps secouent, pour ainsi dire, tous les systèmes et toutes les fonctions; suivant la nuance plut hivernale ou plus estivale de leurs périodes, ils provoquent une rapide succession de prédominances opposées ; par leurs vicisaitudes atmosphériques, ils fout osciller dans une latitude proportionnelle la réaction des solides et des fluides de l'économie ; l'action luse suit ces phases : tour à tour impétueuse et déprimés pou-
dant les chaleurs de Tété, refoulée par le froid et l'hiver, versatile pendant les saisons équiuoxiales, elle n'est jamais dominée d'une manière absolue par les influences atmosphériques, et c'est dans les climats tempérés que l'homme conserve le plus d'indépendance tant au physique qu'au moral : la puberté, la menstruation ne sont ni précoces, ni tardives; en un mot, les actes de la vie ne sont ni précipités comme dans la zone torride, ni ralentis comme au voisinage des pôles ; ils ne sont pas non plus asservis à une allure uniforme. Dans ces régions évidemment privilégiées, la nature a réuni les conditions qui font l'équilibre de la santé et U plénitude de la vie : on les appelle tempérées, et elles le sont sans monotonie par l 'effet total des contrastes atmosphériques de leurs saisons ; de même la vie humaine y est tempérée, non dans la succession de ses phénomènes, mais par l'ensemble et les résultats de ses phases annuelles.
On ne trouve plus dans ces climats la stabilité des formes pathologiques qu'on observe à l'éqnateur et vers les pôles. La succession tranchée des saisons et l'inconstance habituelle des qualités de l'air ont pour effet d'imprimer aux affections morbides des phases qui sont en rapport avec le caractère de chaque période de l'année, avec la nature et retendue des vicissitudes qu'elle comporte L'hiver traîne à sa suite le cortège des inflammations; le printemps, sans effacer l'état phlegmasique, développe plus particulièrement des affections catarrhales ; les gastrites, les gaslro- entérites, les hépatites, les diarrhées, les dysenteries, les choléras sporadiques se multiplient en été, en même temps que l'intensité de l'action solaire tend à irriter l'encéphale et ses enveloppes. Cet ensemble pathologique fait voir que l'été, parvenu «à son apogée, place approximativement les zones tempérées dans les conditions des climats équatoi ïaux, à savoir : prédominance de l'appareil gastro-hépatique et surexcitation de l'axe cérébro-spinal. L'automne, par son humidité et par ses variations, ramène la forme catarrhale, les phlegmasies qui naissent sous son règne s'enveloppent souvent d'une phénoménalité perfide, et, après avoir marché au début avec une apparente l>éuignité, elles se démasquent brusquement par l'explosion de phénomènes adynamiques ou ataxiques ; la tendance à la putridité et à l'énervation se généralise souvent, à ce point qu'elle marque de son cachet la constitution médicale de la saison; alors aussi, sous l'influence de l'humidité et des chaleurs qui se prolongent, le dégagement miasmatique atteint son maximum
ClftCUMPUSA. — DES CLIMATS. 580
lansles contrées marécageuses. Aux gradations météorologiques ]QÎ fondent une saison dans la saison suivante, correspondent des graillions dans les états pathologiques qui caractérisent Tune et l'autre i leur iipogée : la prédominance bilieuse de l'été colore pour ainsi dire d'un reflet ictérique les affections initiales de l'automne; celles iu printemps trahissent le processus inflammatoire de l'hiver ; plus tard, les maladies régnantes relèvent davantage de la constitution catarrhalequi résulte de l'humidité printanière, et, vers le déclin de In saison, leurs symptômes se compliquent des préludes de Tin* Boence estivale : c'est ce que Sydenham appelait i'entre-deux du printemps et de l'été. En indiquant cette corrélation entre les éléments météorologiques des saisons et l'aspect des maladies replantes, notre pensée n'est point d'adjuger à l'atmosphère une porte d'omnipotence sur la pathogénie; nous tenons compte en même temps de la spontanéité organique, qui comprend toutes les conditions de structure individuelle, et des causes occasionnelles fui concourent à la localisation des résultats morbides; mais tout médecin dont le coup d'œil s'est exercé longtemps au milieu de grandes réunions de malades, a pu constater sur eux la réaction uniforme, quoique nuancée, des modifications atmosphériques, et vérifier dans une certaine mesure l'intervention des saisons dans la production et dans la Forme des affections. Au reste, celles-ci se diversifient dans les trois régions du nord, du midi et du centre dont se compose la zone tempérée ; c'est en France, en Allemagne et en Angleterre, qu'elles accusent avec une certaine netteté l'action distincte de chaque saison, tout en se subordonnant aux intempéries qui troublent, même au centre des climats tempérés, révolution météorologique de l'année. L'influence des localités contre-balance et souvent surpasse celle des saisons: Plymouth, Prague et Copenhague représentent un triangle géographique dont le sommet est occupé par la capitale de la Suède ; celle-ci est séparée des deux autres villes par 5 à 6 degrés de latitude. Entre Prague et Plymouth, on compte 19 degrés de longitude ; néanmoins les observations des médecins danois et celles de Huxham et de Joseph Plenciz attribuent à ces trois localités la prépondérance des maladies catan haies et muqueuses (1). Le plateau de Madrid doit à ta hauteur, qui dépasse celle de tous les plateaux un peu étendus de l'Europe, les affections inflammatoires qu'on n'observe plus en
(l)Fatter, p. 570.
