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IV. — Des eaux stagnantes

Nous comprenons sous cette dénomination toutes les variétés d'eaux plus ou moins immobiles qui peuvent nuire à la santé de l'homme par les produits de leur évaporation, lacs, étangs, marécages, marais salants, marais salés, ports, fossés, mares, lais et relais. Les détails dans lesquels nous allons entrer

|U{ DES.HODinCATECnS. — ClKCnni^à.

■ont jottifiés par le rôle immense qoe jouent les eau M

eqkèces dans la pathc^énie des pays chauds et tenpérti, et pv iM lu^e* in^

cations d'hygiène publique qui en découlent.

f en de régions du globe échappent complètement à cette funeste aAiMKc; Qi attae oi II civilisation semble avoir atteint «on apogée, les maran conrrMt nneTUte étendue du sol icelleqn'ils occupent en France est difficile à AnhoTi meiM d'après le« documeots officiels. La Statiitiqiie de la Frayée fmrtin, daw Itt deux siries de taUeani relatives aux diferaes espèces de «k et fth dlfision agricole dn territoire, les renseignements n

Aseraies, Aulnsies el isiusaies St 498

Undei, pfttl) el brujèr*» 1WB«7*

£lBngt, mariii, cinaux d'irrigation tSO US

Sol limoneux ou rnarfcafeux 381 A6A

Ce qui donne déjà une superCcie totale du 841^0'i8 bectam de diff£r«B sols marécageux ; mais le départemeut de l'Ain, couveri de nanis et d'Man|h figure ailleurs pour une surfiicede 31IiUnu hectare» dans ksaola ai^ileu doK l'étendue n'est paa moindre de 2 23 2 885 hectares en Oance.

On porle à GOUOO le uombre de victimi^ii qui- fait annuellement U fièm des marais daiiï les États romains, dans le.s uiaremines de la Totcew etiv tout le littoral de l'Iulic; les maladies qui dominent dans le delta du DanabOt dans les possédions françaises de l'Afrique, dans les ADtiUee, an Sëoisil} dans les Indes, etc. sont dues en grande [lartie à l'aclion des marais. Le bnI hApital de Bone a reçu, du If) avril 1832 au Iti tnar» i835, 22 330 malades, dont :i5l3<itjt sulcouiU^; le docteur liine^loy iiï^ure que ta mortalité des Européens dans les contrées tropicales résulte, pour plu8 des deux tiers, de l'influence palustre. L'existence des marais est donc à la fois une des canse» pathugéniques les plus répandues et les plus redoutables; la mëdeciae est appelée ï combattre les manifestations aussi variées qu'insidieuses de cette cause toujours la même, soit qu'elle développe en Hollande de simples Dèfrea d'accès, en Afrique des fièvres rémittentes et continues avec des eiacerbations pernicieuses, peut-être la Qèvre jaune dans les Antilles, et le choléra dans le delta du Gange ; mais c'est i, l'hygiène à renouveler le prodige raytho* k>gique, en étuulTant cette hydre ï mille léles qui décime les populations dn globe. C'est ici surtout qu'on a meilleure chance 'a prévenir qu'à guérir, car le nécrologe des contrées palustres prouve combien est erronée l'oijîtiion que les Gèvri'S pernicieuses sont facilement curables, et si le quinquina agit héroïquement contre le danger des accès, il ne peut rien contre les efl'ets lents de l'atmosphère marécageuse, contre les effets consécutifs des fièvres qu'elle développe, il ne prévient les rechutes et récidives que dans une certaine limite : l'hygiène seule peut arrêter la dégénérescence des populations qni y vivent plongées, et leur restituer le bénéfice de la moyenne ordinaire de lougéfité.

PWftg] DES EAUX. — EAUX STAGNANTES. S95

L'Asie ptratt nxrios infestée de marais que d'antres parties do globe ; ses principaux sont le lac EUon, k l'est do Volga» et dont l'exploitation fournit les deux tiers du sel employé en Rmsie ; la mer d'Aral, le lac d'Urmia en Perse ; le lac Balkalinor, le lac Lopnor; la mer Caspienne est cernée de lacs salins; le Gange circonscrit par ses atterrissemenls des marais nombreux; du Tana!s à la merde Grimée s'étendent les Palos-Méolides; au fond de la mer Noire se troufe la Mingrëlie» où se traîne le Rion, autrefois appelé le Phase : Aùr^ç Jt

h ^9(? 9raatitSn€tt9ç iravrîijy tcjv irorafiwv mai ^tûv iQircurara («le Phase lui*

même est de tous les fleuves le plus stagnant, et celui qui coule avec le plus de lenteur o } (1). Les pluies tropicales, qui tombent en Afrique pendant l'hivernage, gonflent périodiquement les fleuves et les cours d'eau, et produisent des débordements. Le Sénégal, dont les sources circonscrivent, sous le 11* degré de latitude, un domaine de 50 lieues en largeur, et qui reçoit dans son coors supérieur un grand nombre d'alQuents, parcourt, après avoir formé les cataractes de Jovina, celles de Felow et beaucoup d'autres, un trajet de plus de 200 lieues jusqu'à son embouchure. Ses eaux, sans cesse repliées, s'égarent en méandres si multipliés, qu'il ne fait jamais 5 lieues en ligne droite, jusqu'aux lacs de Cayar et de Panié-Foule, à 60 lieues de la mer. Quand, après le solstice d'été, les eaux tombées dans le haut pays ont fait grossir le fleuve, il se précipite avec fracas du haut des cataractes, enfle ses eaux à 38 et dO pouces au-dessus de son niveau ordinaire et les épand au loin sur les terres; les deux lacs s'emplissent; les bassins latéraux, jusqu'alors à sec, se transforment enr canaux dits marigots^ qui propagent les eaux dans l'intérieur : c'est alors le même spectacle que dans le délia du Nil, inondé par le débordement du lac Mœris; mêmes conséquences après la crue, quand le manque d'inclinaison du sol contrarie l'écoulement des eaux et convertit le pays entier en un vaste marais. Tout le littoral, du cap Vert à Sierra-Leone, présente pendant quatre mois cet aspect. Les eaux du Nil laissent en se retirant des marais infects, des amas de matière organique en putréfaction qui infestent le delta. Les bords du Niger sont mortels aux Européens par leurs émanations. Les côtes de l'Algérie et des Régences barbaresques sont entrecoupées d'eaux stagnantes. Le défaut de culture, l'absence d'un système d'irrigation, les torrents dont les eaux se perdent dans les terres, le cours irrégulier des rivières et leurs débordements contribuent à entretenirà l'état marécageux une grande partie de nos possessions en Afrique, notamment la plaine de la Seybouse près de Bone, et celle de la Mitidja, qui a une longueur de 22 lieues sur une largeur moyenne de ^ à 5 lieues, et que l'Harracb et la Chifla rendent marécageuse dans presque toute son étendue.

