‹ Traité d'hygiène publique et privée. v. 2Chapitre 7 sur 134 · DÉFINITION DE L'HYGIÈNE · texte numérisé non relu

DÉFINITION DE L'HYGIÈNE

Le mot hygiène dérive de ûytctvi}, xtyuia, santé^ dont la racine est ûyc^ç, saifL Dans son acception étymologique, ce mot désigne cette partie de la médecine qui fait coiuiaitre les conditions de la santé et les moyens de la conserver ; aussi l'hygiène est-elle généralement définie : l'art de conserver la santé. Four que cette définition fût juste, il faudrait la modifier en disant : l'art de conserver à chacun sa santé ; car la santé n'est point une généralité ; elle exprime une manière d'être qui varie suivant les sujets, et dans le même sujet, suivant une foule de circonstances qui agissent sur lui, sans que les oscillations fonctionnelles qui en résultent déterminent un eut de maladie. Pour l*hvgiéniste^ comme pour le clinicien, il n'y a que des individualités; dans l'art de maintenir la santé, comme dans l'art qui a pour objet de la rétablir, le problème en individuel Les types généraux auxquels s'élève la science sont le produit d'une opération de la raison, non le (ait de la nature ; l'hygiène permet lins doute, conune la pathologie dans une autre sphère d'observation, de

noter les similitudes, et de composer, par le rapprochement des phénomènes communs à plusieurs individus, des catégories de santé ; mais, quoique la nature procède avec une grande simplicité d*éléments, tel est le mystère de ses arrangements et de ses combinaisons, qu'elle donne naissance aux produits les plus variés. La chimie nous montre qu'avec soixante-douze parties de carbone provenant de la réduction de Tacide carbonique, les plantes peuvent former» en s*assimilant diverses portions d'eau, de la cellulose, de Tamidon, delà dextrine, du sucre de canne, du sucre de lait, du sucre de raisin (1). La diversité infinie des tempéraments et des constitutions correspond chez Thomme à cette variété de produits organiques que les plantes élaborent avec un radical, le carbone et de Teau. Un petit nombre de systèmes généraux, mêlés en proportion différente dans la trame de nos tissus, ou, si Ton aime mieux, les conditions primordiales de rinnervation et du sang engendrent les nuances de l'organisation humaine, nuances si multiples, parfois si tranchées, souvent si réfractaires à l'analyse du physiologiste ; non-seulement les différences individuelles éclatent dans l'ensemble, mais elles se prononcent encore dans les principaux appareils de l'économie, influencés dans leur jeu par des conditions dynamiques ou matérielles qu'il est rationnel de supposer, quand le scalpel ne réussit point à les démontrer : le pouls ne présente- 1- il pas dans la série des individus des caractères particuliers et en harmonie avec la santé de chacun ? Les digestions diffèrent autant que les physionomies ; quelque organe que l'on considère comparativement chez un grand nombre de personnes, on constate une foule de dissonances fonctionnelles. Les causes extérieures ne contribuent pas moins à diversifier le rhythmc physiologique des hommes que les conditions originaires de leur structure. Aussi, dans l'impossibilité de produire une formule absolue de la santé, nous aimons mieux dire de l'hygiène qu'elle détermine, pour l'homme physique, intellectuel et moral, la mesure et le genre d'activité nécessaires au maintien et au perfectionnement de sa santé ou seulement compatibles avec un état de santé relative. Comme science, l'hygiène a pour terme de ses recherches, d'une part l'organisme^ de Tautre les modificateurs tant externes qu'internes, tant psychiques que matériels, et pour résultat la vérification du rapport de ces deux termes entre eux, c'est-à-dire les lois de la réaction organique. Comme art, elle tend à régulariser cette réaction. D'où il suit que l'hygiène, stable dans ses principes, varie dans les applications; telle est aussi la médecine pratique qui, en présence d'états morbides de filiation identique, doit approprier la médication à chaque cas en particulier. Nous sentons tellement la nécessité d'adapter à chaque individualité les prescriptions de l'hygiène, que nous l'appellerions volontiers, à ce point de vue^ la clinique de l'homme sain. La clinique et l'hygiène sont tout entières dans l'observation ; l'une et l'autre échappent, par la multiplicité de leurs éléments, au cadre d'une exposition didactique. Celui qui a traité un grand nombre de

(1) Dumas, Essai de stafique chimique, Paris, i8d2, p. 56.

