‹ Traité d'hygiène publique et privée. v. 2Chapitre 16 sur 134 · PRIVÉE] DES CHANGEMENTS QUI CARACTÉRISENT LES AGES · texte numérisé non relu

PRIVÉE] DES CHANGEMENTS QUI CARACTÉRISENT LES AGES

une ampliation progressive et s'accoutument par degrés au contact du sang et de l'air^ ce qui leur épargne les funesteshypérémies dont les eût menacés la soudaine agression de ces deux agents (1). Le thymus s'atrophie plus tardivement ; dans le cours de la deuxième enfance et jusqu'à la fin de la lactation, il augmente avec les autres organes. L'enfant, dès qu'il respire, a cessé de recevoir pour sa nutrition le tribut maternel de matériaux tout sanguifiés; il faut donc que son système digestif entre en jeu avec une activité proportionnelle aux besoins de l'assimilation. Tous les actes de sa vie organique sont modifiés en raison du mouvement nutritif; et de même que la première iiispiration a donné le signal de ce changement à vue dans l'ensemble des phénomènes de la vie végétali>e, de même le premier efileurement du sein où la nature lui a ))réparé le lait éveille ses fonctions de relation : il palpe instinctivement le réceptacle vivant de sa nourriture, il perçoit la température du milieu ambiant. C'est par la peau, c'est par la surface sensttive la plus développée qu'il se met d'abord en communication avec le monde extérieur, comme si la nature avait voulu lui en atténuer les premières impressions en les disséminant sur une grande étendue ; comme si le toucher général et confus du tégument externe devait le préparer à des spécialités plus délicates de la même fonction, à la vision, à l'ouïe, à l'odorat, etc. , qui ne sont dans leur mécanisme intime qu'un toucher plus subtil et diversifié suivant la nature des excitants fonctionnels. Le pouvoir calorifique de l'enfant n'est pas celui de l'adulte; de là un danger, et pour l'hygiène une base d'impérieuses prescriptions. Chez vingt adultes, Edwards a trouvé que la température variait entre 35%5 et 37°, moyenne = 36<^,12 ; chez dix enfants bien portants, âgés de quelques heures à deux jours, entre 34*" et 35*^,5, moyenne = 34*', 7 5. U. Roger, dans des recherches plus récentes et plus multipliées (2), où la température a été prise constamment dans le creux axillaire, est arrivé aux résultats suivants :

(1) Des recherches importantes ont été failes dans ces derniers temps sur les diflU' renées de la respiration aux différentes époques de la vie ; nous mentionnerons plus loin les résultais obtenus par Andral el Gavarret. Bourgery, dans un mémoire lu à l'Académie des sciences (23 janvier ïHà'S), énonce, entre autres conclusions, les suivantes : La plénitude de la respiration dans les deux sexes appartient à l'âge de trente ans ; chez les sujets bien constitués, le chiffre de la respiration forcée^ à cet âge, est dans l'homme de 2i>^-,50 à 4ltt-,30, et dans la femme de l'it-,iO à 2lit., 20 ; le jeune garçon de quinze ans respire 2 litres, et le vieillard de quatre-vingts ans ll^(-,35. Le volume d'air dont un individu a besoin pour une respiration ordinaire augmente graduellement avec l'âge. Les rapports entre les âges de sept, quinze, vingt, quatre-vingts ans, sont géométriques et représentés par les nombres 1, 2, 4, 8. L'augmentation progressive ou le besoin d'un plus grand volume d'air n'exprime que la diminulion d'énergie de l'hématose pulmonaire, c'est-à-dire que cette faculté décroit de l'enfant au vieillard dans un rapport représenté par les nombres fractionnels inverses des premiers, i, 1/2, 1/4, 1/8. Voilà des résultats capables de satisfaire les esprits amoureux d'exactitude. Le mémoire de lîourgery en contient plusieurs autres formulés avec la même rigueur; reste à les vérifier.

(2) Henri Roger, De la teniftérature chez Us eafanU. Paris, 1844. M. LÉVT. Hygièue, 5« ton. 1.-6

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l*" Chez des enfants naissants, dans la première demi-beure de leur existence aérienne :

Température moyenne 36<>,1A

— maximum....; 37°, 75

— minimum 35°, 25

LVnfant qui offrait 37%75, examiné dans la première minute après sa naissance, participait sans doute encore à la température de sa mère. 2*^ Chez trente-trois nouveau-nés de un à sept jours :

Tedipérature moyenne 37°, 80

— maximum 39°, 00

— minimum 36°, 00

3* Chez treize enfants de quatre mois à six ans inclusivement :

Température moyenne 37°, 11 .

— maximum 37°,75

— minimum 36°,75

Personne ne conteste plus la conclusion de Gavarret, qui a discuté avec une minutieuse précision tous les faits acquis sur cette question : « Toutes choses égales d'ailleurs, la température des enfants est d'autant plus influencée par celle du milieu ambiant, et leur puissance de caloriûcation est d'autant plus faible qu'on les observe à une époque plus rapprochée de leur naissance (1). »

La première dentition, pas plus que la seconde, ne doit être considérée comme une maladie ; elle constitue par elle-même, et par une série coïncidente de phénomènes d'accroissement, une de ces mutations aiguës qui concourent à fonder l'indépendance individuelle de l'être nouveau. Les incisives moyennes de la mâchoire inférieure se montrent en premier lieu, elles sont suivies de celles de la mâchoire supérieure ; viennent ensuite les incisives laiérales inférieures et les incisives latérales supérieures ; en troisième ordre apparaissent les premières molaires inférieures et supérieures (2) ; les canines inférieures cl

(1) Gavarret, De la chaieur produite par les êtres vivants, Paris, 1855, p. 325.

(2) Trousseau a cherché à établir, par les résultats de ses observations, que les dents sortent par groupes chec les enfants à la mamelle. La première denliiion, dil^il, b'accoinplit en cinq temps : premier groupe, deux incisives inférieures; deuxième gioupe, quatre incisives supérieures ; troisième groupe, quatre premières molaires et deux incisives latérales inférieures ; quatrième groupe, quatre canines; cinquième groupe, quatre dernières molaires. Ce qui donne, pour le nombre, 2, à, 6, â, à dents; total, 20. L'époque d'érup tion de ces groupes est assez peu certaine ; pourtant, en général. Trousseau croit pouvoir l'établir à peu près de la manière suivante {Journal de médecine^ par Fouquier, Trousseau et Beau, février 18Â3, p. /ÏO) :

V^ groupe : Deux incisives médianes inférieures vers l'âge de sept à huit mois. 2" ffrouj>e : Quatre incisives supérieures de onze à douze mois. 3« groupe : Quatre premières molaires, deux incisives latérales inférieures, vers 1 âge de dix- sept à dix-huit mois.

