X. LÉVT. H^ne, 5* ton. l
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sérénité des jouissances da laxe aax épreuves de la misère. La femme. Qui sait imposer silence à ses besoins pour assurer le bien-être de ce qu*eUe ainae? La femme. Qui sait vaincre le sommeil pour briller au bal ou pour nourrir, du travail de ses mains, une mère, un enfant? La femme. Elles sont faibles, mal pourvues de muscles, et quand la nécessité ou le despotisme marital a parlé, elles vont remuer le sol, ou suivre, ployant sous le fardeau, le cheval qui porte leur maître par monts et par vaux, comme nous Tavons vu en Corse. U n'est effort supérieur à leur puissance, il n'est accoutumance trop laborieuse pour elles. Le génie des femmes, c'est la patience; elles s'habituent à souffrir, à dissimuler; leurs passions s'abritent sous le masque d'un calme obligé, leur finesse revêt des airs de candeur, et comme l'existence que leur fait la société est un mensonge de tous les jours, elles suppléent, par l'étendue de l^urs aptitudes, à l'inégalité de leur position. — C'est dans les climats tempérés que l'organisation humaine se nH>ntre le plus accessible aux habitudes nouvelles; c'est aussi là qu'elle est susceptible d'acquérir sa perfection : l'empire des lois physiques se révèle jusque dans la polarisation des lumières morales et intellectuelles. Dans les régions septentrionales, la rigidité que produit le froid semble se communiquer au système nerveux; sous l'influence des chaleurs excessives et permanentes, l'homme apparaît mobile, fantasque, énervé, dominé par les institutions. Tandis qu'en France la facilité avec laquelle se modifient les esprits engendre la fièvre d'innovation, l'immobilité semble la loi morale de ces immenses populations jetées sous le soleil des Indes et de la Chine.
Comment l'habitude agit*elle sur les différentes fonctions de l'économie? fiichat en a nié l'influence sur les fonctions de la vie végétative ; mais cette opinion est réfutée par le fait Les retours périodiques de la faim^ son intensité, sa durée, les appétences gastriques, le travail de la digestion proprement dit, tous ces phénomènes, et jusqu'à l'excrétion qui les termine, sont soumis à l'empire de 1 habitude. On s'exerce à surmonter la faim, à sup}X)rter l'abstinence : les physiologistes ont enregistré des exemples célèbres de privation de nourriture; la soif même peut être combattue. L'habiiuae crée, sous le rapport de l'ahmentation, un nombre infini de différences individuelles (1); elle fait à chacun son régime; elle explique les bizarreries des goilts, les répugnances, les excentricités gastronomiques. Le sauvage de l'Océanie qui mange du poisson cru avec ses écailles, l'Italien qui use de l'asa fœtida comme assaisonnement, l'Esquimau qui boit le sang des vc aux marins, le Tartare qui boit le lait des juments, le chasseur qui trouve le gibier d'autant meilleur qu'il est voisin de la putréfaction, ont disposé leurs viscères à ces genres de nourriture, dont la seule idée révolte l'estomac délicat du citadin efféminé ; mais ces
(1) c Voyez quels sont les sujets auxquels il faut des aliments une fois ou deux^ » en plut ou moius grande quantité, et par petites portions. Accordez ici quelque chose j> à l'habitude^ à la saison, au pays, à l'âge. »> (Uippocr., Aphorisme 17,sect. I.)
PinrÉB] DE L'HABITUDE DAMS L'ÉTAT DE SANTÉ. 131
effets de l'habitude, il faut le dire, u'appartiennent pas exciusivemenl au système nerveux de la vie plastique; la section ou la ligature du pneumogastrique les rendrait impossibles (1). Quel qu'en soit le siège, le praticien est obligé d'en tenir compte; sevrer brusquement des alcooliques un homme qui en fait depuis longtemps et avec une certaine impunité un usage immodéré, serait d'une hygiène absurde, et c'est une remarque souvent vérifiée, que les grands mangeurs sont promptement débilités par la réduction considérable de leur uourriiure. L'absorption est une des fonctions qui paraissent entièrement soustraites à la volonté, mais elle ne l'est point à l'influence de l'habitude. Beaucoup de médecins, et nous en connaissons, ont parfaitement supporté, pendant leur scolarité anatomique, le séjour de l'amphithéâtre ; livrés à la pratique, si une autopsie les rappelle dans l'atmosphère des cadavres, ils en absorbent les miasmes, éprouvent divers symptômes, tels que diarrhée, éruclalions par l'anus, dont l'odeur est exactement celle de l'amphithéâtre ou du corps qui a été ouverL Ces accidents, dont le plus ordinaire est la diarrhée, se déclarent vite, et il suffît souvent, pour en être atteint, d'avoir respiré un quart d'heure l'air chargé d'émanations putrides. Mais si, au lieu de fahre de rares apparitions à l'amphithéâtre, on y revient plusieurs jours de suite, et que ion s'y arrête plusieurs heures par jour, on cesse d'en être incommodé ; éfklenunent, l'absorption des miasmes s'est alors ralentie, en même temps que le tégument interne y devient moins impressionnable, à moins que l'on n'attribue cette impunité à un eUét de saturation. Quant à la respiration, ipsa nece$8ttas novi aeris per consuetudinem diminuitury a dit Haller; on finit ptr familiariser ses poumons avec un air vidé. Sanctorius rapporte qu'un prisonnier qui avait pa&sé vingt ans dans l'atmosphère mfecte d'un cachot ne put supporter l'air pur du dehors, et que la santé ne lui revint que par sa réintégration dans le même cacboL Les organes de la circulation s'émoossent aux stimulations répétées. L'ingestion du calé est suivie, chez beaucoup de perlooues, de palpitations et d'accélération du pouls; mais ces phénomènes diminuent et cessent par 1 effet d'un usage fréi^ueiit Les sécrétions sont aussi modifiées par l'habitude : telle est celle du lait, du sperme, etc. Les succions fréquentes du nourrisson activent la lactation : la continence réduit la fabrication du sperme; l'exercice des organes de la reproduction entretient, peut
(1; « La théorie des mouvements réflexes, teUe que l'ont établie les travaux de i. Miiiler et de MarshaU-Uaii, explique le mécanisme des habitudes qui s'appliquent aux organes dépendants à la fois des nerfs (^an^iiunuaires et des nerfs rachidiens. L'influence de la vulunté ne se prunonce qu'à la suite d'une impression sensitive ou centripète plus ou muius prolongée ; l'habitude intervient dans la durée de la résistance volontaire à cette impression : quand l'accumulation de l'urine agit sur les nerfs sensitifs de la vessie (filets des ntrft sacrés), et consécutivement sur la moelle épinière, il nous est donné de suspendis quelque temps i'acUon des nerfs moteurs^ comme d'autres fois la volonté force les OMltnielioiit de la vessie sans le concours synergique du diaphragme et des musotas da J'aèdoMea. s pifiUar, Manmi de physiologie, t. lï, p. ()38.)
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même accroilre leur puissaace. Nous examinerons plus bas les résultats que produit l'abus ou Texcès des fonctions génératrices.
Les actes fonctionnels qui font commercer Tbomme avec le monde ambiant sont les plus susceptibles de varier par Tempire de Thabitude, et nous deTons indiquer ici brièvement les changements qu'elle introduit dans l'exercice des sens et dans l'action du cerveau considérée en elle-même ou dans les différents actes dont il est le régulateur.
1® Sensations. — Ce que nous allons dire des effets de l'habitude sur les organes des sens concerne en réalité le cerveau, siège et centre unique de toute sensation dont les appareils extérieurs, œil, oreille, peau, etc., sont les conducteurs. C'est le cerveau qui perçoit et juge l'impression reçue par les extrémités nerveuses; mais comme il rapporte les sensations aux organes qui ont été stimulés d'abord, comme il existe une liaison étroite entre les conditions de l'organe conducteur et la perfection ou la nature des sensations, il est toujours rationnel d'étudier celles-ci d'après leur siège apparent Les organes de l'odorat peuvent s'accoutumer à l'impression d'odeurs plus ou moins fortes, plus ou moins agréables. 11 en est de même des organes de gustation : le marin provençal mange avec plaisir le piment qui prodoit une sensation de brûlure sur la muqueuse buccale et pharyngienne d'une personne accoutumée à un régime doux. Les canonniers, les forgerons, endurent le bruit des explosions ou des percussions métalliques, qui feraient perdre l'ouïe au délicat dilettante de nos salons. Le tact, le toucher, sont gouvernés par l'habitude et développés comme sur une échelle musicale de nuances; dirigés par un ingénieux enseignement, ib deviennent pour une classe nombreuse d'infortunés les succédanés de l'oreille et des yeux, le mobile de la culture humaine.
Mais il s'agit moins de constater la puissance de l'habitude sur les appareils sensitiis que d'apprécier la nature de ses résultats ; or, tantôt l'habitude aiguise l'activité des sens, tantôt elle l'affaiblit et l'annule. Pour que l'organe sensitif se perfectionne, l'impression qu'il reçoit doit être d'une intensité moyenne, et, en se répétant, elle ne doit point excéder les limites physiologiques de force et de durée assignées à l'exercice de chaque sens. L'habitude détériore au contraire et va jusqu'à anéantir la sensation, quand les excitations dirigées sur l'organe qui en est l'instrument pèchent par excès de faiblesse, d'énergie ou de durée : il y a alors excès ou abus. Ces effets inverses de l'habitude expliquent les oppositions d'activité sensoriale : ainsi i'amaurose reconnaît souvent pour cause l'action d'une lumière trop vive; la myopie est une infirmité des villes où la vue s'exerce de trop près sur les objets. Tandis que la vigie postée dans les hunes signale l'apparition lointaine d'un navire et que l'oflBcier de quart la vérifie presque aussitôt par le télescope, le passager, novice explorateur de l'horizon maritime, braque en vain l'instrument sur le point désigné ; ses yeux n'y découvrent encore que mer et solitude. Les Peaux rouges de l'Amérique se couchent à plat ventre sur le sol, et, l'oreille attentive, perçoivent des bruits de pas à des distances considérables; la fré-
Pirril] DE L'HABITUDE DANS L*ÊTAT DE SANTÉ. 433
qaence des ébranlements sonores affaiblit au contraire la paissance auditi?e do manœuvre et ne lui permet point d^aiialyser avec justesse la succession mesurée des sons. Le tact s'émousse par les frottements ou le maniement des objets grossiers. Comparez la peau fine, translucide et satinée de la petite maîtresse aux callosités de la main plébéienne : la différence des habitudes a {nroduit celle des conditions organiques, r/est Tbabitude qui rend savoureux au palais de l'ouvrier le pain noir qu'il arrose de sa sueur; c'est elle qui, nivelant fortune et misère, affadit les mets les plus recherchés sous la dent des Lncnllus, et fait qu'entre deux festins le convive blasé hume avec délices U vapeur de la soupe aux choux du portier. Les dégustateurs de profession ont acquis une telle sagacité de palais, qu'ils reconnaissent le terroir de chaque vin de Bourgogne et lui assignent sa côte et sa date de récolte; les ivrognes confondent tous les crus. — Un autre effet de l'habitude est de restreindre l'exercice des sens dans le mode qu'ils ont acquis : ainsi l'usage prononcé des épices rend insipide tout autre aliment ; ainsi les yeux dont la sensibilité s'est étendue jusqu'à percevoir les objets dans l'ombre ou dans un demi-jour, se ferment à l'édat du plein jour et réclament désormais, pour condition de leur fonction, la lueur d'un milieu crépusculaire. C'est donc à tort que Bichat a dit que l'habitude émousse le sentiment et perfectionne le jugement : des sens détériorés préparent mal les décisions de l'esprit : des impressions réglées dans leur mesure et dans leurs retours aiguisent la sensation.
Les impressions que les surfaces sensibles transmettent au cerveau aboutissent, par la réaction de ce viscère, au plaisir ou à la douleur, deux phénomènes que l'habitude modifie puissamment: elle les atténue et finit par nous en ôter la conscience : une belle partition nous ravit à une première audition et plus encore à quelques auditions subséquentes qui nous permettent d'en mieux saisir les détails et l'ensemble; mais à force de l'entendre, il vient un oioment où nos oreilles ne sont plus frappées que par une succession de notes et de thèmes dont notre âme ne sait plus s'émouvoir. Une première tentative de cathétérisme provoque une vive souffrance, parfois la fièvre ; après plusieurs introduaions, la sonde est reçue sans douleur et devient familière au canal de l'urèthre. Faut-il en conclure que notre organisation conduit à l'indifiérenceet ne peut aviver sa sensibilité que par le changement? Bichat a jeté de sa plume celte désolante proposition; mais peut-être n'avait-il pas aperçu tous les éléments de l'habitude. Dans l'action des corps extérieurs sur DOS surfaces de perception, il faut distinguer : l*" l'effet de leur contact; 2*' le rapport qui s'établit ensuite entre l'organe impressionné et la cause impressionnante, rapport qui tantôt dépend des conditions individuelles de la vie plastique, tantôt se décide par la réaction cérébrale. L'habitude affaiblit progressivement et finit par anéantir la sensation qui résulte du contact, source des plaisirs inunédiats, instantanés, éphémères; elle fortifie au contraire le rapport qoi s'établit entre l'organe et l'agent extérieur, ou l'ordre d'idéeiî, de
iSà DEn.*HABITUM.^ [ITCIÈR
soQTenirs que représente cet agent ; et ce rapport d'harmonie vitale est la source des jouissances durables, inaltérées par le temps. Le premier aspect d'une localité oà nous arrivons nous frappe d'une manière agréable et nous dispose à y séjourner, voilà TelTet du premier contact de l'objet avec nos surfaces de perception ; au bout de quelque temps, cet état diminue; la vue journalière des mêmes cités, des mêmes édifices, du même horizon, leur 6te tout intérêt : Thabitude a fait son office. Mais si les teintes du paysage ont pâli à nos yeux, si les gronpes et la forme des constructions ont perdu leur attrait, une secrète liaison s'est établie entre ces lieux et nos besoins, nos goûts, notre rhythme moral ; leur horizon est devenu celui de notre pensée, il encadre notre vie. Ce n'est plus l'émoi de l'arrivée, Timpression vive et fraîche du premier jour; mais nous sentons qu'il y aurait pour nous privation à nous en éloigner : voilà le rapport qui se développe entre le sujet et l'objet II a commencé dans l'organe impressionné d'abord, il a fini par se généraliser, par engager tout notre être; loin de le détruire, l'habitude le consolide, le rend plus impérieux, et le plaisir qu*il donne est de ceux que le temps respecte. On comprend encore, de cette manière, dans une sphère inférieure de sensations, Finfluence de l'habitude sur les effets du tabac. Elle émonsse la sensation qni résulte de son contact avec la muqueuse nasale; mais elle renforce la relation qui s'établit entre elle et l'excitant fonctionnel qui n'excite plus, relation que le cerveau généralise, et qui engendre, si l'on peut ainsi dire, des plaisirs de réflexion. Le marin qui commence à se relever d'une maladie grave demande du tabac, quoiqu'il soit émoussé à l'action de cette substance par l'abus qu'il en fait sons toutes les formes, et cette sollicitation du malade est considérée avec raison comme un indice heureux pour le pronostic. La privation du tabac est de toutes les privations celle que les détenus supportent le plus difficilement; une révolte a eu lieu dans la prison d'Ëpinal aux cris : Du tabac ou la mort/ (Janvier 1843.)
Nous laissons aux philosophes, aux moralistes, le soin d'étudier l'action de l'habitude sur les affections de l'âme et sur les opérations de l'entendement; disons seulement que l'habitude, tour à tour auxiliaire et antagoniste de la volonté, réussit presque à lui subordonner jusqu'à un certain point les actes delà vie plastique ou à l'annuler dans ceux de la vie de relation. L'acteur qui s'est appliqué à débiter avec des intonations variées une tirade tragique, à produire le simulacre des passions attachées à son rôle, le joue à chaque représentation avec moins de sentiment; à la trentième, sa verve n'est plus que routine, et, l'esprit distrait, il remplit son office théâtral comme il digère, comme il respire, en l'absence de sa volonté. Au contraire, comme nous l'avons vu, la volonté peut intervenir dans les fonctions organiques, et influer sur la durée de l'élaboration digestive, sur la fréquence ou la rareté des excrétions diverses.
2* Locomotion. -^ L'habitude d'un exercice modéré donne à l'action musculaire plus de force, plus de précision, plus d'étendue et de célérité ; cette
PBiYéB] DE L'HABITVDE PAN3 L'ËTAT DE SANTÉ. 135
augmentation de force est toujours en rapport avec un accroissement de nutrition quis*opère dans le système musculaire. L'inaction réduit le volume musculaire, et quand elle devient habituelle, non-seulement la nutrition des organes du mouvement est diminuée, mais encore le tissu des muscles perd de sa consistance, de sa fermeté, de sa faculté contractile. Les résultats contraires s'observent tantôt d'une manière générale, comme chez l'ouvrier et chez l'homme de cabinet, tantôt sur le même individu, devenu puissant par quelques muscles plus particulièrement exercés, faible dans le reste de son appareil de locomotion. Ces inégalités de force dans les différents muscles, dans les différentes parties du corps, sont généralement provoquées par l'exercice des professions mécaniques ; la même cause rend les attitudes plus ou moins faciles et supportables. Il suffit, pour comprendre ces faits, de rappeler ce que l'activité plus soutenue, plus variée de certaines parties du corps permet de flexions et d'audace musculaire aux danseurs de ballet et de corde, aux portefaix, etc. Le boulanger doit à l'habitude de soulever et de projeter de grandes masses l'énergie de ses membres thoraciques; le tailleur s'accou^ tume au croisement permanent de ses jambes, position si péalble pour qui n'y a point rompu ses membres inférieurs. L'habitude des efforts considérables, des contractions énergiques, rend moins apte aux mouvements déliés, et diminue la grâce des allures ; la démarche de certaines professions est caractéristique. Toutefois l'habitude de déployer une certaine force n'exclut ni la dextérité ni la justesse des mouvements, quand ils s'appliquent à leur objet ordinaire : tel joueur de billard excelle sur ses rivaux, quoiqu'il se serve d'une queue pesante; il perd au contraire sa supériorité quand il y substitue une queue pKs légère.
3® Expressions. — Le geste ou la coordination des contractions musculaires du visage avec celles des membres et du tronc dans le but d'exprimer un état déterminé de l'âme, acquiert une grande perfection par le bénéûce de l'habitude; la mimique est fondée sur cette aptitude dont les orateurs, les tragédiens, les diplomates, etc. , nous offrent des exemples si divers.
La voix se fortifie par l'habitude et acquiert plus d'étendue : les crieurs publics, ie^ militaires instructeurs, tous ceux qui parlent en public nous en fournissent la preuve. Le timbre de la voix se modifie moins aisément; quoique dépendant de la forme des voies aériennes, des membranes et de leurs résonnances, il est en rapport, d'une part avec la constitution générale, d*autre part avec le milieu dans lequel se développent et s'exercent les organes de la phonation. La parole ou la voix articulée, grâce à l'habitude d'une déclamation méthodique, devient plus nette, plus distincte, plus mordante, plus cadencée; son volume et sa portée augmentent également : l'expérience de Déniosthène a été souvent répétée avec succès, et plus d'un bègue a réussi à changer l'action vicieuse des organes phonateurs par la persévérance d'une discipline spéciale. L'orthophonie, ou l'art de redresser les défectuosités de la
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parole, ne consiste guère, dans la plupart des cas, qae dans la transmotation des habitudes fonctionnelles.
k'' Sommeil et veille, — L'heure et la durée du sommeil, ainsi que les conditions qui le favorisent, se laissent régler par l'habitude ; elle éloigne ou rapproche les retours du besoin de dormir, elle le sonne pour ainsi dire à heure fixe : il suffit, en effet, de se livrer au sommeil plusieurs fois de suite à la même heure pour que l'on continue d'en sentir les atteintes à point nommé. Il est remarquable que la volonté prolonge son empire à travers le sommeil et détermine l'heure du réveil avec une sorte de précision. Quoiqu'une certaine mesure de repos soit indispensable au système nerveux, il se prête par degrés à l'exigence de l'habitude, qui rend parfois si inégaux les intervalles de repos et d'activité : l'un se plonge dans un sonmieil de dix à douze heures, et si quelque circonstance l'a abrégé d'une heure, il se lève avec un sentiment de lassitude; l'autre répare en quatre heures les déperditions nerveuses et pro« longe impunément ses veilles. Les usages d'un certain monde font du jour la nuit et de la nuit le jour; des professions pénibles nécessitent aussi cette inversion; mais l%omme du monde, comme le plébéien condamné au nocturne labeur, expie t6t ou tard, par le dérangement de la santé, cette infraction aux règles de la nature. Enfin l'habitude fait à chacun son lit : aux efféminés leur moelleuse couche d'édredon, à l'homme de travail le plan moins élastique du crin, au soldat la planche inclinée qu'on appelle lit de camp, au matelot le hamac flottant, au lazzarone les larges dalles de la place ou le seuil d'un portique; et dans ces conditions si différentes, le bienfait est égal pour tous : peut-être même le grabat du pauvre a-t-il connu moins d'angoisses et d*insomnies que la couche des grands et des riches.
