‹ Traité d'optique physique (volume 5)Chapitre 64 sur 98 · aV · texte numérisé non relu

aV

Enfin si l'on représentait par la lettre e la proportion pon-

P dérale du corps actif, c'est-à-dire la partie aliquotc

contenue dans l'unité de poids du mélange, on aurait

En posant dans ces formules E=ooue=i, elles deviennent [a] = -jj— et la précédente formule est restituée

comme cas particulier. En les résolvant par rapport à a, elles feront connaître la rotation que produirait dans des conditions déterminées une substance dont le pouvoir spécifique est connu.

Premier exemple. Nous avons vu en saccharimétrie que ifi°,47i de sucre de canne, dissous de manière à occuper 100 centimètres cubes, et mis dans un tube de 200 milli-

mètres, équivalent à i millimètre de quartz et impriment ainsi au rayon rouge i8°,4 de rotation. On en déduit

au heu de 5 4°, 8 que donnent certains auteurs.

Le sucre solide amorphe du § 858 avait pour densité 1 ,0092. M. Biot, en mesurant a sur une plaque dont l'épaisseur / était déterminée, trouve par la formule [a] =7»

seulement 4a°,6, et ce sucre, dissous dans l'eau, conduit à une valeur de [a] pA différente, 44°>3. Chacun de ces chiffres différant de 54 >8 , on doit en conclure que le sucre a été ou eh totalité ou en partie moléculairement altéré. Le procédé de l'inversion (§ 520) montre que ce sucre était un mélange d'environ 0,9a de sucre inaltéré, et de 0,08 de sucre rendu inactif par la haute température nécessaire à sa préparation. On sait, en effet, d'après Mitscherliçh, que chauffé à 160 degrés, le sucre de canne se transforme intégralement et sans perdre sa transparence en un corps inactif.

§561.— Mélange de deux liquides actifs, en supposant que chacun d'eux garde son activité.

Soient ât , J, , leurs densités, a, , a„ les rotations qu'ils produisent dans des tubes d'égale longueur /, de sorte qu'on ait

ri a| ri a*

[„] = , [«,] = /Ti;

Si l'on en prend des poids P, , Pt , et qu'on les mêle dans un tube de longueur L, on demande quelle sera la déviation a de leur ensemble. Soient â la densité du mélange ,

- — ' g, = - — *-— y les proportions pondérales

1 P, 4-P, " P, -+-P, des deux corps : puisque chaque liquide joue par rapport à l'autre le rôle d'un mens t rue inerte, la formule précédente sera applicable. En la prenant sous sa dernière forme et la

résolvant par rapport à a , elle donne

a, = [ac,]1L.C|^9 a, = [a,]Le,J; d'où Ton conclut

« = a, + a, = LJ(i,[al] + fa[a»]),

ou bien, en remplaçant [ai], [a,] par leurs expressions précédentes ,

ou encore, en introduisant les poids P,, Pt,

L3 /«,Pt ^aPi\

"""/(P.-hPOV *. *, j'

ou enfin, en appelant V,, V, les volumes des deux liquides,

L* ;(alV,-h«fV1),

Si les deux liquides ont des gyrations inverses, les deux termes de la parenthèse sont de signes contraires, et, si l'on veut que le mélange ait perdu tout pouvoir rotatoire, il faudra que ses éléments satisfassent à la condition a, Vj = <x% Vt, c'est-à-dire qu il faut mêler les liquides en proportions de volume réciproques aux déviations qu'ils impriment, dans des tubes d'égale longueur, au rayon type pour lequel, on veut compenser leurs actions. La formule générale et ce théorème particulier s'appliquent évidemment à deux dissolutions de deux corps actifs.