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malades et tenu compte^ dans ses appréciations synthétiques, de tons les faits qu'ils ont déroulés i ses yeux, de toutes les nuances différentielles qu'ils ont manifestées, soit dans la succession des phénomènes morbides, soit dans les effets des médications, celui-là peut aborder le lit de la souffrance avec l'espoir de la soulager on de la guérir. Celui qui a exploré avec sagacité les conditions dans lesquelles un grand nombre de personnes maintiennent et améliorent leur santé, noié la limite des ébranlements qu'elles peuvent subir sans dommage, étudié les antécédents qui pèsent sur l'avenir physiologique des familles, et la manière dont chacun de leurs membres se comporte sous l'atteinte des mêmes modificateurs, celui-là mérite de recevoir la mission de veiller à leur conservation. Il ne faut donc pas qu'un livre du genre de celui-ci promette aux lecteurs ce qu'ils ne doivent point chercher dans un livre, à savoir, le tact des individualités, aussi précieux pour l'hygiéniste que pour le praticien : l'exerdoe de l'art, l'examen des types infinis de l'organisation humaine, l'étude prolongée des mêmes individus, peuvent seuls le procurer. On le voit, l'hygiène privée offre plus d'une analogie, plus d'un rapport avec la médecine pratique» et si elle suppose la notion des qualités physiques et chimiques des modificateurs, elle exige bien plus encore une connaissance approfondie de l'organisme sain et malade. La maladie est l'épreuve des constitutions ; elle lait ressortir des différences individuelles qui sont restées latentes jusqu'alors ; elle exagère les idiosyncrasies ; elle classe en quelque sorte les organes et les viscères dans un ordre hiérarchique de dépendance par l'énergie relative des irradiations sympathiques qu'elle provoque en* eux. C'est dans la maladie que lliomme fournit la mesure de sa virtualité organique. Hippocrate avait compris combien les circonstances de la maladie peuvent éclairer en quelque sorte le mécanisme des santés individoelies, et réciproquement, combien les lumières fournies par l'observation de l'homme sain facilitent la solution du problème pathologique; les gradations d'un état à l'autre sont d'ailleurs si fugitives, qu'il est souvent impossible de déterminer où commence la médecine, où l'hygiène finit ; celle-ci exige donc» dans l'enseignement dont elle est l'objet, un parallèle constant entre deux termes opposés, dont l'un est la santé avec ses conditions et ses garanties, l'autre la maladie avec ses causes, ses effets et ses remèdes. L'hygiéniste doit être praticien, placé sur un théâtre clinique ; car l'histoire de la maladie éclaire celle de la santé; l'nnc et l'autre sont les deux revers de l'humaine médaille et l'expliquenf. On conclura encore de ce qui précède qu'un livre d'hygiène privée ne peut fournir, comme un traité clinique, qu'une somme d'indications : énumérer les agents qui ont prise sur l'organisme, spécifier leur nature et leur composition, les étudier au contact de DOS organes, caractériser la réaction que ceux-ci leur opposent, établir une mesure d'emploi pour chaque modificateur» voilà la série obligée de nos recherches. Avant de les entreprendre, nous devons insister sur un certain nombre de conditions individuelles subjectives, qui modifient l'influence des agents extérieun. Mais, en dehors de ees conditions, combien de variétés iodivi-

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dueUof se prodairont I Tonl de dm lectean, dins le cours de leur pratique, dont ib ne Cromreront pas le signalement en ces pages ! Telle est Tinsoffisance préme de notre ouvrage; telle est aussi l'insuffisance soufent éproufée des ourrages de médedoe pratique, d*où ne s'échappe que la clarté précaire d*une eipérience personnelle. Nous avons id, non à pressentir tous les cas hygiéniques qui peuvent s'offrir à l'observation des lecteurs, mais à leur mettre en main les moyens de les analyser et de les diriger.

L'hygiène publique, qui fait l'objet de la deuxième partie de ce livre, n'est que l'extension de l'hygiène individuelle ; elle n'en diffère que par l'échelle de ses applications : l'une parle à l'individu, l'autre s'adresse à la société. Mab cette dernière s'appuie sur la statistique médicale. Sdence née d'hier, comme la statistique médicale elle-même, elle a besoin de faits généraux, de chiffres authentiques, de données positives, qui, rapprochés, groupés, fécondés par l'intelligence, conduisent à la découverte des lois régulatrices de la société. L'hygiène privée s'enferme dans l'organisme, interroge chacune de ses parties placées sous l'atteinte des nuxlificateurs; l'hygiène sociale embrasse upe dasse d'hommes, une population, une nation, l'humanité entière. Elle ne s'accommode point des approximations, dont l'autre est souvent réduite à se contenter; en étudiant toutes les influences matérielles^ intdlectuelles ou morales qui travaillent le corps social, elle se propose de les diriger, nonseulement dans l'intérêt de la conservation commune , noais encore à cette fin d'améliorer notre espèce dans toutes ses conditions d'existence. Elle est loin, sans doute^ de posséder les matériaux nécessaires pour résoudre toutes les questions qui entrent dans son domaine ; mais la statistique a fonctionné entre dès mains actives et ingénieuses; des documents nombreux gisent épars dans les collections ou dans les ouvrages peu lus par la majorité des médecins ; des solutions de la plus hante imporunce ont été données, lesquelles ne seront plus démenties par les recherches ultérieures : le moment est donc opportun pour assembler et coordonner ces résultats, pour esquisser avec concision un plan d'hygiène sociale.

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