Les marais de l'Amérique ont inspiré une admirable page à Buflbn ; il dépeint ces fleuves d'une laiigeur immense, l'Amazone, la Piata, l'Orénoque, débordant en toute liberté et envahissant les terres, les savanes,

(1) Hippocrate, Œuvres, trad. de Uttré, t. II, p. 61.

896 DI8 MODIFICATEURS. — CIRCDMFOSA. [ïïfêltM

les plages, alteraitiTeniait sèches et noyées, seryant de repaire aux reptiles, aux insectes, « à toote cette termine dont foormîUe la terre^ etc. » Le Mîssissipi oflre à son embouchure une île de 20 lieues couverte par les eaux stagnantes; tous les fleuves de rAmérique du Sad donnent lieu à ce phénomène des atterrissements, cause inévitable du croupissement des eaux. Dans l'Amériqve septentrionale existent un grand nombre de lacs qui tendent à décroître et dont les bords sont marécageux, le lac Raines, le lac des Bois, le lac Wioipig, le lac de T Esclave, le lac Supérieur, appelé par les Indiens ie Père deilacs, etc., gigantesques réservoirs d'eaux dormantes, exhaussées au-dessus du niveau des mers. La Guadeloupe, la Martinique, ont leurs palétuviers; tout est marais autour de Gayenne; la Guyane, qui attend encore la hache des pionniers, présente au fond de ses forêts vierges un sol fangeux qui fermente ineessammenti et sur le bord de ces cours d'eau une dangereuse série de oÉlrécages.

L*£urope nous présente une quantité considérable de marais en Danemark, aux environs -de la mer Baltique ; presque toutes les provinces de Russie en renferment; de Pétersbourg à Moscou, la route est souvent pontée et côtoyée par des plaines marécageuses. Il existe des marais en Sibérie, dans la Finlande, dans la Lithnanie. La Poméranie, le Hanovre, la Hollande, sont constitués par des terres basses semées de lacs et de marais. I^ Hollande semble une création de l'homme qui en dispute le sol aux inondations par les digues, par les canaux, sans réussir à empêcher la formation d*un grand nombre de marais. Amsterdam» la Haye, Rotterdam, construits smr pilotis, sont infectés pendant la saison chaude par l'évaporation de leurs canaux, dont les eaux sont vainement fatigoées par des moulins; les polders qui avoisinent les bouches de TEscaut, rOfer-Issel, Tîle de Walcheren, sont fameux entre toutes les localités à marais. L*agriGolture a délivré l'Angleterre de la plus grande partie de ses marais; flMub le nord de l'Ecosse possède des lacs et des flaques d'eau; l'Irlande ^t eftoore une étendue de 11 000 acres couverte par les marais de Sloggau. Les lacs de Neuchâtel, de Bienne et de Morat, en Suisse, sont séparés par des pbioes marécageuses. Au midi de l'Europe existent quelques marais sur le littoral de la Sardaigne, sur celui de la Morée (marais de la Djalowa près de Navarin); en Italie, ceux de Sienne (Grotanelli, Palmi), ceux que forme TAmo dans la Toscane ; les marais de Mantoue, les lagunes de Venise, les lacs de Gomo, d'Iseo, d'Idreo, le lac Majeur, le lac de Garda; enfin les marais Pontins, qui couvrent de Gistema à Terracine nue étendue de ^2 milles de long sur 18 milles de large. L'Espagne a moins de marais; il en existe cepen* dant près de Cadix, Malaga et Gibraltar, et beaucoup de localités, telles que le Goadarram, sans avoir de marais-types, réunissent à certaines é(xxiues de Tannée les conditions propres k donner naissance aux efiluves paludiques; aussi les fièvres intermittentes, mêlées de cas pernicieux, y sévissent depuis le mois de juillet jusqu'à la fin d'octobre (1).

(1) Valéry Meunier, Mission médicale au Guadarrama (Espagne), thèse de Paris, 83, n* 29, p. 20.

mf«l] DIS lAOX. — RAVX STIGNARTES. 897

La France est désolée par àes marais aussi nombreux qn^étendus : celai de h Goorche, dans l'Aisne, a 5500 hectares d'étendue ; celai des Echils, dans TÂin, 1150; celui de Marans, dans la Charente-Inférieure, 6900; celui de Blaye (Gironde)» 6600 ; celui de Sarguinet (Landes), 5000 ; celui de Saint- Joachim (Loire-lnlérieure), 7700; celui de Mariano, en Ck>r8e^ 3000; Tétang de Berre, dans les Bouches-du-Rhtoe, 13617, etc. On en rencontre sur notre littoral de l'Océan, depuis les Landes jusqu'à la Somme ; sur notre littoral de la Méditerranée, dqmis Âigues-Mortes jusqu'aux bouches du Rhône, où le dépôt limoneux de ce fleuve a formé 111e marécageuse de la Camargue, type des formations géologiques de cette espèce. Nos départements se dassent dans l'ordre suifant quant à l'étendue de leurs terrains recouverts par les eaux stagnantes :

HeeUrM. Haetaref.

Bouehea-du-Rhône 53 700

Yendée 49 600

Charente-Inférieure 44 800

Gironde 37 000

Loire-Inférieure 29 500

Ain 19 500

Landes 19 000

Gard 18 000

Aude et Morhihan 15 000

Cher 13 700

Aiane 18500

Manche 12 800

Corse 12 500

Somme 8 000

Deux-Sèvres 700

Oise 700

Hérault et Basses- Alpes 6 500

Isère et Marne 5 500

Maine-et-Loire 5 000

Loiret et Calvados 3 500

Eure et Finistère 3 500

L'Allier, rArdèche, les Ardennes, l'Ariége, rAveyron, les Gôtes-dn-Nord, la Creuse, la Haute-Garonne, le Gers, la Mayenne, le Puy-de-Dôme, la Sarthe, le Tarn, la Haote-Yienne, les Vosges, l'Yonne, sans être exempts de marais, ne peuvent être classés dans les régions vraiment palustres.