Premier exemple. L'essence de térébenthine française est lévogyre et a pour pouvoir spécifique — 3a°,4* Celle de citron est dextrogyre : distillée dans le vide par M. Berihelot, elle a eu pour densité à i5°, o,85i4 : sa rotation dans un tube de ioo millimètres a été de 56°, 4* On en tire

On en conclut que, dans des tubes d'une égale longueur, loo millimètres par exemple, la première ferait tourner de

«= — d [a] = 280 et la seconde de 43°,a5, Les volumes propres à former un mélange neutre auront donc pour rap-

port ' = i,54. M. Biot a fait l'expérience et a trouvé

la neutralisation exacte pour le rayon rouge. Elle était moins parfaite pour les autres rayons, car, avec la lumière blaoch%, si l'alidade est au zéro, au lieu d'une image parfaitement nulle, on avait une lumière sensible qui se montrait faiblement colorée quand on sortait un peu, soit à droite, soit à gauche, de l'azimut primitif. Ce qui prouve que chez ces deux corps la loi des dispersions n'est pas rigoureusement la même.

Deuxième exemple. M. Biot a mélangé, dans le rapport théorique, un premier sirop de sucre de canne, et un deuxième sirop de ce même sucre interverti par un acide, puis saturé par un excès de carbonate de chaux. Ici la neutralisation a été parfaite, parce que les deux dispersions étaient, comme on pouvait le prévoir, beaucoup plus semblables.

§ 562. — Cinq conditions possibles dans une dissolution.— Correspondance avec les phénomènes quand l'une des substances est active. —«Courbe des [a] et des n.

Quand on dissout un corps, ses molécules disséminées par l'action du raenstrne peuvent s'y répandre (a) sans avoir subi d'altération. Il peut se faire, au contraire, qu'en contractant cette union intime, et les molécules du corps et celles du liquide subissent dans leur organisation quelques modifications.

Dans ce second cas, la quantité E du liquide peut être ou surabondante ou insuffisante. Est-elle surabondante ( b)> E se divisera en deux parties E,, E„ dont Tune s'unira à la totalité du corps pour lui apporter et en recevoir toute l'altération possible, tandis que l'autre, à l'instar d'un menstrue, recevra par voie de diffusion et sans y introduire d'altération ultérieure, les molécules unies. Est-elle insuffisante , il pourra arriver (c ) que le corps P se divise en deux parties P„ Pa, telles, que l'une P,, croissante au fur et a mesure qu'on accroîtra la dose du dissolvant, contracte union, complète avec la totalité du liquide,, l'autre P„ décroissante, se dissolvant inaltérée dans la dissolution fournie par P,. Mais il.

peut arriver encore (d) que P tout entier s'unisse au liquide insuffisant, par une union incomplète, et que l'addition du menstrue accroisse avec continuité non plus le nombre des particules soumises à la modification totale , mais l'énergie de l'altération qui les atteint. Enfin la loi des proportions définies oblige à prévoir dans ces phénomènes de dissolution ou de combinaison an cinquième cas (e), à savoir celui où les doses croissantes dualiquide insuffisant, au lieu de procéder avec continuité, agiraient discontinuaient, où, par exemple, en accroissant la dose du menstrue, le corps en totalité contracterait brusquement et aux instants où certaines doses liées entre elles par des rapports simples seraient réalisées, de nouveaux états de combinaison ou, ce qui revient au même, une série d'altérations moléculaires discontinues, les intervalles qui les séparent étant comblés par des phénomènes de pure dilution.

S'il est en général plus facile de poser que de résoudre ces questions, si la chimie, réduite à ses propres ressources, n'a guère pu constater, dans la série continue des réactions chimiques, que l'existence de combinaisons intermittentes qui, soit par une stabilité plus grande, soit par l'intervention d'un changement d'état, s'isolent des autres réactions : si , tant que l'ensemble des corps offerts à la combinaison garde l'état liquide, elle se trouve impuissante pour discerner sûrement laquelle des cinq constitutions précitées est réalisée ; il est un cas où, plus pénétrante que la chimie, la physique y réussit parfaitement. C'est celui où l'une des substance^ mises en présence possède l'activité rotatoire moléculaire. Dans ce cas. les pouvoirs rotatoires spécifiques ayant d'inévitables correspondances avec les altérations que subissent les molécules actives, une vive lumière ne peut manquer de jaillir de la comparaison de ces pouvoirs, mesurés et évalués sans préoccupation théorique, avec les expressions et le mode de variation que leur accorde chacune des cinq conditions précédentes.

