LIVRE PREMIER. — NOTIONS GÉNÉRALES
7. — La couleur vraie du nimbe est Y or ou le jaune , parce que tous les deux rendent mieux l’idée d'une lumière brillante : alors, le contour est rouge. Mais cette règle n’est pas absolue et le moyen âge a souvent employé le blanc , couleur d’innocence et de chasteté ; le bleu , couleur céleste ; le rouge , emblème du martyre et de la charité ; le vert, symbole d’espérance; le violet, qui exprime l’humilité et la pénitence. 11 a même imaginé pour Judas le nimbe noir , en signe de deuil et de déchéance.
Le nimbe crucifère, dans sa forme normale, offre une croix rouge sur champ d’or ou une croix d’or sur champ rouge, parce que le rouge équivaut à la pourpre royale et, pour le Christ, rappelle le sang versé sur l’instrument du salut, Mais cette croix est d’or quand elle est seule et sans nimbe, réduite à trois rayons pour chaque branche ou à trois fleurs de lis, emblème de royauté.
8. — - Le nimbe rond se donne aux anges, aux saints, aux symboles et aux vertus ; parfois, on en gratifie les ancêtres du Christ, les patriarches et les prophètes : une variante est le nimbe dont la circonférence rayonne.
Le nimbe crucifère est propre aux trois personnes divines. Une de ses variétés est le nimbe en losange, préféré des Italiens du xvic siècle. Exceptionnellement, il entoure la main du Père et, sur une gravure du musée de Nuremberg, qui date de 1440 environ, les pieds et les mains percés, pour honorer la Passion.
Le nimbe triangulaire a été emprunté par Raphaël aux Grecs qui en parent la Trinité, tandis que lui l’a réservé au Père éternel.
Le nimbe en étoiles est spécial à la Vierge : « Et in capite ejus corona stellarum duodecim » (Apoc.,x n, 1.).
Le nimbe hexagone est affecté, en Italie, pendant les xveetxvi° siècles, aux vertus, aux mages (panneau du xvc s. au musée du Mans) età deux personnages de la crucifixion : Longin etle Centurion.
Le nimbe carré indique un vivant, suivant la règle posée par Jean Diacre, dans la Vie du pape S. Grégoire-le-Grand (Lib. IV,
cap. 88) : « Girca verticem vero tabulæ similitudinem, quod viventis insigne est, præferens, non coronam».
9. — Le moyen âge appela le nimbe indifféremment couronne on diadème . Rond, avec ses dérivés en coiffure et en perspective, il signifie une gloire sans fin, rendue dans le bréviaire par ce verset : « Gloria et honore coronasti eum, Domine. » La gloire est encore mieux accusée par les gemmes : « Posuisti, Domine, super caputejus coronam de lapide pretioso », dit aussi la liturgie romaine.
Le nimbe crucifère ajoute la croix, qui est un des symboles de la Trinité, comme le triangle. Une de ses formes est le losange, parce que ses quatre pointes dessinent une croix.
Le rayonnement a été réservé par le Saint-Siège, à une époque récente, aux bienheureux, pour les distinguer des saints, parce que leur gloire n'est pas encore complète ; or, le complément consiste précisément dans un contour délimité et non vague.
La découpure en pans indique un état intermédiaire et inférieur : six, en effet, n’est pas un nombre complet.
Enfin, le carré par ses quatre angles exprime les quatre vertus cardinales, fondement d’une vie aspirant à la perfection, ainsi que l’enseigne Guillaume Durant, évêque de Mende au xmc siècle : « Cum vero aliquis prælatus aut sanctus vivens depingitur, non in forma scuti rotundi sed quadrati corona ipsa depingitur, ut quatuor eardinalibus virtutibus vigere monslretur » ( Ration . div . offiC ., lib. I, cap. 13).
10. — Le nimbe nous vient, sous sa forme circulaire, directe-, ment des païens quijen ont gratifié les dieux et les rois. Sur les bas-reliefs de l’arc de Constantin à Rome, empruntés à l’arc de Trajan, cet empereur est quatre fois nimbé : chassant un sanglier, vainqueur d’un lion, offrant un sacrifice, invoquant Jupiter.
Ne pourrait-on pas en constater une manifestation dès l’âge apostolique? En effet, Saint Jean, dans l’Apocalypse (X, i), voit un ange qui a l’arc-en ciel sur la tête: « Et vidi alium angelum