AUTOMNE
mm.
▲NNte entiAre.
Ainsi, les pluies d'automne prédominent sur les pluies d'été dans toutes les régions situées sur les bords de la Méditerranée, et à l'ouest du continent, jusqu'à la hauteur de l'Angleterre; au nord et à l'ouest de cette bande, le
(1) De Gasparin, Météorologie agricole^ t. H.
398 DES MODIFICATCL'BS, — CIRCUMPUSA. [atOiÈffi
maximum des pluies tombe en été. La bande des pluies aulomsalcs comprend l'Angleterre entière, les côtes de l'ouc&t du continent jusqu'en Nurmaiidie, la France méridionale, l'Italie, U Grèce, l'Asie Mineure, la Syrie, l'Ëfjypie, la Barbarie, Madère. La bande h pluies estivales présente la Fiauce septentrionale, l'Allemagne, les côtes de l'Océan, â partir de la hauteur de l'inglelerre, l'inlerposition de celle île entre la direction des vents plutieui et les Pavs-Bas les transformant en pays contiitenlauit; en un mot, tout ce qui se trouve au nord du plaleau central de l'Europe, prolongé des Alpes vers les monts Carpafhes, laissant au midi la vallée du Danube, au-de,'«sous de Vienne (Gaspariii).
Oh désigne sous le nom de leinpéralnre moyenne mensuelle, la moyenne des températures observées â des ini4tanl8 tres-rapp roches pendant tout te mois; elle s'obtient en prenant la muyeime des températures moyennes des trente jours du mois. En combinant le« obBervaiions de seize ans pnnr cluque mois, Bouvard a dressé le tableau suivant pour Paris :
Températm
HuinuB.
hnvier ... A,a
PAvrier... 6,8
Han 10,6
AvrU 15,a
lUi 18,6
Juin 31,8
Juillet
fl,0
Aofll
Odiolra. -
It.O
novembre .
ab
Décembre. .
A l'aide des moyennes mennielles, on arrive ii déterminer les moyeniiM taisonniénw ; mais la mi^itkirologiG médicale ne suit pas la division aslromn mictu» des saisoiif : elle gruu|H] ensemble les mois les plus chauds et les plni fmids: pour elle l'hiver comprend décembre, janvier et février; le printemps, mars, avril et mai; Télé, Juiii, Juillet et août; l'automne, septembre, octobre et novembre. Lesmoycnites saisunni^res cunduLsent è la moyenne annuelle. Ces multiples téries d'év al nations tliermoiiiélntjne.x moyennes par jour, mois, saisons et années, sont l'une des plus tolides ba^es d'appréciation hygiénique des localités et des climats.
A Paris {UV 5(1' lat.), on a trouva :
■i\er S heurei A5 minutes.
Printemps li — 30 —
Élé.,, là — 30 —
Aolsiime 9 — 45 —
Bt pour moyanne annuelle, •{- ia°,8.
Pilfil] ATMOSPHÈRE. — fiLECTRICITÉ. 299
En Guinée (5 degrés ht ) :
I>nrée iïf jonrs. Mnrenne tb^rmomitriqnc.
Hîfer \ / 4- M,i
£rr:::::::: «•-- tl^i
kuUmm / 1+27
El pour la moyenne annueOe, -|* 27*,â.
A Rio-Janeiro, le mois le plus froid donne + 20'',0; le mois le plus chaud iV*,2; la moyenne annuelle est de 23*,5. A Edimbourg, l'écart est de 10*,5 entre la moyenne tbermométrique de rhiver et celle de Tété; à Moscou, de 37«,8;àRa88ara,de31%S.
Quant k la composition de Tair, on a trouvé qu'il y a moins d'acide carbonique le jour que la nuit, ce gaz étant absorbé et décomposé par les végétaux sous rinfluence solaire. D'après Théodore de Saussure, cette variation du jour k la nuit est moindre dans les villes et les lieux fermés que dans les lieux ouverts; le maximum d'acide carbonique se montre vers la fin de la nuit, quand les plantes cessent d'en émettre ; le minimum fers le milieu du jour où elles en alMorbent le plus. La variation est plus marquée en été qu'en hiver, à cause du développement de la végétation. Un hiver froid, avec des gelées qui dessèchent la terré, augmente la quantité d'acide carbonique dans l'air ; le dégel la diminue.
Les mutations atmosphériques qui intéressent le plus le médecin sont assurément celles que détermine la périodicité annuelle : par leur succession régulière^ elles constituent, k proprement parler, les saisons; mais, comme avec ces vicissitudes de la constitution atmosphérique coïncident d'antres change menis qui s'accom|)lis8ent k la surface du sol et dans l'état des eaux, nous n'étudierons les saisons et leurs effets qu'après avoir exposé toutes les (données de la question.
L — Électricité.
L'électricité mise en mouvement par différents moyens, notamment par les appareils galvaniques, exerce sur l'économie apimale une influeuce puissante, surtout si elle traverse les organes avec, continuité. Les expériences de Volta, Nobili et Marianini ont fait connaître l'actjpn des élcptromoteurs de force différente sur la contraction musculaire, et Prévost et Dumas, en étudiant la disposition terminale de filets nerveux, ont pu ramener ce phénomène à la loi de l'électricité en veptn de laquelle les courants qui vont en sens contraire se repoussent Quand les courants éleariques se dirigent des troncs
«M U8 HODIFICATEURS. — CIRGDimSi. [noitR
nerreus ani ndnes, il y a secoaue plus od mmut Tiolente; iam te us de circalaUon inrerse, il y a platttt sensalkni que coninction (Uananini). La circolatîon capillaire est acdTée par l'application dn Baide électrique. Les sëarétioDS MDt modifiées par la même cause; une oWrratioQ, dne fc Becquerel. semble devoir jcUt un grand jour sur le mécanisiiK' de cvs acies foodioiuieic : il a f u qu'en géntJral, lorsque deui liquides dtlTi^-renls, suscepiiUet de réactiDii chimique, sont séparés par uuc membrane qui ne leur permet de ae mébngv que peu i peu, un courant électrique s'établit par l'intermMiairede celle^iel des réactions cliimiques se développent.
Enfin, les expériences de Uattcucci ont établi que l'éleclririté animale b'^ ni le privilège exclusif de certaines espèces, ni sous la dëpeDdance abnhe d'un appareil spécial (gymnotes, torpilles), mais qu'elle appartint k lottte ti série des êtres et se rattache k la fonciiou caraciéristique de l'animalilé, la lucouiolion; sur un animal quelconque, vivant ou mort r<^cemmeni, on observe un courant électrique daos tous les muscles, l'intérieur et la anrfKC de ces organes représentent les deux: pôles de noms contraires. Le courant eit d'autant plus énergique chez les êtres vivants et persiste d'autaDt plus aprii leur mon, qu'ils sont placés plus haut sur l'écliellc animale ; il varie d'intansité suivant le degré de nutrition et de plénitude sai^uine des muscles ; iaiépendant de l'intégrité et de l'activité du système nervemc, moins fort qnud les tranches musculaires qui sont disposées en guise d'éléments pour fonacr une pile communiquent entre elles par des filets nerveux que lorsqu'elles Ml en contact direct, 11 a sa source probablement dans les réseaux capillaires. eMre les matériaux du sang et l'oxygëue absorbé dans te poumon : d'où il résuUe que daas la production de cette électricité musculaire coninte dans celle dn amrant musculaire continu, qui dans la grenouille se dirigi! des extrémités inférieures vers l'eiirémilé supérieure, le sysiéme nerveux iie remplit qu'nn r^ trëa-secondaire, celui d'tui corps conducteur i un moindre degré que d'autres parties de l'organisme.
L'étude physiologique de l'électricité se rapporte : 1° aux phénomènes qu'elle produit à forte tension dans les corps; 2° aux effets variés des ctmtraciionsi 3° aux changements qu'elle détermine comme agent chimique. Il n'y a lieu d'entrer ici dans le détail de ces faits, auxquels s'ajoutent les services rendus par l'électricité i l'eipérimeritatinQ des physiologistes ; elle devient, entre leurs mains, un agent presque intelligent pour interroger la fonction motrice mi sensitive des différentes portinns <lii système nerveux. S'agit-il de démêler le rôle des ramifications du nerf facial et de la portion ganglionnaire du trijumeau qui pénètrent les muscles de la face, on bit passer dans l'un et dans l'autre successivement un courant Iransverse d'une intensité médiocre, et l'on constate par l'excitation du premier nerf la contraction des U-aits, et malgré l'excltaiion dn second, l'immobiliié complète de la face. Qui ne connaît le parti <|ue Ix)nget a su tirer de ce moyen d'exploration délicate et péremptoire, pour achever la démonstration des propriétés des racines spi-
PRiTtc] ATMOSPHÈRE. — ÉLECTRICITÉ. 30i
nales, des nerfs de sensation et des nerfs de sensibilité générale ? Il résume en ces termes le mode d*action du courant électrique sur le système nerveux et les diflérences qui existent entre ce mode et celui des autres stimulants (mécaniques et chimiques) :
« Le courant électrique est, entre tous les modiûcateurs du système nerveux, celui qui révdlle son excitabilité avec le plus d'énergie et le plus longtemps, puisqu'il est le seul qui puisse encore la rendre manifeste, quand déjà tous les autres stimulants connus sont sans la moindre action sur elle.
• Appliqué à un nerf mixie^ seul il peut exciter séparément tantôt une sensation, tantôt une contraction, suivant la direction dans laquelle il le parcourt.
» Seul aussi, quand il est transmis normalement à la longueur d'un nerf de mouvement, le courant électrique ne provoque aucune réaction motrice.
» Il possède la faculté toute spéciale de rétablir promptement l'excitabilité des nerfs moteurs, lorsqu'il est transmis dans un sens contraire à celui d'un autre courant qui avait d'abord affaibli ou détruit cette excitabilité.
n Enfin, et ce caractère est des plus curieux, quand le courant électrique vieni à passer d'une manière continue dans un nerf mixte, il ne détermine plus, au bout de quelques secondes, ni sensations ni contractions; et pourtant, cellesci peuvent encore se manifester à l'instant même où le circuit est interrompu.
« A part les différences qui viennent d*être signalées, il est permis jusqu'à un certain point d'assimiler l'action du courant électrique, sur le système nerveux, à celle des autres stimulants (1). »
Mais l'électricité répandue dans l'atmosphère produit-elle sur l'homme des effets analogues ? Dans les conditions ordinaires, l'organisme est un excellent conducteur, et s'il n'est point isolé, il ne se ressent point de l'électricité ambiante. Mais comme les phénomènes d'excitation physiologique que nous venons d'indiquer se rapportent à l'électricité vitrée, et que l'électricité négative produit des effets opposés, c'est-à-dire l'inertie musculaire, le ralentissement de la circulation sanguine et des sécrétions, etc., il ne sera pas indifférent au corps humain que l'atmosphère se constitue à l'un ou' à l'autre mode électrique. Autant les fonctions s'accomplissent avec aisance par un air chargé de fluide vitré, autant, quand l'état de l'air est devenu résineux, elles languissent et, parleur faiblesse, entraînent une sensation générale d'accablé* ment : telles sont les journées à fortes tensions électriques qui précèdent les orages, et que l'on qualifie vulgairement d'accablantes, tant le ressort de la machine est détendu. Peltier (2) a très-bien distingué les orages suivant les effets qu'ils font éprouver à l'économie. Les orages et les pluies qui suivent les évaporations sont de deux sortes : la première provient de la condensation des vapeurs inférieures devenues vitréet par suite des évaporations successives ; ces vapeurs opaques, attirées par la terre, forment une couche de
(i) Longet, Traité de physiologie. Paris, 1850» t. II, p. 83. (2) Peltier, mémoire ciié^ p. 426.
SOI ^ES HODIFICATEIIIS. — CIBCUMFL'SA. [viaim.
bniitiUard ruussàlre et pussèdeiii utR- tension vitrée lrès-proDonc(;e. Eu a'tppriicliaiu du sol, leur teusion électrique se perd insensiUemenl, soit pir rayonnemenl, soit au coniact des corps icrre/ttrefl ttur Icsqueli elles se dëposeiii en rosée. Sont-elles massées en nijagw disliiicls, elles forment des orages vitrèi iDlérieurement, qui se déchargent sur le sol en pluies de très-conrlc durée et suivies de calnie. Ces orages sunt peu communs, durent peu et soulagent ; la têic de l'Iiomme, la dmc des plantes, deviennent, il est vrai, |dus résineuses par l'influence, mais elles possèdent uu état électrique du ineine ordre que l'état natunl. Il n'eu est pas de même quand l'orage se forme par l'abaissement des vapeurs supérieures : celles-ci ne se résolvent en pluio qu'après s'Ëire déchargées de leur énorme tension rènmeuisi; soit par la. brusques agitations de l'air, soit par la foudre entre les nuages de teniiiutw opposées ou sur le sol. Les orages résineux ont toujours une grande viulence; le vent qni les accompagne est plus brusque, plus capricieux que sous >» orages vitrés; ils donaeatlieuà des averses abondantes, et très-souvent le temps reste pluvieux à leur suite, jusqu'à ce que l'atmosphère ail perdu son excès de vapeur, ou que des vents favorables ai eut refoulé dans d'autrM régions les longues pluies qui succèdent il l'abaissemeui des vapeurs snpéricures. Durant ces orages, les êtres organisés ont leur cime dans un eut vitré, c'est-à-dire au-dessous de l'état normal ; cet eut, contraire i celui qui nous est naturel, cause uu malaise indéfinissable, surtout aux tempérameno nerveux et sanguins. C'est h l'approche des orages résineux que beaucoup de persOTines se plaignent de céphalalgie, de frémissements musculaires, de douleurs vagues, de pesanteur générale; que les blessés lesseuieut des souffrances aiguës dans leurs plaies et sont plus disposés aux accidents tétaniques; quêtes allectious iniernes h marche rapide présentent des exacerbaiions. On eOei singulier des perlurbalions électriques de l'atoiosphère sur le système nerrfai, c'c^l l'inlimiduli'iii iuvniniitaire portée jusqu'aux iingoi^ses dr la teri-eur chez des personnes qui ne peuvent Stre suspectées de lâcheté ni de faiblesse : on a vn des militaires courageux jusqu'à l'héroïsme frissonner sous l'éclair, pjlljr w bruit du tonnerre. Des observations (1), bites avec an électromèlre i feuilles d'or, ont montré qu'à l'état de sauté, l'électricité propre k l'homme est pooitife; que lea homme irritables, d'un tempérament sanguin, possèdent phn d'électricité libre que les sujets lourds et lymphatiques ; que la somme ëe l'électricité humaine atteint son mitimom le soir, qu'elle augmente par l'iui^ des boissons alcooliquis: que les femmes ont plus souvent que l'homaie une éleciriciténégalivt:, etc.