à* groupe : Quatre canines vers l'âge de deux ans.

0« groupe : Quatre dernières molaires vers l'âge de trente mois.

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supérieures sortent vers deux ans et demi; eafin les deuxièmes molaires complètent vers la quatrième année cet appareil transitoire de mastication. L'ordre d'éruption n'est pas constant : les canines sortent quelquefois avant les quatre premières molaires ou après toutes les dents de ce nom ; les incisives latérales peuvent se montrer avant les médianes, etc. Les sensations continuelles de chatouillement, de démangeaison ou de douleur, dont s'accompagne l'éruption des premières dents, déterminent parfois une surexcitation cérébrale qui se traduit par un état fébrile, la chaleur à la tête, l'insomnie, des cris d'impttieiice, des convulsions. La suractivité vitale des gencives, des glandes salivaires, de toute la bouche, se traduit par la turgescence sanguine de ces parties, par l'accroissement nouble des artères qui s'y rendent, par une salivation exagérée. Ces conditions, jointes aux efforts de succion, à une constitution mauvaise et à une mauvaise hygiène, favorisent le développement du muguet, des inflammations buccales à tendance gangreneuse, etc. La première odontogénie est plus critique que la seconde; l'une s'achève en deux ans^ l'autre en seize à vingt ans. Avec les vingt dents de lait coexistent les germes de trentedeux dents permanentes qui les remplaceront plus tard ; les mâchoires alimentent dune simultanément cinquante-deux dents formées ou en germes (1). En même temps que s'achève la première dentition, les muscles masticateurs se renforcent, la mâchoire inférieure se courbe, ses branches se redressent ; les glandes salivaires et le pancréas s'accroissent ; l'estomac devient plus actif, et les aliments y séjournant plus longtemps, la fréquence du besoin de manger diminue ; les valvules conniventes augmentent de nombre et se prononcent ; les cryptes mucipares se développent, le tube digestif présente plus de longueur, la bile devient plus épaisse ; les évacuations alvines sont plus jaunes, plus consistantes et plus rares. Même progrès des fonctions de relation : les sens externes sont en activité, le tact se perfectionne; les impressions, plus variées, plus multipliées, sollicitent les facultés cérébrales. Naguère le volume de la tête contrastait avec la petitesse des membres ; le rachis, plus gros supérieurement qu'en bas, n'offrait qu'une seule courbure, et par l absence des

(1) C'est vers le milieu du deuxième mois de la vie fœtale qu'on aperçoit dans le sillon du bord alvéolaire des deux mâchoires les vingt petits renflements de forme sphéroïdale ou papilles dentaires, qui seront les dents de lait. Vers le troisième mois, la muqueuse leur forme, en se repliant au-dessus d'eux, un sac complet (involution de Goodsir). Avant l'occlusion de la cavité folliculaire, on constate au-dessus de chaque follicule une cavité plus petite, sorte de sac dentaire de réserve destiné à la formation de la dent permanente, et offrant, dès le cinquième mois, les rudiments d'un germe dentaire. Formés aux dépens des sacs dentaires primitifs et par une nouvelle involution de la muqueuse, les »ac8 dentaires de réserve se dirigent bientôt vers la partie postérieure du bord alvéolaire, et à mesure que s'opère le développement et la sortie des dents provisoires, ils descendent pour occuper enfin un point situé en arrière et au-dessous de celles-ci. (Voy. Emile Magitot, Étude aur le déveiifppetnertt et la structure deff dents humaines^ thèse de Paris, 4867, n* 287.)

8A DES AGES. [rvgiène

apophyses épineuses Ibaroissait un motodre espace à Tinsertion des muscles des gouttières vertébrales ; le bassin, par son obliquité sur le rachis, faisait proémioer le ventre et dirigeait en avant le poids du corps ; les fémurs ne trouvaient pas dans les cavités cotyloldes encore cartilagineuses un point d*appoi assez solide, etc. En un mot, les conditions nécessaires pour la station et la progression manquaient en totalité ; mais pendant la durée de la période qui nous occupe, la marche rapide de Taccroissement y a pourvu en grande partie : d*essai en essai, Tenfant est parvenu à reproduire les attitudes de ses parents, comme il a Qni par répéter leurs sons, leurs syllabes, leurs paroles, leur langage.

Les germes de la deuxième dentition sont, comme ceux de la première, visibles déjà dans le fœtus, représentés par une série de trente-deux follicules membraneux situés dans un rang d'alvéoles qui existent en arrière des alvéoles à dents infantiles. Leur éruption s'opère quand leur couronne est parfaite et que leurs racines sont à peu près formées ; elle est précédée par la chute des dents de lait dont la racine est résorbée en partie ou en totalité. De sept à dix ans paraissent les incisives, puis les bicuspidées, ensuite la canine ; vers onze à douze ans, la seconde grosse molaire ; la première grosse molaire sort dans le cours de la première dentition, c'est vers vingt ans seulement que se produit la cinquième molaire. Ces dents ne sont qu'ébauchées dans leurs racines au moment de leur apparition et ne les perfectionnent que dans un espace de deux à trois ans. Les arcades dentaires continuent de s'agrandir jusqu'à vingt an^, et la face en reçoit plus de hauteur et de largeur. La révolution physiologique de la deuxième dentition se termine à la puberté, quoique le nouvel appareil dentaire ne se complète que plus tard : elle a une marche moins rapide, moins turbulente ; l'accroissement général se modère dans la même proportion, le système nerveux ne manifeste point l'orageuse impressionnabtlité de l'âge précédent Déjà ses actes se sont régularisés, perfectionnés ; les facultés intellectuelles et morales se déploient avec une intensité progressive ; les organes du mouvement ont acquis toute leur souplesse et leur agilité ; la surcharge graisseuse du premier âge n'existant plus, les muscles dessinent leurs reliefs, les articulations se sont débourrées, etc. Le système osseux appelle fortement sur lui le mouvement nutritif.