dans les excavations profondes du sol, sous une pression supérieure à celle du niveau des mers ; il a porté passagèrement sa demeure au delà de ces limites. Saussure, dans les Alpes ; Bouguer, dans les Cordilières, ont atteint à des sommités élevées d'environ 6000 mètres; Parry et d'autres se sont frayé une voie à travers les glaces pur delà le 82e degré de latitude nord. Ainsi, l'homme subsiste dans un milieu dont la température dépasse celle de son propre sang. Il triomphe d'un froid assez intense' pour congeler le mercure; son existence n'est point compromise immédiatement par une pression moindre environ de moitié que celle qu'il supportée la surface du sol, à dos hauteurs où l'ébullilion de l'eau s'obtient à 66° 2/3 centigrades et sous une colonne barométrique de \U à 16 degrés au lieu de 28 degrés. Ceux qui refusent à I homme la faculté de vivre et de se perpétuer sous toutes les latitudes, affirment la formation multiple de notre espèce, insistent sur les différences des races, sur les effets funestes de la translation d'un climat dans un autre. Trois cents Allemands, envoyés à Cayenne, en 176f>, furent réduits en moins de deux mois à trois individus, dont un seul avait échappé à toute maladie. Sept cents Français, dirigés sur un canton du Mexique par H Laisné de Ville-Lévesque, fournirent en deux ans cinq cent trente décès. Suivant Lind, les nouveaux venus dans les Antilles, même entourés de précautions, succombent dans la proportion d'un cinquième par année. LedocteurTwining, qui a longtemps pratiqué dans l'Inde anglaise, assure que l'influence du climat est telle que, dans la presqu'île du Gange, la troisième génération d'Européens de pure race n'existe point. Cette remarque s'applique aux Anglais et aux Portugais. Les nègres résistent un peu mieux, mais cependant périssent très rapidement Il en est de même pour Ceylan (1) De 1730 à 1752, Batavia a vu succomber plus d'un million de nouveaux venus. L'armée anglaise perd, dans sa patrie et en temps de paix; 1,2 sur 100 officiers, et 1,7 sur 100 soldats; dans les Indes, les mêmes troupes éprouvent une mortalité trois fois plus grande, d'après une moyenne de trois ans établie par M. Kdmondre. Dans les Antilles anglaises, les calculs de MM. Marshall et Tulloch fixent lu proportion des décès parmi la troupe à 1 sur?.'i; elle s'élève, au Sénégal, jusqu'à 1 sur 7 Thévenot). On peut multiplier des exemples de mortalité excessive observés chez les individus qui se sont transportés dans des con-
(I) Bulletin de V Académie de médecine % t. I, p. 320.