Arago sedtimaside (2) si la foudre cause des accidents assez nombreux, ■BMS graves pour <|Ne l'on s'en occupe. D'après une statistique récente, elle a, de 1635 k 1B52, tué roidc plus de 1300 individus en France, occasionaë en
(1) Meektrs Anhir fiir 'hr Pligfiohgie, l. III, p. 161.
(2) Arafo, Notics sur ie tonwm {Ann. du Bureau dut lonyiludef pour 1838 p. 221).
PUdtt] ATMOSt^HÊRE. — ÉLECTRICITÉ. 303
une année 1(H) incendies dans 77 départements (1). Ses dangers, d'après les recherches d'Arago, sont pins grands à la campagne que dans les villes, mais diffèrent beaucoup d'une année à Tautre. Tandis que la foudre a tué ou blessé beaucoup d'individus en 1759 à Feltre, en 1786 à Mantoue, en 1819 à Ghâteaaneuf, il n*a pas été notifié un seul cas de mort par cette cause à la préfecture de police à Paris pendant une longue suite d'années. En 1806, on n'a compté en France qu'un seul cas de fulguration mortelle, en 1819 vingt Les édifices sont fréquemment endommagés par la foudn», et plus souvent encore les navires à la mer. Les cloches d'églises sont les plus menacées : dans la nuit du 14 au 15 août 1718, le tonnerre est tombé sur 28 églises en Bretagne. Dans nos climats et sur terre, le plus grand nombre d'accidents dus à la foudre correspond aux mois de juin, juillet et août On n'en observe presque point en novembre, décembre, janvier et février ; mais en mer, c'est pendant la saison froide que le tonnerre est le plus dangereux. La statistique des coups foudroyants notés entre les côtes d'Angleterre et la Méditerranée, pendant un grand nombre d'années, en indique 20 pour les six mois froids et 10 seulement pour les six mois chauds (Arago). D'après les recherches de Sestier(2), les chances de foudroiement sont pour les navires dans les mers du Nord deux fois plus grandes en hiver qu'en été, quatre fois plus grandes en été qu'au printemps ou en automne, et six fois plus grandes en hiver qu'au printemps ou en automne. Dans la Méditerranée, le maximum des foudroiements a lieu en automne, 1/S des cas environ ; puis en hiver, 1/6 environ; puis au printemps, en 1/6; enfin, i/18 environ en été. Dans les latitudes tropicales, c'est en hiver que les coupa de foudre sont le moins nombreux ; ils se répartissent en nombre presque égal en automne (20 cas), en été (18) et au printemps (17).
La fondre, en tombant, paralyse, déchire, brûle, désorganise, carbonise les malheureux qu'elle frappe, et qui meurent avant même d'avoir aperçu l'éclair; cfaes eux, plus de contractilité, le sang est remarquable après la mort par sa fluidité, et tous les tissus se putréfient promptement. Si les blessures ont lieu le plus souvent k la tête, c'est que la foudre surprend ordinairement ses victimes dans la station verticale. La peau offre des brûlures plus ou moins nombreuses et étendues, les vêtements sont troués, les ornements d'or ou de .tout antre mélal^ fondus, volatilisés ; quelquefois le crâne est perforé et la pulpe cérébrale altérée comme par le passage d'un fer incandescent ; mais le plus souvent le fluide électrique atteint le système nerveux sans lésion externe, et détermine instantanément, dans la trame des tissus, une modification inconnue, mais incompatible avec la vie : dans ce cas, la foudre, suivant Brown-Séquard (S), tue en épuisant toute la quantité de force nerveuse, mus-
(1) Anufiies et hyrjiène et de médecine légale, Paris, 1855, 2* série, l. IV, p. 241,
(2) Sestier, De la foudre, de sa force et de se» effets^ etc. Paris, 1866, 1. 1, p. 372,
(3) Brown-Séquard, Gazette médicale de Paris^ 1849, t. IV^ p. 94.
«H nivS M0DIKIC.ATELI15. ~~ clKr.tMFllSA , [«YOItM
culaire, etc., que pnsi«ède récotinmie aiiimalo. On s'Dxpliqut ainsi l'aliscnce d'altérations visibles dans les organes : il n'en est pas besoin pour luer, il sufTit de l'anéamisseincot des forces, consftjuence de celte loi bien connue : toule cause d'excitation dynamique agit de manière k diminuer d'autant plus la quantité de forces ((ui existe à un moment donnt^ chez un individu que l'excitattou est plus cnei^iquc. 1^ foudre ne tue pas toujimrs sur le coup, mais les désordres survenus dans le système nerveux ne perinetient plus le rétablissement de ses fonctions. Dans des cas plus rarea, elle ne produil qii'urw commotion qui se dissipe enlièrenieut on qui laisse i sa suite des Iroiible^ dans les fouciions sensoriales, particulit-rement ta surdité. La commotion peut n'SIre que partielle, bornée à un membre qui resle plus ou moins paralysé. Enfin, la sidëraiion n'est marquée chez certains individus, aux yeux du médecin, que par des signes de congestion cérébrale cl tiulnK)naire que l'arl combat efficacement par les émissions sanguines ; ce cas rentre probablemeni dans ceux admis par Brown-Séquard, et où de faibles décharges d'éleoriciié aluiospbérique viennent atteindre successivement un individu; la mort snr- . vient alors par asphyxie, connue chez les animaux que l'on tue par le galvaiiisme ou l'électriciié : tous les muscles du corps, respirateurs et autres, entrent en coniraction, il devient impossible d'exécuter des mouvements respiratoires, et l'asphyxie s'opère complètement; on en constate le^ traces i l'autopsie.
Celle-ci ne présente en général que des phénomènes d'hypérémîe des poumons, du cœur ou du cerveau ; on a rencontré iaiil6t la llaccidilé des membres, la fluidité du sang. taniOC la coagulation de ce liquide avec la rigidité des membres ; souvent on n'a pu découvrir aucun indice d'alléraiion appréciable. C'est une inTestigaiion stérile et bizarre à la fois que celle de toutes les diversités ou oppositions d'effets déterminés par la foudre ; â côté des mutiluioiis les plus étendues, ou voit des gens frappés mortellement avec les apparencei de l'intégrité organique : ici la foudre détruit les vêtements et ménage le coq», Ik elle tue eu laissant les vêtements intacts ; l'un périt sur place, l'autre M lancé i distance. La fondre glisse en Espagne sur la tente où Arago et Biot font leurs observations géodésiques ; elle paralyse la jambe gauche d'an iagkuieur suisse, Buchwalder, qui avait établi un signal géodésique sur le sommet du Sentis (4 juillet 1832) et tneàses côtés son compagnon enluisiiloniualk visage de taches brunâtres, en lui brûlant cheveux, cils, sourcils, etc. Par ou autre singularité, on cite des guérisons de rhumatismes, de paralysie fies membres, voire même de surdité et d'amaurose sous l'influence des décharges électriques de l'atmosphère (1). Foissac a réuni bon nombre de faits qui intéressent l'histoire anecdotique de la foudre. Au demeurant, elle produit, comme les piles et les batteries électriques, des effets chimiques, mécaniques,
(i) FoiiMC, De la Tnélioroloyte dans le* nipporls aviK lu /xiciiic iJe l'Iioninie. Paris, 1S54, 1. I, p. i7&altiqv.
riMl) . ATMOSPHÈRE. — ÉLECTRICITÉ. ^ S05
pbyuqaes et TÎtaox, lesquels varient avec la nature du corps sidéré ; elle transporte à une certaine distance des corps mauvais conducteurs d*une masse considérable, tek que des pans de mur ; elle enflamme, elle carbonise des matières combustibles, toutefois elle n*a jamais opéré la fusion de substances métalUqaes d'une certaine épaisseur. Bonpiand et de Hnmboldt sur les Cordillères, et de Saussure au mont Blanc, ont constaté les vitrifications qui résultent de son action sur les roches. Un jour la foudre jaillit dans une salle de prison, et, parmi vingt détenus, elle va frapper un chef de brigands serré à la taille par une chaîne de fer (Ârago).
Beaucoup de cireonstances sont considérées^ les unes avec raison, les autres à tort, comme propres à augmenter ou à diminuer pour Thomme le danger de la fulguration. L'opinion populaire attribue aux décharges d'artillerie le pouvoir de dissiper les orages : Tobservation des effets produits de 1816 à 1835 sur Tatmosphère par le polygone de Yincennes a conduit Arago à cette condasion, que les plus fortes détonations de canon ont plutôt pour effet de condenser et de retenir les nuages que de les propulser et de les disséminer. Plnsieurs physiciens, notamment Yolta, admettent que de grands feux, allumés en plein air, peuvent soustraire aux nuages une grande quantité de leur matière fulminante. On remarque en Angleterre que les orages sont plus fréquents dans les comtés agricoles que dans ceux où une multitude de hauts fourneaux et d'usines versent jour et nuit des torrents de flammes dans Tair; maïs les gisements métallifères qui occupent le sol de ces mêmes contrées n'expliquent-ils pas la rareté des orages? Question d'un grand intérêt, et qui n'est pas résolue. Les cavernes, les souterrains ne mettent pas à Tabri de la foudre, comme le croyaient les anciens. A quelle profondeur dans le sol seraiton assuré d'échapper aux foudres descendantes et aux chocs en retour? Nul ne le sait, répond Arago. Quelques faits portent à supposer que la nature de certains vêtements, par exemple la soie, la laine, le taffetas ciré, les rend moins perméables à la foudre. Le verre n'en préserve point; elle attaque souvent les ornements métalliques, bagues, bracelets, chaînes, chez ceux qu'elle frappe. Les arbres l'attirent, sans distinction d'essences. Si elle tombe sur une file d'hommes ou d'animaux disposés en ligne droite ou le long d'une courbe non fermée, c'est aux extrémités de la série que ses coups seraient le plus à redouter; mais Sestier a réfuté cette opinion d'Arago par la discussion des faits allégués (1). Les a^lomérations d'hommes ou d'animaux augmentent le péril, parce que la matière conductrice qu'elles représentent acquiert plus de masse et de volume et que leur transpiration pulmonaire et cutanée donne lieu à une colonne ascendante de vapeur qui rend l'air plus apte à transmettre la foudre et la dirige vers le lieu d'où elle émane. C'est aussi ce courant d'air humide par évaporation qui appelle plus fréquemment les décharges de l'électricité atmosphérique sur les granges gorgées de grains ou de fourrages. Pour Arago,
(1) Sifstier, op. ciLy t. U, p. 318.
M. LtVT. Hygiène, 5* êdit. I. — 20
S06 DES MODIFICATEURS. — CIRGUIIFUSA.
le danger de sonner les doclies n*est point démontré; la fondre tombe ti^ les sommets, et les cloches étant contenues dans les flèches on tourelles des églises, on comprend la fréquence des sidérations qui les atteignent. La corde plus ou moins humide qu*agile le sonneur conduit jusqu'à lui le tonaerra H discute aussi le péril qu*il y aurait à courir, à marcher contre le vent, à étihiîr des courants d'air pendant l'orage; l'atmosphère oppose une certaine résistance au passage de la matière électrique en feu, voilà le seul fait vrai; par conséquent, tout ce qui diminue la densité de Tair facilite les explosions de la foudre.
Franklin recommande à ceux qui redoutent la foudre : 1"^ de s'éloigner des cheminées, la suie comme les métaux ayant la propriété de l'attirer; 2* d'éviter le voisinage ou le contact des métaux, des glaces, des dorures, des cloches et de leurs cordes, d'ôter les ornements métalliques qu'ils ont sur eux; 30 de ne point se placer sous un lustre, sous un objet quelconque de métal, sous .un arbre, sous un objet élevé quelconque; ^® d'interposer entre eux et la terre un corps mauvais conducteur ; 5" de diminuer autant que possible les points de contact avec le sol et les murs. Un hamac de soie dans un vaste local est probablement le plus sûr refuge contre les risques de la fulguration.
Le paratonnerre, trop peu appliqué aux habitations privées et même aux édifices publics, dispense de toutes les précautions personnelles; il résume la prophylaxie contre l'électricité atmosphérique. Nous renvoyons aux traités de physique et à l'Iiistruction rédigée par une commission de l'Institut (i) pour ks règles relatives à sa construction.
IL — Lumière.
La lumière a une action générale sur l'économie par l'intermédiaire du sang et des centras nerveux. Elle agit spécialement sur Toeil, dont elle est l'excitant naturel, et sur la peau, dont elle détermine les variétés de coloration.
Les effets qu'elle produit sur les végétaux conduisent par analogie à la connaissance de ceux qu'elle doit exercer sur les animaux et sur Thomme. Dans l'obscurité, dit Dumas {loc. cit,, p. 32), les plantes fonctionnent comme de simples filtres que traversent l'eau et les gaz ; l'acide carbonique qu'elles puisent dans le sol passe au travers de leurs tissus et se répand dans l'air. Il n'est donc pas exact de dire que pendant la nuit les plantes produisent cet acide ; elles le laissent passer seulement. Sous rinflucnce de la lumière solaire, elles fonctionnent comme des appareils réducteurs qui décomposent Teau, l'acide carbonique, l'oxyde d'ammonium. La décomposition d'un corps aussi stable que l'acide carbonique ne peut s'opérer dans les parties vertes qu'à l'aide des rayons chimiques de la lumière qu'elles absorbent en entier. Ces matières vertes elles-mêmes ne sauraient se produire sans l'intervention de la lumière ;
(1) Rapporteur, M. Pouiliet^ Comptes rendus de l'Acad, des sciences, t. LXIV, 1867.