Mais voici l'époque d'une transformation des plus complètes et des plus i^r pides : les organes génitaux viennent d'acquérir le développement nécessaire à l'exercice de leurs fonctions; tout s'est préparé dans l'économie pour cette révolution ; quelques mois ont suffi à la nature, si soigneuse des intérêts de Tespèce, pour imprimer au corps la puissance et la vitalité que réclame l'office de la reproduction. Vers la puberté^ la croissance du corps se fait en grande partie sur la colonne vertébrale, et en même temps que cette tige osseuse, point d'appui des efforts musculaires, s'est renforcée, ses cartilages intervertébraux, plus extensibles, facilitent ses mouvements; les différentes pièces du squelette achèvent de se consolider, la plupart de leurs épiphyscs se soudent à

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leur partie moyenne. Souvent on observe une élongation rapide du corps ; les muscles se contractent avec énergie, la poitrine s'agrandit et s'ombrage de poils ; le tempérament sanguin domine, les sécrétions muqueuses sont moins abondantes ; le duvet de l'adolescence fait place à la barbe, les cheveux se rembrunissent ; le larynx se développe, la glotte s'élargit et s'allonge : de là le timbre plus grave de la voix et par moments des intonations incertaines. En peu de temps^ les testicules doublent de volume, le pénis grossit et manifeste une propriété nouvelle, si des pratiques funestes ne l'ont déjà provoquée prématurément, celle d'entrer en érection ; le scrotum se ride et brunit, et par une excitation sympathique que nous verrons éclater plus vivement chez la femme, les seins du jeune homme se gonflent et parfois laissent suinter quelques rares gouttelettes d'un fluide lactescent Mais le phénomène le plus remarquable qui se produit à cette époque chez l'homme, c'est l'apparition des zoospermes dans la liqueur séminale. Ce phénomène est constant (1) et suflBrait à lui seul pour caractériser la puberté. On l'observe aussi chez les animaux à l'époque de leur rut ; la présence des zoospermes se lie à chaque retour de leur excitation génitale : « Quand le rut, dit Lallemand, estâans tonte son énergie, les zoospermes sont tellement entassés dans les canaux sécréteurs du testicule, qu'ils y occupent plus de place que le liquide ambianL.... Ainsi l'accroissement d'activité du testicule a pour résultat essentiel la production des zoospermes. » Le tempérament de la femme se modifie moins profondément aux approches de la puberté, et il conserve en général sa nuance lymphatique; aussi ses formes s'arrondissent au lieu de prononcer leurs saillies musculaires. Le système pileux, qui chez le jeune homme reçoit une impulsion de croissance universelle, ne se développe chez la femme qu'aux aisselles^ aux parties génitales et sur le crâne ; mais ses glandes mammaires se prononcent, le bassin prend l'ampleur qu'exigera plus tard l'opération naturelle de l'accouchement, les lèvres du pudeudum s'allongent, les ovaires doublent aussi de volume comme les testicules et prennent leur forme bosselée; les follicules de de Graaf deviennent plus nombreux, plus gros, plus superficiels, et le liquide qui les emplit contient une plus forte proportion d'albumine (2 j; l'utérus s'élargit surtout vers son fond^ devient un centre de fluxion mensuelle, et réalise par là un acte organique qui caractérise éminemment la période de l'activité sexuelle. Si la sécrétion du sperme n'a point son analogue chez la femme, les cryptes muqueux qui existent dans se» voies génitales subissent aussi une sorte d'orgasme et versent avec abondance les fluides de leur sécrétion, soit dans l'exercice du coït, soit par le seul efiet de la stimulation morale. Un dernier trait de ce tableau de la puberté, c'est cette stimulation morale elle-même, source de tant de souffrance et de poésie, de bonheur et de regrets ; c'est ce désir d'autant plus effiervescent qu'il est nouveau, et qui, suivant les dispositions céré-

(1) LaUemand, Des peintes séminales involontaires, t. II, 2* partie, p. 442.

(2) A. Raciborski, Traité de la menstruation , ses rapports avec Covulation, thygiène de la puberté et de Vàge critique, Paris, 1868.

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braies, revêt des naancet» des expressioiis si différentes, depuis la vague rêverie jusqu'aux aspirations brûlantes de Tamour enthousiaste, depuis la pâleur d'une concentration difficile jusqu'aux explosions d'une fougue désordonnée. Nous avons reconnu le rôle de l'encéphale dans la production de ces phénomènes moraux qui dramatisent la vie intime de la jeunesse ; mais ils prouvent aussi l'influence des organes génitaux sur le cerveau et le rapport qui lie à leur développement celui de l'économie entière. Les effets déterminés par la castration en fournissent la contre-preuve : chez les individus destitués des attributs de la virilité, l'ensemble de la constitution porte un cachet féminin ; leur système pileux ne se prononce ni au thorax ni au visage, leur voix sonne d'un timbre enfantin, comme celle des femmes; comme les animaux châtrés, ib engraissent en peu de temps ; la virilité morale leur fait défaut non moins que celle du corps ; ils ont les vices des natures faibles et désarmées, ils sont faux, hypocrites ; leur vengeance est sinueuse, leur esprit fertile en tromperies. Ne disons pas que l'absence on l'atrophie des testicules détermine cet ensemble d'effets, que leur présence et leur intègre évolution produisent nn ensemble de résultats contraires; mais déclarons qu'il existe entre ces faits une corrélation, une connexion étroite et constante. La puberté influe énergiquement sur la marche des maladies. Grâce k Tacuité des phénomènes d'évolution qu'elle engendre, beaucoup de maladies de l'enfance qni, malgré leur curabilité, ont été vainement combattues jusqu'alors, disparaissent comme par enchantement; stationnaires longtemps, elles redeviennent actives et tendent à se résoudre. En revanche, les affections chroniques du premier âge, et qui sont devenues incurables, empruntent de la puberté une force nouvelle, et s'enfoncent pour ainsi dire plus profondément dans l'organisme : * Si qnn gênera morborum in infantem inciderunt ac negue pubertate, neque prîjnia coitibus, neque in femina primis menstruis finitarent, fere longa sunt : sœpius tamen his morbi puériles qui diutius manserunt terminantur (1 ). » Une fois la crise de la puberté terminée, les maladies ne sont plus gouvernées dans leur développement et dans leur durée que par le genre de lésion et l'état constitutionnel des sujets ; que si elles se sont maintenues à travers les mutations organiques de la puberté, elles font partie de la constitution et souvent ajoutent une fonction de plus à celles de l'économie. Ainsi telle sécrétion morbide, qui n'a point disparu dans le tourbillon d'une crise d'âge, subsiste pour le reste de la vie et ne saurait plus même être supprimée sans danger. Les individus scrofuleux, les rachitiques, sont des variétés de l'espèce humaine en possession d'une saïUé relative, résultat de l'équilibration des fonctions avec les conditions spéciales de leur constitution.

