‹ Traité d'iconographie chrétienneChapitre 62 sur 285 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

l’histoire

1. — U histoire est la science dupasse. Or le passé se lit à la fois dans les textes et les monuments. Le livre forme la base de la représentation et l’iconographie éclaire le document écrit.

2. — Le moyen âge a mis en œuvre l’histoire sacrée (Bible, légende, hagiographie, histoire de l'Eglise), l’histoire profane , l’histoire littéraire (fables d’Esope et de Phèdre, loup écolier, lai d’Aristote), c’est-à-dire qu’il a pris de tous côtés,, souvent sans trop de discernement et de critique, préférant la légende à l’iiistoire vraie et authentique.

3. — 11 n’a pas connu non plus l’archéologie, qui n’était pas encore née. Toutes les formes sont donc ou conventionnelles ou contemporaines de l’artiste, qui n’a ni su ni pu remonter au delà de son époque. En conséquence, la scène se passe, quelle que soit la date de l’événement, absolument comme s’il l’avait vue en action de ses propres yeux. Il en résulte parfois des anomalies vraiment grotesques : ainsi dans une Histoire de Troie, traduite de Guido delle Colonne, un évêque marie Jupiter et Junon et, accompagné de prêtres et de moines, préside aux funérailles d’Hector. Le xvie siècle a commencé l’étude du passé, de façon à se l’assimiler, mais sans toutefois atteindre la perfection du genre, très négligé ou du moins fait d’à peu près dans les siècles suivants. L’iconographie n’a donc de valeur réelle que pourle temps où elle retrace ce dont elle fut témoin. Dans ces conditions, on peut se rapporter à ce qui est figuré de Saint Louis au xme siècle.

4. — L'iconographie, malgré ce défaut capital, n’a pas moins le mérite essentiel de nous renseigner sur le passé d’une façon très complète, quand on ne lui demande que ce qu’elle peut donner. Prenons pour exemple la scène de l’Annonciation, si fréquente dans les livres d’heures gothiques. Le style général est alors celui de la fin du xve siècle et des débuts du xvie, très peu modifié par les nécessités du surnaturel. La Vierge est vêtue comme les dames de l’époque, cheveux flottants; fange a l’aube avec l’étole croisée, parfois la dalmatique ou la chape ; l’intérieur est une chambre à poutrelles apparentes, cheminée, dressoir chargé de vaisselle, lit à pavillon, carrelage émaillé, croisée à meneaux, prie-dieu à livre ouvert, etc. Ces détails d’aménagements sont très curieux pour renseigner sur l’époque.

5. — Au Vatican, le xvie siècle a personnifié l’Histoire, qu’il nomme Rerum gestarum descriptio , dans un homme barbu et âgé , car, pour consigner ce qu’il écrit, il faut l’expérience que donnent les années.

Une des formes de l’histoire est la Renommée , « fama », que les mêmes fresques lui associent. Elle a pour attributs des ailes , pour voler au loin; une ou deux trompettes , pour retentir dans l’air; un phylactère, qui contient les exploits qu’elle célèbre ; cette devise Mobilitate viget , qui montre qu’il ne faut pas trop s’y fier à cause de sa mobilité ; le rameau d'olivier , parce qu’elle porte des fruits salutaires.

6. — L’histoire est explicitement mentionnée dans les épitaphes. Je ne citerai que celle du Père Sirmond, jésuite, morten 1651, qui se termine par ce vers :

Æterna æternum vivit in Historia.

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