‹ Traité d'hygiène publique et privée. v. 2Chapitre 30 sur 134 · VITALE · texte numérisé non relu

VITALE

Oéoilitrei*

Déoilitres.

Le poids exerce sur le pouvoir respiratoire une influence moins régulière et moins décisive; il Taffecte néanmoins d'une manière sensible lorsqu'il devient considérable ou excessif. L'examen de 26(i8 individus a conduit Hutcbinson à cette conclusion que tant que le poids moyen du corps n'excède pas 1 0 pour 100 du poids moyen calculé pour chaque taille, il reste sans eSei sur la capacité respiratoire vitale; mais que, cette limite une fois dépassée, chaque augmentation de 1 kilogramme dans le poids du corps entraîne une diminution de 32°^, 8 dans la capacité respiratoire.

U est donc impossible de méconnaître la coïncidence d'une certaine éleva* tion de 4a taille et du développement des forces organiques. Une preuve de plus à l'appui de cette conclusion ressort du mouvement des hôpitaux militaires et de la mortalité dans l'armée. Les corps d'élite ou les armes spéciales, comme on les appelle^ telles que l'artillerie, le génie, les pontonniers, les ouvriers d'état, etc., fournissent nn moindre contingent de maladies et de décès que les troupes d'infanterie. Or, pour celles-ci, la taille légale éuit, a?ant la dernière loi, de 1"',56 = k pieds 9 pouces; elle est de 1°',706 = 5 pieds S pouces pour les armes spéciales. Il suffit de jeter un coup d'œil sur un régiment d'artillerie et sur un régiment de ligne pour être frap()é, au premier alK>rd, de la différence des constitutions qui en peuplent les rangs ; néanmoins la désignation des recrues pour les différentes armes n'a lieu que d'après les mesures de taille.

ntvÉx] ]IAP1»0RÎS DE U FORCE ÂV£C Là TAILLE ETT LE POIDS Dt CORPS. 207

En considérant ie développement de la taille comme un indice de force générale, nous avons en vue une force moyenne, non les statures les plus éle* vées ; il est d*observation que ces dernières, sauf quelques exceptions athlétiques, n'ontsouveDtde la force que les apparences et le luxe extérieur ; nous ne reléguons pas non plus d'une manière générale, parmi les constitutions débiles, les individus de petite taille : lorsqu'ils sont bien conformés et bien pris dans leurs proportions, ils résistent mieux que les gens de stature élancée, mais grêles, à courte poitrine et à membres allongés. Les médecins militaires savent que les constitutions de moyenne et même de petite taille, mais carrées et fermes, qui se rencontrent parmi les voltigeurs et les chasseurs, offrent plus de ressource que les grenadiers, dont un grand nombre, originaires du Nord et de TAlsace, croulent promptement sous les atteintes de la maladie. Louis (1) et Briquet (2) ont aussi constaté que les sujets de grande taille sont plus disposés à la phthisie pulmonaire.

Nous avons examiné dans quel rapport se trouve la force avec les différences individuelles de l'organisation, telles que tempérament, idiosyncrasies, âge, sexe, hérédité, habitude, taille et poids du corps ; il nous reste à la considérer, dans la totalité de l'organisme, aux prises avec les influences dû monde ambiant C'est ici que la distinction de la force habituelle et de la force virtuelle, ou force en réserve, s'applique avec vérité.

L'homme ne conserve son équilibre qu'en réagissant incessamment contre les influences extérieures. Celles-ci ne sont constantes, ni dans leur intensité, ni dans leur durée, ni dans la vitesse de leur succession ; mais quelles que soient leurs variations, elles ont une latitude comprise entre deux extrêmes fixes, ce qui permet d'en calculer la moyenne, et par suite celle de la résistance que l'homme est obligé de leur opposer. Soit, par exemple, la température du climat : elle oscille entre un maximum et un minimum, elle offre une moyenne annuelle, et dès lors il est aisé de prévoir jusqu'à quel point le pouvoir calorifique de l'homme devra s'exercer pour maintenir la température animale dans une limite à peu près invariable. Tant que les influences extérieures n'excèdent point l'échelle ordinaire de leurs vicissitudes, la résistance que l'homme leur oppose n'exige que le développement de sa force habituelle; mais si elles dépassent leur latitude ordinaire de variations, si elles acquièrent une intensité insolite, l'organisme doit réagir avec une énergie proportionnelle, il doit développer une force de plus en plus grande, et il vient un moment où, près de s'épuiser, incapable de prolonger sans détriment la lutte, il appelle à lui le secours de tool les moyens propres à le garantir contre l'agression ruineuse des influences du dehors. Dans cette progression de réactions qui a pour termes extrêmes la santé facile et l'imminence morbide, l'homme débute par la dépense de sa force habituelle, se soutient en déve-