§ 9. — Dca habltadei morbldop.
Il est des maladies devenues habituelles et qui n'excluent pa^ un état de santé suffisant (1); il en est d'autres qui ont acquis droit de domicile dans l'économie et qu'il serait dangereux de guérir (2). Nous les appQhm habitudes morbides, parce qu'elles constituent des dispositions acquises à l'organisme qui s'y accommode par une sorte de tolérance; invétérées par une longue suite d'années, supplémentaires d'une fonction qui s'est éteinte, ou qui est devenue insuffisante, elles peuvent devenir une condition nécessaire de l'équilibre fonctionnel, et doivent alors être respectées. Examinez attentivement les hommes qui sont parvenus à leur période de décroissance : il s'en trouve peu que les
(1 ) « Ceux dont la maladie s*accorde avec leur constitution^ leur âge, leur habitude et » avec la saison de l'année, sont moins en danger que ceux dont la maladie n'a aucune
de ces convenances. » (Hippocr., Aphor, 34, sect. II.)
(2) « Les habitudes anciennes, bien que mauvaises, troublent moins que les choses » inaccoutumées. » (Idem. Ibid, 50.)
VMYil] DES HABITUDES MORBIDES. 137
maladies aient entièrement épargnés et qui ne gardent dans un recoin de leur économie quelque ?esUge de lésion antérieure. Chez les malades qui ont passé Tâge de cinquante ans, me disait un jour Rayer, il faut chercher, non une seule maladie, mais deux ou trois maladies. Les foyers morbides, quand ils ont duré ou quand ils ont eu une vive intensité, laissent çà et là une cendre mal éteinte d'où peut jaillir l'étincelle d'un nouvel incendie. Si la maladie n'a point passé sur les organes, le temps, l'inexorable temps détériore par degrés leur structure et leur jeu ; les tempéraments se dégradent, le^ prédominances organiques sont interverties, des actes physiologiques s'aiïaiblissent ou s'éteignent; dans cette tourmente de l'âge, un état morbide survient parfois comme par un effort désespéré de la nature conservatrice, et ce qui eût été danger à une autre époque de la vie devient ressource pour le moment présent.
Mais nous ne restreignons pas à ces deux groupes de maladies la dénomination d'habitudes morbides ; les abus, les excès, deviennent aussi des habitudes, c'est-à-dire des dispositions acquises à l'oi^anisme par la répétition de l'acte ou par la continuité de la sensation qui donne lieu à l'excès, à l'abus : l'exercice régulier des organes génitaux est utile ; leur exercice immodéré, qui constitue l'excès, leur exercice dépravé, qui constitue l'abus ou la masturbation, sont funestes et doivent être rangés parmi les habitudes morbides.
' Il faut donc entendre encore par ce mot certaines dispositions acquises au détriment d'un oi^ne ou de l'organisme entier, et qui, par leur persistance, deviennent des causes infaillibles de maladie. On pourrait appeler habitudes morbides les maladies compatibles avec la santé ou dangereuses à guérir, et habitudes morbi figues^ les dispositions acquises qui, comme la nostalgie ou l'excès vénérien, aboutissent inévitablement à la maladie.
I. Fonctions de la génération. — 1® De Vabus des organes génitaux. — Relativement aux organes de la reproduction, l'abus consiste dans leur action irrégulière, anormale, anticipée, etc. ; qui ne peut avoir pour résultat la propagation de l'espèce (Lallemand). La masturbation, désignée encore par l'expression historiquement inexacte à" onanisme et par l'expression incomplète de chiromanie, a été l'objet d'une foule d'observations (Sydenham, Zimmermann, Boerhaave, Van Swieten, etc.) et de traités spéciaux dont le plus célèbre est dû à Tissot et le plus récent à Oeslandes. Le premier, empreint d'exagération, a néanmoins exercé sur beaucoup de jeunes lecteurs une salutaire
' intimidation. •
X>epuis que les testicules ont acquis tout leur développement jusqu'au moment de leur atrophie commençante par le progrès de l'âge, la sécrétion du sperme se continue avec des alternatives d'augmentation et de diminution, suivant l'excitation ou le repos des glandes ; il en résulte pour l'homme l'ap* tilude permanente à l'acte vénérien, aptitude qui n'est que périodique chez la plupart des animaux. La situation des parties génitales chez l'homme à l'extérieur et comme sous la main, leur déhiscence chez la femme, la conformation des membres supérieurs qui leur donne toute facilité d'attouchement, la con-
188 DE t'HABITUDI. [VfOÈKt
nexion de la fooction génitale a?ec plusieors actes de l*éconoinie et an grand nombre d*éiau morbides, font voir que Torganisation humaine porte malheureusement en elle-même le principe de ses égarements. Mais une autre cause de sollicitation organique, c'est la précocité de FinstiDct génital, des idées et des sentiments dont il est le mobile. En général. Timpulsion d*un sexe vers l'autre coïncide avec l'aptitude physique ; mais il arrive aussi que rinstioct génital devance la puberté : il est aisé d'en surprendre les indices daus l'allure des enfants des deux sexes, dans leur commerce réciproque. Les impressions qui frappent la plus tendre enfance deviennent souvent le point de départ d'une aberration clandestine ; les observations abondent qui prouvent nonseulement le danger des excitations les plus fortuites, les plus insignifiantes en apparence, les moins susceptibles d'être prévues, mais encore la prématurité de Tinstinct vénérien^ sévissant sur des organes imparfaits. On se rappelle celte petite fille dont Parent-Duchâtelet nous a laissé l'histoire (1) : âgée de quatre ans, élevée par une aïeule sévère et pleine de religion, elle avait contracté es secret les habitudes les plus déréglées, et elle étonna ceux qui l'interrogèrent par la cynique naïveté de sa corruption. — Des causes extérieures, la plus fréquente est l'imprudence des parents, qui se croient dispensés de surveiller leurs enfants jusqu'après l'évolution manifeste des organes génitaux : erreur fatale, car le berceau du nourrisson a ses périls et ses mystères de dépravation! * Lallemand raconte qu'une nourrice avait recours, pour calmer les cris de l'enfant qu'elle allaitait, à des attouchements, suivis de mouvements spasmodlques, puis d'un repos apparent ; les convulsions survinrent et furent attribuées par les parents aux vers, à la dentition, etc., jusqu'à ce que Lallemand s'avisât de la cause réelle, bientôt confirmée par les aveux de la nourrice : force fut de la renvoyer, car sa vue seule rappelait à l'enfant les sensations dont il avait déjà contracté l'habitude. Deux faits analogues sont rapportés par Desiandes (2), et Ilallé en citait aussi dans son cours d'hygiène. Que d'enfants pervertis dès Tâge de cinq et six ans par leurs bonnes, employés comme instruments d'une volupté hypocrite par des êtres abjects. Les collèges, les pensionnats, les maisons d'éducation sont, ou ne saurait le dissimuler, des foyers de contagion morale qui s'étendent aux nouveaux venus de tout âge, cl si le vice endémique de ces établissements épargne un enfant, il ne tarde pas à sucœmber aux sollicitations spontanées des organes génitaux qui s'éveillent et qui lui créent un sens nouveau. Nul précepte de pure morale, nulle insiruciion religieuse, nulle « puissance ne peut empêcher chez le pubère la sécrétion de sperme et l einoi mystérieux qu'elle détermine dans l'économie : dans cet état d'orgasme, la provocation de l'exemple n'est même pas nécessaire pour entraîner à des pratiques dégradantes le jeune élève, soustrait à la surveillance de ses parents et se dérobant sans peine à celle de ses maîtres.
(1) Parent-Duchatelet, Annale» d'hygiène et de médecine légale, 1832, t. VII, p. 173. — Voyez aussi t. XXXVII, p. 436.
(2) Deslaudes, De C onanisme et des autres abus vénériens, Paris^ 1835^ in-8.
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La fonction de la génération ne dépend pas senlement des instr.uments qn'exîge le commerce sexuel ; Tencéphale doit irradier sur ces parties ou recevoir les sensations qui en proviennent, et par là régler la série des actes dont elles Mmt chargées. Il est dif&cile, même en présence de faits nombreux qui plaident en faveur du cervelet, de lui accorder ce privilège fonctionnel. C'est, il faut Tavouer, une des localisations phrénologiques les moins aventurées : on cite des observations où une irritation plus ou moins ancienne du cervelet a provoqué la mastnrbatbn, une convoitise erotique seulement intellectuelle et disproportionnée avec le développement des organes génitaux. Lallemand a retracé l'histoire curieuse d'un masturbateur qui se procurait des érections par la percussion de l'occiput Gensoul, cité par Serres (!)• a guéri un homme atteint de pollutions opiniâtres par l'application de sangsues et de la glace pilée il la nuque. Toutefois, à côté des observations favorables à l'opinion qui fait du cervelet l'organe central de l'instinct de la propagation, il faut placer le fait bien authentique de la coïncidence de l'onanisme avec l'absence complète du cervelet (2) ; la statistique relatée par Burdach, où les phénomènes des organes génitaux se montrent dix-sept fois sous la dépendance des lésions du cervelet, et trois cent trente-deux fois sous celle des lésions du cerveau ; les observations négatives d'Andral (S); celles de Lélut constatant que dès l'âge de quatre à cinq ans le cervelet a acquis la proportion prétendue pubère de son volume relativement à celui du cervean (6), etc. Plusieurs dispositions congénitales dcfviennent des causes occasionnelles du même abus : l'accumulation de la matière sébacée entre le prépuce et le gland, l'âcretô putride de cette sécrétion, le phimosis naturel, la longueur ou l'exubérance du prépuce, une dartre prépatiale alternant avec une dartre anale» ont donné lieu à des pollutions nocturnes, et, par suite, k la masturbation ; la présence d'ascarides dans le rectum peut aussi provoquer h cet abus.
Nous renvoyons aux traités spéciaux qui ont été publiés sur ce triste sujet pour édifier le lecteur sur la singularité et la multiplicité des moyens par les* quels les victimes de la masturbation se procurent les sensations qu'elles appète'nt Une position, un froissement, une attitude prise par hasard a souvent révélé à l'enfant, à l'adolescent un nouvel ordre d'impressions, et lui devient un moyen de les obtenir à volonté. Qui n'a lu Thistoiredeces pâtres qui, pour ranimer Thébélude croissante de leur sensibilité, cl tirer encore des jouissances d'organes émoussés, en sont venus à l'emploi des ressources les plus monstrueuses? Signalons seulement Terreur des auteurs qui ont parié de masturbation sans émission séminale, grâce à la compression exercée sur les points kê plus reculés de l'urèthre ; la compression faite au devant des canaux éjacuhiteurs a été même recommandée par beaucoup de médecins contre les poUu-
(1) Serres, Anatomie du cervenUf t. II, p. 608.
(2) J. Cruveilhier^ Anatomie pathologique, 183d, livraisons XY et XVIII.
(3) Andral, Clinique médicale, t. V, p. 735.
{à) Annales médico-psychol.^ 1843, L II, p. 173.
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lions : or elle est inutile, quel qn*en soit le siège : <( Quand il s'est trouvé assez d'espace au-devant des canaux éjaculateurspour loger le sperme, il s'est écoulé en totalité dès que le canal est devenu libre ; quand la compression a été exercée immédiatement au-devant de Torifice des canaux éjaculateurs, le sperme s'est trouvé refoulé du côté de la vessie ; il y a pénétré, du moins en très-grandç partie : de sorte qu'il a été facile de croire que la perle séminale était empêchée on beaucoup diminuée^ ce qui a fait naître une sécurité funesie (1). >
Les effets de ce vice sont relatifs à l'âge, an tempérament, aux divers oi^anes de l'économie. Les enfants maigrissent, s'étiolent ; ils deviennent hargneux^ Irritables ; leur sommeil est court, agité, interrompu ; ils finissent par le marasme et la mort. Chez eux, les accidents nerveux font explosion plus facilement que chez les adultes : telles sont les contractions spasmodiques, les convulsions partielles on générales, l'éclampsie, l'épilepsic, et une espèce de paralysie accompagnée de contraction des membres, bien étudiée par Guersant (2). Tous les effets de la masturbation avant la puberté se rapportent au système nerveux; cette influence n'agit pas moins chez les adultes, puisqu'ils éprouvent les mêmes sensations, mais il s'y ajoute une déperdition de sperme dont il &nt tenir grand compte ; et c'est à tort que beaucoup de médecins font dépendre exclusivement de l'ébranlement nerveux les conséquences de la masturbation chez les adultes ; toute perte exagérée de semence, même en l'absence de toute sensation, cause un affaiblissement funeste, et les pollutions diurnes, comme nous le verrons plus bas, quoique exemptes d'érections, peuvent conduire à la mort par leur fréquence et leur invétération. Aussi, toutes les fois qu'on peut maîtriser l'enfant et la femme, le mal s'arrête et le rétablis* sèment est prompt, tandis que l'homme adulte, guéri de ses funestes habitudes, ramené à la vie la plus régulière, continue de dépérir s'il continue de perdre involontairement la liqueur séminale dont il a trop fréquemment sollicité la sécrétion et l'éjaculation. C'est cette perte involontaire et souvent méconnue qui s'oppose au rétablissement de certains masturbateurs corrigés ; que si ces derniers demeurent affligés de pollutions diurnes, tandis que d'autres se rétablissent complètement, cela tient à ce que ceux-ci ont renoncé à leur mauvaise habitude par Téuergie soutenue de leur volonté, et ceux-là par impuissance : les uns ont perdu leur virilité par Tabus, les autres l'ont sauvegardée par leur force de résolution.
Les tempéraments font varier les caractères et l'intensité des effets que produit l'abus vénérien ; cependant il ne faut pas confondre avec leur influence la part qui revient à la puissance très-inégale des organes génitaux. — Tous les organes ne se ressentent pas également des suites de la masturbation ; les idiosyncrasies individuelles décident en quelque sorte de la localisation des effets morbides : tantôt c'est la vue qui est menacée, tantôt les poumons; chez l'un
(1) LaUemand^ op. ci'/., t. I^ p. A 54.
(2) Guersant, Gazette rnéifica/e, février 1 832,
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altération des fonctions digestives, chez l'autre palpitations habituelles. Les effets tes plus constants sont l'amaigrissement, la débilité musculaire, la décoloration générale, une impressionnabilité croissante à toutes les influences extérienres et internes, la dépression des facultés encéphaliques, particulièrement de la mémoire, la direction vicieuse des idées et la permanence des préoccupations qui se rattachent à la satisfaction d*un besoin rendu tyrannique. Le trouble intellectuel peut aller jusqu'à la folie ; la démence, la mélancolie, le penchant au suicide sont rangés par Esquirol parmi les suites de la masturbation, qui, selon le même observateur, détermine ces désordres plus souvent chez rhomme que chez la femme (1). Ce dernier fait nous frappe et milite, ce nous semble, en faveur de Topinion de Lallemand, qui attribue le plus grand nombre de ces effets, non à la masturbation souvent arrêtée depuis plusieurs années, non aui secousses imprimées à Taxe cérébro-spinal, mais aux déperditions séminales involontaires que ce vice a laissées à sa suite.
Les masturbateurs se dénoncentpar les traits de leur extériorité : leur visage est pâle et tiré ; leurs yeux sont entourés de cercles violacés et comme enfoncés dans les orbites, leurs pupilles habituellement dilatées; une expression de honte, de tristesse et de défiance caractérise leur faciès. A peine émancipés de Tenfance, ils présentent les signes d'une puberté hâtive ; plus tard, quand ils persévèrent dans leurs pratiques, leurs organes génitaux sont flasques et flétris. Chez les jeunes filles, on observe parfois une ampleur considérable des lèvres, le volume du clitoris, un écoulement leucorrhéique, suite de leurs manœuvres furibondes. Les masturbateurs s'isolent ; dans la société des jeunes gens de leur âge, ils ont des échappées de cynisme^ mais dans le monde leur attitude est morne et d'une timidité qui fait croire à l'innocence d^ leurs mœurs. Couchés, ils disparaissent sous les couvertures, feignent de dormir à l'approche d*un observateur ; mais l'animation de leur face, la sueur qui baigne leur peao, le mouvement accéléré de leur respiration trahissent le flagrant délit dont les traces ont souillé leur couche. L'aveu du vice complète parfois cette investigation ; mais l'interrogatoire est délicat : il faut craindre de susciter à une âme candide l'idée d'un abus qu'elle ignore. Les adultes sont plus francs et beaucoup de militaires, pressés par nous, ont déclaré leur aberration, en ajoutant qu'ils en étaient guéris depuis longtemps, ce qui n'était pas vrai.
Par l'effet des masturbations de plus en plus réitérées, la liqueur séminale perd peu à peu sa consistance, sa couleur, son odeur et même ses spermatozoïdes (2) ; elle ressemble de plus en plus au mucus des vésicules et au fluide prostatique ; quelquefois la liqueur éjaculée est sanguinolente ou mêlée de sang pur. Nous avons déjà signalé les accidents pathologiques qui surviennent chez les enfants; les adultes ont à redouter, par suite des abus prolongés de l'appa*
(1) Annales d'hygiène et de médecine légale, 1830^ t. IV, p. 357.
(2) Sur les dégradations et déformations des spermatozoïdes chez les tabescents et les onaniites, voyez thèse^ Kaula (Paris^ 1846^ n? 112).
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reil génital, Tinfécondité, l'impuissance, les lésions du cœur présagées longtemps à l'avîuice par les palpitations et les dyspnées passagères, la phthisie pulmonaire, d'où le préjugé médical de la salacité des phihisiques; comme si une affection que favorisent toutes les causes débilitantes était de nature k surexciter la fonction reproductrice et ne résultait pas plutôt elle-même, d'une manière plus ou moins directe, de la débilitation profonde que subit l'organisme, et par la déperdition séminale habituelle, et par la secousse nerveuse de chaque émission volontaire du sperme; des paralysies, des congestions cérébrales, un tremblement choréiforme, la carie vertébrale (Boyer), etc., peuvent aussi se développer sous Tinfluence prolongée de la masturbation. Elle produit encore, comme effets immédiats, des écoulements, des prostaiites, des cystite» plus ou moins aiguès, l'hématurie, des orcbites qui passent pour spontanées. Nous avons quelquefois à traiter dans notre hôpital des orcbites survenues chei de jeunes militaires tout à fait purs de syphilis, et qui afOruient ne pouvoir aasiguer aucune cause à leur maladie ; interrogés avec un intérêt conûdentiei, hors la présence des élèves et des infirmiers, plusieurs nous ont avoué leur penchant à la masturbation. Nous avons soigné (janvier ibi!i3) un soldat, âgé de vmgt et un ans, affecté de prostatite : il n'avait jamais eu d'uréihrite ni aucune affection syphilitique, et lui-môme rapportait ce qu'il appelait sa gène d'uriner aux manceuvres solitaires dont il avait l'habitude. H faut reconnaître toutefois que le tableau tracé par Tissot et quelques autres des conséquences de la masturbation, est empreint d'exagération; mais si elle ne réalise les maladies précitées que dans un peiit nombre de cas où elle a éié poussée à tonte outrance, elle influe sur la marche des afleciions qui frappent les masturbateurs ; elle les aggrave, elle en prolonge la durée, elle leur imprime parfois une allure bizarre et y mêle des phénomènes nerveux. Les sujets usés par ce vice, dès qu'ils éprouvent une fièvre grave, sont voisins de l'ataxie, de l'adynamie ; les solutions franches fout défaut chez eux et ils supportent mai un traitement énergique.
Avant l'âge où Ton peut s'adresser utilement à la volonté, l'hygiène se borne ici à la surveillance la plus assidue, et sur l'enfant et sur son entourage, aux moyens de répression mécanique par les liens et les appareils ; à l'âge où la conscience existe, il faut s'emparer de la volonté des sujets, et, par une impulsion héroïque, les amener à rompre la série de leurs fatales jouissances ; on ne continuera pas moins de les surveiller avec une égale sollicitude de jour et de nuit. On écartera de leur sphère toute séduction matérielle et morale, tout ce qui peut exciter les sens ou l'imagination (livres, tableaux, conversations ambiguës, aliments échauffants, etc.). Si une perte séminale involontaire ou tout autre accident se prolonge après la cessation de l'abus, il y a urgence d'y remédier. Après l'action morale, les meilleurs moyens de prévenir le retour à l'abus, c'est la variété des occupations et l'exercice musculaire porté jusqu'à la faiigue. Lue gymnastique bien dirigée peut à elle seule remplacer tous les autres agents préservatifs ; malheureusement, dans nos éta-
HUtAb] des habitudes MORBIDES. 143
btissements d'instruction publique, une sorte d'entraînement des esprits fait oublier les intérêts et les nécessités de l'organisation physique. Quand les forces doivent être rele? ées, mieux vaut recourir au régime lacté ou du moins à un régime doux, quoique substantiel, qu'à l'usage des amers, des ferrugineux, et surtout du vin, qu'Hippocrate défend aux individus tombés dans la consomption dorsale par excès vénérien : OupyiÇcwv atttxtoQia. £i)Gn il est deâ cas où le besoin génital, parlant haut et justifié par l'organisation, exige satisfaction, et pour prévenir des égarements, il faut lui payer le naturel tribut de l'union sexuelle.