CIRCUMFUSA. — ACCLIMATEMENT. 595
trées lointaines : mais tous les faits de ce genre, accumulés par la statistique, ne prouvent rien contre l'aptitude que l'homme peut avoir à supporter des climats très différents; car il faudrait démontrer préalablement que la mortalité doit être attribuée exclusivement à l'action du climat. Quant à l'extinction des immigrants à la deuxième ou troisième génération, a-t-elle été la conséquence certaine de l'essai d'acclimatement dans les localités intertropicales? on n'a-t-elle été que l'épisode funèbre de tentatives décolonisation dirigées sans prudence sur des pays dont l'insalubrité était flagrante? Les Européens, dont la postérité s'est desséchée si rapidement au soufOedèlazoneéquatoriale, avaient-ils acquis, avec les signes d'un acclimatement achevé, la prérogative d'engendrer désormais une progéniture assortie au milieu dans lequel elle devait naître? Avant de jeter sur cette terre inéprouvée des existences nouvelles, avaientils parcouru la série des transformations qui pouvaient les rendre aptes à y vivre eux-mêmes? Les enfants ont-ils reçu les soins et la direction hygiénique que prescrivait le climat ? Quelle a été l'hygiène des colons jetés brusquement de l'Europe dans les Antilles? Que peut-on conclure du sort déplorable des émigrants que la misère chasse en foule de leurs campagnes natales, et qui, dès le jour de leur embarquement pour leur destination lointaine, fléchissent sous le poids de la nostalgie, des souffrances passées et des fatigues d'une longue route? Qui ne connaît les excès, les bizarres excentricités, les usages nuisibles qui pèsent sur la vie des Anglais dans les Indes? Johnson retrace le spectacle digne de pitié qu'ils présentent, quand, emprisonnés par une coutume tyrannique dansl'étau de leurs étroits uniformes, ils sont inondés par des flots de sueur qui coulent à travers les plis de leurs vêtements.
Dans le problème de l'acclimatement entrent des éléments complexes qu'il importe de démêler et de classer : tout climat a des conditions fondamentales qui dépendent de ses quantités extrêmes et moyennes de température, de pression, d'hygrométrie, d'électricité, delà composition du sol, de la proportion et de l'orientation de ses masses continentales ou solides, etc. 11 est donné à l'homme de s'exercer à ces influences combinées, de lutter contre leurs variations ; là où elles sont excessives, il paiera d'abord un tribut parfois très rude, mais la tolérance du milieu finit par s'acquérir. La température moyenne du littoral de l'Algérie est d'environ 17°, 5 ; or dans les tierras templedas du Mexique, où la moyenne est de 20 à 21 degrés, « on rencontre, dit Humboldt, le beau climat de Xa- 3€ ton. — i. 38
lappa, de Tasco et de Thilpanzipgo, trois villes célèbres par l'e^i trême salubrité de leur climat. » Pour cet illustre voyageur, tyq) doute sur la réalité de l'acclimatement et sur l'efficacité du séjoty prolongé pour l'acquérir ; les chances de longévité paraissent mé(j|| plijs favorables aux acclimatés qu'aux indigènes. Humboldt cite % données suivantes :
Sur 100 bltncs créoles (Espagnols), 8 ont dépassé 60 au. Sur 100 Indiens, 6 4/5 —
Sur 100 mulâtres, 7 —
Sur 100 individus de castes mêlées, 6 —
Et it ajoute : « Ces calculs, en confirmant l'admirable uniformité qui règne dans toutes les lois de la nature, paraissent indiquer que la longévité est un peu plus grande dans les races les mieux nourries et chez lesquelles l'époque de la puberté est plus tardive (1). • . Les descendants des Espagnols peuplent aujourd'hui les Canaries; > à Ténériffe les terres sont cultivées par les Espagnols et par des pet- ; plades normandes qui, après trois siècles, se distinguent encore par la blancheur de leur peau (2). La population de Madère se cm» , pose en grande partie de Portugais qui cultivent le sol. Cataneat Messine, qui ont une moyenne thermométrique annuelle de 49°,! et de 48°,8, voient prospérer la race européenne; nos troupes d'occupation de l'Océan ie comptent moins de décès qu'en France, 17,7 (en 1844) et 42,9 (en 1845) sur 4000, au lieu de 20 sur 1001, chiffre de la mortalité militaire de nos garnisons réunies.
Quelles sont donc les causes de la nocuité plus grande de la plupart des résidences du littoral d'Afrique où la température moyenne annuelle ne s'élève guère au-dessus de 4 7°, 5? Ce sont celles qui s'ajoutent aux conditions fondamentales du climat qui dérivent soit de l'état inculte des terres et des défrichements qu'ils nécessitent, soit de la formation accidentelle des marais par suite des débordements, des dépressions du sol, etc. De là l'insalubrité périodique oo permanente de nombreuses et vastes régions du globe , de là un surcroît de chances et d'épreuves pour le colon. Portés à un haut degré, ces éléments accidentels de la climatologie acquièrent une force de destruction qui brise l'organisation humaine; les régnicoles l'éprouvent aussi bien que les étrangers. Sur les bords du Nil,
(1) Mssaipoiitiqu* sur la SouveUe-S$pagn$y grande édition, 1. 1, p. 40.