On prévoit en effet que les deux cas {a \ ( b } offriront seuls, aux divers degrés de dilution, la constance du pouvoir [a], (b) se distinguant de a par la valeur numérique de [a] qui cessera d'être le pouvoir spécifique de la substance active , et de plus changera si Ton Tient à changer le menstrue. Que le dernier cas (c) sera caractérise par un pouvoir [ 2 ] qui, constant malgré la dilution, tant quVIle restera dans certaines limites, variera brusque-

ment dès qu'on les dépassera. Qu'enfin aux deux autres cas (c) et (d) écherra une variation continue de ce pouvoir, avec celte différence que dans le cas (d) qui réalise les pouvoirs rotatoires d'une série continue de combinaisons distinctes, la loi de ces pouvoirs et la courbe qui les résumera ne sauraient se prévoir et seront probablement très- compliquées. Tandis que dans le cas (<?)où l'altération des molécules reste la même et s'étend seulement à un nombre de plus en plus grand, le pouvoir rotatoire devra croître proportionnellement au nombre des particules admises ainsi à la modification unique, en d'autres termes à la quantité du liquide surajouté. Ce qui assigne au phénomène pour courbe représentatrice une droite.

Quoique cet aperçu synthétique sur les particularités caractéristiques de ces divers cas puisse sembler suffisant, nous croyons utile d'y ajouter, au moins pour l'un des cas, le calcul en règle. Ainsi seront précisées les quantités simultanément variables qui servent d'abscisses et d'ordonnées aux courbes du phénomène.

Calcul du cas (c). Soit P, la portion du corps qui a contracté combinaison avec E tout entier, et Pa = P — Pi celle qui n'est que dissoute. Prenons [a'] pour le pouvoir spécifique de cette dernière et représentons par [ a ]i celui de la portion combinée. En continuant d'appeler E, L, a, 9 le poids du liquide, la longueur du tube, la rotation observée et la densité du liquide complexe, la rotation résultante a, somme des rotations dues à la combinaison P, 4- E et à la partie libre P2 , aura pour expression symbolique

1 J P + E L JP-+-E

p Soit v le rapport constant -^ caractéristique de la combinaison , Pi

on aura

Pl=?, p,= p-?,

et Ton pourra éliminer P,, P3. Si de plus on met en évidence le rapport - caractéristique de l'état plus ou moins grand de dilution, l'expression symbolique deviendra

ISP P+

? Tr i v-f"lE Lr m r n,El

ÊLH,"^-p+[a]~[a]vpJ'

en l'égalant à « et changeant de membre les facteurs hors de la parenthèse , on obtient l'équation

Or le premier membre pris en bloc est l'expression du pouvoir spécifique effectif [ a ] calculé sans préoccupation théorique. Le second est un binôme formé par des paramètres constants

[a]i [a'].v associés à la variable - = n\ l'équation lie donc les

p | j? y deux variables a — j— 9 -• Comme elle les contient au premier

degré seulement, il en résulte qu'en construisant une courbe dont les abscisses seront les coefficients de dilution - = n , et les ordonnées les pouvoirs spécifiques observés, si les choses se passent conformément au cas (c), cette courbe sera bien une droite.

g 563.— Courbes des [a] et des e.— Elles peuvent être préférables.