PBlYÉx] ATMOSPHÈRE. — LUMIÈRE. 307
dans les cavités souterraines, k végétation est nulle ou se compose de quelques mousses. La ûxatioii du carbone dans les végétaux n'ayant lieu que par Tactioa de la lumière sur leurs parties vertes, c'est dans les lieux très-éclalrés que les plantes présenteront en abondance les principes résineux et autres auxquels elles doivent leur odeur et leur saveur, principes généralement riches en carbone. C'est aussi là que Ton trouvera les bois les plus compactes, les plus solides, les plus avantageux pour le chauffage, car la chaleur que le bois donne par la combustion est eu raison directe de la proportion du carbone qu*il contient. Mai éclairées ou privées de lumière, les plantes se décolorent, s'étiolent, se déforment, se gorgent des sucs aqueux el perdent leur saveur. Si Ton fait germer uue plante dans une chambre éclairée par une seule ouverture, on la voit se diriger vers celle-ci ; la chambre est-elle percée de deux ouvertures, elle se penche vers celle qui donne passage au plus grand faisceau de lumière (Payer). Une lumière exubérante durcit le bois et nuit au développement; c'est pourquoi les arbres des forêts, abrités en partie contre les rayons solaires, s'allongent plus que ceux qui viennent isolés dans les champs. Tous les phénomènes qui naissent sous l'impression de la lumière dans les végétaux vont se répéter exactement dans l'économie animale; mais ici nous avons à considérer de plus le rôle de la lumière dans l'acte de la vision, suivant le nombre et l'intensité des rayons transmis à Tœil. Trop faible, elle donne lieu à la dilatation prolongée de la pupille et peut à 4a longue produire la myopie. Les efforts que l'on fait pour voirsous un jour précaire augmentent la sensibilité des yeux et rendent dangereux le passage d'uu endroit demiobscur à une vive clarté. Une lumière éclatante irrite l'appareil oculaire, affaiblit la vue et finit par l'abolir; ces effets peuvent être occasionnés subitement par la brusque impression d'une lumière éblouissante et fugitive, comme les éclairs d'un orage de nuit, la flamme d'un incendie, et ils varient depuis Véblouissement jusqu'à la cécité absolue. £n 1819, des soldats suisses, en garnison à Lyon, manœuvrant par un soleil ardent, un grand nombre furent affectés d'béméralôpie accompagnée de symptômes nerveux, tels que nausées, vomissements, etc. Lors de l'incendie du théâtre de l'Odéon^ l'héméralopie se déclara presque épidémiquement parmi les militaires de service (1). L'bémîopie et la diplopie sont dues souvent à la même cause. Il ne faut pas moins craindre l'action d'une lumière brillante et continue, soit directe, soit réfléchie par la neige, par un sol calcaire ou couvert d'une poussière blanche, par des murs blanchâtres, etc. C'est la réverbération de la neige qui fit perdre la vue à un grand nombre des soldats grecs ramenés par Xénophon, du fond de l'Asie, à travers les montagnes d'Arménie; c'est la réverbération des sables qui multiplia les opbthalmies dans l'armée d'Egypte; c'est l'intensité de la lumière, augmentée par la couleur blanclie des habitations, qui les rend encore fréquentes parmi nos militaires en Algérie. Les navigateurs qui ont
(1) Rennes, Observations médicales sxir quelques maladies rares ou peu connues (Archives de médecine, 1831, t. XXYI, p. 37A}.
308 DES MODIFICATEURS. — CIRCDHPOSi. [«rciÉn
pénétré dans les riions polaires unt on h souffrir aussi de la lumière réperctitfe par la neige, et le capitaine Itnss a remarqué que ces eDets étaient auni communs chez les naturels (Esquimaux) que cbei les gens de son équipage. Toutefois la réverbération n'exerce point sur l'appareil du cristallin l'influence qu'on lui attribue génëralemenl. Furnari a observé que les cataractes soot rares dans les pays chaude, et que celles qu'on y observe sont dues aux allérationides parties réfringentes del'œilparsuited'ophthalmics intenses, Dégli^éa et opinilires (1). La cataracte est rare en Laponie, en Norvège, etc. . malgré la réverbération des neiges (2). Les professions qui exposent largement h l'action continue d'uoc lumière éclatante (cuisiniers, verriers, foorbisseurs), et celles qui coocentrent longtemps la vue sur des objets très-éciairés et de petite dimensioD, déterminent des accidents variés. Aux premières, les conjoHClivites, les larmoiements, les cataractes, etc.; aux autres, la rétioite, mais le plus souvent sous forme chronique et caractérisée par nne sensibilité morbide <k>s yL<UK â la lumière, un lOgcr iiDiiljle dans la vision, un resserrement graduel delà impillc suivi du son inmiuliiiiié, eteuQn de l'amaurose : les joaiUiecs, suivant Mackcnzie, sont fréqucm;iK:iit atteints de cette forme de maladie. Chevallier a cunstaiâ que le brillant des caractères neufs est une des causes qui usent et détruisent la vue des compositeurs d'imprimerie (3). Des recherches spéciales ont appris !i Guérard que les horh^rs, après quelques années d'exercice, deviennent ordinaircmcuE presbytes de l'œil droit qui, pendant le travail, est armé consiamnieut de la loupe. Ch. Bonnet rapporte lui-même dans M!ï AIE moires qui; l'œil dont il voyait liabitoellemenl au microscope était afliecié (le diplo|>ie. Les couleui^s foncres môme ne reposent la vue qu'autant qu'on ne les Oie pas trop attentivemenL Le Uaac, le rouge, le jaune, et surtout le noir, btiguent beaucoup les yeux : aussi les personnes qui font métier de couture s'abstiennent de travailler sur le noir ï la lumière artificielle ; il en est de mêm^ des couleurs contrastées, telles que noir sur blanc, rouge sur jaune, etc.
Toutes les parties de l'œil sont sensibles à cet agent : aussi peut-il afTccter doulooreuaenient par son contact les personnes privées de la vue. Ueslandes (h) a connu un aveugle qui, incapable de discerner la clarté la plus vive de l'obscurité la plus profonde, ne pouvait cependant passer de l'une n l'autre sans ressentir dans les yeux un picotement pénible avec sécrétion abondante de larmes. — La vue ne s'altère pas seulement par le contact d'une lumière trop intense ou trop faible ; un exercice trop prolongé de l'œil i une lumière
(1) Furnari, Vor/age nédicaldans CÀfeique seplenliioiiale, Parii, IB'iS, in-8.
(2) Furniri, De la prétendue influence des climnls sur la production de la ctiliiracle, ou de rinnocuilé de la réverbéralion dirrcte de lu lumière lur les milieux réfringent! de rxil, mémoire communiqua à l'icadémie dea science» le 17 mars [Gazette médicale. Paru, 18A5, p. 189).
(3) Ctwyallur, Annalesd'liygiine publique etde inèdeciite légale, IS3â,l, \11I, p. 3(li. [à] Detlandeg, Dictionnaire de médecine et de thirui-gi-r pratiques. Pjris, 1831,
t. XI, p. 179.
FRIYÉe] ATMOSPUÈRE. — LUMIÈRE. 809
ordinaire produit le même résultat, mais du dedans en dehors, c'est-à-dire Gonsécativement à la congestion encéphalique que produisent les travaux de cabinet.
W. Edwards admet que la lumière, en frappant les yeux, agit indirectement sur le reste de l'économie ; on u*en peut nier au moins Tinfluence sur les centres nerveux, dans lesquels elle détermine une eicitation passagère : de là le précepte de maintenir dans une demi-obscurité les individus affectés de fièvre aiguë, d'irritation encéphalique, etc., ou qui, après avoir subi une grande opération, se troavent dans un état d'éréthisme nerveux augmenté encore par l'insomnie; à plus forte raison faut-il sqptrairo soigneusement à la lumière ceux qui sont affectés d'une inflammation oculaire.
La privation absolue de la lumière, otf l'obscurité, agit diversement, suivant qu'elle est temporaire ou permanente : passagère, elle repose la vue et le cer« veau, qui n'est plus assailli par les sensations visuelles; mais quand elle dure, l'intelligence, ne recevant plus d'impressions par la vue, se concentre dans l'élaboration des sensations internes, des souvenirs, établit entre les objets de son attention des rapports inexacts qui ne sont pas rectifiés par l'œil; et c'est ainsi que naît la disposilion à la frayeur, la croyance aux choses insolites, favorisée encore chez les enfants par une éducation qui a pour mobiles la crainte et le châtiment.
L'action de la lumière sur la peau se confond en grande partie avec celle qu'elle exerce sur l'ensemble de la constitution. Indiquons d'abord ce qui se rapporte spécialement à la peau. Celle-ci est à l'homme ce que la partie verte est aux végétaux; dans l'ombre, elle s'étiole et se décolore; le contact de la lumière l'anime en développant ses réseaux capillaires, la colore, l'épaissit et favorise la transpiration, car elle a la propriété d'évaporer les liquides (1). La pâleur habituelle des habitants des grandes villes, et particulièrement des femmes qui appartiennent aux classes élevées, provient du manque d'insolation, tandis que les manœuvres qui travaillent au grand air et les gens de la campagne ont la peau des membres ihoraciques, de la face, du cou et de la poitrine, hâlée, brunie par Tinflucnce prolongée de la lumière. Quand les premières viennent à exposer au soleil une partie habituellement couverte, elles contractent facilement cette variété d'érythème désignée sous le nom de coup de soleil ; la chaleur contribue sans doute à la production de ce phénomène, mais il se manifeste aussi, suivant l'observation de W. Edwards (2), par la simple exposition au grand jour, dans des circonstances où le soleil n'a
(1) On a exposé la nuit, aux rayons de la lune, qui ne donne aucune chaleur appréciable au thermomètre ni aux sens, deux vases d'égale capacité contenant les mêmes quantités d'eau, et dont Tun a été couvert d*un parasol : dans l'espace de neuf nuits, ce dernier vase avait perdu 2 lignes et 1/6* d'eau de moins que l'autre, exposé à l'action directe de la lune. On sait que la lumière de cet astre est d'environ 300 000 fois moins forte dans son plein que celle du soleil.
(2) W. Edwards, De Pinfluence des ayenh physiques sur lavie^ pw 395.
SIS DES HODinCATEUTtS, — CnCimrUSA. [nerin
qae pen de force. Les dudins an teint Même, qui prennent des bains de mer, ont le visage promplemeot blIé par l'intensité de )a Inmière rËâécliie k la sur face de la mer. Les éphélidcs on lâches de rousseur sont dues à l'impresnoa plus prolongée, qnoiqne moins énergique, de la lumière solaire ; les eoTanB, les individus lymphatiques, les personnes i cheveox blonds on rouges, en bodI très-fréquemment affectés ; elles passent avec rage on par le changement de saison on de climat. Le pigmentum, condilion analomiqne des coloratioot caunées, se développe sons l'influence de la lumière solaire, non de la chaleur : r» qui le prouve, rVst tyic I"~ Groënlandais, tes Esquimaux, ont la peau brune, les yeux vl les chevei^ nuirs; dans les contrées qu'ils baUtent, la r^verbûraliou de la neige conimunL(|ne an journn vif éclat; le soleil mie ■ pendant six mois au-dessus de l'hurizon, l'aurore et le crépuscule ajoutait \ ce jonr de sii mois trois autres mois, <it pendant les trois mob qni restent, la cliné des étoiles, les aurores bon^alc'^. etc., suppléent i l'absence dn solejl. Boita rd s'est assuré que les Peaux-Roiiges de l'Amériqne septentrionale a'ot frent la couleur qui leur a valu rein- di^nominalion qne sur les parties découvertes de leur corps. Les nuances qui i aractérisent les différents peuples dn globe traduispiu donc les inleuNilés do lumière. Il n'y a point de n^es an deb de la ïone lorride, et encoi-e ne s'en trouve-t-il, dans ces limites, que li où l'action de la lumière est excessive, c'est-à-dire où le tliermomÈtre s'élève de 35 i 37 degrés centigrades. A mesnre qu'on s'éloigne de l'équateur, le teint noir devient basané, pnis se change rn brun et passe par dégradation imtnt- (li,-iie au blanc, l^s localtlés modiricni cette grande influence de U lumifire solaire : ainsi les terres qui sont abritées contre les vents d'est par le pic de Ténériffe et le mont Atlas ne sont pas habitées par des nègres parfaits comnK les plages de la Nubie, de Serra-I.eone et du S(!'iiégal. Si les nations de l'archipel Indien, quoique vivant sous la ligne, ne sont que basanées, c'est que l'évaimration de la mer et les venLs alizés ébranlent incessamment leur atmosphère et amortissent le reflet des rayons solaires. Dans l'île de Ceylan, (es insulaires qui babiieni les plages découvertes ont le teint cuivré, tandis que les Bédas, qui vivent dans les bois, se rapprochent des Suédois par la blancheur de leur peau. L'Européen qui se rend dans les contrées é<[uatoriales pa.sse par difîérenis dq;ré3 de coloration qui tendent ii le confondix; avec les naturels, surtout s'il adopte leur genre de vie et leur habitude de nudité.