L'âge de déclin, ou la virilité décroissante, est, comme la deuxième dentition, une crise d'âge moins aiguë que les autres ; il prépare la révolution plus rapide de la décadence sénile, comme la deuxième dentition conduit par de-

(1) Gelsus, De re medica. Parisiis, 1773 (édit. Yalart), Ub. Il, cap. i, p. 45.

piiyAc] des changements QUI CARACTÉRISENT LES AGES. g7

grés à TexplosioD de la puberté. Les systèmes digestif, respiratoire et circnUK toire perdent de lear activité, parce qae les besoins de la nutrition sont moin* dres; la pléthore veineuse s'établit de plus en plus; les phénomènes congé»* tionnels qu'elle suscite prédominent vers Fabdomen. Les indices de la déchéance organique s'étendent à Tencéphale et à ses dépendances : la peau se plisse et ae dessèche ; les appareils des sens ont moins de délicatesse dans leur structure, leur portion de matière nerveuse se durcit ; l'atrophie commençante du cer* veau se révèle par jin abaissement de la puissance intellectuelle, la pensée est moins rapide, la mémoire moins fidèle, la parole moins abondante, les veillas plus diflBciles ; au courage, à l'esprit d^entreprise et d'indépendance succèdent le calcul et la pusillanimité. Les attitudes sont analogues à Tétat de l'axe céré*bro-spinal : les muscles cèdent, fléchissent ; l'allure altière et droite de l'âge mûr n'existe plus ; déjà le corps tend vers le sol. Toutefois ces changements suniennent dans une gradation si modérée, que l'illuhion de la stabilité est longtemps possible ; mais la réduction de la puissance génitale vient enfin k détniire : entre quarante-six et soixante ans, durée de l'âge de retour, rhomme voit diminuer cette faculté, la femme perd la sienne. Avec la fécon-^ dite s*en vont les attributs extérieurs du sexe ; les seins se dessèchent, ou ai IVinbonpoint se conserve, il est flasque et mou ; les ovaires s'atrophient, l'utérus so rapetisse : il semble que le foyer de la vie morale s'épuise en môme temps que la puissance génératrice, et peu de fenunes gardent encore au delà de cette abdication physique l'animation passionnée qui déverse un chatme si^oux sur leur commerce.

Autant l'élan de la plasiicité est remarquable dans l'âge inaugural de la vie, autant la décadence s'opère avec promptitude dans la période de sénilité: triste et dernière révolution qui ne laissera après elle que des ruines. Il fau* drait énumérer tous les organes pour moutrer sur chacun d'eux l'empreinte de la destruction ; les dents et les poils tombent, l'état squameux de la peau et la roideur des articulations nuisent à l'exercice du toucher ; les nerfe des sens s'atrophient, l'œil s'aplatit, le cristallin prend de l'opacité, l'iris et la cbo- ' ïtnde pâlissent; le crâne, dont les sutures sont eflacées, semble formé d'un seul os, comme le bassin ; le système osseux est imprégné de sels calcaires, et ses cavités se sont agrandies, double circonstance qui favorise les fractures; les cartilages de prolongement des côtes, les fibro-cartilages intervertébraux, les .Symphyses du ba!»sin, s'ossiûent, ainsi que les articulations des os du carpe, du tarse, le larynx, les cartilages de la trachée- artère et des bronches, les plèvres; la rigidité et la décoloration des muscles, l'ossification fréquente de leurs tendons, la siccité des coulisses où ceux-ci ne glissent plus, rendent les tnouvements lents, chancelants, impossibles même. I^s organes de la génération s'atrophient dans les deux sexes parfois au point de n'être plus reconnaissa^ blés, etc. L'atrophie séniie frappe tous les organes glanduleux, glandes salivaires, ganglions mésentériques, follicules intestinaux ; les plis de la membrane muqueuse da tube digestif deviennent plus courts et moins nombreux ; le foie

M DES AGES. [BYûiÊKe

ae condense et durcit; les poumons sont moins expansibles, emphysémateux, parsemés de dépôts charbonneux et comme infiltrés de matière noire ; leur soriace aérienne a moins d'étendue, la respiration plus de fréquence et moins d'amplitude; la cage thoraciquc s'affaisse et se rétrécit. La circulation s'afTai- Uit et se ralentit; les vaisseaux capillaires se dilatent, les veines sont plus apparentes» les varices se multiplient ; les parois des artères, roides et cassantes, sont fréquemment ossifiées. La température, d'après Edwards, varie chez les sexagénaires entre 35^ et 36^ ; chez les octogénaires, entre 5^^ et 35''. H. Roger a trouvé chez sept vieillards compris entre soixante-douze et quatre-vingtquinze ans, 36^,23 en moyenne, 37** pour maximum et 35^,50 pour minimum. Ces résultats ne s'accordent pas avec ceux de Despretz, qui a fixé la température humaine pour l'âge de dix-huit ans, à 36'*,99; pour celui de trente ans, à 37%!^; pour l'âge de soixante-huit ans, à 37%13. Gavarret (loc, cit.) s'est servi des recherches de J. Davy pour concilier ces divergences. Dans le Westmoreland, chez des vieillards bien portants, âgés de quatre-vingt-sept à quatre-vingt-quinze ans, assis au coin de leur feu et dans un air maintenu entre 11"*,! et 15°5, la température prise neuf fois a oscillé entre 36" et 37*^,5, moyenne = 36^,7. La température de la chambre s'étani abaissée progressivement de 15^,5 à 12*^,8 et 6^,7, le thermomètre qui, placé sous la langue d'un vieillard de quatre-vingt-huit ans, marquait 37^,5, est descendu à 36^,6 et à 35^^5. A Ceyian, un centenaire observé par J. Davy, hors de son habitation et af ec un vêtement très-léger, accusait une sensation de froid par une température atmosphérique de 22'*,8; le thermomètre ne marquait que 35*" sous sa 'langue et 33**, 7 sous son aisselle. Si donc les vieillards, placés dans de bonnes conditions de sanié et de température ambiante, maintiennent celle de leur corps presque au même niveau que l'adulte, ils se refroidissent rapidement dès que la température extérieure s'abaisse ou que leurs vêtements sont insuflBsants: tant ilest vrai que le cercle de la vie va se rétrécissant do jour en jour autour d'eux ; les sources immédiates où le corps puise le sang, et le sang ses propriétés se tarissent graduellement. Telle est la cachexie sénile.