T Des excès vénériens. — Avec Lallcmand, nous entendons ici par excès l'usage poussé au delà des besoins réels, au delà de ce qu'exige la propagation de Tespèce ; et quoique les efleis de l'excès génital ressemblent beaucoup à ceux de l'abus, il nous a paru utile d'en traiter séparément.
Où commence l'excès? où unit l'usage? Nulle fixation n'est possible à -cet égard ; de tous les organes, ceux de la reproduction présentent le plus d'inégalité fonctionnelle, uon-sculement d'un individu à un autre, mais dans le môme individu pris aux diiïéreutes époques de la vie : le besoin, ce cri de l'organisme, semble indiquer la mesure de leur acthité, mais non le besoin factice, provoqué par une passion, par une dartre préputiale, par une irritation do cervelet, de la moelle épinière ou des nerfs génitaux, par la présence d'ascarides dans le reaum, etc. C'est ici qu'il importe de faire la part de l'instinct génital plus ou moins développé, et de l'activité propre des organes de la reproduction ; la fréquence et la durée des érections ne sauraient toujours indiquer la limite du besoin, toutes les causes ci-dessus énumérées et d'autres pouvant y donner lieu. Les phénomènes observés dans les différentes fonctions de l'économie ne permettent pas davantage d'évaluer la mesure du besoin génital; car l'aiooie génitale, résultat d'une Cf)niinence trop prolongée, et la pléthore spermatique font naitre beaucoup de symptômes analogues, tels que malaise, torpeur, somnolence, ou bien agitation, altération du caractère, dégoût de la vie, disposition au pleur, etc. Les effets immédiats du besoin satisfait font seuls reconnaître s'il était légitime ou non; et présagent avec certitude les conséquences ultérieures qu'on doit attendre de nouveaux rapports sexuels. L'accomplissement régulier de toute fonction nécessaire à l'économie y laisse à sa suite un retentissement agréable. S'il en est ainsi de la satisfaction du besoin génital, si après l'acte consommé la tête est plus libre, l'esprit plus gai, le corps plus souple, plus vigoureux, la nature a été obéie dans sa juste exigence ; mais le coït entralne-t-il un sentiment de tristesse et de satiété, l'aflaissement des forces physiques et intellectuelles, une importune pesanteur des idées et des mouvements, il y a eu excès, et fût-il suivi d erec^ tions nouvelles, le besoin n'y serait pour rien. Les cas intermédiaires entre ces extrêmes, dit Lallemand, constituent le train ordinaire de la vie, le coït n'est alors suivi d'aucun phénomène remarquable en bien ni en mal ; et ce praticien en conclut que dans l'immense majorité des cas il est loin d'avoir
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sur récouomie l'influence nuisible qu'on lui attribue par une banale exagération. On objecte les accidents nerveux, épileptifomies, qui ont éclaté pendant ou après le contact sexuel; sans doute les excès yénériens y disposent, mais souvent l'habitude des convulsions existait antérieurement au mariage, etc. Quant aux ruptures d'anévrysmes, aux apoplexies survenues dans la même circonstance, ces catastrophes ne se produisent-elles pas aussi par toute émotion qui accélère les contractions du cœur, par tout effort qui commande la suspension plus ou moins complète de la respiration?'
L*espèce d'orgasme génital qui signale l'avènement à la puberté entraine l'adolescent à des excès ; la plénitude de la virilité y sollicite de même : aussi les jeunes mariés pèchent-ils souvent par là. La prédominance du système lymphatique (1) y dispose moins, mais les rend aussi plus dangereux. L'excitabilité génitale attribuée au tempérament nerveux n'est souvent qoe l'exaltation du sens encéphalique qui correspond à la fonction ; cette prépondérance de l'instinct génital sur les organes de la fonction est une cause d'excès d'autant plus funeste que la disproportion est plus grande entre le mobile cérébral et l'instrument fonctionnel : elle s'annonce souvent dès 1'^ de cinq à dix ans et sévit snr l'existence entière. Ceux qne pousse cette fatak convoitise ont les idées incessamment tournées vers les objets qui peuvent la satisfaire; la fatigue, l'épuisement qu'ils éprouvent ne les arrêtent pas; leur volonté vacillante ne sait pas s'attacher aux bonnes résolutions qui leur sont suggérées; leur vie est une alternative de paroxymes vénériens et de collapaos dont le terme est l'impuissance ou l'aliénation mentale. Le développement des organes sexuels, si variable suivant les individus, et souvent sans proportion avec l'ensemble de la constitution, ne devient une cause d'excès que lorsqu'il s'y joint une grande ardeur d'appétit vénérien, circonstance purement encéphalique. Nous n'oserions répéter avec Lallemand que la condition qui dispose le moins aux excès vénériens est celle dans laquelle les parties sexuelles prédominent sur l'organe encéphalique ; mais les exigences exclusivement physiques sont plus faciles à comprimer, à modérer; une fuis satisfaites, elles font trêve <i la pensée et ne lui suscitent point le tracas des préoccupations perpétuelles du plaisir ni la tourmente des machinations romanesques. Quant aux sexes, il est certain que la femme est plus exempte des effets de l'excès vénérien. Faut-il en conclure avec Deslandes que le coït lui cause moins de fatigue ? Disons plutôt qu'elle sait mieux en désintéresser ses organes, à la faveur d'une facile et trompeuse passivité; elle n'est pas d'ailleurs exposée à Tévacnation de sperme, cause principale de Taffaiblissement des hommes. L'excès porte, non-seulement, sur le nombre des actes vénériens, mais sur le nK)de suivant lequel ils s'accomplissent : accompagnés d'un grand émoi, ils
(1) « Chez les hommes (Scythes) le penchant au plaisir de l'amour est moins vif, à » cause de l'humidité de la constitution^ à cause du relâchement et de la froideur du » ventre. » (Hippocrate^ trad. de Littré, Des airs, des eaitx et des lieiuc, Paris, 1840, t. Il, p. 75.)
FKIVÉB] BKS HABITUDES MORBIDES. 145
débilitent davantage, soit par la dépense nerveuse, soit parce que la vivacité des jouissances est en rapport avec le degré d'élaboration du sperme.
L'excès génital engendre les mêmes effets que Tabus; ils se résument dans l'affaiblissement général du physique et du moral On sait aujourd'hui sous quelles formes variées se manifestent les résultats pathologiques de l'excès vénérien; les dérangements progressifs de la santé échappent longtemps à l'atteniioD de ceux qui les éprouvent, et peuvent en imposer au médecin pour des maladies très-différentes : que de prétendues gastrites chroniques, que d'hypochondries, que d'affections commençantes du cœur, ne reconnaissent d'autre cau^ que les jouissances immodérées do l'amour et les pertes séminales involontaires qui en sont la suite ! L'affaiblissement général et progressif de tout le corps, des symptômes de congestion cérébrale, des paralysies attribuées à une lésion céphalo-spinale, proviennent souvent de la même cause. Les altérations les plus graves de l'intelligence ont été observées chez des sujets livrés aux excès erotiques et faussement rattachées à une lésion de l'encéphale : beaucoup de phthisies qui se développent avec une certaine acuité chez des jeunes gens exempts de toute influence héréditaire rentrent dans les cas de cette consomption dorsale {tfQhtç ytùrtâç)^ si admirablement décrite par Hippocrate, et qui, suivant ce grand observateur, affecte principalement les nouveaux mariés et les libertins (Xafi^cc ^ fiakt^ra vcoyvfAouç xa< ipàokâyywç). Combien de maladies poursuivies à coups de remèdes internes, d'antiphlogistiques, de régime, etc. , énigmes ardues et mobiles de la pratique des cités^ et dont la solution se trouve dans le mode d'exercice d'une fonction secrète, dans des habitudes qu'il est si délicat d'interroger! Le parallèle de l'Orient polygame et sensuel, et de l'Occident monogame et tourné au spiritualisme, présente en grand les effets différents que produit l'usage des orgaues génitaux; c'est là comme une expérience instituée sur les masses sous l'œil de rhistoire, et le médecin y puise des enseignements aussi graves que le philosophe et le politique : « D'un côté, polygamie, harems et sérails : d'où excès vénériens, mutilation barbare, sodomie révoltante, population rare, inactive, indolente, vouée à l'ignorance, par conséquent à la misère, à tous les despotismes. De l'autre côté, monogamie, austérité chrétienne, répartition plus égale du bonheur domestique, augmentation croissante des lumières, de la liberté, de l'égalité, du bien-être; multiplication rapide, population serrée, active, laborieuse, entreprenante, audacieuse, envahissante par impulsion et par nécessité (1). «
y Des pollutions, — Une des habitudes de l'appareil génital qu'il est le plus difficile de combattre, c'est l'évacuation involontaire du sperme, évacuation qui s>flectae sans coït, sans attouchement, sans manœuvre masturbatrice On dislingue les pollutions en diurnes et en nocturnes; une division plus pratique serait celle des pollutions utiles et des pollutions nuisibles : les diurnes sont
(1) LaUemand, op. cit., 1. 1, p. 646.
M. LÉVT. Hygîèiiei 5* ÉDIT. L — iO
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de pertes léwMealfi iataleatMni» ■»» coaae loa ja«n testai ec de qsaoliié tariiUe (2).
PùUuiiam moelume$» «-> BMei aoat ptae comonnei qw ks tel MM ee pMvooe adtMtife arec la piapart des alemi qa'elei aoicM |4iis mmvpiMn de deteeir habitodlea, pi» iodépeMiaMei de h tdaiié, plot dtfkilef k yaérir. Ttatao eoalraira^ cHei mit ploiaoofeac adléet par do causai qA dépeadeat iadifeetaaieoi de la folonlé, pir des coaditiiM pasBi- Hferes de ror^nûsne; aUes soat plos somreat critiques, c'est-ènliffe niotaires, et c*€it k ton qa'op les tepréscate presque tooitt comiue acraMatei, comme essentielles à réprimer. Dues à la pléthore spermatiqne, cilea foiit cesser les aagoiMes indéfioisssbies d'oae contiiieoee forcée. 11 y arait dp rhiqiiétude, dn mstsîse, de Timpatieiice, de la dispositîoo soi Isrmea, de il eêphalslgie at ec fermeoiaiioD des idées et ragoeémoi de l'Ime, etc. ; sor? ieotriMéfacoatioo apoouoée de sperme, et loosces troobless*éT*Boaissent : oœcHse* nw vérHa- Me crise s rélabii réqoiiibre dsos Téconomie. Chei qœlqoes Jeooca geos, vers l'époque de Is poberté» les pollotions se déclarent comme les preoiières règiei cbes U Jeooe AlICt et elles prélodeot peodsnt qoelqoes Joars par des troobles géoérsui qui se dissipent après la première é? acoaiion. BIlea ont qoelqoeibis Jogé deii maladies. P. Frank rapporte Tetempie d*Qii homme atteint de fièTre maligne, et qui dans la nuit oA l'on craignait le plos poor sei Joota eot trois pollutions copieuses qoi Jogèreot la maladie. Bnlfon cite on eedMastiqoe qui détint foo par excès de continence et reooovra la raison sprès d'abondantes pollotions. -* Presqoe toojoors les pollotions otiles sont eopleoses, poisqo'elles n'ont guère lleo que dans on état de pléthore spermatîqoe insolite; qoaod elles ttont critiqoes dans le eoors d'one maladie, elles se répètent plosleora ibis dans one senle noit : ainsi rindiqoent do moins les cas mentionnés par les auteurs (S). Opendant il faut se rappeler Ici les inégalités de la fonction génitale suivant les individus.
AuHsi longtemps qu'elles sont occasionoées par la plénitode des fésicoles séminsles, ces éTscosilons sont accompagnées de sensations Toloptoeoses,
(1) B^atn, Did. de méd. et de chirurgie pratiquée. Paris, l«35, t. XIII, p. 4S4, art. PuLLOtios.
(2) LjiUeiiuind, op. et/., 1. 1!^ p. 378.
(3) Voyei thèM de M. Kaiila, p. 3t.
Flivte] DES H1BITI]DES MORBIDES. 147
précédées dé rêves agréables; mais celle exubérance d'énergie génitale ne dure point La fatigue sorvicnt par la répétition des mêmes phénomènes; les organes sexuels, que ne fortifie point un exercice régulier^ légitime, s'affaiblissent, tout en consenrant l'habitude de se contracter sous l'influence de stimulations de moins en OM>ins énergiques, et c'est ici la transition de Tétat normal ^ l'eut pathologique, transition qui échappe aux regards du praticien, rarement appelé ou rendu attentif à cette époque de déchéance commençanie. Si le coït, qui est alors d'une indication aussi sûre qu'impérieuse, ne vient point rompre l'habitude des émissioos spontanées, celles-d ne tardent pas à s'opérer sans rêve, sans érection, sans jouissance, et le malade ne reconnaît plus qu'aux maculations de sa couche le stérile épisode de ses nuits; alors aussi la liqueur séminale subit les altérations signalées plus haut, et finit par devenir aqueuse, circonstance qui obscurcit le diagnostic. Bientôt les causes les plus légères, les plus indireaes, snflBsent à mettre en jeu la contractilité morbide des vésicules séminales : la chaleur ou l'élasticité du lit, l'usage du café ou du thé, la plénitode de la vessie, le décubitus dorsal, etc. , provoquent des pollutions, et les impressions les plus fugitives de la journée servent de thèmes k la fabulation cérébrale qui réagit sur les organes génitaux. Mais les rêves commencent à s'entremêler d'incidents tragiques, de terreurs; ilsdégénèreiUen cauchemars, et l'émission séoiinsle survient au plus fort de ce drame étrange, sans plaisir, sans idée lascive. Au réveil, faiblesse, accablement, paresse de l'esprit, pesanteur de tête, morosité, etc. On peut donc dire que la nature des pollutions se révèle per leurs effets, par les circonstances dans lesquelles elles ont lieu. La fraîcheur el la vivacité de l'esprit, un sentiment de vigueur musculaire et de soulagement général, tels sont au réveil les signes de l'utilité ou de l'innocuité d'une pollution nocturne, et il ne s'agit pour l'hygiéniste que d'en prévenir la trop prompte récidive ; des sensations inverses l'avertiront qu'il y a imminence morbide pour l'organisme, sinon déjà maladie et péril.
Quant aux rêves qui précèdent Tévacuation spermatique. et auxquels le vulgaire attribue ce résultat, leur filiation est double : tantôt c'est le cerveau, tantôt rinstrument fonctionnel qui en a l'initiative. Le premier cas se présente quand par hasard, ou par vicieuse habitude, l'e&prit s'est préoccupé pendant le jour d'image lascives, de souvenirs tentateurs s il en résulte un besoin factice de l'exercice génital, et, comme dit Bégin, les actions cérébrales, aocootumées à cette direction, la suivent encore dans le sommeil O'autres fois l'excitation part des organes de la fonction et ranime dans l'encéphale des images, des idées en rapport avec l'objet de cette fonction ; d'autres sensations s'y mêlent^ causées par la plénitude de la vessie ou par l'élévation de la température du lit ou par une mauvaise digestion, etc. Remarquons toutefois qu'une volonté énergique peut lutter, même dans le sommeil, contre la provocation des rêves erotiques, mais cette lutte ne se répétera pas victorieusement deux ou trois nuits de suite ; elle finit toujours par le dénoûment inévitthie de l'évacoation séminale.
lâS DE L'HABITUDE. [BT61ÈHE
Pollutions diwmes. — Il est rare qu'elles soient actives, c'ést-à-dire le résultat d'une excitation vénérienne, directe ou indirecte; cependant des sujets robustes, jeunes, à organes neufs, peuvent éprouver, par la seule présence d'une femme aimée, par l'incitation d'une réminiscence, un désir violent suivi d'éjaculalion spermatique. Mais le plus souvent les pollutions diurnes ont on caractère pathologique, s'observent chez les sujets irritables, usés et faibles; elles ont alors lien sans érection ni volupté, et sont déterminées, non-seulement par l'émotion du cœur et des yeux, par l'ardeur des convoitises mentales, mais par la défécation et par l'émission des urines; la susceptibilité nerveuse de ces malheureux peut aller si loin, que la moindre excitation des organes génitaux leur occasionne une nouvelle perte de sperme. Toutes les causes qui produisent la constipation peuvent donner lieu à des pullutions diurnes. La constipation dépend-elle de raiïaiblissement du rectum qui est progressif dans les constitutions détériorées, la défécation ne peut s'effectuer que par l'action des muscles abdominaux; d'où la compression des vésicules séminales. La station assise trop prolongée, l'exercice soutenu du cheval échauffent le périnée, la marge de l'anus, et produisent des érections suivies d'émission séminale; à la longue, les érections cessent, mais non la sortie du sperme; tout ce qui irrite le rectum réagit par consensus sur les vésicules séminales et y détermine des contractions spasmodiques, cause de pollutions diurnes. C'est ainsi que leur étiologie se rattache parfois à la présence d'ascarides dans le rectum, à l'existence d'hémorrhoîdes, surtout dans leur période fluxion* naire, etc. Quand la pollution diurne s'opère avec l'émission des urines, c'est dans les dernières gouttes d'urine expulsées qu'il faut chercher les traces du sperme; le fluide prostatique, le mucus uréthral et vésical sont toujours éliminés dès les premiers jets de l'urine. La microscopie, appliquée avec tant d'habileté au diagnostic des perles séminales, est, dans tous les cas de pollutions, un moyen péremptoire de vérification.
Aux sujets continents et robustes qui n'éprouvent de pollutions qu'à long intervalle et par l'effet de la pléuilude séminale, nul traitement ; quand elles tendent à se répéter, régler normalement la fonction par un coït modéré ; les soumettre en même temps à un régime rafraîchissant, à des exercices actifs et prolongés; ils coucheront sur un sommier de crin, abrités par des couvertures légères ; on leur recommandera le décubitus sur les côtés ; ils se lèveront de bonne heure, dès l'instant du réveil ; on entretiendra chez eux la liberté du ventre. Les sujets épuisés, nerveux, excitables, chez qui les pollutions sont diurnes et consécutives à la masturbation, rentrent dans la catégorie des masturbateurs : la gymnastique, les exercices, les voyages à pied, leur seront utilement prescrits ; il faut surtout, comme nous l'avons déjà dit, changer Timpulsiou vicieuse que suit leur système nerveux par des occupations varices, par des travaux qui éloignent toute idée provocatrice du sens génésique. Si leurs organes génitaux sont exempts de toute irritation et sont au contraire frappés d'asthénie ; si les pertes qu'ils éprouvent semblent passives et dues seulement
FSIYte] DES HABITUDES MORBIDES. 1&9
à une sorte d'habitude, ils emploieront a?ec avantage les lotions froides sur les parties génitales, les frictions et les douches d*eau froide sur les cuisses, les lombes et les reins, ainsi que les bains frais de rivière et les bains de mer; ces moyens nous paraissent devoir nuire dans les cas d'excitation inflammatoire des parties et d'orgasme habituel. Il va sans dire que l'on aura combattu au préalable la cause accidentelle des pollutions, si elles proviennent de Tune des causes précitées et extérieures aux voies génitales.
Les femmes éprouvent, par l'excitation factice ou spontanée de leur appareil génital, des phénomènes semblables à ceux des pollutions viriles, moins la déperdition séminale. Mêmes sensations locales, mêmes rêves, même exaltation générale ; le tout se terminant par l'eiïusion d'une matière muqueuse, souvent assez abondante pour lubrifier les parties et souiller le linge. Ces pollutions sont familières à deux classes de femmes, les unes énergiques et continentes, les autres fatiguées par les excès et d'une sensibilité exagérée : elles sont utiles aux premières, dommageables aux autres; l'aflaiblissement qu'elles causent aux femmes résulte des ébranlements du système nerveux et de la dépense matéridie d'une sécrétion irrégulière.
