LIVRE QUATRIÈME. — L’HOMME
Force, beaulté, à bas renverse :
Contre moy on débat en vain.
La mort écarte les rideaux d'un lit où dort une femme et la frappe au cœur :
Regardes plaisans faces ioyeuses Des créatures féminines :
Fais devenir laides, hideuses,
Quant leur baille mes disciplines.
La mort ferme la bouche à l’avare qui veut crier :
Des hommes i’ay déconfis maint,
Aimans biens terriens, finance ;
Lesquels, quant tumbent en mes mains,
Ils perdent de Dieu congnoissance.
La mort tue un enfant au berceau :
A a a, mourir il me fault :
Et n’ay sait que yssue et entrée,
Car sur moy mort donne l’assault De son dard qui point ne m’agrée.
La mort emmène par la main un bourgeois :
Aucuns édifices font faire Qui cuident ne mourir iarnais,
Mais souvent, ains que les parfaire,
Leur baille mortel entremetz.
La mort vient troubler le repas de deux époux :
Las ie cuidois bien estre fort,
En nourissant ma charnallité ;
Auiourduy vif et demain mort,
En ce monde c’est vérité.
La mort accorde, en les brisant, les cordes de la viole d’un ménestrel :
Mes ménestrelz par acordance Souvent chancons ce n’est pas fainte :
Tous les humains à ceste dance,
Sont subietz dancer par contrainte.
La mort tâche de raisonner un bon ermite qu’elle entraîne :
Sur les bons frape à tous propos,
Par le vouloir de Dieu les meine En éternel lieu de repos,
Mauvais conduys en lieu de peine.
Résurrection des morts, sous les yeux de Dieu, de la bouche duquel sort à droite un lis et un glaive à gauche:
Après ceste dance mortelle Que l’homme de vie déshérite Dieu donna sentence éternelle A chascun selon son mérite.
Un homme déroule un phylactère :
Homme mondain regarde et voy En ton cueur ceste pourtraicture :
Mourir convient, velà la loy Que Dieu a baillé à nature.
Le but de la représentation d’un cadavre en décomposition est désigné par cette inscription métrique, gravée sur un tombeau de la cathédrale de Moulins, qui date de 1557 :
Olim formoso fueram qui corpore, putri Nunc sum : tu simili corpore, lector, eris.
7. — La mort atteignant tous leshommes indistinctement, la fin du moyen âge a pensé qu’il fallait réagir contre elle, ce qui a donné lieu au triomphe de la renommée , laquelle survit à ses ravages. Mais il y a eu aussi, au xvie siècle, la revanche contre la mort : sur un coffre du musée d’Angers, debout avec un dard pour frapper et une pelle pour enterrer, elle est le point de mire des trois