La mort est le terme de cette série de détériorations qui, préparées dans la période d'état, commencées pendant l'âge de retour, aggravées par la vieillesse, se précipitent vers la décrépitude et impriment aux dernières années le caractère d'une révolution d'âge, signalée surtout par la prédominance de sels terreux dans le sang et par l'atrophie générale des organes. Tandis que les liens consensuels des organes se relâchent, et que la solitude se fait pour ainsi dire autour de quelques viscères, derniers réceptacles d'une vitalité défaillante, la solitude s'opère au dehors autour du vieillard, et la presque interruption de ses rapports avec le monde ambiant le réduit à l'existence végétative. Celle-ci s'épuise à son tour ; nulle excitation ne vient plus l'entretenir. Plus de besoins, plus d'instincts; les excrétions s'accomplissent à l'insu et contre la volonté du vieillard, et si la raison jette encoi*e par intervalles quelques lueurs, elle ne fait

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que lut donner la conscience de sa destruction. Cependant il y a des organisations privilégiées même contre la mort; des centenaires ont conservé l*usage de leurs facultés sensoriales et intellectuelles jusqu'au dernier jour; un court sommeil, une syncope, un léger accès de fièvre erratique a couvert la transition de vie à trépas. Moins heureux, la plupart des hommes qui épuisent la longévité de leur constitution meurent par degrés, envahis de la circonférence au centre; et quand la dernière expiration, simple effet du retour élastique (les parois thoraciques sur elles-mêmes, les laisse dans rétcrnelle immobilité, depuis longtemps ils ont cessé tout échange avec le monde extérieur: l'action cérébrale alimentait encore un reste d*hémalose, mais elle ne suRkait plus aux actes de relation.

La mort sénile ou naturelle, c'est Tépuisement de la virtualité organique. Chaque constitution puise dans son essence primordiale une force de durée ; la longévité varie comme la santé, suivant les organisations individuelles : organisation, santé, longévité, sont les trois termes d'une proposition de la nature, et se traduisent logiquement par le sujet, le moyen et le but. C'est l'homme, c'est la société qui déplace les termes, qui contrarie la divine proposition ; la mort accidentelle, soit qu'elle résulte violemment de l'action des causes extérieures, soit qu'elle termine le cours fatal des maladies, est une violation des lois de la nature. La mission de l'hygiène, d'accord avec la morale et la religion, est d'assurer à tout homme le bénéfice de son organisation, sa mesure primordiale de longévité; elle lutte contre les influences matérielles qui tendent à la réduire ; la religion et la morale combattent les influences d'un autre genre, mais tout aussi funestes à la conservation de Tindividu et de l'espèce.

Combien différentes nous apparaissent maintenant les conditions anatomîques et physiologiques de chaque âge, et combien les prescriptions de l'hygiène doivent varier en proportion! Pour l'hygiène et pour la médecine pratique, quelles ressources à la fois et quels écueils dans ces mutations, tantôt aiguës, tantôt gi^duées, qui constituent les révolutions d'âge! Chacune d'elles peut fournir la matière d'un code spécial de préservation, chaque âge a défrayé des volumes ; circonscrit dans une limite étroite^ nous n'avons pu qu'ébaucher les caractères saillants de chaque période de la vie, de chaque phase importante de l'organisme, et nous en déduirons ultérieurement des règles particulières de direction hygiénique, en traitant des divers modificateurs et de leur action, nous bornant ici à quelques indications spéciales qui n'auraient pas trouvé leur place ailleurs.

L'hygiène de l'enfant commence dans le sein de sa mère. On ne peut nier aujourd'hui qu'à côté des anomalies de développement qui dépendent d'une influence tout à fait inconnue de la génération sur l'embryon, il en est d'autres qni résultent de l'action des modificateurs sur la mère postérieurement à la conception: Geoffroy Saint-Hilaire a fait voir que, dans le plus grand nombre des cas, cette action se traduit par des déviations céphaliques. Parmi les causes qui agissent sur l'enlant par l'intermédiaire de la mère et qui déterminent les

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déviations congénitales, il faut mentionner en première ligne les coups, les chutes, les violences extérieures qui portent principalement sur Tabdomen. I..es expériences de Depaul ont démontré Tinfluence du régime débilitant et des saignées sur le développement du fœtus pendant la vie intra-utérine; la diminution des aliments, quand la femme s*y soumet rigoureusement, est très*puissanté pour restreindre la nutrition de l'embryon et réduire ses proportions (1). La pléthore chez les femmes enceintes détermine de forces contractions de Tulérus qui pressent le fœtus et impriment aux membres ou au tronc des directions vicieuses. On s'accorde aussi à considérer les émotions morales soudaines ou trop énergiques, trop prolongées, comme une cause perturbatrice de révolu lion régulière du fœtus. Quant aux envies des femmes et à leurs relations avec les nœvi materni, l'observation n'a point confirmé, à cet égard, l'opinion populaire, et il n'y a lieu de tenir compte de ces appétences que si elles sont sincères et sans danger. Les plus sûres garanties de ce que l'on peut appeler l'hygiène fœtale résident dans la moralité et l'intelligence de la femme. Si elle a conscience de sa responsabilité envers l'être qu'elle porte dans son sein, envers la famille et la société, elle exercera sur elle-même, sur ses habi* tudes, sur ses passions, une surveillance que nulle autre ne peut suppléer ; elle évitera tous les ébranlements physiques et moraux ; riche, elle saura renoncer au monde, aux plaisirs bruyants, à la gêne des toilettes et des parades; pauvre, elle opposera une calme résignation aux impressions tristes, aux chagrins, aux inquiétudes qui ont une influence particulièrement détériora^pte sur le produit de la conception. Point d'eiïorts violents qui puissent amener d'avortenient ; point de constrictions ni de pressions sur l'abdomen ; la danse, la natation, l'équitation, la vectation dans des voitures mal suspendues ou sur des chemins mal entretenus, sont également contre-indiquées. Un exercice modéré, l'habitation de la campagne, un appartement spacieux, sec et bien exposé, un air fréquemment renouvelé, le libre accès de la lumière dont nous dirons plus loin [Circumfusa) les effets plastiques; une nourriture substantielle et mesurée qui prévienne deux états également nuisibles, la pléthore et l'hydrémie; des repas peu copieux et plus répétés quand le dévelo[)pement de l'utérus restreint la capacité des organes digestifs, eic. (Yoy. T section, chap. il, § 3; chap. m, § 2; chap. iv, § 3, etc.)