(2) Humboldt et Bonpland, Relation du voyage dam V Amérique méridmak, I, p. 183 etsuiv.
CIRCUMFCSA. — ACCLIMATEMENT. 585
du Sénégal et de la Gambie, les épidémies frappent les indigènes, quoiqu'ils réagissent encore avec succès contre.des quantités de toxique qui tuent l'Européen. Moins prononcés, ces éléments spéciaux du climat perdent de leur nocuité, à mesure que l'on s'y habitue ; et sans arriver à l'immunité complète, l'économie devient peu à peu réfractaire à des doses de matière miasmatique qui, absorbées par le nouveau venu, lui susciteraient les plus graves accidents. Rien ne prouve mieux la possibilité de l'acclimatement, en dehors de ces conditions surajoutées, que la longévité qui, d'après l'observation de Humboldt, est départie à l'espèce humaine dans les pays très chauds, mais secs à la fois, longévité peut-être pjus grande que dans la zone tempérée. Dans les contrées très chaudes et humides naissent les foyers d'insalubrité que la culture et la civilisation restreignent, compriment, effacent, mais qui, par l'incurie d'une société demi-barbare se multiplient, s'étendent et développent une effroyable puissance de destruction. Les climats affranchis de ces fléaux provoquent seulement l'organisme, qui réussit presque toujours à s'équilibrer avec leurs propriétés; ceux qui présentent la complication de l'insalubrité accidentelle de l'intoxication palustre, attaquent directement les sources de la vie qu'ils altèrent ou tarissent; ici l'acclimatement c'est la civilisation.
Changer de climat, c'est naitre à une autre vie : des mutations deviennent nécessaires dans l'exercice alternatif ou simultané des principaux organes, dans le régime, dans les habitudes morales et sociales; mais si profondes que doivent être ces mutations, elles peuvent s'accomplir sans entraîner nécessairement la maladie et la mort Grâce à l'élasticité de notre fibre, grâce à l'amplitude de nos oscillatious fonctionnelles, il nous est donné de nous accommoder à tout uu ensemble d'influences nouvelles, de nous implanter partout où l'humanité est représentée par quelques-unes de ses nombreuses tribus; mais c'est à la condition de nous conformer aux convenances de la transition et de combattre par les soins modérateurs de l'hygiène les provocations du climat et les irrégularités de la réaction organique. Que la statistique obiluaire des Européens dans les paya chauds ne nous soit point uu sujet de terreurs exagérées; nous répétons qu'à part uu nombre restreint de localités néfastes, elle proclame moins l'insalubrité radicale de certains climats que les complications délétères, mais non absolument incorrigibles, de leur topographie, telles que l'existence de marais, de vastes amas de détritus organique, etc. ; elle proclame surtout les conséquences de
