‹ Traité d'hygiène publique et privée. v. 2Chapitre 46 sur 134 · IV. — Humidité · texte numérisé non relu

IV. — Humidité

Le degré d'humidité de l'ahr indiqué par l'hygromètre est, après la temperalnret la condition extérieure qui influe le plus sur les fonctions de l'éconD*mie; en eflet, la quantité de vapeurs aclueUement contenue dans l'air est ime des causes principales qui modifient la transpiration pulmonaire et cutanée. Des grenouilles ont perdu terme moyen, 0,0023 du poids de leur corps quand l'hygromètre marquait 100 degrés, et 0,0178 quand il marquait de 54 k 58 degrés 43). Des cochons d'Inde ont éprouvé une perte de 0,0013 par heare dans l'air humide, et de 0,0025 dans l'air sec Le poids du corps peut même augmenter par le séjour dans une atmosphère chargée de vapeur d'eau. D'après Lehmann, l'eibalation de l'acide carbonique par les poumons est plus active dans l'air bumide que dans l'air sec, ce qu'il attribue à la profondeur des inspirations plus grandes dans le premier cas que dans le second (U). Mais aux effets de l'humidité ou de la sécheresse de l'air s'ajoutent nécessairement ceux de sa température : il faut donc les étudier ensemble.

Air chaud et humide. — Cet air a perdu de sa pesanteur, de son élasticité; il est raréfié et par le calorique, et par l'interposition de la vapeur aqueuse : aussi présente-t-il, sous un volume donné, le moins d'air respirable. Hippocrateen a résumé les effets dans l'aphorisme 17, section 3. L'air chaud et humide exerce sur l'ensemble des fonctions une action débilitante ; il émousse l'appétit, il ralentit les élaboratious digestives; la respiration s'exécute péniblement, le sang artériel semble moins vivifiant ou renouvelé dans une proportion

(4) RuUi, Thèse. Paris, 1836, n° 77.

(2) Poiseuille, Mémoire cité y p. 65.

(3) V^r. Edwards, op, cit., p. 189.

(4) Milne Edwards, Lerons sur la physiologie et Cnnatomie comparèesy 1857, t. II, p. 555 et 608.

rarPÉt] ATMOSPHÈRE. — HUMIDITÉ. 333

iosaflBsaDte; les coDlractions da cœur sont faibles, le pools moins vif, moins fréquent ; la circalttion capillaire devient languissante et favorise les hypérémies passives des organes; le poids du corps augmente par l'absorption pulmonaire (expériences de Fontana et de Keil) : on a évalué à une livre TaugmenlatioD de poids que le corps acquiert en une heure, en passant d'un air sec dans an air humide; les appareib de sécrétion et d'exhalation perdent de leur activité, et la somme totale des produits qu'ils éliminent éprouve une forte dnniDotion; les urines augmentent, il est vrai, mais pas assez pour compenser le ralentissement de la transpiration ; la peau laisse s'accumuler* dans les vaisseiox périphériques une partie des fluides qu'elle est chargée d'éliminer ; l'air, saturé d'eau, s'oppose à Tévaporation de la sueur, qui se réunit en gouttelettes et finit par inonder la surface du corps; celui-ci ne se débarrassant plus par cette voie de l'excès de calorique, paraît dans un état de gonflement produit par la force expansive du calorique et par l'afflux, dans les tissus sous-cntanés, des fluides qui ne sont point excrétés en quantité normale. Le volume apparent du corps pourrait faire croire è l'activité de la nutrition , mais cette fonction participe à l'atonie générale ; il est vrai que chez l'homme, comme chez les animaux, l'humidité chaude favorise hi séparation de la graisse; mais l'ae- Gumnlation de ce produit dans le réseau du tissu cellulaire ne traduit point l'énergie de la réparation organique ; elle se lie en général à un état de ai- Messe de toute l'économie, et l'on sait que les animaux que l'on veut engraisser promptement sont soumis à des saignées répétées. L'air humide et chaud exerce sur les centres nerveux une influence dépressive qui se manifeste, nonseulement par l'état du moral et de l'intellect, ma» encore par la lenteur et la pesanteur des mouvements : aussi dit-on alors que l'air est lourd, quoique en réalité il ait perdu en se raréfiant une partie de sa pesanteur spécifique.