Des faits nombreux ne laissent aucun doute sur les modilicalinns profondes que subit la constitution entière sons l'influence ou par la priiaiinn de la lumière solaire. TV. Edwards a placé dans la Suine des têtards cnfcrniés dans deux boites percées de trous pour le renouvellement de l'eau, et formées, l'une de parois transparentes, l'autre de fi>r-blanc : la mélnmorplinse des tttards en grenouilles s'est opérée dans la première, tandis que dans la seconde deux seulement sur douze se Iransformërenl. I^ corollaire légitime de cette expérience est que l'insolation est indispensable .nu développomcnt parfait des oi^anes. et l'observation le confirme. C'est dans lobscuiité que l'on engraisse artiÛcielfe
PUTtl] ATMOSPHÈRE. ~ LUMIÈRE. 311
ment les animaux, qne l'on détermine chez certains palmipèdes Tinfiitration graisseuse do foie, etc. Les individus qui passent une grande partie de leur vie dans les lieux obscurs ou mal éclairés ne se distinguent pas seulement par le caractère de leur peau; ils respirent moins (1); ils ont les chairs molles, bouffies, comme infiltrées; ils sont frappés d'atonie dans tous leurs tissus et sujets aux accidents de l'hydrémie : tels sont les individus que la misère confine dans les quartiers les plus sombres et les plus encombrés des grandes villes, les prisonniers relégués dans des cachots ténébreux, les marins dont le poste habituel est dans les parties profondes des vaisseaux (2), dans la cale, à la cambuse, les portiers des maisons de Paris situées dans les rues étroites des quartiers les plus populeux, les ouvriers qui travaillent au-dessous du niveau du sol, etc. C'est parmi ces classes de la population que l'on observe en grand nombre les déviations du système osseux, les nuances exagérées du tempérament lymphatique, portées le plus souvent jusqu'à l'état scrofuleux; c'est aussi sur elles que la pbtbisie tuberculeuse sévit le plus. L'exposition du corps aux rayons du soleil, en même temps qu'elle favorise la nutrition, assure la régularité du développement et l'heureuse proportion des formes : « Hommes et femmes, dit Humboldt en parlant des Ghaymas, ont le corps très-muscu* leux, mais charnu, à formes arrondies. Il est superflu d'ajouter que je n'ai vu aucun individu qui ait une difformité naturelle ; je dirai la même chose de tant de milliers de Caraïbes, de Muyscas, d'Indiens, Mexicains et Péruviens que nous avons observés pendant cinq ans. Ces difformités du corps, ces déviations, sont infiniment rares dans de certaines races d'hommes, surtout chei
(1) Scharling {Ann, de chimie et de physique, 3* série^ 1843, p. 488) a (rouYéles différences suivantes entre les quantités de carbone brûlé le jour et la nuit par le même
indtYÎdu :
Nnit. Jour.
Homme adulte 1 : 1,237
Id 1 ; 1,235
Id 1 : 1,420
Femme adulte 1 : 1,240
Garçon 1 : 1,266
Petite mie , 1 : 1,225
Différence en moyenne :: 1 : 1,237.
La dépense de carbone dans Tacte respiratoire est donc d'environ moitié plus forte le jour que la nuit.
Molescbott a constaté que le dégagement de Tacide carbonique par les voies respiratoires est, dans rob^curité et à la lumière du jour, dans les proportions de 3 : 5 ; il l'a même troyivé proportionnel aux intensités de lumière, évaluées à Taide de papiers photographiques. Chez les animaux à l'état d'inanition, Bidder et Schmidt, en les rendant aveugles, égalisaient entre le jour et la nuit la perte due à l'exhalation de l'acide carbonique et à la transpiration, tandis qu'avec la conservation de la vue, la différence était notable. (Voy. Milne Edwards, Leçons de physiologie et d'anatomie comparée^ 1857, t. II, p. 555.)
(2) Fonssagrives, Traité d'hygiène navale, Paris, 1856, p. 203.
312 DES MODIFICATEURS. ~ ClRCClIFaSA. [BTGiÈn
les peuples qai ont le système dermoïde fortemeot coloré (1). • L^obserratioa intéressante du célèbre voyageur s*appliqoe en France sur une moindre échelle. Il est incontestable que la population méridionale de la France présente une conformation plus régulière et plus belle ^pie ne Test celle des départements du nord et même d'une partie de Test; et, de même qoe les arbres isolés croissent moins en hauteur et ont le bois plus dur que les arbres ombragés des forêts, le groupe méridional de la population française n*offre oi la peau blanche et mince, ni les statures élevées qui appartiennent à Tautre groupe.
La lumière artificielle, quelque intense qu'elle soit, ne peut suppléer le moindre rayon de soleil pour la végétation ni pour l'économie animale. Les femmes du monde s'étiolent et se flétrissent au milieu des lustres et des bougies de leurs salons, et si Hnmboldt et de Candolle ont pu obtenir à l'aide de la lumière artificielle un léger verdissement du Lepidtum sattvum, ils n'ont pn déterminer par le même moyen la décomposition de l'acide carbonique et le dégagement de l'oxygène.
n est diflScile de rapporter exclusivement à la lumière solaire tous les efèts que nous venons de mentionner; la chaleur inhérente aux rayons solaires a certainement une part dans quelques-uns, même dans les effets qu'ils prodoisent sur l'organe de la vision; c'est ce qui résulte des recherches de Delaroche et de MellonL Le premier a démontré que certains corps^ perméables à la lumière, pouvaient aussi laisser passer du calorique rayonnant, et cela en quantité d'^utant plus grande que la source de dialeur est d'une température plus élevée; le second, empruntant à la pile thermo-électrique un moyen d'évaluation plus exact des quantités les plus légères de chaleur, a expérimenté un grand nombre de corps diaphanes sous le rapport de leur perméabilité au calorique; pour indiquer celte dernière propriété, il lésa appelés diathermanes. Parmi les solides, le sel gemme, le verre, le cristal de roche, la chaux sulfatée, Talun^ etc.; parmi les liquides, les huiles d olive et de colza, l'alcool, Teau, etc., méritent ce nom. Les corps les plus transparents pour la lumière ne sont pas toujours ceux qui laisseot passer le plus de calorique rayonnant; les rayons de calorique ne traversent pas tous les corps avec une égale facilité, alors même quMls présentent d'égales conditions de transparence et d'épaisseur. Quoi qu'il en soit, la propriété diathermane des liquides et des solides explique pourquoi la vue d'un foyer ardent fatigue plus l'œil que l'impression de la lumière, et pourquoi la luniière de la lune nous semble molle et douce au regard ; la lune n'émet point de calorique rayonnant, tandis qu'il en passe une grande quantité avec le rayon solaire à travers les membranes et les humeurs translucides de Tceil. Toutefois la radia-
(1) Voyage aux régions équinoxiales. Paris, 181 A, in-4, p. 471. — Prichard, Histoire naturelle de Chomme, traduit de Tanglais par F. D. Roulin. Paris, 1843, t. II, p. 228.
?llfte] ATMOSPHÈRE. — LUMIÈRE. SIS
tkm lamineuse est seule en jea dans les résultats de coloration cutanée; la chaleur produit Thypéréniie de la peau, mais elle n'influe point sur la formation du pigmentum : les cuisiniers, les ehaufourniers, les ouvriers travaillant dans les étuTes, ne contractent point le hâle, pas plus que les femmes de TOrient, abritées contre le soleil dans la demi-obscurité des harems, bien que les uns et les autres soient exposés à des températures très-élevées.
Les rayons solaires, si nécessaires au jeu des forces nutritives, ont aussi leur dauger quand ils frappent trop vivement les organes. Nous avons mentionné en partie les effets nuisibles qu'ils produisent dans certaines circonstances sur les oi^ganes de la vision. Outre Téry thème dit coup de soleil, et les éphélides, ib font naître d'autres éruptions. Quand ils tombent directement sur la tête, ils déterminent des accidents plus graves, tels que des céphalalgies intenses, des érysipèles de la face et du cuir chevelu, accompagnés de délire : nous en avons observé plusieurs exemples en Corse; tels encore que des apoplexies, des tétanos, des méningites, des aliénations mentales. Esquirol a noté 12 cas d'aliénation mentale par insolation sur 1266 cas (1); sur 110 sujets atteints d'arachnitis. Martinet n'en a compté que deux dont la maladie pût être attribuée à l'insolation ; mais ces praticiens ont observé dans notre climat. L'extrême fréquence des accidents cérébraux dans les maladies des pays chauds accuse plus haut l'influence des rayons solaires : à Rome (1851), les praticiens expérimentés de notre corpsd'occupation recommandaient instamment d'éviter, même en novembre^ l'irradiation solaire; dans l'Afrique française, on a vu, pendant les expéditioiis d'été, des soldats tomber comme foudroyés par l'action d'un soleil intense ; le soin que prennent les Arabes de se garantir la tête contre le soleil est sans doute justifié par une expérience séculaire. Sous les latitudes équatoriales, la population se tient à l'ombre on fait la sieste aux heures d'insolation la plus intense; la mesure de consigner les troupes dans leurs casernes pendant ces mêmes heures est une de celles qui contribuent le plus au maintien de leur santé dans les contrées méridionales. Nous en avons observé l'excdient résultat en Cor^ et en Morée.
n reste beaucoup à apprendre sur l'influence intime de la lumière dans la série des actes qui concourent à la formation et à la nutrition de l'organisme : mais la nier est impossible, et, d'après l'ensemble des faits qui s'y rapportent, elle se caractérise par une stimulation du système nerveux et par des modifia calions chimiques dont les phénomènes daguerriens sont comme un reflet dins un autre ordre de combinaisons : où la lumière manque, toutes les causes débilitantes acquièrent plus d'énergie et amènent plus rapidement cette altération du sang qui est propre aux diverses espèces d'anémies ; partout où elle abonde, elle ajoute à l'effet des causes d'excitation ambiantes ou intrinsèques.
(i) Esquirol, Des maladies mentales, Paris, 1838^ t. II.
Ht DES UODtPIGATEURS. — CIRCTOFCSA. [miÉn
IIL — Température.
U teasadon de li cbalear est relative, et l'intensité de la cause qui la Eut naître varie suivant la conslîtalion, l'âge, le sexe, l'habitude, et soriont, comme Dom le verrons pins Urd, saiTàDt les climats. Dans le nfttre, en gëotal, Fatr fait sur nos oi^aues l'impression d'un corps chaud, dès qn'il approche de 2^ degrËs centigrades (1) ; cette icmpérature paraîtrait froide à l'indigène do Sénégal, tandis que nous la troiivcrion.s trop élevée, si nous y remontions nn gradation du 6* ou du 8' degré au-de^ious de zéro. Les phénomènes que b chaleur ou l'alKcnce de la chaleur, c'est-â-ilire le froid, dispensée en dilTér^tfcs proportions, détermine dans l'oi^anismc humain, ne peuvent être coauprii sans la connaissance des actions par lcs<iuiJleB il se maintient ï une teoqiératureà peu près uniforme au milieu des Ûoclulions de l'atmosphère, par tooiet saisons et par toutes iaiiludes. Comment l'iMMnme résiste-t-il à la loi qni établit enire les corps inégalenieat cliauSes un éclnnge proportionnel dont le réndiat csll'éiiuilibrc oul'égalilé de température? Cummeot réDssi^il untôt & couMmr une clialeur supérieure â l'atmoEphèrc, lanlftt i maintenir sa température audessous de celle du milieu ambiant? Propriété merveilleuse dont oa a fait auirvfois une fonction spéciale sous te nom de caloricité, et qni est le résultat complète de plusieurs actes pliysiulogiques et physiques ; question qui domine l'élude des rapports physiques de l'Iiomino avec le monde extérieur, et dfU la solution pciut seule nous rendre conique de l'action des saisons et des cUmats.
La respiration est considérée comme la source principale de la chaleur animale : celle théorie s'appuie sur les recherches de Lavoisier, Crawfort, Delaplace, Duloug, Despretz, Edwards, etc. Dans l'impossibilité d'va cons^joer ici les résultais, rappelons seulement que les nombreuses expériences de W. Edwards sar ce sujet ont montré, entre l'étendue des mouvements re^iratoires et circulatoires, la consommation de l'oxygène et le développement de la chaleur animale, une liaison si constante, si étroite, qu'on est conduit i subordonner les deux derniers pliénomènes au premier. La physiologie comparée confirme celte conclusion : si les oiseaux ont une température plus élevée que les mammifères, ils l'emportent aussi sur eux par l'amplitude de leur surface respiratoire. Le poumon des reptiles présente moins de surface cellulaire que celui des auiuianx à sang chaud; Ibibernaiion, qui ralentit l'aaivité respirautire, entraîne aussi un abaissement du la température du
(I) BfauTnuT n remarqué que tous les cluTiKtm«nl( Ih^rmomélrlquei de cinq degrés •ITeclent la lenaitiililâ de uoi orpnei : « Cinq degrés du tticrmomètre produisent exacte- D meiit, sur la sensibilité générale de la peau, le ménip elTet qu'un ton sur la scnùbililé . spéciale de fouie. • [Mémoires de C Académie des seicMcs, 1738, p. 387.) L'expérience de tous les jours justiRe l'exactitude de cette nbiervation, qui peut ainti «ervir à p-aduer nos sensations sur l'échelle du Ihermoméire,
PllTtE] ATMOSPHÈRE. — TEMPÉRATUHE. S18
corps, etc. Une antre preuve presque vulgaire, et sur laquelle sont fondées des applications d'hygiène, c'est qu'on absorbe plus d'oxygène et l'on dégage plus d'acide carbonique en hiver qu'en été, la calorification devant être plus énergique pendant la saison froide. Les recherches de Despretz, répétées deux cents fois, ont démontré que, dans aucun cas, la respiration ne produit moins de 7/10** ni plus de 9/10'* de la chaleur totale émise par l'animal dans un espace de deux heures, et ce chiffre a constamment été plus élevé pour les herbivores que pour les carnivores. Quant à la différence de chaleur (de 1 à 3 dixièmes) que n'explique point la respiration, Despretz la croit produite par l'assimilation, par le mouvement du sang, par le frottement des diverses parties. Â ces conclusions, deux autres chimistes, Regnault etReiset, objectent: 1** que c'est par une coïncidence fortuite que les quantités de chaleur dégagées par un animal se sont trouvées, dans les expériences de Lavoisier, Dulong et Despretz, à peu près égales h celles que donneraient, en brûlant, le carbone contenu dans l'acide carbonique produit et l'hydrogène; 2° que Ton dose celui-ci an moyen d'une hypothèse gratuite, en admettant que la portion d'oxygène consommée et non retrouvée dans l'acide carbonique a servi Si le transformer en eau. Regnault et Reiset critiquent les données numériques de ces expériences, où les quantités d'acide carbonique ont été trouvées trop petites ; ils ont d'ailleurs trouvé souvent plus d'oxygène dans l'acide carbonique dégagé qu'ils n'en ont fourni h la respiration : résultat qui, à lui seul, démontre l'inexactitude des recherches précitées. Et cependant nul d9Ute que la chaleur animale ne soit produite entièrement par les réactions chimiques qui s'opèrent dans l'économie; mais le phénomène leur paraît trop complexe pour pouvoir être calculé d'après la quantité d'oxygène consommée. On ne peut apprécier la chaleur qui se dégage des combustions respiratoires comme celle que produiraient, en se brûlant, le carbone et l'hydrogène, supposés libres. D'ailleurs, les substances qui se brûlent par la respiration ne se détruisent pas complètement; une partie se converrit en d'autres substances qui jouent des rôles spéciaux dans l'organisme, ou qui s'échappent, dans les excrétions, sous forme de produits très-oxydés (urée, acide urique). Or, dans tontes ces transformations et dans les assimilations qui s'effectuent dans les organes, il y a dégagement ou absorption de chaleur; mais comment soumettre au calcul une telle complexité de phénomènes (1)? Celte réserve, digne de remarque, indique la limite de la science et de l'hypothèse : Liebig place la source de la chaleur animale dans l'action réciproque des principes alimentaires et de l'oxygène trans]X)rlé dans l'organisme par l'effet de la circulation : « Peu importent, dit-il, les formes que prennent peu à peu les aliments sous l'influence des organes; peu importent leurs transformations directes; en définitive, leur carbone se trouve toujours transformé en acide carbonique, leur hydrogène en eau ; l'azote et le charbon non brûlé sont évacués par les urines et les excré-
(1) Annales de chimie et de phynque, Paris, 1849, t. XXYI.