E Au lieu du coefficient ■- = n qui exprime le rapport des poids

du corps inactif et du corps actif , on pourrait tout aussi bien

F prendre pour abscisses le coefficient ■' = e, qui, analogue à e,

représente la proportion du corps inactif dans le mélange. On continuerait d'avoir les cinq cas et en correspondance avec eux autant de particularités des phénomènes rotatoires. Mais les correspondances à l'égard des cas (c) et (d) ne seraient plus les mêmes, car, ainsi que nous allons le voir, la ligne droite serait remplacée par une hyperbole équilatère, et, par une curieuse réciprocité, quand, dans le cas (d), la courbe des [a] et des n devra être une hyperbole équilatère, celle des [a] et des e sera une ligne droite. Or l'hyperbole équilatère devant de fait apparaître fréquemment, ce dernier échange sera avantageux.

En représentant par D la parenthèse comprise dans l'équation précédente , la droite relative au cas (c) devient

LA POLARISATION AOTATOIBE KT LA CHIMIE. 3jQ

d'oÂ

P — JL P + E D

et enfin

E + P~~ -"D -4- [«]-[<*']' La droite desf a] et des n est donc bien remplacée par une hyperbole quand "s'agit des [a] et des <?• Si maintenant on avait entre les [a] et les e l'équation

[a]=A+Bf, la relation

donnerait

d'où

Or cette équation est celle d'une hyperbole équilatère dont les asymptotes sont parallèles, Tune aux « et à la distance A + B, l'autre aux [a] et a la distance — i. Notre deuxième échange est donc justifié (*). On prévoit, et ce n'en sera pas le moindre avantage, que les coefficients de la droite se prêtent à des généralités plus simples que ceux de l'hyberbole équivalente.

§ 564.— Réalisation des divers cas.

Premier cas (à). Quand on n'introduit pas dans les expériences une extrême précision, on trouve que les sucres, les gommes, les camphres et les huiles essentielles, dissous dans des milieux inactifs tels que l'eau, l'alcool, l'éther et les huiles grasses, gardent

(*) Si la ligne droite répond à l'hyperbole équilatère, d'autres courbe» entre les [oc] et les «offrent la même correspondance. Gela a lieu par exemple quand la courbe dea [a] et des e est elle-même une hyperbole équilatère telle que

r i he

t-l^ + ÎTc'

comme le lecteur le reconnaîtra sans peine en y posant toujours

38o CHAPITRE XXI

et leur pouvoir spécifique [a] et leur mode de dispersion : et Ton est amené à celte conclusion, que dans ces cas les molécules actives se répandent dans le inenstrue comme dans un espace indifférent, sans que leur organisation rotatoire se soit ni altérée ni communiquée aux particules inactives.

Réalisation du cas (c). Comme une telle conclusion suppose un pouvoir rigoureusement invariable, qne les moindres variations de [a] suffiraient pour jeter dans des cas moins simples, on conçoit que M. Biot, après avoir d'ailleurs rencontré d'une manière très-nette les cas (c) et (</), soit revenu sur ses anciennes observations pour y apporter plus de précision. Dans ce but, ayant fait choix d'un certain nombre de tubes dont les longueurs très-différentes étaient, par exemple, comme les nombres i , 2, 3 , • . . , il les remplissait de dissolutions d'un dosage tel , qu'en admettant Final tération du pouvoir rotatoire, elles dussent toutes produire les mêmes déviations. D'autres fois, quand la substance ne comportait pas des états de dilution aussi différents, il en formait les dissolutions les plus contrastantes possibles et les enfermait dans des tubes à obturateurs mobiles qui donnaient avec continuité toute une série de longueurs et permettaient de réaliser celles qui plaçaient, sur le trajet des rayons , une quantité constante de substance active. Cela fait , procédant comparativement, il amenait l'un des tubes à fournir soit l'extinction du rouge, soit la teinte sensible, et voyait si, substitués au premier, les autres tubes acceptaient les azimuts obtenus.