L'air humide et chaiid agit encore sur l'organisme par les principes délétères dont il est le conducteur par excellence. La chaleur réunie à l'humidité provoque dans les substances organiques privées de vie un mouvement de fermentation putride, et par suite, le d^gement d'effluves et de miasmes toxiques. Une fois formés, ces principes trouvent dans la vapeur d'eau qui sature l'air un véhicule que les courants atmosphériques lancent au loin dans des directions variables suivant les localités. Dans les villes, en été, s'il survient une douce pluie après une longue sécheresse, le pavé répand une odeur fétide presque aussitôt qu'il est humecté : c'est que la poussière dont il était couvert contenait des matières végétales et animales qui, longtemps triturées, divisées, se décomposent rapidement aux premières gouttes d'une pluie chaude. Les fiiits relatifs à la viciation miasmatique de l'air se présenteront plus loin. Remarquons seulement que les causes d'insalubrité se rencontrent au maximum dans l'air chaud et humide; par son action directe, il débilite, il détend les ressorts de l'organisme et le livre désarmé aux atteintes morbifiques; puis îl favorise la putréfaction des matières organiques, et il se charge de leurs produits gazeux dont l'absorption détermine une véritable intoxication* C'est

3SS DES HODIFrCATEURS. — GIRCUIIFUSA. [rreini

donc avec raison qu'Hippocrale a dit : oParmi les constitutions àc l'année, ks temps secs sont, en général, plus salitbrcs i]uc lf>s Itriiips humides, et la inartalilé y est moindre (1). .

Air froid et humide. — Cet air enlevé plus de chaleur au corj» que l'an froid et ser. parce que l'eau qu'il contient augmente sa conductibilité pour 1« caloriquu; de là l'incommode sensation du froid pénétrant que dcicr minent les brouillards par une température basse : il semble que l'air humide s'applique plus eiBCtcmentà la surface cutanée. Il produit des elTets qui n'oot lieu jiar un froid sec qu'à une température beaucoup plus basse : le givre qui glace les parties découvertes, la pluie qui se convertit en veillas par le conUd d'un sol plus froid que l'atmosphère , occasionnent des engelures et des coogélaiions partielles. L'humidité froide réduit h son minimum la transpintioo cutanée ; elle ne produit point sur les ur|;anGS les effets Ioniques d'un finM modéré ; elle relâche les tissus et déprime toutes les fonctions, excepté 1» sécrétions des membranes muqueuses et celles des urines, lesquelles sont augmentées, i.'appéiit diminue, les digestions sont lentes et pénibles, les sella abondantes et moins si'cbes; la circulation moins active, la rcspiratioD semblt moins ellîcace par la transmutation du sang veineux en sang artériel; rhnniidité extérieure est absorbée, la perspiration ciiianéc est réduite; aussi le piwb du corps augmente, circonstance qui. jointe A la diminution de la contraciililè musculaire et de la force d'innervation, explique le sentiment de pesanteur générale : <• Fibrœ laxanlur, non roOorantur. fl jyondiis pertpirahids retenti lœdit et setUilur (2). " Le phénomène le plus notable que présente l'orginisme sous l'inQuence passagère d'un air humide et froid, c'est un malaise déterminé par la soustraction rapide du calorique et par l'iiTégulariic de» actes fonclionaels. Il est difficile de préciser la modificition intime que mbit chaque appareil; mais on peut dire que l'action combinée du froid et de l'humlditë est essentiellement perturbatrice de l'ordre naturel des mouvements organiques; et quand elle sévit d'une manière habituelle, comme il arme dans certaines localités, elle fmit par allércr l'hématose et la complexion des tissus ; elle développe alors une condition organique qui prédisjHise aux affections catarrhales, scorbutiques, rhumatismales, vermineuses, aux hydropisiesi etc. Cette forme de consdtution se propage par voie d'bérédité et careclérise des populations entières : aussi les eiïets de l'état atmosphérique dont il s'agit ressortent-ils mieux de l'étude des endémies de certaines localités que d'une analyse fonctionnelle. 11 n'est pas démontré, malgré l'opinion de Baude* locqne, que l'air humide et froid joue un nile marqué dans la production des scrofules. Lebert lui objecte, entre autres données statistiques, la fréquence de cette aOèciion dans les cantons de .Vaud et de Genève (3). La deroière

(I] Hippoerale, traduit par E. Uttr«, t. IV, p. a03, teetion 3, aplior. ii.