Les accidents à prévenir pendant l'accouchement sont du ressort de l'obstétrique. Il faut se tenir en garde contre les hémorrhagies qui succèdent à la chute du cordon ombilical. Celui-ci se flétrit du premier au troisième jour, se dessèche du sommet à la base, et se sépare du quatrième au sixième jour. La plaie se cicatrise du sixième au douzième jour. Les hémorrhagies surviennent du septième au treizième jour après la naissance. Le cordon coupé et lié, et la respiration bien établie, on lave l'enfant couvert de sang et d'un enduit céru-

(1) Voyez le mémoire de Depaul. De l'influence de la saignée et cTun régime déhiliiant sur le développenient de Venfani pendant la vie intra-utérine. Bulletin de thérapeutique, juillet et août 18A9^ t. IXXVIL

mvtel DES ClilIGSHEKTS <Hn CARACTÉRI$E!rr LES AGES. 91

ininein dans an biia à 31 dcgris eariroD ; qoelquefois cette iblatioD est précédée d'une onctÎM fûte arec de lliaiie d^iUf e, dn beurre, du cératon préférablement avec on jaone d*craf ; on dttpose ensoite l'appareil pour maintenir le cordon, et l'on habille Tenfiint (foy. chapi !▼« Vêtement iuivant rége). Pour sa toilette oonmie pour son couchage, ni trop ni trop peu de chaleur : il ne résisterait pai an froid; un excès de chaleur l'agiterait jusqu'à la âèvre. Point de maillot; des bandes higes et des couches modérément serrées à Taide de cordons H non d'épingles; pour la tête, un béguin de toile recouvert d'tm ou deux antres de coton ou de flanelle; une chemisette, une brassière d'étoffé de laine, on 6cbu pour le cou. Pour les parties inférieiues, trois pièces : h pre* mière de toile, les deux autres de laine épaisse, rattachées par des liens à ta brasbière; ces langes doîrent être assex longs ponr flotter librement quand ta température est douce, et pour se replier et se fixer aux autres pièces de Tbabillement quand ta saison est froide; on peut ajouter, en hiver, «de petites chaussures de laine tricotée aux pieds. Pour préserver cet appareil vestimen* taire de la souillure des excréments, en dispose en plein, sous les fesses de l'enlint, une serviette dont deux angles sont ramenés en ceinture autour du tronc et noués en avant, et dont l'angle inférieiu* passe entre les jambes pour se fixer aux deux autres sur l'abdomen. L'entant ne sera jamais couché dans le lit de sa mère on de ta nourrice; autant que possible, on le placera dans une chambre distincte, vaste, bien aérée, d'une température constante jour et nuit, et assez élevée pendant les huit premiers jours (19 à 20 degrés, Gazeaux). Pas d'alcôve, pas de rideaux ; dans le berceau, ta plume et la laine seront remplacées par de petits paillassons remplis de paille d'avoine ou de zost^re qu'on remplace facilement ou que l'on tait sécher, lorsqu'ib ont été salis. Pendant le sommeil, on couvre un peu plus Tentant sans le surcharger. L'usage de te bercer n'a d'autre inconvénient que d'exposer aux chutes et de créer une habitude tyrannique ; mieux vaut y renoncer. Que l'enfant s'endorme dans son berceau, non sur les genoux de la mère ou du la nourrice; sinon il arrivera à exiger, par ses cris, à chaque réveil, le même maniement, et bientôt il ne dormira plus que sur les genoux, dans des attitudes vicieuses et pénibles. Vers l'âge de trois à quatre mois, on tait quelques modifications dans sa toilette; une petite jupe de laine, des bas et des chaussons remplacent les langes inférieurs. Deux ablutions par jour, rapides, générales, d'une à deux minutes, avec de l'eau tiède pendant les quinze premiers jours de la vie (voy. Baim chmtds, 2« section, chap. m), puis avec Feau froide de 10 à 15 degrés centigrades environ ; on n'arrive à ces lotions froides que par des transitions graduées; on les tait avec rapidité, on essuie avec un linge doux et l'on frictionne un peu ta peau pour amener une réaction qui réchauffe. Encore faut-il s'en abstenir chez les enfants faibles, et, pour cet âge, ta règle est le lavage à l'eau tiède. En hiver, l'enfant ne doit pas être porté ï l'air extérieur avant le quinzième jour. On doit dune désirer que les exigences de ta loi civile et de l'Église s'adoucisseot en fareur des nouveau-ués soumis à la condiUon immédiate du

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baptême dans Vé^ïse et de la présentation à l'officier de l'état civil pour la déclaration de naissance. Loir a plus particulièrement insisté sur l'utilité de constater la naissance à domicile, et d'obtenir l'ondoiement ou le baptême à domicile au moins dans les cas de naissance avant terme et dans les cas de maladies vérifiées ou évidentes qui mettent par elles-mêmes en danger les jours du nouveau-né. Pludeurs grandes municipalités, Douai, Lille, Versailles, ont adopté la première de ces réformes, et Trébuchct, qui fait autorité en matière d'hygiène administrative, a donné une excellente raison de plus pour la généraliser, savoir : que la vérification du sexe se fera plus régulièrement à domicile qu'à la mairie, où l'on s'en rapporte presque toujours, à cet égard, à la déclaration des parents. Une fois que l'enfant a été soumis heureusement à l'épreuve de l'air extérieur, il convient de le faire sortir tous les jours, et^ par les mauvais jours même, on profitera d'un moment favorable pour remplir cette importante indication. Le bain d'air en été doit durer presque autant que la journée. Dans les autres saisons, trois à quatre heures au moins (voy. 2** section, chap. i, art 6, § 3). L'impressionnabilité du système nerveux est extrême chez le nouveau-né; lui graduer l'impression optique et acoustique, lui épargner d'intempestives excitations, les chatouillements, les piqûres d'épingle, les pressions douloureuses, etc., c'est prévenir des accidents convulsifs, dus parfois encore à la chaleur, à l'air confiné, à la rétention du méconium ou de l'urine, et dont on recherche les causes dans des états morbides sans réalité. Sur l'alimentation de cet âge, nous donnons ailleurs les détails et préceptes nécessaires (voy. Ingesta, Allaitement maternel ^ mixte ^ artificiel y Sevrage, etc.).