818 DES NODIFEGATEUKS. — CIRCHHFUSA. [nedB
ments solides (1). ■ Ce qoi est iocontestable, c'est qu'une source puisgani» de chilenr eiisle dans la respiratioa ; l'étude de cette (onction daus toute li série animale, dans toutes les périodes de l'évolution organique, dans les conditiens physiologiques les plus variées, démoolre qu'elle se proporlinnne consummeiit a la nécessité d'équilibrer la {production de chaleur avec le degré d'énergie des causes ultérieares de refroidisscnieiit ; mais elle n'est point l'nniqne loyer de la température aaimale : celle-ci se produit et s'enireiient par des actions chimiques complexes qui s'accou)plissenl dans l'économie Et qui ne sauraient se déduire intégralement du chiffre de roiygi>ne absorbé daiu b rcepiration; outre l'acide carbonique et l'eau qui s'échappent dans l'air expiré comme ua produit des combustions interstitielles, et représentent une partie de b chaleur développée dans le corpe, il s'y forme un certain nombre de snb- ■tances très^iydées (urée, acide urique, acide siidurique, etc.] qui sont éliminées par les appareils d'excrétion, et dont la production donne lieu tantôt i va dégagement, taolAt à une absorption de chaleur.
La température du corps humain peut être évaluée .'i 37 degrés centipadea. Liebig l'estime i 38°,5 centigrades pour les aduliez, et h 39 degrés poor les enfants, dont la respiration est plus active. John Davy l'évalue i 98 degrés F. = 37*,32 centigrades. Desprelz a troutë pour la température moyenne de neuf hommes Bgés de trente ans, 36°, 1^ centigrades; pour celle de quatre hommes 9gés de soixante-huit ans, 37",! 3 centigrades; enrin, pour celfe de quatre jeunes gens de dix-huit ans, 36",99 ceii tigr^ides. SaÏTant J. Davy, la chaleur des diverses races d'Imnimes, toutes clio.ses égales d'ailleurs, ne présente point de différences sen^iiblcsi mais la chaleur extérieure pouvant élever la température propre de l'houniie, celle-ci s'accroît par frictions de degré du pôle i l'équaieur. En expérimentant la chaleur des Européens à leur passage sous la ligne, il a reconnu que, dks leur arrivée près de l'équateur, elle avait gagné un demi-degré, et qu'à la hauteur de 12 degrés de latitude sud, elle avait augmenté d'environ I",! centigrade (2). Il y a plus, les différentes parties du corps n'accusent point le même degré d'échaufiemenL D'abord, le sang artériel est plus chaud que le sang veineux, et l'un et l'autre le sont d'autant plus qu'on les eiamine plus près du cœur : ainsi le sang de la carotide a 0M5 de plus que celui de l'artère crurale ; le sang de la veine jugulaire a U°,3U de plus que celui de la veine crurale. Contrairement aux observations de J. Davy, faites sur des agneaux morts d'hèmorrhagio, Cl. Bernard et WalferdiniS) ont constaté à l'aide de ihenriomètres métastatiques ï mercure, assez petits pour pénétrer directement dans les vaisseaux de l'animal vivant sans arrêter la circulation et assez sensibles pour traduire i
(1) Liebig, Chimie organique appliquée à la physiologie, etc., 18A2.
(2) Annale! de physique et de chimie, I. 111, 1816.
(3) Gavarrel, De la chaleur prudnitr pni- les animnur vivaiih, etc. Pari», J855, p. 108 et suiv.
FanrÉB] ATM<^SPHÈRE. — TEMPÉRATURE. S17
l'œil na un vinglième de d^ré, que le sang da ventricule droit du cœur chez les animaux vivants est plus chaud que celui du ventricule gauche ; les viscères rapprochés du cœur sont presque à la même température que lui ; mais, dans les parties éloignées du diaphragme, la chaleur décroît sensiblement La température des membres est moins élevée que celle du tronc ; les parties superficielles sont moins chaudes que les parties profondes. Hunter a trouvé une différence de 1 à 2 degrés de l'orifice de l'urèlhre à sa profondeur. Becquerel et fireschet ont obtenu pour la chaleur moyenne des muscles, chez trois jeunes gens âgés de vingt ans, + 36^,77 centigrades ; le tissu musculaire leur a oflfert jusqu'à + 1^^,25 et même 2'*,25 centigrades de plus que le tissu cellulaire sous-cuiané. Ils ont observé qu'une immersion de quinze minutes dans un bain à -|- 49 degrés centigrades élève la température des muscles d'un cinquième à deux tiers de degré. Tous ces faits démontrent : 1** que le corps humain tend à l'équilibre de température avec les corps extérieurs-; 2* que celte tendance se mianifeste plus dans les tissus périphériques que dans les tissus profonds. S'ils laissent voir que la chaleur humaine oscillç dans des limites restreintes, ils prouvent qu'elle n'est pas aussi staMe que les physiologistes l'ont avancé, et, en définitive, la fixité réelle de température n'appartient qu'aux organes centraux. Entre les autres parties du corps il existe une fluctuation continuelle de température, nécessitée par les mouvements qu'elles exécutent et par l'impression des agents atmosphériques (1).
Il importe de préciser dans quelles limites l'homme peut résister avantageusement à l'action de la chaleur et du froid ; elles doivent varier suivant les mêmes conditions qui influent sur l'énergie de la respiration, source principale de la calorificalion. Or nous avons vu [Ages^ Sexes) que l'intensité de la respiration exprimée par la quantité d'acide carbonique qui sort des voies aériennes est subordonnée à l'âge, au sexe, à la constitution, etc.
Résistance a la chaleur. — Les faits ont depuis longtemps démenti la célèbre proposition de Boerhaave : « Observatio docet nullum animal quod pulmones habet, posse in aère vivere^ ctijus eadem est iemperies cum sanguine suo, • Les expériences ont pour ainsi dire forcé la démonstration du contraire ; on a vu des individus supporter dans des étuves sèches, pendant un certain nombre de minutes, une température de 60, 80, 100 et 115 degrés centigrades. On connaît l'histoire de ces servantes d'un boulanger, qui pou-
(1) Longet estime ainsi les écarts entre la plus haute et la plus basse température des animaux, sans qu'ils s'éloignent trop de leur étal physiologique :
SO^* à 1 00<* pour certains infusoires ; 45 à 50 pour les invertébrés ; 35 à AO pour les reptiles et les poissons ; 30 à 35 pour les mammifères et les oiseaux hibernants ; 12 à 15 pour les mammifères et les oiseaux non hibernants ; 6 à 8 pour l'homme.
{Physiohgie, 1. 1, 2« édition, p. 11A4.)
Sf8 DES HODIFICATEURS. ~ dRGOMFDSÂ. [note
f aient séjourner sans incommodité, pendant près de douze minutest dans on fonr chauffé an point nécessaire pour la cuisson du pain (1). Duhanid et lUbt eurent peine, en la racontant, à en accréditer la réalité; depuis, cette eipérience a été répétée publiquement à Londres par Fordyce et Blagdea (1775), à LIverpool par Dobson, et à Paris par Berger et Delaroche. D*uù autre oOié, le thermomètre a atteint à Pondichéry ^V,7 centigrades, à Madras &0 degrés, au cap de Bonne-Espérance ^3 degrés, à Paris même SS*",/^, etc. (2), températures supérieures à celle de l'homme, et qui néanmoins ont été rapporténu Comment? — Par la vaporisation de Teau provenant tout à la fois da poumon et de toute la surface cutanée : c'est ici la simple application de cette loi de h physique qui ne permet à Teau de passer à Tétat de vapeur qn*en absorimit une quantité considérable de calorique, et runiformité de la chaleur aoimale s'entretient par les variations continuelles dans la quantité de vapeur aqueuse qui se forme dans les poumons et à la surface de la peau. G*est ce qui réscdte des expériences de W. Edwards, qui a vu la faculté productrice de la chaleur augmenter pendant l'hiver et diminuer durant la saison chaude. Franklin, un des premiers, appliqua cette loi à l'économie animale ; il y te conduit un jour par l'observation de la chaleur de son propre corps qui marquait 35^,50, le thermomètre étant à 37^,70. Les expériences de Berger et Delaroche ont montré jusqu'à l'évidence que l'évaporation pulmonaire et ^ontanée est la seule cause qui détermine le refroidissement des animaux expoaés à me forte température ; qu'en supprimant ce phénomène tout physique, on s'oppose au refroidissement, et l'on voit les animaux acquérir une température égale ou supérieure à celle du milieu environnant jusqu'à la limite compatible avec la vie. La transpiration pulmonaire et la transpiration cutanée sont donc les régulateurs de la température du corps humain : la perte qui s'opère journellement par ces deux voies est évaluée à 15 onces pour la première et à 30 onces pour la seconde (Lavoisier et Séguin] ; il doit en résulter pour l'économie une énorme déperdition de calorique, les [i5 onces de vapeur exhalées par le poumon et par la peau renfermant, en effet, à l'état latent, une proportion de chaleur capable d'élever de 81^ degrés et demi un poids égal d'eau à zéro (3). Que l'on juge, d'après ces données, de la soustraction
(i) Mémoires de r Académie des sciences^ 1764.
(2) Annuaire du Bureau des longitudes y 1825.
(3) La quantité d'eau évaporée par un homme dans les vingt-quatre heures, par les eflfels réunis de la transpiration cutanée et de la transpiration pulmonaire, peut s'élever, d'après les expériences de Séguin, jusqu'à 800 et même 1000 grammes environ. Les évaluations de Dumas Tont conduit à des nombres qui diffèrent peu des précédents. Ces 800 grammes de vapeur aqueuse peuvent saturer un volume d'air sec d^environ 60 mètres cubes pour la température de 15 degrés, et de 80 mètres cubes pour la température de 10 degrés centigrades. Si l'air était déjà ù demi saturé, il faudrait un volume double, soit 120 mètres cubes à-j- 10 degrés centigrades, et 160 -a-^-ib degrés centi-
mttl] ATMOSPHiRE. — TEMPÉRATURE. Si9
de caloriqne que rabit le corps humain dans les aiiondaûtes transpirations provoquées par Tété ou habituelles dans les climats chauds. La perspiration pulmonaire augmente d'autant plus que la différence entre la température de Tair inspiré et celle de Tair expiré est plus grande; elle est au contraire en proportion inverse de la quantité de vapeur dissoute dans l'air, et comme l'hiver réunit an plus haut degré les deux conditions de sécheresse et de froid, c*est aussi dans cette saison qu'elle atteint son maximum. Toutefois l'influence de l'éiat atmosphérique de l'air diminue en raison de la température qu'il acquiert &k pénétrant dans le poumon. La quantité de vapeur qui s'exhale est encore proportionnelle, d'une part à la température de cet organe, qui est à peu près constante, d'autre part à l'étendue de l'espace dans lequel il peut se développer; ^r cet espace est déterminé par les volumes d'air inspiré : il faut donc ajouter que la transpiration pulmonaire est proportionnelle à la capa« dté pulmonaire et aux phénomènes dits mécaniques de la respiration. EuGn, indépendamment de la réfrigération qui s'effectue par la double vaporisation périphérique, l'homme émet du calorique par rayonnement et par conductibilité, mais seulement dans un milieu dont la température est inférieure à la sienne. En somme, dans Tacte de refroidissement continu par lequel l'organbme lutte contre les fortes chaleurs de l'air, la peau joue le rôle le plus efficace, et la résistance sera d'autant mieux soutenue, que l'air sera plus sec et phis agité, la ventilation ayant pour effet d'apporter au contact de la peau des volumes d'air nouveau et non encore saturé d'humidité; aussi supportonsnous, au soleil et en plein air^ une température qui nous paraîtrait accablante dans une atmosphère humide. et sans mouvement.
