CHAPITRE XIV
APPLICATION DE LA LUMIÈRE ARTIFICIELLE AUX APPAREILS D'AGRAN- DISSEMENT.
Nécessité d'une lumière très-éclat au te à trèspetite surface. — S'il suffisait d'une forte quantité de lumière pour éclairer le cliché dans l'appareil d'agrandissement , on arriverait aisément à ce but à l'aide de flammes à très-grande surface. Mais il faut que le cône des rayons solaires émergeant du condensateur de l'appareil optique ait pour sommet une très-petite surface, parce que l'objectif amplifiant situé au sommet de ce conc n'a lui-même qu'une petite surface. De plus si le sommet du conc lumineux frappe les bords de la monture de l'objectif amplifiant, il y a, ainsi que nous l'avons exposé pages 189 et suiv., production de bourrellets de diffraction dans l'image agrandie. Un de nos amis, M. A. IVeyf, de Gand, a fait à cet égard des expériences fort concluantes en se servant de la lumière électrique et de la
lumière Drutnntonrt comme source deelairage, d'un magnifique microscope solaire d' MMaftnacfc, à lumière convergente ou parallèle (comme le préconise M. Bertêch), et il a vu que chaque fois que le point lumineux avait une surface trop grande, que par conséquent son image frappait les bords des objectifs amplifiants, il y avait production de bourrelets de diffraction dans l'image grossie, aussi bien par l'emploi de la lumière parallèle que par celle de la lumière convergente, même en se servant de condensateurs achromatiques tel que l'était, du reste, celui du microscope dont il se servait.
Des flammes qui possèdent donc un pouvoir photogénique considérable, telles que le cyanogène, la lampe électrique à mercure (He Way) les flammes de Bengale blanches à l'arsenic, l'antimoine, l'azotate de magnésie, les lampes à pétrole et même les lampes à fil de magnésium, ne conviennent point pour l'agrandissement photographique.
Les flammes à très-petite surface qui conviennent surtout sont : la lumière électrique produite entre les cônes de charbon et la lumière Df MmmotMf dans laquelle le cylindre de chaux est remplacé par un cylindre de magnésie compacte.
La lumière électrique doit être produite à l'aide de 50 éléments Bunsen, grand modèle, et la lampe électrique d'une exécution très-parfaite qui maintienne bien le point lumineux sur l'axe de l'appareil optique. Car si ce point venait à se déplacer, non seulement l'image agrandie se déplacerait d'une très-petite quantité due à l'épaisseur des lentilles qui constituent l'objectif amplifiant, mais de plus il pourrait se produire des bourrelets de diffraction, deux causes qui altéreraient la netteté de l'image grossie.
Les meilleurs modèles de lampe électrique sont ceux de .M. Serrin et de M. Léon FoucauMi, surtout le dernier, qu'on peut se procurer chez M. MMwboêtg, fabricant d'instruments de physique à Paris, qui, croyons-nous, est chargé par l'inventeur de la construction de cette lampe.
Quant à la lumière £9t*tf»»iittott<f tout le monde la connaît.
Un cylindre pointu de chaux dont la pointe est chauffée à blanc par un dard enflammé de gaz oxy-hydrogène donne un point lumineux très-éclatant. Si l'on substitue au cylindre de chaux un cylindre de magnésie compacte (obtenue par la calcination en creusets clos du nitrate de magnésie) le point lumineux, sans être plus éclatant à l'œil, est beaucoup plus photogénique, ce qui probablement est causé par des particules de magnésie qui donnent à la flamme les propriétés de celle du magnésium brûlant lui-
Au lieu de magnésie compacte. M. le Prof. Carievaria, de (iénes, se sert de magnésie poreuse, et applique cette lumière avec succès à un de nos appareils d'agrandissement de 8 pouces. Il assure avoir fait ainsi des épreuves agrandies de I mètre carré de surface en moins d'une minute. Probablement sur papier ioduré humide et par développement, comme le fait, à Paris, M. * utntt bianc, avec la lumière électrique, en un temps beaucoup plus considérable.
Enfin, une méthode qui surpasse toutes les autres consiste à lancer le gaz oxy-hydrogène sous une forte pression (d'au moins un mètre d'eau), par un petit chalumeau de platine de manière à obtenir un dard de 4 à 5 cent, de long sur la pointe d'un de ces petits parallèlipipèdes de charbon dur dont on se sert dans la lampe électrique, lequel charbon l'on humecte de chlorure de magnésium. C'est de toutes les lumières la plus puissante au point de vue photographique et la plus économique. Cette pointe lumineuse, de même que le point lumineux de la lampe électrique, doit être maintenu avec soin dans l'axe optique de l'appareil d'agrandissement pour éviter que l'image agrandie ne manque de netteté, ainsi que nous l'avons dit plus haut.
