X. LÉVT. Hygiène, 5« torr. I
Cependant les connaissances médicales, qai sont avec la physique et la chimie l*indispen$able appui de l*hygiène, tendent anssi à une exactitude de plus en plus grande, ià du moins où Texactiiude est possible. Les belles expériences de Har?ey sur la circulation du sang (1619), la découverte des vaisseaux lactés par Asellius, les recherches de Rudbeck et de Bartholin sur les diverses portions du système lymphatique, recherches couronnées longtemps après par celles de Hewson, de Hunter, de Mascagni; les notions anatomiques perfectionnées par Malpighi, Ferrein, Winslow, Gowper, Yalsalva, Scarpa, etc. ; Tanatomie pathologique instituée par Morgagni ; les résultats de la pratique féconde des grands observateurs, tels que Sydenham, Boerhaave, Yan Swieten, Mead, Hoffmann, Torti, Baglivi, de Haen, StoU, etc. ; la physiologie éclairée par les vivisections et par Tanalomie comparée : telles sont, avec tant d*autres travaux dont Ténumération serait longue, les acquisitions de la médecine jusque vers le déclin du xyiil** siècle; elles se réfléchissent sur Thygiène, ainsi que les progrès des sciences physiques et chimiques. Dès Le commencement du XVIII" siècle, on s'efforce de trouver les causes de Taltération de l'air et les moyens d'y remédier (Boyle, Haies, Sutton). Locke écrit sur l'éducation physique ; Winslow démontre le danger des corps baleinés dans l'habillemenl des femmes; Tissot vulgarise les préceptes de l'hygiène (1). Nous ne pouvons que mentionner les expériences de Duhamel et de Tillet, celles de Fordyce et de Blagden sur les variations de la température humaine ; les écrits de Vicq d'Azyr sur le méphitisme et de Thouret sur les inhumations ; les commentaires de Lorry sur la statique de Sanctorius, son traité célèbre des aliments, celui de Zuckert (2) ; Le traité des maladies des artisans par Ramazzini (3), ouvrage dont la seule idée honore le xvil" siècle. Le xviir inscrit encore avec orgueil les noms de Pringle, de Lind, d'Hillary, de Poissonnier, de Goock, de Parmentier, de Jean-Pierre Frank (6), de Michaelis (5). Halle éublit par ses travaux un lien de continuité entre le xvin* et le xix* siècle ; en soumettant à une révision sévère cin certain nombre de questions fondamentales, telles que les tempéraments, les climats, etc., il a fait pour l'hygiène générale ce que Parent-Duchâtelet a tenté de nos jours pour l'hygiène publique, à laquelle ce dernier a fait, de plus, avec succès une large application de la statis* tique.
Accumuler des noms d*auteurs et d'ouvrages, ce n*est point tracer l'histoire d*une science, et pourtant, vu les limites de cette esquisse, comme à cause des
(1) Tissot, Avis au peuple. — De la santé des gens de lettres, nouvelle édition. Paris, 1826^ etc.
(2) Zuckert, Allgemeine Abhandlung von den Nahrungsmitteln, Berlin^ 1775.
(3) Traité des maladies des artisans^ d'après Ramazzini, par Ph. Pâtissier; Paris, 182d, in-8.
(d) J. P. Frank, System einer voUstândigen mediziniachm Polixei» Manheim, 1779- 1817, 6 vol. in-8. — De tuenda republica per medicorum consiUn, 1745. (5) Micliaelis, De principum raiione in eonservanda êîMitorum ianitate^ 1760.
DÉFINITION DE L'HTGIÊNE. 35
matériaux immenses que ces dernières cinquante années ont apportés à l'hygiène, notre rôle se bornerait forcément à les énumérer. Hâtons-nous d*arriver à Tépoque qui a précédé la publication de la 1*^ édition de ce traité; elle se résume en trois ouvrages qui ont été successivement classiques : ceux de Tourtelle, Rostao et Londe. Le premier, où des chapitres sont consacrés aux forces f iCales et au principe vital, est à Thygiène ce que la Nosographie philosophique de Pinel est à la médecine. Le livre de Rostan représente l'organicisme appliqué â rhygiène; composé pendant la période guerroyante de l'école physiologique, il se ressent naturellement de l'esprit de lutte el d'agression, sans exclure la foi au magnétisme animal. Londe, le dernier venu en cette carrière, y apporte un jugement sobre et droit ; mais son livre n'accuse pas moins la tendance dogmatique de ses études. Gall et Spurzheim dominent dans le premier volume, sous l'enseigne d'hygiène de l'encéphale; et la dichotomie de Broussais est le point de vue qui préside à l'appréciation des modificateurs externes.
Il n'est qu'un moyen de soustraire l'hygiène à toute influence sj'stématique : c*est de la circonscrire dans la limite rigoureuse des faits et de laisser aux faits leurs liaisons naturelles. Établir les conditions qui font varier la puissance réac- Cionnelle de l'organisme, déterminer la nature et les effets des modificateurs ; déduire ensuite, de cette double notion, les règles conservatrices de l'individu el des hommes réunis en société, tel est le plan que nous essayerons de remplir sous les seuls auspices de l'expérience et de l'observation.