A* Menstruation. — Cette fonction présente, suivant les individus, une onle de particularités habituelles. Les principales portent sur l'époque de son établissement et de sa disparition, sur sa périodicité relative, sur sa durée, sur la quantité et sur la nature des fluides qu'elle élimine. Rien de variable comme le moment où les règles paraissent pour la première fois ; et il n'y a lieu d'insîster ici sur ce point : le climat, la constitution, le tempérament, le régime, l'éducation physique et morale, hâtent ou retardent la première menstruation; il en est de même de la cessation de cet acte important C'est en étudiant les modificateurs externes que nous aurons à noter l'influence qu'en reçoit l'utérus pour toutes les fonctions qui lui sont dévolues. Une seule observation doit trouver ici sa place, c'est qu'il est des dispositions individuelles qui annulent l'action des agents extérieurs. Ainsi, quoique la précocité menstruelle appartienne aux climats chauds et aux races méridionales, il s'en trouve dans nos climats tempérés de nombreux exemples qui ne peuvent s'expliquer que par une disposition personnelle. Haller cite une jeune fille de Suisse qui accoucha à neuf ans. D'après les relevés de Marc d'Espine, le plus grand nombre de femmes sont réglées à Paris vers l'âge de quatorze ans (1); une statistique dressée par Bonchacourt, et confirmative des résultats consignés dans la thèse de Pétrequin^ fixe, pour la grande majorité des femmes à Lyon, la première menstruation entre la quinzième et la seizième année; la quinzième année est indiquée dans un travail statistique de Roberton (2) comme l'époque la plus ordinaire des premières règles dans le nord de l'Angleterre ; la plupart des
(1) Mémoires de tAcadémie de médecine. Paris, iSûl, t. IX, p. 108,
(2) Roberton, /ii^iry in to the naiural history ofthe menstrual fonction. {Edinburg h médical and surgicai Journal, 1832, t. KXXVfU.)
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■atfM doonées qai ont été poUiées sur ce sajet pour différentfls loealitéf de la France placent entre quatorze et seixe ans le moment de cette importante révolution d'igechez la femme. Hora de cette limite moyenne, comme il exiite des faits de précocité remarquable, il y a des exemples de tardivité et m^e d'absence totale de la menstruation, soit pendant tout le cours de la vie, soit Jusqu'au mariageou jusqu'après la première parturilion. Linné a vu en Laponie des femmes qui n'avaient jamais été réglées. On connaît plusieurs exemples de femmes qui n'ont été réglées qu'après une ou plusieurs grossesses. Randelocque mentionne des femmes qui ont déclaré n'avoir été menstruées que pendant le cours de leurs grossesses.
Quant à la durée de la menstruation, elle ne se rapporte pas plus an mois lunaire qu'au mois solaire. D'après Schweig, 500 observations répétées sor 60 femmes assignent à la période intermenstmelle une durée moyenne de 97,39 jours (i); Brierre de Boismont la fixe à 30 jours. Pour Amibroise Paré, les femmes les mieux réglées sont celles qui ont un éconlement sanguin de quatre à cinq jours (2). Chez 562 femmes, les règles ont duré en moyenne entre un et 8 jours (3) ; le plus souvent elles anticipent de plusieurs jours sor répoque suivante, et leur durée ordinaire est de cinq jours (Burdach). Serait* il vrai, comme le dit Gall, que les femmes se partagent, sous le rapport de l'excrétion menstruelle, en deux grandes classes, réglées l'une et l'autre dans ooespaee de huit jours, mais séparées par un intervalle de dix i douze jours pendant lequel on ne rencontre que très-peu de femmes réglées, de telle sorte que les femmes réglées dans la première ou dans la dernière huitaine du mois, tant qu'elles sont en santé, jouissent d'un répit de vingt et un, de vingt-cinq on de vingt-six jours? Gall admet que des femmes sont réglées accidentellement, hors des deux périodes qu'il assigne h la fonction ; mais après un ou deux mois, elles se classent ; les irrégularités seraient fournies par les femmes valétudinaires, les jeunes filles en train de développement et les femmes sur le retour. Le même observateur aflBrme que les deux époques déterminées coïncident dans tous les pays, au moins en £urope, et qu'ainsi les règles commencent et finissent' en même temps à Vienne, à Berlin, à Hambourg, à Paris, etc. Les faits produits par d'autres médecins contrarient la loi physiologique de Gall ; c'est un sujet i reprendre sur l'échelle d'une observation étendue, minutieuse et sévère. On voit très-fréquemment des femmes réglée» tous les vingt, vingt-deux ou vingt-quatre jours; quelques-unes le Hont tous les quinze jours; mais nous pensons, avec Dugès, qu'il y a alors double menstruation.
La quantité de sang évacué pendant la période menstruelle varie suivant les individus ; elle est d'une évacuation difficile : tandis que de Haen la fixe, pour
(1) Roser et Wunderlich, Medicinùcfier Viertetjahrsschnft^ 1844, p. 1.
(2) Paré, Œuvres complètea^ nouvelle édition^ publiée par J. F. Malgaigne. Paris, 1840, t. Il, p. 771.
(3) Brierre de Boismont, De la menstruatioti dans ses rapports physiologiques et pathologiques* Paris, 1842.
PBlTtl] DES HABITUDES MORBIDES. ifti
le grand nombre de femmes, à trois, quatre ou cinq onces, et pour un trèspetit nombre à une demi^Iivre, Haller trouve une moyenne de six à douze onces. Dans les limites de Fétat de santé, dit Dugès, la quantité de sang nécessaire ne doit pas être moindre d'une à deux onces, ni aller au delà d*une demilivre ; quatre ooces sont, suivant lui, la moyenne de ces variations, comme trois jours font la moyenne de la durée de Técoulenient. Mais, sous le double rapport de ia dorée et de la quantité de Técoulement, combien de différences individuelles qui constituent une habitude de l'organisme et qui se lient aux conditions relatives de la sanlé I Telle femme a des menstrues abondantes et s'en trouve bien, tandis qu'elles atteindraient chez une autre le caractère d'une perte pathologique, La connaissance de la mesure et de la modalité de cette fonction chei les femmes dont on dirige le régime est d'une importance capi* taie en hygiène. Qui ne sait avec quelle facilité cette fonction oscille et se trouble par l'effet d'une émotion, par l'ingestion d'une boisson froide, par le plus léger changement dans les précautions usitées, etc,7
C'est à tort que, d'après les analyses de Lavagna et de Brande, on a cru à l'absence de la fibrine dans le sang des menstrues. Denis et Bouchardat l'y ont constatée; selon Brierre de Boismoot et Raciborski (1), le sang cataménial ne diffère point du sang artériel. Pouchet y a reconnu, à l'aide du microscope : 1* de nombreux globules sanguins à l'état normal ; 2* des globules muqueux; 3* des squames d'épithélium; U* du sérum du sang; S"" du fluide muqueux. Séreux, fluide, peu coloré les premiers jours, Use rapproche les jours suivants do sang rendu par épistaxis. Quant à ses altérations, qui ont été décrites sous les dénominations de règUi blancheiy de men$truei brûléet^ ianieuiei, etc., dles proviennent d'une modification pathologique du sang menstruel, du mélange d'autres fluides sécrétés ou d'une affection de l'utérus. C'est à tort qu'elles aéraient considérées comme une habitude innocente des parties génitales.
La menstruation, en tant que perte sanguine, est quelquefois suppléée ou remplacée par une hémorrhagie qui se fait jour par des points plus ou moins éloignés des voies naturelles et qui revient avec la même périodicité que les règles ; c'est là l'exemple d'une habitude morbide substituée en partie à une fonction. Les auteurs rapportent les observations les plus étranges et cependant les mieux prouvées de déviation meuNtruclle. Nous avons été consulté nous*même, en lgS4, à Toulouse, par une servante affedéc d'hémoptysie consécutive à la suppression des règles; depuis plus d'un an elle éprouvait tons les mois une attaque d'hémoptysie dont elle préMigeait le retour avec autant d'exactiiude qu'elle faisait précédemment de ses règles; l'aitaque durait doux à trois jours I les organes de la respiration m'ont paru intacts, et, dans l'intervalle des accidents meiisuels, la malade^ s'il faut l'appeler ainsi, se livrait impunément à travaux. « Sa sortie (du sang) de ia poitrine n'est que trop fréquente et
(i) Racibofsld, Traité dt la tnenstruatUm^ tes rapim-U av0e /'otm/ah'on, ia fécon^ dation. Parii, 1868.
158 DE L'HABITDDE. [iTeitn
trop commiioe lorsque le sexe sooffre de h suppression ou de la diminntioB de ces mois, sans ponrUnt qa*ii soit dans on état fâcheux. Je n'en donnerai qu'on exemple, parmi bien d'autres, à l'occasion d'une religieuse qui, n'ayant que très-peu et souvent point de règles, a craché do sang, tantôt plus,, tantôt moins a?ec peu de relâche pendant près de vingt-cinq ans, sans aucune incommodité (1). » Toutefois il sera toujours avantageux de rappeler l'écoulement sangotn par les voies natorelles, et l'habitode morbide dont il s'agit ne doit être respectée qoe s*il est dangereox d'i^ plos oo moins directement sor l'otéros poor rétablir la menstroation.
Leucorrhée. — Rien de plos fréqnent, rien de plus habituel^ rien de plus négligé que ces écoulements, dont l'origine est diverse, quoique confondus par le vulgaire sous la dénomination de flueurs blanches. Quelles qu'en soient la nature, la marche et l'ancienneté, nous sommes loin de souscrire à l'opinion de Raymond (p. 29&) qui met les flueurs blanches au rang des évt* cuations qu'il ne fsut pas toujours guérir: et si nous en parions, c'est parce que le préjugé du monde, conforme à la doctrine du médecin marseillais, les place parmi les habitudes morbides qui se concilient avec une parfaite santé. Sans doute les leucorrhées critiques qui surviennent parfois à la fin d'inflammations viscérales avec symptômes graves, de varioles et de rougeoles, sont avantageuses, puisqu'elles ^résolvent ces états morbides, mais à la condition qu'elles n'acquièrent point droit de domicile; sinon, pourquoi n'entretien* drait-on pas aussi ces otorrhées critiques qui se déclarent souvent chei les typhoïdes et qui présagent presque toujours une terminaison heureuse? La suppression naturelle ou accidentelle des menstrues, d'un flux hémorrhoïdal, d'une diarrhée, des lochies, de la sécrétion laiteuse chez les femmes qui ne nourrissent point ou qui sèvrent trop brusquement, peut entraîner l'apparition d'une leucorrhée. Y a-t-il lieu de la respecter? Nullement. St donc la leucorrhée critique et celle qu'on a appelée métastatique ou supplétive doivent être modérées d'abord et ensuite combattues jusqu'à guérison, quel est le médecin prévoyant qui laissera durer indéfiniment celle qui tient à la constitution même des femmes, celle que produisent la masturbation, les excès vénériens, les fausses couches, des usagés vicieux de toilette, etc. ? Nous ne parions pas des écoulements blancs, sjmptomatiques d'une lésion actuelle des voies génito-urinaires, tdle que métrite, vaginite, polypes, tumeurs fibreuses de l'utérus, etc. Les pertes que nous avons en vue reconnaissent pour cause une irritation antérieure; mais celle-ci s'épuise, le symptôme reste; il finit par constituer toute la maladie, c'est-à-dire un flux passif, asthénique, une habitude catarrhale qui excite d'autant moins la sollicitude des malades qu'elle n'est accompagnée, le plus souvent, d'aucune souffrance et n'exige d'elles que des soins de propreté. Quelquefois l'écoulement s'est manifesté,
(1) Raymond, Traité des maladies qu'il est dangereux de guérir, édition de M. Giraudy. Paris, 1846, p. 176.
mWz] DES HABITUDES MORBIDES. 153
dès le principe, avec ces caractères d'atonie et de passivité : telle est la leucorrhée des chlorotiques; telle encore celle dont Tapparition se lie à la constitution atmosphérique. Les climats humides et froids, les cités enveloppées pendant une partie de l'année par les brouillards et où les affections, par celte cause et par d'autres analogues, revêtent le plus ordinairement une forme catarrbale, sont en quelque sorte des foyers d'endémies leucorrhéiques. Des résumés statistiques publiés par Marc d'£spme et Girard sur Marseille et Paris, montrent que dans la première de ces villes les trois quarts des femmes sont pures de (lueurs blanches, grâce à l'air vif du littoral méditerranéen et à l'élévation habituelle de la température, tandis qu'à Paris les deux tiers des femmes sont aflOigées de cette désolante iuûrmité, cause ou symptôme de leur étiolement II n'y a que deux espèces d'écoulement blanc que l'art se dispense de traiter : \^ Celui qui se manifeste chez quelques jeunes filles peu de temps avant leur première menstruation, et qui, simple effet de la turgescence vasculaire et de l'exubérante vitalité des organes, semble le prodrome physiologique d*noe fonction nouvelle ; cette leucorrhée cesse dans la grande majorité des cas par l'apparition même des règles ; elle rappelle le nom de phlogose amoureuse, donné par Lecat à la période menstruelle. On sait d'ailleurs que normalement le mucus utéro-vaginal est sécrété avec plus d'abondance à l'approche des règles» et les recherches de Pouchet ont montré que les phénomènes de l'intermenstruation entraînent des variations de quantité et de qualité dans la sécrétion utéro-vaginale. 2^ L'autre écoulement est celui des petites filles en travail de dentition. Il n'est pas sympathique de cette évolution, comme on dit généralement ; mais il est un des phénomènes de cette évolution qui consiste dans l'accroissement rapide et simultané de tous les organes foUiculeux : d'où la salivation, les diarrhées, la sécrétion vaginale. Nous avons observé ce dernier phénomène chez la petite fille d'un officier du il* de ligne. Les parents s'en étaient effrayés; il dépendait manifestement de h dentition, et cessa avec la fièvre qu'avait provoquée ce travail de formation.
IL Fonctions de la vie plastique. —1. Digestion. — Quatre états OQ plutôt quatre phénomènes morbides se convertissent aisément en habitudes du système digestif et coexistent avec la santé : la pneumatose gastrointestinale, le vomissement, la diarrhée, la constipation.
Pneufnaiose. — Les expériences de Girardin et Magendie (1) ont prouvé que les gaz ne sont pas seulement introduits dans les voies dlgestives par la déglutition et dégagés par la chaleur ou par un mode quelconque de fermentation des substances alimentaires, mais qu'ils se produisent dans ces organes même auxquels ils contribuent à donner leur forme et leurs dimensions, comme l'exhalation muqueuse sert à les lubrifier, et l'exhalation séreuse de leur tunique péritonéale à prévenir leurs adhérences et à faciliter leurs ondu-
(i) GÎTêT^f Recherches physiologiques sur les gaz intestinaux, Paris, 1814.
164 DE L'HABITUDI. [kriiAR
lationt. Compressibles, élastiques, ils préservent les autres viscères des cboei que détermioe chaque oscillation produite dans la marclie, dans la course, dans le Mut ; ils servent, en outre, à égaliser la pression alternativement eiercée sur les organes digestifs par les parois abdominales et par le diaphragme (i). Les gaz que l'on rencontre dans les voies digestives sont : Toxygône, i'aioCe, rhydrogène, Tacide carbonique, Thydrogène carboné et sulfuré. A part h petite quantité d'air môle ou dissous dans les aliments et la salive, qui est eB» traînée dans l'estomac parla déglutition, on ne sait d'oà vient l'oxygène intoi^ tinal ; d'après Robin et Verdeil (2), le fait le plus probable est qu'il provient des gaz du sang, par une eiosmose qui s'effectue suivant des circonstances non déterminées.
On trouve plus souvent l'oiygène dans l'estomac que dans l'intestin, tou* jours et partout môle k d'autres gaz. Chez l'homme malade, sa quantité a varié de 2 à IS pour 100 dans l'estomac; dans le gros intestin, elle n'est que de 2 k 3 pour 400; ordinairement, il n'y en a pas dans l'intestin grêle. Chevreul a trouvé chez les suppliciés 71,45 d'azote dans l'estomac ; de 20,0f| k 66,60 du même gaz dans l'intestin grêle; 67,50 dans le cascum ; 16,<iQ à 51,03 daoi le côlon ; ii5,06 dans le rectum : il était mêlé, dans l'inteatin grôle, k de l'acide carbonique et à de l'hydrogène carboné ; dans les autrae intestins, à ce mélange s'ajoutait de l'hydrogène. Dans l'état morbide, on trouve quelquefois jusqu'à 99 pour 100 d'azote dans les intestins, surtout chez les vieillards épuisés (3) \ il est alors roôlé d'hydrogène, de carbures et sulfures d*hydrogène, d'acide carbonique et d*oxygène. L'azote étant plus abondant, même en santé, dans le gros intestin que dans l'intestin grêle, od ne peut admettre qu'il est entraîné par la déglutition ; il est donc exhalé par les capillaires, ou fourni par des réactions chimiques qui se passent dans l'appareil digestif. Après ce gaz, l'acide carbonique est celui qui y domino, plus dans le gros intestin que dans Tinteslin grêle, moins chez les individus morts d'affections aiguës que chez ceux qui ont succombé k des maladies chroniques. Chevreul en indique, pour reslomac 1^,00, pour Tintcstin grêle de 34,39 k 40,00, pour le gros intestin de 43,50 à 70,00, pour le cscum 13,50, pour le rectum 43,86. Remarquons en passant que Tacide carbonique qui s'échappe par les voies respiratoires augmetiie sous Tinfluence des aliments féculents et des alcooliques. L*hydrog<'ne fait partie des gaz normaux de Testomac (3,55 pour 100), du côlon (5,4 k 11,6 |x)ur 100) et du caecum (7,5). Le gaz hydrogène prutocarboné n'existe que dans le gros intestin : 5,47 pour 100 k 11,60 dans cette portion du canal digestif, 12,50 dans le caecum et 11,1B dans le rectum. Le moins abondant des gaz intestinaux, c'est l'hydrogène sulfuré qui ne se rencontre aussi que dans le gros intestin ;
(1) Massiat, Mém. de physique animale^ 1841, p. 225 et suIt.
(2) Robin et Verdail, Traité d§ chimie anatomique et physiologique^ normale et patholog. eic, 1853, t. Il, p. 38.
(3) Robin et Verdeil, Traité de chimie anatom^fye et physiologique.
mfte] DES HABITUDBS MORBIDES. 156
Robin et Yerdeil le font proyeqir des niatiôres azotées on des principes sulfu^ résde U bile (tels que 11 taurine) qui se décomposent, ou de sulfures décom<ppsâi par les sues acides du csBCum et provenant euinnômes de iulfates qui, au contact des matières organiques, ont perdu l*oxygène de leur acide et de leur base. Il faut obsenrer que s'il s'agissait des sulfures contenus dans les alinoents, Ils auraient dû être décomposés dans l'estomac par le suc gastrique. La quantité des gaz augmente dans le tube digestif sons remploi de diverses conditions, et varie suivant les individus. Il n'est point question ici de la pneu-> matose symptomatique des lésions diverses et rattachée spécialement par les uns auK névroses, par les autres aux phlegmasies du tube digestif, et que Lobstein(l) considère comme un effet de l'action directe des organes; mais nous avons m vue les personnes qui sont sujettes à cette incommodité sans qu'elle paraiaae aucunement se rapporter à une altération pathologique des oiganes. La poeomatose k un degré moyen se rencontre trèa-fréquemment 60 l'absence de lésion organique t on a vu môme le ballonnement porté à un haut degré chez des Individus dont l'intestin ne présentait, après la mort, aocun désordre matériel (3) : un refroidissement de pied cause des coliques venteuses aux personnes qui ont les premières voies absolument vides. Qui n'a été témoin des tympanites si remarquables qui se manifestent chez les femmes hystériques, tympanites qui ne peuvent être imputées qu'à une modification de Tinnervation 7 Le même accident peut résulter de la réaction purement chimique des principes alimentaires introduits dans le canal digestif : les vétérinaires ont obaené qu'une certaine nourriture donne lieu chez les moutons à un dégagement de gaz assez considérable pour les mettre en péril de soflbcatioo, si on ne leur procure une prompte issue par une onver- Core pratiquée i la panse même, à traveo les paroia abdominales. Une sutre cause de pneumatose est le défaut de force tonique des intestins, que Reveillé-Parise a si bien signalé chez les convalescents (8), et beaucoup de g^ns, notamment ceux qui mènent une vie sédentaire et se livrent aux travtux de l'esprit, sont convslescents en ce point. L'ingestion habituelle d'une grande masse d'aliments, la disproportion de la nourriture avec l>:^nergie des organes digestifs, finissent aussi par Foccuionner; le tempérament nerveux al le tempérament lymphatique y exposent davantage ; elle est plus commune chez h femme que chez Thomme, dsns l'âge mijr et dans la vieillesse que dans l'adolescence et dans la jeunesse. L'état du cerveau a la plus grande influence sur le développement des gaz pendant le travail de la digestion t les préoccupations morales, la contention d'esprit, les affections tristes, l'hypocbondrie, la mélancolie, agissent ainsi ; de lA les flatulences ou collections de
(1) hohsieiUy Anatomie pathohgique, Paris, 1829-1833, t. 1, p. 156. (S) Âïïàràl^ Ànatomie pathologique. Ptrii, ISSO, t. Il, p. US. (3) ReTeilléParise, Études de l* homme dans l'état de santé et de maladie, ParU, 1845, t. I, p. 193 et suiv.