Les causes productrices des marais sont : 1* Le défaut d'écoulement des eaux naturelles, provenant des sources ou des pluies ; le peu d'inclinaison du sol, les dépressions qu'il présente en forme de bassin on de réservoir naturel, empêchent les eaux météoriques de se déverser sur les pentes inférieures et de se dissiper en torrents ou ruisseaux qui a£Quent dans les cours d'eaa réguliers. 2® L'existence de bassins natureb au voisinage des fleuves ou de la mer, et au-dessous du niveau de leurs eaux : quand celles-ci viennent à déborder, elles sont recueillies et conservées par la disposition du sol, qui ne peut plus s'en débarrsmer que par voie d'infiltration ou d'évaporation. 3® La disproportion de la surface évaporatoire du sol avec la quantité d'eau qu'il reçoit; l'excédant du liquide formera des flasques ou des marais. U^ L'imperméabilité pins ou moins complète du sol : telle est l'origine des marais Pontins ; le tuf imperméable qui forme le sol de Rome et de la campagne environnante, arrête à des profondeurs inégales les eaux des pluies et celles qui ont été détournées de leur cours par l'oblitération de nombreux canaux et aqueducs : tel est l'état de h Brenne (Indre), bassin sans déclivité dont le fond est .un mélange de débris organiques et d'ar^le. 5* Les atterriasemenis qui s'eSsctuent à Temboa'

SH DES MODIFICATEURS. — CtHGCUPCS.i. [itGU»

chure des flenves, la résistance qae la riicT opposa aai t^aux afihicDles ayui pour effet la précipiiation des matières <iiie relles-ci charrient dans leur coure. Les fieuves et les rivières diasolvent dans leui-s eaut les éléuieots soiobla qu'ils rencontreul, a)n'odent certains terrains qu'ils parcourent, entraineni des débris qu'ils abandonnent ensuite, quand des obstacles rateniisiieut leui Titesae; ils apportent donc continuellemenr i la mer des maiériaui solides, débris des conlineuts, el de lil des atterrLsseuienis qui finiraieut par uivelerls surface du globe, si les révolutions, les mouvements de la croûte terrestre, l'action des vagues et des courants, ne refoulaient çï et là k-s dépôts aulides, tt ne modinaient, par des élévations successives, la configuration des rivages. Od a cherché ii déterminer la proportion de substances solides que roulent les grands cours d'eau : on admet en moyenne i/GO' pour le Pô, l/lf>t)' pourle nil, 1/1 UtI' pour le flliin, etc. La plupart des grands ticu tes ont leurdL-lia consumé par le dépôt successif du liraun qu'ils enU~aïneiit : ainsi s'esi formée i l'embouchure du Rhône, entre Trinquetaille et Fourques, l'île de la Camargue, dont la surface, évaluée h 72 lieueit carrées, sauf uu sixième de bonucs terres, De présente que marais pestilentiels et pâturages salés. Le déboisement des oftles élevées qui envoient leurs eaux à la mer contribue » l'exhausseuienl progressif du fond de lu mer au voistiia{;e du littoral, auquel s' ajoute uue iiouveU« bande de sol marécageux. 6° Quand les cours d'eau n'ont à leur emlxiucbure qu'une penle médiocre ou presque nulle, et sontd'uu niveau très-inrôrieur i celui de la mer, ilss'ydég'>rgcnt diSicilcmeut a te nilunt à déborder eu auiont: le Tibre, qui ne décharge qu'ï peine ses eaux vaseuses dans la Médilemnëe, en inonde souvent les terres voisines de son cours. 7° Si la dis(>u3iik>a da littoral est telle qu'il s'abaisse par une ondulation insensible et semble de niveau avec la surface de la mer, celle-ci. battue par les vents et les tempêtes, se rue avec violence sur le rivage, le couvre au loin de ses vagues dont le retrait ne se fait point complètement; de lï, le long de certaines côtes, des flaques d'eau stagnantes qui se desséchent, â l'époque des fortes chaleurs, par un calme prolongé, et qui se renouvellent pendant les gros temps, <|uaad la mer déferle avec futie. La Corse déroule ainsi sur son littoral, aux yeux du voyageur, une ceinture de marais qui abondent particu lie renient de Calvi ï Slint-Florent, et que la mer approvisionne de son tribut périodique. 8° Uaiu l'intérêt du commerce, de la navigation, de la défense territoriale ou seolement de son plaisir, l'homme creuse ici des ports, des docks, des caoaux; li, des fossés, des citernes, desétangs, des bassins d'arrosage, dus égouts, etc. (1), et, par ces travaux variés, il circonscrit des masses d'eau sans mouvemoit continu, qui ne se renouvellent point ou se renouvellent dans une mesure iiwof. fisante; souillées par les déjectious on viciées par la fernieutalion spontanée des végétaux qui s'y développent et y meurent, elles se rapprochent plus oo

(1) A.. inKTalliar, Notice historique >ur le nettoyage de la ville du Parit (Armalaê tThygiitM. Pu», IMd, t. UJl, p. 362).

mv«t] DES SAQt. — EAUX STAGNÂIfilES. S99

moins des eondilions générales des marais, et deviennent comme eux des foyers d^insalobrité dont la sphère est plus ou moins étendue. 9® A ces causes il faut ajouter les travaux djêtablissement des chemins de fer dans certaines contrées à sons-sol plus ou moins imperméable ; les excavations pratiquées des deux côtés de la voie pour fournir aux remblais qu'elle nécessite (chambres d'emprunt), deviennent autant de réservoirs pour les eaux pluviales et d'infiltration superficielle du sol ; elles s'y réunissent en flaques, bras morts, etc. £t delà, pour une foule de localités indemnes de fièvres jusqu'alors, un développement endémique de ces maladies. De Madrid à l'Escurial, 50 kilomètres; sur la première moitié de ce parcours, à sol diluvien et sablonneux, point de malades; sur la seconde (de Torrelodones jusqu'à l'Escurial), sol granitique et schisteux, toutes autres conditions égales, la fièvre n'a épargné personne, et divers services ont chômé en 9863, faute d'hommes valides (1).

Les marais se partagent en deux grandes catégories, suivant qu'ils sont constitués par l'eau douce provenant des pluies, des sources, des rivières, ou par l'eau de la mer; ces derniers sont encore distingués en marais salants et en marais salés. Également entretenus par la mer, ceux-ci sont dus à la disposition basse et déclive du sol qui reçoit l'eau des hautes marées; ceux-là sont créés généralement par l'industrie, et consistent en de vastes bassins dont le fond est nivelé et battu avec la terre glaise pour s'opposer à l'infiltration de l'eau salée qu'on y livre à la vaporisation du soleil : teb sont les marais salants qui existent sur les côies du Languedoc, et sur celles de l'Océan, dans le bas Poitou, la Bretagne et la Normandie; l'étang des Martigues, entre Marseille et le Rhône, offre sur ses bords des marais salants naturels. Le marais salant (salin, saline) se compose d'une série de compartiments que l'eau parcourt en se concentrant de plus en pins; à 15 ou 16 degrés, elle dépose les carbonate et sulfate calciqnes; à 25 degrés, le chlorure de sodium ; vers 23 degrés environ, elle prend une teinte d'abord rosée et qui se prononce par d^rés jusqu'au rouge de sang; elle exhale alors une odeur de TÎolette. Joly s'est assuré que ces phénomènes sont dus an développement d'un infusoire (Monas Dunalit) qui prend naissance aussi dans certains lacs et dans quelques mers. Mêlier (2) se demande si cet animalcule joue dans les salines le même rôle que les substances végétales et animales dans les marais ordinaires, en favorisant la décomposition des sulfates. Les marais salants de l'Ouest exigent une plus grande complication de pièces et d'opérations, et l'extraction du sel, qui, sur le littoral de la Méditerranée, s'opère par le seul

(1) Valéry Meunier, Uièse citée, p. 20.