L'allaitement est impossible dans les cas d'impcrforation, d'absence, de brièveté, ou de longueur et de volume excessifs du mamelon ; les crevasses, gerçures, érosions, excoriations, fissures du mamelon, diverses maladies du sein, entraînent même impossibilité, au moins temporairement; car la plupart de ces lésions, bien soignées, guérissent assez vite pour permettre ensuite l'allaitement ; la succion directe et souvent répétée, l'application de bouts de sein, de ventouses, obvient à la brièveté des mamelons, etc. Toute suspicion d'hérédité morbide (cancer, tubercule, syphilis), l'existence d'une affection des voies digestives, une maladie chronique grave, l'altération du lait, des tendances irrésistibles vers le monde et ses plaisirs, un manque de bon vouloir, sont autant de contre-indications à l'allaitement maternel.

Beaucoup de médecins attendent vingt-quatre à quarante-huit heures pour commencer l'allaitement, donnent provisoirement à l'enfant de l'eau sucrée tiède qui le fait vomir, et voire même, pour chasser le méconium, des laxatifs qui, d'après Moreau, peuvent occasionner l'ictère. Ces pratiques sont surannées et nuisibles. Si l'état de la mère le permet, elle essayera d'allaiter deux à douze heures après la délivrance ; les succions de l'enfant aident à la montée du lait, modèrent le gonflement et les douleurs des seins, façonnent le mamelon et rendent presque nulle la fièvre de lait (Cazeaux) ; le colostrnm

MITÉe] DES CHAIIGCMEirrs QCI CÂlUCTÊftlSE!rr LES AGES. 93

est le seul Uiadf tftû Gonnenne poor rcxpulsioQ do mécooiom. Les seins auront été préabbleoieiit débarrassés pv one lotioa d*eaa tiède, des matières sébacées amassées dans les silkios oà s*oaTreni les condoîts Uctiières. Au débot, on épargne à Tenfiiii des lâtomienieiits et des eflorts en loi mettant le mamelon dans b booche, en avant soin de loi tenir les narines ooTertes el de constater si b socdon et b déglutition s*efiectaent réellement, ces actes pouvant être entravés par nn état de faiblesse congénitale, la division do voile du palais et de b voûte pabtine, la brièveté do frein de la bngue, etc. Donné conseille^ avec raison, de régler, dès lesprenûefs jours, le régime de Tenfant, de loi bire faire, an sein qni Talbite, des repas k intervalles à pen près égani, très-rapprocbés d*abord et successivement plus éloignés ; tontes les deox heures. Je jour, trois on quatre fois la nuit, plus lard toutes les trois heures. « Le premier soin, dit Cazeanx, est de s'assurer qu'U a réellement besoin de teter, car il ne faot jamais présenter le sein dans le bot onique d*apaiser ses cris, comme le font b plupart des jeunes mères. Il ne but pas croire, en effets que le cri soit toujours rexpression d'une souffrance ou d*an besoin réel , Tenfant crie comme nous parlons... Le cri de la faim s'accompagne, en général, d'ime agitation assez vive des membres supérieurs , l'enbnt tourne b tête à droite et à gauche, ouvre la bouche comme pour chercher le sein de la nourrice, saisit avidement le bout du doigt ou on corps^ quelconque souple et arrondi qu'on place entre ses lèvres, et exerce immédbtement sur lui des efforts répétés de succion. » La ration de lait est en rapport avec les besoins de b nutrition et du développement; de récentes expériences de Natalis Guillot tendent à préciser ce rapport : suivant lui, nn enfant robuste exige 1000 grammes de bon lait par jour pendant le premier mois, et plus de 2 kilogrammes ensuite ; son accroissement régulier dans la période diurne est de plus de 50 grammes : «Tous les enbnts sains gagnent un poids régulier, en quelque sorte normal, tous les jours ; les enfants malades perdent irrégulièrement, mais perdent ton jours jusqu'à la mort, souvent même avant que personne ait pu distinguer un état maladif (1). » La maladie, une indisposition même légère suflBt pour déterminer, en quelques jours, des pertes considérables (500 grammes en cinq jours), mais qui sont rapidement compensées après le rétablissement de la santé.

Ver» l'âge de sept mois, crise de la première dentition, plus ou moins aiguë et turbulente, suivant que les époques d'éruption sont séparées par des intervalles plus ou moins longs qu'on appelle époques de repos. La durée d'une période d'éruption dépend du nombre de dents qui, par leur sortie simultanée, constituent chaque groupe ; elle est de huit jours en moyenne pour le premier groupe, et peut durer plus de six semaines pour le troisième. Quelquefois le travail odontogénique n'offre aucune intermittence. En général, les mauvaises conditions hygiéniques où sont placés les enfants leur préparent des

(1) Natalii Caillot, Arch, géi, de inéd,, novembre 1853, p. 520.

Oi DES AGES. [iTiKrtin

dentitions difficiles: un bon lait, des fétenoents convenabJes, des soins de propreté, écartent ou atténuent les troubles qui les accompagnent : la constitution et rhérédité interviennent pour une part dans leur production, car il est certain que beaucoup d'enfants, entourés d*un luxe de soins et de précautions, n'échappent point à cette tourmente. La première règle est de combattre la tendance aux fluxions, aux hypérémies vers l'extrémité céphalique : couvrir modérément le corps, moins encore la tête ; éviter tonte constriction sur le tronc, .au cou ; entretenir la liberté du ventre, empêcher i'éréthisme nerveux par des bains tièdes, etc. Les hochets ont aussi leur utilité ; les enfanb les portent instinaivement à la bouche, les pressent contre les gencives; k défaut de ces objets plus ou moins durs (or, ivoire, cnstai, racine de gut< mauve), ils mordillent leurs doigts. J. J. Rousseau, Gardien, Billard, prétendent que les hochets durs rendent les gencives calleuses et la sortie des dents plus difficile ; Rosen, Antoine Petit, leur prêtent des propriétés contraires. Guersant reconnaît qu'ils servent à aplatir le bord tranchant des mâchoires, k seconder l'écartement des deux tables entre lesquelles se développent les alvéoles.

La seconde dentition exige moins de sollicitude de la part de l'hygiéuisie, si ce n'est pour la régularité et la beauté des dents (voy. Excréta, Hygiène de ta bouché). On observe rarement le gonflement inflammatoire des gencives, des aphthes. des angines, presque jamais des convulsions; Guersant a vu des accès épilepliformcs coïncider avec l'éruption des premières molaires.