Résistance au froid. — L'homme résiste à des froids extraordinaires. Ddfelea vu, en 1738, à Kirenga, en Sibérie, les hommes et quelques animaux supporter un froid de ^ 70 degrés de son thermomètre ( = /i6 degrés 1/3 centigrades). Dans leurs expéditions aux régions polaires, les capitaines Ross et Parry ont enduré des froids de — /i2 et de hl degrés centigrades; mais, sous Faction de ces températures extrêmes, le mouvement est nécessaire à l'homme pour l'entretien de la ne; dans l'inertie, il ne tarderait pas à céder au somneil, sommeil irrésistible et fatal dont s'endormirent à jamais denx mille soldats de Charles XII dans l'hiver de 1709 et tant de nos braves compatriotes dans la campagne néfaste de Russie. C'est aussi dans les attitudes peu mobiles et dans l'inertie des gardes de tranchées, ou pendant la nuit, sous l'abri incomplet des tentes portatives, que plus de 6000 cas de congélation partielle se sont produits dans notre armée de Crimée pendant l'hiver de 185(i-55. La faculté que possède Thomme d'endurer le froid est en rapport avec son pouvoir calorifique ; celui-ci augmente avec l'intensité des causes qui tendent à refroidir le corps, et comme la source principale de la chaleur humaine est dans la respiration, il faut que cette fonction s'active et s'exagère : c'est ce qui a lien.
grades. {Recherches sur la composition de Vair confiné, par F. Leblanc^ Annaks de physique et de dkmie^ 1842, t. Y, p. S28.)
320 DES HODIFIGÂTEURS. ^ CIRCmirDSA. {i
£n hiver et dans les climats froids, la consommation d*oxygpèoe 8*aocn^ comme le pitMÎfe l'augmentation d'acide carbonique qui se dégage des voks puIroonairci;lâ difîérence est de 1/5* environ (1); d'un autrecôté, une grande cause de réfrigération a cessé ou diminué, la peau ne produit plus de soeur. Il est d'ailleurs remarquable que les animaux à sang chaud, non hibernants^ se refroidissent moins, ou, ce qui revient au même, développent plus de chalev en hiver qu'en été; des animaux soumis pendant l'été à un froid artificiel, perdent 3 à 6 degrés centigrades. La même expérience faite pendant l*faivcr abaisse à peine leur température de U dixièmes de degré (Edwards, op. cii.). Cette force de résistance ne se manifeste point d'emblée, car rappUcatim brusque et subite d'un froid intense réduit plutôt qu'elle n'augmente notre pouvoir de calorification ; aussi sommes-nous plus sensibles aux premien froids, notre économie ne développant que graduellement sa puissance de léwtion contre leur atteinte. L'habitude exerce encore ici son influence; lespiv faiUes alternatives de température affectent ceux qui s'enferment dans des appartements trop chauffés ou qui s'enveloppent de vêtements épais, liais e*cit it l'âge et le caractère général de l'organisation qui font varier la twcwÊé sdister au firoid; elle est moindre chez les sujets nerveux, lymphatiques, dL jwi conséquent chez la femme, en qui se réunissent d'ordmaire les traili de ces deux tempéraments. Quant à l'âge, d'abord la chaleur des animaux nonvean-nés est généralement moins élevée que celle des adultes; ce £ait a été démontré par les recherches de W. Edwards (2) et de Oespretz (3) ; trois enteli mâles, examinés par ce dernier, n'accusèrent au thermomètre que 5ô'',06 tigrades. Ensuite W. Edwards a vu que les animaux nouveau-nés (chii chats, lapins), exposés à un air peu froid, perdent successivement 10, 15, 20 degrés de chaleur, et finissent par équilibrer peu à peu leur température avec celle du milieu ambiant Toutefois le fœtus humain, parvenu à terme, jouit déjà, quoique à un moindre degré que l'adulte, de la faculté d'entretenir une température propre. Dans la période de déclin, la chaleur du corps baisse et peut tomber de plusieurs degrés au-dessous de celle de Tàge adulte ; suivant W. Edwards, elle est de 35 à 36 degrés ccniigrades chez les vieillards de soixante ans et de 3^ à 35 degrés chez les octogénaires. John Davy, tout en admettant que l'âge très-avancé diminue la force de résistance au froid, tire de huit expériences faites sur des vieillards {l\) la conclusion que, chez eux, la température des parties profondément situées (base de la langue) est plutôt supérieure qu'inférieure à celle de Tâge moyen (36'',6 centigrades). Ce phénomène, selon lui, tiendrait à ce que la majeure partie des aliments que les vieil-
(1) Annules de chimie et de physique ^ février 1849 : Statique chimique du corps humain^ par Barrai, p. 170.
(2) W. Edwards, Influence des agents physiques, ctc, p. 235.
(3) Despreiz, Annales de physique et de chimie^ 1824, t. \XVI.
{à] Annales de chimie et de physique, 3*^ série, 1845, t. XIll, p. 181.
PBIYÉI] ATMOSPHÈRE. - T£MPÊRAT(}RE. 32i
lards ingèrent sert à la consommation respiratoire, la plus faible portion étant employée k subvenir anx pertes qu'éprouve le corps. Quand ItMbksse, au lieu d*6tre le résultat de l'âge» provient du manque d'alimentation, eiie détermine aussi, d'après Hunter, un abaissement de la température animale, fait confirmé par les recherches de Chossat (voyez tome II, InaniticUion), Toutefois la réastance de l'homme au froid aurait des limites restreintes sans le secours des vêtements. Résumant les recherches de Lavoisier, de Boussingault et de Barrai, et s'aidant des travaux de Favre et de Silbermann pour évaluer en nombre précis les chaleurs de combustion du carbone et de Thydrogène et la chaleur latente de la vapeur d'eau, Gavarret est arrivé à démontrer (1) que, sous le climat de Paris, l'homme, entre trente et quarante ans, par kilogramme et par heure, produit en moyenne 2300 calories, et perd, par l'évaporation pulmonaire et cutanée, 0,^37; il ne peut donc, en réalité, disposer que de 1863 calories par kilc^ramme et par heure, dans l'état de repos» apvfts avoir suffi aux besoins de l'évaporation pulmonaire et cutanée. Celle fidiiie quantiléde chaleur, k peine suffisante pour élever de 2 degrés la température de son corps, ne lui permettrait pas de la maintenir invariable, de compenser incessammenl les effets réfrigérants du rayonnement et du contact incessant des gaz atmosphériques dans les contrées même tempérées de l'Europe où la température moyenne de l'année est de 20 à 30 degrés inférieure à celle de son corps. Force lui est de chercher dans les vêtements l'abri que la nature a procuré aux animaux sous leur fourrure d'autant plus riche qu'ils habitent des climats plus finoids. Sans la ressource des vêtements, l'homme ne pourrait ni vivre ni se développer librement à la surface du globe.
U nous reste à étudier l'influence de la température atmosphérique sur l'économie : le froid et la chaleur ne paraissent pas agir autrement sur elle que l'air sec, chaud ou froid ; pour éviter les répétitions, nous exposerons donc ici les efiets de l'atmosphère considérée dans ces conditions, rappelant toutefois les modifications que l'état de sécheresse de l'air imprime à la transpiration : « £n appliquant à l'homme les résultats des expériences faites sur les vertéhrés, nous dirons que les états relalife de sécheresse de l'air, comparés à l'humidité extrême, augmentent considérablement la transpiratk>n dans certaines limites de température... Des degrés de sécheresse nuxlérée peuvent rendre les pertes de poids par la transpiration six ou seçi fois plus grandes que dans les cas d'humidité extrême, et même aller beaucoup au delà. « (Edwards, page 32^) 11 est inutile d'insister sur l'impossibilité d'établir d'une manière absolue rinfluence des différents degrés de température atmosphérique sur le corps humain ; nous avons déjà signalé les principales circonstances qui la font varier, telles que l'âge, l'habitude, la force de constitution ; il faut y ajouter les diflërences de vêtement, le degré de nudité; mais cette influence change sur* tout suivant qu'on la subit à l'air libre, en se livrant à l'exercice, et protégé
(i) Gavarret, De la chaleur produite par les animaux, Parii| 1855, p. 51 A. M. LÉVT. Hypène, 5« iorr. i. <— 21
tn DES aoMFiUTEiiRs. — aicnnu. ^wfen
par de bout Tétenwau, on qne l'on »'% expose imuiubile, à l'ombre, p«n hibillé 00 mtmrn HBf lubili. Dans où dernier éiat, ou ne supporterait pas tié»loaffaof* oae lerapérauire de + 16 degrés ceniigrades, uadis que dans le pccmief, l'Iiomiiic uin m Itootc entre chaleiir cl froid à la limite de là i 16 degrés ceniigradei. Pour prtcéer les effets des divers degrés de chaleur c( de froid, Gerdy « ea reconn aux bains, et il a reconnu que la tempéranin indHlËraiite »u contact do la peau y Ooite entre 3U et 36 degré» coiligradai Haà CCS expériences août indirecles quant t l'aciioa de l'air, qui, à as Icmpératnrea, nons parait accablant, « noas devons rechercher ici les eOeis de la cbalenr, w on miliea spécial, mai» dans les conditions les plus urdi-
aai' i mt exprimées jur le inouYcmenl à l'air libre, avec les
■ léùstance que nouii [lOitsiïdoni contre l'atleinte des tem-
ET CHADD. — L'air sec et cbaud détermine i la foi»
(Mpbynqoct et tilaiix ; 1rs premiers consistent dans
>'ak|. * et dans la diUiation des solides ; les autres gc rapponenl
Il ploparl k la ntaniére dont le cerveau est alTecté par la chaleur. Go
ordres de phéDomènes se mHcni.
s mulfesudoos de la vk onlTerselle sont eu rapport avec la quantité de alorfqiie répandne dans l'air; elles obéissent i uue impulsion centrifuge oa ceolripète, soirant qne li température du milieu général est ou très-életée on tEÉM-baiie. L'homme sobit cette alternative. Sous l'influence d'un air chaud et MC, les organes péripbériqnes s'exaltent, les organes centraux s'affaiblisBent La peau subit les modiGcations les plus promptes et les plus directes : colorer, gonflée par l'afllui des fluides, elle sËcjéle avec abondance : la sueur qui l'arrose représente l'excédant du liquide qui ne peut s'évaporer i cause de la saturation de l'air ambiant; le mouvement augmente cette exhalation, et, pu une température excessive, le repos ne l'arrête point. Par compensation, les arines sont rares, les surfaces muqueuses se dessèchenL La respiration consomme moins d'oxygène et dégage moins d'acide carbonique; la quantité de charbon brûlé dans la respiration esten raison inverse de l'élûvation de la température. Il est important de remarquer que si la respiration devient auxieose dans une éture chauflëe à -{- 60 degrés, elle reste facile et régulière lonqne l'éluve, en forme de botte ou de siège à sudation, s'arrête au cou et laisse la tète en contact avecl'air libre et frais. Un seul appareil d'élimination participe i l'exagération fonctionnelle de la peau : c'est le fuie, dont le fluide abonde
(t) A Paris, le terme mo^endeia température lentible correspond à 10 ou 15 degrés; entre ces deux limilEB thermoniétriques, dnni une almosplicre calme, pour un exemce modéré, nous n'éprouvons à l'ombre ni froid ni chaud. Au-deisus et au-dessous de IQ i 15 degrés, la lempérBlure le décide. 1.3 chaleur, encore modérée de 15 a 23 degré*, devient forte de 23 à 30, excessive au delà de 3b degrés. Le froid, déjà sensible de + 10 à 5 degrés, nous parait rude de -f- 3 i — 3 degrés, rigoureux Je — 3 ■ — 8 d^és, excessif de — 9 ou — 10 degré* et tu^lasious.
niTÉl] ATMOSPHÈRE. — TEMPÉRATDRI. :823
dans le tabe digestif, pénètre dans la masse sanguine, et va nuancer la teinte cutanée. C'est qn'il supplée avec la peau à i'iusuflisauce de la respiration pour la décarbonisation do sang; organe d'hématose, il contribue à donner au fluide Doorricier la coimiosition qui le rend apte à réparer et stimuler toutes les parties du corps. Le pouvoir caloriûque perd de son énergie; car, ainsi que nous l'avons répété d'après W. Edwards, un égal degi*é de réfrigération artifi* cielie enlève aui aoimaux à sang chaud six fois plus de calorique en été qu'en hiver; mais en même temps l'organisme devient plus perméable au calorique du dehors, et c'est ce qui explique pourquoi J. Davy a vu la température humaine s'élever de 0%5 à 1 degré centigrade entre les tropiques, en descendant d'une contrée montagneuse froide dans un pays bas et cband* Les mêmes oscillations se produisent sous l'influence de l'air pris à divers degrés de température dans les appartements des pays que nous habitons (1). L'élévation de la température extérieure tend à élever la température de la surface de noire corps et des parties qui l'avoisinent dans un rapport plus coMidândUe cpe celle des organes proibnds; tandis que sous l'action du froid atmosphérique, la température de ceux-ci tend à s'élever, et celle des parties périphériques subit des réductions irrégulières. Sous l'influence d'une température très-élevée, les mouvements respiratoires s'accélèrent, parce qu'ils importent dans les poumons, sous un volume donné d'air, une moindre proportion d'oxygène; la circulation acquiert une vitesse proportionnelle à celle des mouvements respirateurs; pour s'en assurer, il suffit d'explorer le pouls dans un appartement cbauflé et à l'air froid. £st-il habituellement plus fréquent dans la saison chaude et dans les pays chauds? Les expériences de Poiseuille ont démontré que la ▼itene de U drcnlation capillaire est éminemment influencée par la tempéra-^ tore et s'accroît avec elle ; ce phénomène est-il dû li la moindre épaisseur, par l'élévatioa de la température, de la couche immobile de sérum qui adhère aux parois vasculaires en vertu de leur affinité pour ce liquide? Nous l'attribuons plutôt au relâchement des vaisseaux capillaires qui, livrant au sang un passage ptos facile des artères dans le système veineux, a pour conséquence l'afraiblissement de la tension artérielle, et comme la fréquence des contractions du cœur est en raison inverse des obstacles h vaincre pour la systole veâtriculaire, comme tons ces obstacles se résument dans la pression du sang sur les valvules aigmoides, c'est-à-dire dans la tension artérielle, il s'ensuit que, dans les climats chauds, on observe ce que détermine l'état fébrile, une accélération des battements du cceur, sans qu'il y ait pour cet organe un surcroît d'activité réelle (2). La diminution de l'eau dans la salive comme dans toutes les humeurs de l'économie rend la bouche visqueuse, l'appétit baisse, les digestion languissent, la constipation est habituelle; la soif, exaspérée par les incessantes déperditions de la peau, exige l'ingestion de boissons aqueuses qu'une absorp-
(i) Annales de chimie et de physique, 3' série^ t. XIIl^ p. 185. (2) Marey, CmnpUi rtndut de la Société de bioh^t Z* série, 1860.
