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LIVRE PREMIER. — NOTIONS GÉNÉRALES

jours eu soin de sauvegarder les lois de la pudeur, soit par un geste, soit par un feuillage ou un linge enroulé autour des reins. Ges faits sont rares et exceptionnels : citons Adam et Eve dans le paradis terrestre, les prophètes Jonas et Daniel, le crucifix, la résurrection des corps.

On peut la classifier ainsi : Nudité historique , qui se manifeste dans Adam et Eve, Noé ivre, le Christ au baptême et à la crucifixion ; nudité symbolique , comme Daniel dans la fosse aux lions et le prophète Jonas, en vue de la résurrection; nudité naturelle , pour des personnifications à X antique, tels que les fleuves, la terre, etc, ; nudit & païenne, représentation d’une idole.

3. — - La nudité, en dehors de ces quelques exceptions, signifie la damnation et la misère. Les démons et les damnés sont nus, pour ajouter la honte à la réprobation. Les pauvres sont à peu près nus et la lèpre est indiquée par des taches sur la peau (vitr. de la cath . de Poitiers , xiu°s.)

À Vézelay, xne siècle, une femme nue est au pouvoir du démon et, en regard, une femme habillée se tient sur ses gardes.

4. — L’âme est nue complètement, mais sans sexe, pour attester que l’état du mariage qui n’existe plus n’appartient qu’à la vie terrestre : « Cum enim a mortuis resurrexerint, neque nubent neque nubentur, sed sunt sicut angeli in cœlis » ( S . Marc., xii, 25). L’âme, qui est pur esprit, reprend donc la nature angélique, autant qu’il est possible de l’exprimer par une forme conventionnelle.

5. — Le moyen âge ne s’est pas gêné, dans ses miniatures et sculptures, d’aller jusqu’à l’obscénité. Faut-il y attacher un sens symbolique? Quelques archéologues le prétendent, mais leur opinion n’est pas très sûre. Serait-il mieux de croire les artistes naïfs à l’égal des spectateurs? Je n’oserais l’affirmer. La pensée n’est pas toujours suffisamment évidente. Le vice est montré dans sa réalité, mais est-ce constamment pour en détourner ? La licence a eu une grande part dans l’art. Or quatre scènes se reproduisent assez fréquemment : l'indécence absolue de l’homme et de la

femme, attirant l’attention sur les parties sexuelles, la séduction, l’accouplement et l’accouchement.

6. — Le xvc siècle a commencé à déshabiller l’Enfant Jésus, et à étaler le sein de la Vierge dans l’allaitement. La Renaissance naturaliste a érigé le nu en système : elle a fait des anges nus, elle a mis des femmes nues partout, elle a rendu les vertus indécentes et, en mille détails de l’ornementation, a copié l’antiquité dans ses poses éhontées et ses attitudes provocantes. Une des statues du tombeau de Paul 111, à Saint Pierre de Rome, chef-d’œuvre de Guillaume délia Porta, a beau être vêtue d’une chemise de fer blanc, mise après coup, le geste n’en reste pas moins lascif comme la pose et le regard.

Il y a dans cette iconographie un désordre réel. Dès lors, on préfère les sujets scabreux, uniquement parce qu’ils prêtent à des études anatomiques : la tentation de nos premiers parents, l’histoire de Loth etde ses filles, la rencontre de David et de Bethsabée, Suzanne au bain, la circoncision, Sainte Madeleine pénitente, les martyres de Sainte Agathe et de Saint Sébastien, la tentation de Saint Antoine etc.

7. — La nudité des pieds a été érigée en principe pour attester la divinité ou une mission remplie dans le monde. Elle est exclusivement réservée à la Trinité, aux anges et aux apôtres ; ce n’est que par exception qu’on la voit attribuée aux prophètes. La Vierge elle-même a les pieds chaussés.

La nudité est complète sur les monuments français; en Grèce, la plante des pieds est protégée par une sandale, admise aussi généralement par les Italiens.

8. — Types iconographiques . Fig. 50 : Pieds nus, le Christ enfant, émail du xin° s. — Fig. 51 : Pieds chaussés, la Vierge, même émail. — Fig. 52 : Pieds sandalés, Isaïe, miniature grecque du Xe s.

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