(2) Vojez, pour de plus amples détails sur rimporiante question des marais salants, rétude si complète, si lucide, qu'en a faite le docteur Métier, et qui rappelle les beaux traraux de Parent-Duchâlelet sur Thygiène publique. (Rapport sur les marais *alants^ etCy avec 4 planches gradées, dans les Mémoires dé f Académie de médecine, Paris, 18&7, t. XIII, p. 611 et tuiv.)

40O DES MODIFICATEURS, — CiaCDHFtSl. [rsuai

contact prolongé de l'air et des eaux marines, exige ici tes soios d'an irt laborieux:, quoique très- imparfait encore. Il résulte des recherches de Htiief. que les iiinrais salants bien cniretenuii, loin d.'fti'e on fover d'insalnbnlr, assairiiiisent ics localités en submergeant des plagt-s plus ou moios basses, inrgales, vaseuses, parsemées de HaqU'Cs d'eauK plutiales et d'excavations qui s'emplissent d'un liquide saumàtre et de débris organiques. Va marais siiiDi dout les eaux sont incessamment renouvelées est bénéfice d'hygiène quand i' 50 substitue â un inarais ordinaire ; deux communes simées près de AlontpeUîT ont dû è une transformation de ce genre une sensible diminution de maladit? et de mortalité. On objecte la coincidcoce de l'apparition des fièvres avec \t levage du sel qui met à nu la suie des marais : c'est imputer à cette t^tératioo ce qui est le produit de la saison, car «Ile a lieu vers la fin de l'été. Les ouvrien qui eiïectuent le levage, et qui, toujours sur les tables, eD piétinent du mitia au soir la tase, fébriciienl moins que les douaniers postés autour des mirais salants, snr les bords du fossé d'enceinte, presque partout mal entretena. Dans les sahnes de l'Est, alimentées par des sources ou des puit:« salés, it n't a point de fitïres ; la santé des ouvriers est excellente et leur longévité remarquable. Ce n'est point sur la saline même, mais aux alentours de l'établissement, au voisinage des eaux croupiasanies, que r^nentles fièvres. Des manit salants bien établis, bien exploités, bien entretenus, sans chômage, seroai plus souvent une création utile qu'une cause d'insalubrité; niais l'État tis préside point k leui' création, ne dirige point leur exploitation, n'assure poiat leur activité : on les construit aujourd'hui comme aux viii' et ix' sièdes. temps d'ignorance et d'es.>iats ; l'intérêt privé régie l'exploitation, détermiaeie chômage et souvent l'abandon des marais. Quand ils communiquent entre eux, le délaissement de l'un entraine la ruine de l'autre : alors canaux de circolition, fossés d'écoulement, réservoirs, rigoles, tables de cristallisation, tout se détériore, s'envase, s'encombre; eaux douces et salées se mêlent, la fennenution se développe et l'infection règne.

Les marais Riouillés sont ceux qui ne se dessèchent jamais, par oppositioD aux marais qui, îi certaines époques, perdent leurs eaux par livaporation ; les premiers sont moins nuisibles, et si leur vase est constamment noyée par une grande masse d'eau, ils n'exercent guère d'influence. Il en est ainsi d'on grand nombre d'étangs; on appelle de ce nom les pièces d'eau plus ou moins considérables, entretenues par les suins de l'homme et qui sont si multi[diées dam la Bresse. Le danger des étangs est en raison directe de leur surface et en raison inverse de leur profondeur. Plus leur masse d'eau est considérable, moins les rayons solaires en échauiïeiit le fond; celui-ci n'est pas toujours vaseux, et dans beaucoup de bassins de la Dresse, une eau lirnpidi?, quoique lourde et dësoxygénée, séjourne sur un sol imperméable, parfois revêtu d'une couche mince de terre végétale. Le dessèchement partiel par évaporation ou par la retraite des eaux, rapproche les étangs de l'état de marais : aussi, quand ils présentent une surface fangeuse en contact presque imméditt avec l'air.

piitéb] DBS EAOX. — KAU& STAGRANTES. 404

ib développent les mêmes effets pathologiques; dans ces œnditioDs, ils sont appelés grenouillards dans la Bresse. Les grands étangs dn département de THérault sont des bassins naturels, peu profonds, entrecoupés de marais, de ▼a.' tes fossés plans d'eau, de terres grasses et couvertes de joncs, fréquemment noyées par le retour des pluies ou par l'élévation plus grande des eaux de la mer; retenues par les digues naturelles et par les nbles que la mer accumule sur ses bords, leurs eaux tendent à envahir les terres voisines dont le niveau se confond avec celui des étangs (1).

Les étangs, comme les marais, sont formés par l'eau douce ou par Teau de mer; ces derniers, inondés en hiver, se dessèchent généralement en été. Les étangs qui sont définitivement convertis en marais sont les plus dangereux; ceux de Candillargues (Hérault) infectent les environs; Frontignan et le village de Vie doivent à pareille cause l'atmosphère délétère qui les enveloppe.

La constitution physique des marais varie suivant les climats ; ils ne se ressemblent ni par leur aspect, ni par la nature de leur fond; leur caractère commun est de favoriser le développement d'une certaine végétation et de servir de réceptacle aux doubles produits d'une pullulation organique sans fin et d'une incessante putréfaiction : mystérieux laboratoires de la vie et de la mort, ils servent à la fois de berceau et de sépulture à d'innombrables gêné* rations de plantes (2) et d'animalcules ; ils présentent le contraste de l'immobilité de leurs eaux dormantes avec l'agitation de tant d'êtres divers qif ils abritent, et cdmme pour protéger l'orgie d'une création immonde, ils repoussent l'homme et font autour de leurs bords la solitude par l'infection et la maladie. Les eaux stagnantes reposent en général sur un sol argileux, alumineux, à nu ou tapissé par une couche plus ou moins épaisse de terre v^étale, ou recouvert par un lit de vase, mélange de matières terreuses et de détritus organiques. La struaure argileuse du sol est peut-être la cause la plus universelle de la stagnation des eaux. Dès lors on comprend que ce terrain tertiaire doit servir de substratum au plus grand nombre de marais : tel est le fond des marais du bas Poitou, du Mantouan, de la Hongrie, etc: Les étangs du département de l'Ain présentent pour fond, sous une couche d'humus de quelques centimètres d'épaisseur, une argile compacte, jaunâtre, dure, mélangée d'oxyde de fer ; quelques-uns ont un fond bitumineux. Ribond a trouvé dans les marais de Vial, en Bresse, une couche de tourbe d'inégale épaisseur, une seconde couche semblable, mais pétrie avec du sable fin, une troisième composée de cailloux et d'une terre légère, une quatrième de terre mélangée plus compacte» le tout assis sur des bancs d'argile ou de marne. D'après Buffbn, beaucoup de marais de la Hollande, de la Frise, de la France, de la Savoie et

(i) Monfolcon, Histoire médicale des marais^ 2® édit Paris, 1826, p. 1A8.