Disposition de l'appareil optique. — Si l'on se servait d'un réflecteur parabolique pour renvoyer la lumière du point éclairant sur le condensateur de l'appareil, l'image du support de ce point serait visible par voie d'ombre sur l'image agrandie.
Eu effet, collez un pain à cacheter a (fig. 14, Pl. I) sur le condensateur L d'un appareil d'agrandissement ou d'un micros-
même.
cope solaire et l'image du pain à cacheter, invisible au foyer f du condensateur devient très-nettement visible en avant b ou en arrière c de ce foyer. Or, le support du point lumineux, interceptant une partie des rayons parallèles renvoyés par le miroir parabolique, fait ici le même effet d'écran opaque que le pain à cacheter.
Voici une disposition, qui, si elle réunit moins de lumière sur le condensateur que le miroir parabolique, est exempte du défaut que nous venons de lui reconnaître.
Soit ABC (fig. 11, Pl. I)un miroir sphériquede verre à surfaces parallèles dont la surface ABC est argentée. Soit BI l'axe de ce miroir et D son centre de courbure, où nous plaçons le point lumineux D. Soit, sur le même axe IB la lentille plano-convcxc de flint EG dont le diamètre est le même que celui du miroir AC, et dont la distance focale FD est exactement égale à DB, rayon de courbure du miroir AC.
Chaque rayon lumineux DA émanant du point lumineux D et qui frappe le miroir AC revient, suivant AD, continue son chemin, frappe la lentille EG, dont il émerge parallèlement à l'axe. De même chaque rayon DE qui émane du point lumineux D et qui frappe la lentille, émerge parallèlement au premier et à Taxe. De cette façon, le support D K n'est nullement visible sur l'image agrandie.
Voici les données numériques de ce système, dans lequel nous nous servons de flint dont l'indice de réfraction est 1,6 au lieu de crown de 1, 5 pour éviter une trop grande épaisseur de la lentille EG qui doit avoir une distance focale aussi courte que possible et égale au rayon de courbure BD du miroir ABC. R est le rayon de courbure du miroir AC, p. son épaisseur, D son diamètre, R' le rayon de courbure de la lentille EG (l'autre face élant plane).
216 millimètres
25 centimètres
mill.
15 cent.
Ces données suffisent à tout opticien pour construire de pareils appareils sur le désir du lecteur. Elles concordent du reste avec les dimensions les plus usitées des condensateurs qui sont 19 pouces (515 mill.) 14 pouces (580 mill.) et 8 pouces (216 mill.).
Cet appareil s'installe sur l'axe même de l'appareil d'agrandissement dont la partie optique LM et le maniement restent en tous points pareils à ce que nous avons dit à propos de ces appareils. Le diamètre de la lentille EG doit être égal à celui du condensateur L que l'on place du reste aussi près que possible de cette lentille.
Choix do procédé photographique. — Le point lumineux delà lumière artificielle étant infiniment moins intense que le soleil, on ne peut pas penser à appliquer à l'agrandissement à l'aide de cette lumière artificielle les procédés ordinaires du papier albuminé ou chloruré simple. Il faudrait pour cela faire durer l'impression de l'image des journées entières. Le papier préparé à la nilro-glucosc (•) , procédé que nous avons décrit dans le Bulletin de la Société française de photographie, année 4805, page 145, exige en moyenne une heure d'exposition pour un format d'image agrandie de 50 cent sur GO. Le papier préparé à l'iodurc de potassium et à I'arrow-root, sensibilisé dans un bain d'acéto-nitrate d'argent, employé immédiatement, et humide par conséquent, donne par le développement, des épreuves en 10 ou 12 minutes, mais beaucoup moins belles de Ion que celles obtenues par le papier à la nitroglucose.
M. Viieiiei*) obtient de fort belles épreuves positives d'un petit cliché en projetant l'image agrandie sur une surface de eollodion qu'il transporte alors sur papier. Il se sert de la lumière artificielle (lumière Urutnwnond) et d'un appareil optique semblable à celui que nous avons décrit plus haut , appareil
( t) On le trouve à Paris chez Romain Talbol, 50 rue d'Enghten. (2i Huit. Suc. fr. de phot. page H9, année 1865.
construit par M. JDubosq, à Paris. La durée de l'exposition est de une minute pour une épreuve grandie de 60 cent, sur 50.
Malheureusement le procédé de transport du collodion sur papier exige une très-grande pratique. Mais les épreuves produites par M. VUette, épreuves que nous avons vues du reste, sont d'un beau ton noir imitant celui de la gravure et nécessairement très-fines, puisque l'appareil optique est très-parfait.
Au reste, pour finir, disons que l'application de la lumière artificielle aux agrandissements est surtout avantageuse pour agrandir de petits positifs par transparence en grands négatifs, ainsi que nous l'avons décrit au chapitre précédent.