Dans ces conditions éminemment favorables, M. Biol a trouvé que, conformément à ce qu'il avait cru apercevoir dans d'anciennes expériences, le pouvoir rotatoire du sucre de canne dissous dans l'eau était sensiblement accru par la dilution. Il a vu qu'il en était de même des solutions alcooliques de l'essence de térébenthine; qu'en prenant pour menstrue l'huile d'olive (*), dissolvant plus généreux que l'alcool, l'accroissement devenait plus marqué, que, pour le camphre, l'effet produit par la dilution était inverse et consistait dans une diminution du pouvoir rotatoire : qu'assez faible dans les dissolutions alcooliques, ce décrois* sèment Tétait davantage si l'on mettait en jeu un dissolvant plus

(*) C'était de l'huile décolorée par une longue exposition au soleil , car les moindres colorations nuisent à ces comparaisons délicates.

LA POLAfilSATION ROTATOIRB ET LA CHIMIE. 38 1

énergique, l'acide acétique par exemple; à tel point qu'avec un acide très-concentré il put obtenir, par la méthode ordinaire, les pouvoirs spécifiques correspondants à divers états de dilution, et constater que la courbe des [a] et des e était une droite. Ces expériences ont de plus révélé une influence, aussi curieuse qu'inattendue, du temps sur ces phénomènes. Nulle au début, la variation due à la dilution grandit progressivement; et cet effet s'est continué pendant des mois entiers dans les deux solutions précitées d'essence. •

. Antérieurement à ces expériences, M. Biot avait déjà reconnu, mais sur l'acide tartrique, corps exceptionnel, et les variations de [a] avec la dilution et l'intervention de la ligne droite ( * ). Ses expériences avaient porté sur les solutions de cet acide dans l'eau, l'alcool et l'esprit de bois. Pour chacune, la relation entre les proportions c du liquide et les pouvoirs [a} était de la forme [a] = A + B e, A étant une constante commune aux trois dissolutions, et B variant au contraire de Tune à l'autre. II avait vu que dans toutes trois, tandis que B gardait aux diverses températures la même valeur (j4,3i5 pour les dissolutions aqueuses), la constante A, qui exprime visiblement le pouvoir normal de l'acide séparé de tout dissolvant, variait considérablement avec cet élément, ainsi que le montre le tableau suivant, obtenu sur une dissolution aqueuse :

Température.

Valeurs de A.

-ho,o33

(*) Voici quelques chiffres obtenus a. la température d'environ i3 degrés. Proportion d'eau <*. Pc tiroir spécifique [«].

36*2 CHAPITRE XXi.

Enfin des pouvoirs croissant proportionnellement à la proportion pondérale du corps inactif associé à l'acide tartrique ont encore été offerts par les produits binaires résultant de la fusion de cet acide avec le borique, produits dont il a été déjà question dans un autre but (§888). Chez eux, et cela les distingue des combinaisons précédentes, l'accroissement de pouvoir est extrêmement rapide, et partant la droite qui le rend sensible aux yeux, très-voisine de Taxe des [a]. En effet, à 4 degrés, si Ton a trouvé pour la valeur numérique du coefficient A, le chiffre — 2,877, parfaitement conforme an tableau précédent, la valeur de B est devenue i85,3.

Anciennes et nouvelles, ces expériences prouvent que les particules du corps actif s'y dénaturent, ou, en d'autres termes, y contractent avec le menstrue de véritables combinaisons, variables dans certains cas avec la température et réclamant dans d'autres le concours du temps. Puisqu'au point de vue où nous nous sommes placé la ligne droite répond au cas (</), nous devons ajouter qu'au lieu d'être définies, les combinaisons réalisées par ces dissolutions sont indéfinies, chaque degré de dilution représentant une association spéciale et incomplète du menstrue avec la totalité du corps actif.

Le heu des [a] n'est pas toujours une ligne droite. M. Biot ayant étudié les solutions ternaires fournies par l'acide tartrique, l'acide borique et l'eau, et y ayant laissé entre les poids du premier acide et de l'eau un rapport constant, de manière à se rapprocher de ce qui a lieu dans les solutions biliaires, a trouvé, pour le lieu des [a] et des proportions p d'acide borique, des courbes; mais

ces courbes, quel que fut le rapport constant - introduit, ont toujours été des hyperboles éqnilatères. En se reportant à la note du § 865, on doit en conclure que jusqu'ici c'est rhyperbole équilatère qui a fait les frais des cas (d) observés.