(2) On trouYe, dans Y Annuaire des eaux de la France pour 1851 (p. 19 et soir.), le catalogue très-éteodu des plantes les plus babituéUes aux terrains submergés ou marécageux de la France.

M. LtvT. Bygiène, 5« ton, l. — 26

103 DES HODEFIClTECnS. — cmCaiiFDSÀ. [BTCitn

de l'Italie siéscnl sur nn soi où se irouvent «ifouii une énorme quantité d'arbres. I)aa!i Il>s inarcmmes loscanes. les marais uialsainii sa dëiiotcui par la proportiou coDsidénblc de sol» iju'ils ucDoeot ea solution, ei qui pronenaenl, soit dos eaux de la mer, soit du terrain même ïncicnucmeiit occu|>£ \w les Ëaui mariues : ce lioiit pour la plupart d'anciens peiiu gultos d'abord changés en baï-Ionds par les atlerri!is(!menis des fleuves, puis plus ou moiii! séparés de la mer par des barrages de sables imoacelés par les veutë et les Qots; d'autres, hans aucuuccoiumum<:ati(in avec la mer, ont un fond formé d« boues maridcs; leur origine se recounait aux coquilles H aux leuilles d'algue que l'un y rencontre eu creusant ; vo été, ces murais sont ii sec et leur sol m couvre d'dUurescenres salines (!}. La tourbe qui couvre le fond de la (iluparl des marais est le prtiduit de la dL-coinposilioii de plantes herbacées agglomérées en masse ; la sphaigne à larges Teuilles, qui se multiplie outre uiesurr dans les eaux i^t^ignantes, et qui s'y développe par masttes conipacle:^, coninbut plus que toute autre |)Jaule aqustiquu à la production de la tourbe et à l'eihaussement de la vase, tjello-ci sert de LliËre i uue autre végéiatioa, toujours inondée, et dont le détritus fornieia à son tour la coucbe d'une vêgèuiioo d'un nouvel ordre : ainsi naissent les juncs, les scirpcs, les roseaux, les mcuyantliesi puis les ombelUfères, les lysimacliies, les salicaires, les Uiciies, les renoncules, les alismarées, qui sollicitent un peu moins d' inondation. Sur le dépOt limoneux qui résulte de la dâconipcisitiun de ces plantes, s'élage uue autre végétation composée d'arbuste» â racines submergées, don ledunu, des airelles, des myricas, qui Iburnisseni leur contingent de débris fernitintVMiiUa ï cet immense magasin de vase et de détritus organiques. Parmi les régéuui des marais, quelques-uns ont des propriétés loiiques ou caustiques, la reooucule Kélérale, l'iria, l'aruffl, la ciguë, etc.; d'autres sont alimentaires, tels que la cbitaigne d'eau {Tra/ia nalans, ouagrariées, Juss.), la ziianie des marais {Ziionia paluttris, graminées, Juss.). Si quelques individus de la Qwv palustre semblent révéler une influence loallaisante par leur aspect sinistre ou leur odeur repoussante, comme l'arum, les glaïeuls, l'ellébore fétide, etc.. Il eu est qui charment les yeux ou l'odurat, tels que plusieun typhas, le nénuphar, appelé le lis des étangs, la sagittaire, le Parnania palustrii, etc. Noos signalons cette opposition entre les productions des marais, parce que nous aurons à discuter la valeuV de quelques inductions que leur nature a suggérées : elles ne sont pas les mêmes, d'ailleurs, dans les eaux qui stagnent dans les lieux bas on élevés, dans celles qui sont douces ou salées, situées sons les climats chauds ou Iroidi. Les prairie» maritimes, inondées par le flux et laissées ensuite a lec, ont une végétation i part Sur les câtes de l'Océan, on rencontre le Carex esienaa, les Hpai'tina, le Festuca mariiima, le Trigio-

(1} Savi, ConsUUraliam irur l'imaluirité de iair dans la Uarani tu Congre* icieolinque de Pise eu octobre 1839 (A'uouo iiioi-nala dti liUtraii, et 107, et Annalet de chimie, 1811, t. Ul).

nXftE] DES Eiin. — USX STAG1IA1ITE8. A08

ehin maritimuê^ le Siaticé dichotoma^ VAtter (rifolium^ les Salsola; près des eaox saaiDfttra, le Statice linumium^ occidentalisa VAdenarium peploides^ VArenariamarginatat le Glcatx mariiima, le Plantago maritima, etc. Cette végétation se retrouve en partie dans les marais des salines de Vie, Olense» Saint-Nectaire. Les marais saamâtres du midi de la France présentent les Sahola^ Saiicomiay Hordeum maritimum, Inula erythmoideif Jtmcui ma' riiimus^ Poa iiitaralis, Poiypogon maritimus, etc. Le Saccharum Havermof se rencontre dans les marais de la Provence exclusivement.

La xoologie des marais diffère, comme leur flore, suivant les circonstances précitées. U serait long d'énumérer les légions d'infusoires, de xoophytes, de vers, de mollusques, de reptiles, de poissons, d'oiseaux, qui vivent et pullulent dans ce milieu, et dont les cadavres s'y ajoutent par myriades à la masse des substances en décomposition. Les marais ont pour habitants fidèles les vers annélides, helminthides, au nombre de cinq cents espèces au moins, les trois quarts des mollusques nus, univalves ou bivalves, presque tous les crustacés dont on connaît plus de mille espèces, beaucoup d'espèces de batraciens, der raines, des protées, des salamandres, des sirènes, des tritons, des tortues, des lézards aquatiques, des serpents pythons, etc. Le microscople a surpris dans l'eau des marais une multitude de ces êtres infusoires dont le professeur Ehrenberg a constaté la prodigieuse force de génération, des Mona$ termo^ aiomui et uva, le Cercaria cyclidiumj VEnchelys ovti/um, le Trichoda eomata^ le Trichoda cimex^ le Proieus diffluins^ le Volvox végétons^ VEnchtlyê far^ eirneSt eic Telle est la multiplicité de ces animalcules, que Virey les envi« sage comme la cause principale, sinon unique, de l'insahibriié des eaux stagnantes.

La surface des marais offre le plus souvent une croûte formée par l'entrelacement des débris végéuux, qui confond leurs bords avec les prairies environnantes, ou un tapis verdoyant composé de conferves, d'une multitude d'infnsoires appelés Monoê ptUvisctUtis^ de lenticules auxquelles on a attribué, à tort, la propriété de purifier l'atmosphère des eaux stagnantes. Ailleurs, comme dans la Dombes, elles déroulent leurs nappes grisâtres jusqu'aux lignes extrêmes de l'horizon, entrecoupées d'espace en espace par des forêts humides, par des terras fangeuses dont les limites se perdent, indécises, dans celles des éungs. Mais, quel que soit leur upect, limpides on troubles, dépourvues de leur ceinture habituelle d'aunes et de saules, ou déguisées sous le luxe perfide d'une verdure exubérante, les collections d'eaux stagnantes sont toujours le foyer d'une fermentation putride dont les produits n'échappent point entièrement h l^malyse.