596 HTGIÈftE PRIVil.
l'oubli funeste des lois de l'hygiène. Le séjour de Batavia n'est plus aussi malsain qu'au siècle dernier. Les phases de notre occupation de la Moréeet de l'Afrique viennent à l'appui de ce que nous avançons : lors du débarquement de l'armée dans la plaine de la Dyalowi , en face de Navarin, les maladies fondirent sur elle et multiplièrent les victimes; plus tard, quand les troupes furent mises en possession de tous les avantages d'une bonne hygiène, l'état sanitaire devint excellent. Les premières années du séjour de nos soldats en Algérie réveillent des souvenirs de deuil et de mort : une terre inconnue, la pénurie des objets nécessaires au traitement des malades, le manque de casernes et d'hôpitaux bien organisés, l'infection des ruines, la corruption des citernes, le croupissement des eaux pluviales, la fermentation d'un sol dépourvu de pavage ; ces causes, auxquelles il faut en ajouter beaucoup d'autres, et surtout la nostalgie et la démoralisation, font comprendre l'intensité meurtrière des épidémies qui ont sévi dans plusieurs localités du littoral. Depuis, les constructions, la régularité des services administratifs, l'assainissement des villes, le dessèchement partiel des marais, les cultures, une plus grande familiarité du pays, et la sécurité que puise le soldat dans la conscience des soins dont il est l'objet, ont amorti les ravages de la maladie et augmenté les chances heureuses de la pratique. En 1840, l'armée y perdait encore 0,163 ; en 1863, elle n'y perdait plus que 0,076; en 1865, 0,050. Les données suivantes ne sont pas moins rassurantes : dans nos cinq colonies de la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, le Sénégal, l'tlede la Réunion, la mortalité a été de 132,6 pour 1000 militaires dans une période de 9 ans, de 1819 à 1827 ; de 7,62 dans une période de 10 ans, de 1827 à 1837 ; de 6,95 dans une autre période de 10 ans, de 1837 exclusivement à 1867 inclusivement. Un document peut-être plus significatif encore, c'est la statistique des militaires malades évacués de la province d'Alger sur la France de 1860 à 1867: dans cette période de 8 ans, la progression décroissante des évacuations est comprise entre ces deux chiffres : 6,885 à 51. Naguère, on eût désespéré de l'implantation définitive de la race française dans ce pays; aujourd'hui il n'est plus permis de la mettre en doute. C'est l'hygiène qui a fait ce loisir à la mort : sans hygiène, point d'acclimatement. On a prétendu, d'après les recherches de M. Mac-Tulloch (1), que la prolongation du séjour, loin d'aider à l'acclimate-
(1) Stal. repoiis on the *ickne*s and mortality onumg the troop$. Loodon, 1839, 1S40.
Z^Tn
oacuarusA. — accumatemewt. MOT
augmente les chances de mortalité, et la statistique, toujours
tel obéissante à tous les paradoxes, s'est empressée de grouper
autour de cette opinion. Les faits sainement observés la ré*
: «ur 1220 militaires décédés à Alger et pris au hasard, les 3/4
ti point dépassé 17 mois de séjour en Algérie (Martin et Fo-
Noua avons mentionné le décaissement numérique des évacua-
sur 1575 dysenteries observées pendant 10 ans en Afrique,
i Appartiennent à la première année, 235 à la seconde, 150 à la
ï, 86 à la cinquième, 35 à la septième, 1 7 à la huitième et
la dernière année. Voici en quels termes Desgeneltes résume
tpérience d'acclimatement en Egypte, tentée par une armée tout
Maintenant, quels sont les résultats de cette expérience,
me plus de trois ans et demi sur 30,000 hommes transportés
irope en Afrique, et ayant faiten Asie une pénible campagne?
première question qui se présente est celle de l'acclimatement:
le voit se faire en deux ans environ. Les Anglais, que le sort
la guerre rend nos prisonniers, le subissent comme nous; il est
juépardeséruptions à lapeau, des ophthalinies, des diarrhées
fa de» dysenteries. Cependant la salubrité du climat de l'Egypte,
surtout de la Haute, est définitivement jugée par le nom-
Jbre comparatif des malades, moindre dans l'armée d'Orient que
Îdans aucune des autres armées de la république en Europe (1). » jL Àobert-Roche (2) affirme, d'après son observation sur les lieux, ÎMelimatement des Européens sur le littoral de la mer Rouge. Les Jfaropéens s'acclimatent facilement au Brésil, à la Vera-Cruz et ^um les tiernu calientes de la Nouvelle-Espagne : au milieu des épidémies de vomissement noir, les indigènes et les Européens, ^éjà acclimatés depuis quelques mois, jouissent de la santé la plus jttrfaite (Humboldt et Bon pi and). Est-ce à dire que des régiments européens, exposés aux fatigues , au service de nuit, aux marches, 0bx travaux de toute espèce, livrés aux excès alcooliques, à la nostalgie, etc., ne fourniraient point sous les mômes latitudes une mortalité croissante? C'est ce que nous n'oserions promettre, pas plus qu'il ne nous arrivera de nier l'insalubrité suprême de maintes localités, l'inacclimatement dans des foyers presque inextinguibles d'infection palustre; mais ces exceptions constatées par de lamentables essais, ne constituent que des faits particuliers.
(1) Desseaetlef , Histoire de l armée d'Orient, 2' édition, 1810, p. 235. (î) Annaimfhvgièius. Paris, 1844, t. XXXI, p. 5317 cUuiv.