(1) Louis, Recherches sur la phthisie, 2^ édition. Paris, 1843, p. 579 et suiv.

(2) Briquet, ilfoiie médicaie, fèrrier 1842.

208 De la constitution. [BT«lfttt

loppant sa force virtuelle, et si l'influence à laquelle il résiste n*est surmontée ou ne disparaît, la nature devient insuffisante. Or, ni l'énergie que rorganisaie développe habituellement, ni celle qu'il pent développer en raison de sa virtualité, ne sont départies à toutes les constitutions dans une mesure égale : c*est ce qu'il est aisé de vérifier en obsenant plusieurs individus sonmîs à l'action perturbatrice d'une même cause. Les cas suivants se présenteront : 1® Perturbation fugace, retour presque immédiat à l'équilibre fonctionnel par la réaction efficace et instantanée de l'organisme. T Oscillation de quelque durée et rétablissement dans la plus courte période de temps. 3^ Maladie, mais qui, à l'aide du simple régime^ se termine spontanément par le retour complet à la santé. 4® Maladie, laquelle, abandonnée à elle-même, est suivie d'un rétablissement incomplet, d'une convalescence longue et incertaine. 5* la maladie est plus grave, les soins de l'art sont indispensables ; la guérison qu'ils amènent laisse à sa suite faiblesse et langueur. La force revient cependant, mais non plus dans la mesure qui existait avant l'accident. 6* Un dernier cas est celui où la guérison ne peut être complétée, même avec le concours des moyens les mieux dirigés et des soins les plus persévérants. Noos avons supposé six individus, atteints par la même cause, et se comportant chacun suivant sa nuance de constitution ; mais notre supposition est sîngalièrement outre-passée par la variété des types organiques, et par conséquent, des manifestations réactionnelles. Pour apprécier les conditions individneks de l'équilibre qui fait la santé, il y aurait à considérer l'intensité comparée des forces organiques et des influences qu'elles ont à surmonter, la persévéranœ des unes et des autres dans une même mesure d'action, la promptitude avec laquelle les unes et les autres se développent et parviennent au maximum relatif de leur intensité ; ne pouvant entrer dans ces détails, nous résumons notre opinion sur la force eiivisagée dans la totalité de Torganisme, par cette ;^ citation d'Hippocrate : « Selon moi, les constitutions qui se ressentent prom- '^^ ptement et fortement de leurs écarts sont plus faibles que les autres; le faible est celui qui se rapproche le plus du malade ; et le malade est encore plus faible : aussi doit-il souffrir plus que tout autre des fautes du régime (1). »

La constitution se traduit par la force ; la force se révèle dans certaines conditions d'organisation et de fonctionnalité ; elle s'épuise graduellement ou violemment dans les réactions incessantes de l'organisme contre les influences extérieures. La série de ces réactions compose la vie : la durée de la vie mesure donc en définitive la vertu des conAitutions, et la question de force constitutionnelle se résout dans les chiffres comparés de la mortalité. Des lacunes se font sentir ici dans la statistique : on n'a pas encore recherché les proportions de la mortalité suivant la taille, l'hérédité, les tempéraments et les idiosyncrasies ; mais elle a fourni des données péremptoires sur les rapports

(1) Rippocrate, tracluction lillré. Traité de l'ancienne médecine, l. I, |». 597.

nmrtB] DE L'IMMINENCE MORBIDE. 20d

de la mortalité avec Tâge, le sexe et les professions ; celles-ci expriment en partie Tinflueiioe des habitudes. Ces résultats numériques trouveront place dans la seconde partie de ce livre, d'autant mieux que la macrobie^ suivant l'expression de P. Lacas (1), a son origine première dans l'espèce et se rapporte à l'espëca

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