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gii dans restomic et les intestins ; s'ils ne sont rendus à mesore de lev formation par la bouche on par l'anus* ou par ces deux voies à la fois, ils produisent le brnit connu sous le nom de borborygmes, de gaiigouillemeot; s'ils s'accumulent en quantité considérable* ils donnent Keu an gonflemait so* nore du ventre, appelé météorisme, ballonnement ; ils réagissent sur la digestion et causent souvent des coliques venteuses, avec alternatives de diarrbie et de constipation. Par la distension des organes digestifc, ils refoulent le diaphragme, les poumons, et donnent lieu à des dyspnées, à des lipothymies. I des oppressions passagères, à des intermittences du pouls : b gène de la respiration pourrait être par erreur attribuée d'autant plus bdlement à une lésion des poumons, que l'ascension simultanée du foie et du diaphragme peut rendre b percussion très-mate jusqu'au niveau du sein droit On a constaté, par le spiromètre, que par suite de b pneumatose gastro-intestinale, la diminution de la capacité respiratoire vitale peut aller jusqu'à deux décilitres (1j. En b dissipant au moyen d'un laxatif, Fabius a tu la capacité respiratoire augmenter de deux litres et demi (2). La disposition à la pneumatose s'établit très-fadiement et résiste souvent à tous les moyens thérapeutiques ; Thygièae seule réussit à l'afiaiblir, à la dissiper : le choix, b proportfon des aliments, la distribution des repas, adaptés aux conditions individuelles, telle est h base du traitement hygiénique. Manger peu, soumettre longtemps les aliments à la mastication, conserver au ventre et aux pieds ime bonne chaleur pendant b digestion, entretenir b liberté du ventre, rompre les habitudes de vie sédentaire et de concentration intelleauelle, fortifier le système muscalafaw par l'exercice à l'air vif, etc., ce sera beaucoup faire contre le retour de la pneumatose, après qu'on aura favorisé ou provoqué par les moyens de l'art l'expulsion des gaz. Il importe surtout, dans la dispensation du régime, de s'assurer si la tendance à la supersécrétion gazeuse accuse une nuance d'asthénie ou d'irritation des voies digestives : une nourriture tonique dans le premier cas, et même l'emploi de quelques liqueurs aromatisées, une nourriture rafraîchissante dans le deuxième cas, rempliront le but de l'hygiéniste. Quoique l'accumubtion habituelle des gaz dans le tube digestif ne soit pas toujours sans danger, il faut avouer que rien n'est plus commun, et qu'un grand nombre de personnes n'en éprouvent pas un dérangement dans leur santé ; les inconvénients qu'elle suscite, tels que dyspnée, accélération du pouls, céphalalgie, etc., sont passagers. Les rapports, les éructations gazeuses sont l'inévitable incommodité des mangeurs, des hypochondriaques, des hémorrhoîdaires, dont la plupart jouissent d'une santé sufiTisante, et l'on peut dire qu'il est moins urgent de b corriger que de se convaincre qu'elle est indépendante de toute lésion viscérale.
(1) L. E. Hecht, Thèse sur le spiromètre. Strasbouif , 1855, deuxième série^ n* 337, p. 16.
(2) ZeitKhrift fur ratiomelie Medicin, 1853, t. IV, p. 301.
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Vomissement. — Le vomissement habituel peut s'effectuer avec ou sans le concours de la volonté; il est spontané, volontaire, provoqué.
lo Tout praticien a connu des personnes douées de toutes les apparences de la santé, et qui rendent tous les matins, par un vomissement facile, ou simplement par régurgitation, un liquide filant, visqueux, transparent comme du blanc d*CBuf (glaires), ou légèrement coloré, tantôt insipide, tantôt aigrelet on amer. Le nombre des vomissements, les époques de leur retour, la quantité de matière évacuée, sont variables : tel se soulage peu après son réveil par un seul vomissement; tel autre en éprouve plusieurs dans la matinée ou à différentes heures de la journée, et, chose remarquable, s*il vomit peu de temps après son repas, Testomac se débarrasse d'un excédant de fluide mnqueux et garde les aliments ; il est rare du moins que quelques débris d'aliments se mêlent au liquide expulsé dont la quantité peut s'élever de quelques onces à une ou plusieurs livres. L'évacuation s'opère presque sans elbrt, sans secousse; elle ne laisse à sa suite aucun trouble; tout au con* traire, elle est suivie d'un sentiment de bien-être, de débarras ; l'appétit ne tarde pas à se manifester, et il semble que la santé de chaque jour soit au prix de cette incommodité. Les personnes dont nous parlons présentent d'ailleurs tous les attributs d'une saine organisation : appétit, embonpoint, force, activité, rien ne leur fait défaut; on a même observé que le vomissement habituel, toin de déranger leurs fonctions, leur imprime une allure plus régulière, les préserve de maladies régnantes, et facilitent la guérlson de celles qui les attaquent Il est donc évident qu'il ne s'agit ici d'aucune lésion de l'estomac, que l'augmentation habituelle des sécrétions gastriques reste dans des limites compatibles avec la santé. Il en serait autrement si elle entraînait la fatigue, Tamaigrissement, l'anorexie, la dyspepsie, un état de langueur et de décoloration. Les faits démontrent que cette supersécrétion peut exister sans altération de l'estomac. Andral rapporte l'observation d'un sujet qui mourut après avoir eu des vomissements de matières blanchâtres; nulle lésion appréciable ne s'est rencontrée dans l'estomac. Un de nos amis, orateur célèbre du barreau et du parlement, a éprouvé pendant nombre d'années, et malgré la régularité de son régime, des vomissements qui se répétaient journellement peu d'heures Iprès ses repas, et sa constitution, qui était forte, ne s'en ressentait guère (1). « Un illustre et saint prélat, ayant accoutumé depuis quelque temps de vomir, le matin à jeim, des eaux, glaires, phlegmes sans goût et sans couleur, et sur la fin quelque peu de bile jaune et amère, jouissait ainsi d'une parfaite santé; mais s'étant trouvé k Paris, on lui persuada de quitter cette habitude. Il consentit à ne plus se provoquer le vomissement par le moyen d'un plumasseau qu'il portait et qu'il enfonçait dans son gosier. Il n'eut pas cessé quatre jours de faire la manœuvre qu'il avait accoutumé, que la fièvre, précédée de frissons, le prit; elle fut accompagnée de pesanteur et de douleur
(1) Michel (de Bourges), mort. en 1853.
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de léte« et bientôi miivie d'on délire violent. Son falet de chambre, qui heareusement savait sa cootome, le voyant dans cet 4lat> ne fit rien de plus que de loi avancer dana le gosier le plomaaaeau acoomomét et il lai fit rendre par la bonche lea eaux et les bomeors qu*il rendait auparavant, et par ce tnanége« la fièvre, le délire et la douleur de tête disparurent presque subitemeiic* Depuis lors, ce trés-digoe et très-véridique prélat n'a jamais cessé de se procurer tous les malins ce vomissement par le moyen de son phimasseau ; et Vmt peut dire qu'il s'est procuré par là une parfaite nnté et une trôs-longue vin, car il a poussé ses jours jusqu'à quatre-vingt-sept ans (1). • L'auteur tuqoel nous empruntons ce fait en cite beaucoup d'autres qui prouvent, non-seule' ment l'innocuité de certains voinissemeuts babituels, mais encore le danger do les suppiimer.
Il est des conditions qui les fiivorisent : tels sont les tempéraments nerani et lympbstiques i mais ches les sujeui nerveux le vomissement aocoropagao presque toujours la gastralgie, et il est alors le symptôme d'une maladie, ndn un épipliénouiène de la santé. On observe le vomissement babitoel cbes les adultes et les vieillards plus que cliei les enfants et cbei les adolescents. Les variations dans la température» surtout un étst électrique ou hygrométrique de l'air, les climats humides et froids y disposentf il est occasionné chea quel* ques sujets par la polypbi^ie, par Tusage prolongé des aliments acres, des viandes salé^, des fruits acides; les viandes fraîches, les substances toniques et stimulantes leur réussissent mieux que les fécules, les légumes» les alimems naous) l'ingestion du café ou d'une liqueur prévient parfois le vomissement i le sucre, un peu de msgnésie, procurent le même effet. Quand il y a lieu de modérer ou de réprimer cette habitude d^évacuatioo, on y réussira souvent en prescrivant des aliments de facile digestion, pris en petite quantité à intervalles rapprochés, l'exercice, le mouvement à i*air libre, les eaux minérales gazeuses, les infusions tbéiformes, ou simplement l'usage de l'eau glacée aux repas, etc. Mais si le vomissement habituel ne détermine aucun trouble fonctionnel, a'il n'amaigrit ni ne débilite, si une investigation attentive a (ait voir qu'il n'est ni symptomatique ni sympathique d'aucune affection morbide, il peut être considéré comme un accompagnement de la sauté; il y aura rarement avantage, parfois peut-être péril à le combattre.
2* L'acte du vomissement exige, outre la contraction des paroia abdomi* nales et du diaphragme, celle de l'oasophage, qui n'est point sous riofluence de rinuervation volontaire; mais quelques personnes font exception à cette loi, et possèdent la faculté de vider leur estomac à volonté : on sait les données que des expérimentateurs doués de cette propriété singulière ont fournies à la {Âysiologie expérimentale sur l'altération progressive de la matière alimentaire dans le tube digesiil Le vomissement volontaire n'est précédé par aucune senution pénible; il n'exige point leseSorts convulsiis qui bouleversent toutes
(i) Raymond, op. ciU, p* 241.
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kg fonctions, il n*entiiitne point ia fatigue et Fespèce de collapans qui succède ordinairement au vomiasement spontané; mais s*il exempte des inconvénients de celui-ci, il n*eo a pas non plus les avantages : le vomissement involontaire répond k un but de la nature, il satisfait à une indication physiologique ; le vomissement volontaire sera souvent une erreur, parce qu'il ne sera pas commandé par rinstinct.
La simple titillation de la luette ou de Tenlrée du pharynx suffit pour amener le voroisseuient ; l'action réflexe qu*(Hle produit donne lieu à la contraction spasmodique de ToBsophage, k laquelle s'associe presque aussitôt celle du diaphragme et des parois abdominales. C'est à ce moyen qu'avaient recours les Romains dégénérés pour désemplir leur estomac et rouvrir carrière à leur gourmandise. Cette pratique, appelée sirmaïsme, existait d'une manière près* que générale parmi les classes opulentes de la société et livrées à la luxure la plus raffinée; il y avait dans leurs demeures un lieu réservé et dont la destination est indiquée par le nom : vomitorium. Observons, pour Thonneur de notre art, que ses interprètes désapprouvaient hautement un semblable abus : • Rejecium esse ab Asciepiade vomitum in eo volumine, quod de tuenda mmitate composuit, video; neque reprehendo, si offensus eorum est consue-* tudine qui quoiidie ejiciendo vorandi facuUatem moliuntur (1). »
Diarrhée. -^ « J'ai connu plusieurs personnes qui, accoutumées fe pousser daux ou trois selles par jour, se trouvaient très-incommodées lorsque le nombre de ces déjections venait à diminuer ou à manquer ; de sorte qu'il fallait y suppléer par des clystères oti par de doux purgatiûi (2). » Il n'y a point là de diarrhée, mais une habitude qu'il faut respecter. D'autres individus n*ont que deux ou trois évacuations alvines dans les vingt-quatre heures, mais elles rendent des matières liquides et s'affaiblissent : il y a maladie, et maladie à combattre. Certaines gens sont dévoyées deux ou trois fois par an, k des époques indéterminées, et, cette indisposition passée, se portent mieux qu'auparavant ; le rôle du médecin est négatif en ce cas, à moins que la diarrhée ne se complique de symptômes insolites ou ne se prolonge au delà du terme ordinaire. Cbex d'autres, c'est au printemps que survieiment des diarrhées éphémères, nmeoées par une sorte de périodicité annuelle, et vraiment salutaires par leors eflets consécutifs : « Nous sommes des arbres ambulants, et comme la aéve commence à circuler et à produire dans le printemps fleurs, feuilles et fruits, il en est de même chez nous : nos humeurs épaissies, engourdies, et nos ûbres resserrées et raccourcies pendant l'hiver^ reçoivent plus de mouvement et de chaleur dans le printemps, s'épanouissent et demandent beaucoup plus d'espace qu'auparavant ; et, n'en trouvant pas un suffisant dans les vaisseaux, elles s'échappent par la voie intestinale (3). • C'est sans doute l'heureuse
(1) Celse, op. cit,, lib. 1, cap. n, sect. xi^ { 2.
(2) RaymoDd, op. cit,, p. 263.
(3) Raymond^ op. cit,, p. 255.
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influence de ces évacuations spontanées qui a suggéré l*aphorisme : « C'est au printemps qu'il faut purger et saigner ceux à qui ces remèdes sont avantageux (1). » Une habitude aussi ancienne, aussi populaire, aussi universelle que celle des purgations vernales, dqit être fondée en partie sur l'observation des faits.
La fréquence et la nature des excrétions alvines dépendent des conditioas suivantes : 1** l'état général des sujets (constitution, tempérament); 2® leurs idiosyncrasies viscérales; 3° l'action musculaire des intestins (mouvement péristaltique) qui dirige lentement toutes les matières excrémentitielles vers l'anus ; U'* l'état des différentes portions du tube digestif qui concourent, soit à l'élaboration, soit à l'absorption de ces matières; 5^ la quantité et la qualité des aliments solides ou liquides introduits dans l'estomac; ô"" la nature et la quantité des humeurs versées dans le tube alimentaire pour contribuer avec les intestins à la digestion. Chacune de ces conditions peut donner lieu à une diarrhée qui n'exige que des soins hygiéniques ou qu'il y aurait danger à guérir. L'ingestion habituelle d'une trop grande quantité d'aliments cause h diarrhée stercorale, familière aux gros mangeurs et surtout aux vieillards gloutons; elle est produite aussi par l'usage, même à dose modérée, de substances indigestes, et les susceptibilités individuelles déterminent seules le caractère des aliments : la substance indigeste est pour celui-ci la viande de porc, pour celui-là le gibier, etc. Ce genre de diarrhée résout chez d'autres une constipation de longue durée, et quelle qu'en soit la cause, elle satisfait à une indication de la santé. « Mais, dit-on, elle affaiblit, elle ôte l'appétit N'importe, laissez-lui faire son chemin et obviez à la faiblesse par le repos, et surtout par celui du lit Regardez le défaut d'appétit comme nécessaire ou comme indifférent, puisque, si vous mangiez dans cet état, les aliments vous seraient nuisibles. Soutenez donc avec patience et même avec joie cette heureuse indisposition qui vous préserve d'un mal qui peut-être vous aurait été funeste. » (Raymond.) Le tempérament nerveux rend sujet à la diarrhée dite nerveuse, que ne peuvent conjurer toujours ni la sobriété, ni les précautions de régime les plus strictes : une émotion, un chagrin, une frayeur, la sensation du froid, y donnent lieu ; ses symptômes sont ceux de la diarrhée stercorale, mais elle ne cède ordinairement qu'à un régime substantiel et à l'usage de quelques stimulants. L'idiosyncrasie hépatique est souvent accompagnée d'une supersécrétion de bile (polycholie) qui s'échappe en selles jaunes, verdâtres ou porracées : ce sont les flux bilieux des auteurs, la fonte de bile des gens du monde ; il est facile de reconnaître aux caractères de l'excrétion le fluide surabondamment sécrété par le foie. Cette diarrhée cesse spontanément au bout de quelques jours et tourne au profit de la santé ; elle dissipe un malaise, un état de souffrance physique et morale, et si elle manque, c'est l'ictère qui survient.
(1) Hippocrate, Aphoristnesy A7, sect. vi.
FUTÊi] DES HABITUDES MORBIDES. 161
Il est d*aatres diarrhées qu'il convieut de respecter ; boroons-nous à énoncer celle qui se développe chez les enfants pendant la dentition, et dont Timprudente suppression pourrait avoir pour effet Texplosion convulsive d*une phlegmasie cérébrale ; les diarrhées supplémentaires d*un flux, d*un exanthème ou d*un exuloire habituel. Nous avons soigné une dame affectée de diarrhée légère, mais habituelle depuis l'âge critique ; sa santé n'a éprouvé aucune perturbation, grâce à l'évacuation supplémentaire qu'elle a eue longtemps et qui se renouvelle encore par intervalfes.
Pour constater si la diarrhée est ou non, comme on disait autrefois, bénéfice de nature, il faut prendre en considération : 1*" toutes les conditions d'organisation individuelle ; 2® la durée et l'intensité de cette déperdition, les phénomènes qui l'accompagnent ; y l'état des forces et l'embonpoint des sujets ; U* leur âge ; 5* leurs antécédents. L'âge importe beaucoup à la conduite du praticien ; il y a une grande différence* entre la diarrhée des enfants et des jeunes gens et celle des vieillards. Ceux-ci, de quelque espèce de diarrhée qu'ils soient atteints, s'en affaiblissent et en ressentent un dérangement fâcheux de tout leur ensemble et manière de vivre ; l'enfant à la mamelle exige aussi une surveillance sévère, et, dans les troubles qui lui adviennent, le diagnostic se trouve par moitié en lui et dans sa nourrice.
Constipation. — Elle a pour phénomènes la rareté des excrétions alvines, l'augmentation de leur consistance et quelquefois une sensation de plénitude et de tension abdominale. Une foule d'états morbides ayant leur siège dans un point du canal alimentaire ou hors de ce canal produisent la constipation ; mais il n'est question ici que de celle qui dépend d'une disposition individuelle et n'exige que l'intervention de l'hygiène. Ce genre de constipation constitue une incommodité extrêmement fréquente, souvent rebelle à tous les moyens, et ne laisse pas que d'entraîner, quand elle se prolonge, une série de perturbations fonctionnelles (1). La durée de la constipation est relative aux idiosyncrasies individuelles : celui qui va régulièrement à la selle deux ou trois fols par jour est constipé s'il n'y va plus qu'une fois ; le dévotement commence pour qui éprouve une évacuation alvine tous les deux jours, si d'ordinaire elle ne lui survenait que de quatre en quatre jours. Ces particularités doivent être scrutées. Quand la constipation ne dépasse pas deux, quatre et même cinq on six jours, et ne dérange en rien la santé, elle doit être supportée comme une disposition naturelle ; la limite de l'expectation hygiénique est marquée par l'apparition d'un trouble fonctionnel. Il est beaucoup de personnes qui sont sujettes à la rareté des garderobes, et ne jouissent pas moins d'une excellente santé. La constipation est en rapport avec les conditions d*âge, de sexe, de régime, etc. , et certains états transitoires de l'économie. On l'observe à l'époque où la
(1) Voyef dans Haller (Elementa physiologiœ^ t. VU ^ lib. XXIV, scct. iv, § x, lier faxum) une longue série d'exemples de conslipalion à durée variable, depuis trois jours jusqu'à plusieurs mois.
M. UvT. Hyfîèiie, 5* ioiT. 1. — il
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menstruation tend à s'établir, à Tépoque où elle commence à disparaître, les congestions qui s^opèrent alors sur i'utérus déterminant la plénitude Tascoiaire du rectum et de la vessie; elle est aussi Tincommodité inévitable de la grossesse, par suite de la compression que le développement considérable de l'utérus eierce sur le rectum« Chez les femmes en couches, elle esl due à une circonstance opposée : le rectum se laisse distendre par les fèces accumulées, les parties contenues dans l'abdomen et dans l'excavation pelvienne ne résistant plus à cette dilatation, et les muscle? de la paroi abdominale ayant perdu de leur ressort par suite de leur ampliation. L'atrophie de la tunique musculeuse des intestius explique la constipation des vieillards ; la prépondérance de la sensibilité sur la contractililé, prépondérance qui est en quelque sorte la loi physiologique de l'autre sexe, fait comprendre pourquoi les femmes y sont particulièrement exposées, et d'autant plus qu'elles sont plus nerveuses. La même observation s'applique aux hommes d'un tempérament nerveux ; et comme ceux-ci appartiennent en générai aux professions intellectuelles, et par conséquent sédentaires, cette condition de vie achève de les assimiler sous ce rapport aux femmes; en outre, celles-ci mangent peu : aussi n'est-il pas rare de voir des femmes délicates, et vivant dans un état habituel de repos, sup*porier sans inconvénient une constipation de six à huit jours. Reiiauldin (1) cite une dame qui subit une constipation naturelle d'une semaine et quelquefois de dix à quinze jours ; une de mes parentes a offert le même phénomène. Un régime succulent y dispose les hommes de l'âge mûr. Elle peut devenir chez eux, comme chez les jeunes gens, une cause occasionnelle de spermatorrhée, les vésicules séminales étant placées, pendant la défécation, entre la vessie refoulée au foud du bassin et le rectum distendu par les fèces; à cette action mécanique s'ajoute l'influence que les contractions du rectum et de la vessie exercent sur celles des vésicules séminales, en vertu des connexions qui existent entre ces parties animées par le même réseau nerveux.