Pour mettre le lecteur à même d'apprécier le rapide accroissement de pouvoir dû à l'acide borique , nous donnons dans le tableau suivant des résultats obtenus par M. Biot, à la température d'environ 24 degrés, sur deux séries de dissolutions tartro-boriques.

Proportion £ d'acide borique. Pouvoir spécifique [a].

ir* série.

1 o,oo3 5 1 o,o34 4 ( °»°94 0

2 e série.

§ 565. — Le pouvoir moléculaire et les combinaisons énergiques. — Cas d'interversion.

Dès que Ton quitte les dissolutions ou les combinaisons soumises à de faibles affinités, pour entrer dans le domaine des combinaisons énergiques et à proportions définies, on doit s'attendre à de tout autres altérations du pouvoir rotatoire. On en jugera par ce qui suit.

Cas ou la combinaison n'altère pas le pouvoir, — Dissoute dans l'alcool et les acides chlorhydrique ou nitrique , la morphine se montre douée d*un pouvoir spécifique sensiblement constant et égal à — 88 \. Le pouvoir de son sulfate n'atteint que — 67 ,3; mais si l'on rapporte le pouvoir à la morphine seule du sulfate, on retrouve le chiffre — 88 des autres solutions. Il s'agissait là d'un sulfate pur à proportions bien définies ; on peut donc en conclure qu'aucune atteinte n'est portée à l'organisation moléculaire de la morphine dans sa combinaison avec les acides.

Le camphre artificiel d'essence de térébenthine a été considéré comme offrant également un exemple d'inaltération. Mais les travaux si précis de M. Berthelot montrent qu'il y a chez lui un léger abaissement de pouvoir. Seulement, pour avoir un camphre bien défini et à pouvoir rotatoire constant, il faut partir de son essence type; dans ce cas, cet habile observateur trouve pour le pouvoir spécifique du camphre, — 23°, 8. Rapporté à l'essence seule, il devient — 3o°,78 au lieu de — 32,4 (§ tf&9).

Cas où la combinaison altère. — Le pouvoir peut être accru ou diminué. La diminution peut aller jusqu'à l'annulation et même rintervertissement. Enfin l'altération, quelle qu'elle soit, peut

384 , CHAPlffVE Xfcl.

être irrémissible et provenir d'une altération permanente du corps actif, ou tenir uniquement à l'état de la combinaison dans laquelle est engagée la substance et disparaître sitôt que cette dernière redevient libre.

La bracine cristallisée montre en dissolution alcoolique un pouvoir égal à — 61 . Ajoutons à la dissolution un excès de chlorhydrique , le pouvoir tombera progressivement et s'arrêtera après une heure et demie à environ — 1 1 ,3. Saturons par l'ammoniaque en léger excès, le pouvoir primitif est immédiatement rétabli. On attend vingt-quatre heures, le pouvoir est devenu — 73,5. In- . traduisons de l'acide chlorhydrique en léger excès de manière à saturer l'ammoniaque , nous retrouverons à très-peu près — 1 1,3. On voit donc : i°que les acides font subir à cette base une altération subordonnée à la combinaison ; 2° que l'ammoniaque , par une altération inverse , introduit dans le pouvoir un accroissement qui disparait également avec la combinaison.

