LIVRE QUATRIÈME
l’homme
nistration des sacrements , le combat suprême , la sortie de U âme, qui se voient habituellement dans les livres d’heures gothiques.
Le prêtre apporte le saint viatique au moribond et le communie ; puis il lui confère l’extrême-onction. La famille attristée se presse autour de son lit.
Le démon qui convoite l'âme fait tous ses efforts pour la ravir, mais, d’autre part, l’ange gardien veille sur elle. La situation critique est exprimée par des sentences. Le mourant dit alors : Brevi vivens tempore.
L’âme sort par la bouche et est emportée, suivant qu’elle a mérité ou démérité, par un ange ou un démon.
3. — ■ La Mort est personnifiée dans l'Apocalypse ; elle tue par le glaive, la faim et la mort: « Et ecce equus pallidus et qui sedebat super eum nomen illi Mors et infernus sequebatur eum et data est illi potestas super quatuor partes terræ, interficere gladio, famé et morte » (vi, 8). Dans les livres d’heures gothiques, un ange apparaît à David, qui dit : Ego qui peccavi et lui donne à choisir entre trois fléaux : la peste, figurée par des verges ; la guerre , par un glaive et la famine par un crâne.
David par Gad si fut admonesté Eslire guerre, famine ou pestilence.
Peste il esleut, dont pour la vérité LXX mille moururent pour l’offence.
4. — A partir du xve siècle, la mort est représentée par un cadavre en décomposition ou un squelette décharné, à peine drapé dans un linceul et qui a pour attributs des instruments meurtriers, faucille, faux , flèche ou dard , comme disent les inscriptions, glaive , poignard; ses yeux sont parfois bandés , pour témoigner qu’elle frappe au hasard ; ses armoiries consistent en une tête de mort ; elle a des ailes , car elle est rapide, ailes de chauve-souris , qui rappellent la nuit du tombeau ; elle prend par la main un vieillard à qui elle montre le ciel et qu’elle arrache à l’enfer; elle renverse
une torche qui va s’éteindre, image de la vie qui finit. Dans les loges de Pie IV, elle est personnifiée par un jeune homme , pour montrer sa vigueur.
5. — La Mort frappe tout le monde, ce qui a été rendu d’une manière sensible par une série de scènes dont je vais donner un spécimen d’après les Heures à Vmaige de Sens , imprimées par Simon Yostre en 1512.
Caïn assomme avec une massue Abel que la mort perce de son dard :
Cayn, comme mal entendu,
Frappa Abel par inconstance :
Le sang du lus te respandu Cria très hault à Dieu vengeance.
La mort, son dard sur l’épaule, prend un cardinal par le bord de sa chape et l’entraîne :
Saiges, princes, jeunes et vieulx De ruer ius (j’eus) treuvé moyens,
En toutes places et tous lieux,
Par divers inconvéniens.
La mort, montée sur un bœuf, attaque un jouvenceau :
Bonté, vertu, sens et vaillance,
Adnicliillé du tout en tout :
Riches abis, pompe, puissance, le consomme et en viens à bout.
La mort arrache de son coffre-fort l’avare qui tient sa bourse en main :
Aux Jeunes gens l’assault ie livre :
Quant s’endorment en leurs biens Et qu’ils cuident longuement vivre, Par moy sont pris et despecliez.
livreJquatrième.
l’homme
La mort aide à tuer un vaincu qu’un guerrier poignarde :
Enbatailles, guerres, alermes,
Altercations et combatz,
Destruitz les plus puissans gendarmes Et metz à fin tous leurs débatz.
La mort, un paquet de verges à la main, renverse hommes et femmes sur son passage :
Quant le peuple se détermine Pécher ou son maistre et seigneur,
Je les aboliz par famine,
Ainsy qu’il plaist au créateur.
La mort fauche le genre humain :
Les corps remplis de vilité,
Occiz par divine sentence,
C’est soubdaine mortalité
Que plusieurs nomment pestilence.
La mort présente la mortalité, armée de verges ; la famine décharnée, qui se sert de la faux et la guerre bardée de fer, combattant avec la hallebarde et le glaive :
Les cueurs des humains tiens en serre Par ces trois que voyez icy :
Mortalité, famine, guerre,
Qui mettent plusieurs en souci.
La mort renverse à terre et transperce une jeune femme qui crie merci :
Malladie souvent combat
Les povres mondains et assomme.
Nature contre elle débat,
Par qoy peult reschapper maint homme.
La mort frappe au cœur un maçon, tombé du haut de son chantier dans les fossés du château qu’il construit :
Par accident sont succombez Plusieurs en estancz et rivières ;
Les aultres, de liault lieu tumbez,
Sont mors en diverses manières.
La mort se fait l’aide d’un brigand :
Larrons, pillars, meurtriers,
Meschans, guettant les chemins et les bois,
Tuent pèlerins, bourgois, marchans,
Par accident souvente fois.
La mort se retire, contente de son triomphe sur un pendu que le bourreau détache de la potence :
Telz meurtriers, larrons par sentences Diffinitives criminelles ;
Meurent à gibetz et potences:
Là sont pugnis de leurs cautelles.
Un homme décapite un condamné, la mort vient à son aide :
Crime de lèze maiesté Commettent aucuns par fallace,
Dont on voit maint décapité En marche ou publicque place..
L’empereur est atteint par le dard de la mort, malgré sa fuite rapide :
Empereurs, princes ou seigneurs N’épargne, soit droit ou soit tort ;
Tant soient plains de mondains honneurs, le fais dessus eux mon effort.
Duel entre la mort et un chevalier:
Je suis si cruelle et diverse
Que, quant il me plaist, tout soudain