3U DES NODinCATEURS. >— ClIlCIMnSà. ^mate
tkm nt^de bit pmer dans le smg et qni se dissipent presque aussitôt en soeurs. Soob l'inOneDce de l'excitation trop grande du système ner?eui, li Qatrilion s'accomplit oial ; le tissu graigseax disparaît en partie par résorption, les formes se réduisent : l'été fait maigrir, oonime «n dit Tulgairemeni. Sot» une température non eicessîve, les personnes lUHlIes, d'une complexion hamide, profitent de l'air sec et chaud, elles éprouyctu di; l'appétit, digèrent mieux, conserrent de l'embonpoint : il semble que In citaleur niraosphérique élève la vitalité de leurs aiq»reils organiques au des^ié nfcpssaire pour en régulariser le jeu.
L'état pliiihorique qui survient cheî certains individus ^ei-s la fin de l'hiver sous l'inHucncc des prpmières chaleurs, ou que ciéiermine brusquement Teiposiliou i une température élevée, trouve son explication daus la dilatabihté plus grande des fluide» par le calorique; mais nous ne rapporterons pas entièrement k cette cause physique les accidents que peuvent éprouver les gens exposés à un soleil ardcm, accidents caractérisés par une grande aoiiéié. par une gène considérable de la rcspiratîoD, par des étourdissemeitls, par une céphalalgie intense. On a vu, en Afrique, des soldais parcourant une longue route sous les rayons d'un ciel bn'dant être pris subitement de délire avec tendance au suicide, ou tomber sans vie; les suicides sont Tréquenls eu Afrique pendant les chaleurs (i). l^s cas de mort subite ne sont pas rares parmi les moissonneurs, au milieu des champs où ils travaillent suus un soleil ardent. Ces terribles eiïets de la température et de la lumière ont été attribués !i l'asphyxie; ils provieimeut d'uue congestion cérébrale avec état seoiiasphyiîque, qui s'est opérée plus on moins rapidement et dont les premiers symptômes sont d'une observation commune en Hi-; mais cette congestion a pour élément un sang modifié dans sa composition. Quelle est, en elTet, l'action des chaleurs sur le système nerveux, et, par suite, sur le systëtne muscolaircT'La tête s'appesantit; l'intelligence est comme opprimée, incapable d'une contention de quelque duré^; les réponses sont lentes; il y a repugoance au mouvement, propension au sommeil, faiblesse musculaire extrême. Quelquefois, il est vrai, la chaleur excite le cerveau et cause l'insomnie, comme on l'observe pendant les plus chaudes nuits d'été. Dans l'un et l'antre cas, le cerveau commence i s'bypérémier sous l'inQuence des impressions qui Ini sont transmises par les extrémités nerveuses cutanées. Attribuer l'affaiblissement de l'innervation cérébrale cl l'excessive déperdition qui s'opère par la perspira [ion cutanée, c'est n'expliquer qu'une partie des cas. Sans doute les sueurs déhilileni; mais n'a-t-on pas exagéré les conséquences de cette perte, puisqu'on peut tirer plusieurs livres de sang sans jeter l'organisme dans une ^le prostrationT D'ailleurs le repos, qui réduit it peu de chose la transfriration de la peau, ne garantit pas contre l'abattement que la chaleur occasionne. Chez les animaux qui ont succombé sous l'influence d'une lcm|>éralure trop
(i) Mtmoirti de médecine tl de chirurgie mUitaires, l. LU, p. 1 79.
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élefèe» Mageiidie a constaté par l'analyse du sang ui^e diminution notable de quantité et d^ consistance de la fibrine, l'infiltration sanguine du foie, des reins, des poumons, des taches ecchymotiques qui dénotent l'altération du sang, toujours diflDuent et noir. £n franchissant (1851) le col de Sfa, entre l'oasis d'Outaya et Biskara, par une température de 68 degrés, j'ai éprouvé les troubles caractéristiques de Thypérémie encéphalique, due à l'irradiation solaire probngée; mais ce qui prouve en même temps la spécialité de leur cause matérielle, c'est le soulagement immédiat que m'a procuré l'ingestion d'une petite quantité d'eau légèrement alcoolisée.
Quoique notre espèce ait le privilège d'une fécondité constante, l'activité des oiiganes génitaux ne parait pas soustraite entièrement aux influences périodiques qui agissent irrésistiblement sur les plantes et sur les animaux. L'époque de la floraison pour les unes et de l'accouplement pour les autres est marquée par le retour d'une température douce; l'homme participe alors à la turgescence vitale de tous les êtres, et sa force créatrice se subordonne en partie, comme celle de la nature, à la marche du soleil : le plus grand nombre des naissances arrive au mois de février, ce qui reporte au mois de mai le maximum des conceptions. Mais si une chaleur tempérée favorise l'exercice des fonctions génitales, en est-il de môme des températures élevées? et tandis qu'elles énervent les facultés inteliecluelies et brisent le ressort musculaire, suscitent-elles d'une manière insolite le goût des jouissances vénériennes et la puissance de le satisfaire? On invoque la précocité méridionale et les lascivetés de l'Orient : cette question est complexe ; sans nier que l'excitation de la peau par le soleil se propage sympathiquement au sens génital, il faut reconnaître que le mode de civilisation intervient ici plus encore que le climat : c'est une observation déj^ faite par Hippocrate que l'omnipotence du climat fléchit sous l'influence des mœurs et des institutions. — Au demeurant, les effets de la chaleur atmosphérique varient suivant son degré thermométrique : entre -f- 15 et 25 degrés centigrades environ, elle stimule modérément; entre 25 et 35 degrés, elle débilite ; au delà de i!iO degrés, elle exerce une action délétère sur la composition du sang, dont elle diminue la fibrine et la plasticité, et elle produit dans le système nerveux des troubles qui traduisent une surexcitation bientôt suivie de collapsus.
Action de l'air sec et froid. — La sensation du froid est négative; elle indique que nous sommes en présence de corps moins échauffés que nous, et que l'équilibre du calorique s'établit à nos dépens. La limite thermométrique où cette sensation nous saisit n'a rien de fixe : dans nos climats, on l'éprouve en général quand la température descend à 6 degrés centigrades^ la sensation de froid augmente à mesure que la colonne tbermométrique se contracte jusqu'à — 6 et — 7 degrés centigrades, moyenne de nos froids d'hiver, quoiqu'elle soit descendue jusqu'à — 12 et — 15 degrés et au delà. L'intensité de la sensation du froid dépend principalement des caractères de la transition qui s'est opérée d'une température à l'autre. Les mois d'avril et d'octobre
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présentant en noa climats la même moyenne thermomécriqiie; oepoidaiiU an sortir de riuTer, noas trouvons la températare d'avril très-douce, taaiis qu'après les chaleurs d'août et de septembre, le mois d'octobre nous parait plus que frais. Dans le fort de l'été, nous sommes très-sensibles à TabaîMment de température qui succède à une pluie d'orage ; dans le Midi, les beHes soirées d'été produisent une impression de froid après les ardeurs de la Joamée. On s'eiplique aussi comment le capitaine Ross et les gens de son éqiii|iage ont pu ressentir une agréable impression de chaleur par une tempérttara de — 2Uh — 29 degrés centigrades, le thermomètre étant remonté brosquement à ce degré de — Ixl degrés centigrades qu'il avait indiqués la veilla II ne peut être question ici qiiides degrés inférieurs au terme de la glace fondtale; car au-dessus de zéro lNit|li Mcore dans l'air une trop grande proportion de vapenr aqueuse poat^pila constitution atmosphérique soit au froid
L'action du froid see Mr l'économie diffère suivant deux ordres de dont les unes sont extérieures et les autres propres au sujet qui y est somala. Ces dernières sont la constitution, le tempérament, l'âge, lesexe, Tétat moul, le régime, le repos ou le mouvement Les constitutions fortes, caractérisées par la prédominance du système sanguin, par la fermeté des chairs, par h coloration de la peau, par la souplesse des mouvements et la gaieté de l'esprit, résistent beaucoup mieux à l'influence |du froid que les individus dont les tissus sont pâles et flasques, l'aspect lymphatique, les allures lentes, l*hunieor mélancolique. Cette observation, faite par J.-D. Larrey (1), a été confirÉMle plus récemment par le capitaine Ross, qui pour les expéditions poUres recommande le choix d'hommes plus aptes que d'autres à produire de la chaleur. A quoi bon, s'écrie-t-il, couvrir de vêtements celui qui par lui-même est incapable de produire de la chaleur? Les gens à grand appétit, à digestion active, à caractère énergique et confiant, lui paraissent offrir les garanties d'une suflSsante calorification ; il avait, en outre, adopté pour le choix des matelots ce mode d'épreuve : il leur faisait poser un pied nu sur la glace; ceux qui ne tremblaient ni ne pâlissaient, il les prenait ; il refusait les autres. « J'ai remarqué, dit J. D. Larrey, que les sujets bruns et d'un tempérament bilioso- sanguin, presque tous des contrées méridionales de l'Europe, résistaient plus que les sujets blonds, d'un tempérament phlegmatique et presque ^ous du Nord, aux effets de ces froids rigoureux, ce qui est contraire à l'opinion généralement reçue.. . Ainsi nous avons vu les Hollandais du 3* régiment des grenadiers de la garde, composé de 1787 hommes, périr presque tous sans exception, car il n'en était rentré en France, deux années après, que M; tandis que les deux autres régiments de grenadiers, composés d'hommes presque tous nés dans les provinces méridionales de la France, ont conservé une assez grande partie de leurs soldats. » Les médecins restés à Wilna ont assuré à J. D. Larrey que le froid avait tué plus d'individus de la coalition
(i) J. D. Larrey^ Uémoiretel campagnes de chirurgie, i, IV, p, 125.
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que de Françiis, t)iioique let premiers eunent plus de moyens de protection contre cette infloence funeste que nos malbeorenx compatriotes, dépouillés par les Gosiques et forcés souvent de passer d'un lieu à un autre dans un état de nodité plus oo moins complète; mais le courage et l'Industrie leur tenaient Ken d'antres ressources. Les Français, les Portugais, les Espagnols et les Italiens, sont encore ceox qui sopportèrent le mieux les ricissitudes du froid et do feu des bivomcs, ainsi que la transition des frontières de la vieille Prusse an fond de la Sibérie : nouvel argument, ajoute J. D. Larrey (page 186), contre l'assertion de VEsprit des lois, nouvelle preuve que les habitants de ces contrées méridionales ont plus d'énergie et de moyens de résistance à l'action du froid que les peuples du Nord. En Algérie, les Arabes couchent en plein air, roulés dans leurs, burnous; au siège de Sébastopol, nos troupes indigènes d'Afrique ont mieux résisté que les antres. Ch. Marilns et Bravais, en septembre 1839, couchaient par 0 degré cent^de dans les granges de la Finlande, tandis que les paysans du pays, étendus sur les poêles, s'entassaient dans des chambres chauffées à 25 degrés centigrades (1). Quant à l'âge, nous avons déjà fait i^marquer que le pouvoir calorifique est moindre chez les vieillards que chez les adultes; néanmoins, si les adultes supportent mieux des températures très-basses, les enfants se rétablissent plus complètement après avoir été refroidis, pourvu que la soustraction de calorique ne soit point portée trop loin. Le régime modifie puissamment les effets du froid. Tout le monde sait que les naturels des pays froids mangent beaucoup ; les Esquimaux, en butte i la température la plus rigoureuse, se font remarquer par la voracité de leur appétit, par Ténormité de leurs repas et l'énergie de leurs digestions. Hayes, chirurgien de la deuxième expédition des États-Unis au pôle arctique, les a vus manger habituellement 6 à 8 kilogrammes de chair crue (dont un tiers de graisse) de morse, veau marin, narval, saumon, ours, etc., avaler avec délices des morceaux d'huile de baleine gelée, et, grâce à ce régime, iMen que mal vêtus et presque sans feu, se conserver en bonne santé, à l'abri dn scorbut et des maladies tuberculeuses. Les marins de l'expédition ne purent lutter contre le froid excessif de ces régions qu'en adoptant cette noorriture, qai finit par entrer dans leurs goûts. Le capitaine Ross a vu h santé de son équipage varier en proportion des provisions dont il pouvait disposer; aussi prescrit-il d'augmenter considérablement les rations de vivres pour les expéditions polaires, et de régler en partie le choix des matelots sur la vivacité de leur appétit et l'étendue de leurs forces digestives. Dans la retraite de Russie, le froid faisait périr en plus grand nombre les personnes amaigries par l'abstinence et privées d'aliments nourrissants (2). A défaut d'alimentation substantielle, un peu de vin ou de café contribuait à soutenir les forces et calmait la
(1) Ch. Mariins, Du froid thermométrique, et de ses relations avec le froid physiologique {Mém. de tAcad. des sciences de Montpellier y 4869, t. IV).
(2) Larrey, loc. cit. y p. 183. .