(t) Stneloriui, apliur. S, teciion 2,

(3) L«b«rl| Traité pratiqua tki maladiet ta-ofaleuwÊ eitiAerculeaiti. tant, 18A9, ,.74.

nnrti] ATMOSPHÈRE. — HUIIIDÎTÉ. 885

campagne d'Orient a fait ressortir les effets que nous attribuons à l'impression prolongée du froid humide. La plupart des congélations partielles qui y ont été obsenrées en si grand nombre, ont aiïeaé les soldats pendant leur service dans les tranchées presque toujours remplies en partie d'eau pluviale, de neige foodoe et de boue liquide. Le froid humide a été le caractère dominant de rhiverde 1854-1855 en Crimée comme à Constantinople : de là l'énorme proportion de rhumatismes, de névralgies, d'acrodynies; de là avec l'accession d'antres causes, telles qu'une nourriture salée* ou trop uniforme, la privation fréquente de viandes fraîches, le manque de légumes frais, les fatigues, les gardes de nuit trop répétées, etc. , des états morbides où l'anémie, les hydroplaies, l'épuisement du système nerveux, des complications catarrhales puloionaires, des diarrhées chroniques interminables, etc., s'entremêlaient et fifliisaient par déterminer une cachexie profonde, expression sommaire de la combinaison des influences raorbiûques du climat et de la saison avec celles qni sont inhérentes aux grandes agglomérations militaires en campagne et dérivent des conditions de la guerre. On a pu comparer, à court intervalle, en Crimée, les effets du froid humide et ceux du froid sec. En novembre et décembre 185/!i, pluies froides et abondantes, sol détrempé, tranchées pleines d'eau; soldats encore mai vêtus, toujours mouillés : on observe alors, dit Qoesnoy (1), des embarras gastriques, des diarrhées cholériformes, de la faiblesse générale, des douleurs dans les membres, une coloration rouge plus ou moins foncée des orteils succédant à leur décoloration avec flétrissure, engourdissement, chaleur cuisante, gonflement, quelquefois gangrène de ces parties, mais non primitive et due à un travail de lente réaction. £n janvier 1855, froid sec, veut violent du nord et rafales engourdissantes; tendance extrême au sommeil, mouvements difficiles, vue obscurcie, facultés comme anéanties; coloration presque toujours immédiate en rouge foncé des parties frappées par le froid le plus violemment; gonflement, œdème du pied et souvent du bas de la jambe, gangrène imminente, primitive, rapide. Beaucoup de ces congélations se produisaient d'emblée, et tuaient en quelques heures; c'est pendant la nuit que mouraient ainsi un grand nombre d'hommes et d'animaux, même à peu de degrés au-dessous de zéro, mais sous le souffle glacial des vents du nord. En décembre 1856, une seule nuit tua plusieurs centaines de buffles de trait et de bœub des parcs de l'armée.

I^e terminons pas cette étude incomplète des effets de l'humidité» sans signaler l'action irritante de certains brouillards dans les grands centres de population. A certaines époques de l'année, l'atmosphère de Paris, Londres, etc. , s'obscurcit au milieu du jour par l'invasion de brouillards denses, et souvent doués d'une odeur assez pénétrante pour affecter les organes respiratoires. Outre la part qui en revient à leur degré d'ozonisation, il faut tenir compte des vapeurs fuligineuses qu'ib tiennent en suspension» et de la propor-

(1) Que»DO|, Recueil de mémoires de médecine militaire^ 2* série, t. XXII^ p, 234*

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tion d'ainoioniaquc que l'on irouti? dans leur eau de coudensalion : Boussingdult y a consiHtë trois fois plus d'ammoniaque que dans l'eau provenant du brouillard (ibservÉ à la campatçiie.

En rêHuniant les influences tnéléarologiqties que nous veuutis d étudier, disons que dans une mesure non excessive, I électricité agit par iitimulatioo sur le système nerveux, la lumière sur l'hématose et !a plasticité, la chaleur sur la peau, sur l'appareil hépatique dont elle suracilve la sécréiîoa, cl sur le cerveau qu'elle agace jusqu'à l'irrilation ; que le froid fevorisc I hypérémie par l'actititè de la respiration, de la digestion et de la nutrition; que l'humidilé modifie le tissu cellulaire et les membranes muqueuses cl tend à faire prédominer les fluides blancs; que la sécheresse entretient le tonde la fibre miKculairc, facilite l'évapnration cutanée et contribue à l'harmonie de l'acUoo nerveuse. Ces influences se croisent, se mêlent, se combinent, et à l'obsemlion de leurs résultais organiques et funciionnels doit s'ajouter constamment celle de l'élai des forces vitales.

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