‹ Traité d'optique photographique comprenant la description des objectifs et appareils d'agrandissementChapitre 30 sur 45 · DESCRIPTION DES APPAREILS D'AGRANDISSEMENT · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DES APPAREILS D'AGRANDISSEMENT

ne le protège pas contre le vent, dans la croyance que le cliché, l'objectif et l'image étant reliés ensemble, le vent ou les mouvements du sol faisant tout bouger ensemble, l'image restait immobile. Ce raisonnement paraît au premier abord fort juste, mais constitue une erreur fatale à la netteté de l'épreuve, car, pour que cela fut exact, il faudrait que le soleil lui-même bougeât dans le même sens, tandis qu'il reste immobile; aussi au moindre vent, au moindre mouvement du sol, voit-on tous les contours de l'image se doubler et ce défaut ôte toute la finesse à l'épreuve agrandie.

Pour bien se rendre compte de cet effet, il faut ne pas oublier que le soleil est un point lumineux fixe et que si l'appareil optique vient à bouger alors que son axe est dirigé vers ce point, cet axe se dérange et le sommet du cône lumineux, au lieu de tomber au centre de l'objectif, tombe plus ou moins sur le bord. Il en résulte un déplacement de l'image parce que l'image formée par la partie centrale de l'objectif et celle formée par le bord ne coïncident pas, et coïncident d'autant moins que les rayons de courbure des surfaces optiques qui constituent cet objectif sont plus courts. (Il n'y aurait pas de déplacement dans l'image si les rayons de courbure étaient égaux à l'infini). Ce déplacement de l'image n'est pas très-apparent et c'est probablement ce qui a induit M. JLiéberi en erreur. Mais il est toutefois facile de s'en convaincre si à un cliché ordinaire on substitue un réticule formé par deux fils très-minces tendus en croix. Marquc-t-on par un point au crayon le point d'intersection dans l'image agrandie de ces fils, on voit ce point se déplacer (souvent d'un millimètre) si l'on vient à ébranler l'appareil.

Cette expérience se répète aisément avec un appareil à réflecteur. Choisissez dans l'image agrandie un point bien nettement terminé et fixez-en la place par un point au crayon. Dérangez la position du réflecteur et vous verrez le point se déranger d'une quantité, petite il est vrai, mais qui suffit pour enlever toute la netteté à l'image.

L'appareil de H. Hébert doit donc, de même que les instru-

ments à réflecteur, être protégé ' contre le vent ou les ébranlements du sol qui le supporte, sinon quoique condensateur, cliché et image agrandie soient assujettis dans une boîte commune, l'image agrandie perdra de sa netteté. II en est du reste ainsi dans tous les appareils imaginables et essayer de faire autrement, serait nier inutilement une vérité mathématique.

La fig. 4, pl. III, fait voir l'appareil de M. Liéberi. Une boite rectangulaire AB porte à sa partie supérieure le condensateur a qui est en crown de forme plan-convexe ou concavo-convexc, d'une très-courte distance focale. Le porte-cliché b se meut comme dans l'appareil américain entre l'objectif c placé au foyer principal du condensateur et ce dernier. A la boîte est attaché un cône DC au fond duquel se forme l'image agrandie du cliché. Un soufflet intermédiaire CB entre le cône et Ja partie optique, permet de donner à l'appareil une longueur variable suivant le grossissement et cela à l'aide de la vis g.

Tout cet appareil est porté sur un pied H susceptible de deux mouvements, l'un azimuthal parla vis e, l'autre vertical par la vis f. Mais le centre de gravité de l'appareil étant placé au-dessus du point de suspension, il s'en suit une instabilité très-grande, aussi le moindre vent fait-il osciller la chambre solaire autour de son point de suspension. Pour l'éviter, il aurait fallu faire ce qu'on fait dans les lunettes astronomiques d'un grand poids, suspendre l'appareil au-dessus de son centre de gravité, entre deux montants verticaux comme le représente la fig. 5, pl. III. Alors l'équilibre eut été stable et dans les règles prescrites par la mécanique. La baseLM de l'appareil devrait être très-lourde et d'un grand diamètre comme le montre notre figure. Les deux mouvements, l'un azimuthal, l'autre vertical, ont lieu par les manivelles N et 0.

Enfin le défaut le plus considérable de cet appareil consiste dans la faible longueur que l'on est obligé de lui donner pour le rendre maniable, ce qui n'est obtenu qu'en donnant au condensateur et à l'objectif une très-courte distance focale. Le condensateur ne donne plus un cône de rayons solaires terminé à

son sommet par une image nette du soleil, résultat dû aux aberrations sphérique et chromatique qui sont considérables. L'objectif qui a un faible diamètre, n'embrasse pas un angle suffisant; ses bords sont couverts par une partie des rayons solaires émanés du condensateur, de là des effets de diffraction qui ont pour effet de doubler tous les contours nettement terminés de l'image, effets que nous analyserons plus en détail plus loin.

En revanche, les appareils de ce système fonctionnent facilement l'hiver, et n'exigent pas d'installation spéciale, ce qui dans les grandes villes est d'un certain avantage.

Ajoutons qu'apportant la plus sévère économie dans la construction de cet appareil, son inventeur a su en rendre le prix abordable aux petits photographes, ce qui aide à répandre le goût des agrandissements.

Page 1