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soif et la bioi ; c'est dans ces circonstances que Lanney, époisé par trois joôrsde privation presque absolue et en proie aux tortures de la faim, oonfirm^siirhîmême la vérité de l'aphorisme : Famem vinipoiw solvit (1). Mais rdMtdes spiritueux est &tal : à Kowno» Tarmée française perdit beaucoup de jeunes gon par Tivresse (Larrey, page 111). Le capitaine Ross attribue è son abstinence des liqoenrs alcooliques, d'avoir échappé aux mam^ew qui affectèrent tons les hommes de son équipage. La nage et l'eau glacée» prises dans le but d'apaJair la soif ou la faim, bâtaient la mort chez nos soldats dans la retraite de Russie, en absorbant la chaleur qui restait dans les viscères. Les chevaux mêmes, après avoir mangé de la neige, périssaient promptement ; il fallait, pour les conserver, leur faire boire une petite quantité d'eau provenant de neige on de glace fondue dans des Tase|jkM.feu des bivouacs. Le' danger du repos Ueiit an ralentissement de la drprialKMi du sang, véhicule de la chaleur animah : • Quiconque s'assied, s*ei|tort ; et qui s'endort ne se réveille plus. • Cet avertissement laconique a été donné par Solander à ses compagnons de Tojage. « L'exercice habituel, ditLarrey (page 91), prévenait l'engoordissemeiii des membres, entretenait la calorification et le jeu des organes, tandis qae le froid, saisissant les individus portés sur des chevaux ou dans des voitures, les jetait bientôt dans un état de torpeur et d'engourdissement paralytique qui les portait è s'approcher d'autant plus des feux des bivouacs, qu'ils ne sentaient pas les effets de h chaleur sur les parties gelées : c'est ce qui provoquait la gangrène dont j'ai eu le bonheur de me préserver en marchant continuellemeai è pied, et en me privant entièrement du plaisir de me chauffer. » L*exerci€e doit être général : chez les cavaliers, la congélation menace pieds et jambes; chez les piétons, mains et bras. Il est remarquable que tant que notre armée avait été en marche, malgré l'excès du froid, les fatigues et les privations, il ne s'était point déclaré de maladies internes; les soldats n'étaienl obligés de s'arrêter en chemin que pour des congélations partielles ; mais arrivés dans la vieille Prusse où l'armée eut quelques jours de repos, des aliments à discrétion et des asiles chauds, elle fut frappée par une épidémie que Larrcy désigne sous le nom de méningite catarrliale de congélation (page 139), et qui, |>arveuue au troisième degré, devenait contagieuse, surtout quand elle se compliquait de gangrène des extrémités (2).
Les causes extérieures qui font varier Taclion du froid sont, indépendamment de sa durée et de son intensité, la pureté de l'air, les courants d'air, Télévatiou du sol. Plus Tair est transparent, plus le rayonnement de la terre vers les espaces célestes s'opère avec énergie; c'est i)endant la nuit, le ciel étant pur et l'air peu agité, qu'il atteint son maximum; les corps placés à la surface de la terre perdent par cette voie la chaleur qu'ils possèdent : aussi I^arrey, chez qui l'esprit d'observation suppléait souvent la science, a-t-il noté
(1) Hippocrate, traduit par E. Littré, t. IV, p. 477, section 2, aphor. 21.
(2) U 8*agissait évidemment du typlius à forme cérébrale.
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qu'hommes et anifflaox succooibaieiit en plus grand nombre pendant la nuit an bivouac Le capiuûne Ross avait appris, par des observations réitérées, àredouter un ckl dair et brillant Les abris, quels qu'ils soient, neutralisent en partie la funeste influence du rayonnement nocturne. Ross et ses compagnons, à Tezemple et avec l'aide des Esquimaux, se construisaient des huttes en forme de dôme et hautes d'environ 1%23, avec des morceaux carrés de neige gdée et cimentés avec de l'eau, entourées à l'intérieur de bancs de neige bien nivelée qui, recouverts de peaux, servaient de b'ts; une lampe alimentée avec de l'huile de poisson et de la mooase, éclairait, chauffait ce rédnit et permettait de cuire les aliments; une galerie longue et sinueuse précédait l'entrée de la hutte. C'est là que ces hardis explorateurs dormaient chaudement par — ^26%il, l'air extérieur étant à — 84S/Ui (1). L'expérience populaire, précurseur des découvertes scientiâques, a signalé de tout temps la rigueur des nuits d'hiver sereines et lumineuses par la scintillation stellaire; ce n'est point que le rayonnemem nocturne des corps soit plus considérable en hiver qu'en été : les recherches da Melloni (2) ont prouvé qu'an corps exposé pendant la nuit è l'action d'un del également pur et serein se refroidit toujours de la même quantité, quelle que soit la température de l'air; mais cette déperdition est plus sensible par les temps froids. Si les brouillards augmentent la conductibilité de l'atmosphère pour le calorique, ils s'opposent au rayonnement et à la transpiration du corps, ce qui dépasse b compensation. Les courants d'air augmentent le danger des basses températures. Parry et ses compagnons n'ont pas soufifert d'un froid de — 42 degrés, grâce à la tranquillité de Tair; le capitaine Ross et les gens de son équipage ont pu Êiire des excursions hors du navire par on froid calme de — Al degrés, tandis qu'ils furent- forcés de se renfermer par un froid de — 29 degrés accompagné d'une légère brise. Sur les haatenrs, les effets du froid redoublent, et c'est là que surviennent plus particulièrement certains accidents, tels que l'émission spontanée des urines, des bémorrhagies nasales, observées par Larrey sur les hauteurs de Mieneski, un des 'points les plus élevés de la Russie.
Le mécanisme de l'action du froid est éclairé par les belles expériences de Poiseuille (3) : il a constaté que les vaisseaux sont enduits à l'intérienr d'nne couche mince de liquide dont l'épaisseur augmente à mesure qne la température s'abaisse; de telle sorte qu'il en résulte un obstacle toujours croissant à la progression des globules sanguins. On savait déjà que le cours des liquides se ralentit dans les tubes capillaires, sous l'influence de la diminution de la chaleur. Mais on ne peut attribuer à ces causes physiques tons les effets pro-
(1) Ro88, Narrative of second voyage f etc., p. 465.
(2) Melloni, Annaies de chimie et de physique, février 1848, p. 160.
(3) PoiseuiUe, Recherches sur les causes du mouvement du sang dans les vaisseaux capillaires {Mémoires des savants étrangers à t Académie des sciences^ t. YII^ 1835}. — Recherches expérimentales sur le mouvement des liquides dans les tubes de très'petits diamètres {Mémoires des savants étrangers à t Académie des sciences, U IX, 18A4}.
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doHf par le froid. Goérard, auteur d'an eicelhnt ardde sur oe siqel (I), an tombé dans Texagératioo opposée à celle de Larrejr et de Georget, qui tant preaque tous les phénotnènes, l'un aux propriétés sédatives du fnH e eenreau» l'autre aux sensations perçues par ce viscère. Le froid agit taoti la fois d'une manière physique et vitale; mais, suivant son intenailé al ka diapoaitiona individuelles» il produira plaaoïi maffia npidement des pUnamènes de l'une ou de l'autre espèce. BernoaiUi dana la Newa, et le inékb Poniatowsld dans la rivière de l'Elster^ périrent de convulsions. Oe vkoiiBtleurs se font sentir parfois dans les membres engourdis par le froid; oooaks avons observées sons forme épidémique à l'armée d'Orient (i854^i85S). Georget a remarqué que le froid et toutes les variations brusques de U teiw^é rature agitent un grand nombre d'aliénés (3); un médecin de rbApitd.de Witna a rapporté que beaucoup de nos compatriotea perdirent la raiaoïl dais la retraite de Russie. Voilà des effets qui mettent en évidence l'influeooe du froid sur le système nerveux, s'ils ne sont dus en partie aux émotioas d'aoa calamité pablique. Les diaervations de Poiseuille rendait çoasple de laalaae du aang è l'extérieur, et, par suite, de l'engorgement des loisseaax daw Jas organes internes ; il a prouvé que le dernier phénomène n'est point conaéonif au resserrement des vaisseaux périphériques : quel que soit le degré iodifoé par le thermomètre, il n'a jamais vu les vaisseaux capillaires changer senaihir ment de volume ; leur diamètre restait constant, et le repos des globuka était dû h l'augmentation, par le froid, de l'épaisseur de la couche immobile de aènn qui tapisse intérieurement les vaisseaux, et peut-être de l'atmosphère de sérum qui entoure chaque globule; les refoulements du sang sur les viaoères profonds, les hypérémies pulmonaires et encéphaliques sont donc la oonaéquence de la gène croissante de la circulation périphérique. Quand le froid est intense, ce dernier effet est immédiat, et la- peau se décolore instantanément ; la circulation tend alors à s'arrêter et la congélation est imminente. La congestion suivie de stase paraît s*opérer d'abord sur le cerveau, quand la tète est dégarnie de cheveux ou n'est point protégée par des bonnets fourrés (Larrey); mais alors même qu'elle porte simultanément sur les poumons et le cerveau, les symptômes partent surtout de ce dernier viscère ; son action s'affaiblit, les opérations intellectuelles s'embarrassent, la conscience diminue, les sens se troublent, les mouvements deviennent de plus en plus difficiles : dans cet état, quelques-uns de nos infortunés soldats, en 1812, marchaient encoro conduits par leurs camarades; mais bientôt, l'engourdissement cérébral faisant des progrès, ils chancelaient comme des hommes ivres et rmissaieiit par tomber sur le sol dans un état d'insensibilité complète : « La marche non interrompue et rapide des soldats réunis en masse obligeait ceux qui ne pouvaient la soute-
(1) Guérard, Dictionnaire de médecine. — Considérations sur l'hygiène et mémoire sur les accidents qui peuvent succéder à Vingestion des boissons froides lorsque le corps est échauffé. (Annales d'hygiène, 1842, t. XXVII, p. 43 )
(2) Georget^ De la physiologie du système nerveux, Paris, 1821, t. I, p, 370.
PBifii] ATMOrf^HtRE. -^ TKMPÉKÀTimE. SSi
air à quitter le centre de la ootonne poor se porter rar les bords du chemin el leeMorer; séparés de cette colonne serrée et abandonnés à eui*niêmes, Hs perdaient bientôt l'équilibre et tombaient dans les fossés remplis de neige, d'où fis pouvaient difficilement se relever; ils étaient frappés aussitôt d'un engonrdbsement douloureux, passaient ensuite à un état d'assoupissement léthargique, et en peu de moments Us avaient terminé leur pénible carrière. » (Page 127.)
Li brusque élévation de la température, qu'elle soit artificieUe on spontanée, devient une cause d'accidents funestes, ou précipite les effets du froid, au lien d'y porter remède. Les soldats qui, déj^ frappés d'un commencement d'insensihiiité périphérique, s'approchaient de trop près d'un grand feu de bivouac ou entraient dans une chambre chauffée, couraient risque de gangrène aux exlré* mités ou mouraient asphyxiés (Larrey, page 481); d'autres tombaient roide morta, comme par sidération, ou se précipitaient en délire au milieu des flammes (Desgenettes). Ainsi succomba le pharmacien en chef de l'armée, Sureau, qui, affaibli par le froid et l'abstinence, reçut l'hospitalité dans une chambre très-chaude de l'hôpital de Kowno; au bout de quelques heures, ses membres, qu'il ne sentait pas à son arrivée, se tuméfièrent, et bientôt après il expira, sans avoir proféré une parole. Pendant la campagne d'Bylan, la température monta subitement de — 19 degrés centigrades h + 6 degrés, et beaucoup de nos soldats qui avaient passé impunément cinq jours et une grande partie des nuits dans la neige, furent atteints de douleurs vives dans les pieds, d'engourdissement, de fourmillement, de phlyctènes, de gangrène, et les plus maltraités forent ceux qui s'étaient exposés h l'action du feu (1). Les oiâmes faits se sont reproduits dans notre armée de Grimée.
Ce qui précède se rapporte è l'atteinte prolongée du froid sec porté h un degré rigoureux. S'il agit passagèrement, avec moins d'intensité, il excite les tÎMus d'une manière non équivoque; mais cette excitation, quoique en rapport avec la durée et l'énergie de la réfrigération, dépend surtout de la réaction individuelle ; elle est un effet secondaire et peut s'exalter jusqu'à l'irritation ; elle peut se développer, sous différentes nuances, dans les organes mêmes qui n'ont pas subi l'action directe du froid, et en considérant toutes les circonstances où le froid peut irriter l'organisme, on arrive à poser les cas suivants. 1* Il provoque une réaction excessive dans les parties mêmes qu'il a frappées directement (érysipèles phlegmoneux, engelures). 2® Il refoule le sang d'un organe et l'accumule dans les vaisseaux d'un autre plus ou moins éloigné. 3* Le rhumatisme produit directement par le refroidissement des parties s'explique par l'arrêt de la circulation capillaire, dû lui-même au froid que détermine Tévaporation de la transpiration cntanée (PoiséuiUe). 4* Le froid suspend la fonction d'un organe sécréteur et détermine dans un autre, par voie de solidarité fonctionnelle, une supersécrétion, ou bien à cet arrêt de
(1) J. D. Urrey, t. UI, p. 62.
3S2 DES MODIFICATEURS. — CiRCUMraaA. [i
sécrétioQ saccède l'irritation d'an organe sécréteur. 5* Il peut toppriaer écoolement de sang pliysiologiqae ou morbide, mais devenu habituel et lié à un état du corps qui fait de sa brusque disparition un danger. 6* Une irrita* tion existant sur un point, le froid peut l'y faire cesser; mais elle se rq[X)rle anun autre oiigane, et constitue ce que l'école appelle une métasiase* Ces rents modes d'action du froid, bien compris en partie par Ruih (1), l'imminence morbide qui en résulte. Quant à la fréquence hiveroale éei inflammations^ si rares dans les saisons chaudes, on est porté à la rattaobar, avec Foiseuille (2), aux difficultés plus grandes de la circuhtîon capîVane sons l'influence d'une température basse ; l'activité plus grande des oombostÎQns respiratoires en hiver doit y contribuer. Remarquons encore l'impulilé de certaines transitions rapides d'une température chaude è un froid exoeMtf : dans son ascension aérostatique qui eut lieu au mois d'août Gay-Lassic pasa en quelques minutes de -|. 30%7 à — 9^,5, sans en ressentir aucun trouble sérieux.