2. Circulation. — Palpitations, — Les contractions fortes, fréquentes, désordonnées qui agitent parfois le cœur, sont loin d'accuser une lésion constante de cet organe ou des gros vaisseaux. Des causes fugitives peuvent y donner lieu, comme les veilles, les émotions morales; d'autres fois elles sont le résultat passager de causes qui ont agi plus longtemps, comme les excès vénériens, l'abus des alcooliques; elles ne sont pas rares dans la période aiguë de la croissance, dans les premiers temps de la menstruation, alors surtout que cette fonction tarde à se consolider; l'augmentation des globules ( pléthore) ou leur diminution dans le sang (anémie) s'accompagnent aussi de ce phénomène, en général plus familier aux adultes et aux femmes. Les palpitations de cette nature ont peu de violence, débutent brusquement, cessent et reviennent d'une manière irrégulière, capricieuse. Dans les intervalles de leurs accès, on constate la régularité fonctionnelle des organes de la circulation, et même pe i-
(1) Renauldin, Dictionnaire des sciences médicales^ t. VI, p. 25A.
rafti] DES HABITUDES MORBIDES. 103
dant les palpiUtîoiis, l'exploration la plus sévère ne dénote que la fréquence des battenoents, parfois an iroubie rhythiniquc passager et des bruits plus clairs, plus timbrés. On les observe le plus ordinairement chez les sujets nerveux, sans qu'ils exercent sur leur santé aucune influence lâcheuse; les femmes hystériques, celles qui sont aifeclées de leucorrhée, de dysménorrhée ou d'aménorrhée, les hypocbondriaques, les nostalgiques, en éprouvent souvent, ainsi que les jeunes gens adonnés aux travaux de l'esprit avec un zèle trop soutenu : de là ce qu'on appelle la maladie de cœur des étudiants. Le caractère qui dislingue essentiellement ces palpitations inconstantes des palpitations par cause oi^anique, c'est qu'elles cèdent auK moyens qui exaspèrent et a^ravent ces dernières : l'exercice, les distractions, un régime foriiflant, excepté le cas de pléthore. Quand même elles résistent à l'emploi des modificateurs hygiéniques, elles ne compromettent ni par leur durée ni par leur intensité l'état de santé général; cependant certains individus qui s'alarment aisément et qui attribuent faussement leurs palpitations à une lésion cardiaque, uniraient par se ressentir des inquiétudes qu'ils puisent dans une erreur aussi tenace qu'exagérée, si le traitemeni moral n'y portait remède. Nous avons soigné un ofiicier supérieur d'une pleurodynie fixée sur la région précordiale et qu'il avait prise pour le signe certain d'une lésion du cœur; quoique toute inquiétude de ce côté nous fût ôtée par le résultat de l'auscultaiiou et de la percussion, le malade résistait à notre conviction, se tourmentait, s'absorbait dans sa chimérique appréhension; et comme il coiumeuçait à maigrir sous riniluence d'une incessante préoccupation, une consultation eut lieu, et c'est à peine si le praticien célèbre qui fut appelé réussit à réveiller en lui la conscience de la santé. Que si les palpitations se répètent ou se prolongent, il ne iaut plus s'arrêter avec une entière sécurité à l'idée d'une hyperdynamie cardiaque, et se rappeler, d'une part, que tout organe longtemps modiilé dans sou action linit par l'être dans sa nutrition, et, d'autre part, que les maladies du coeur, notamment les hypertrophies simples et compliquées, donnent lieu à des palpitations longtemps avant de se manifester par des signes moins équivoques.
Mpistaxis. — incrédule ou fidèle au principe hippocratique de la nature Qiédicatrice, on ne saurait nier que les hémorrhagies ne soient une des voies de solution les plus usitées et les plus heureuses, non-seulement pour les affections aiguës, mais encore pourles troubles passagersqui ébranlent l'organisme sans l'amener à la maladie. Une foule de souilrauces mai dessinées, d'incommodités, de perturbations fonctionnelles, disparaissent après une hémorrhagie spontanée. Que de congestions imminentes ont avorté par là! Combien de menaces de localisation morbide se sont évanouies avec les premières gouttes d'une salutaire épistaxis! Dans les cas de pléthore, de réparation disproportionnée avec la dépense; dans les cas de contention intellectuelle opiniâtre chez les jeunes filles dont les règles coulent mal, l'èpistaxis est te visible effort de la nature pour la réduction de la masse sanguine qui distend les vaisseaux, et l'on dirait,
iU DE L*HABITl}DE. [EYGlilE
d'après la vascularilé si prononcée de la pituitaire et la richesse de ses houppes presque érectiles, qu'elle a voulu faciliter les conditions productrices d'un phénomène dont dépendent si souvent la solution des maladies et la régularité de la santé. L'épistaxis semble avoir surtout pour but la déplétion de l'encéphale, point de mire de tant d'agents morbifiques, et pour lequel existent, dans l'économie et hors de l'économie, tant de causes incessantes d'hypérémîe : les travaux de l'esprit, les préoccupations morales, les passions, l'insomnie prolongée, les exercices de voix considérables et fréquents, les tris (1), les digestions copieuses ou dlflBciles, les eflbrts de défécation laborieuse et toute contraction musculaire violente, le séjour prolongé dans un milieu échauffé par une grande réunion d'hommes, l'insolation, l'action d'un froid intense, etc. « sont autant de circonstances habituelles de la vie qui prédisposent à Thypérémie cérébrale ; l'épistaxis, la plus fréquente des hémorrhagies, en est le correctif naturel. On n'en saurait douter en se rappelant que les principales artères de la membrane piiuitaire sont de simples rameaux des troncs artériels qui appar* tiennent aux organes intra- crâniens, et que les veines olfactives, en particulier, s'épanchent dans le sinus longitudinal à l'aide de la veine émissaire du troa borgne; d'où il suit, comme le fait observer filandiu, d'une part, que l'hypérémic des organes encéphaliques entraîne celle de la pituitaire, et, d'autre part, que le dégorgement spontané ou artiGcicI de la pituitaire dans un cas de maladie encéphalique, est suivi nécessairement d'un dégorgement assez prompt des sinus méningiens, un courant sanguin pouvant s'établir de ceux-ci vers la pituitaire à la faveur de la veine fronto-ethinoîdale heureusement dépourvue de valvules. L'enfance, qui jouit d'une sorte d'immunité des hémorrhagies, est sujette à l'épistaxis; on l'observe particulièrement vers l'époque de la puberté et dans les premières années qui la suivent. Hippocratc a émis à cet égard une opinion souvent reproduite, à savoir, que l'épistaxis habituelle, et remplacée plus tard par l'hémoptysie, expose ultérieurement à la pneumonie, à la pleurésie, à la phthisie; que dans un âge plus avancé, ceux qui l'ont éprcruvée contractent des hémorrhoîdes, des affections rhumatismales, arthritiques^ etc. Les éléments d'une vériGcation rigoureuse de cette assertion manquent à la science; mais tout praticien a remarqué la disposition aux épistaxis chez les sujets entachés d'une présomption d'hérédité tuberculeuse. Pour notre compte, nous possédons par devers nous des faits de ce genre ; reste à établir s'ils sont liés par un rapport de coïncidence ou de causalité.
En thèse générale, l'épistaxis doit être respectée, à moins qu'elle n'ait lieu chez les sujets lymphatiques, débilités, incapables de supporter sans détriment une évacuation sanguine; mais quelles que soient les conditions individuelles, il faut tenir compte du sentiment de bien-être ou de faiblesse qu'elle laisse à sa suite, et la contenir dans la mesure que nulle déperdition ne peut excéder sans inconvénient ou sans danger pour l'organisme.
(1) Gendriu, Traité philosophique de médecine pratique ^ t. I, p. 117.
nilTÉB] DES HiBITCDBS MORBIDES. 165
Hémorrhoides, — Les auteurs, depuis Hippocrate (1) jusqu'à dos jours, ont célébré le bénéfice des hémorrhoîdes, soit pour le maintien de la santé, soit pour rissue favorable d'un certain nombre de maladies. L'espèce de régularité avec laquelle se répètent, chez beaucoup de personnes, les congestions hémorrhoîdales et l'écoulement sanguin qui en est la suite, les (roubles variés qui les précèdent, le bîen-étre qui se déclare après leur apparition, le soulagement on la gnénson d'une foule de maladies qui a souvent coïncidé avec le flux héfflorrboîda), les conséquences fâcheuses que sa suppression a paru entraîner, voilà ce qui explique et justifie en apparence le préjugé protecteur d'une incommodité dont les modernes et surtout l'école de Stahl ont encore exagéré l'importance. Les anciens avaient surtout égard à l'écoulement sanguin par lequel l'économie se débarrassait à leurs yeux de l'atrabile, élément imaginaire et capital de leur pathogénie; cette évacuation leur paraissait analogue à celle des menstrues et favorable à l'intégrité de la santé. Leur opinion, non sur la nature du fluide éliminé, mais sur les effets du flux hémorrhoïdal, subsiste encore presque universellement; les hémorrhoîdes sont envisagées dans le plus grand nombre des cas comme une fonction accessoire qu'il importe de respecter, de favoriser; on admet la nécessité de les provoquer parfois; les supprimer serait toujours un péril.
Il existe à ce sujet une grande confusion de faits et de raisonnements; il fiiut s'entendre d'abord sur les conditions matérielles de l'aflection hémorrhoidaire. Celle-ci est constituée par des varices rectales; la description que l'on a faite des phénomènes de la congestion hémorrhoîdaire et de l'écoulement qui la termine se rapporte exclusivement aux hémorrhoîdes dues à un état pléthorique; Thémorrhagie anale résout la pléthore comme fait ailleurs l'épisiaxis; avec elle disparaît la congestion du rectum, si ses veines n'ont subi en même temps une dilatation ou n'étaient dilatées antérieurement D'autres fois la pléthore ne va point jusqu'à produire une rectorrhagie ; mais la congestion qu'elle détermine dans les veines hémorrhoîdaires sufiBt pour les distendre ; la cause dissipée, l'eff'et persiste, et désormais il y a varices rectales ou hémorrhoîdes; celles-ci ne se développent souvent que par suite de congestions rectales réitérées, la pléthore locale se renouvelant. Ce sont les varices rectales, liées à la plénitude sanguine générale, qui s'accompagnent presque constamment d'un ilox sanguin intermittent, quelquefois périodique : flux qui présente tous les caractères des hémorrhagies actives par pléthore, et, comme elles, produit dans certaines circonstances une spoliation utile, une détente générale; c'est ce genre d'hémorrhoîdes qui a donné lieu à l'opinion des anciens, et doiil les effets ont été faussement attribués à toutes les varices rectales, quelle qu*en soit la cause productrice. Nous admettons l'influence bénigne des hémorrhoîdes par pléthore; des fluxions rectales produites par d'autres causes ont pu exercer Renient une action préservatrice ou curative; mais ni la congestion
(1) Hippocnte, Aphorismes, trad. de Liitré, sect. vi, aph. il^ 12, 21.
466 DE L'HABITUDE. [mmtNE
intermittente des Yeines rectales, ni leur dilatation permanente, ni Thémorrhagie qui l'accompagne, ne peuvent être considérées toujours comme le résultat d'une crise avantageuse pour l'état de santé ou de maladie. 1** Beaucoup de pléthoriques n'ont point d'hémorrhoîdes ou en ont sans flux sanguin ; 2^ dans beaucoup de cas, ces deux phénomènes n'ont point préservé de la maladie ou n*out exercé aucune influence sur elle ; 3"" les congestions hémorrhoîdales, avec ou sans écoulement, ont disparu sans qu'il en soit résulté aucmi accident fâcheux; U^ quand le retour à la santé ou une simple amélioration a coïncidé avec la congestion ou l'hémorrhagie du rectum, il n'a pas été possible de joindre ces deux faits par un rapport de causalité, le premier s'étant reproduit chez d'autres dans les mêmes circonstances sans l'intervention du second.
Quant au flux sanguin qu'éprouvent les sujets affectés de varices rectales, il faut en discerner l'origine pour en évaluer les effets. 1° Il peut être entièrement étranger aux varices rectales et aux causes qui les ont déterminées ; l'ulcération, le cancer du rectum, une foule d'affections graves, locales et gêné* raies s'accompagnent en effet de ce symptôme ; S^* il peut succéder à une violente congestion du rectum, produite par une cause locale; S*" une lésion survenue dans les parois des veines dilatées peut y donner lieu ; U* il est la so* lution critique d'un embarras de la circulation veineuse abdominale.
Que si l'on remonte aux causes prédisposantes et aux causes déterminantes des hémorrhofdes, on ne saurait en déduire un bénéfice constant de nature : nous renvoyons aux ouvrages de pathologie pour ces détails; mais si Ton réfléchit que la dilatation des veines hémorrhoîdaires peut reconnaître pour causes toutes les altérations qui produisent leur ramollissement, leur amincissement, l'hypertrophie de leurs parois, leur inflammation chronique (Jobert), etc.^ on aura quelque défiance de l'opinion absolue des anciens touchant le rôle préservatif des hémorrhoïdes. On finira même par les classer parmi les incommodités les plus fâcheuses, en considérant les effets qu'elles développent habituellement et d'une manière directe, abstraction faite des états morbides dont elles sont elles-mêmes le résultat Pour peu que les tumeurs hémorrhoîdaires soient multiples, considérables, persistantes, elles entraînent des accidents variés qui se manifestent surtout aux époques de congestion rectale : sensation de gêne et de plénitude abdominale, resserrement spasmodîquc des sphincters, fissures anales, épreintes, ténesme, parfois des tranchées; la station assise, la marche, les efforts de défécation, exaspèrent les douleurs.
La constipation, fléau des hémorrhoîdaires, est due à lobsiacle mécanique des tumeurs ou à la volonté du malade qui retarde l'instant de la garderobe, par crainte des angoisses qui en sont insé()arables; la constipation opiniâtre amène d'autres symptômes, céphalalgie gravative et presque continuelle, anorexie, dérangement des digestions, tension et météorisme de l'abdomen. Il n'est pas rare de voir les tumeurs hémorrhoîdaires s'enflammer par la contraction des sphincters, par la rétention des fèces dans l'intestin, et ensuite
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par le tiotent labeur de lear expulsion ; cette inflammation est presque tonjours lente, chronique; elle a pour conséquences la formation d*abcès, de fistules anales, différentes altérations des parois, des tumeurs, des hémorrhagies copieuses et réitérées qui épuisent le malade et qui créent un état anémique, autre principe d'bémorrhagies ultérieures. Linflammation produit encore Tépaississement des parois veineuses, Tinduralion du tissu cellulaire qui les recouvre, l'oblitération des veines dilatées, ce qui transforme les varices rectales en tumeurs rénitentes, indolores, d'un volume invariable (tubercules bémorrfaoîdaux), disposées à s'ulcérer et à suppurer (leucorrhée anale), etc. Il est superflu de dérouler dans leur série extrême les phénomènes consécutids aux bémorrboîdes pour montrer la nocuité de cette lésion. Sans doute^ elle ne les détermine que d*une manière exceptionnelle, et elle peut exister longtemps sans occasionner d'autres symptômes qu'une gêne passagère de la défécation ; mais le plus souvent elle est le point de départ de dérangements variés et dont les malades ne se préoccupent point, imbus qu'ils sont du préjugé favorable à l'existence des hémorrboîdes.
Au demeurant, les varices rectales, car c'est ainsi qu'il convient d'appeler cette infirmité, avec Haller qui l'a bien appréciée (1), ne sont point une fonction accessoire, une habitude inviolable de l'organisme; préparées par des congés* tions qui traduisent elles-mêmes la gêne de la circulation abdominale, elles consistent dans l'ampliation des veines du rectum, souvent accompagnée ou compliquée d'hémorrhagie. Les expressions inexactes de fluxion, mouvement fluxionnaire, flux hémorrhoîdal, ont contribué à l'erreur qui leur attribue une salutaire efficacité pour la préservation ou la solution des maladies; souvent ^ves par leur étiologie, elles ne tardent point à devenir par leurs suites inévitables une incommodité, une cause de perturbations et de souffrances. Si doDC il convient de ne pas les supprimer légèrement, nous ne donnons pas le cxNiseil de les provoquer, comme on le fait si fréquemment par routine et courte logique.
3. Respiration. — Les organes de la respiration présentent plus d'une lésion qui ne s'oppose point à la longévité ni à l'exercice régulier des autres fonctions. Nous ne ferons que mentionner les productions de différente nature qoe l'on rencontre enkystées ou seulement adhérentes au tissu pulmonaire chez les sujets qui n'ont offert pendant la vie aucun signe d'affection de poitrine (concrétions crétacées, méianiques, cartilagineuses, ossiformes), les adhérences picuro-costales si fré(|uentes et si inoffensives, etc. Mais l'attention de l'bygiéuiale doit s'attacher à deux habitudes morbides des organes de l'héma-
(1) op. dt,, t. vil, cap. XXIV, sect. iv, § xii : « Id primum volo, non esse ejuimodi nature opus, uli sunt menstruœ purgationes, neque generi huroano pneteriptum, ex ejtti comoiual fabrica sequi^ aut saiâ hominis esse funciionem. — Ipse demum Stalilius, magnus bemoirhoidum laudalor, fas5U8 est non esse in consuetudinem recipiendas, quaiiuD dHlûus succeMui ait. Qiud jam invaiuerint^ eaa quidem ratincDdas este auadet. »
168 DE LHABITUDE. [aYClftm
tose^ en faveur desquelles existe, dans l'esprit des gens du monde» une prévention d'innocuité : Tasthme et ce qu'ils appellent le rhume (catarrhe bronchique).
Asthme. — On désigne aujourd'hui par ce mot une affection caractérisée par la fréquence et la gêne de la respiration, et par la convulsion des muscles respirateurs, affection presque toujours exempte de fièvre, intermittente, apparaissant sous forme d'accès qui reviennent à dès époques irrégulières, souvent fort éloignées, dans les intervalles desquelles la santé semble parfaite. Regardez autour de vous dans le monde : rien de plus commun que l'asthme; sur trois familles, une an moins a son asthmatique. Interrogez les cliniques, les amphithéâtres; consultez l'expérience des obser\'ateurs célèbres : rien de plus rare que l'asthme essentiel, à tel point que beaucoup d'entre eux en ont nié Vemtence. Il est certain que la plupart des prétendus cas d'asthme ne sont autre chose que des dyspnées symptomatiques d'affections diverses du cœur, des gros vaisseaux, des poumons, des plèvres, etc. I^es altérations valvolaires, suite d'endocardite, l'hydropéricarde, l'emphysème pulmonaire, des aflfectioDS de la moelle, etc., donnent lieu à des attaques de dyspnée confondues autrefois avec l'asthme avant les perfectionnements qu'a reçus la séméiotique : or les erreurs populaires à l'endroit des maladies et des remèdes ne sont que l'éd» prolongé des erreurs scientifiques d'une époque antérieure. C'en est une que celle qui fait de l'asthme un brevet de longévité. Floyer dit, à la vérité, avoir connu des asthmatiques dont le mal datait de cinquante ans (1) ; et Sauvages appelle l'asthme une maladie de longue durée, plutôt qu'une maladie chronique (2). Mais ces assertions ne sont peut-être pas appuyées par un seul dit suivi attentivement pendant la vie, confirmé par l'ouverture cadavérique, et duquel il ressortirait que l'asthme pût exister en l'absence de toute lésion organique agissant par voie directe ou indirecte sur la respiration : « Je ne craindrais pas d'avouer, dit Ferrus, que vingt-cinq années d'exercice presque entièrement passées dans les hôpitaux n'ont pu me fournir une seule observation de ce genre. Gomme mon expérience pourrait paraître insuffisante, j'ajouterai que Gorvisart, Leroux, Lerniinier, Béclard, Rostan, etc., n'en ont jamais rencontré (3). » Et avec une loyauté digne de son talent, Ferrus informe les lecteurs que les deux cas d'asthme essentiel qu'il avait rapportés dans la pre-' mière édition du recueil où il écrit n'en étaient point : le premier des deux sujets dont il a donné l'histoire est sujet depuis son enfance à des fluxions opiniâtres sur la pituitaire; le seco^id a succombé à la tuberculisation pulmonaire (^j. Toutefois la science possède des faits qui, bien que dépourvus de la
(1) Floyer, Traité de tasthme. Paris, 1761, p. 22.
(2) Sauvages, Nosologie méthodique, t. I,p. 94.