On trouvera plus loin [Imminence morbide) l'indication des états morbides qui ivtenacent la puberté, comme les autres époques importantes de la vie. Les impulsions et les déviations du sens génésique sont le principal danger de cet âge (voy. habitudes morbides).

L'âge de retour a, suivant nous, un caractère certain dans la décadence rapide des organes et des fonctions de la reproduction ; de là son hygiène, sans négliger les autres indications qui résultent des habitudes contractées, de l'imminence morbide (voy. chap. vi et viii). Les limites de cette période, variables suivant les individualités, sont généralement comprises entre quarante-six et soixante ans; elle commence plus tôt pour la femme. Flourens la recule davantage ; après avoir signalé, comme un complément du développement en longueur et en grosseur, un travail intérieur, profond, qui agit dans le tissu le plus intime de nos parties et qui rend toutes ces parties plus achevées, plus fermes, les fouaions plus assurées, lorganisme entier plus complet, il ajoute : « Ce dernier travail, que j'appelle travail d'invigoration, se fait de quarante a quarante-cinq ans; et, une fois fait, il se maintient eusuite plus ou moins jusqu'à soixante-cinq ou soixante et dix ans (1). » Flourens ne peut avoir en vue qu'une classe de privilégiés, car il y en a dans l'ordre physiologique. A mesure que le sens génital s'émousse, les jouissances de la table augoientent; la plé-

(1) Flourens, De ia hftgévité humaine, etc., 3* édit. Paris, 18ôô, p. 52.

PRITÉe] des changements QOI CARACTÉRISENT LES AGES. 05

thore des gourmands à cheveux gris, avec les siestes et l'inertie musculaire, amène Tobôsité, riniminence apoplectique, la goutte, la gravelle, les hémorrhoïdes, etc. La sobriété, les exercices du corps, les frictions sèches et quelques pratiques hydrothérapiques (voy. 2* section, chap. ui, art. 2, A6/utions, etc.) destinées à exciter la circulation capillaire générale, contribueront efficacement à entretenir le jeu régulier des grandes fonctions de l'économie. La faculté procréatrice se conserve plus longtemps chez l'homme que chez la femme ; son déclin s'annonce par la corrugation moins prononcée du scrotum, par J'atrophie des testicules, et par la diminution de quantité, d'odeur et de consistance du sperme, qui n'oiïre plus au microscope qu'un petit nombre de spermatozoaires languissants, par la faiblesse et la fugacité des érections. Qu'on évite, alors les stimulants artificiels; le libertinage est, pour l'homme sur le retour et pour le vieillard, une cause d'épuisement rapide. U n'y a pas de règle absolue à leur imposer, si ce n'est celle d'une réserve stric^ tement calculée d'après les besoins réels et l'état général, deux conditions dont l'une peut toujours être appréciée par les médecins et l'autre par le sujet lui-même, s'il est exempt de passions tardives et d'illosions ridicules.

Notre plan ne comportant pas une série de monographies hygiéniques, nous avons spécifié, dans chacun des chapitres qui se rapportent, soit à l'individualité, sujet de Thygiène,' soit, aux divers modificateurs, le détail des prescriptions qui en découlent pour les vieillards, comme pour les autres âges, comme pour les sexes, les tempéraments, etc. , et nous avons rejeté, dans la deuxième partie de ce livre (Hygij^ne publique), leis données qui les intéressent collectivement (enfants trouvés, crèches, salles (Vasile, refuges pour les vieillards, etc.). La vieillesse confirmée, c'est la détérioration progressive des diverses fonctions de lorganisme, c'est l'usure plus ou moins accélérée de la force vitale, se traduisant sommairement par deux phénomènes : la prédominance du mouvement de décomposition sur le mouvement de composition interstitielle, et la vasculaiité décroissante des tissus par l'oblitération des vaisseaux capillaires, par les dépôts cartilagineux et osseux sous la membrane interne des artères moyennes, des gros vaisseaux et du cœur. Il s'agit Ici, non de perlèctionner, mais de conserver; non de régulariser l'activité fonctionnelle, mais de la prolonger. La première condition est d'écarter les causes de déchet, de surcroit dans la dépense organique, d'aSaiblissemcnt du système nerveux, toujours voisin de i'adynamie : les grands travaux de l'esprit, les fatigues du corps, tes veilles, les émotions, ne hont plus de saison. S'il faut épargner au vieillard les influences excessives qui l'épuiseraitnt promptement, il n'importe pas moins de lui dispenser une juste mesure de stimulation, de maintenir chez lui l'énergie de l'influx nerveux par une alimentation substantielle et par l'emploi des moyens propres à favoriser la circulation. Éviler le froid, ITiumidilé, les variations de température, est pour lui une impérieuse nécessité. Emphysème pulmonaire, congestions sanguines passives, bypostases pulmonaires, catarrhes chroniques avec surabondance de

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mucosités, pueumonie, dyspnée, astbme, œdème el gangrène du poumon, tel est le cortège des maladies qui le menacent du côté de la respiration, sans compter les morts subites observées par Prus et rattachées par lui à Tempbysème pulmonaire; presque toujours atteint de catarrhe bronchique, il doit redouter encore toutes les causes propres à faire passer cetie afleciion au type aigu, tout ce qui peut provoquer des quintes de toux, une accélération des mouvements respiratoires, etc. Nous maintenons donc |)our lui les conseils que nous avons formulés ailleurs (voy. Vêtements)^ et qu'un écrivain a taxés d'exagération, parce qu'il y a des vieillards ingambes, actifs, qui ne portent qu'un vêtement. Ajoutons, avec Reveillé-Parise, « qu'un vieillard peut être causeur, mais les efforts de poitrine et de parole qu'exigent l'acteur, le professeur, l'orateur, lui sont interdits ; bien plus encore ceux de chanteur ». Ce spirituel et judicieux médecin, en qoi nous regrettons un ami, résume en ces règles l'hygiène du vieillard : savœr être vieux, se bien connaître soi-même, disposer convenablement la vie habituelle, combattre toute maladie dès son origine. Avec ces quatre règles et les conseils pratiques qui en découlent, « on ne vivra pas plus que sa vie, mais on vivra toute sa vie, c'est-à-dire tout ce que penpet d'espérer la constitution particulière de chaque individu, combinée avec les lois générales de la constitution de l'espèce » (1).

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