Alexandre Volta, agitant avec un bâton la surface du lac Majeur, observe le dégagement abondant de bulles d'un gaz inflammable : c'est le gaz des marais, formé par l'hydrogène promcarboné, mêlé de i/i à 15 centièmes d'aiote et d'une proportion variable d'acide carbonique, d'hydrogène sulfuré, parfois avec des traces d'hydrogène phosphore qui, provenant de la putréfaction des ma-

4M MS HODIFiUTEDRS. - OBCaimU. DmtH

libres animales, s'enflamme el douiie lieu aui pbosphoresceDces noctornes des marais. Thenard et Oupuytreti voicjit le gaz des marais déposer daas l'eaa par laquelle on le fait passer une malièrc parliculière très-putrescible, Moscatî condense, au moyen de globes de verre déposes à (rois pieds du sot, tes vapenre d'une riiière; le liquide obienu laisse surnager, au bout de quelques jours, une substance tnuqueuM.' d'une udeur cadavérique, analc^ue â celle qae fournit la rondensalion de la vapeur répandue dans la salle du grand Hdtd- Dieu de Milan. Brocchi trouve des flocons albumineux dans l'eau qu'il recueille de la même manière aux lieux les plus signalés par leur insalubrité. Rigand de l'isle, par un appareil irès-simple qu'il Ëlablil sur les marais Pontins, condense la vapeur qui s'en exhale, et il se procure ainsi deux bouteilles duo liquide que Vauquelin analyse : ce cbimisle y constate une inalière animale qui s'est séparée dans les bouteilles mêmes sous forme de flocons; ta liqueur donne une réaction alcaline, quelque peu ammoniacale, et un résidu jaune qui noircit au feu. En agitant la vase du tac de Itimigliauo, Savi [1839! détermine le dégagement d'émanations fétideit qui, d'après l'analyse, se composent de gaz hydrogène sulfuré et d'une substance organique particulier? (pulérine).

L'analyse de l'air qui repase sur les marais {nria cnUiva, mnlaiia) n'a point fourni jusqu'en ces derniers temps des résultats aussi notables que celle de leurs vapeurs coudensées par réfrigération. L'eudiomèlre, manié avec la plus sévère exactitude par Jules-CËsar Galtoni, a montré l'air des marais postileutiels du fort de Fuentés aussi pur que l'air pris sur le sommet neigeuii du mont Legnone, élevé de 1 ùùO toises au-dessus du niveau de la mer ; même r&ullai fourni par l'anilysc de l'air recueilli dans onze autres locatiiés à marais et coniparé avec celui de montagnes couvertes de végétation. Julia, dont l'Académie de Lyon a couronné les recherches, proclame l'absolue pureté de l'air des marais, aussi bien que de l'air des égouts, des latrines, des étables, etc. HStonsnons d'ajouter que ces expériences ont eu lieu sur des quantités d'air trèslimitées et exprimées en volume, non en poids; les procédés de Théodore de Saussnre, Boussingault, etc., comporieut plus de précbion; ce dernier, opérant sur l'air des marais en Amérique, y a démontré : j° parle sulfate hydrique, la présence d'une matière organique; 2" par la combustion des miasmes, l'existence d'une forte proporiion d'hydrt^ène, converti en eau dans le procédé employé ; depuis il a démontré le dégagement d'une certaine proportion d'oxyde de carbone par les plantes aquatiques (1). F. Daniell (2) a constaté le dégagement de l'hydrogène sulfuré dans les eaux de la c6te occidentale d'Afrique et d'autres localités; avant lui, Chcvreul et Savi (3) avaient fixé rauention sur la prodnctioa du même gai par l'action réciproque des sul-

(1) Compta rendus de f Académie dei sciences, ISIil, t. llil, p. 8H3.

(2) F. Bitâell, Annales de chimie et de physique, IBA], t. III, p. 331. (3} Chevreul «t San, iiiid.

PWTti] DES EAOX. -- EAUX STAGNANTES. A05

fates et des matières organiques, et avaient signalé cette réaction comme une des caoses les plus influentes de la malaria. Ainsi donc, outre les gaz que l'on dégage abondamment par Tagitation de l'eau des marais, et dont on retrouve des traces dans l'air, il est incontestable qu'une matière organique s'échappe par volatilisation des eaux stagnantes et se mêle à leur atmosphère, soit directement (Hnmboldt), soit en suspension dans la vapeur aqueuse (Moscati, Brocchi, Rigaud). Animale, végétale ou mixte, c'est très-probablement cette émanation qui détermine l'odeor spécifique de marécage qui dénonce la proximité des eaux dormantes; odeur variable suivant les cli« mats, la nature des marais, etc. Probablement le gaz des marais entraine avec lui les miasmes organiques dont la production coïncide avec la sienne, et s'opère dans le même milieu ; l'expérience de Thenard et Dupuytren conduit à l'admettre, et si la chimie isole les produits de la fermentation des marais, on ne peut concevoir cet isolement dans la nature : on sait d'ailleurs que l'acide carbonique qui s'obtient par la fermentation des matières sucrées emporte de l'alcool.

Pour rassembler toutes les données qui peuvent éclairer sur l'action des eaux stagnantes, il faut considérer les objets placés dans leur sphère; ce que les plantes et les animaux y deviennent fournira des éléments d'induction pour l'homme. Si la végétation inhérente au marais y prospère et s'y développe avec vigueur, il n'en est pas de même de la végétation extérieure; celle-ci languit, les arbres sont rabougris, leurs fruits mûrissent difficilement, et manquent d'arôme et de saveur : la Bresse, la Brenne, la Sologne sont pauvres de végétaux; elles ont peu de froment, d'orge et de mais; les céréales s'y montrent de qualité inférieure ; les plantes légumineuses sont gorgées de sucs aqueux, froides et moins nutritives; les rares vignobles qu'on y rencontre donnent un vin sans force et sans goût. Les terrains desséchés des maremmes toscanes, efilorescents de sel marin en été, se refusent à la végétation de la plupart des plantes qui réussissent dans des terrains sains, et lorsqu'ils s'étendent, la végétation des terrains conligus devient languissante et se détruit. « Les fruits que la contrée (du Phase) produit viennent tous mal, et sont de qualité imparfaite, sans saveur, à cause de l'abondance de l'eau qui les empêche de mûrir complètement, et qui, en outre, répand sur le pays des brumes con* tinuelles (1). « Dans la province de Bone, l'influence des émanations marécageuses se prononce dans la constitution des animaux comme dans celle de l'homme : les bœufe, les chevaux, tous les quadrupèdes sont grêles, maigres, chétifs; ils ont peu de vivaéité dans les mouvements, peu d'élasticité dans les allures. Les quadrupèdes de grande espèce dépérissent dans les contrées marécageuses; dix ans suffisent au renouvellement des races, dit Monfalcon (2J,

(i) Hippoertte, Œuvres, trad. par E. Littré {Des airsy des eaux et des lieux), Paris, 1840, t. II, p. SI.

