Traite d'organogenie comparee de la fleur
L’organogénie végétale, c’est-à-dirc l’étude des diverses phases par lesquelles passe un organe d’une plante avant d’arriver à son entier développement, est une science toute nouvelle et toute française. Al. Alirbel, mon maître, en est le créateur. C’est dans son Mémoire sur le Marchanda polymorpha , qu’il a montré que, quelque diverses que soient les formes ultérieures que les tissus affectent, ils ont tous une origine commune, Yulricule; qu’il a exposé les phases successives par lesquelles passe cette utricule, pour constituer ici du tissu libreux, là du tissu vasculaire, ailleurs du tissu utriculaire; qu’il a enfin fait connaître les lois qui président k toutes ces transformations.
Dans la pensée de M. Mirbel, l’étude organogénique des tissus n'était que le prélude de l’étude organogénique des organes composés, tels que les feuilles, les fleurs, que ces tissus constituent par leurs combinaisons diverses. Aussi avait-il commencé à examiner de jeunes boutons pour suivre les diverses évolutions des parties de la fleur, lorsque parut à Lyon une thèse de MM. Guillard frères sur ce sujet.
« Le parfait accord de nos observations, dit Al. Alirbel, avec les » observations plus nombreuses de MM. Guillard, nous porta à » croire qu'ils ne s'étalent pas trompés ; j’en parlai dans ce sens
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» à l’Académie, le 26 octobre 1835, et depuis lors rien n’a changé » notre conviction (1). »
L’impulsion ùiiAiois donnée, la voie une fois indiquée, plusieurs botanistes la suivirent. M.Schleiden en Allemagne, etM.Ducharlre en France, publièrent d’excellentes observations. Mais soit que ces études fussent encore trop nouvelles pour qu’on pût s’y engager avec les précautions suflisantes, soit que, étonnés de tout ce qu’ils découvraient, ils se soient trop empressés de généraliser les faits observés dans quelques groupes de plantes, ces botanistes étaient en contradiction entre eux sur presque tous les points. Ainsi, pour prendre un exemple, l’un voulait que les bords de la coupe florale des plantes périgyncs fussent de nature axile, parce qu’il les considérait, sans le prouver, comme une dépendance du réceptacle; tandis que l’autre prétendait, sans le prouver davantage, que les mêmes bords n’étaient, comme l’admettait Decandolle, que les bases soudées du calice, de la corolle et de l’androcée, et par suite étaient de nature appendiculaire.
Surpris de ces contradictions, je formai la résolution d’en rechercher les causes, persuadé qu'une série de travaux de cette nature, appliqués successivement à un grand nombre de plantes diverses, éclairerait l’organisation végétale en général et les véritables affinités des espèces entre elles.
C’est en 1844 que je me suis mis à l’œuvre, et depuis cette époque l’organogénie de la fleur a été l’objet principal, je dirais presque unique, de mes études. Ni l’état de ma santé longtemps compromise, ni les devoirs d’une tout autre nature qui m’ont été momentanément imposés, ne m’en ont détourné. A Paris, comme à Brest, comme à Madère, quatre heures ont été consacrées chaque matin à ces observations microscopiques.
J'ai rencontré dans le cours de ces travaux bien des difficultés de toutes sortes, soit pour trouver sur la plante les états successifs de développement que je recherchais, soit pour porter le scalpel dans ces fleurs rudimentaires, parfois si petites, sans blesser les parties qui les constituent, soit enfin pour voir nettement ce
(l) Comptes rendus de l'Académie des sciences , vol. I, p. 260.