(3) Ferrus, Dictionnaire de médecine, 2* édit., t. IV, p. 274. Voyez aussi rarticle AsTHMB de Germain Sée, Nouveau Dict. de méd, et de chir. prat,
(â) Broussais {Cours de pathologie, t. V, p. 102) dit avoir éprouvé plusieurs accès
Finrti] DES HABITUDES MORBIDES. 169
sanction nécrosoopiqae, rendent probable Texisteuce de l'asthme essentiel. Un de nos parents, aujoard*hai presque octogénaire, est sujet depuis Tâge de vingtcinq ans à des accès d^asthme, surtout nocturnes, qui depuis ces dix dernières années vont jnsqu*à Torthopuée : comme l'un des malades de Ferrus, il a de fréquentes atteintes de coryza, avec écoulement considérable de mucus nasal. Un observateur dont nons connaissons personnellement la véracité, le directeur A. Lefèvre (de Brest) (1) a décrit les accidents qu'il éprouve lui-même de manière à entraîner la conviction. L'asthme idiopathique, c*est*à-dire dû à une simple perversion de l'action nerveuse, ne suggère pas sans doute un pronostic fâcheux; mais à quel titre en ferait-on un gage de longévité, un bénéfice de nature. Chaque accès est un péril pouif l'économie ; plus les accès se rapprochent, plus la situation s'aggrave, parce que des lésions ne tarderont pas à se développer. Pour les asthmatiques de cette rare catégorie, les drogues ne sont rien; l'hygiène seule réussit à les soulager et même à les guérir. Un certain degré de chaleur, de pesanteur et d'humidité de l'air leur est nécessaire (Lefèvre) ; chacun d'eux a pour ainsi dire sa sphère extérieure de respiration qu'il ne peut franchir sans s'exposer à des attaques de dyspnée : pour Tun c'est la ville, pour l'autre la campagne; l'air agité par les vents les incommode et les climats chauds leur conviennent Lefèvre leur défend, de par sou expérience, la navigation. En général, ils ont besoin de lumière, de calorique et d'une certaine quantité de vapeur aqueuse dans l'atmosphère où ils doivent ▼ivre. Une nourriture simple, uniforme, de facile digestion, l'abstinence des alcooliques, l'usage des boissons théiformes et du café, dont beaucoup d'asthmatiques ne voudraient pas se passer, la fumée du tabac, des vêtements chauds, des frictions au soleil ou devant le feu (Gelse), les bains d*étuves humides (Lefèvre), un exercice modéré, l'équitation, l'éloignement de tout ce qui peut surexciter le cerveau intellectuellement et moralement, surexcitation qui réagit d'une si notable façon sur la respiration : tel est le régime hygiénique qui profitera aux rares sujets atteints d'asthme idiopathique, bien mieux que les chimériques panacées qu'ils recherchent.
Rhumes. — Les bronchites plus ou moins subaiguês, plus ou moins chroni<|ues, que l'on désigne dans le monde par le mot rhumesy doivent être combattues, n est vrai que la bronchite chronique, dès le début ou par transition, coexiste très-fréquemment avec un état de santé rassurant, et persévère des années entières sans porter atteinte à la constitution : mais comme on n*en peut espérer la résolution franche et complète que par une exception dont il ne faut point leurrer le malade, tôt ou tard des accidents graves surviennent, et ce que l'on a considéré comme une incommodité tolérable devient une cause de mort
d'asthme pour avoir écouté avec une attention soutenue les leçons d*un professeur qui t'exprimait en phrases prolixes. — L'autopsie a fait voir en ses poumons quelques coacrétioos crétacées.
(1) Ufôfre, De rasthme, Paris, 1847.
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Qoels que soient les rapports de causalité entre les inflammations des voies aériennes et la production des tubercules, la pnidence exige que tout rhume soit surveillé, et, s'il se peut, arrêté; s*il devient habituel, on doit craindre qu*il ne se lie à une tuberculisation préexistante. Les adversaires de Broussais ont trop insisté sur les différences qui existent entre la formation et les éléments de la tuberculose, et ceux des produits pblegmasiques ; nier abso<p lument leur influence réciproque, c'est s*abuser aux dépens des malades et s'exposer à fausser leur hygiène. L*école micrographique allemande fait retour ï la pathogénie inflammatoire du tubercule. Suivant Reinhardt, il résulte de la transformation de produits inflammatoires. Virchow (1), tout en démêlant avec plus de précision les éléments propres à « cette néoplasie », et les pro* duits inflammatoires qui ont été confondus avec elle, la fait dériver, par une métamorphose analogue, d'anciens éléments organiques, cellules ou noyaux, selon la grosseur des tubercules. Au reste, le simple catarrhe bronchique peut entraîner des suites fâcheuses, telles que dyspnée par accès ou continue, dilatation vésiculaire, etc. Il existe même une phthisie catarrhalc comme il y a une phthisie tuberculeuse. Andral (2) mentionne un cas de bronchite chronique simulant une phthisie pulmonaire et terminée par la mort. Rare dans la jeunesse, la phthisie catarrhale est commune chez les vieillards : à la Salpétrière. Beau a rencontré 15 cas de phthisie catarrhale conQrmée pour 9 cas de phthisie tuberculeuse, et sa fréquence est en raison de Tâge (3).
U, Sécrétions. — Peau. — Les sueurs eicessives sont le fléau des obèsesi des lymphatiques, des faibles, des valétudinaires, des convalescents, des Un bescents par onanisme ou spermatorrhée, etc. La marche, Tcxercice, les provoquent chez les gens de cabinet. Souvent elles sont l'expression d'un état dyspnéique, d'un obstacle à l'hématose ou à la circulation centrale; les porteurs d'emphysème et d'hypertrophies cardiaques y sont très-sujets. En l'absence de toute lésion interne, elles peuvent être coercées sans inconvénient Les moyens diffèrent : à l'un il faut refuser les stinmlants et les toniques, à l'autre il faut les prescrire. La sobriéié convient aux obèses pour réduire leur transpiration; le valétudinaire évitera les exercices prolongés; l'homme de vie sédentaire devra s'y adonner, au risque d'accroître passagèrement les sueurs. Les bains froids, les lotions et les allusions froides, pratiquées d'après le mode hydrothérapiquc, les bains de mer, en fortifiant la constitution, tendent à restreindre la déperdition sudorale de la peau. L'abus ou la surcharge des vêtements mauvais conducteurs du calorique cuniribue à lenlretenir. C'est par le changement graduel des habitudes que Ton réussira à modifier sans danger l'activité cutanée; de graves maladies menaceraieut l'organisme
(1) Virchow, Pathologie cellulaire^ 3« édition. Paris, 1868, p. âlO et suiv.
(2) Andral, Clinique méd,, 1829, t. I, p. 17<i.
(3) Beau, Joutm.dcmd,^ octobre 1843, p. 330. — Traité clinique et expérimental d'auscultation, Paris, 1856.
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brasqaement affranchi de ces pertes catanées. Qaant aax transpirations partielles, limitées aox pieds, aax aisselles, etc., noas ne conseillerons point de les combattre ni de les diminuer ; fétides, il y aurait plus de péril encore à les supprimer : Mondière a rapporté des faits qui le prouvent. L'usage des chaussettes de fil et de chaussures légères, des lotions fréquentes avec de Teau chlorurée, voilà pour la propreté et l'aisance du membre affecté. En cas de «oppression des soeurs partielles, on s'empresserait de les rappeler en entounnt le pied de flanelle recouverte d'un taffetas gommé.
Au point de vue de l'hygiène, on pourrait classer ainsi les éruptions cutanées : l"* Éruptions qui surviennent avant la puberté et qui sont le plus souvent enlevées par cette révolution d'âge, quand elles ont persisté jusque-là. 3* Éruptions qui se déclarent vers l'âge critique pour suppléer une fonction qui s'éteint 3® Éruptions qui se manifestent à toutes les époques de la vie, mab'non permanentes, et qui reparaissent parfois avec une périodicité remarquable : nous avons traité au Val-de-Grâce un jeune soldat atteint tous les mois d'un érysipèle sans gravité, et dont le seul inconvénient était de robiiger à interrompre périodiquement son service, k'* Etifin, les affections constitutionnelles de la peau, souvent héréditaires, toujours dangereuses à guérir, qui, loin de compromettre la santé, sont pour ceux qui les portent une condition de l'harmonie physiologique. L'ichthyose générale est dans ce cas, et nous en avons observé plusieurs exemples, soit dans les hôpitaux de l'armée, soit dans les visites des conseils de recrutement auxquels nous avons participé. Quand on est appelé à prononcer si une maladie aiguë ou chronique de la peau doit être respectée ou combattue, il importe de rechercher les liaisons qu'elle peut avoir avec les différentes phases de l'évolution organique, avec une (onction augmentée, diminuée ou supprimée, avec un état morbide antérieur dont elle serait l'heureuse terminaison, avec un état morbide coexistant qu'elle soulage ou modère dans une juste limite.
Les érythèines qui accompagnent ie travail de la dentition, et qui ne sont parfois qu'une eilension de la turgescence buccale (feux de dents), disparaissent avec la cause qui les a produits ; il en est de môme de i'intertrigo, résultat du frottement des parties amples et molles de l'enfant nouvcau-né; l'eci4ma est aussi l'un des accompagnements fréquents de la dentition, et ne se dissipe guère que vers la puberté. Mais chez les enfants on voit la plupart des inflammations chroniques de la peau, excepté le favus, le lupus et la gale, guérir spontanément après un laps de temps pins ou moins considérable, et souvent, ajoute Rayer (1), elles sont salutaires. Sous le nom de gourmes, on a désigné un grand nombre de formes éruptives dont les unes relèvent de la diathèse dartreuse (lichen, psoriasis, eczéma rubrum, pityriasis, favus), et les autres de la diathèse pyogénique (impétigo, ecthyroa, eczéma impéligineox, etc.). Se développent-elles chez un enfant bien portant, il faut les com-
(1) Rayer, Traité des maladies de la peau. Paris, 1835, 1. 1, p. âO.
172 DE r/HÀBITUDE. [liTGiftiiE
battre, les arrêter au début, besogoe non aisée; si elles se sont installées chez lui sans altérer sa santé, on s^appliquera à les guérir, mais lentement et avec de grandes précautions. Chez les enfants dont la santé ne s*est affermie que depuis l'apparition des gourmes, respectez-les, sauf à en essayer prudemment la guérison après un laps de temps nécessaire à la consolidation organique de ces enfants. La violence de l'inflanunation, l'excès des suppurations qu'elles déterminent quelquefois, doivent toujours être modérés par l'art, comme il importe toujours de disputer à leur extension les parties importantes, telles que les yeux, les fosses nasales, le conduit auditif. Les éruptions dartreuses sont provoquées, suivant quelques auteurs, par l'abus du coït Lorry assure que la continence et la chasteté produisent le même effet Les dartres préputiale et anale (prurigo, psoriasis ani), ont été signalées récemment dans l'étiologie de la spermatorrhée : la première propageant l'excitation de l'orifice du canal excréteur à l'organe de la sécrétion; la seconde déterminant, par le resserrement des sphincters et la contraction spasmodique du rectum, l'accumulation des fèces et l'irritation consécutive de l'intestin, laquelle amène la disposition des vésicules séminales à se contracter (i). Qui ne connaît le rapport qui s'établit entre la menstruation et certaines inflammations chroniques de la peau, tour à tour augmentées ou diminuées par la cessation ou le retour des règles! On a vu l'eczéma impétigincux, le prurigo, etc., cesser complètement à l'apparition des premières règles, se reproduire plus tard, par suite de leur suppression accidentelle ou naturelle. La grossesse et la lactation exercent une influence analogue. On a donné anciennement le nom de darU^es laiteuses aux phlegmasies cutanées qui surviennent chez les femmes condamnées, par la mort de leur enfant ou par tout autre motif, à la brusque cessation de l'allaitement. La vieillesse a ses phlegmasies cutanées (prurigo senilis, pemphigus pruriginosus, etc.), qu'il est diflicile de guérir, même quand on peut l'entreprendre sans danger ; on ne tenterait pas impunément la curation de celles qui, nées durant l'âge adulte, ne cèdent point à l'âge de retour et persistent dans la vieillesse en perdant d'ailleurs tout caractère d'acuité, comme font la plupart des maladies de cet âge. Ce sont alors des infirmités habituelles avec lesquelles il faut vivre; l'organisme n'a plus assez de mobilité pour se façonner à de nouvelles conditions d'équilibre; celles-ci d'ailleurs exigent, pour se produire, une activité fonctionnelle qui n'existe plus. Aussi Rayer a-t-il pu dire avec raison : « Chez les vieillards, les inflammations chroniques de la peau, indépendantes des causes externes, doivent être souvent respectées, quelquefois modérées, rarement guéries (2). » On peut lire dans les auteurs une multitude d'observations de maladies aiguës et chroniques, jugées par l'apparition d'une phlegmasie cutanée ; il n'est point de praticien qui n'ait été témoin de ces substitutions morbides. Un
(1) Kaula, thèse citée, p. 128.
(2) Rayer, op. ci'/., t. I, p. 40.
PfilTÉE] DES HABITUDES MORBIDES. 173
infirmier du \al-de-Grâce, placé dans notre service, affecté d'une conjonctivite chronique avec perte des cils, a éprouvé sous nos yeux Tinflucnce différente de deux phlegmasies cutanées. Par suite d'une variole conflueute, rophtbalmie s'était exaspérée au point de faire craindre pour la conservation de la Tue; les moyens les plus variés et les mieux dirigés n'avaient pu en atténuer la gravité. Survint chez notre homme convalescent de variole un érysipèle qui envahit rapidement face, cou et poitrine, et la conjonctive oculopalpébrale se calma comme par enchantement Aujourd'hui ce malade n'a plus qu'une légère suppuration d&s bords des paupières inférieures qui restent dégarnis de dis (1863). Ândral cite le cas d'une pneumonie désespérée que dissipa l'éruption d'une variole. Pierre Frank a vu une inflammation du cerveau guérie par un érysipèle. Nous renvoyons aux traités ex professa pour les exemples nombreux d'affections diverses jugées par une détermination cutanée, et qui justiûent le précepte donné par les maîtres, de respecter toutes phlegmasies de la peau survenant dans le cours ou au décUn d'une maladie : phénomènes critiques de la maladie, elles deviennent souvent des conditions de la santé, et ne peuvent être supprimées sans rappeler l'affection interne. D^autres phlegmasies cutanées coexistent avec des états morbides chroniques et en atténuent les souffrances. Alph. Cazenave(i) a donné des soins à un malade atteint d'asthme avec emphysème, qui depuis sept ans n'avait point passé une seule nuit dans son lit, et à qui un eczéma aux jambes, avec suintement assez abondant, procura un soulagement inespéré. Rayer rapporte des faits analogues ; et récemment nous avons vu une dyspnée qui datait de trois mois, déjà soulagée par un vésicatoire^ se dissiper complètement à la suite d'une éruption lichénoîde qui envahit le bras.
La guérison ou l'amendement d'un grand nombre de maladies par le bénéfice de phlegmasies cutanées a fait considérer celles-ci à bon droit comme des dérivatifs salutaires, mais ne justifie pas toutes les craintes qu'inspire leur répercussion. Quand il s'agit de rétrocession, il faut avant tout établir le rapport de causalité entre deux coïncidences ; une gastro-entérite, des convulsions, une phthisie, se manifestent en même temps ou peu après qu'une éruption a disparu. S'il y a simultanéité, ce qu'on prend pour l'effet peut être la caose ; une inflammation aiguë de la muqueuse digestive entraîne la suppression d'une phlegmasie cutanée plus fréquemment que la rétrocession de celleci ne donne lieu à la gastro-entérite ; si un intervalle se passe entre les deux faits^ dira-t-on : Post hoc, ergo propter hoc ? Nous n'avons garde de nier l'importance des habitudes morbides qui résultent des inflammations anciennes de la peau ; mais malgré le classique amas de faits qui prouvent le danger de leur suppression, nous pensons que ce danger a été exagéré, et que beaucoup d'observations consignées dans les auteurs manquent de valeur et de sévérité. On ne croit plus à la répercussion de la gale ni à tous les acci-
(1) Alph. Gazenave, Dictionnaire dt médecine^ 2* édit.^ t. XXIU, p. 358*
I7A DE L'HABITUDE. [HTŒtn
dents qu*on a fait découler si longtemps de sa goérison intempestive. Admettons le principe, résistons à l'exagération : toute aflfôction catanée qui, par sa durée indéfinie, a accoutumé l'économie à sa présence et s'est ajoutée aux condiiions de l'équilibre fonctionnel, veut être respectée. Quant à celles-là même qui ne se sont pas prolongées à ce point, une grande circonspection doit présider à leur curation.
Les suppurations externes, provoquées artificiellement par les exuloirea* tels que vésicatoire, cautère, selon, etc., deviennent également des habitodea morbides ; soit qu'on les ait établis dans un but thérapeutique ou simplemeai de préservation, les supprimer n'est pas toujours sans danger : c'est une raison de plus pour les prescrire sobrement ; Tincommodilé qui en résulte, ks soins qu'ils exigent, le prurit, les rougeurs érytbémateuses, les ftijpncles, ka phlegmons, les engorgements ganglionnaires qui en sont quelquefois les effets locaux, Texcitaiion générale qu'ils occasionnent aux sujets nerveux, irritables, sont déjà des motils sufiGsants pour ne les infliger que sous le coup d'indications non équivoques. Il n'est que trop dans les habitudes de beaucoup de médecins de les prodiguer outre mesure. Quand on songe à les supprimer» M faut tenir compte de leur état qui dénote assez bien leur degré d'utilité ; les exutoires qui sont indolents et qui ne suppurent que difficilement n'exercent plus d'action utile ; nul risque à les supprimer. Les exutoires qui rendent service sont le siège d'une certaine irritation sécréioire et se font sentir au malade. Plus ils sont anciens, plus il faut apporter de précaution à leur suppression : cette règle s'applique à tous les genres d'exutoires, quoique eu général ou craigne moins de laire taire un vésicatoire qu'un cautère. On diminuera lentement et par degré l'étendue ou la profondeur de l'ulcération artificielle ; la prudence veut que l'on supplée à l'excrétion qui va cesser en activant celle des surfaces d'excrétion naturelle, non au moyen d'un ou deux laxatifs une fois administrés, mais surtout par les frictions sur la peau et par l'ubage de plusieurs bains. Sous le rapport de la prophylaxie, les exuloiies sont une ressource douteuse; ils peuvent contrarier le développement d'une lésion encore commençante et circonscrite, obvier aux atteintes légères, mais ils n'ont jamais protégé efficacement contre les causes générales des épidémies et des endémies.
Glandes salivaires. — L'appareil salivaire et folliculaire de la bouche verse souvent avec abondance les fluides qu'il sécrète, et qui, aflluant dans celte cavité hors le temps de la mastication, nécessitent une fréquente expuilion (ptyalisme). Il n'y a ni rougeur, ni chaleur, ni tuméfaction des glandes salivaircs ni d'aucune partie de la bouche ; seulement la salive et le lluide nmqueux qui s'y mêle sont sécréiés copieusement, ^ans qu'ils éprouvent la moindre altération dans leur nature et dans leur aspect ; tout au plus leur densité est-elle diminuée. Ou observe le piyalisme chez les hypochoiidriaques, chez les femmes hystériques, et en généj al chez les sujets atteints d'aliections nerveuses ; il existe, comme phénomène transitoire, dans beaucoup de grossesses,
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chez les enfants aux époques d'odontogénic, chez ceux qui ont des vers ÎDtesliuaux, etc. Les fumeurs, les personnes qui mâchent du tabac ou qui font oo usage habituel des épices, des boissons fortes, les parleurs, éprouvent le besoin de cracher fréquemment, et n'en sont pas autrement incommodés, à moins que la sécrétion ne soit suractivée au point de donner lieu à une déperdition sensible. Dan^ ce dernier cas, les digestions se troublent, la faiblesse et l'amaigrissement surviennent, la vie même finit par être menacée, comme •n Ta VQ chez des individus atteints d'une perte de substance des lèvres ou des joues. Haller cite son propre maître comme ayant éprouvé les mauvais effets de la spuiation habituelle et excessive : c'est que la salive ne sert pas seoiement à favorû^er la mastication et la déglutition. Mais, quelles que soient les divergences des recherches expérimentales de Miaihe, Lassaigne, Mageudie, Bouchardat, Sandras et Cl. Bernard, etc. (1), comment refuser un rôle important à ce liquide quand il est démontré, d'une part, que la conversion de k fécale en dextrine et en glycose est le phénomène fondamental de la digestion des amylacés, et, d'autre part que la salive buccale a la propriété d'opérer cette transmutation sans en être le seul agent ?