Pour rendre soluble la narcotine, on peut recourir, soit à des mélanges d'alcool et d'éther, soit à des acides. M. Bouchardat ayant dissous des cristaux de cette base dans le mélange neutre , a ob-

tenu un pouvoir négatif d'environ — i4o. Quand il a eu recours

à un acide chlorhydrique très -étendu, il a trouvé -h §4- ^n 'n~ traduisant un excès de cet acide dans la première dissolution, la rotation passe à droite. La saturation par l'ammoniaque détermine un dépôt qui témoigne d'une altération due à l'acide , mais la rotation de la partie non précipitée reste à droite et ne revient pas au sens de la dissolution primitive. En admettant que celte dissolution donne le véritable pouvoir de la narcotine inaltérée , nous tirons de ces expériences les conclusions suivantes : i ° les acides changent le groupement moléculaire de la narcotine; 2° ce changement est permanent.

Les acides laissent donc inaltéré le pouvoir de la morphine; ils intervertissent celui de la narcotine et dépriment seulement celui de la brucine. M. Bouchardat a vu que chez les autres alcaloïdes tels que la quinine, les acides produisaient comme chez la brucine une 'altération purement temporaire, mais qui consistait dans un accroissement. Nous n'y insisterons pas, car nous verrons qu'à en juger par la quinine (§ 879), la constitution des alcaloïdes peut

être bien plus compliquée que ne l'avait fait prévoir leur étude purement chimique; et qu'ainsi, jusqu'à ce que cette constitution ait été débrouillée, on peut contester et l'interprétation et la por* teedes expériences où on les met en jeu. Hâtons-nous donc d'en chercher d'autres.

Peu soluble dans l'eau, le tartrate de chaux y devient soluble, an moins pendant quelque temps, soit par le concours d'une base, * soit par celui d'un acide. Eh bien» M. Pasteur a vu que sa dissolution chlorhydrique tournait à gauche, mais qu'en la saturant par l'ammoniaque, on obtenait, comme cela a lieu chez h*s autres tarira tes, un pouvoir à droite.

L'acide malique est un corps lévogyre qui n'est pas sans analogie avec l'acide tartrique. Comme lui il reçoit de l'acide borique, quoique à un moindre degré, un accroissement de pouvoir. Ses dissolutions aqueuses offrent une énergie rotatoire qui augmente aussi, et avec la proportion d'eau et avec la température. Pour l'un comme pour l'autre, les acides autres que borique diminuent le pouvoir de ses dissolutions aqueuses et tendent à l'intervertir. Enfin il est un de ses sels qui, dissous dans deux menstrues différents, présente aussi des rotations contraires. Mais ce sel n'est plus celui de chaux dont les dissolutions acides et ammoniacales sont toutes deux, quoique inégalement, rendues dextrogyres. Le tableau suivant montre que c'est le bimalate d'ammoniaque.

Pouvoir [a].

Acide malique dissous dans l'eau e = 0,67, t = io°. . — 3 ,83

I dissous dans l'eau — 5,53

dissous dans l'ac. nitrique., -f- 4>29

Malate de chaux dissous dans l'acide chlorhydrique.. . -f- 8,34

Le précédent saturé par l'ammoniaque -h 3 , 29

Malate double d'ammoniaque et d'antimoine +88, 5

Décomposez ce dernier produit de manière à chasser le métal et à regénérer le bimalate d'ammoniaque, vous retrouverez une rotation a gauche. L'altération moléculaire y tient donc à l'état de combinaison.

Le sucre de canne interverti par l'acide chlorhydrique fournit des cristaux dont les dissolutions sont dextrogyres; à une certaine

époque, on avait cru tenir là une interversion produite par l'acte de la cristallisation. Les travaux de M. Dubrunfaut rattachent ce phénomène à une cause beaucoup moins extraordinaire. L'étude attentive des fermentations lui a montré que ce surre interverti n'était pas un produit simple, mais une association de divers produits doués de rotations antagonistes. L'un d'eux est le glucose. La cristallisation l'élimine et le fait apparaître avec son pouvoir propre ; et la preuve qu'il n'y a là que l'isolement d'un corps préexistant , c'est que le sirop incristaltisable qu'on en sépare par la presse, gagne, en énergie lévogyre, tout ce que le glucose montre de rotation à droite.

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