LES SAISONS
1. — Les saisons sont une des évolutions du Temps. Elles partagent Tannée en quatre parties égales, que TEglise a nommées les Quatre Temps.
2. — Leur iconographie n'a pas substantiellement varié. Elle est de deux sortes, naturelle ou personnifiée.
L'on emprunte à la nature ses produits : feuilles vertes pour Vhiver, fleurs pour le printemps, épis pour Fêté, fruits pour V automne. C'est sous cette forme qu'on la voit encadrant les mosaïques des absides de Rome ou faisant une auréole autour du Christ, dont la liturgie dit avec Saint Ambroise :
Rector potens, verax Deus, Qui temperas rerum vices.
3. — La personnification est indifféremment homme ou femme. Elle se complète par des attributs très variés.
L'Hiver a des ailes chez les Byzantins (mosaïque de Sour, vi» siècle), un capuchon et un manteau^ pour se couvrir la tête et le corps ; du feu, parce qu'il fait froid ; un vase plein d'eau, car il est essentiellement pluvieux; un lièvi'eoxxMXiÇi oi>, parce qu'il chasse; un arbre dépouillé; une pioche, pour travailler la terre.
Le Printemps se distingue par des fleurs^ en bouquet ou en couronne.
L'Été se couvre la tète d'un chapeau, pour se préserver des ardeurs du soleil et tient une faux^ parce qu'il coupe l'herbe des prés et des épis qu'il fait mûrir.
L'Automne étant Tépoque de la chasse et de la cueillette des fruits, on l'entoure ^animaux sauvages, de raisins, d'olives, de /n/iY5 divers dans des corbeilles ou des cornes (f abondance.
Sur le calendrier d'André Pleninger (1603), l'hiver se nomme -^o/w^, lePrintemps Vénus,YKlé Céres et l'Automne Bacchus.
4. — Les saisons symbolisent les quatre âges de la vie. L'Hiver représente l'engourdissement de r^/î/awc^, le Printemps le développement de V adolescence, l'Eté la maturité de l'homme et l'Automne sa vieillesse. C'est pourquoi les sarcophages de Rome offrent souvent ce motif iconographique, parfois, comme à Saint-Laurent hors les murs, réduit à l'Automne seul, car, au moment suprême, il n'est plus tenu compte au défunt que de ses bonnes œuvres, « Facite fructus dignos, » (S. Luc, m, 8), « Fructus vester maneat. » (S. Joan., xv, 16).
Les saisons sont aussi le symbole du teînps écoulé, parce qu'elles se succèdent et de la rése/rr^c/2on, parce qu'elles reviennent périodiquement.
5. — Je donne ici comme spécimen des saisons une fresque du cimetière de Prétextât à Rome (iiimv* siècle) et une miniature d'un manuscrit grec du Vatican {xi« siècle). Dans la fresque, les symboles se lisent de bas en haut : roses fleuries au printemps, épis mûrs à l'été, vigne chargée de raisins en automne, rinceaux verts en hiver. On remarquera les nichées d'oiseaux dans les trois premières saisons, pour exprimer la vie qui se transforme de l'enfance à la vieillesse ; l'hiver seul en est privé, parce qu'il devient l'enblème de la stérilité et de la mort.
La miniature montre le globe terrestre, mis en mouvement par le jour, qui est blanc et la nuit qui est noire, tous les deux hommes nus. L'intérieur du globe est partagé en quatre compartiments égaux, rendant par la physionomie et la taille les quatre âges de • l'homme. Le printemps tient des fleurs, l'été jette le grain au vent
i06 TRAITÉ d'iconographie
pour le débarrasser de la balle, Tautomnefait la vendange et l'hiver, enveloppé et vieux, se chauffe à un brasier.
6. — Une pièce d'orfèvrerie du trésor de la cathédrale de Chartres, signée Rich Wart m^/i?(citj, et ayant la forme d'un « cor de chasse », qualifiait chaque saison par un vers qui a la facture du XII' siècle :
Tempus hibcrnum videas, en decoquit aurum.
Âsfc Ter succedit, terrœ spirale reducit. Hic, iectoFi videas quid fervens annus et œstas. Hic automnus adest, propinans dona Liei.
Or chaque vers était expliqué par un petit sujet: l'hiver, « un vieillard près du feu» ; le printemps, « un homme parmi les plantes et les feuiltées, id est spem » ; l'été, un homme assis dans une chaise, se reposant au frais et sous des fouillées » ; l'automne, < un homme parmi des vignes, cueillant du raisin. »
?• — I^es saisons correspondent ainsi aux éléments : l'hiver à l'eau et au froid, le printemps à l'air et au chaud, l'été au feu et au sec, Tautomne à la terre et àThumide. Dans la crypte de la cathédrale d'Anagni, peinte au commencement du xiii* siècle, rhomme, HOMO, nu est assailli de tous côtés par les quatre saisons, petites têtes nimbées, ainsi dénommées : VERCALIDVM, ESTAS SICCA, AVTVMNVS HVMIDA, HYEMS FRIGIDVS.
8. — Types iconographiques: Fig. 67. Les quatre saisons: fresq. du cimetière de Prétextât, à Rome, m* s. — Fig. 68. Le jour et la nuit, les quatre saisons: min. grecque au Vatican, xi*s.