Jieiru et vessie. — L'urine présente des caractères différents suivant l'époque de la journée où on l'examine (urines de la boisson, de la digestion, du sang ou du matin) ; elle est en outre modifiée par l'influence des âges, des saisons et des troubles pathologiques qui surviennent dans l'économie. 11 ne saurait être question ici des altérations de ce fluide excrémentitiel, parce qu'aucune d'elles ne peut constituer un état morbide habituel et compatible avec la santé. La quantité de l'urine dépasse un peu celle des boissons ingérées et diffère beaucoup, non-seulement suivant la saison et le régime, mais encore suivant le degré d'activité des autres surfaces ou appareils d'élimination ; la sécrétion des reins est liée par ses vicissitudes à l'action physiologique de la peau, rare en été, copieuse en hiver. Les individus qui, par l'effet d'une idiosyucrasie, transpirent peu ou point, versent plus d'urine, etc. Nous n'insistons point sur ces faits de physiologie banale. La pondération des actes fooclionneis se fait, non par une juste proportion d'activité de chaque organe eo particulier et de tous ensemble, mais par la résultante des inégalités : qui dit pondération ne dit pas harmonie. Quant à l'excrétion des urines, autres différences individuelles : il y a des vessies paresseuses, comme on dit, et des vessies d'une coiitracliiité énergique; la constipation, l'âge, interviennent ici autant que l'iiabitude. Celle-ci nous permet de retarder le moment de i'excré-
(1) Miaihe, Mémoire sur la digest. et Vassimil. des mat, amyldides et sucrées. Paris, 1846. — Chimie appliquée à la physiol, et à la thérap, Paris, 1855, p. 39 eisuiv. — CL BemarJ, De la salive {Leçons de physiologie expérimentale. Paris, 1856, t. 11, p. àà et SUIT.). — Leçons sur les liquides de C organisme. Paris, 1859, t. Il, p. 239. — LassaifiM, Journal de chim. médky iSUÙ, p. 472. — Magendie, Note sur la présence normale du sucre dans le sang {Comptes rendus de i* Académie des sciences, 1846). — Bouchardat et Saodrai, Gaz, méd,y 1845, p. 61.
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tion urinaire, de comprimer d*abord avec souffrance, ensuite sans peine, le besoin que réveille la distension du réservoir ou Hmpression d*un liquide concentré sur sa membrane muqueuse : fâcheuse exercitation de la volonté aux dépens d'un viscère dont on ne peut contrarier la fonction sans se préparer des infirmités précoces.
m. Fonctions de relation. — - 1" Sens, — Les oi^anes des sens sont susceptibles de contracter des dispositions morbides qui deviennent habituelles, sans exercer aucune action sur la santé : la myopie, la presbytie, h dysécée ou surdité incomplète, Tabolition de l'odorat, en sont des exemples. Nous supposons que ces infirmités ne dépendent d'aucune lésion grave et capable de réagir sur l'état général de l'économie ; l'hygiéniste n'aurait plus la même sécurité si l'affaiblissement de la vue avait succédé à des congestioi» répétées vers la tête, ou coïncidait avec la polyurie et l'amaigrissement général, si celui de l'ouïe se montrait en même temps que la perte de la mémoire, etc. Quand la perte de la vision ou de l'ouïe est complète, la santé générale des individus en est diversement affectée, suivant que l'infirmité est acquise on congénitale. L'homme qui devient accidentellement aveugle ou sourd subit une perturbation profonde dans sa manière de vivre, dans ses relations, dans le mouvement de ses idées, dans tons les actes de la vie physique jet morale : privé de la vue, c'est-à-dire de la faculté de régler ses gestes et de communiquer spontanément avec le monde extérieur, il est refoulé dans une sphère étroite de mouvements; ses muscles ne sont plus sollicités que par un exerdœ précaire; ses besoins ne s'aiguisent plus par l'impression visuelle des objets qui leur correspondent; en un mot, il est sevré de toutes les stimulations que les organes reçoivent par l'intermède de la lumière et de l'appareil sensorial dont elle est le stimulant. La surdité, véritable anticipation du si'ence de la mort, brise ou relâche autant de liens, détruit autant de jouissances ; même isolement au milieu de la société, même concentration de l'activité morale et intellectuelle. Il y a dans ces deux étals : 1° les effets directs de l'abolition d'un sens; 2"" les effets secondaires et généraux, le cerveau étant frustré d'un ordre de sensations et ne disséminant plus dans la totalité de l'organisme l'excitation spéciale dont le sens aboli lui fournissait le principe. Les aveuglesnés, les sourds-muets, au contraire, forment une variété de l'espèce humaine, ayant ses conditions particulières de santé comme elle a ses conditions d'édncabilité, son mode de vie, de relation. Le sourd-muet qui constate les éclats du tonnerre par le frémissement que perçoit sa main appliquée sur les vitres d'une fenêtre ; le sourd-muet qui se réveille le matin parla vibration qu'il sent dans les mollets pendant le roulement du tambour (1), s'est toujours réglé par ces perceptions. L'aveugle de naissance, qui devine la direction et l'em-
(1) Nous tenons ces détails du Ténérable M. Désiré Ordinaire, ancien directeur de l'Institut royal des sourds et muets, auteur d'un excellent livre sur l'éducation de cette classe d'infortunés.
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branchement des rues par les courants atmosphériques qu'elles conduisent, n*a jamais connu d'autre moyen de s'orienter. Pour eux, il n'y a point priTation* mais ignorance d'une autre manière d'être ; ils ne connaissent pas la torture intime des regrets impuissants et des souvenirs désespérés.
7? Encéphale. — Ce serait ici le lieu d'examiner jusqu'à quel point certaines affections de l'encéphale comportent l'intégrité et la stabilité des principales fonctions de l'économie ; mais nous nous exposerions à dépasser les bornes de rhygièae et celles de ce livre. Les fous ont leur santé, si par ce mot on entend l'ensemble plus ou moins régulier des actes de la vie végétative et ceux de la vie de relation, moins la juste coordination de ces derniers; les fous, excepté un certain nombre de monomanes ou de furieux, mangent, boivent, digèrent; ils ont des forces et de l'embonpoint ; leurs sécrétions et excrétions ofll^nt quelques irrégularités ; ils dorment peu ; ils bravent, tête nue, avec une apparente impunité, l'excès du froid et les ardeurs du soleil ; on a remarqué encore qu'ils réagissent autrement que les individus saios d'esprit, à l'action des médicaments dont ils supportent des doses considérables.
L'hypochondrie, dans ses degrés moyens, ne conduit ni à l'hôpital, ni dans les maisons de santé ; elle vit dans le monde, hante les salons, s'assied à nos côtés. Protée fatal, elle revêt toutes les formes de la pathologie : à son début, simple perversion de la faculté de perception et de jugement ; plus tard, développant par une sorte d'incubation incessante des états morbides locaux et variés, aboutissant au marasme, à la folie, au suicide, curable seulement par ▼oie de modifications hygiéniques^ il convient d'autant plus d'en dire on mol qu'elle se présente plus fréquemment à l'observation des praticiens. Ceux qu'elle affecte sont appelés tour à tour mélancoliques, malades imaginaires, etc. Certains médecins les traitent de spasmes, de vapeurs, de palpitations, de gastrite chronique, etc. Nous reconnaissons que des maladies très-différentes peuvent engendrer le simulacre symptomatique de l'hypochondrie, et nous plaçons en première ligne, parmi les maladies qui ont celte forme de réaction nwrale, les phlegmasies chroniques du tube digestif, du foie, de la vessie, et cbex les femmes, les lésions du col de l'utérus, les irrégularités de la menstmation, chez les hommes les pertes séminales involontaires, l'albuminurie débutant sous forme chronique et longtemps stationnaire à un degré léger ; mais il existe une hypochondrie esseniielle. Névrose de l'encéphale, source des sensations les plus pénibles et les plus étranges, elle présente souvent le contraste d'une santé florissante et de souffrances aussi mobiles par leur siège que difficiles à caractériser ; elle est la mère du spleen britannique, le grain de sable dont parle Pascal; elle s'ajoute aux hémorrhoîdes de Charles -Quint et de Richelieu. Familière anx sujets nerveux, elle leur suscite des terreurs paniques, die les attache tremblants à l'oracle du médecin ou les jette dans le scepticisme et le désespoir ; ils se plaignent tantôt de la tête, tantôt du ventre; ib ont des battements qui soulèvent la région précordiale, des intumescences abdominales qui se résolvent en éructations ; l'incrédulité qu'on leur témoigne M. LtVT. Hygiène, 5* édit, 1. — 12
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exaspère leur irritabilité, etc. Georget a tracé, avec vérité, tous les trait» de leur individualité, nous renvoyons à sa description. Mais remarquons que la multiplicité des souiTrauces qu'ils accusent eu Tabsence d'altérations locale», la versatilité de leurs seusatigus et de leurs volontés, les céphalalgies, les signes d*afilux sanguin qu'ils ottrent fréquemment vers la tête, suggèrent k priori l'idée d'une affeclion cérébrale. Cette présomption est confirmée par la nature des causes qui favorisent le développement de Thypocbondrie ; elUs tendent presque toutes à surexciter Tencéphale; aussi Thypocbondrie est-ell9 la ma» ladie des gens de lettres, des savants (i), des artistes, des hommes politiques ; elle se développe surtout à l'âge des passions, dans les rangs les plus aisés de la société, où circulent plus d'émotions et d'idées ; elle (ait les génies incompris» les touristes ennuyés, et toutes ces âmes blasées qui s'agitent, prison* aières à l'étroit, dans la sphère de leurs destinées, dans l'horizon de la vie commune ; elle est à noire sexe ce que l'hystérie est aux femmes (2). Beaucoup d'hypochondriaques conservent pendaqt de longues années l'intégrité des fbnc-* tions nutritives et la vigueur de leur constitution ; leur intelligence, souvent embarrassée, prompte k se fatiguer, suffît cependant à la direction de leurs intérêts matériels ou de leurs travaux ; mais à la longue des altérations tr^ réelles surviennent dans les organes, particulièrement dans le cerveau et dana le^ o:ganes digestifs. Il convient donc de ne pas trop compter sur leurs appa-* rences de santé ; au lieu de tourner leurs souffrances en ridicule et de les bar* celer d'iuutiles exhortations, il faut songer à supprimer les causes qui ont provoqué ce mode spécial d'innervation encéphalique. N'attendez pas que U maladie, d'abord mentale, je le veux bien, ait allumé dans les viscères des loyers de réaction qui doubleront son intensité. U traitement doit être hygié» nique et moral dans la période où il n'existe encore aucune complication. L'éloignement des causes en est la première base, elles sont inhérentes souvent à la profession, aux occupations journalières, k l'entourage, etc. Malheureusement toutes ne peuvent être écartées; les chagrins, les sollicitudes de l'âme ne se déplacent point mécaniquement. Il ei»t utile d'acquérir sur ces malades assez d'ascendant, assez d'autorité pour les diriger dans leurs actes, dans leur régime» pour les amener à modifier leurs habitudes^ etc., le tout sans violence ni froissement. La patience, la charité, la condoléance la plus alleclueuse, doivent présider aux rapports qu'on établit avec eux ; et, pour mieux sonder
(1) « Quin imô non pauoi ex ils viris qui vitam degentes sedentariain^ chartis soient iuipallescere, eodem murbo tentantur. » (Sydenham, Dt-'isertatio episio/aris de ithscrva* tionibun riupem. Genev», 1749, p. 256.)
(%) « ^t quauiUliet omnis retru anliquilas Byniptomata illa, adfectibut hystcricit adiiatcentia, utero «einper vilio verteret, si tainen udfectioHe'i hypovhoudriacas vulgo dictai, quas epleiiis aut viscerum nesciu quorum obstructioni iuiputanius, cuiii uiulitiruni hyslericarum syuiptouiatis conferamus, vix ovum ovo similius quam sunt utrobi(iue pbaniomena, deprebendeinus. » (Sydeabam, opère citaio^ Difseitalio epislolaria, etc. GenevsB, 1749, p. 256.)
Pinrte] DES HABITUDES HOBBIDES. i79
Ténergie de leon soufiranc^, pour mieu^ ep asseoir le traiteipent, pycz ^in d'dboqder en leurs dir^, de croire è la réalité de leur» sensations, Vdtemend nourriture, exercice ou repo«, iiKtIemeqt ou fréquentation ^u monde, voyage et bains, tont pela eera pre^rit diversement suivant les nuances de Tétat moral et les condiliom» physiques de chaque individnalité. lios drogues n'y peuvent rien. e| c'est parce que Thygiène a senl§ misainn de guérir ou de sour lager rbyppcbondrie que noua avons dû en faire cette comte mention/ La nostalfi^ (de yé#THt retour, et «Xyo^, souffrance).
C'est ce 4éf oftt d'un sol qua voudraient fm nos pas ; C'est ce yzfue besoin des lieux où l'on n'est pas. Ce souTenir qui tue ; oui^ cette fièvre lenie Qui foit rêver le ciel de la patrie absente; C'est ce mal du pays dont rien ne peut guérir, fient tous les Jours on meurt sans jamais en mourir.
(Casimir Delavigne, Marino Faiiero, acte I, scène n.)
Le poCte se trompe, on meurt de la nostalgie, bien qu'elle soit moins une maladie qu'une habitude cérébrale ; mais par sa persistance et par son ezaltatioD, elle finit par amener des désordres fonctionnels et des localisations morbides. Dans ses nuances moyennes, elle n*altère pas sensiblement la santé ; mais al elle ne cède pas au bout d'un certain temps, si elle absorbe de plus en plos les ftcnltés cérébrales, les troubles se déclarent et s'aggravent promptement Jusqu'à la mort L'effet qu'elle produit le plus rapidement, c'est l'émadation générale, Téritable consomption nerveuse, sans symptômes morbides bien saillants, et qui prouve à quel point le cerveau et le système nerveux agissent sur la nutrition et sur l'assimilation (1). Quel est le médecin militaire qui n'a observé les ravages de la nostalgie, soit qn'eDe existât seule, soit qu'elle se fût développée dans le cours d'une maladie aigufi ou chronique? Peu de nos jeunes soldats échappent aux atteintes de cette souOhince inexprimable ; elle s'empare surtout avec Êicilité des Bretons, des Vendéens, des Corses, et en général de ceux qui ont vécu dans l'isolement ou dans les montagnes. En 18Si, le 21* régiment d'infanterie légère, alors en Morée, reçut un grand nombre de recrues corses dont plusieurs ont succombé à la nostalgie à l'hô» pital de Navarin, quoique la Grèce leur offrit le climat, les sites pittoresques et presque le langage de leur tie natale. Je n'oublierai Jamais un Jeune militaire qu'une incurable nostalgie avait frappé au cœur : promesses de congé ni sympathiques assurances ne purent tempérer sa tristesse, soutenir son courage ; cette mer qu'il avait mise entre lui et la France lui semblait infranchissable pour le retour : pontum aspectabunt fientes. Il tomba dans le marasme et s'éteignit, serrant dans ses mains décharnées la dernière lettre qu'il avait reçue
(i) liObstein/Jfui/omiepaM^Aiftguei 1. 1, p. 78-70*
III ht vnkmmi; [Éfitm
siAcin Ui mtttt Mttietii diti» cpiftlqtieg ëèmiiitM «t moitis. J« D. ime^ à oteenfé té g^ott» de nostalgie; tiotië ëh btobs ett diiM notre senficië au Vâl-de« orâce Un «téinple terrible ! U tiiâMe nous i^pétait tôu« les ffiatliis, âtéf5 lett trafmpoits dii plus profotid déseiipoir t « tientoy^fe^dioi dans tnoti p«y$, ou Je mounid* » £t rèttsetnble des symptômes fie nous prou^ult pe trop qu'il féa» liserait son ittgolire augure. Quand la nostalgie- de s*est pas enoorè développée avec force et qu'il y a lieu de la combattre ou de la prévenir, c'est feiif ttiodi^ fieateurs de l'enoéphale qu'il faut recourir^ c'est au moral qu'il faut s'adreaieri non au corps^ par voie de persuasion et d'afltectueuK égards ^ non par intimi» dation ni par raillerie. Dans les réunions d'hommes, comme les eollégeSi les écoles de TÉut, les régiments^ ûiie Sage combinaison d'eierelces physiques, de récréations et de travaut peut obvier au flial ou remédier a ses premières maniftstatloos) la musique, la danse^ la gymnastique, les Jeut eoMmuna, ont défendu contre l'Uivasion de la nosulgie plus d'un régiment, plus d'un équl^ page embarqué pour une lointaine expédition; ces etertices créent des aiso^ dations d'abord forcées, mêlent les carsetères, développent les affinités, suggèrent des séries d'idées nouvelles) l'oisiveté de l'esprit est la condition qui fiivorise le plus le développement de la nostalgie : que l'on s'empresse de retrié^ dier à cette cause d'énervation morale. C'est par des Jeua que Desgeuett^s, en Egypte, parvint à distraire l'armée que décimait la peste.
Enfin, les plus difficiles à distraire se soulagent dans les entretiens qu'on leur offie sur le sujet même de leurs mélancoliques préoccupations t toute oauae s'épuise par ses manifestations i et, a force de parler du sol natal, de leurs parente, de leurs amis, ils s'aperçoivent moins de la dlsuince qui les en sépare ; les larmes qu'ils répandent dans un ccsur compatissant leur procurent une sorte de détente intime; ils sentent faiblir par degrés la douleur qul^ cachée avec une sorte de pudeur, refoulée par l'indifférence de leur entourage, pesait sur leurs âmes d'un indicible poids.
Il est une nostalgie pour ainsi dire physique qu'il serait dangereux de oon-^ fondre B?ec celle que nous rangeons parmi les habitudes morbides : c'est la nostalgie des individus qui, jetés sur Une terre loiuuine, ne possèdent point dans leur organisation les ressources nécessaires pour l'acclimatement. Doués d'une médiocre réaction, ils fléchissent lentement suus l'influence d'un milieu avec lequel ils ne peuvent s'équilibrer; l'éiat do langueur dû ils tombent résulte de leur inaptitude organique à vivre dans les conditions du climat nouveau t leur nostalgie, comme l'a dit Thévenot, n'est alors qu'un besoin Tîtal (1).
3^ Appareil locomoteuft ^^ Le système musculaire est le siège d'affections diverses qui ne compromettent point la santé ; les rhumatismes, myodynies, contractures, etci , n'agissent sur l'économie que par l'intensité de la douleur et la privation passagère ou prolongée du mouvement, soit d'une partie, soit
(1) Thévenot, Traité déi màtttdies des Eûfopèenâ dahs iés pays thtiuds, 1840, p» 1^*
ptnrtt] DES haëitudes morbides. !ftS
de la totalité dtt tiofpë. Toutefois là mobilité des alTectiotis rhumastisitiaies est une menace pour les orgatiea profonde qtii n'échappent point à leurs métastases. L'appareil fibro^séfedt est tributaire de deux maladies dont les rapports a? eC la santé générale ne soAt pas également appréciés par tous les médecins : te rhumatisme articulafre Snclen, ses récidives Sans éclat ni forcé, artétettt h peine l'attention de beaucoup d'entfe eux. U goutte u'eS^aye pas davautage, et^ dans l'impuissance de là guérir, ou en a fait un bfevet de longue fie, uue rassurante iucomuiodité plutôt qti'tiue maladie. Le rhumatisme articulaire
non fébrile a une marche indéterminée, s'épuiSe spoUtâUémeut \ mais ses récidives sont inévitables, saus détriment pour la lot)gévité. QUftnd il dohtte lieu à des réactions fébriles, le retentissement sympathique qui le!i accompagné, les accidenta qui soot h redouter vers te cttur [eudocardlte rhumatismale), ne permettent point de riliger cette iiRiCtion parmi les habitudes morbides plus ou moins inoflbosives pour le fblid de iâ Constitution et la durée de la vie» La gouttc« qui s'attaque de prélirence à l^sristocratle de la fortuue et de l'Intelligeuce, oomme poar Justifier le système des compensations (1), et dont Lucien
a dit :
Goffnotsat unuiqiibittiét me solatil daatn ffon deliniri pharmaoïf ^ non otoequl,
la goutte ne répond gUère« par les accidents qu'elle entraîne, I la Sécurité proverbiale des médecins et des malades : une attaque de goutte qui ne rcvirnt pas ne préjodioie point à la longévité) le danger n'est pas immédiat, et tant qo'il ne survient pas de complication, nue bonne constitution triomphe des atteintes de U goutte aiguë. Mais chronique, elle prodoit des eiféls généraux et locaux qui, de loin ou de près. menaceUt l'existence du maladci Le trouble de la nutrition et de l'hématose résulte en pkrtie de l'immobilité à laquelle sont condamnés les goutteux par les lésions profondes de leurs arti'cuiaiions, et produit ce qu'on a appelé la cachéxtff grmtteuse; la sécrétion excessive à'acide urique qui caractérise la goutte prend issue uoU'-seulemçttt par les tissus qui environnent les articulationsi mais encore par les reins i de 16 cette néphrite gooueuse décrite par Rayer (3), et qu'Érasme déjà, sous le nom de néphrétique, appelait la s«ur de la goutte. Une foule d'autres accidents graves sont dus à la rétrocession de la goutte (goutte interne)* soit qu'on envisage les affections viscérales consécutives à la disparition de la goutte comme des déterminations analogues à celles qu'elle opère vers les
(i • «f Verbo dicam, articularis hicce morbus (quod vis de quovis alio adArma-
veri») divites pîures intereinit quam pauperes, plures sapientes quam fatuos... quœ boni atque mali contemperaiio, fragilitaii tiostrse et mortalilati ita propria nobis fortasse adprime cotiducit. » (Tlioitiëf Sydenbani, Opéra universa. Lugduni Batavorum, 1^26, p. 443.)
(2) Rayer, Traité des maladies des reins, Paris, 1840, t. II, p« 500.