(2) UonÊÊkoUt BiiUrire des marais^ ^. 113.

âO« DIS MODIFICATEURS. ^ eiEGVlfiSÀ.

ft fllte i'IbiUrdiiiwit dèi la première géoériliafti h bonrf, li ▼aohi^ k mpnUNi JiPgoitfeiii et it détériorent |iar le {ittungB des maivisi ieorohnr 4a!vleiit .iaiipidQ, equeuee, inoine uourrûieiite. Le poiemi mê^ii* leele ti^tim» dee éuags de U Bretie» y coatracte nn geftt de fese* et lii9«ià li ees- ^ 00 une ebftir meim savoureuse, moiiia digestible. Que deTiepi llMmaK

I, triste roi de ostte nature dégénérât G'eet ce que mw allies

§ e. — Be l'aettoB des iii»«ill«Atf«ra liter«logl^i«e«.

L — - Eaux plumaUê.

é de aéchereese mi d'humidité des dimats et des localitée dépend eo IMrtie de la quantité des eaui météoriques qu'ils reçoivent, et dn » après lequel elles leur sont départies; ces deoi conditions aoat elles- 3) subordonnées à la latitude, à la hauteur et à l'exposition deelieuL Par ir précipitation et par leur ordre de succession, les plaies diMièns entra eux, et serrent avec la température à caractériaar la • saisons. Soit qu'elles grossissent les fleuves et les oolleetiooed'fMi soit qu'elles s'în^trent dans le sol et déterminent sur une étenioe dos faste le régime des eaux courantes, elles influent oolelileaMnt iea pefs, et leur oemmuniquent ou leur ôtent ce que Tgo feint w HHitfMico pour l'espèce Imniaina Leur durée, leur int< ou iciur continuité impriment à Tatmosphère des qualités stables on pai qui modifient transimirement le jeu pliysiologique des organes, ou transforment l'ensemble de l'économie. Indépendamment de ces eiïets généraux, elles ont une action particulière suivant les saisons et les climats; les averses d*été répandent une fratcbeur agréable, et procurent aux individus surexcités par les chaleurs une sensation de détente, «ux individus énervés par les sueurs une diminution d'activité cutanée; les pluies froides de Tautomne portent rapidement l'atmosphère à son maximum d'hygrométrie et produisent tous les effets du froid humide. Les eaux pluviales rendent une activité funeste aux marais temporaires, qui, tour à tour secs cl mouillés, deviennent le siège d'une fermentation plus énergique; sous l'influence des chaleurs d'été, leur flaque centrale se rétrécit, s'amincit par évaporation, et laisse à nu une zone périphérique formée d'un opulent terreau, de détritus végéto-animaui, et recouverte le plus souvent d'une végétation vivace et spéciale où pullulent les innombrables espèces d'une faune épliémère. Ailleurs, les thalwegs, seuls indices du cours des ruisseaux desséchés, les lits d'anciens torrents, présentent des conditions plus ou moins analogues; d'immenses terrains recouverts d'une Uti^ végétale, brûlés par les chaleurs caniculaires, accumulent à leur surface les débris des plantes et d'animaux momifiés; la sécheresse torride de l'été arrête leur décomposition. Viennent des pluies alternées avec des jours de

rirriB] DES EAUX. ^ MER, ATMOSPSkRE MARITIME. A07

•oleil, et tons cet foyen à l'état d'attente, toutes cea surfaoes de dégagement miasmatique entrent en activité; on Toit alon, dans dea fégions qui seroUent exemptes de marais, l'apparition des fièvres coïncider avec les pluies cbaudeii Celles du printemps n'ont pas la même efficacité, les foyers étant encore noyés par suite des pluies d'hiver, et les bandes de terrains ambiantes n'étant pas encore pourvues du détritus fermentescible. C'est en automne que la putré< faction végéto-animale acquiert son maximum d'intensité, c'est alors que la terre fermente sous l'action des eaux pluviales, et que l'insalubrité se révèle dans les gorges des montagnes et jusque sur leurs rampes par la condensation nocturne des brouillards miasmatiques*

n. — Mer, atmosphère maritime.

Nous avons déjà indiqué llnfluence cUmatoIogiqne qui résulte de la position relative des continents et des mers. Kirwan a signalé le premier la dlffiferenoe de constitution atmosphérique entre les pays coupés de mer et de rivières, en rapport avec une grande masse pélagique libre de glaces, ouverts aux vents d'ouest, et les pays qui, dépourvus de golfes, de méditerranées, s*élar* gissent vers les pAles ou se prolongent au loin en une croûte solide. • Aprèi l'élévation partielle du sol au-dessus du niveau des mers, dit de HumboMt* la cause la pins puissante qui fait varier la température des lieux placés*sous une même latitude, est la proportion relative des masses continentales et des merst c'e<<t-à-dtre des parties de la surface du globe qui, fluides et diaphanes, ou solides et opaques, diffèrent également par leurs pouvoirs absorbants et émis* sifs, par la quantité de lumière qu'elles absorbent, par la quantité de chaleur qui résulte de cette absorption, comme par les pertes sensibles que le rayon* nement leur fait éproufer. T^s rapports d'étendue et de configuration entre les masses opaques continentales et des masses fluides océaniques déterminent le plus les inflexions des lignes isothermes, non-seulement en modifiant la température là oà elle se développe localement, mais aussi en influant sur les courants atmosphériques. « Quant aux modifications particulières que l'atmosphère maritime imprime à la santé des individus, il faut les étudier chez les marins qui exécutent des voyages de long cours, et qni passent la plus grande partie de leur vie à bord des navires ; mais d'autres causes croisent ici leur action avec celle de la mer, telles que l'habitation spéciale des marins dans les profondeurs méphitiques des vaisseaux, le régime, les travaux, les excès, les habitudes propres à leur état, influences variées et complexes dont nous examinerons ailleurs le résoltat ( Profession navale, tome TI). Néanmoins on peut répéter d'une manière générale, avec la plupart des médecins navigateurs, que l'atmosplière océanique est plus salubre que celle des continents et des rivages : « Docet experientia nautas melius se habere in mari quam in terra (1). »

(1) Rouppa» De morbis navigantium. Leyde, 176A.

