LIVRE CINQUIÈMB. — LBS VERTUS ET LES VICES
il n'y a là que six œuvres : depuis le xiii*^ siècle, une septième a été ajoutée, qui est la sépulture des morts.
Un vers latin résume ces sept œuvres, qui correspondent à sept états différents : visiter les malades, abreuver ceux qui ont soif, nourrir les affamés, racheter les captifs, vêtir les nus, accueillir ceux qui n'ont pas d'abri, ensevelir les morts :
Visito, polo, cibo, redirao, tego, coUigo, condo.
3. — Le font baptismal de Hildesheim, qui est en bronze et de la première moitié du xui* siècle, représente sur son couvercle la Miséricorde, Misericordia, assise en reine sur un trône, couronnée et nimbée, les pieds chaussés, qui verse à boire, donne un pain et un vêtement, accueille un pèlerin, console un captif et assiste un malade. La légende explicative dit que de la sorte ou obtient le pardon de ses fautes :
Dat veniam sceleri per opes inopem misereri.
4. — Dans la Tour de la sagesse^ Tune des deux assises qui s'alignent sous la pierre angulaire delà Miséricorde, se compose d'une rangée de sept pierres portant chacune Tinscription qui lui convient : « Vesti nudos. — Ciba famelicos. — Pola silibundos. — Suscipe peregrinos. — Solare captives. — Visita œgrotos. — Sepeli defunctos. »
Sur la châsse de Saint Servais, à Maëstricht (xii^ s.) un juste, debout, entouré d'hommes et de femmes, développe un phylactère où est écrit pour chaque œuvre un texte différent : Domine, quando te vidimus esurienlem etpavimus le. Domine, quando te vidimus hospitem et collegimm le, etc.
5. — Le plus ordinairement, au lieu d'une personnification ou d'un symbole, on rencontre la mise en scène de l'œuvre, à l'aide de deux personnes, dont Tune donne et l'autre reçoiL Au baptistère de Parme, les six œuvres sont interprétées chacune par un vers :
552 TRAITÉ d'iconographie
Est hic nudatus, quem vult vestire beatus.
Non spernens lapsum, venit hic ad carcere clausum. Hic qnod qnesierat sitienti pocula prestat.
Escam larga manus hec porrigit esurienti.
Gum multa cura lavât hic egro sua crura.
.... pium peregrinis hostia pandas.
La plus belle représentation des sept œuvres est celle, en faïence, de délia Robbià (1525 j, qui décore la façade de T hôpital de Pistoie: il en existe un moulage colorié àTEcole des Beaux-Arts de Paris.
6. — Les Byzantins ont symbolisé les oeuvres de miséricorde corporelle dans sainte Charité et ses sept filles, vierges et martyres.
7. — A consulter sur ce sujet l'article deDidron : Les œuvres de miséricorde^ dans les Annales archéologiques ^ t. XXI.
8. — Les œuvres de miséricorde spirituelle se résument dans quatre vers : corriger les pécheurs, instruire les ignorants, conseiller ceux qui en ont besoin, prier pour ceux qui souffrent, conforter les tristes, supporter avec patience, pardonner les oRenses:
Septem opéra misericordiw spiritualia.
Corrige peccantes, ac instrue pauca scientes ; Gonsule non doctis, exora pro Iribulatis :
Conforta raœstos, porta patiens onerosos, Offensas sponte lœdenti corde remitte.
Les Heures gothiques de Gilles Hardouyn, en 1509, les désignent en ces termes :
« Les sept œuvres de miséricorde spirituelles. Les ignorans enseigner, les défaillans corriger, les errans addresser, lesmaulx d'autruy celer, les meurs supporter, les tentez consoler, pour les pécheurs prier. »
Elles figurent rarement dans l'iconographie, cependant elles ont été sculptées en 1570 sur la cuve de la chaire de la cathédrale de Trêves.