tOS ntS MODIFICATEURS. — CIKCUMFDSA. [axata

Ea raison de la pression atmosphérique, nous absorbonR sur mer, par le même nombre d'inspirations, une plus grande quanltté d'oxygène que sur le haut des montagnes, car les quantités d'oxygène inspiré et d'acide carbonique exhalé par les poumons varient suivant la pression barométrique Itiche de lumière, ventilé presque incessamment par les brises, pur de toute espèce d'émanations délétères, moins chaud en été et moins froid en tiiver, l'air maritime doit peut-filre ii l'humidité saline qui imprègne ses couches inli^ rieures des propriétés particulières, jusqu'à présent mal appréciées; il ett certain qu'il agit favorablement sur les constitutions molles et lymphatiques, et préservativeraent contre quelques affections, fait qui ressort de leur fréauence relative h terre et sur mer, toutes autres conditions d'ailleurs égales. I médecin, s'il a vécu dans les ports de tncr et s'il a été souvent embarqué, été frappé de la rareté des maladies de poitrine parmi les gens de la Dutle a ode et militaire? La dysenterie fait peu de ravages â bord des navires d lerre qui visitent le Sénégal, les Antilles, etc. , tandis que cette cruelle noissonne dans ces contrées nos garnisons de terre. Des immunités I sont acquises par le seul fait de leur éloignemenl de la terre : a climat funeste sont permanents pour l'habitant sédentaire, |M)ur le marin; les foyers d'infection miasmatique qui résultent de atioii des hommes dans des villes mal construites et saos police es cflluves des cau>: stagnantes, les vapeurs qui s'élèveal sous I soleil tropical des campagnes sans culture et des savanes à demi

îs par les pluies, n'ont aucune prise sur la population nomade des vaîsseaui, ou ne l'atteignent qu'accidentellement par la propagation des venis. Dhw dob coloaies, en Morée, sur le littoral de rAlgérie, on a remarqoi le contraste que présentent, aux époques d'épidémie, l'état sanitaire des troupes qoî occupent les câteti ou l'intérieur des terres, et celui des matelots qui navignent i une certaine distance des rivages, ou qui sont au mouillage dans une nde spacieuse. Combien l'état sanitairedes équipages de notre flotte dans la mer Noire s'est montré différent de celui de l'armée devant Sébasiopol I La mortalité des équipages de nos sutious est très-inférieure, dans les pays chauds, il celle des garnisons permanentes ou même des indigènes. Le seul déplacemait de la terre sur un vaisseau a snffî pour amender, quelquefois pour guérir da états morbides qui s'a^ravaient progressivement dans leur marche; eus'éloignant du sot, on s'éloignait de lacause du mal; et dans beaucoup de circonstances, fuir est le seul remède. Frappé de ces avantages de l'atmosphère maritime, Lind a proposé d'établir à l'embouchure du Sénégal un navire destiné à recevoir les convalescents de Saint-Louis, et même les hommes valides; Tbéveoot, qni a pratiqué aux mêmes lieux (t), a renouvelé avec autorité ce salutaire conseil : il veut que, pendant l'hivernage, les militaires soient placés en

(1) TbéTeaol, Trailé det maladie* dri Kitropient ilnnt Iripaysehmidi. Ptrit, 1840,

ratÉB] DES £A€X. — M£R, ATMOSPHÈRE MARITIME. 40»

dehors de la barre, dans on grand navire disposé à cet effet, et qne lo service de la colonie soit conflé pendant cette saison aux noirs, qui sont alon peu sujets à la maladie.

Au rapport de Lind, un régiment débarqué k Pensacola y perdit 120 hommes et 12 oflBciers de la fièvre, tandis que les équipages des navires, qui se tenaient seulement à la distance d'un miMe, n'eurent pas un malade. Dans des climats différents, le séjour à la mer procure encore une semblable immunité : Blane assure que les navires mouillés à 6000 pieds de Walcheren durent à cette Êiible distance d'être épargnés par les fièvres qui ravageaient la garnison de cette ile. Pringle remarque aussi que, durant le règne des maladies parmi les troupes qui étaient dans la Zélaude, l'escadre de l'amiral Mitchel, mouillée à quelque distance du rivage, jouissait d'une parfaite santé. En 1853, à Varna, dorant le règne d'une épidémie meurtrière, j'ai vainement sollicité l'affectation de deux vaisseaux ou (régates au traitement de nos malades. Ce que je n'ai pu faire, les Anglais, informés de mon initiative, l'ont fait ensuite avec avantage. Un fait bien digne de remarque, c'est que l'épidémie la plus générale et la plus opiniâtre qui ait sévi sur l'armée d'Orient, le scorbut, ^'esi montrée d'abord sur nos vaisseaux et a frappé la majeure partie des équipages de la flotte (1) ; mais il a cédé assez promptement, tandis qu'une fois développé dans les camps, il s'y est enraciné.

Quand il s'agit de prescrire la navigation, le séjour du littoral de la mer à titre de prophylaxie, il faut s'attacher aux particularités des stations maritimes, aux conditions très-diverses d'installation des navires et [des itinéraires qui leur sont tracés dans les deux sens par rapport à l'équateur. Les mémoires publiés en 1856 par Jules Rochard (2), en 1859 par Fonssagrives, en 1863 par Le Roy de Méricourt, ont dissipé toute illusion sur le bénéfice que les phthisiqnes peuvent se promettre des voyages en mer vers les latitudes intertropicales, comme de leur retour dans les hautes latitudes nord; aux embouchures des fleuves, les vastes fermentations de détritus organique, portant au bin l'infection ; partout les variations de température, l'agitation de l'atmosphère maritime au large, celle qui règne è bord avec d'inévitables causes de malaise et d'incommodité. La question cliange, si l'on n'a en vue que de courtes traversées dans les meilleures conditions de comfort élégant et le choix d'une de ces résidences de littoral où tout a été prévu dans l'intérêt des valétudinaires. Le séjour des bords de la mer devient alors une puissante ressource de modifications organiques et de retrempe; bon nombre d'états cachectiques, de maladies chroniques, de chloro-anémies, de névroses par usure et avec appauvrissement du sang, de formes variées d'hypochondrie et de dyspepsie, y trouveront, avec le secours des distractions sociales et d'un régime approprié,

(1) Marroin, Histoire médicale de la flotte française dans la mer Noire. Paris, 1861.

(2) Jules Roehftfd, De Vinfluence de la navigation et des pays chauds sur la marche de la phthisie pulmonaire. Paris, 1856.

UO DES H0DIFICATE1!RS. — CmCL'HFUSA. [iT«til

plus de uulaKenient et d'impulsion curalive que dans le» moiioloncs limilo de la vie onliiinire et daa» l'industrie poly])luniiat|uu dt*» ctinsultants. Le succi^ est (luns le dioii des localiléii mariliim's : " Qu'y a-l-il de ctiiuniUD, Mil point de vLio de l'hygiène, entre cet air humide, froid, bruMieuk. lt<urmcuté |iar leii vents, qu'un respire «ur le» fiAv» d'Angleterre, et ratnHMphèn liède, limpide, Imnineuxe et calme qui baigne le rivage de la Ml^diterrané«, «l l'air embraDé, pestllentiul dts ttnes occidonlalet d'Afriqtie. ou des pti\SK» dt Madagascar (1)'/ "

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